L’Europe doit-elle remplacer les États-Unis dans la lutte contre la pauvreté ? | Ici l'Europe
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Merci de nous rejoindre à Bruxelles au Parlement européen où les eurodéputés n'en finissent plus d'être sidérés par les décisions de Donald Trump. Alors pas seulement sur le plan militaire commercial mais aussi en matière d'aide humanitaire. En effet, la nouvelle administration à Washington a brutalement coupé l'US AID, l'aide américaine au développement qui s'élevait à 38 milliards d'euros par an avec des conséquences dramatiques dans le monde selon l'Organisation mondiale de la santé.
Près de 24 millions de personnes en situation de crise humanitaire risquent de ne plus avoir accès au services de santé essentiel. Plus de 2600 établissements de santé qui gèrent 12 crises humanitaires ont déjà suspendu leurs services au moins partiellement ou vont le faire très bientôt. Dans de nombreux pays, la fin brutale du financement américain va entraîner un retour en arrière en matière de lutte contre les maladies, d'amélioration de la vaccination, de la santé maternelle et infantile et de la préparation. aux situations d'urgence.
Alors, on le rappelle Alexandre hein, les Européens sont les premiers donateurs d'aide au développement. Il finance en effet 43 % de l'aide mondiale avec un pic à plus de 90 milliards d'euros en 2022 pour l'ensemble des 27 États membres dont 2 milliards du budget propre de l'Union européenne. Mais là encore la tendance est largement à la baisse car de nombreux pays comme la France ont décidé de coupes budgétaires drastiques dans l'aide humanitaire.
L'Europe doit-elle remplacer les États-Unis dans la lutte contre la pauvreté ? Nous allons poser tout de suite la question à nos trois invités. trois eurodéputés et on a accueille Francisco Assis.
Bonjour. Bonjour. Vous êtes eurodéputé portugais, membre du groupe des socio-démocrates au Parlement européen.
Vous êtes président de la délégation Afrique, Caraïbe et Pacifique. On accueille également un autre membre de cette délégation et de la délégation du développement ici au Parlement européen, Charles Gurens. Bonjour.
Bonjour. Vous êtes eurodéputé luxembourgeois et membre du groupe Rio Europe ici au Parlement européen, c'est-à-dire au centre de l'hémicycle. Bonjour Julien Chanchez.
Vous êtes eurodéputé, membre du Rassemblement national en France et du groupe les Patriotes pour l'Europe ici au Parlement européen et vous vous dénoncez l'idée d'une hausse de l'aide européenne au développement face au retrait américain. Alors euh Francisco Assis, parlons euh de cette suppression brutale hein de l'aide américaine. C'est un bouleversement mondial dans cette aide au développement avec de graves conséquences humanitaires.
L'Europe s'en est émue un peu, j'ai envie de dire peut-être pas assez. Oui, bien sûr. Je dois je dois saluer mes collègues et vous.
Euh je crois que c'est une décision vraiment dramatique avec des conséquences tragiques pour plusieurs régions du monde, en particulier pour les régions les plus pauvres du monde comme c'est le cas de l'Afrique. Malheureusement, l'Europe, elle n'est pas en condition de combler absolument cette décision de souspression des de l'aide américaine. Comme vous l'avez dit, nous sommes même confrontés à la situation d'une certaine baisse de l'effort euh pour l'aide au développement en plusieurs pays européens.
Mais je crois que nous sommes devant une situation absolument exceptionnelle et devant une situation d'exception, nous devons avoir une responsabilité spéciale. Nous devons faire un effort additionnel, nous l'Union européenne et nous tous les pays européens pour combler partiellement cette cette suppression de l'aide américaine parce que nous savons bien vraiment quelles seront les conséquences en ce qui concerne les soins de santé, la sécurité humanitaire, la mortalité infintile et cetera. On va parler de la réponse européenne mais d'abord une réaction à cette décision américaine.
Julien Sanchez, est-ce que vous en tant que membre d'un parti souverainiste, le RAssemblée national, vous approuvez cette décision de Donald Trump ? Et est-ce que l'Union européenne devrait faire pareil ? Alors, nous n'avons pas à approuver ou à ne pas approuver, je vais répondre à votre question, mais nous ce qu'on on met en avance, c'est d'abord les souverainetés.
C'est-à-dire que Donald Trump n'a pas volé son élection. Il a été élu, il est légitime et donc il a le droit de prendre des décisions en matière budgétaire, en matière économique, en matière financière. et donc forcé de constater qu'aujourd'hui il a pris cette décision.
On la prouve ou on ne la prouve pas, chacun fera ses choix mais en tout cas cette décision s'impose. Et donc la question qui se pose aujourd'hui et que certains posent, c'est est-ce qu'on supplie et bien l'absence des États-Unis ou est-ce qu'on ne supplie pas ? Et au Patriotes Paul Europe, nous disons qu'il ne faut pas suppléer.
