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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 16 mai 2026 36 minContradictoireMixte

Tournée africaine d'Emmanuel Macron : le bilan de deux mandats

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0:02
Présentateur

Alors qu'Emmanuel Macron termine sa dernière tournée en Afrique à l'occasion d'Africa Forward, nouvelle version des traditionnels sommets Afrique-France ou France-Afrique, quelle est la place de la France aujourd'hui sur le continent ? Quel bilan tiré de 10 années de diplomatie française en la matière ? Emmanuel Macron est-il parvenu à tenir sa promesse de mettre un terme à la logique du précaré hérité de la période coloniale ? Politique, mémoriel, partenariat financier, bilan militaire entre promesses de rupture et héritage paternaliste. Nous faisons le point ce matin, dans les matins du samedi de France Culture, sur cette dernière décennie de relations franco-africaines.

Et avec nous pour en parler Thierry Vircoulon, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l'IFRI. Vous coordonnez également l'Observatoire de l'Afrique centrale et australe de ce même institut. Et je cite votre dernier livre qui n'est pas tout à fait en lien avec notre sujet mais qui mérite d'être cité, littérature blanche en Afrique noire. C'était aux éditions Orbis Tertius. À vos côtés se trouve Vincent Ugeux. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste, essayiste, spécialiste de l'Afrique. Vous venez de faire paraître les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l'esclavage aux éditions Perrin.

Et vous allez refaire paraître en septembre, dans une version en penche, votre livre « Tirant d'Afrique », toujours aux éditions Perrin. Merci à vous deux d'avoir accepté notre invitation dans les matins du samedi.

1:28
Invité

Ce continent a beaucoup à bâtir. C'est le plus jeune au monde. Il a donc un dividende démographique extraordinaire. C'est celui qui a la plus grosse croissance au monde. Il a fait l'année dernière une croissance légèrement supérieure à celle de l'Asie du Sud-Est. Et donc, il faut le regarder totalement différemment.

Et en effet, c'est un continent que je ne veux plus que la France regarde d'un côté comme étant un précaré, où les dirigeants d'entreprises auraient en quelque sorte tous les droits ou tous les contrats qui leur seraient garantis parce que c'était l'Afrique francophone, où parfois certains considéraient que la France donnait une forme d'assurance garantie, quoi qu'il advienne, en étant là à faire ou défaire les gouvernements. C'est fini. Depuis 2017, c'est terminé cette époque.

2:11
Présentateur

Depuis 2017, c'est terminé cette époque. Qu'est-ce qu'Emmanuel Macron a raison, à Nairobi en 2026, de revendiquer un bilan, de faire référence à 2017, Thierry Vircoulon ?

2:24
Invité

Il fait référence à 2017 parce qu'il est arrivé à ce moment-là avec une nouvelle politique, ou en tout cas ce qui voulait être une nouvelle politique. Mais ce dont il parle avait commencé bien avant lui. Ça l'a précédé. C'est le résultat d'évolutions sur lesquelles, grosso modo, la France n'avait aucune prise. Ou très peu de prise. Et donc, c'est une façon de revendiquer des choses dont il n'est pas fondamentalement l'auteur.

2:52
Présentateur

Vincent Hugeux. Il a raison de faire référence à 2017 comme une manière de revendiquer un bilan ?

2:58
Invité

La Vème République n'en finit plus d'enterrer la France-Afrique et ses avatars sans fleurs ni couronnes. 2017, le fameux discours fondateur de Ouagadougou, j'y étais. Et là, toute l'ambiguïté, sinon la duplicité de l'approche macronienne de l'Afrique éclate, puisque vous avez, vis-à-vis de la jeunesse burkinabée, dans cet amphithéâtre de l'Université Joseph Kizerbo, un lexique de la modernité, de l'audace, presque de la transgression, complicité. Et puis, tout d'un coup, le naturel sans doute reprenant le dessus, vous avez ce qui se veut un trait d'esprit, une référence à la climatisation qui est en panne.

Le président caboret du Burkina s'absente quelques instants et Emmanuel Macron prend à témoin la foule en disant « Ah, il est parti réparer la clim ». Et ce qui voulait sans doute être quelque chose de désinvolte, de primes sautiers, etc., apparaît aux yeux et aux oreilles des étudiants qui sont autour de moi à ce moment-là comme une sorte de signe, de vestige, d'un mélange de paternalisme et de condescendance. Et on retrouve au fond, si on saute les années, une scène de genre que je trouve assez éloquente aussi à Nairobi quand, à un moment donné, Macron joue les préfets de discipline, se lève, interrompt un débat pour admonester un public qu'il juge trop dissipé et trop bruyant.

