DROUET VS BENALLA : 2 POIDS, 2 MESURES | MACRON : L’ORDRE PAR LA PEUR
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« – L'ordre républicain sera assuré sans complaisance, car j'attends de chacun ce respect indispensable à la vie en société. »
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« Yaël Braun-Pivet, députée des Yvelines, appartient à la République en marche. »
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« Un État de droit que l'exécutif entend bien aménager à sa convenance, au nom de la sécurité bien sûr. »
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« la proposition de loi du sénateur LR Bruno Retailleau visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs. »
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« la position du gouvernement était de poursuivre la réflexion sur ce thème dans le cadre d'un groupe de travail qui réunit les principaux responsables des forces de l'ordre »
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« le principe directeur était celui de la désescalade. Il ne fallait pas que l'intervention des gendarmes ou des policiers génère davantage de troubles que ceux qu'elle devait stopper. »
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« Le Défenseur des droits Jacques Toubon, dans son rapport remis à l'Assemblée nationale préconisait l'interdiction du lanceur de balles de défense dans les opérations de maintien l'ordre. »
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[Générique] Hier soir mercredi, rue Royale à Paris, Éric Drouet a été interpellé par des CRS et une compagnie d'intervention tandis qu'il manifestait avec des Gilets jaunes. C'est la deuxième fois en quelques jours que les forces de l'ordre se saisissent ainsi de cette figure médiatique. Officiellement, il est reproché à Éric Drouet d'avoir organisé une manifestation non déclarée.
Comment ne pas être choqué par cet acharnement au moment même où Alexandre Benalla bénéficie d'une mansuétude qui lui permet de narguer jusqu'au chef de l'État, que n'a-t-on dépêché à son domicile, en temps et en heure, les mêmes fonctionnaires zélés pour récupérer les passeports diplomatiques dont il use et abuse, pour forcer sa porte lors de la tentative de perquisition de son domicile en juillet dernier, pour ouvrir le fameux coffre fort disparu. Ah si seulement Benalla avait porté un gilet jaune ! Pourtant lundi soir lors de la traditionnelle cérémonie des voeux, le président nous assurait avec détermination que : – L'ordre républicain sera assuré sans complaisance, car j'attends de chacun ce respect indispensable à la vie en société. – Complaisance il y a assurément, pour ne pas dire connivence, au point que la commission des lois du sénat, qui s'est constituée en commission d'enquête sur l'affaire Benalla, a officiellement demandé des explications à Jean Yves le Drian, le ministre des Affaires étrangères, Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et à Emmanuel Macron.
À l'Assemblée en revanche, la commission des lois, dirigée par Yaël Braun-Pivet, a refusé mardi dernier la tenue d'une nouvelle réunion de la commission d'enquête parlementaire sur Benalla, comme l'avaient demandé des députés socialistes. Est-il besoin de préciser que Yaël Braun-Pivet, députée des Yvelines, appartient à la République en marche. En attendant de découvrir ce qui relie, au-delà de toute logique, Benalla et le chef de l'État, il est de plus en plus évident que le pouvoir se prépare à la confrontation avec les Gilets jaunes.
Quand bien même il nous promet un "grand Débat", car sinon pourquoi disqualifier le mouvement le soir des vœux à la Nation ? – Certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple, mais lequel, d'où, comment, et n'étant en fait que les porte-voix d'une foule haineuse, s'en prennent aux élus, aux forces de l'ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c'est tout simplement la négation de la France. Le peuple est souverain, il s'exprime lors des élections, il y choisit des représentants qui font la loi, précisément parce que nous sommes un État de droit. – Un État de droit que l'exécutif entend bien aménager à sa convenance, au nom de la sécurité bien sûr.
Il y a quelques semaines, j'avais consacré une édition de cette chronique à la proposition de loi du sénateur LR Bruno Retailleau visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs. Un texte qui a été adopté en première lecture par le sénat au mois d'octobre. J'avais expliqué à l'époque en quoi ce projet de loi ressuscitait la défunte loi anti casseurs qui introduisait le principe de responsabilité collective.
