"Comme il n'y a pas de majorité à l'Assemblée, le pouvoir n'existe plus" (Benjamin Morel)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Europin, il est 7h12 sur European. Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le constitutionnaliste Benjamin Morel. Bonjour Benjamin Morel.
Benjamin Morel, vous m'entendez ? Oui, je vous entends. Maître de conférence à l'université Pantthéon à Assas, votre nouveau livre, nouveau régime ou l'impossible parlementarisme aux éditions passées composées.
Bah, vous voyez si le parlementarisme il est de retour, on l'a vu hier à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecnu l'a dit, il est prêt à partager le pouvoir avec le parlement. Bon, la réalité c'est que le partage, il va surtout se faire avec le Parti socialiste. Euh de fait, alors il estime Sébastien Lecornu, Benjamin Morel, vous l'avez entendu, que la crise de régime finalement n'aura pas lieu.
Est-ce que vous partagez son avis ? Écoutez, on va attendre un petit peu hein parce que comme vous le voyez, je dirais qu'on vit aujourd'hui un peu au jour le jour du point de vue institutionnel et les réalité d'hier. En tout cas, les compromis d'hier ne sont pas forcément ceux de demain.
La les deux semaines que nous venons de vivre ont montré qu'elle pouvait être pleine de rebondissement. H euh ce qui est certain, c'est que on en a pas fini avec cette crise politique et qu'il est assez probable que quoi qu'il arrive à minima, on doiv à nouveau revivre un mélodrame notamment à la fin du budget parce que lorsqu'il s'agira de voter le budget, ce sera nécessairement un budget de compromis. Vous savez quand on s'amuse à se demander si un groupe politique et bien est dans la majorité ou dans l'opposition, le critère c'est est-ce qu'il vote le budget ?
Alors quand vous votez une motion de censure, vous pouvez vous permettre de vous abstenir et les règles de la motion de censure font que si vous vous abstenez et ben la motion ne passe pas et donc Sébastien Lecnu devrait sauver sa tête demain. Néanmoins sur le budget et bien il faut qu'il y ait plus de députés qui votent pour que de députés qui votent contre. Or le total RN vers PC LFI est supérieur au total socle commun.
Et donc là bah la question qui va se poser, c'est est-ce que les socialistes votent le budget et s'inscrivent dans la majorité ou est-ce que les socialistes votent contre le budget ? Et dans ce cas-là, ben on aura peut-être toujours un gouvernement, hein, mais on aura pas de budget. Ou alors pour le voter, ils vont pousser à ce qu'on le dénature totalement, forçant à ce moment-là le bloc central à à à les suivre.
C'est aussi un scénario possible. Est-ce que vous pouvez résumer rapidement Benjamin Morel pour l'auditeur d'Europin qui a pas forcément tout suivi les rebondissements de ces derniers jours, on en est où aujourd'hui de la géographie des rapports de force à l'Assemblée nationale ? On est dans une situation très paradoxale où un gouvernement qui normalement, mais là encore, il faut rester très très prudent, ne devrait pas tomber de main. est également le gouvernement qui s'appuie sur le plus petit socle parlementaire toute République confondue hein parce que on parle même pas d'un gouvernement minoritaire, on parle même plus de l'ancien cadre du socle commun qui tenait sur déjà un/3 de l'assemblée, ce qui était du jamais vu.
On parle d'un gouvernement qui ne tient officiellement que sur deux groupes politiques, le modè et Renaissance. pas tout à fait et en un peu au président de la République et qui bah s'appuie également sur la non censure de deux groupes dont l'un s'inscrit clairement dans l'opposition et fait monter les enchères c'est le PS et dont l'un faisait nagar partie du gouvernement mais en exclu aujourd'hui les membres qui sont présents et se veut de plus en plus d'opposition. Certains de ses membres et pas des moindres appellent également à la censure ce groupe CLR.
Donc vous comprenez bien que c'est un gouvernement extrêmement extrêmement faible qui qui plus annoncé à certains instruments constitutionnels comme le 49 alin 3 et qui donc euh bah est dans une position de profonde vulnérabilité. Est-ce qu'on n'est pas en train de toucher un peu aux limites de la 5e République Benjamin Morel ? On a l'impression d'un d'une architure une architecture du pouvoir une arch une architecture constitutionnelle alors certes extrêmement robuste mais enfin qui dysfonctionne aujourd'hui totalement.
La France est difficilement pour ne pas dire ingouvernable. Vous savez ce qui nous sort de la crise de de 1958, c'est pas tant la Constitution de la 5e. En fait, la construction de la 5e, elle est pas vraiment praticable avant 1959 quand on prend les ordonnances.
Ce qui nous sort de la crise de la fin de la 4e, c'est le retour du général de Gaul. H le retour du général de Gaoul. Les élections législatives de 58 font s'effondrer le parti communiste, disparaître les poujadistes et on gouverne avec des majorités.
Si la constitution de la 5e République n'a pas été cette clé magique que l'on croit, elle est pas non plus aujourd'hui ce qui bloque d'une certaine façon. Elle offre pas les moyens parce qu'en fait il y a aucun régime politique qui peut vous offrir les moyens de tenir sur 100 députés. Morel'est- donc ce faisant Benjamin Morel qu'est-ce qui change avec le retour du du général de Gaulle ?
Alors justement, il y a une tribune par Ru Samedi dans le Figaro signée de l'ancienne plume d'Emmanuel Macron Sylvainfort et de la journaliste Latitia Strosbonard nous dit la 5è c'était comment dire c'était c'est l'œuvre d'un militaire pour un militaire et pourquoi ça marchait ce pouvoir présidentialiste très fort parce qu'on avait à la tête de l'État à l'époque un président général de Gaulle qui avait une haute idée de la responsabilité de ces actes ce qui semble-t-il n'est plus le cas d'Emmanuel Macron. C'est là que le Babless aujourd'hui veut trouver. Pas vraiment.
Alors, on peut, je rentre pas dans les débats sur Emmanuel Macron qui serait ou pas responsable de ces actes, mais celui qui détient le pouvoir sous la 5e, c'est pas le président de la République. Il faut arrêter de penser ça, c'est pas vrai. Le président de la République, il a des pouvoirs d'exception, article 16, dissolution et cetera.
Mais dans la conduite quotidienne de la politique nationale, il a un pouvoir en fait relativement faible, pas plus élevé qu'un président italien ou allemand. Ce qui donne le pouvoir sur la 5e, c'est le fait de disposer d'une majorité. Si vous disposez du de la majorité, vous êtes empereur dans la République en tant que président.
Si c'est le premier ministre, c'est lui qui gouverne et c'est une cohabitation. S'il y a pas de majorité, la question c'est pas où est le pouvoir ? La question c'est est-ce qu'il y a encore un pouvoir ?
Et aujourd'hui, bah comme il y a pas de majorité, le pouvoir il est pas retourné à l'assemblée comme on l'entend souvent. Le pouvoir il n'est pas là, il n'existe plus. Et donc dans ce cadre-là, bah vous avez nécessairement une instabilité.
Qu'est-ce qui change en 58 avec le général de Gaul ? Mais c'est que le général de Gaul est capable de grouper autour de lui une majorité parlementaire et qu'à partir de 1962, on a des majorités absolues. J'avais jamais vu les choses sous cet angle là.
Où est le pouvoir ? C'est la question qu'on devrait tous se poser. Merci beaucoup de vos lumières Benjamin Morel.
Je rappelle le titre de votre dernier livre. nouveau régime ou l'impossible parlementarisme c'est aux éditions passées composées. [Musique]