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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 5 novembre 2020 29 minAutoproduitActualité / polémiqueSantéInstitutions & électionsJusticeEurope & international

#RDLS124 - Confinement, état d'urgence : le régime autoritaire

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Le plan de reconfinement n'existe que parce que le déconfinement précédent est un échec. »
  • 3:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Le confinement ralentit la vitesse à laquelle se propage le virus et donc la quantité de gens dont une partie devra aller à l'hôpital en réanimation. »
  • 5:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Le Premier Ministre a fait un plan de déconfinement et patatras, ce plan n'a rien donné parce que, deux mois après, même pas, la fin de l'été, on est obligé de reconfiner. »
  • 7:30Jean-Luc MélenchonFait
    « On demande aux commerçants de fermer et ils savent que c'est la ruine parce qu'ils ont déjà fermé deux mois et puis on leur redemande de fermer. »
  • 10:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Si vous-mêmes, vous prenez des dispositions et que vous êtes l'autorité, l'État comme c'est le cas du gouvernement, et vous décidez de choses qu'ensuite personne n'applique, c'est "l'autorité s'en va en morceaux". »
  • 14:30Jean-Luc MélenchonFait
    « On ne peut pas envoyer à la ruine tous les petits commerces de France et de Navarre. »
  • 17:00Jean-Luc MélenchonFait
    « La liberté du culte est consubstantielle à la liberté de conscience. »
  • 18:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Le Conseil de Défense est astreint au secret défense, donc ceux qui sont dedans n'ont pas le droit d'en parler à l'extérieur. »
  • 20:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Il n'y a pas de période comparable de recul des libertés publiques depuis la guerre. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour, c'est la 124ème édition de la Revue de la Semaine, ça en fait hein ? Bon allez, un p'tit coup de générique. Bon alors pour commencer, je vous parle que d'un seul sujet dans cette revue de la semaine.

Il ne faut pas m'en vouloir parce que je fais un million de trucs en même temps et je suis obligé de me concentrer sur ce sur quoi je veux attirer votre attention. Là, il s'agit du problème de la gestion de la crise de l'épidémie du covid et du problème des libertés publiques qui est soulevé dorénavant dans notre pays, puisque ces libertés sont de plus en plus réduites et que le contrôle gouvernemental s'étend sur tout un domaine de nos activités privées, personnelles, intimes et sur toutes nos pratiques fondamentales d'êtres humains. Voilà ce dont il sera question dans ce numéro de la Revue de la semaine.

Bon là, c'est reparti beaucoup sur le covid à cause de la décision de reconfinement. Et ça, oui, c'est un vrai sujet. Pourquoi ?

Parce que le plan de reconfinement n'existe que parce que le déconfinement précédent est un échec. Et on nous dit "oui, mais l'épidémie est partout en Europe". Ben oui, pas partout de la même manière et pas partout avec la même impétuosité.

En France, c'est un niveau élevé, donc quelque chose a dysfonctionné entre la fin du premier confinement et puis le début de ce deuxième confinement. Encore une fois, le confinement ne tue pas le microbe. Le confinement ralentit la vitesse à laquelle se propage le virus et donc la quantité de gens dont une partie devra aller à l'hôpital en réanimation.

Et comme là, il y a un nombre de places qui est limité, évidemment, on ralentit la circulation du virus pour qu'il y ait moins de monde en réanimation parce que s'il y en a plus, ben on ne pourra plus les accueillir. Mais, d'ores et déjà, il y a un certain nombre d'endroits dans le pays où le système est arrivé à saturation, vous le savez comme moi parce que vous regardez les chaînes d'information en continu, vous suivez sans doute ce qui se passe. Alors ça, ça doit produire une réflexion.

C'est que le choix qui a été fait par le gouvernement est marqué par le fait qu'ils n'ont rien fait comme il fallait entre le premier déconfinement et le deuxième. Alors, à chaque fois en retard d'une guerre, en quelque sorte, hein. Je n'aime pas l'expression, mais je la donne quand même.