4:23
Présentateur

Est-ce que Macron aurait agi de la même manière ? Est-ce qu'il aurait dit d'un... Je ne sais pas, Mélanie par exemple, la première ministre italienne, elle est allée réparer la climatisation. Est-ce qu'il y a un impensé ? C'est ce que vous semblez sous-entendre, Vincent Lejeu. Est-ce qu'il y a un impensé colonial lorsque Macron fait cette blague en 2017 et lorsqu'il décide de remettre de l'ordre dans la salle en 2026 à Nairobi ?

4:49
Invité

Je ne sais pas s'il y a un impensé colonial. Je pense qu'il y a surtout un style Macron qui s'est aussi traduit dans d'autres anecdotes, dans d'autres lieux. Et donc, je pense que c'est surtout son style personnel qui le dessert beaucoup en termes de communication.

5:09
Présentateur

Est-ce que Sarkozy avait déjà dit en 2007 vouloir faire de la fin de la France-Afrique un objectif officiel ? François Hollande également, Thierry Vircoulon. Qu'est-ce qui a changé concrètement ?

5:21
Invité

Ça dépend. Le grand malentendu qu'il y a là-dessus, c'est que ça dépend de ce qu'on appelle la France-Afrique. Il y a au moins deux ou trois définitions. La première définition, elle est historique, c'est-à-dire c'est le système qui a été mis en place à l'époque du général de Gaulle par Faucard et qui après s'est prolongé, dans un certain temps en tout cas, mais qui était mort déjà à la fin du XXe siècle. Le deuxième, donc un système de relations personnelles entre l'Elysée et un certain nombre de chefs d'État d'Afrique francophones. Mais cela dans un cadre étatique quand même.

Il y a une deuxième définition qui est la plus courante de la France-Afrique, c'est-à-dire des réseaux de corruption entre Paris et différentes capitales africaines. Et puis il y a peut-être aussi une troisième définition qui est un peu entre les deux, où on a un mélange des deux, si je puis dire. Donc, de quelle France-Afrique on parle quand on dit qu'on a mis fin à la France-Afrique ? Comme je disais, la première, l'historique, elle était morte à la fin du XXe siècle, donc c'était déjà réglé. En ce qui concerne des réseaux de corruption entre Paris et des capitales africaines, il y en a encore. Évidemment, il y en a moins qu'avant, mais il y en a encore.

Voilà, donc ça dépend vraiment de la définition qu'on a de la France-Afrique. Si vous évoquiez Nicolas Sarkozy, il est vrai qu'au palmarès des discours qui tuent, celui de Dakar, juillet 2007, laisse Macron au pied du podium. Parce que vous vous souvenez, cette fameuse formule, merci Henri Guénaud, selon laquelle l'homme africain ne serait pas assez entré dans l'histoire. Et là, vous aviez, à l'échelle de la méconnaissance, de l'ignorance et de la condescendance, on était quand même très au-delà. Moi, ce que je perçois, à tort ou à raison, dans les propos parfois apparemment contradictoires de Macron, c'est en fait la rançon d'une volonté entravée, d'une ambition contrariée.

J'ai la conviction qu'en 2017, il croit effectivement qu'il va faire bouger les lignes.

7:14
Présentateur

Il arrive avec un programme, une vision, une réelle volonté de changer les choses.

7:17
Invité

Un programme n'exagérant rien, oui, une vision et un volontarisme, sans doute. Il a ceci de commun avec Dominique de Vinepin qu'il croit au pouvoir performatif de son verbe et il pense que son brio, sa virtuosité intellectuelle, que je ne lui dénie pas, suffit à infléchir le cours du réel. Ce n'est pas si simple en Afrique parce qu'il y a des invariants historiques. Alors, il a l'atout générationnel d'être le premier président à être né après la séquence des indépendances. Mais enfin, ça ne suffit pas.

Et donc, on se heurte là aussi à un autre phénomène qui est que, par exemple, sur le plan sécuritaire, on y viendra dans quelques instants, lui rêve d'un désengagement graduel, ordonné, concerté, dont Paris dicterait le tempo. Et en réalité, non. La France subit, elle est contrainte, elle est parfois évincée. Vous savez la fameuse formule de Jean Cocteau, puisque ces mystères nous échappent, feignons d'en être les organisateurs. On fait contre mauvaise fortune bon cœur. Et vous avez aujourd'hui, à longueur de colonne, des analyses qui vous expliquent que tout ça est formidable, que tout ça est pensé, que tout ça est en phase avec cette volonté de modernité.

Mais non, sur ce registre-là, en tout cas, la France a subi plus qu'elle n'a agi.

