Jean-Christophe Rufin : "Alexandre Dumas apporte de l'énergie partout, il a su faire vibrer toutes les générations"
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N'avez-vous pas eu peur d'être écrasé par le fait d'avoir raconté le grand raconteur ?
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De quelle dette exactement ?
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Vous vous souvenez quand et comment vous avez découvert Dumas ?
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Qu'est-ce qui se passe avec Dumas en ce moment ?
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Pourquoi ça marche aussi bien, Dumas, aujourd'hui ?
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C'est en même temps une revanche parce que pendant des années, il y a eu une méconnaissance, voire un mépris pour Dumas.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Dumas, il apporte de l'énergie partout. »
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« C'est quelqu'un qui a su effectivement non seulement raconter, mais faire vibrer toutes les générations et depuis très longtemps. »
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« La plupart des gens ont retenu ces deux titres parce qu'ils sont en permanence repris au cinéma, etc. »
- 1:53InvitéFait
« Dumas, d'abord, il a écrit ça tard. »
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« Une dette parce que moi, j'ai commencé par un autre métier. »
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« C'était ça parce que j'étais un enfant assez solitaire, si vous voulez. »
- 4:07InvitéFait
« Il y a eu les adaptations de Monte Cristo. »
- 4:08InvitéFait
« Les films marchent très, très bien. »
- 4:27InvitéFait
« Je pense que cette génération des 830, là, elle avait une particularité. »
- 5:50InvitéFait
« Il s'est trop amusé. »
- 6:41InvitéFait
« Il fut orphelin de père à quatre ans. »
- 6:46InvitéFait
« Il a subi l'exil et la faillite. »
- 8:11InvitéFait
« Dumas avait 4 ans, et Dumas a vécu avec sa mère dans la misère. »
- 10:09PrésentateurChiffre
« Le bilan officiel de la catastrophe est de 28 victimes identifiées, écrivez-vous. »
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« Toute la France et même à l'étranger puisque le roi d'Angleterre aussi, les Élysées, c'était une espèce de passion générale. »
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien un écrivain membre de l'Académie française. Il publie Un été avec Alexandre Dumas, chez France Inter, les éditions des Équateurs. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Jean-Christophe Ruffin, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, Alexandre Dumas, grâce à vous, rejoint la mythique collection Un été avec. C'est notre pléiade à nous. Il rejoint donc Un été avec, après Hugo, Baudelaire, Colette, Don Quichotte, Jean Kélévitch et bien d'autres.
Dumas, c'est le grand raconteur d'histoire, celui qu'on a dévoré sous la couette quand on était ados. N'avez-vous pas eu peur d'être écrasé par le fait d'avoir raconté le grand raconteur ?
Ben si, bien sûr, bien sûr. Mais justement, c'est stimulant parce que Dumas, il apporte de l'énergie partout. C'est quelqu'un qui a su effectivement non seulement raconter, mais faire vibrer toutes les générations et depuis très longtemps. Alors, quand on s'attaque à un personnage comme ça, bien sûr, ça fait peur, mais en même temps, on se remplit de sa force, de sa joie, de son énergie. J'ai relu beaucoup de livres ou de pièces de théâtre de Dumas, ses impressions de voyage aussi, enfin tout ce qu'il a écrit. Et c'est vrai que plus vous lisez, plus vous avez envie d'en parler.
Oui, parce qu'il n'y a pas, et c'est ce que vous dites dans le livre, il n'y a pas que Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Montréal-Christophe. Voilà, c'est-à-dire qu'en fait, la plupart des gens ont retenu ces deux titres parce qu'ils sont en permanence repris au cinéma, etc. Mais Dumas, d'abord, il a écrit ça tard. Finalement, il est devenu romancier assez tard, passé la quarantaine, ce qui pour cette époque était tard. Il était extrêmement célèbre avant, avec le théâtre finalement. Et au fond, son œuvre est tellement gigantesque qu'il faut effectivement dézoomer un petit peu, sortir de ce... On va revenir sur sa vie, parce que sa vie aussi est passionnante.
