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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 29 juin 2021 70 minAutoproduitFond programmatiqueSantéÉconomie & entreprisesNumériqueEurope & international

Présentation de la stratégie innovation santé 2030 par le Président Emmanuel Macron

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:30Président Emmanuel MacronFait
    « La recherche publique en France peine à retenir ses chercheurs les plus brillants, jeunes ou moins jeunes, que d'autres pays offrent des conditions de travail sans comparaison. »
  • 4:30Président Emmanuel MacronChiffre
    « La France dépend à 95 % des importations pour les biothérapies. »
  • 0:15Emmanuel MacronFait
    « Je pense qu'on ne l'a pas tenu parce que notre système a trop d'anticorps et est trop résistant à ce changement. »
  • 0:30Emmanuel MacronFait
    « on va se caler sur le modèle allemand. Je ne pense pas que les Allemands soient des gens qui dépensent mal l'argent public »
  • 1:00Emmanuel MacronChiffre
    « Un milliard d'euros seront mobilisés sur les cinq prochaines années en subventions et prêts sur la phase d'amorçage dans le secteur. »
  • 1:15Emmanuel MacronChiffre
    « un milliard d'euros de plus seront abondés [...] soit + 50 % par rapport à ce qui existe déjà. »
  • 1:45Emmanuel MacronChiffre
    « la France est aujourd'hui le premier pays d'Europe en termes de nombre de tickets et de taille de tickets émis, tous secteurs confondus »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour à toutes et tous. Je vous en prie, asseyez-vous ! Alors, on va d'abord faire travailler celles et ceux qui ont accepté de préparer, un petit peu, justement, nos travaux, et j'essaierai de tirer quelques conclusions.

Donc, c'est vous qui rapportez d'abord ! En tout cas, bienvenue à toutes et tous dans cette maison. Je suis très heureux qu'on puisse avoir cette session un peu exceptionnelle aujourd'hui !

Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, il nous revient donc l'honneur de vous présenter en quelques minutes les conclusions des cinq personnalités qualifiées. Le plan Innovation Santé 2030, qui est la déclinaison 2021 du CSIS, a en effet été préparé par cinq personnalités qualifiées aux profils complémentaires : le Docteur Muriel Dahan, le Professeur José-Alain Sahel, Madame Lyse Santoro, le Professeur Jean-Charles Soria, qui est à côté de moi et moi-même, Agnès Audier. Le travail a duré cinq mois et s'est appuyé essentiellement sur des rapports existants, des benchmark internationaux et beaucoup d'entretiens.

Nous avons conduit environ 200 entretiens, permettant d'échanger, je dirais, avec 500 personnes, experts et opérationnels d'horizons très divers : syndicats professionnels, entreprises de toutes tailles, des toutes petites, et évidemment, des groupes internationaux, des administrations et des agences publiques, des établissements de recherche, des associations de patients, des investisseurs, des parlementaires, des experts. Quatre associations professionnelles ont été particulièrement présentes à nos côtés pendant tous ces travaux, et je tiens à les remercier. Le LEEM, France Biotech, le Snitem et le CDIF, ce sont les partenaires traditionnels du CSIS.

Alors, les constats : la situation, vous le savez bien, est extrêmement contrastée. La France a de grandes forces en innovation, en santé - et je vais en citer quelques-unes - : une histoire et une production scientifique de premier plan, une très longue tradition en recherche clinique, un réseau hospitalo-universitaire très reconnu, un système de santé universel. Elle a par ailleurs une capacité à former des médecins, des scientifiques et des ingénieurs, ce qui est exceptionnel et reconnu, bien sûr une tradition industrielle.

Dans un autre domaine, un crédit d'impôt recherche très apprécié, et même envié, et enfin, je dirais, un environnement start-up nation favorable à la naissance et à la croissance des entreprises, que vous connaissez particulièrement bien, Monsieur le Président. Mais notre groupe s'est plus penché, naturellement, et j'espère que c'est ce que vous attendiez, sur les difficultés, plus exactement les zones d'amélioration, parce que la compétition entre les pays développés pour l'innovation en santé est aujourd'hui violente, importante, et qu'il est important, sur fond de bataille Covid, que la France accélère. Cinq points, Monsieur le Président, sont illustratifs des difficultés identifiées par notre groupe.