Au lendemain des manifestations du 1er décembre, Christophe Castaner et Laurent Nuñez ont confirmé devant la Commission des lois qu'ils comptaient bien faire évoluer la loi dans cette direction. – On voit qu'on a des doctrines qui ne sont plus adaptées à la réalité des violences dont on fait l'objet. Il nous faudra revoir à la fois notre doctrine d'emploi et à la fois les conditions d'emploi, nous allons nous y atteler.
Et sur le cadre légal, Laurent Nuñez pourra l'évoquer parce qu'il était, pour le gouvernement, présent au premier examen qui a eu lieu de la PPL Retailleau. – Concernant très rapidement donc ce qui était dit sur l'évolution du cadre légal du droit de manifester donc, sujet délicat, liberté d'expression versus respect des règles constitutionnelles, avec versus respect de l'ordre public, vous dire que j'ai eu l'occasion d'exprimer la position du gouvernement comme le rappelait le ministre de l'Intérieur lors de l'examen au sénat de la proposition de loi du sénateur, du président Retailleau, et qu'à cette occasion nous avons précisé que la position du gouvernement était de poursuivre la réflexion sur ce thème dans le cadre d'un groupe de travail qui réunit les principaux responsables des forces de l'ordre, et qu'il y à un certain nombre de mesures qui méritent sans doute d'être retravaillées pour savoir si nous modifierons ou pas les textes, mais, telle que celle de créer des périmètres de protection permettant des contrôles, des contrôles surtout la possibilité donnée à l'autorité administrative d'interdire à un certain nombre d'individus de participer à des manifestations ou la transformation encore en délit de la contravention de participer à une manifestation avec le visage dissimulé. Donc voilà, donc nous sommes en train de travailler sur ce sujet, comme nous l'avons dit dans le cadre d'un groupe de travail, dont nous rendrons compte au début de l'année 2019. – Dans les faits, la doctrine du maintien de l'ordre a déjà passablement changé.
Longtemps, le principe directeur était celui de la désescalade. Il ne fallait pas que l'intervention des gendarmes ou des policiers génère davantage de troubles que ceux qu'elle devait stopper. C'était une logique de paix civile.
Avec le mouvement des Gilets jaunes, nous sommes entrés dans une logique de militarisation du maintien de l'ordre sur le modèle américain. Il s'agit désormais de dissuader les manifestants de descendre dans la rue en menaçant leur intégrité physique. La vingtaine de Gilets jaunes éborgnés par des lanceurs de balles de défense ou mutilés par les grenades GLI F4 ne sont pas des dommages collatéraux, ce sont les instruments, à leur corps défendant cela va de soi, d'une nouvelle stratégie de réponse volontairement disproportionnée.
Sidérer les manifestants, faire peur, voilà l'objectif du ministère de l'Intérieur. La guerre psychologique est en train de se substituer au maintien de l'ordre républicain. Sinon, pourquoi ce déploiement ostentatoire de matériels abandonnés ou inusités dans l'histoire du maintien de l'ordre en France ?
Chevaux, chiens, tractopelle, blindés, motards, unités anti terroristes comme la BRI, jusqu'à la confirmation, par la gendarmerie elle-même, que certains de ces blindés étaient capables, en dernier recours, de vaporiser du gaz CS, le gaz lacrymogène en forte concentration et sur des surfaces étendues, en quelques secondes, au prix, certainement, de plusieurs morts. Pourquoi encore le ministère de l'Intérieur a-t-il lancé le 23 décembre un appel d'offres pour l'acquisition de 1280 lanceurs de balles de défense dont 270 lanceurs à quatre coups et 180 lanceurs à six coups ? En janvier 2018, le Défenseur des droits Jacques Toubon, dans son rapport remis à l'Assemblée nationale préconisait l'interdiction du lanceur de balles de défense dans les opérations de maintien l'ordre.
Le LBD, écrivait Jacques Toubon, est susceptible de blesser grièvement un manifestant, d'engager la responsabilité du tireur et d'entraîner des réactions imprévisibles de la part des manifestants, témoins d'une blessure grave occasionnée par des policiers à un manifestant, que le tir soit conforme ou non aux règles d'emploi. On peut craindre que ce soit là désormais, l'objectif d'un pouvoir qui ne voit plus son salut que dans l'épreuve de force. [Générique]