Pourquoi ? On soutient déjà les au développement et on le soutient nous en tant que patriote pour l'Europe dans de nombreuses régions du monde et c'est normal, il faut le faire. On a une responsabilité aussi euh mais nous considérons qu'il ne faut pas augmenter cette aide et que ça n'est pas à l'Europe de venir à la place des États-Unis parce que vous avez vu que Donald Trump est en train de couper beaucoup de choses.
Si on commence à devoir suppler toutes les dépenses que va couper Donald Trump, je crois qu'il y en aura beaucoup. Mais en même temps, Charles Gens, vous vous diriez plutôt qu'il faut qu'on renforce notre aide et que précisément pour Donald Trump, ça va être terrible en terme d'image de passer pour le pas généreux de l'affaire. Alors écoutez, ça fait 50 ans que l'Europe promet d'arriver à 0,7 % de dépenses en faveur des public au développement de son PIB hein, de ce PB chacun des pays et son PIB global.
Pob Exactement, on avait renouvelé la euh la promesse à Adabeba en 2015. On l'a pas tenu à peine cette promesse faite, deux États se sont déjà rétractés, notamment la Finlande et les Pays-Bas. Euh donc la promesse des 0,7 % c'est l'artésienne.
La promesse toujours faite et jamais réalisée. Ce qui se passe à l'heure actuelle, c'est dramatique. On ne pourra pas combler tous les déficits créés par le vide américain, mais on va devoir se réorganiser.
C'est nous qui sommes les premiers bailleurs de fond de loin. On l'a été jusqu'à maintenant et maintenant on a été tout premiers. Tout tout le monde, le monde entier regarde sur nous quelles initiatives allons-nous prendre.
Il y a trois échéances qui sont devant nous. le renouvellement de la capitalisation euh de l'organisation GAVI pour les vaccins. Deuxièmement, le fond de lutte contre les sid la malaria et la tuberculose.
C'est dans les tout prochains mois qu'on va devoir annoncer notre contribution. Et troisièmement, la conférence de de Séville sur le financement de l'Union de l'aide au développement pour les années 2030 à 2045. Faut pas rater ces rendez-vous.
Et moi, j'affiche un niveau euh d'ambition très élevé plus que pour contrecarrer euh tous les pessimismes et euh le le manfotisme qui existe ici au Parlement européen dans de très larges dans une très large mesure. Beaucoup de défis qui se posent à l'Europe dans cette aide au développement mondial. Francisco A6, est-ce que l'Union européenne a la capacité de remplacer les États-Unis dans cette aide humanitaire ?
Je pense que ce serait difficile de remplacer totalement euh au plan euh immédiate naturellement, mais je crois que nous devrons faire un grand euh effort pour remplacer euh le rôle des des États-Unis. Euh nous avons des responsabilités spéciales devant le mont parce que nous sommes plus riches que les autres régions euh du monde. Et ça compte naturellement.
Nous de nous sommes des anciennes potences colonielles et nous avons des responsabilités à mon avis spéciales. Je suis portugais. Le Portugal, c'est aussi une ancienne importance coloniale et nous avons des responsabilités spéciales envers ces peuples en ce qui concerne l'Afrique et cetera. et nous avons un discours un discours humaniste universaliste.
Nous avons l'obligation d'avoir une pratique au niveau de notre discours et je crois que c'est ça c'est important du point de vue strict de l'aide au développement mais c'est aussi important ce qui concerne l'image de de ce qu'on peut appeler la culture occidentale au mon le soft power vous dites d'un certain point de vue le soft power notre notre image notre capacité à entrer en résonance avec le monde. Julien Sanchez, vous vous dites que vous êtes contre la la hausse de nos de nos budgets développement pour palier à l'absence américaine et en même temps, c'est assez paradoxal, j'ai envie de vous dire au Rassemblement national, vous dites il faut lutter contre l'immigration, faut que personne ne entre européen et le prenne pour un Eldorado. Ah ben alors, comment on fixe les gens si on les aide pas au développement dans leur pays ?
Non, mais madame euh je crois que là vous vous êtes en train de désinformer, c'est-à-dire que nous aidons déjà euh et comme ça a été rappelé par mes collègues, euh l'Union européenne est un des principaux participants et partie prenantes de l'aide au développement. Donc on ne peut pas dire que l'Union européenne ne Mais la France par exemple est en train de se de beaucoup se retirer. Je je suis pas ministre français et je je ne soutiens pas Emmanuel Macron.