Et il faut toujours, nous, qu'on réfléchisse avec un petit peu un temps d'avance. Par exemple, quand le premier confinement, là pour le coup tout le monde a été pris de court, a été mis sur pied, ce n'était pas le moment de discuter, il fallait assurer une discipline sanitaire qui permette au pays de faire face le mieux possible, bon. Alors, je sais bien que des amis auraient préféré qu'on dise ci, qu'on fasse ça et tout, mais bon, on a essayé de le faire, d'être partie prenante d'une situation en responsabilité, d'ailleurs on a fait des propositions, des plans, des propositions de loi etc. tout ça vous le savez.

Mais surtout, on a insisté sur le fait que dans le confinement il fallait réfléchir au fait qu'il faudrait un plan de déconfinement, parce qu'on ne pouvait pas confiner, comme ça, sans perspective. Alors à l'époque, on a tout entendu contre nous, qu'on était quasiment des tireurs dans le dos parce qu'on parlait de plan de déconfinement. Et puis, quand la possibilité du déconfinement s'est avancée, le Président de la République a nommé "Monsieur Déconfinement" l'actuel Premier Ministre, monsieur Jean Castex.

Il y a des gens qui ont oublié que le gars qui était censé organiser la sortie, c'était lui là, le Premier Ministre actuel. Donc, le Premier Ministre a fait un plan de déconfinement et patatras, ce plan n'a rien donné parce que, deux mois après, même pas, la fin de l'été, on est obligé de reconfiner. Alors ça, ça soulève une réflexion parce que je dis "on est obligé de confiner" mais commençons d'abord par dire que le confinement, c'est quand même, je viens vous dire à quoi ça sert mais en plus, comme méthode, c'est assez rustique pour être honnête, on est au 21ème siècle et on continue à appliquer une méthode qui s'appliquait déjà au 2e ou 3e siècle : on faisait comme ça quand il y avait une épidémie, les gens restaient enfermés et bon, plein de gens mouraient, puis ceux qui survivaient, eh ben ils avaient survécu.

Franchement, c'est pas à la hauteur de ce qu'on pourrait espérer d'une société techniquement avancée. Alors là, on est dans une nouvelle zone, deuxième déconfinement. Il comporte des caractéristiques d'incohérence que tout le monde a vues : alors, on n'a pas le droit de faire ci, mais on a le droit de faire ça, alors, on a le droit d'aller s'empiler sur les quais de métro ou de transport en commun, mais on n'a pas le droit d'être plus de 3 dans un espace de telle surface, etc.

Je vous répète pas tout ça parce que vous savez comme moi. Dans les lycées et les écoles, ça a donné des choses assez extravagantes parce que les jeunes ont découvert que quand ils revenaient, ben on leur appliquait des consignes sanitaires dans la classe mais pas à la cantine et que les consignes qu'il y avait dans la classe, elles n'étaient pas si sanitaires que ça, elles ne les garantissaient pas. Donc il y a un grand bazar dans l'Éducation Nationale, de ce qu'on me dit, de ce qui me remonte, de ce que vous m'envoyez comme messages, le ministre Blanquer, lui non, il dit que tout va bien, que ça fonctionne et qu'il n'y a pas de raison de faire des histoires.

Voilà où on en est, mais mettons tout ça, je le mets un instant de côté, il faut bien réfléchir. Donc, il y a bien eu une deuxième vague, d'accord ? On nous a aussi dit qu'il n'y en aurait pas, il y en a une.

Les mêmes qui nous prévenaient nous, qu'il y avait une deuxième vague, nous disent, et ça c'est pas un secret puisque le conseil scientifique le prend dans son rapport, qu'il y aura une troisième et une quatrième vague, bon. Alors, qu'est-ce qu'on doit en déduire ? Au moins une chose : il est absolument impossible de mettre la France en prison pendant un an.

Je ne me prononce même pas de savoir si c'est une bonne ou une mauvaise idée de confiner, je dis juste que ce n'est pas possible. La preuve : c'est qu'il y a déjà des phénomènes marqués de rébellion et de refus d'appliquer un certain nombre de consignes. Et pourquoi est-ce qu'il y a du refus ?