On a appris plein de choses avec Nicolas. Vous écrivez, vous, qu'avec cet été avec Dumas, vous avez le sentiment de vous acquitter d'une dette. De quelle dette exactement ? Une dette parce que moi, j'ai commencé par un autre métier. Dumas, il a commencé aussi un peu loin de la littérature. C'était une sorte d'enfant sauvage qui a été élevé un petit peu comme ça dans les bois. Moi, j'aime bien les écrivains comme ça, qui ont commencé par vivre, qui ont commencé par avoir une autre activité et qui sont remplis comme ça de la vie.
Et quand j'étais médecin et quand j'avais cette idée d'écrire peut-être un jour, vous savez, quand je regardais les écrivains peut-être plus académiques, plus sérieux, je me disais, j'y arriverais jamais. Et regarder Dumas, au contraire, ça vous dit, moi, je pourrais peut-être le faire aussi. Parce que lui, c'est comme ça qu'il a fait. Ça vous a autorisé, en fait. Voilà, il a un côté, suivez-moi. Bon, et puis tout est possible. Tout est possible parce qu'il y a ce côté galopade, si vous voulez, on y va.
Vous vous souvenez quand et comment vous avez découvert Dumas ? C'était ado, comme souvent, en dévorant les trois mousquetaires, la Reine, Margot, le Comte de Monte Cristo. C'était ça, le premier rapport ?
Oui, c'était ça. C'était ça parce que j'étais un enfant assez solitaire, si vous voulez. La lecture, pour moi, c'était quelque chose d'essentiel. Mais une lecture qui n'était finalement pas du tout guidée. Parce que personne ne s'occupait de ça, de me dire, il faut lire ci ou ça. Et au fond, j'ai lu et relu beaucoup. Et ça, c'est très intéressant. Le Monte Cristo, par exemple, je l'ai relu plusieurs fois dans mon enfance. Et finalement, on peut le faire encore aujourd'hui. Moi, je l'ai relu après avoir vu le film récent, là. Qui, d'ailleurs, prend de grandes libertés avec le roman. Et tant mieux, parce que ça marchait bien. Et ça tient le coup.
Et à chaque fois, on le relit, on trouve des choses nouvelles. Mais qu'est-ce qui se passe avec Dumas en ce moment ? Il y a eu les adaptations de Monte Cristo. Il y a eu les trois mousquetaires. Ça a cartonné. Les films marchent très, très bien. Bientôt, on va voir débarquer sur nos écrans Dumas, Diable Noir, avec Omar Sy et François Civil, consacré au père d'Alexandre Dumas. On va en parler. Bref, il est partout. Pourquoi ça marche aussi bien, Dumas, aujourd'hui ? Pourquoi il résonne autant avec l'époque ? Qu'est-ce qu'on va chercher chez lui, aujourd'hui, en 2025 ? Je pense que cette génération des 830, là, elle avait une particularité. C'est qu'elle est arrivée un peu trop tard.
Elle est arrivée après les grandes gloires napoléoniennes, etc. C'était une génération frustrée, finalement, de l'aventure, puisque Napoléon, tout ça, c'était avant. Alors, ils n'avaient plus rien et ils se sont transférés dans l'imaginaire. C'est-à-dire que pour eux, toute cette génération, Lamartine, Hugo, etc., ils ont créé un monde un peu idéal. Et je pense qu'aujourd'hui, il y a un peu de ça. C'est-à-dire qu'on a un peu une nostalgie de ces grandes épopées. La France est un peu en crise. Il suffit d'écouter votre émission tous les matins pour se rendre compte que, bon... On a besoin d'Alexandre Dumas. On a besoin d'Alexandre Dumas. On a besoin de se projeter dans la fiction.