8:30
Présentateur

La question sécuritaire est l'un des éléments centraux dans la relation de la France et de l'Afrique. On a regardé, il y a plus de 50 opérations militaires qui se sont tenues depuis les années 60 jusqu'à aujourd'hui. Et quand on compare la carte de la présence militaire entre 2020 et 2026, la France était présente dans huit pays en 2020, presque tout le Sahel, en incluant le Gabon et la base de Djibouti. Aujourd'hui, il ne reste plus que la base navale de Djibouti. Il y a une présence d'ordre symbolique à Libreville, au Gabon. Est-ce que vous disiez volonté de démilitariser la relation ?

Est-ce que Thierry Vircoulon, c'est un échec, c'est une évolution normale dans la relation entre la France et les pays africains ?

9:15
Invité

Non, ça a été en effet un échec dû essentiellement à l'opération de trop, qui était l'opération Barkhane, qu'Emmanuel Macron a hérité. Ce n'est pas lui qui l'a lancé, évidemment, il l'a hérité. Mais après, il l'a évidemment très mal géré, puisqu'il faut rappeler qu'en fait, il a pris la décision de mettre fin à cette opération, ce qui était une bonne décision parce que, premièrement, ce n'était pas une opération, c'était une guerre. Et deuxièmement, c'était une guerre qu'on ne pouvait pas gagner. Donc, il fallait en sortir.

9:47
Présentateur

Il y a eu des images marquantes. On se souvient, en 2013, des arrivées de François Hollande reçues en héros au Mali. Dix ans plus tard, c'était les drapeaux russes qui étaient agités dans les rues de Bamako.

9:57
Invité

Oui, parce que l'opération n'a pas réussi à endiguer le développement du djihadisme et des groupes armés au Mali. Et donc, la population malienne était très mécontente. Et à partir de sa décision de mettre fin à cette opération française au Mali, les choses se sont enclenchées dans une direction qu'il n'avait pas prévue et n'avait pas anticipée, puisque le Mali, les autorités maliennes l'ont très mal pris. Et donc, après, on démantelait toute l'aide occidentale et se sont tournées vers la Russie. On accueillit Wagner. Et puis, après, il y a eu la même chose au Burkina Faso et au Niger dans un effet domino.

Donc, ça a été, en fait, la sortie du Mali, ça a été une bonne décision dont les conséquences n'étaient absolument pas anticipées. Et donc, on voit qu'il y avait un manque de vision stratégique.

10:50
Présentateur

Est-ce qu'il ne fallait pas passer par là, Vincent Hugeux, pour normaliser, d'une certaine manière, les imaginaires politiques autour des relations franco-afriques ? Est-ce qu'il était normal que la France soit présente dans huit pays africains militairement ?

11:02
Invité

C'est évidemment un héritage colonial qui suscitait beaucoup de tensions, et de crispations notamment au sein des genèses africaines. Mais un chiffre très simple. 1970, vous avez 20 000 soldats français sur le continent africain. 2022, il n'y en a plus que 6 000. Et aujourd'hui, vous l'évoquiez, Djibouti, 80 en Côte d'Ivoire, une petite centaine encore au Gabon. Mais un élément, quand même, qui semble accréditer la thèse de la volonté de rompre avec la logique du précaré, c'est que vous avez, par exemple, un accord de défense avec le Kenya, précisément, qui a été signé à l'automne dernier.

En janvier de cet exercice, le Ghana demande à la France une assistance pour la formation au combat en zone de jungle contre les orpailleurs illégaux, par exemple. Donc, c'est un peu, si vous voulez, la doctrine nouvelle, telle qu'elle est décrite par les penseurs de l'armée française. C'est moins d'empruntes au sol, évidemment, et des partenariats ponctuels de formation, d'accompagnement, qui permettent, par exemple, d'avoir encore quelques dizaines de soldats ça et là.

Encore un exemple récent, vous avez jusqu'à la fin de ce mois, une opération en Côte d'Ivoire d'exercice sur tout le territoire, qui s'appelle l'opération Tandem, où on s'efforce de travailler côte à côte et non pas dans un rapport de soumission.

12:24
Présentateur

Il y a une doctrine française en matière de défense en Afrique aujourd'hui ou est-ce qu'elle ne fait que subir Thierry Vircoulon ?

12:30
Invité

Quand on discute avec les officiels, il n'y a plus de politique africaine de la France et donc il y a encore moins de politique de coopération militaire. Il faut se rappeler quand même que le président voulait définir une nouvelle politique de coopération militaire, mais qu'il a été pris de vitesse par les pays qui ont dit qu'ils voulaient mettre fin aux bases militaires. Et donc c'est le Tchad, la Côte d'Ivoire et puis le Sénégal, qui ont pris de vitesse ce qui voulait être un processus de redéfinition de notre politique de coopération militaire. Donc c'est fini. L'objectif de cette coopération militaire n'était plus très clair.