Dans les cinq cas, nous constatons une sous-estimation évidente de la vitesse de transformation de l'écosystème scientifique et de son potentiel économique de valorisation, ainsi qu'une méconnaissance de l'ampleur de la déferlante d'innovations en santé, fruits des progrès fulgurants des biotechnologies. Premier point : les difficultés de la recherche publique. Elles sont essentiellement la conséquence d'une baisse des budgets depuis dix ans, alors que d'autres pays en ont fait une priorité, et majoré les enveloppes financières.

C'est le cas de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne ou des États-Unis. Ainsi, la recherche publique en France peine à retenir ses chercheurs les plus brillants, jeunes ou moins jeunes, que d'autres pays offrent des conditions de travail sans comparaison. Cette recherche publique en France peine à financer des infrastructures de recherche, telles que des plate-formes de pointe, des cohortes prospectives ou des biobanques.

Et enfin, elle peine à embaucher, de façon plus significative, chercheurs, ingénieurs et techniciens qualifiés. Le deuxième point concerne la lourdeur des processus administratifs. La recherche clinique et l'accès aux produits de santé sont soumis à de nombreuses règles, pour des raisons évidentes, aussi bien médicales, éthiques et économiques, mais les processus français sont devenus anormalement lourds et longs, et sont même, pour certains, imprévisibles.

Cette situation a des conséquences graves, car les acteurs des innovations diagnostiques et thérapeutiques ont toute latitude, dans un monde globalisé, de faire le choix, et de mettre en concurrence les pays pour définir à quel endroit géographique vont se réaliser leurs essais cliniques, l'implantation de leurs centres de production ou de recherche et développement. Il nous semble donc urgent de revoir de façon systémique tous les processus administratifs, pour piloter de façon volontariste les délais et les rendre compétitifs vis-à-vis des autres pays, et assurer une plus grande prévisibilité des décisions. Troisième point : les spécificités des start-up de la Hale Tech.

Les entreprises du secteur de la santé ont besoin, à la fois d'un écosystème porteur de fortes compétences médicales, scientifiques, mais aussi business, souvent défaillantes. Elles ont aussi besoin de temps et de financements plus importants, pour pouvoir financer des essais cliniques à impacts réels, qui sont longs et coûteux, et qui parfois nécessitent des centaines de millions d'euros. Or dans notre écosystème, les financements pour des tickets supérieurs à 25 millions d'euros manquent, en particulier pour des entreprises déjà cotées.

Le déficit, ce n'est pas la création de start-up, c'est la transformation de ces start-up en middle-firms. Quatrième point : il y a, Monsieur le Président, un enjeu majeur de colocaliser recherche et soins, activités du public et du privé, dans une politique volontariste dite de "clusters". Toutes les analyses internationales sont convergentes.

Le progrès scientifique et médical conduit à flouter les frontières entre recherche fondamentale et clinique, et à faciliter les interactions entre les sciences de l'ingénieur et la médecine. La tendance est bien de mélanger dans un même campus acteurs publics et privés, grandes institutions et start-up, pour créer les conditions de l'émergence de clusters qui allient recherche, soins, mais aussi valorisation industrielle. La France peut s'appuyer sur les IHU créés au cours des dernières années pour relancer des nouveaux appels d'offres, et ainsi consolider et porter de façon volontariste une politique de sites, permettant de prendre le tournant des clusters.

Le Grand Paris est, par ailleurs, un territoire qui concentre des atouts exceptionnels, qui mériteraient d'être mieux connus et mieux valorisés. Cinquième point : le numérique est clairement en train de transformer le secteur de la santé, et c'est un vecteur déterminant de l'innovation. La France a une avance fragile, notamment à travers le Health Data Hub, que vous avez soutenu, qu'elle doit conforter cette avance sans attendre, en traitant sérieusement les difficultés qui sont à la fois culturelles, financières et administratives, pour éviter un éparpillement et une balkanisation du sujet.

Alors, face à ces constats, les propositions. Ces propositions, elles sont articulées pour, à la fois, ce qu'on a appelé " réparer le passé ", mais aussi préparer le futur, parce que ce qui a manqué, typiquement, pendant la crise Covid, n'est pas nécessairement ce qui permettra de gagner dans les dix prochaines années. Donc, nous avons élaboré 200 propositions, qui ont quatre caractéristiques que je vais vous lister très vite.

