"LE PROBLÈME DE L’ÉDUCATION NATIONALE, C'EST MACRON"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
L’école, je veux qu'à la rentrée prochaine, on puisse remplacer du jour au lendemain les profs dans les classes des élèves. On est sur un fait qu'aujourd'hui le métier n'attire plus assez pour avoir assez de candidats, pour avoir assez d'enseignants, pour à la fois, quand il y en a un qui est malade, de pouvoir automatiquement de le remplacer. Il ne faut pas toujours brosser les gens dans le sens du poil, parfois il faut être un peu rude.
Un prof qui est trop absent, il faut le virer, je suis désolé. Qu'on réforme le lycée professionnel, indispensable pour être juste avec nos jeunes, et les amener vers l'emploi, la formation. Ça fait beaucoup de chantiers.
Mais vous voyez qu'il y a beaucoup de chantiers, parce qu'on a des immenses ambitions. Le principal problème de l'Education nationale, c'est Emmanuel Macron, en fait, puisqu'il avance à marche forcée, sans écouter personne, en enfonçant l'Education nationale dans la crise. Et mon voisin, en me voyant, me dira "Bande de feignants, alors vous êtes déjà rentrés, vous savez pas ce que c'est de bosser.
Avec vos semaines de 20 heures, vous bossez bien moins qu'un facteur, et dire que je paye pour vos congés." Crise dans l'Education nationale, épisode 3719. Mais rassurez-vous, le gouvernement a la solution.
Remplacement automatique à la moindre absence de professeurs, revalorisation salariale pour tous les enseignants, davantage de mixité sociale dans les écoles et objectif 100% d'insertion professionnelle pour les lycéens. Les dernières annonces faites par Emmanuel Macron et son ministre de l'Éducation nationale Pap Ndiaye laissent penser que la rentrée scolaire 2023 sera réjouissante. Mais dans les classes, les enseignants dépeignent en réalité un tableau très sombre.
Conditions de travail difficiles, salaires trop bas, classes trop chargées, manque d'attractivité. Résultat, un sous-effectif évident. Sans parler des conséquences directes sur l'apprentissage des élèves, alors même qu'il s'agit de l'avenir du pays.
Pour les syndicats, les réformes qui entreront en vigueur en septembre prochain ne vont absolument pas dans le bon sens. Au mieux, elles seront insuffisantes. Au pire, elles aggraveront les inégalités sociales et scolaires.
L'Education nationale fait une hémorragie et le gouvernement lui colle un sparadrap. Alors en quoi consistent ces mesures ? Et pourquoi déplaisent-elles autant aux enseignants ?
À quel scénario faut-il s'attendre à la rentrée prochaine ? et que faudrait-il faire pour sauver l'Education nationale ? C'est tout ce qu'on va voir dans cette nouvelle vidéo pour Blast.
J’ai beau regarder à deux fois, je la vois pas tant que ça, la sécurité de l’emploi. Après la réforme des retraites, Emmanuel Macron semble s'être trouvé un nouveau terrain de jeu où passer en force, l'éducation. Mais les représentants syndicaux ne sont pas dupes et les rencontres avec le ministère ont mené à des impasses.
Mais malgré tout, il semblerait que l'on s'achemine vers l'entrée en vigueur de ces nouvelles mesures phares dès la rentrée prochaine. De quoi s'agit-il exactement ? De la réforme du lycée professionnel, de la mixité sociale et du pacte enseignant.
Commençons par l'annonce la plus contestée par les fonctionnaires de l'Education nationale, le pacte enseignant. C'est la réponse apportée par le ministère aux enseignants qui demandent à mieux gagner leur vie. Il y a d'un côté ce qu'on appelle le socle.
Il va permettre d'augmenter la prime statutaire de tous les profs de 100 euros. Et cela peut aller jusqu'à 230 euros pour les enseignants en début de carrière. Et de l'autre côté, il y a la partie pacte.
C'est un ensemble de missions supplémentaires qui permettent aux enseignants qui les acceptent de gagner un complément de rémunération. Cela peut être du remplacement, de l'aide aux devoirs, de l'aide à l'orientation, du soutien scolaire, etc. Et ces missions sont appelées des "briques".
Pourquoi ? Parce qu'elles s'empilent. Et qu'elles fonctionnent en quelque sorte par palier.
Impossible de signer pour la brique 2 si vous n'avez pas d'abord signé pour la brique 1. Cela permet au gouvernement de s'assurer que les missions qu'il juge prioritaires soient bel et bien effectuées. Et oui, rappelez-vous, Emmanuel Macron veut que chaque absence de professeur soit remplacée du jour au lendemain, dès la rentrée.