Et maintenant, il est encore moins parce que ce dont vous parlez, dans le fond, à quoi ça sert un accord de défense avec le Kenya ? À quoi ça sert ces histoires de formation, etc. Puisque la formation des armées africaines, on en fait depuis 1960. Le résultat, on le voit, historiquement. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'il y en a très peu qui sont opérationnels et qui sont capables de faire face aux menaces de leur pays, enfin qui menacent leur pays. Et donc cette politique de coopération militaire, slash formation, elle a échoué, j'allais dire superbement, pas superbement, mais elle a échoué dramatiquement au Sahel et ailleurs.

Elle ne sert évidemment pas les intérêts stratégiques de la France puisque l'ennemi est ailleurs. Et donc on ne voit pas trop à quoi ça sert, sauf à être un atavisme sécuritaire habituel qui est que, comme on ne peut plus le faire tellement en Afrique de l'Ouest, en Afrique francophone, eh bien on le fait chez les anglophones et donc on est content parce que le Kenya a signé un accord de défense. À quoi ça sert dans le fond ? On ne sait pas trop, à part faire un petit peu de formation qui, sur le fond, ne va pas changer la situation stratégique de la France.

14:25
Présentateur

Est-ce que c'est l'acceptation aussi par la diplomatie française et par la défense française d'une perte de vitesse géopolitique ?

14:34
Invité

C'est le principe de réalité. C'est-à-dire que le déclin de l'influence française en Afrique est à la fois inexorable et irréversible. Et on le verra ultérieurement quand on évoquera les engagements économiques. Mais Thierry Vercoulon rappelait une formule qui, pour moi, en quelque sorte, résume toute l'ambivalence de l'approche de l'ère Macron. On est à Ouagard, à nouveau, ce fameux discours de 2017. Et la formule, c'est la France n'a plus de politique africaine. Mais... Et il est très applaudi pour cette phrase. Oui, mais il est très applaudi. Mais le problème, ce n'est pas de savoir si la France a ou n'a pas de politique africaine. C'est d'en changer et d'en changer vraiment.

Est-ce qu'on dirait que la France n'a pas de doctrine politique par rapport à l'Asie, par rapport au continent américain, à l'Amérique latine, etc. ? Non. Pourquoi dire que la France devait et doit changer de politique africaine, mais elle doit en avoir une ? Il n'y a pas de quoi se vanter de n'en avoir aucune.

15:29
Présentateur

Et derrière, on sent qu'il y a évidemment la question de la mémoire et de la mémoire coloniale lorsque Macron dit que la France n'a pas de politique africaine. Ça a d'ailleurs été l'autre axe majeur du président de la République. Il a été très actif en la matière sur la question algérienne qu'on ne va pas commenter ici ce matin, mais également sur la reconnaissance de la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis au Randa, sur la restitution d'archives militaires sur la guerre au Cameroun, sur les restitutions d'œuvres d'art. Est-ce que là, sur ces aspects mémoriels, Thierry Vourcoulon, les choses ont bougé ?

Est-ce qu'il y a une différence entre Emmanuel Macron et ses prédécesseurs ?

16:07
Invité

Oui, la loi cadre sur les restitutions, c'est ça évidemment la grande différence qu'il avait annoncée dès son premier mandat. Et donc maintenant, il y a un cadre juridique pour faciliter les restitutions d'objets culturels à l'Afrique.

16:26
Présentateur

Qui ne doivent plus passer par le Parlement, c'est ça le changement principal ?

16:28
Invité

Voilà, on a facilité les choses, parce qu'avant ça devait passer par le Parlement, donc maintenant c'est censé passer par une commission, etc. Donc voilà, il a fait cette loi. Il y a aussi une autre loi qui est, à mon sens, plus intéressante, qui était la loi de programmation sur la solidarité internationale. Et là, je pense qu'on y reviendra tout à l'heure, parce que c'est une loi qui est battue en brèche. Mais en effet, sur ces histoires de restitution, ça a été fait. Est-ce que ça change fondamentalement les choses ? Absolument pas, sur le plan politique en tout cas. Ça ne suscite évidemment qu'un intérêt très très limité en Afrique.

Je parle des populations, de l'opinion publique africaine, ça ne change pas grand-chose. J'ai vu qu'on avait renvoyé un tambour en Côte d'Ivoire, en faisant beaucoup de tambours justement. Bon, je ne pense pas que la population ivoirienne soit fondamentalement, comment dire, éprisade d'une façon très très émotionnelle. Vous êtes d'accord avec ça ? Non, je n'ai pas la même observation.

Légère nuance, c'est-à-dire que, autant je peux être critique vis-à-vis des postures qu'on développait ensemble à l'instant, autant je considère que, sur le champ mémoriel, Emmanuel Macron aura été le président de la Vème République qui aura fait le plus bouger les lignes, avec notamment une volonté que je crois sincère de regarder l'histoire en face, y compris sous ses facettes les plus sinistres, les plus lugubres. Vous évoquiez donc le Rwanda avec le fameux rapport Duclair. Il y a eu également des gestes et des propos symboliques, mais me semble-t-il significatifs, sur le massacre des tirailleurs à Thiaroy en 1944.