Pas parce que les gens sont méchants ou parce qu'ils seraient, par eux-mêmes, rebelles à toute discipline, ce n'est pas vrai. C'est parce que ce qu'on leur demande n'est pas possible. Par exemple, on demande aux commerçants de fermer et ils savent que c'est la ruine parce qu'ils ont déjà fermé deux mois et puis on leur redemande de fermer et l'état d'urgence qui est en ce moment en… la prolongation de l'état d'urgence telle que le gouvernement la propose, on s'en prend jusqu'à avril ou février.

Comme le virus continue à circuler, ben il est probable qu'à un moment donné, le confinement se durcisse. Et, dans ces conditions, j'ai dit à la tribune de l'Assemblée "ce n'est pas raisonnable", parce que vous ne pouvez pas mettre en place une situation dont vous savez vous-mêmes qu'elle ne sera pas tenue. Si vous-mêmes, vous prenez des dispositions et que vous êtes l'autorité, l'État comme c'est le cas du gouvernement, et vous décidez de choses qu'ensuite personne n'applique, c'est "l'autorité s'en va en morceaux" et chacun fait comme il croit nécessaire de faire pour lui même.

Et du coup, on ne peut pas se sortir d'affaire par l'entraide, par l'entente. Donc, ne prenez pas de décisions absurdes, ai-je dit au gouvernement. Et pour ça, il faut que non seulement vous imaginiez ce que va être le plan déconfinement, parce qu'il n'y en a toujours pas, mais que vous commenciez par imaginer des alternatives au confinement.

Est-ce que c'est possible ? C'est à ça qu'il faut répondre concrètement. Des alternatives au confinement, ça veut dire trouver d'autres moyens de sécurité sanitaire qui ne consistent pas à enfermer les gens chez eux ou, évidemment, tout le monde tombe malade, bon.

Alors, on peut prendre des exemples de détail, par exemple : si, à l'école et au lycée, pour permettre le dédoublement, comme vous ne pouvez pas pousser les murs, eh bien on pourrait faire par roulement. Alors, peut-être que le roulement, hein, c'est-à-dire une partie des élèves, je dis n'importe quoi, hein, de 8h à 12h, l'autre partie de 14 heures à 18 heure. Alors, peut-être que dans un roulement de cette nature, toutes les matières ne peuvent pas passer.

Bon, très bien, on le comprend, lesquelles ? Quels sont les programmes dont il faudrait modifier la diffusion ? Parce qu'on peut dire, ben écoutez, pendant la période du confinement, voilà comment on fait et quand on sortira du confinement, on fera du rattrapage et on prendra les thèmes qu'on n'a pas pu traiter avant.

Tout ça, ça s'organise, ce sont des choses concrètes matérielles, à bien mettre en place. Ça, c'est pour les écoles. Et pour les petits commerces, c'est pareil : on ne peut pas envoyer à la ruine tous les petits commerces de France et de Navarre, ce n'est pas possible.

Ni dire, ah ben, on vous allège les conditions matérielles, moi je ne sais pas ce qui se passe mais, chaque fois que je rencontre un petit commerçant ou un petit entrepreneur, il me dit que lui, ce qui a été décidé, ça ne le tire pas d'affaire. Jusqu'au pharmacien dans mon quartier qui me dit, ben voila si je vendais mon fond, je perdrais tant et puis deuxièmement, il me dit, moi ça fait six mois que je ne me paye plus. Et, bon bref, les situations que vous imaginez de gens qui sont en impasse.

Hier, on avait un témoignage qui nous est revenu d'un gars qui a un magasin, je crois, de sport, il dit moi, je m'en fous, j'ouvre ! Alors, on lui a dit mais écoute, tu vas ouvrir mais tu veux avoir une amende, il me dit moi l'amende, je m'en fous aussi, même 100 000 € parce que moi, j'ai un million de stocks sur les bras, c'est un million d'euros, le stock que j'ai, je ne peux pas me permettre de rester la porte fermée sur mon stock. Donc, vous avez des gens comme ça qui vont transgresser l'autorité, pas par malignité, parce que ce sont des rebelles ?