D'abord, elles sont réalisables. Nous avons filtré les propositions, en nous demandant si elles pouvaient être mises en oeuvre, et nous avons retiré ce qui nous semblait difficile à mettre en oeuvre. Deuxièmement, elles ne sont pas séparément transformantes, mais nous pensons qu'ensemble, elles permettent de dessiner une nouvelle trajectoire et permettent de complètement changer la donne.

Troisièmement, elles abordent les questions compliquées de financement. Financement par la Sécurité sociale ou financement budgétaire, parce que nous considérons que ces sujets de financement et de croissance du secteur ne peuvent rester tabous. Et enfin, elles prennent en compte un sujet qui nous a beaucoup marqué, qui est la non-coopération aujourd'hui entre les acteurs.

Nous avons fait, quelque part, un voyage assez triste, dans un monde de non-coopération et parfois même de défiance. Nous pensons qu'il est vraiment urgent de travailler ensemble pour additionner les forces, les talents, les financements, les projets, parce qu'il n'y a absolument aucune raison qu'on soit dans cette situation de fragmentation, qui fait que la France gâche ses atouts. Voilà !

Pour conclure, je dirais que notre conviction, à nous cinq, est qu'avec un élan nouveau et volontariste, la France peut redevenir une puissance en innovation en Santé en Europe. Merci Monsieur le Président. Merci beaucoup.

Merci à vous, et surtout à tous les cinq. Est-ce qu'il y a des points complémentaires, que le reste du groupe veut faire ? Des oublis massifs qui sont à mentionner dans la salle ?

Vous êtes solidaires ? Bon, merci, merci infiniment pour ce travail. Je vais, au fond, essayer d'y répondre et d'apporter des éléments de retour.

Et donc, plutôt qu'un discours solennel, je vais rester dans la logique de session de travail que vous avez initiée, que nous avons initiée. D'abord, je veux vraiment remercier l'ensemble des parlementaires, élus, dirigeants d'hôpitaux, d'organismes de recherche, d'universités, d'entreprises et personnalités qualifiées qui sont ici présentes, avec les ministres et moi-même, dans la salle, et remercier aussi les dirigeants d'entreprises internationales. Ceci me fait dire que je suis en train d'imposer un discours en français à des gens qui ne parlent pas français.

Est-ce qu'il y a une traduction qui est prévue pour les gens qui ne parlent pas français ? Oui ? Et donc, est-ce qu'on peut donner, dans ces cas-là, des éléments pour que...

À mon avis, c'est toujours plus agréable pour les gens qui écoutent et pour celui qui parle. Si vous ne comprenez pas le français, une traduction est disponible. Je vous propose de lever la main.

Qui souhaite une traduction ? J'en ai au moins deux, là. C'est bon ?

Nous en avons quatre. Paul continue à bosser son français. C'est parfait !

Maintenant, l'affaire est réglée. Donc vous avez parfaitement décrit la situation, je ne vais pas m'appesantir sur le constat. Je vais vous dire, on a tous vécu cette crise, collectivement, ensemble, durant l'année et demi ; elle n'est pas terminée.

Je crois qu'il faut en parler avec encore beaucoup de modestie. Je pense, simplement, que nous avons résisté formidablement, collectivement, avec beaucoup d'énergie sur le terrain. Et moi, je veux ici remercier à nouveau tous les soignants sur le terrain, qui se sont battus, tous nos chercheurs qui ont fait le maximum.

Mais il faut être très clairs, l'énergie qu'on a dépensée, par rapport aux résultats qu'on aurait pu obtenir, n'est pas bien proportionnée. Donc, on a un énorme sujet d'organisation du système de soins et d'amélioration des coopérations, on le sait bien. On est en train d'en tirer les conséquences.

Mais ça, pour moi c'est un sujet, je dirais, qui fait partie du Ségur, et pour moi, le Ségur ne peut pas être simplement plus d'argent, d'investissement. C'est aussi un vrai changement organisationnel qui passe par le décloisonnement. Parce que, en particulier, dans la première phase de gestion de crise, on a vu émerger des innovations organisationnelles et de coopération, qu'il ne faut pas déconstruire, et sur lesquelles il faut continuer, plutôt, d'élaborer.

Cela, je pense que c'est un énorme défi parce que, je dirais, la théorie des organisations fait que, normalement, on a un fort risque pour que l'on revienne à la normale après crise. Je pense que ce serait une catastrophe. Et donc notre système - on a vu ses forces et ses faiblesses - comment on peut l'améliorer ?