Vous avez le Cameroun, avec effectivement la liquidation par les services français de plusieurs figures de proue de la mouvance indépendantiste, etc. Et puis, même chose pour les restitutions. Jusqu'à maintenant, on nous expliquait précisément que le corset législatif était tellement rigide qu'à chaque fois, c'était convoqué le Parlement pour. Là, encore une fois, le corpus législatif a changé et est plutôt dans le bon sens.

Et sur l'affaire du tambour, par exemple, même s'il y a une mise en scène du pouvoir ivoirien de la félicité des populations, il y a quand même quelque chose qui touche à l'âme et au cœur quand vous avez la restitution ici d'un sabre, là, effectivement, d'un instrument cérémoniel, d'ailleurs aux dimensions très imposantes. Je ne pense pas que ce soit totalement neutre ni totalement anodin, cet effort.

19:06
Présentateur

Thierry Vercoulon, qu'est-ce que devrait faire la France de plus sur le point de vue mémoire, qu'on ne peut pas tout à fait mettre de côté lorsqu'on essaie de, après, l'histoire de la colonisation ? Pour vous, il serait temps de ne plus y toucher ou est-ce qu'il faudrait en faire plus encore ?

19:21
Invité

Je ne sais pas ce que vous voulez dire par « il faut en faire plus ». Est-ce qu'il faut rendre plus d'objets ? Bon, peut-être. En ce qui concerne le Cameroun, le processus avait été commencé sous François Hollande avec la question d'ouverture des archives, etc. Mais ce n'est pas ça le fond. Sur l'histoire coloniale, elle a été écrite, si vous voulez, depuis longtemps. Il y a des historiens qui ont écrit ça très bien, qui ont étudié les messes coloniaux, etc. Donc, toute cette histoire, elle est assez largement connue. Ce qui manquait, c'est évidemment une officialisation, une parole d'État sur le sujet. Et donc, en effet, comme vous le dites, sur Thiaroy ou d'autres, il y en a eu.

Après, il ne faut pas se leurrer. C'est-à-dire que pour établir la vérité historique, souvent, même tout le temps, il faut être au moins deux. Et donc, on sent quand même que du côté africain, il y a peu d'appétit à regarder ces conflits du passé, notamment celui au Cameroun, il me semble. Et donc, en faire plus, c'est bien, mais à condition d'être deux.

20:37
Présentateur

Et on va voir, peut-être juste après le journal, quelles sont encore les demandes en la matière. On vous retrouve dans 20 minutes pour poursuivre cette discussion. Thierry Vircoulon, je rappelle que vous êtes chercheur associé à l'IFRI, au Centre Afrique subsaharienne. Vincent Ugeux, journaliste et essayiste. Le journal de 8h, dans quelques instants. Et nous poursuivons notre discussion de ce matin, où nous prenons l'occasion de la dernière tournée africaine d'Emmanuel Macron pour le sommet Africa Forward, pour interroger son bilan en la matière.

Pour en parler avec nous, Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l'IFRI, coordonne également l'Observatoire de l'Afrique centrale et australe de l'IFRI. Et Vincent Ugeux, journaliste indépendant et essayiste, vous venez de publier « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l'esclavage ». Alors, un élément notable, Thierry Vircoulon, lorsqu'on regarde qui sont les partenaires économiques de la France en Afrique aujourd'hui, on découvre que ce sont deux pays non francophones et non pas d'anciennes colonies qui sont dans les trois premiers partenaires économiques de la France.

L'Angola, l'usophane, on parle le portugais, et le Nigeria, qui est évidemment anglophone. De la même manière, Africa Forward, le sommet Afrique-France organisé cette semaine, se tenait également pour la première fois dans un pays anglophone. Est-ce que de ce point de vue-là, on peut dire qu'une page a été tournée ? Est-ce que c'est un signe de transformation en profondeur de la place de la France dans les pays africains et vice-versa ?

22:07
Invité

C'est une transformation qui a commencé il y a un certain nombre d'années. Et il y a eu beaucoup de... Vous n'avez pas cité l'Afrique du Sud, mais il y a beaucoup d'entreprises françaises qui se sont implantées depuis les 20 dernières années dans ce pays. En ce qui concerne l'Angola et le Nigeria, il faut quand même dire que cette place, elle est due essentiellement aux hydrocarbures et donc à Total Energy, qui est présente dans ces pays depuis longtemps. Et c'est ça qui pèse le plus dans le commerce entre la France et l'Afrique. C'est vraiment une spécialisation hydrocarbure qui est assez importante.