Non, c'est simplement, ils ne peuvent pas faire autrement ! Ils ne savent pas quoi faire. Ça aussi, c'est une des caractéristiques, c'est que les gens veulent bien être disciplinés mais ils ne comprennent ni pourquoi, ni comment.

Donc, voilà pour le petit commerce, qu'est ce qu'on peut faire ? Ben, on a déjà dit : on ne rentre pas à plus de tant dans une boutique et ont fait la queue, et donc on organise la file à l'extérieur du commerce en faisant du marquage au sol. Voilà, ça aussi, c'est une possibilité pour… que je vous dise alternative au confinement, c'est-à-dire, examiner dans les faits de la vie quotidienne à quels endroits on risque de se contaminer le plus.

Alors, là je viens de parler de l'école, je parle du petit commerce, qui vaut aussi pour l'alimentation bien sûr dans le petit commerce, et puis on pourrait dire pareil pour les transports. Alors, les transports, le problème qu'on a, dans toutes les grandes métropoles, c'est que tout le monde part au boulot à la même heure et revient à peu près aussi en même temps, donc ce sont des cohues humaines pour monter dans les transports en commun. On peut raccourcir la journée de travail et en changer les horaires, parce que c'est pas la peine de demander aux gens de rester la nuit hein, on raccourcit les horaires de manière à ce que tout le monde ne soit pas dans les transports en commun en même temps, voilà.

Encore, ça, c'est une situation concrète : transport, commerce, éducation. Bref, c'est pour que vous compreniez bien qu'il faut aborder un problème et une difficulté avec le sens du concret, de l'organisation et de la méthode. On a des idées pour tout, certaines ne sont peut-être pas praticables, d'autres ne sont pas aussi efficaces qu'on le veut, mais le pire que tout, c'est ce qu'on vit aujourd'hui, c'est-à-dire des choses qui ne sont ni faites, ni à faire et qui sont incohérentes.

Alors ça, c'est pour l'idée alternative au confinement général. Deuxième problème que soulève la situation dans laquelle nous vivons : c'est la façon de gouverner le pays. Alors bon, il y a des blagues horribles sur le thème "comment on finit par ne plus sentir la douleur".

Mais là, la douleur, je crois que les gens commencent à la sentir. Ce n'est pas rien, ce qui se décide, ce sont des privations de libertés fondamentales. La question de la liberté dans la société, ce n'est pas un sujet annexe.

La liberté, ce n'est pas juste une question idéologique, c'est un ressenti physique, vous avez besoin de bouger, vous avez besoin de sortir, vous avez besoin de faire ce que vous avez envie de faire. Ce n'est pas pour rien qu'on a construit des sociétés de liberté plutôt que des sociétés d'autoritarisme. Or on est en route vers une société extrêmement autoritaire, où le gouvernement central décide à quelle heure vous rentrez, à quelle heure vous sortez, jusqu'à quelle heure vous pouvez être dehors.

Dans certains domaines, ils prétendaient dire comment on s'habille, et puis quelles sont les activités qui sont essentielles à la vie, ça plait ou ça ne plait pas, mais c'est comme ça. Par exemple, en ce moment, on a beaucoup parlé de religion, n'est ce pas ? Mais avant de parler des guerres de religions, il y a aussi le droit, la liberté de pratiquer son culte, ce n'est pas rien.

Si c'était rien, on aurait réglé tous les points de guerre de religion, si tout le monde s'en fout, mais ce n'est pas le cas et c'est une liberté fondamentale, c'est la liberté du culte, c'est lié à la liberté de conscience : vous croyez ou vous ne croyez pas, vous croyez ceci plutôt que cela, etc. Essayer d'empêcher ça est voué à l'échec, parce que ça participe de ce dont certains êtres humains ont besoin pour s'accomplir. Alors, on peut toujours dire qu'on n'est pas d'accord mais la laïcité, ce n'est pas un athéisme d'État.

Ce n'est pas l'État qui décide que les gens ne pratiquent plus leur culte, ce n'est pas possible, ça. Donc aujourd'hui, on a eu une scène au parlement assez cocasse, parce qu'il y avait une série d'amendements qui venait de la droite et nous autres, les insoumis, on les a tous votés, qui portaient là-dessus, sur la liberté du culte. On a dit, la liberté du culte est consubstantielle à la liberté de conscience.