Je pense qu'il faut vraiment - ce n'est pas le sujet du jour, mais un peu - donc, pour moi, la force qui est le modèle hospitalo-universitaire à la française, l'écosystème médical, il faut qu'on arrive à aller bien plus loin, il faut qu'on arrive à décloisonner, comme on a réussi à le faire pendant la crise, et je pense, j'y reviendrai dans les mois qui viennent, mais qu'on aille beaucoup plus loin sur la capacité à, en quelque sorte, remettre du focus du système sur la prévention. On a vu, on a eu énormément de mal, malgré tout, à traiter les formes dès le début des contaminations, à avoir une meilleure coopération, à prendre en charge les patients dès le début et à faire de la recherche clinique dès la médecine de ville. Je ne veux pas être ici trop long, mais les faiblesses qu'on a vues sur le plan organisationnel, il faut absolument qu'on continue à sédimenter dessus, parce que c'est un gain en efficience pour tout le système.

Et donc, on a tenu, mais on aurait pu faire mieux si on avait été mieux organisés, j'en suis sûr. Côté recherche, je ne peux pas faire un immense cocorico. On a fait beaucoup de choses, on a de la recherche embarquée, on a fait le maximum.

J'ai encore bon espoir sur des traitements sur lesquels on a beaucoup avancé, mais j'ai, comme beaucoup d'entre vous, noté les lourdeurs qui ont ralenti notre système, pour les essais cliniques, y compris pour réussir, et je vais revenir tout à l'heure, à avoir suffisamment de patients, et nos grandes structures n'ont pas été les plus rapides au monde. Quand je regarde la compétition mondiale, on ne peut pas dire que la nation de Pasteur a été celle qui a découvert, que ce soient les structures publiques ou privées, le vaccin en premier, "matter of fact" ! Si on ne regarde pas ça en face en tant que Français, on ne peut pas être crédibles quand on dit " On est formidablement puissants sur tel ou tel sujet ".

Donc je pense qu'il faut qu'on regarde, sans mauvais jeu de mots, de manière clinique, je crois que vous avez donné beaucoup d'éléments d'explications, ce qui s'est passé, et qu'on essaie d'en tirer toutes les conséquences. Je pense que 1, on a en effet collectivement sous-investi dans la recherche. Je vais y revenir, parce que c'est quelque chose qu'on a commencé à modifier, donc il y a un tout petit peu d'hystérèse, mais il faut aussi prendre en compte ce qu'on a voté il y a maintenant un peu plus d'un an.

Quand je regarde les choses par rapport aux comparables, - 25 % en 10 ans de R&D Santé par rapport à nos grands comparables, c'est clairement un sujet. Donc nous avons sous-investi publiquement durant les 15 ou 20 années qui viennent de s'écouler, ce qui, très clairement, n'a pas été une bonne chose. Ensuite, on a sédimenté des structures à travers le temps, mais très clairement, on est des acteurs trop divisés et dispersés, ce qui crée de la lenteur dans le système.

Donc on a un système qui est beaucoup plus lent que celui des voisins. Le couple lenteur-manque de moyens, il est cumulatif. On le sait très bien, les deux facteurs vont dans le même sens dans la Santé en général, qu'il s'agisse de la recherche publique ou du traitement en milieu hospitalier ou hospitalo-universitaire comme de l'industrie.

La clé, c'est d'innover le plus vite possible, de diffuser le plus vite possible l'innovation, et de s'assurer que tout le monde y a accès le plus vite possible. Quand on investit moins et qu'on est très lent par les procédures parce qu'on a beaucoup d'acteurs, il est clair qu'on a un système qui devient très vite sous-efficace. Avec une conséquence aussi, c'est que généralement, ce sont les meilleurs qui le quittent en premier, et je suis lucide, parce qu'il est rapidement désincitatif.

Donc on a un système qu'on connaît, c'est-à-dire des gens qui sont héroïques et qui restent au cœur du système, ceux qu'on a retrouvés pendant la crise et qui se battent, j'en vois quelques uns qui passent sous mon regard. Et on a ensuite un système qui, au total, est moins efficace qu'il devrait l'être. Donc manque d'investissement, trop de divisions, trop de dispersion, trop de lenteur, des corporatismes et un manque de coopération, entre nos acteurs.