Je crois que notre approvisionnement vient à 30% en hydrocarbure, vient à 30% du Golfe de Guinée. Donc, il y a en fait un changement, oui, dans le sens où il y a beaucoup de pays d'Afrique francophone qui représentent maintenant des sommes tout à fait dérisoires du commerce extérieur français, qui sont maintenant insolvables. Par exemple, le Sénégal est dans une grave crise de surendettement, etc. Et donc, en ce qui concerne les flux d'affaires, en effet, ils ont plus lieu avec d'autres pays. Et le Kenya, l'Afrique du Sud, etc. sont en tête. Et donc, il y a économiquement, en effet, une diversification. Il faut noter quand même que dès les années 90, il y avait cette volonté à Paris de...

Les années 90, c'est parce que c'était la fin de l'apartheid. Et donc, quand l'Afrique du Sud est devenue démocratique, il y a eu une volonté à Paris à ce moment-là de se tourner vers l'Afrique francophone. Et donc, on voit que ça remonte quand même à longtemps. Et que c'était un projet... On parlait là aussi, à cette époque, dans les années 90, de la fin du précaré. Donc, vous voyez que c'est une formule qui est ancienne.

24:01
Présentateur

Vincent Ugeux, est-ce que dans la nature de ces échanges économiques, il y a eu une transformation ? Ou est-ce que, finalement, c'est toujours le fameux importation de matières premières, exportation de biens et services qui a structuré la relation économique de manière générale entre l'Europe et les pays africains ?

24:18
Invité

J'y viens en préambule. Je me permets un légère amendement. Il ne s'agit pas, à ma connaissance, de la dernière tournée d'Emmanuel Macron puisque est programmée en octobre prochain un voyage qui devrait le mener à Dakar, Abidjan et Abuja. Ce qui n'est pas anodin, là encore. Dakar, Abidjan, pour rassurer l'Afrique francophone qui prend parfois, avec un peu de crispation et de ressentiment, cette réorientation vers l'Afrique anglophone et l'usophone et Abuja pour, en quelque sorte, perpétuer le nouveau créneau. D'abord, je pense qu'il faut vraiment fixer l'attention de nos éditeurs sur la réalité des échanges économiques.

Si on prend l'Afrique subsaharienne, ça représente 1,8% des exportations françaises moins de 2% des importations ce qui est analogue à peu près au flux d'échanges avec l'Amérique latine. Plus significatif encore, en matière d'investissement, la part de marché des entreprises françaises, tous secteurs confondus, c'était 15% en 1961 donc au lendemain de la séquence des indépendances, c'est moins de 3% aujourd'hui. Mais il est vrai que vous avez notamment, comme le disait Thierry Vercoulon, dans le domaine des hydrocarbures, vous avez des géants, vous avez des colosses qui continuent évidemment d'investir.

On pourrait citer aussi d'autres secteurs, la distribution, la manipulation portuaire en dépit du désengagement de Bolloré, les télécommunications, etc. Donc il y a l'idée effectivement de moderniser ce qui apparaissait hier comme des flux captifs. Moi je me souviens de l'époque où des chefs d'entreprise français considéraient que s'il y avait un marché ouvert pour construire un pont, un hôpital, un dispensaire, un stade dans telle ou telle ex-colonie, c'était plié d'avance. Et c'était le cas ? Mais oui, ça l'était à un moment, oui.

Et puis un jour, ils se sont aperçus, bah non, qu'effectivement, des États africains aux prises, en plus avec des contraintes budgétaires assez étouffantes, profitaient de l'effet concurrentiel, de l'ouverture au marché. Alors, ouverture, entendons-nous, il y a eu quand même beaucoup de contrats qui se sont joués davantage dans les sénacles politiques que sur le registre de la logique économique. Mais enfin, il y a quand même des choses qui ont bougé et qui ont contraint les acteurs économiques français à moderniser aussi un peu leur pratique en la matière.

26:42
Présentateur

Alors, 14 milliards d'investissements français en Afrique ont été annoncés. Est-ce que ça représente quelque chose ? Est-ce que c'est un effet d'annonce ? Et puis, je voudrais aussi vous faire réagir sur le mot d'investissement, Thierry Vircoulon. Est-ce que penser la politique française en Afrique à partir d'investissements, est-ce que ça, c'est quelque chose de nouveau ?

27:05
Invité

Alors, sur les annonces, ces sommets sont toujours des annonces où on rase gratis, si vous voulez. Et donc, on s'amuse toujours à donner des chiffres. Après, la réalité de ce qui se passe réellement, de ce qui est engagé, des contrats qui sont vraiment signés et mis en œuvre, c'est évidemment autre chose. Et la plupart du temps, il faut enlever un zéro. En ce qui concerne la question d'investissement, en effet, on voit que la politique de développement est maintenant remplacée par une politique d'affaires. Et donc, le nouveau crédo, nouveau crédo en France, mais ancien chez les anglo-saxons, par exemple, c'est que c'est le business qui va développer l'Afrique.