Et ça fait 120 000 ans que les êtres humains enterrent les leurs dans des rites, Les plus vieilles tombes en Europe sont en Espagne et des néandertaliens qui les faisaient. Les néandertaliens étaient en Europe avant l'homo sapiens, d'accord ? Donc, qui êtes-vous pour croire que vous claquez dans les doigts et ça n'a plus lieu ?

Ce n'est pas possible. Donc les gens, quand ils ont des morts, ils veulent les accompagner et c'est pas un accompagnement comme c'est aujourd'hui, je crois que c'est à 20 personnes. Quand vous enlevez les gars des pompes funèbres, si vous êtes catholique le curé ou si vous êtes musulman, l'imam, ou le rabbin enfin bon, plus les gens qui les aident pour faire le culte, ça vous laisse quoi ?

Quelques personnes de la famille, ce n'est pas possible, ça. Ça n'est pas possible. Non seulement il faut laisser les anciens mourir tous seuls, mais en plus on ne peut pas les accompagner ?

Donc, ce sont des mesures, là je prends l'exemple de la liberté du culte, mais je pourrais en prendre plein. Et surtout par comparaison les gens disent "mais alors, qu'est ce que vous me racontez ? On n'a pas le droit d'aller dans une librairie mais on a le droit d'aller au supermarché ? " Alors, le gouvernement, de mesure arbitraire en mesure arbitraire a une sorte de flou : vous avez la grande surface où on interdit d'accéder au rayon livres et puis comme il y a le livre alors pourquoi pas le reste ?

Alors, le reste aussi… et ça vous donne des grandes surfaces qui sont transformées en une espèce de parcours, on croirait que c'est dans un champ de mines, les gens doivent entrer par ci, sortir par là, pas s'approcher de ci, pas là. Tout ça est incohérent, mais… c'est autoritaire et c'est pas loin du totalitaire. La différence entre autoritaire et totalitaire : autoritaire, c'est un système de règles, vous voyez ?

Totalitaire, c'est quand ça rentre dans votre corps, dans votre tête, on vous surveille de l'intérieur. Là, c'est ce qu'on est en train de faire : on vous surveille de l'intérieur. Si vous participez à des rites, des cultes, si vous faites ceci ou vous ne faites pas cela.

Et tout ça est décidé par qui ? Validé par qui ? Par personne.

Ce niveau de détail n'arrive pas à l'Assemblée Nationale, là nous sommes en train de voter le retour à l'état d'urgence sanitaire, ça se passe toujours de la même manière : d'abord il y a des mesures d'exception, on vous dit "mais c'est l'exception, vous ne pouvez pas être contre, la situation est tragique, et tout", bon alors hop, on les vote, et puis après, (enfin pas nous hein) elles sont votées, et puis après, hop on dit "ah ben, ça peut pas être extraordinaire tout le temps, donc ça va être ordinaire", tac ça passe dans le droit commun et le coup d'après, on en rajoute : là par exemple, dans la loi sur l'état d'urgence sanitaire, ils rajoutent à la période d'état d'urgence une période intermédiaire, hein, entre l'état d'urgence et puis la période où on ré-ouvre tout, encore rallongé, encore introduit des interdictions de toutes sortes et des situations qui fonctionnent sous l'état d'urgence, et tout ça est décidé dans notre pays aujourd'hui, si vous suivez un peu l'actualité, par un organisme dont vous n'aviez jamais entendu parler avant, qui s'appelle le Conseil de Défense. Le Conseil de Défense, dans la constitution de la Vème république, dans nos institutions, c'est un conseil qui réunit les chefs militaires, certains chefs militaires avec le Président de la République pour traiter des questions qui ont trait à la sécurité intérieure et extérieure du pays. Le Président Mitterrand, Jacques Chirac, les réunissaient une fois tous les quinze jours.