On a besoin de se projeter dans une forme d'idéal qui revient à des grands thèmes, comme ça, éternel, la vengeance, l'amour, la fraternité, etc. Voilà. Je pense que c'est ça qu'on trouve chez Dumas.
Jean-Christophe Ruffin, c'est en même temps une revanche parce que pendant des années, il y a eu une méconnaissance, voire un mépris pour Dumas. Vous racontez qu'enfant, dans votre manuel de français, le fameux Lagarde et Michard, il n'y avait pas une ligne sur Dumas. Dumas, c'était quoi à cette époque-là ? Trop populaire ? Trop divertissant ? Trop prolixe aussi ?
Il s'est trop amusé. Il a trop amusé les autres. Et vous savez, en France, il faut quand même, dans l'ensemble, se prendre au sérieux pour être pris au sérieux. C'est-à-dire que si on...
Il faut faire chiant.
Voilà. C'est André Moroy qui avait écrit justement une biographie des trois Dumas qui disait, il faut porter sa tête comme un saint-sacrement et là, on est pris au sérieux. Bon, Dumas, ce n'est pas ça du tout. Il ne se prenait pas au sérieux. Et il avait un côté fantasque. Il faut voir qu'on a gardé toujours cette silhouette de lui, la photo de Nadar, il est déjà un peu fort, etc. Mais en fait, c'était un très beau jeune homme, très mince, avec des beaux yeux bleus, la peau noire, excellent danseur et un homme qui aimait s'amuser, quoi. Il aimait s'amuser dans la vie, il aimait s'amuser dans les livres. Voilà. Et ça, en France, on ne vous le pardonne en général pas.
C'est aussi une vie romanesque. C'est ça qu'on apprend en lisant votre petit livre. Il fut orphelin de père à quatre ans. Il a connu deux empires, trois rois et autant de révolutions. Il a subi l'exil et la faillite. Il a vécu des histoires d'amour trop nombreuses pour être sincère, mais trop éphémères pour n'être pas douloureuses. Et c'est vrai que vous vous racontez avec brio cette vie rablésienne de Dumas, avec des souffrances, l'enfance très dure. Et puis ensuite, il a aimé la vie. Il a aimé la chair, la bonne chair. Il a tout aimé, quoi. Il voulait tout. Oui, c'est ça. Sa vie, c'est un roman d'Alexandre Dumas, si vous voulez.
Mais voilà, et c'est pour ça que j'ai raconté à la fois l'œuvre et la vie, parce qu'on ne peut pas dissocier l'une de l'autre. Hugo disait de lui, il disait de Dumas, il n'y a pas de ténèbres en lui. C'est vrai dans son œuvre. C'est vrai que c'est une œuvre de lumière, c'est une œuvre de chaleur, de fraternité. Mais il y a beaucoup de ténèbres dans sa vie, par contre. C'est une vie douloureuse. C'est une vie où, déjà, les 20 premières années de sa vie, Napoléon, qui avait banni son père, son père a fini dans la misère. Redites-nous, resituer le père d'Alexandre Dumas, c'est intéressant pour ceux qui ne savent pas.
Oui, c'était un métis, puisque sa mère était une esclave de Saint-Domingue, qui avait eu trois enfants avec un aristocrate français qui était parti là-bas. Cet enfant qui est revenu, qui s'appelait Alexandre, donc père d'Alexandre Dumas, était devenu général, général de la République. Très puissant, c'est probablement le modèle de Portos dans les Trois Mousquetaires. C'était une espèce de géant comme ça, qui faisait peur, d'ailleurs, parce qu'il faisait peur aux ennemis. Et cet homme est mort parce qu'il a été en captivité, il est mort très jeune, Dumas avait 4 ans, et Dumas a vécu avec sa mère dans la misère. Et ça, c'est la grande différence, par exemple, avec Hugo.
Hugo parlait de la misère, mais pour connaître la misère, il fallait qu'il aille la voir, parce que lui-même était un grand bourgeois qui, au fond, vivait d'une façon très privilégiée. Dumas, ce n'est pas le cas. Lui, la misère, il l'a vue, il l'a vécu. Et je pense que c'est ce qui explique aussi sa vie, c'est-à-dire qu'il a tout gagné, il a gagné énormément d'argent. Passion de l'argent, on vous dit. L'argent, mais il a tout claqué aussi. Comme s'il n'arrivait pas à prendre sa place, si vous voulez, durablement, parmi les riches. Parce qu'au fond, sa place, c'était celle d'un enfant pauvre, d'un enfant qui avait été élevé dans les bois, littéralement.
Et il a appris, dans son enfance, il n'a pas lu, à part les mille et une nuits et la Bible, c'est tout. On me dirait que c'est pas mal, déjà. Mais enfin, il a appris quoi ? Il a appris à chasser. Alors ça, il était très bon. Maniement des armes. D'ailleurs, il s'est battu en duel toute sa vie. Chasser. Il a appris italien. Ça, c'est tout à fait amusant. Et il a vécu beaucoup de temps en Italie. Moi, j'adore la veine romanesque italienne de Dumas, notamment l'Avostrom Felice et tout ça. Son aventure avec Garibaldi aussi, qui était absolument extraordinaire, parce qu'il a fait la révolution.
C'est pour ça que je t'ai dit trois révolutions, parce que 1830, 1848 en France, mais aussi la révolution garibaldienne en Italie en 1860.
Sa relation avec les femmes est aussi intéressante. Citation. Son infidélité chronique, qui sont besoin de séduire, puis d'abandonner, ont fait beaucoup de dégâts. On ne peut que le juger sévèrement. Le bilan officiel de la catastrophe est de 28 victimes identifiées, écrivez-vous. Et vous passez tout un chapitre à défendre Dumas contre un éventuel MeToo posthume. Vous vous rangez à l'avis de Dominique Fernandez, qui disait Alexandre Dumas a régné sur les femmes, mais en despote éclairé, tout puissant sur les cœurs, mais n'abusant jamais de sa domination. Il tombait amoureux, voilà tout. C'est votre conclusion ? Ça suffit comme conclusion ?
Non, il est à la fois indéfendable, et en même temps, il faut essayer de le comprendre. Voilà. Moi, je pense que c'est quelqu'un qui, au fond de lui, avait peut-être un manque de confiance, un manque de vie, au fond. C'est curieux, parce qu'on a dit, genre, je sens que Dumas, c'est la vie, etc. Moi, je pense que la vie, il avait besoin des femmes pour la trouver. Et là, il a... D'ailleurs, ses derniers mots, au moment de sa mort, c'était de dire, les jeunes filles, c'est la lumière. Quand il a vu passer une de ses nièces devant lui, il y avait cette espèce de besoin du féminin.
Et en plus, évidemment, comme il était auteur de théâtre avant tout, il était en contact, comme ça, avec des comédiennes. Il adorait aussi les cantatrices. Il y a eu tout un tas d'histoires que je raconte avec des cantatrices. Bon, voilà.
Il en a eu une, de grandes histoires d'amour, écrasantes, qui écrase les autres ?
Sans doute. Je pense que celle avec Mélanie Valdor est une des plus importantes, parce qu'elle a donné lieu à une oeuvre, puisque c'est la pièce Anthony qui l'a rendue célèbre. Une des deux pièces qui l'ont rendue célèbre était au fond la sorte de transposition et d'idéalisation de cette histoire très très forte qu'il a eue avec cette femme. Mais bon, il y en a eu d'autres. Je pense que celle qu'il a épousée, il n'en a épousé qu'une dans toute sa carrière. Ce n'était pas forcément celle qui a été son plus grand amour. Non. C'est un personnage très attachant dont il ne faudrait pas faire ni un séducteur cynique, certainement pas, ni non plus un saint. Un saint, oui.