Je crois que ce qui ce qu'il faut défendre, c'est encore une fois, moi je suis en commission contrôle budgétaire, c'est analyser chaque dépense, mettre sur les bonnes dépenses et enlever sur les gaspillages qu'il peut y avoir. Et je crois que c'est c'est important d'avoir un regard critique sur les dépenses parce qu'il y a de la bonne aide au codéveloppement et et qu'il faut accentuer et il y a la mauvaise aide qu'il faut supprimer. Euh quand je alors laquelle je vous je vous renvoie à ce rapport par exemple Donald Trump de la Cour européenne des comptes sur le fond fiducière pour l'Afrique, c'était 5 milliards qui ont été dépensés et ça fait état d'un certain nombre de gaspillages qui qui ont eu lieu.
Donc moi je suis d'accord pour mettre euh davantage euh sur ce qui a été dit tout à l'heure. Vous avez parlé du sida, vous avez parlé vraiment de d'enjeux qui sont essentiels, qui sont majeurs. En revanche sur les gaspillages qui ont été dénoncés par la cour européenne des comptes, là il faut les regarder, il faut les supprimer de manière urgente.
Charles Gens, vous diriez aussi qu'il y a du gaspillage dans l'aide européenne au développement ? Non, mais regardez toutes les évaluations, j'ai lu aussi ce rapport. Euh c'est très caricatural.
D'ailleurs, ce rapport lorsqu'il parle sur le European Fundevelopment, euh il n'y a pas de faute pertinence et c'est un c'était un laboratoire pour une tester une nouvelle approche. Donc il y a des des il y a forcément des fautes, il y a forcément une petite portion de gaspillage. On apprend des évaluations pour mieux faire après.
Et normalement l'évaluation de l'aide publique au développement de l'Union européenne tel que confirmé aussi par l'OCDE qui est vraiment la mère de toutes les évaluations est très élogieuse à notre égard. On teste de nouvelles formules, on apprend des fautes légères ou absolument surmontables par le passé. On apprend en marchant et l'Union européenne reste de loin reste de loin le premier bailleur de fond.
Monsieur Sanchez a mentionné le sida dans l'aide au développement américaine maintenant qu'il reste dans les programmes où ils sont d'ailleurs présent en présentation avec d'autres avec d'autres ONG, ils ne veulent plus entendre parler ni de sida, ni de climat, ni de femme. Je vais Est-ce que ça c'est c'est légitime par exemple ? Je vais vous dire ce qui va se passer.
S'il n'y a pas assez d'argent pour le fond de lutte contre le sid, la malaria, la tuberculose, il y a des millions, des dizaines de millions de gens qui vont créver dans l'indifférence générale. C'est ça le problème aujourd'hui. Ceux qui n'ont pas accès aux antirétrovirus, donc la trithérapie, ceux-là vont mourir.
Alors s'il manque de moyens, ces gens ils vont disparaître. Donc et là vous êtes d'accord, monsieur Sanchez ? Bien sûr.
Non mais il a tout à fait raison sur ce sujet-là, on ne peut être que d'accord. Donc l'Europe doit redéfinir les priorités ensemble avec les autres. C'est l'Europe qui doit être prendre la tête la gouvernance mondiale dans ce domaine.
Mais nous nous disons à budget constant et nous demandons de redéployer des fonds euh qui ne nous semblent pas pertinents. Et je je vous donne deux exemples très rapidement. Euh il y a euh en dans certains pays des politiques qui sont menées, des programmes d'ONG pour exporter des schémas sur le genre, sur l'intersectionnalité pour essayer d'influencer et d'influer les populations là-bas sur leur manière de ou sur les valeurs comme monsieur Trump.
C'est important pour vous. J'estime qu'on a pas à à éduquer ou ou à rééduquer des gens sur leur façon de vivre. Ils ont leur mode de vie, leur façon de vivre.
Ça n'est pas à nous d'aller leur apprendre comment et bien ils doivent vivre, comment ils doivent se comporter sur le genre l'intersectionnalité. Ça, ce sont des dépenses les ONG LGBT, c'est ça ? Mais c'est c'est pas forcément que le LGBT, c'est les ONG en général qui veulent rééduquer les gens.
Nous nous sommes pour l'éducation des enfants. Nous sommes pour aider l'éducation des enfants. On le fait que ce soit en République démocratique du Congo, que ce soit au Tchad.
Et je rappelle que des députés de mon groupe comme monsieur Marianni étaiit en République démocratique du Congo il y a un mois, Marine Le Pen au Tchad il y a 2 semaines. Francisco assis, on sent quand même qu'il y a une bataille politique autour de cette aide au développement avec l'administration Trump qui dit et bien euh la partie restante de l'aide américaine au développement, elle doit répondre à l'idéologie MAGAGA Make America Great again et aux valeurs de la droite ultra conservatrice américaine. Nous avons une position très différente.
Considérons que nous avons euh la responsabilité, même l'obligation d'aider tous ces gens qui luttent pour les euh valeurs de l'humanisme euh en Afrique, en Asie, à tous les pays du monde. Nous n'avons pas naturellement la possibilité de changer de régime. Ce n'est pas notre responsabilité.