Parfois c'était une fois tous les mois, parce qu'il n'y avait pas tant de questions militaires à examiner que ça, et depuis que c'est monsieur Macron, il le réunit à tours de bras, et là, depuis le début de l'année, 40 fois et de temps à autre, vous entendez "demain, réunion du Conseil de Défense" et toc, ça tombe avant le Conseil des Ministres. Donc il se décide quelque chose au Conseil de Défense et s'il faut, tout frais pondu, toc, ça passe au Conseil des Ministres, qui valide et qui ensuite le présente devant les Assemblées. Mais le Conseil de Défense doit normalement s'occuper de questions militaires et monsieur Macron y traite des questions sanitaires et de l'un à l'autre, il y a plus qu'une rime, hein.

On s'est dit : "mais pourquoi ils font ça ? " C'est incompréhensible, alors : Conseil de Défense pour les mesures sanitaires, Conseil de Défense pour l'écologie, Conseil de Défense pour examiner les questions du séparatisme, parce que maintenant, à nouveau, ils appellent ça séparatisme, plus "loi et laïcité", Pourquoi ils font ça ? On pense qu'on a la réponse qui est la suivante : le Conseil de Défense est astreint au secret défense, donc ceux qui sont dedans n'ont pas le droit d'en parler à l'extérieur, ni avant, ni pendant évidemment, ni après.

Ceux qui le feraient peuvent subir des inculpations pénales quoi ! Ce n'est pas rien, donc c'est motus et bouche cousue, tout le monde se tait. Déjà, ça donne ça à Macron, ça prouve qu'il n'est pas en confiance au Conseil des Ministres et puis deuxièmement, comme c'est secret défense, ben le Président de la République étant lui-même irresponsable, au sens juridique du terme, ça veut dire qu'on ne peut pas le juger pendant la durée de son mandat.

Ben, le Conseil, lui aussi. Puisque t'as pas le droit de dire ce qui s'y est dit, tu ne réponds pas aux questions qu'on te pose, si le cas échéant on en posait. Mais s'il n'y avait que des militaires… alors, qui est-ce qu'il y a dans ce Conseil de Défense ?

Personne ne vous le dit, je vais vous dire moi, oh c'est pas dur à trouver, hein. Emmanuel Macron, Président de la République, François Lecointre, Général Chef d'État-Major des Armées, Stéphane Bouillon, Secrétaire Général de la Défense et de la Sécurité Nationale, Bernard Emié, Directeur Général de la Sécurité Extérieure, Nicolas Lerner, Directeur de la Sécurité Intérieure. Tous ces gens là, je mets le Président de côté, il y en a quatre là, le Chef d'État-Major des Armées, le Secrétaire Général de la Défense, le Directeur Général de la Sécurité Extérieure, le Directeur de la Sécurité Intérieure, bon ce sont des gens qui sont de très haut niveau de qualification dans leur domaine : le renseignement et l'armée.

Il n'est pas question de ça, il est question d'une crise sanitaire, je ne cesse de le répéter : le virus n'a pas de stratégie. Et un militaire, même de très haut rang, n'a pas plus de compétences à propos d'un virus que moi, qui suis un député et Président de groupe. Si vous n'êtes pas médecin, si vous n'êtes pas savant, ben vous faites en fonction de ce qu'on vous dit, c'est ce qui se passe là.

Et là, Emmanuel Macron convoque en plus Jean Castex, Premier Ministre. S'il est Premier Ministre, il doit bien avoir un gouvernement, celui-là, Florence Parly, Ministre de la Défense et seule femme du paquet, Gérald Darmanin, Ministre de l'Intérieur, bon OK, on suppose que c'est pour la discipline et Olivier Véran, Ministre de la Santé. Alors, c'est ça, ce que je viens de vous lire toute la liste du Conseil de Défense.

Ils n'ont pas le droit de dire de quoi ils parlent, il n'y a pas de compte-rendu et il n'ont pas, naturellement, le droit d'aller raconter à qui que ce soit s'il y a eu une discussion, sur quoi elle portait. Mais savoir ce qui se passe dans les discussions, c'est le propre des démocraties ! Que des ministres racontent ce qui se passe en Conseil des Ministres, ce n'est pas un crime hein, d'une certaine manière, c'est presque un devoir et à l'Assemblée, on parle aussi donc le secret, c'est très spécial.