Quand je dis ça de là où je suis, je suis critique avec moi-même. Je n'avais pas prédit la crise, mais on ne l'a pas corrigée dans les trois ans qui ont précédé l'émergence de celle-ci. C'est un phénomène qui vient de loin, mais qui est là.

Néanmoins on a un côté de ça, je crois, de vrais facteurs de solidité. D'abord, on a une bonne formation, et elle demeure. C'est un énorme facteur d'attractivité.

Ensuite, on a un système hospitalier et hospitalo-universitaire qui demeure, je crois, une vraie force, et qui, malgré les difficultés qui se sont accumulées avec le temps, est encore un système très solide. Je pense que le plan Ma santé 2022 qu'on avait lancé 18 mois plus tôt, allait dans le bon sens, mais n'avait pas assez d'investissements. On l'a accéléré avec le Ségur.

Mais on a maintenant une réponse : ce qu'il faut faire, c'est de l'exécution et aller au bout de la transformation organisationnelle. Mais je pense qu'on consolide sur ce deuxième point fort réel. Ensuite, on a une capacité d'attractivité.

Une fois que j'ai dit ces deux points-là, on était avec beaucoup de CEO qui sont présents ici, à Choose France hier, on ne peut pas dire : On est attractifs dans des domaines où historiquement on était beaucoup moins forts que dans celui de la Santé, et on ne pourrait pas l'être pour la Santé. On a une attractivité. Et puis on a su développer de la très bonne formation, de la très bonne recherche et de la très bonne innovation industrielle sur beaucoup de domaines qui sont complémentaires avec la santé, et qui sont des grands transformants.

C'est-à-dire, qu'il s'agisse d'intelligence artificielle, de numérique, d'individualisation de la médecine, de tout ce qu'on sait faire en physique, en math ou autre, on voit bien que l'évolution de la médecine, et plus largement de la Santé, va quand même vers de l'interdisciplinarité, des croisements de compétences, et que là, on peut faire levier sur nos capacités, en agro aussi puisque je vois tous les organismes ici réunis. Donc la capacité à nous-mêmes tirer toutes les synergies qu'il y a entre les différents secteurs est absolument clé. Mais c'est, je crois, une force de l'écosystème français, parce qu'on garde un modèle qui est très universel, une bonne qualité de formation et de recherche, et un modèle qui reste quand même très fort, celui d'un hôpital public qui prend en charge tout le monde et qui est très égalitaire, mais où il y a encore de la très bonne recherche clinique.

Est-ce qu'il y a des gros ??? par rapport à ce que je dis là ?

Vous en avez le droit, je préfère procéder comme ça. Donc si on est d'accord avec le constat collectif, on a quand même du chemin à faire. Mais la situation, je le dis en particulier pour nos amis qui nous regardent de l'étranger, la situation est pleine de promesses, parce que nous avons, je crois, un constat partagé qui a été fait de manière indépendante, et des forces que nous avons préservées, pour certaines même renforcées.

Donc la question, c'est comment on corrige nos faiblesses et comment on fait levier sur ces forces. Alors, je vais essayer d'apporter ici quelques réponses à ce que vous avez pu dire. D'abord, premier point, et ce sera le premier axe de cette stratégie pour innover pour notre souveraineté, c'est réinvestir dans la recherche massivement.

Là-dessus, nous avons, là aussi, commencé à le faire. Il y a eu un très gros travail qui a été préparé par la Ministre avec la Loi de programmation pluriannuelle pour la recherche, qui a d'ailleurs répondu à beaucoup de sujets que vous avez évoqués, et qui a posé les jalons organisationnels en termes de ressources humaines et de moyens, puisqu'on casse un cycle de plus de deux décennies de déflation dans la recherche. Donc, c'est un réinvestissement massif sur les dix prochaines années qui a été décidé à travers la LPPR.

Je ne veux pas ici y revenir, mais c'est le socle de base, et je le prends comme un début. Néanmoins, ce qu'on va faire en plus de ce socle, c'est massivement réinvestir sur quelques axes autour de deux principes clés qui, me semble-t-il, font le succès de ce que vous avez très bien décrit et des grandes institutions internationales qui sont nos compétiteurs, c'est-à-dire le décloisonnement et l'excellence. Là aussi, on a un système, je n'y reviens pas, qui a beaucoup de rigidité, qui a été beaucoup surcontraint par la gestion des ressources humaines, il faut bien le dire, qui n'a pas assez de plasticité, qui s'est un peu rigidifié, et qui a gardé une bonne chose du modèle français, qui est une approche très égalitaire.