Alors pour atteindre cet objectif, il a été décidé que pour le second degré, la brique 1, donc la porte d'entrée du pacte enseignant, serait le remplacement de courte durée. Le professeur qui la signe s'engage pour 18 heures annuelles de remplacement en échange de 1250 euros supplémentaires. Et pour que la promesse d'Emmanuel Macron se réalise, Pap Ndiaye estime qu'il suffirait qu'un quart des 480 000 enseignants du secondaire signe ce pacte.
Mais dans les lycées, les responsables syndicaux dénoncent une logique comptable. Pour comprendre les conséquences de cette proposition sur le quotidien des enseignants, j'ai rencontré la secrétaire générale du SNES-FSU, Sophie Vénétitay. On considère qu'il ne faut pas signer le pacte qui est proposé par Emmanuel Macron et Pap Ndiaye, d'abord parce que ce n'est pas de la revalorisation, c'est tout simplement payer des missions supplémentaires.
Ça, ça n'appelle pas de la revalorisation, ça s'appelle payer du travail fait. Ça n'a rien de complètement disruptif, c'est le principe du travail rémunéré depuis des siècles. Ce n'est pas du travailler plus pour gagner plus.
Pour nous, c'est du travailler plus pour s'épuiser plus. Ce sont des missions supplémentaires, alors même qu'aujourd'hui, on sait qu'on a une profession qui est épuisée, qui travaille beaucoup. Ce sont même les enquêtes du ministère qui montrent ça.
La moitié des professeurs travaillait plus de 43 heures par semaine. Quand on regarde un emploi du temps, on a un peu de mal à se dire où on va caser ces missions supplémentaires. C'est une tromperie aussi pour les parents d'élèves et pour l'opinion publique.
Parce qu'Emmanuel Macron annonce qu'à la prochaine rentrée, grâce au pacte, toutes les absences seront systématiquement remplacées. C'est faux. Un prof de maths est absent au mois de septembre dans une classe de 6e par exemple ?
Qu'est-ce qui se passe ? Eh bien c'est par exemple le professeur d'anglais qui va remplacer le professeur de mathématiques, non pas pour faire des mathématiques bien entendu, mais pour faire de l'anglais. L’heure de mathématiques elle est toujours perdue.
Alors oui ça a comblé un trou dans l'emploi du temps, maintenant c'est plus de la garderie qu'autre chose. Et nous au SNES-FSU on dit clairement qu'on a une autre ambition pour les élèves que faire de la garderie. Non seulement les syndicats dénoncent ce système de remplacement automatique, mais ils estiment aussi que ce pacte change radicalement leur statut de fonctionnaire, tout en aggravant certaines inégalités.
Au SNES-FSU on analyse le pacte aussi comme une attaque contre le statut de la fonction publique. Le statut de la fonction publique, c'est un équilibre entre des droits et des devoirs, des obligations. Et c'est un juste équilibre qui nous permet de jouer notre rôle de fonctionnaire.
Là, avec le pacte, on sort de la logique de statut, on est dans une logique contractuelle. Et donc une logique contractuelle, par définition, elle est déséquilibrée entre le supérieur hiérarchique et la personne qui a signé le contrat. Et donc, ça veut dire qu'on va désormais être dans la situation où on doit quelque chose à notre chef d'établissement.
Il faut être disponible et donc au détriment de l'emploi du temps professionnel et personnel. De toute façon, ce pacte est profondément inégalitaire. Il est inégalitaire entre certaines catégories ou certains métiers.
On pense par exemple aux professeurs documentalistes, aux CPE, aux psychologues de l'Education nationale. Qui sont concernés par ce pacte. Qui sont aussi concernés par le pacte et dont on a du mal un peu à voir quelle va être la porte d'entrée.
D'ailleurs, on n'est pas les seuls à avoir du mal à le voir puisque le ministère ne répond pas à nos questions. Donc visiblement, lui aussi a beaucoup de mal à voir ce que ça peut être. Donc, impact très inégalitaire.
Il existe des inégalités salariales dans l'Education nationale entre les femmes et les hommes. On a des chiffres qui sont produits par le ministère de l'Éducation nationale qui montrent que si les inégalités existent dans l'Education nationale, c'est à cause principalement du recours aux primes et aux heures supplémentaires. Et que fait le ministère ?
Il crée un outil qui se base principalement sur les primes et les heures supplémentaires. Donc il va aggraver les inégalités entre les femmes et les hommes. On retrouve beaucoup les méthodes d'Emmanuel Macron.
Toutes les organisations syndicales sont contre. On a tous quitté la table des discussions sur le pacte. Que répond Emmanuel Macron ?