Alors on nous dit "ben voilà, oui mais c'est comme ça". Très bien, non c'est pas comme ça ! La question se pose de savoir pourquoi ces gens discutent de sujets qui ne sont pas de leur compétence et pourquoi ils décident.

Alors, honnêtement, si on s'en tient aux codes, de Défense, à la Constitution, à toutes ces choses, c'est un abus de pouvoir. Pourquoi ? Parce qu'il y a un principe qui fonctionne dans les institutions qui est le principe de spécialité : si vous avez un Conseil de Défense qui ne doit rien dire à personne et qui est astreint au secret défense, bon il y a une limite.

La limite, c'est qu'il s'occupe de ce qui est sa spécialité. Ça c'est l'article R1122-1 du Code de la Défense, qui énumère les domaines de spécialité du Conseil de Défense. Ce ne sont pas tous les domaines, donc l'écologie n'a rien à faire là-dedans, et la santé ?

Ben, je vais vous lire la liste de ce qui est prévu par le Code de la Défense, et qui vous montre que la règle de spécialisation n'est pas appliquée. La règle de spécialisation, ça veut dire un comité de défense a une spécialité : la défense, et donc il peut appliquer des mesures qui sont dérogatoires, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas comme dans le reste du droit commun, dans leur domaine précis. Quel est le domaine précis du Conseil de Défense ?

Ce n'est pas l'écologie, ce n'est pas la santé publique, c'est : la programmation militaire, la dissuasion, la conduite des opérations extérieures, la planification des réponses aux crises majeures, le renseignement, la sécurité économique et énergétique, la programmation de sécurité intérieure concourant à la sécurité nationale et enfin la lutte contre le terrorisme. Là-dedans, Covid-19, il n'y en a pas. Pandémie, il y en a pas.

Donc c'est d'une manière dérogatoire au Droit Commun que se réunit un conseil qui traite de sujets qui ne respectent pas les attributions qui lui sont fixées et qui donc empiète dans le domaine des libertés publiques sur lesquelles il prend des décisions dont il ne rend compte à personne. Voilà, alors, tout ça, ça fait quand même beaucoup de privation des libertés et tout ça, donc nous on a essayé de le mettre, nous autres les insoumis, dans un tableau d'ensemble et on a sorti cette brochure, gros boulot hein, mais alors il nous est arrivé des aventures assez spéciales, c'est-à-dire qu'on avait à peine fini d'en faire une mouture qu'il y avait quelque chose de nouveau qui se produisait, donc il fallait le rajouter, recommencer, changer les textes etc. et puis ça circule, ça a circulé beaucoup entre nous et principalement les trois qui avions pris ça en charge, l'équipe du groupe, les collaborateurs de groupe, puis moi-même puisque je faisais le cadrage, et puis Mathilde Panot et Ugo Bernalicis, les deux, Mathilde pour la partie répression des écolos et Ugo Bernalicis pour la partie Justice, Police qui sont ses domaines de compétence.

Et on a fait cette brochure, vous pouvez vous la procurer gratuitement, elle est en ligne sur le site des insoumis, et ça récapitule l'ensemble, c'est-à-dire toutes les mesures attentatoires aux libertés qui ont été prises et décidées pendant les trois premières années de ce quinquennat de monsieur Macron et le bilan, vous verrez si ce que je vais vous dire maintenant est exagéré, il n'y a pas de période comparable de recul des libertés publiques depuis la guerre. Il n'y a pas de période comparable, où on a autant défait des structures de participation démocratique des citoyens, c'est-à-dire élections, en milieu ouvrier, dans les entreprises, les comités d'hygiène et sécurité etc. etc. ou les libertés publiques d'aller et venir, ou les me… bref.