Alors, c'est, comme je le disais, une idée ancienne qui vient des anglo-saxons et pas de Paris, et que Paris a repris maintenant à contre-cycle, évidemment, c'est-à-dire, en règle générale, dix ans plus tard, après qu'elle ait été formulée, et dans un contexte économique africain qui est extrêmement mauvais, puisque, en fait, depuis la pandémie de Covid, les taux de pauvreté sont repartis à la hausse en Afrique, et qu'il y a une crise de surendettement qui a commencé dès la pandémie de Covid avec des pays qui sont dans le rouge. Donc, cette idée de remplacer l'aide au développement par le business, et en effet, ça a été mis en exemple par ce sommet, ça a été mis en exemple...

28:30
Présentateur

L'AFD existe toujours, et c'est toujours l'agence française du développement. Le mot développement existe toujours, disons, dans...

28:36
Invité

Oui, alors, il existe toujours, sauf que c'est devenu un gros mot. Et on en parle de moins en moins, y compris à l'AFD, qu'on a remplacé par toute une rhétorique, alors on a dit solidarité internationale, et puis maintenant, c'est partenariat, etc. Mais le mot de développement est devenu un gros mot. D'ailleurs, il y a quelqu'un de l'AFD, un responsable de l'AFD récemment, qui a fait un article sur le thème « Les notions de pays développés et de pays sous-développés ne sont plus pertinentes, etc. » Donc, vous voyez, même là-bas, ça n'existe plus.

Et d'ailleurs, on se demande si l'AFD va exister très longtemps, parce que les budgets d'aide, justement, ont beaucoup diminué, malgré la loi de programmation sur la solidarité internationale, qui avait été passée... Votée en 2021. En 2021, qui avait été passée avec un soutien transpartisan qui était assez inhabituel. Et malgré ça, eh bien, de 2025 à 2026, comme on est dans une situation budgétaire extrêmement difficile, c'est moins 30% sur ce budget, et ça va continuer. Et donc, c'est pour ça que je dis, on se demande si l'AFD existera encore en 2027.

29:42
Présentateur

Vincent Egeot.

29:42
Invité

Petite anecdote à propos, justement, des mots qui fâchent et qui tâchent. Je me souviens avoir participé, il y a 6 ou 7 ans, à une réunion au siège de l'AFD, donc Agence Française de Développement, et Rémi Rioux, qui vient d'en quitter les commandes, d'ailleurs, à l'époque, avait lancé une vaste consultation pour rebaptiser l'AFD. Et précisément, lui donner un autre nom qui, en quelque sorte, escamote le concept de développement. Et en fait, 6 ou 7 ans plus tard, on en est toujours au même point. Je reste sur le registre lexical. Thierry Vercoulon parlait de l'option, de la priorité business.

Il est assez frappant de voir que, sur un sommet comme celui-là, de Nairobi, on affiche l'anglais comme une sorte de sabir de la modernité. On ne parle pas de forum d'affaires, mais de business forum. On l'intitule Africa Forward. Très bien.

30:36
Présentateur

L'anglais est une langue nationale du Kenya, avec le Sohélie.

30:40
Invité

Mais enfin, young leaders, pour jeunir. Oui, mais sauf que, juste avant, Emmanuel Macron était à Alexandrie, en Égypte, pour inaugurer une université de la francophonie, Léopold Cédar Senghor. Donc, il faut quand même avoir un certain goût du paradoxe pour jongler avec tout ça. Mais comme s'il suffisait d'angliciser votre rhétorique pour lui donner, justement, les atours de la modernité et du changement. C'est juste ça qui me frappe. Et à ce propos, d'ailleurs, il y a un autre phénomène dont, étrangement, on ne parle quasiment plus, le fameux France CFA, qui, en termes de symbolique, et notamment au sein des genèses africaines, était une sorte de repoussoir universel.

En 2019, je m'en souviens, j'avais couvert ce voyage, vous avez à Abidjan une rencontre avec notamment Emmanuel Macron et puis Alassane Ouattara, le président ivoirien. Et là, ça y est, on nous explique que c'est lancé, c'est fini, on va passer à autre chose. Mais là, on en revient aux ambivalences classiques et historiques. C'est que les réticences pour en finir avec le franc CFA, vous ne les trouvez pas prioritairement en France, vous les trouvez dans certains pays africains.