On l'appliquera quand même. C'est exactement ce qu'il a fait sur la réforme des retraites. Ça c'est pour tout ce qui est la partie mission, briques du pacte.
Mais il y a quand même le socle où là, normalement, les hausses de salaires promises sont, je cite, inconditionnelles. Alors ça ne correspond pas à nos demandes puisque d'abord c'est une augmentation via des primes, des indemnités, et ces indemnités-là ne comptent pas pour la retraite. Donc on est quand même sur un outil de rémunération qui est assez orienté.
Ensuite, les chiffres qui sont avancés, il faut bien regarder ce que ça représente par rapport à ce qu'on a perdu et par rapport à l'inflation. Là, sur la partie dite « socle », les augmentations représentent en moyenne une augmentation de 5,5% entre septembre 2022 et septembre 2023. c'est moins que l'inflation.
Donc à partir de septembre 2023, les enseignants vont continuer à perdre du pouvoir d'achat. Voilà pour le pacte enseignant. Concernant la réforme du lycée professionnel… Ce n'est pas simplement une réforme, c'est une cause nationale.
Voici ce qu'il fallait retenir du déplacement d'Emmanuel Macron à Saintes. Le gouvernement part du constat que seuls 40% des élèves de l'enseignement professionnel trouvent un emploi 6 mois après l'obtention de leur bac. Alors pour atteindre 100%, il souhaite fermer les filières qui ne recrutent pas assez.
Environ 80 sont concernées, par exemple celles qui touchent au secrétariat, à la comptabilité ou à la vente. À la place, il veut en ouvrir 150 nouvelles, dans des domaines qui, au contraire, peinent à recruter, et qui sont concernés par les grands chantiers que mène l'exécutif, comme la transition numérique, la transition écologique ou encore la réindustrialisation. Sauf que la carte des formations professionnelles des lycées dépendra de la région dans laquelle il se situe.
Sur le papier, cela pourrait ressembler à une bonne idée, pour aider les jeunes à trouver un premier emploi. Mais dans la pratique, des enseignants fustigent la direction que prend l'enseignement professionnel, qui représente quand même un tiers de l'ensemble des lycéens. où il s'agit de mettre les lycées professionnels au service de l'entreprise, et plus particulièrement au service des métiers sous tension.
Et là aussi, c'est une vision extrêmement cynique, parce qu'aujourd'hui, si on a des métiers qui sont sous tension, c'est parce qu'ils sont mal payés, parce qu'ils ont des mauvaises conditions de travail. C'est pour ça qu'il y a plus grand monde qui veut y aller. Et plutôt que de revaloriser ces métiers-là, Emmanuel Macron dit on va adapter la carte des formations des lycées professionnels pour que ça puisse correspondre à ces métiers en tension.
C'est une réforme qui accentue les inégalités et qui est même absolument scandaleuse parce qu'il y a ce côté d'utiliser la jeunesse la plus défavorisée pour boucher les trous. Oui, parce que dans les lycées professionnels, majoritairement, ce sont les classes défavorisées qui sont représentées. Voilà, c'est la jeunesse la plus en difficulté, socialement et scolairement.
Ça c'est pour toutes les conséquences que ça va avoir sur les élèves. Maintenant, pour les professeurs dont les matières vont être supprimées parce que les filières vont disparaître, qu'est-ce qu'ils vont devenir ? C'est un plan social qui est extrêmement brutal parce qu'une partie de nos collègues l'ont appris en direct quand Pap Ndiaye l'a annoncé à la radio.
Que vont devenir les enseignants des filières que vous supprimez et comment vous allez en recruter pour les nouvelles filières ? On sait que c'est un enjeu aussi. C'est vrai.
Alors, ils peuvent se diriger vers le professorat des écoles, un certain nombre d'entre eux le choisissent, ou également vers les collèges. C'est nier ce qui est la caractéristique du métier de professeur de lycée professionnel, mais aussi du métier de professeur des écoles. On ne s'improvise pas professeur des écoles, on ne s'improvise pas professeur de lycée professionnel, mais bon, en même temps on est face à un ministère qui pense qu'on peut recruter des gens en 30 minutes.
Autre mesure qui accompagne cette réforme, l'indemnisation des stagiaires. L'État va investir 1 milliard d'euros supplémentaires par an pour l'enseignement professionnel. Et les lycéens seront maintenant rémunérés 50, 75 ou 100 euros par semaine en fonction de leur niveau d'études.
C'est un engagement fort de l'État qui prendra à sa charge l'indemnisation de stage. Ça a l'apparence d'une bonne décision, mais ce n'est pas la bonne décision, d'autant plus que cette gratification pour les stages en entreprise, elle est prise en charge par l'État. L'État, quelque part, fait un cadeau aux entreprises.
Donc là, on est quand même...
Qui auront de la main d'œuvre gratuite. Et qui finalement finissent par avoir de la main d'œuvre gratuite sur des métiers pour lesquels elles n'ont à faire aucun effort pour améliorer les conditions de travail. Là, c'est le cadeau avec le package, le petit ruban, etc. pour le cadeau quasi parfait pour les entreprises.
Enfin, dernier projet, et pas des moindres, la mixité sociale à l'école. Depuis son arrivée rue de Grenelle il y a pile un an, Pap Ndiaye en a fait son fer de lance. Et pour cause.
D'après des chercheurs du Conseil scientifique de l'Éducation nationale, favoriser la mixité sociale à l'école permet d'améliorer le bien-être social et personnel de tous les élèves. Depuis 2022, on peut mesurer le niveau d'entre-soi dans chaque établissement, grâce aux IPS, les indices de position sociale. Et le résultat est sans appel.
La mixité sociale est loin d'être atteinte. Et les établissements privés sont les principaux responsables de cette ségrégation sociale. Seuls 10% de leurs élèves sont boursiers.
Pap Ndiaye avait donc un objectif ambitieux. Nous sommes en train de préparer un protocole. Le protocole est en échange, il est déjà écrit, entre l'enseignement privé sous contrat, en tout cas le secrétariat général de l'enseignement catholique qui est majoritaire, et puis le ministère de l'Éducation nationale, ce sera la première fois.
Sauf que cette première fois n'aura pas lieu. Le contexte politique aura eu raison de ses bonnes intentions. Un tel protocole aurait en effet déclenché l'ire des Républicains.
Et en ce moment, le gouvernement ne peut pas se payer le luxe de se mettre la droite à dos. Résultat, d'un côté le ministre a signé un protocole non contraignant avec le secrétariat général de l'enseignement catholique, De l'autre, il a demandé au recteur des académies de diminuer la différence de recrutement social entre les établissements publics. C'est ce qu'on appelle faire un flop.
Que ce soit le pacte enseignant, le lycée professionnel ou la mixité sociale, finalement aucune mesure ne semble soigner le mal à la racine, le manque d'attractivité du métier. Aujourd'hui, le problème numéro un dans l'éducation nationale, c'est le déclassement salarial et le manque d'attractivité de nos métiers. Si j'étais joueuse, je vous dirais que le principal problème de l'Education nationale, c'est Emmanuel Macron en fait. mais c'est… puisqu'il avance à marche forcée, sans écouter personne, en enfonçant l'Education nationale dans la crise.
Le secteur de l'éducation traverse une crise de vocation structurelle. Et pourtant, à en croire les clichés qui circulent, tout le monde envie les enseignants. Ils ont 16 semaines de vacances obligatoires par an, ne donnent que 18 heures de cours par semaine, sont presque tout le temps absents.
Seulement voilà, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le nombre de démissions au sein de l'Education nationale a été multiplié par 4 en 10 ans. En 2022, 4000 postes n'étaient pas pourvus lors de l'annonce des résultats du concours.
Et cette année, malgré le nombre de candidats en légère hausse, le manque d'enseignants ne sera toujours pas comblé. Rien qu'à Créteil et Versailles, les deux académies qui accueillent le plus d'élèves, seuls 1 570 candidats sont admissibles, sur 2 450 postes à pourvoir. Et pour ne rien arranger, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé la suppression de 1 165 postes pour septembre.
En cause, la baisse démographique des élèves. alors même qu'il devrait en profiter pour diminuer les effectifs des classes, qui sont les plus chargées d'Europe. Mais alors, pourquoi le métier d'enseignant n'attire plus ?
Quels sont les facteurs de cette crise de vocation ? Pour tordre le coup au cliché et mieux comprendre à quoi ressemble le quotidien des enseignants, j'ai reçu la journaliste Anna Benjamin. En 2022, pendant 6 mois, elle est devenue prof d'histoire géocontractuelle.
Et elle raconte son expérience dans le livre "Prof", paru aux éditions La Goutte d'or. Ce qui est compliqué dans ce métier, c'est de rester prof. C'est pas forcément tout de suite de le devenir. c'est de le rester 10 ans, 20 ans, 30 ans.