Je ne vais pas vous résumer la brochure mais je vous invite, si vous pouvez, vous l'imprimez, à la lire en ligne aussi, à la charger, pour ceux qui ont des lecteurs et puis à la faire connaître parce que c'est un bilan quand même terrible. Si vous voulez bien vous souvenir que ces gens-là nous ont fait la leçon sur tous les thèmes, qu'ils m'ont traité d'apprenti-dictateur, j'ai ne sais pas comment je pourrais faire pour faire pire que ce qu'ils font eux, qu'ils se sont réclamés pendant longtemps d'être, eux, différents de madame le Pen, comme vous regardez, en quoi, où est la différence, c'est quoi ? Donc, au cœur de la période que nous vivons, il y a une question de liberté publique qui est posée.

Avec ces sujets-là, on ne rigole pas. Et surtout avec des gens qui sont assez hypocrites pour vous accuser de tout et ensuite pour faire pire eux-mêmes, hein, que nous n'aurons jamais fait. Voilà, ça c'était le sujet Covid-19 et libertés démocratiques en France, que je voulais d'abord traiter avec vous.

Avant de terminer, quelques mots sur l'opération qu'on a lancée la semaine dernière, qui a consisté à présenter une application, c'est-à-dire quelque chose à quoi vous accédez par votre téléphone et vous accédez à l'Insoumission qui est un agrégateur de tout ce que font les insoumis en matière de vidéo, de prise de parole, d'articles, etc. Et bon, tout ça existait sur le site l'Insoumission et maintenant il existe, vous pouvez le consulter dans votre téléphone. C'est vraiment un bond technologique très important, on doit être les seuls à faire ça, dans le monde politique et c'est évidemment une méthode aussi qui va nous servir pour la campagne présidentielle qui arrive.

Nous avions prévu… et on a fait une émission un soir et on voulait avoir 5 milles téléchargements, et la bonne surprise, c'est qu'on en est à 15 milles, c'est-à-dire trois fois plus, et qu'évidemment ça continue à progresser et je vous invite, vous qui m'écoutez, à le faire, c'est-à-dire à la télécharger pour pouvoir garder un contact informatif avec la structure insoumise. Naturellement, il y a deux aspects : il y a l'application, qui est gratuite, qui vous donne accès à l'ensemble des contenus des insoumis et dans cette application, il y a la possibilité de s'abonner soit à l'hebdomadaire, qui est une grande feuille recto-verso, soit au trimestriel, qui est une assez belle revue qui s'appelle l'Insoumission. Là, par contre pour ces deux objets là, il faut s'abonner et ça, c'est payant, mais l'application est gratuite.

Il faut s'abonner, c'est payant et on a besoin d'une base de 3000 abonnements payants pour mettre nos deux journaux hors-d'eau, c'est-à-dire sans difficulté financière pour les faire fonctionner, parce qu'ils reposent, pour l'essentiel, sur du bénévolat Bon, sinon, la maison tourne, ma chaîne YouTube est arrivée, là sur laquelle vous êtes, à 468 mille abonnés, on finira par atteindre les 500 milles. Là, on est content parce qu'on a gagné 4000 abonnés en l'espace de quinze jours, ce qui veut dire que vous vous êtes passés le mot et puis aussi des fois que des gens ont découvert le site, la chaîne, bon c'est gratuit ? oui.

Ça le restera ? oui. Et alors, cette semaine, on s'est dit "qu'est ce qui se passe quand même, où est-ce qu'on a brillé à ce point-là ? " et on a découvert que l'algorithme de YouTube proposait aux gens de regarder de nouveau le débat de la présidentielle de 2017.

Alors, il y a des gens qui sont entrés sur cette chaîne en regardant ça et ils se sont dit "tiens, ben qu'est-ce qu'il y a par ailleurs, ils picorent par-ci par-là, et puis ils ont décidé de s'abonner, parce que c'est gratuit, ça le restera. Vous pouvez mettre des pouces bleus, ça donne du courage à Antoine et à moi pour continuer à faire cette revue de la semaine. La semaine prochaine, j'aurai sans doute des choses à vous raconter un peu plus piquantes… hehe !

Bon, alors rendez vous la semaine prochaine. – Sous-titrage : Le Crayon d'Oreille -

#RDLS124 - Confinement, état d'urgence : le régime autoritaire — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote