La Scoumoune : la mélodie de François De Roubaix - L’Œil de Pierre Lescure
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Cette musique, comme à des millions de gens qui nous écoutent, doit vous dire quelque chose. C'est la folie des grandeurs. Vous l'avez même joué quand vous étiez passé à Bercy. Oui, absolument. Et Jaroury m'avait dit « Mais tu me fais quoi ? C'est des grands d'Espagne, qu'est-ce que ça vient foutre là-dedans ? Western Spaghetti, machin, etc. » Je lui ai dit « Non, non, non, non, tu voulais un film en cinémascope, je te donne le cinémascope. » C'est extra.
J'ai donc plaisir, étant donné le nombre de bandes originales et de musiques de films magnifiques qui ont accompagné la force des images que vous avez signées, j'avais envie d'évoquer avec vous un autre musicien compositeur pour le cinéma, celui qui a été François Droubet. On entend et on va réentendre le thème de la Shkoumoun, le film de Giovanni, sorti en 72, qui vient d'être réédité en vinyle. Toute la bande originale avec plein d'inédits et de démos de studio. Ce thème, Droubet l'a décliné avec plein de sons différents. Il a joué de tous les sons possibles, comme au début du film, avec Belmondo, bien sûr. Il le détourne à l'orgue de barbarie.
L'actualité de François Droubet a toujours été de travailler dans son home studio, un atelier qu'il avait installé chez lui, où il adorait bricoler comme un artisan. Et ça va vous faire sourire, parce qu'on est de la même génération, Michel, et on le voit bricoler. Le boulier, le boulier. Exactement. On va le voir bricoler avec les premiers instruments électros.
Le premier instrument dont je me sers, c'est une boîte à rythme. Alors, si vous voulez, ça vous donne à la fois le tempo, mais en même temps, l'esprit du morceau qu'on veut jouer. Évidemment, ce ne sont pas des rythmes très, très jolis. La plupart du temps, je ne les garde pas, mais ils me servent, si vous voulez, de point de départ. Alors, première chose, on enregistre ça. Alors, je vais me prendre pour ce morceau-là. Voilà, tempo binaire, comme ça, et on va essayer d'enregistrer un petit blues très simple, binaire.
Vous avez travaillé avec des boîtes à rythme ? Oui, c'était marrant parce que quand j'ai fait Bulle à Londres, j'ai fait recommencer les musiciens, je ne sais pas, 10 fois, 15 fois. Je ne trouvais pas le tempo. Et le batteur, qui était génial d'ailleurs, m'a dit, OK, Michel, je vais acheter ce qu'il te faut, je reviens. Et c'était avec un, ça s'appelle un lean drum, et programmé par lui. Et donc, c'était bien parce que j'avais un être humain qui programmait un truc un peu robotique, disons.
Mais c'était d'abord l'être humain qui commandait, quoi ?
Oui, un truc comme ça, oui. Et justement, l'être humain, c'est toute la sensibilité du musicien qu'évoquait joliment François Droubet dans l'une de ses dernières interviews.
C'est d'abord un plaisir, c'est presque à la limite un besoin, parce que c'est quelque chose de magique. C'est quelque chose qui échappe au raisonnement, qui échappe à l'analyse cérébrale. C'est quelque chose de merveilleux, et c'est pour ça que c'est assez fascinant. Si vous voulez, la musique, contrairement à beaucoup d'autres arts, et encore une fois, ne vient pas de l'alambic du cerveau, elle vient directement de la sensibilité. C'est ce qui, moi, me séduit infiniment, parce que je crois que je suis plus insensible qu'un intellectuel, si vous voulez.
Bien volontiers, je vous l'apprends à tout à l'heure. Voilà, Michel. Merci beaucoup. Je rappelle qu'en novembre 1975, trois ans après la sortie de la Shkoumoun, avec sa femme et son fils, François Droubet, faisaient de la plongée au large des Ténérifs, et il n'est pas remonté. La bouteille d'oxygène était vidée, alors qu'il s'était perdu sous les eaux. Il n'avait que 36 ans. C'est donc à titre posthume qu'il aura le César de la musique du film pour cette composition. La musique du vieux fusil. Voilà, on avait envie de saluer François Droubet, qui, comme vous, a aimé le cinéma.