Non, ce n'était pas ça non plus. On est d'accord. Effectivement, vous dites qu'il est arrivé au roman et au feuilleton romanesque sur le tard après 40 ans. Mais la gloire et l'argent et les femmes, donc, il les a eues plus jeunes, très jeunes, par le théâtre. Alors, Alexandre Dumas fait une rencontre déterminante. Il est à Villers-Cotterêts, jeune, là où il a grandi. Et il assiste à une adaptation d'Hamlet de Shakespeare par un auteur français qui est emporté. Et là, il se dit je serai auteur dramatique. C'est ça que je veux faire dans ma vie. Et le théâtre va être sa première passion. Exactement.
Parce qu'en fait, il a été baigné pendant son enfance par les récits que lui avait fait d'abord son père avant sa mort et puis par sa mère de la geste napoléonienne de cette époque extraordinaire. Mais autour de lui, qu'est-ce qu'il avait ? Il avait la France de la restauration avec le vieux roi qui était revenu, les aristocrates qui avaient repris leur place, etc. Finalement, c'était une vie triste. Et tout d'un coup, le théâtre arrive et là, il se dit mais ses passions, ses grands gestes et ses grands mouvements de chœur, etc. Je peux les avoir avec le théâtre. Et c'est ça que je veux faire. Et c'est ça qu'il fera d'ailleurs puisqu'il va à Paris, il a un petit emploi, etc.
Il bricole des pièces mais il n'y connaît rien. Il ne connaît rien à l'histoire. À 23 ans, sa première pièce c'est historique. Bon, enfin, il a trouvé l'argument comme ça dans un bouquin qui traînait. Mais vraiment, il se formera à l'histoire après. Et là, il fait ça et en une nuit, donc la pièce sort, Henri III et sa cour, et il le dit, la veille au soir, je n'étais rien, le lendemain matin, tout le monde le connaît dans Paris. Succès instantané. Instantané, immédiat. Immédiat. Et avant Victor Hugo, c'est ça qui est intéressant, c'est que Victor Hugo qui avait fixé les règles du théâtre romantique avec la préface de Cromwell est empêché d'être joué par la censure à l'époque.
Donc Hernani, tout ça, on parle toujours de la bataille d'Hernanie, c'est après. C'est-à-dire que la première grande pièce romantique qui triomphe à ce moment-là, c'est celle de Dumas. Et en fait, c'est sur un malentendu parce que Dumas, le romantisme, j'en suis persuadé, il s'en fout. c'est-à-dire que ce qui l'intéresse, c'est de mettre sa vie, non mais c'est vrai, c'est sa sensibilité qui est comme ça. Victor Hugo, lui, c'était un dogmatique, c'était un chef de secte, d'école, il fallait respecter des règles, etc. Dumas, non, il est romantique parce que c'est ça qu'il a envie de vivre. Et vous dites que la plupart de ses pièces ne sont pas très bien vieillies.
Anthony, globalement, vous dites, c'est pas bon. Non, Anthony, c'est une histoire de cocu, mais sous une forme un petit peu triviale. Si vous faites un petit peu pompier, vous voyez, c'est pas... Non, ses pièces ont mal vieilli et il a fallu qu'il injecte autre chose dedans, c'est-à-dire son art du portrait, etc., pour que ça donne le roman et que là, on atteigne une forme pérenne. On l'a dit,
c'est tard, donc, à plus de 40 ans qu'il se lance dans le roman feuilleton, après la gloire théâtrale, vous parlez du génie de sa construction, que ce soit dans Les Trois Mousquetaires, Le Conte de Monte Cristo, génie scénaristique et vous reproduisez ce passage très intéressant sur la méthode du mât. Commencer par l'intérêt au lieu de commencer par l'ennui, commencer par l'action au lieu de commencer par la préparation, parler des personnages avant de les avoir fait paraître, au lieu de les faire paraître avant d'avoir parlé d'eux. Donc, son but, en quelque sorte, c'est de tenir le lecteur en haleine, on dirait Page Turner, Cliff Hunger, monsieur l'académicien en bon français aujourd'hui.
La phrase de Mérimée, géniale. Oui, il y a cette phrase de Mérimée, géniale. « Rappelons-nous quel poids nous fut ôté de dessus la poitrine et de quel appétit nous déjeunâmes le matin où le journal des débats nous a appris que Monte-Cristo était sorti sain et sauf de son sac. » C'est une phrase absolument inouïe. On attendait donc les derniers rebondissements en dévorant le journal.
Toute la France et même à l'étranger puisque le roi d'Angleterre aussi, les Élysées, c'était une espèce de passion générale. Mais il a inventé quelque chose qui est toujours vivant, il faut le savoir, et peut-être qui n'a jamais été aussi puissant, c'est-à-dire l'art des séries aussi. L'art des séries aujourd'hui est directement calqué finalement sur cette mécanique du feuilleton avec cette manière de découper comme ça l'intrigue morceau par morceau jour après jour. Ce que ne savait pas faire Balzac par exemple. Balzac a essayé puis ça n'a pas fonctionné. Balzac faisait des romans tout simplement. Avec un début, une fin.
On dirait qu'il faisait des films aujourd'hui alors que Dumas faisait des séries et c'était beaucoup plus fort. Oui, scénariste de séries. Et puis on lui a beaucoup reproché que ces feuilletons étaient produits par une véritable petite entreprise. Il les écrivait en collaboration avec plusieurs personnes dont cet aspirant écrivain Auguste Maquet avec qui il va se brouiller. Donc ce côté industriel de faire travailler des petites mains pour... Il n'y a pas que lui qui écrivait quoi. En gros, on lui a beaucoup reproché. Ça l'atteignait ou il s'en moquait ? Et puis qu'est-ce qui reste de Dumas à la fin de sa plume à lui au milieu des autres petites mains qui ont travaillé ?
Parfois c'est difficile à dire parce que Claude Schopp qui est le grand biographe qui est le fleurant de hommage de Dumas a essayé de déterminer justement là-dedans qu'est-ce qui lui appartenait et qu'est-ce qui était fait par des collaborateurs. Ce qu'il faut voir c'est que Dumas il a été toujours porté vers la collaboration pour plein de raisons. Au début c'était parce qu'il aimait travailler avec des copains. Après c'est quand il a quitté son emploi il avait un petit emploi fixe et moi je connais bien ça parce que j'avais aussi quand j'ai commencé à écrire j'avais un emploi je travaillais à l'hôpital etc.
puis un jour vous vous dites après tout non j'ai envie de faire que écrire et vous lâchez votre boulot. Et alors moi je n'ai pas eu besoin de collaborateurs mais Dumas il fallait gagner sa vie et donc il a commencé à accepter parfois de rabouter une pièce qui avait été faite par un autre par exemple la tour de Nel qui avait été faite par un autre ça a produit d'ailleurs un scandale parce que la personne qui avait créé la pièce évidemment n'était pas d'accord pour qu'on la tripote même si ça a été un succès.
Parfois il a pris des collaborateurs et en effet il en a trouvé un qui était idéal c'était Mackay qui avait essayé lui-même d'écrire mais sans succès il avait essayé de se déguiser un peu en romantique il se faisait appeler Augustus McKitts parce qu'il trouvait ça plus sympa etc. Bon Mackay était un très très bon collaborateur au bout d'un moment ça a craqué mais les grands romans effectivement ont été écrits à deux ça c'est clair mais Dumas en fait je suis persuadé que Dumas apportait le souffle la vie etc. L'architecture et l'architecture voilà tout ça mais Mackay apportait beaucoup l'aliment historique etc.
