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Discours de Fabien Roussel pour le centenaire du PCF

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  • 5:47Fabien RousselChiffre
    « dans les conquêtes sociales du printemps, dont une hausse du SMIC de 35% et la conquête de nouveaux droits pour les salariés à l'entreprise. »
  • 5:57Fabien RousselChiffre
    « Comment ne pas évoquer 1981 et la victoire de la gauche grâce au score de 15% de Georges Marchais »
  • 6:03Fabien RousselChiffre
    « avec un projet ambitieux pour le monde du travail qui fit gagner la semaine de 39 heures, la retraite à 60 ans »
  • 4:57Fabien RousselFait
    « C'est le ministre ségetiste et communiste Ambroise Croizat qui crée notre système de retraite par répartition. »
  • 5:03Fabien RousselFait
    « C'est le député communiste Fernand Grenier qui dépose le 24 mars 1944 l'amendement qui inscrit dans la loi le droit de vote des femmes. »
  • 8:52Fabien RousselFait
    « Nous avions gagné, là aussi, une belle victoire lors du référendum de 2005 contre le traité constitutionnel. »

Temps de parole

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Présentateur

Pour célébrer les 100 ans d'existence, à cause de la pandémie, du confinement, nous avons dû annuler de nombreux rendez-vous. Certains sont reportés en 2021 et d'autres sont maintenus, comme la superbe exposition d'affiches qui ont jalonné notre histoire et réalisée grâce au concours de la Fondation Gabriel Péry, présidé par Alain Obadia, et que vous découvrirez sur le net avec l'ensemble du programme. Merci à Guillaume Rouboukouachi pour avoir piloté ces festivités.

Je remercie également pour cet anniversaire exceptionnel les membres de la direction du Parti communiste français présents ici en visio et physiquement, en nombre restreint, Pierre Laurent, président du Conseil national, Marie-Georges Buffet, ancienne secrétaire nationale, les présidents de groupe à l'Assemblée nationale et au Sénat, André Chassaigne et Eliane Assassi, mes collègues parlementaires, Patrick Loyaric, directeur du journal l'Humanité, les responsables nationaux des organisations de jeunesse, Léon Desfontaines, secrétaire national du MJCF, et les membres du comité exécutif et ceux du Conseil national. Merci à vous et bienvenue à toutes celles et ceux qui nous rejoignent.

Il n'est pas commun de fêter l'anniversaire d'un parti, encore moins quand il a 100 ans, et entre nous, ces 100 ans, on ne les fait pas. Car en 2020, comme il y a 100 ans, le communisme, c'est la jeunesse du monde. Et face au vieux système capitaliste, nous avons besoin d'idées nouvelles, radicalement nouvelles. Voilà pourquoi cette fête est celle d'un commencement, avec les yeux non pas tournés vers le passé, mais braqués sur le présent et vers l'avenir. C'était déjà l'urgence du présent qui présidait le congrès de Tours quand le parti communiste s'est créé sous la banderole « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Et c'est toujours d'actualité.

Après l'horreur de la Première Guerre mondiale, il s'agissait de garantir pour de bon la paix entre eux des peuples que l'impérialisme montait les uns contre les autres. Il s'agissait de tourner la page d'un capitalisme broyant les vies humaines, celles d'enfants, de femmes, d'hommes qui mouraient au travail. Cette ambition portée par celles et ceux dont la guerre avait brisé les vies, elle est toujours la nôtre aujourd'hui, avec comme boussole l'intérêt populaire et l'utilité pour le plus grand nombre.

C'est ce qui n'a cessé d'animer ces centaines de milliers, ces millions de Françaises et de Français d'étrangers qui, dans notre pays, ont décidé de rejoindre notre parti à travers ces cent années, ces hommes et ces femmes qui ont décidé d'organiser leurs révoltes, leurs rêves, leurs aspirations pour proposer un projet d'espoir à notre pays, à son peuple, pour le faire entrer dans la vie. C'est cette volonté de changer le cours du monde, d'être tout simplement utile, qui hante encore le jeune Guy Moquet, lycéen de 17 ans, à la veille de son exécution, le 22 octobre 1941, par les nazis, dans sa dernière lettre. « Ma petite maman chérie, je vais mourir.