Vous, personnellement, à quoi vous ne vous attendiez pas dans le quotidien de professeur ? Alors, c'est ce que j'appelle tout le travail invisible, en fait, des professeurs. Alors moi, parce que je commence et que je n'ai pas de cours de prêt, c'est pour une heure de cours, j'estime à peu près, comme je le raconte dans le livre, j'ai quatre heures de préparation et puis une heure un peu pour mettre le cours dans la bouche.
Quand j'arrive dans le deuxième collège, justement, le collège d'éducation prioritaire, J'ai un prof d’histoire, on discute et il me dit "tu sais ici, t'es prof mais t'es aussi psy, assistante sociale et parfois flic". Psy parce qu'il y a des élèves qui ont besoin de parler et c'est pas juste cinq minutes après le cours, ça peut être plus longtemps. Assistante sociale parce qu'il faut apprendre à repérer aussi quand un élève a des problèmes.
Par exemple, moi j'ai cet élève qui en plein cours me dit "Madame, mon père me frappe". Il faut savoir réagir face à ça. Il faut savoir réagir.
Et puis, flic, parce que oui, vous devez faire des rapports, vous devez stopper des bagarres dans les couloirs. Et donc tout ça, c'est ce travail invisible qu'on ne voit pas. C'est appeler les parents, c'est corriger des copies.
Il faut savoir que six classes, c'est à peu près 160 élèves, que chacun a sa personnalité, chacun a son histoire. Oui, ça reste de la gestion de l'humain. C'est que de l'humain, en fait.
Les individualités. Exactement. Et l'humain, ça prend du temps, en fait.
C'est pas des robots, on fait cours et puis on s'en va en fait. Surtout, la question sous-jacente lorsqu'on parle des conditions de travail, c'est évidemment la question salariale. Aujourd'hui, lors de sa première année de titularisation, un enseignant gagne seulement 1 700 euros net par mois.
Ensuite, en moyenne, un enseignant gagne 2 600 euros net par mois, soit 19% de moins que la moyenne au sein de l'OCDE. Je pense qu'il y a un vrai sujet aujourd'hui sur la rémunération des professeurs, des enseignants. Dans les années 80, un prof débutait avec 2,3 fois le SMIC.
Aujourd'hui, il débute avec 1,2 fois le SMIC. Effectivement, j'ai rencontré beaucoup de profs qui faisaient des heures supplémentaires pour avoir un salaire correct. Il y a le sujet des rémunérations, mais il y a aussi beaucoup le sujet des conditions de travail.
Par exemple, cette professeure dont je parle dans le livre, qui fait 4 heures de trajet aller-retour tous les jours pour venir enseigner, qui ne sait pas où elle va être nommée le mois prochain, et donc qui ne déménage pas. Vous avez ce prof qui n'arrive pas à être muté. Depuis 5 ans, il demande sa mutation en Bretagne.
Il n'y arrive pas. Oui, elle est triste son histoire. Voilà, et ça crée une vraie souffrance, en fait.
Je pense qu'il y a aussi le sujet des conditions de travail dans les classes. Oui. Voilà, moi j'ai découvert qu'effectivement, enseigner à 20 élèves et enseigner à 28 élèves, Il y a une vraie différence.
Donc aujourd'hui on fait cours avec des classes très hétérogènes, en plus avec des niveaux très différents en fonction des élèves. Et les profs ne sont pas forcément formés à ça. J'étais assez étonnée, j'ai beaucoup de jeunes profs qui m'ont livré assez rapidement leurs épisodes d'épuisement professionnel, des burn-out en fait, alors que ça faisait un an, deux ans qu'ils enseignaient.
Donc, oui, je pense qu'il y a ce sentiment d'en faire beaucoup plus, mais parce que la société change. Ce que me raconte la principale du deuxième collège ou suite, c'est que la société a changé, qu'on en demande de plus en plus à l'école, et donc du coup de plus en plus aux profs, et qu'elle finit par dire, et de toute manière à l'Education nationale, la reconnaissance n'existe pas. Une fois qu'on a dit tout ça, à quoi tient encore l'Education nationale ?
Est-ce que c'est seulement grâce à l'engagement des professeurs ? Ah bah oui, je pense, bien sûr. Oui, ça tient A leur passion pour ce métier, à leur attachement à leurs élèves, et en fait c'est ça aussi que je découvre et que je montre dans le livre, c'est qu'en fait ils ont, pour certains, un tel attachement à leur métier et à leurs élèves, qu'en fait ils sont prêts à faire leur métier dans des conditions de travail dégradées, en fait.
Et que sans doute que le ministère le sait aussi. C'est la fin de cette vidéo. J'espère qu'elle vous a intéressé, qu'elle vous aura permis de comprendre un peu mieux la situation de l'Education nationale.
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Emmanuel Macron