derrière Le moins qu'on puisse dire c'est que son siècle fut politique et que lui fut contradictoire vous dites fasciné il fut fasciné par Napoléon qui avait pourtant persécuté et banni son père Dumas était un esprit profondément divisé et puis vous parlez de la question noire petit fils d'esclave on le dit il a subi de son vivant des caricatures racistes vous dites et pourtant quand il va en Algérie il s'enthousiasme pour la colonisation il ne s'est jamais engagé sur la question de l'abolition de l'esclavage dans ses romans les noirs sont représentés sans complaisance voire de façon caricaturale écrivez-vous Dumas malgré ses origines restait un homme de son temps avec tout ce que ça veut dire ou alors vous avez votre explication vous dites il refusait l'assignation à assignation à identitaire on peut le penser parce que d'abord lui quand il a écrit sur les spécifiquement sur les noirs c'était essentiellement sur les métis c'était le roman qu'il a consacré à un personnage véritablement noir c'était George qui se passait à l'île Maurice et c'était un métis et il y avait un petit peu cette idée peut-être qui devait traîner dans son esprit qu'il ne fallait pas assimiler les métis au noir il y avait des choses un peu comme ça confuses mais c'est vrai qu'il ne s'est pas mobilisé d'une façon je pense qu'il était persuadé qu'en montrant sa réussite en montrant en acquérant une place comme ça il servait aussi la cause d'une façon générale voilà et c'était c'était suffisant d'une certaine manière et il a toujours refusé qu'on le réduise comme ça à ses origines
quittons Dumas pour une question d'actualité on ne peut pas vous avoir ce matin au micro d'Inter sans vous parler de Boilem Sansal toujours emprisonné en Algérie depuis plus de six mois avez-vous de ces nouvelles vous mobilisez-vous à l'académie française pour faire pression voyez-vous le durcissement des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie comme une mauvaise nouvelle
oui alors de ces nouvelles non pas plus que vous merci d'en parler parce que ce qu'il menace le plus aujourd'hui c'est l'oubli clairement l'académie française je ne préfère pas en parler parce que j'avais été à l'initiative d'une proposition justement pour la mobiliser mes confrères en préféraient s'abstenir pourquoi tant pis bon voilà écoutez vous leur posez la question mais disons que je pense que l'idée peut-être il y a une sorte de frilosité peut-être autour de tout ça en tout cas je n'ai pas été suivi donc il y a un comité de soutien j'en fais partie il y aura une manifestation encore demain devant l'ambassade d'Algérie je crois qu'il faut vraiment garder la pression il faut garder vivant cette mémoire ce souvenir que Boalem Sansal que nous aimons et qui n'est condamné qu'en raison de la liberté dont il a fait usage qu'il est toujours en prison effectivement plus la relation entre l'Algérie et la France se tend et plus il en est victime c'est terrible parce qu'en fond il n'a rien à y voir au départ mais il est prisonnier de cette espèce de voilà de l'ami noir dans lequel il est voilà il faut continuer d'en parler et d'en parler c'est ça l'essentiel c'est d'en parler et de montrer aussi sa dimension française parce qu'il est algérien évidemment mais il est aussi français et il doit être défendu en tant que tel avec des visites consulaires etc qui pour l'instant font défaut c'est à dire qu'il est traité comme s'il n'y avait pas ce lien avec la France et tout ce qui montre que nous sommes attachés à lui quand je dis nous c'est essentiellement les intellectuels les écrivains les intellectuels les journalistes parce que je pense depuis le début qu'il ne faut pas que les politiques s'en mêlent si vous voulez plus les politiques le défendent plus il est en danger c'est aux intellectuels c'est à ses frères j'allais dire dans la liberté dans la création de le faire
merci Jean-Christophe Ruffin deux livres un été avec Alexandre Dumas coédition France Inter Équateur Parallèle et je rappelle également la parution d'une nouvelle aventure d'Aurel Le Consul intitulée Le Revenant d'Albanie c'est aux éditions Calman-Lévy merci d'avoir été à notre micro ce matin merci à vous merci à vous
à notre édition à notre édition qui est à notre édition d'Aurel Le Consul