Certes, j'aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. » Pour être sûr, le combat des communistes sert à quelque chose. Il a contribué à garder ouvertes les portes de l'avenir lorsque l'horizon paraissait boucher. Il s'est engagé dans la résistance, à l'image d'un Missac Manoukian, d'un Roll Tanguy, d'une Martha Desrumaux ou d'une Danielle Casanova et de tant d'autres. Sans le PCF, le rassemblement de la gauche aurait-il vu le jour en des moments cruciaux ? Il aurait-il lu le Front populaire et le programme du Conseil national de la résistance ?

Oui, le Parti communiste est indissociable de grandes conquêtes telles que les congés payés en 1936 ou la Sécurité sociale en 1945. C'est le ministre ségetiste et communiste Ambroise Croizat qui crée notre système de retraite par répartition. C'est le député communiste Fernand Grenier qui dépose le 24 mars 1944 l'amendement qui inscrit dans la loi le droit de vote des femmes. Nous avons été d'ailleurs le premier parti à présenter des femmes en position éligible dès 1925 alors qu'elles n'avaient pas le droit de vote. Je pense aussi aux 17 députés femmes communistes et à Marie-Claude Vaillant-Couturier parmi elles, qui faisaient partie des 33 premières femmes députées en 1945.

C'est aussi Étienne Fajon, autre député communiste, qui proposera en 1946 de graver dans le marbre de notre Constitution la laïcité. Il faudrait aussi évoquer 1968 et le rôle majeur des communistes aux côtés des syndicats et de la jeunesse dans les conquêtes sociales du printemps, dont une hausse du SMIC de 35% et la conquête de nouveaux droits pour les salariés à l'entreprise. Comment ne pas évoquer 1981 et la victoire de la gauche grâce au score de 15% de Georges Marchais avec un projet ambitieux pour le monde du travail qui fit gagner la semaine de 39 heures, la retraite à 60 ans et de nombreuses nationalisations, notamment du secteur bancaire.

Quelle erreur historique de ne pas avoir poursuivi ces réformes avec le tournant de la rigueur choisi par Mitterrand en 1983. Notre honneur, hier comme aujourd'hui, c'est aussi l'engagement des maires communistes à la pointe du combat pour créer des logements sociaux de qualité ou des centres médicaux de santé, pour développer la culture et l'éducation populaire, pour favoriser la diversité et la mixité sociale, pour permettre à tous les enfants de partir en vacances, pour garantir en somme à chaque citoyen les mêmes droits.

Notre fierté, c'est encore de compter dans nos rangs ou à nos côtés les plus grands artistes et créateurs du XXe siècle, d'avoir pu bénéficier des audaces d'un Aragon, d'un Jean Ferrat, d'un Picasso ou d'un Paul Éluard. Ces liens avec le monde de la culture et de la création, nous continuons de les chérir. A l'image du travail remarquable de l'artiste C215 qui expose actuellement les visages des héros communistes de la résistance à l'extérieur de notre siège ici à Paris.

Quelle honte aujourd'hui de voir d'ailleurs le gouvernement décréter, lorsque des mesures de restrictions sanitaires s'imposent, que la culture n'est pas essentielle, n'est pas indispensable, alors que la France, c'est la culture et la culture, c'est la vie. Et c'est justement ce dont nous avons besoin en ce moment, plus qu'en tout autre. Comment ne pas évoquer aussi notre engagement internationaliste pour la défense des peuples et de leurs droits à déterminer leurs propres choix ?

Oui, nous sommes fiers d'avoir été de ceux qui, très tôt, ont défendu la décolonisation, l'indépendance de l'Algérie, se sont engagés contre les guerres d'Indochine et du Vietnam, ou pour mettre fin au terrible régime de l'apartheid en Afrique du Sud avec la libération de Nelson Mandela. Quel souvenir pour les militants de ma génération qui ont pu contribuer à sa libération. Il n'y avait pas beaucoup de monde à l'époque pour porter ces combats, mais il y en a beaucoup de monde, beaucoup de monde aujourd'hui, pour dire qu'ils étaient justes.

C'est d'ailleurs le même engagement que nous avons aujourd'hui pour demander la libération de Marwan Barghouti, le député palestinien enfermé dans les géoles israéliennes, ou pour mettre fin au blocus contre le peuple cubain. C'est d'ailleurs aussi au nom du respect de la souveraineté des peuples que nous avons, dès 1979, décidé de nous engager contre cette Europe libérale, contre les traités européens qui soumettent les peuples aux exigences des marchés financiers et bradent leur indépendance dans une soumission de plus en plus poussée à l'Alliance atlantique. Nous avions gagné, là aussi, une belle victoire lors du référendum de 2005 contre le traité constitutionnel.

Mais tout de suite après, la droite et une partie de la gauche choisissaient de trahir le choix du peuple en faisant voter ce traité au Parlement français. Et là, encore une fois, seuls les parlementaires communistes respectaient unanimement le choix majoritaire de nos concitoyens. Ces trahisons d'une partie des forces politiques françaises ont peut-être largement contribué à détourner nos concitoyens de la politique, et même de la gauche. Cent ans après sa création, nous sommes, nous, encore une force incontournable dans le pays.

Une des premières, avec nos 50 000 adhérentes et adhérents, nos 660 maires, nos milliers d'élus locaux, départementaux, régionaux, nos députés, nos sénatrices, nos sénateurs, et cet engagement, cette présence, sur tout le territoire, dans les villes comme dans les villages. Et vous pourriez bien être surpris par notre renforcement dans les années qui viennent. Car jamais les inégalités, les injustices, les espoirs d'un monde de justice, de paix, de fraternité, écartant les menaces climatiques préservant la planète, jamais ces colères et ces espoirs n'ont été aussi forts. Oui, le communisme est d'actualité.

Il est même, pensons-nous, la réponse pertinente à un système économique qui menace la civilisation humaine, comme le climat. Et c'est parce qu'il est, plus que jamais, le mouvement, je cite, « de l'immense majorité au profit de l'immense majorité », ainsi que le définissait Marx et Engels, que nous voulons nous projeter vers l'avenir.

Car tant que la pauvreté, les guerres, les inégalités, le racisme ou les catastrophes climatiques marqueront les peuples en les opposant, en les divisant, en les poussant à l'exode, nous serons là, toujours là, pour défendre les plus humbles, pour faire respecter la dignité de chaque individu, pour faire avancer l'émancipation humaine, pour défendre la terre, l'air et la mer. Regardez ce mois de décembre. Pour beaucoup, la pandémie impose des contraintes et des fêtes de fin d'année limitées.

Mais pour tant d'autres, pour des centaines de milliers de salariés, ceux qui reçoivent en ce moment même leurs lettres de licenciement, pour tous ceux qui se battent en ce moment pour conserver leur emploi, Noël aura un goût bien amer. Je pense à ces familles de Bridgestone, de Renault, d'Airbus, de Danone, de Cargill, de Véralia, de Valourec, de Général Électrique, de Grid et de tant d'autres que je pourrais citer. Le visage du capitalisme, c'est celui-là, celui qui profite de la pandémie pour accélérer la désindustrialisation de la France.

Et le visage du communisme, c'est celui de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui résistent, ceux des usines comme ceux de la culture qui se mobilisent en ce moment. C'est celui du monde du travail qui a été en première ligne ses soignants, ses enseignants, ses agents des services publics, ses livreurs, ses agriculteurs, ses commerçants, tous ces salariés qui travaillent dur et qui n'arrivent pas à vivre de leur travail. Notre idéal de justice sociale est d'une criante actualité. Et notre combativité, elle est intacte pour conquérir, avec le monde du travail, de nouveaux droits, de nouvelles protections, de nouvelles conquêtes sociales.

En cette année 2020, nous portons l'objectif pour notre pays d'éradiquer le chômage et la pauvreté, de garantir à chacun un emploi, une formation, un salaire tout au long de sa vie. Nous disons qu'il est indispensable pour cela de reprendre le pouvoir à la finance, de redevenir maître de nos choix, de retrouver notre souveraineté démocratique et industrielle. Oui, notre combativité est intacte pour porter l'espoir d'un projet de société plus humaine, sociale, véritablement écologiste et pleinement féministe.

Ce XXIe siècle a grand besoin de ruptures et de nouveautés pour tourner enfin la page des dominations de toutes sortes, celle du capital, celle sexiste, raciste, homophobe qui subsiste encore. Nous avons en nous, 100 ans après, cette ADN de la combativité, de l'indignation face aux inégalités, le même engagement honnête, sincère. D'autant plus que l'humanité affronte une crise sanitaire sans précédent dans son histoire récente. Mais comme trop souvent, ce sont encore une fois les peuples, les plus faibles, les premiers de corvée, le monde du travail comme celui de la création qui en payent le prix fort.

Le monde de la finance, des banques, des assurances, eux, entendent garder les manettes, endetter les peuples pour mieux les faire payer demain. Avec eux, on passe rapidement du « quoi qu'il en coûte » à « il faudra payer ». Ils repeignent en vert la façade de leur discours, mais nous savons bien qu'au fond, les logiques de rentabilité, de concurrence, continueront d'épuiser les hommes, les femmes, comme les ressources naturelles. C'est tout l'enjeu des mois et des années à venir. C'est urgent. C'est incontournable. Pour faire reculer les conflits, les guerres, les murs qui ont poussé 80 millions d'hommes et de femmes à l'exode en 2020, chiffre jamais connu à ce jour, selon le HCR.

Pour transformer en profondeur nos modes de production, nos modes de consommation, pour développer nos services publics, pour relocaliser notre industrie, toute notre industrie, et produire ici ce que nous consommons ici. Produire, créer, former, répondre aux besoins humains, protéger la planète, vivre et s'épanouir de son travail. N'est-ce pas là l'objectif qui doit tous nous unir pour nous comme pour l'avenir de nos enfants ? C'est le capitalisme qui a fait son temps. Et une nouvelle ère doit s'ouvrir. Et le communisme est le nom de cet espoir pour l'humanité. Car nous avons en face de nous d'authentiques vieillards.

Tous les Bernard Arnault, les Jeff Bezos et autres Bill Gates, ces nouveaux harpagons assis sur leurs lingots et leurs cassettes qui écrasent les peuples. Oui, dans nos veines de militants communistes coule un sang plus jeune que dans celle des actionnaires des Big Pharma, ces labos pharmaceutiques, qui entendent faire des profits sur un vaccin tant attendu qu'en nous. Nous demandons à partager les brevets, les connaissances et à les proposer à prix coûtant au peuple du monde.

Oui, tous les élus communistes dans les communes, dans les départements et les régions, à l'Assemblée, et au Sénat portent tous les jours la promesse d'une France fraternelle et solidaire qu'engrandissent les communautarismes et le repli sur soi. Oui, nous entendons donner plus de pouvoir, plus de droits à tous ceux et toutes celles qui créent les richesses par leur travail quand une minorité les accapare. Ce qui est urgent aujourd'hui, c'est de passer d'une civilisation de l'argent roi à une civilisation de l'humain et de la planète d'abord.

Alors, bon anniversaire à tous les peuples qui luttent pour leur indépendance, à tous les salariés qui espèrent vivre dignement de leur travail, à tous les militants, associatifs, syndicaux, politiques, qui dans leur grande diversité s'engagent pour un monde d'égalité, de liberté, de fraternité et de tolérance. Bon anniversaire aux communistes d'hier et à celles et ceux d'aujourd'hui et aussi à ceux de demain car, répétez-le autour de vous, nous avons besoin de chacune et de chacun pour sortir enfin de ce monde à l'envers, pour ouvrir une nouvelle ère, celle de l'être humain et de son bonheur. Sous-titrage ST' 501