31:42
Présentateur

C'est ce qu'a dit le chef de l'État. Il a affirmé que la France avait pris toutes les responsabilités en matière de réforme du franc CFA et qu'il ne dépendait maintenant que des exécutifs africains concernés de franchir le pas. Justement, quelles sont les attentes des pays africains et notamment des pays francophones vis-à-vis de la France ? On parle souvent de la politique française de l'Afrique, mais quelle est la politique africaine de la France d'une certaine manière, Thierry Vircoulon ?

32:12
Invité

Les attentes, alors ça dépend si vous parlez des gouvernements ou des opinions politiques, des opinions publiques, pardon. En ce qui concerne les opinions publiques, il n'y a plus d'attentes, sauf évidemment qu'il n'y ait plus d'opérations militaires françaises en Afrique. Ça s'est acté, je pense que ça serait difficile qu'il y en ait de nouveau.

Et puis, en ce qui concerne les gouvernants, c'est plus ambigu et plus ambivalent parce qu'ils sont toujours, comme vous le rappeliez tout à l'heure, dans une logique où publiquement, ils affichent leur distance par rapport à Paris, mais en même temps, ils passent des coups de fil de temps en temps pour avoir soit un appui budgétaire, soit un appui au FMI, soit quelques coopérants militaires, etc. Donc, il y a un double langage assez souvent de la part des capitales africaines.

Mais en ce qui concerne l'opinion publique et surtout en Afrique de l'Ouest, parce qu'évidemment, l'Afrique est très diverse et ce n'est pas la même chose chez les anglophones et chez les usophones, il y a une image très dégradée de la France et donc, il n'y a pas d'attente, si vous voulez.

33:22
Présentateur

Est-ce que de ce point de vue-là, il aurait été plus risqué, peut-être, mais plus pertinent d'organiser ce sommet en Afrique francophone plutôt que d'aller en Afrique anglophone ? On a pris une petite revue de presse de ce que disaient les médias africains sur Sommet. Le média sud-africain Yol disait Macron rejeté se tourne vers le Kenya. D'autres disent Macron en berne dans l'Afrique de l'Ouest, tende sa chance. Enfin, toujours cette sensation que finalement, c'est plus un repli qu'un choix stratégique.

33:48
Invité

Encore une fois, on l'évoquait tout à l'heure, faire contre mauvaise fortune, bon cœur, donner l'impression que c'est un choix délibéré d'ouverture et de diversification. Petite anecdote sur l'ambivalence évoquée par Thierry Vercoulin à l'instant, vous pouvez très bien discuter avec un ministre africain qui va vous tenir un discours souverainiste, frénétique et qui ensuite vous glisse à la fin de votre échange. Est-ce que vous n'auriez pas un tuyau parce que je voudrais que mon fils entra à Sciences Po ?

Donc on est toujours quand même aussi dans cette ambiguïté-là d'attirance-répulsion et simplement et très rapidement, les pays africains ont compris qu'ils pouvaient faire jouer désormais la compétition sur un marché très concurrentiel qui est celui de l'influence et de l'économie. Donc ils ont délibérément et ils l'assument deux, trois ou quatre fers au feu. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'ils peuvent très bien envoyer des messages à Paris sur le thème « c'est pas parce qu'on accueille des instructeurs russes que l'on veut rompre avec vous ».

Ils peuvent aussi aller voir les Chinois dont ils connaissent la capacité de financement et donc ils ont compris que c'est pas eux qui étaient demandeurs et donc ils devaient faire jouer à leur profit cette compétition de plus en plus âpre.

34:57
Présentateur

Dernière question rapidement, Thierry Vircolon pour conclure. Le futur de la France en Afrique, c'est accepter d'être une puissance moyenne vis-à-vis du continent ?

35:08
Invité

Vous savez, il y a ce mot de Claude Chesson qui a dit « la France est moyenne impuissance ». Donc c'est plutôt ça le futur de la France, c'est une moyenne impuissance. Mais je note quand même que le problème c'est qu'on s'accroche à des rituels diplomatiques dépassés donc ce sommet Afrique-France qui n'est plus France-Afrique est quand même très dépassé et ça c'est dommage parce qu'en effet on sent que l'exécutif français veut vraiment rester fidèle à des rituels qui n'ont plus beaucoup de sens même s'il a changé la rhétorique et la forme.

35:39
Présentateur

Merci beaucoup à vous deux c'est malheureusement déjà la fin de cette émission Thierry Vircoulon chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l'IFRI Vincent Hugeux journaliste Essayis je rappelle votre dernier livre Les Fers et le Fouet une histoire raisonnée de l'esclavage les matins du samedi quant à eux se poursuivent jusqu'à 9h dans un instant en direction le MAGE le musée d'histoire d'art et d'histoire du judaïsme les matins du samedi vous proposent une visite de l'exposition consacrée à la chorégraphe et plasticienne notre rendez-vous avec le Philpop Culture