Il n'est pas possible. Les peuples, ils ont une certaine défiance devant les missionnaires armés naturellement, ils ont armé probablement. Mais la vérité c'est que nous devons aider ces gens qui sont en terrain en Afrique particulièrement et qui loutent en condition vraiment défavorable pour l'affirmation de certains valeurs qui sont les valeurs constitutives du projet européen.
Là-dessus, on a entendu que vous étiez pas d'accord avec monsieur Sanchez. Faire des économies sur l'aide au développement, est-ce que finalement ça ne ça ne risque pas aussi de diminuer notre notre influence dans certaines régions du monde ? Je pense à la Chine, à la Russie qui sont très présents en Afrique précisément qui pourraient profiter et nous pas du retrait américain.
Mais un un des seuls domaines dans lequel nous avons une autorité certaines, c'est dans le domaine du développement, c'est dans le domaine de la coopération au développement. Le reste du monde attend que l'Europe fasse des choses. Et pour revenir sur le problème LGBT, pourquoi est-ce qu'on fait ça ? en notre assemblée seront en Ouandaard.
Il y a des parlementaires homosexuels qui ne veulent pas s'y rendre parce qu'ils ont peur d'être écrasés par la loi. Ils ont peur d'aller d'aller en tôle. partager des valeurs de tolérance, partager une vue et une une stratégie pour lutter contre contre les des discriminations, c'est quand même une valeur que nous voulons partager et c'est pas une valeur européenne, c'est une valeur telle qu'inscrite dans la déclaration universelle des droits de l'homme.
Julien Sanchez, un mot sur quand même l'évolution budgétaire en Europe de ces aides au développement dans chaque pays, notamment en France avec une coupe drastique pour l'année 2025 de - 32 % qui a été voté par le Parlement en France. Je crois pas que le RN se soit opposé à cette coupe drastique. Est-ce que la conséquence finalement c'est ça ne va pas être de perdre notre influence stratégique notamment en Afrique avec des coupes budgétaires de de ce type ?
Alors il y a deux sujets. Il y a d'abord le fait que nous nous sommes pour le codéveloppement mais contre l'immigration. Et là, le problème c'est qu'on a les deux.
Euh, on fait à la fois le codéveloppement et à la fois, on accueille une immigration. On peut pas faire les deux. Nous, on est pour aider le codéveloppement, faire en sorte de de développer ces pays et de faire en sorte bah notamment que au niveau alimentaire, on puisse aider les gens à s'alimenter, à recréer une agriculture, à faire en sorte de d'aider les gens là-bas à se développer et et là, c'est l'inverse qu'on est en train de faire en fait.
On est en train de faire venir des gens ici. Nous estimons que ça n'est pas la solution. Et pour le budget, les budgets de l'aide de développement sont en train de baisser notamment en France.
Mais je je vous le rappelle, le Rassemblement national n'est pas au pouvoir en France. Ce que ferait le Rassemblement national, ce n'est pas une baisse des sujets de codéveloppement comme je vous le disais. C'est une réorientation vers des priorités qu'on estime de bon sens comme sur les maladies par exemple ou l'alimentation ou l'éducation et en revanche stopper l'immigration qui coûte très cher au budget de la France en France.
C'est c'est ça que nous voyons. Et vous voterez pour une augmentation du budget développement dans la prochaine plainère. Vous parlez de l'Union européenne ?
Je vous l'ai dit, nous voulons rester à budget constant et par contre redéployer, c'est-à-dire enlever les mauvaises dépenses ou celles qu'on estime mauvaise et les réorienter vers des bonnes dépenses comme la lutte contre les malaises. Monsieur Assis, pour terminer quand même sur l'Ukraine, hein, c'est un un point particulier, 70 milliards sur 3 ans en aide humanitaire à la reconstruction et parfois l'Afrique a le sentiment qu'elle est moins une priorité en matière de développement. Est-ce que c'est est-ce que c'est juste ?
C'est juste naturellement l'Ukraie a été envahie. L'Ukraie résiste. L'Ukraie a un guerre.
L'Ukraie a un grave problème humanitaire. Nous avons l'obligation seulement une une petite euh référence. Euh c'est vrai que les ces droits humains sont droits reconnus pour les Nations Unis sont de droits universels et non seulement européens.
Et il faut dire le suivant que c'est important. La première grande déclaration au monde de caractère universel des droits de l'homme a une origine, la France. C'est ce qu'il faut ce que vous voulez mettre en avant dans l'aide au développement.
Merci à vous d'avoir été d'avoir très bien illustré ce débat. Merci à vous de l'avoir suivi et très bonne suite des programmes sur nos antennes. [Musique]
Julien Sanchez