Mais la bonne science, elle a besoin aussi de reconnaître et de laisser avancer l'excellence. Je ne vais pas ici repartir sur des métaphores type " Premier de cordée ", j'ai eu suffisamment de problèmes, mais c'est quand même un peu ça dont il s'agit. Donc il faut les deux, et c'est comme ça qu'il faut avancer.

Alors, décloisonner, c'est assumer des priorités stratégiques qui dépassent des champs disciplinaires et ministériels, avec je dirai des financements qui sortent des financements de structures. Et je pense que, collectivement, il faut qu'on soit lucides. On a des organismes de recherche qui sont là, je salue la présence de l'Inserm entre autres, mais c'est le cas aussi de tous nos organismes, on a les CHU que j'évoquais et les universités, mais notre modèle s'est rigidifié parce qu'au fond, les priorités doivent permettre à un moment donné, sur une priorité et un objectif finalisé, de savoir casser toutes ces barrières et dire : On a un financement et une équipe qui vont se mettre en place autour d'un même projet.

Et on se fiche totalement de savoir, alors les équipes mixtes commencent à le faire, elles le font depuis des décennies, elles le font depuis au fond longtemps, mais on a besoin d'aller beaucoup plus vite, parce qu'on le sait, vous le savez infiniment mieux que moi, les unités mixtes, avec le système qui s'est sédimenté qui est le nôtre, passent quand même beaucoup de temps à répondre à des appels à projets, avec une visibilité qui est faible, et donc un temps bureaucratique dédié qui est très important, des montants, des tickets qui sont trop petits et une pluriannualité insuffisante. Donc on doit réussir à décloisonner, c'est l'esprit complet de la LPPR, mais là, on doit aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort dans ce secteur qui le requiert. Et on doit réussir sur certains sujets absolument clés sur lesquels je vais revenir dans un instant, qu'il s'agisse de biothérapie de santé numérique, de maladies infectieuses, à aller dans ce sens, mais même sur des sujets comme la santé mentale par exemple, à se donner des priorités pluriannuelles, à décloisonner et à investir de manière beaucoup plus simple.

Au total, on va donc consacrer, en plus de la LPPR, 400 millions d'euros à travers les outils des programmes prioritaires de recherche qui vont exactement dans ce sens, et qui sont, je parle sous le contrôle là aussi collectif, ce qu'on a identifié comme l'outil le plus simple pour répondre à ces priorités, l'Inserm en tant que copilote de ces programmes pour le compte commun si je puis dire, tu peux me corriger ou me compléter si tu le souhaites sur ce volet-là. Mais je crois que c'est, pour ne pas perdre de temps en circonlocutions, la manière la plus efficace de répondre à la problématique qu'on vient d'évoquer. Donc on va mettre ces 400 millions sur des outils de programmes prioritaires de recherche, en plus de la LPPR, pour répondre à cela.

Décloisonner, c'est ensuite la recherche du patient, l'université de l'hôpital ou au CHU, l'industrie aussi du soin. Et c'est une volonté de décloisonner tout le continuum que vous avez évoqué et que je rappelais, et de bâtir au fond ce que vous avez vous-même appelé des clusters santé, c'est-à-dire de réussir, sur des unités de lieu, à faire coopérer nos CHU, nos équipes de recherche, nos industries, comme on a commencé à le faire, mais en allant beaucoup plus vite et beaucoup plus fort, autour d'un critère de sélection, c'est-à-dire le faire ensemble, la capacité des acteurs à travailler en bloc. Et nous allons consacrer 600 millions d'euros à cette politique.

Donc qu'il y ait vraiment une politique où on croise des lieux, des clusters et des priorités, avec l'ambition de faire émerger quelques " Boston " français, parce que je crois que c'est l'ambition qu'il faut se donner. Je prends un exemple, et du coup, je mets le Professeur Soria en porte-à-faux complet, mais c'est ainsi : on doit constituer autour de l'Institut Gustave-Roussy, avec Paris-Saclay, IPP, Sanofi aussi, que je salue, un premier pôle européen d'oncologie. Je crois qu'on en a la capacité.

On a l'excellence scientifique, on a les équipes de santé. On a un acteur industriel d'excellence français qui s'y met. On a une logique de site dans le cadre du Grand Paris, avec en plus la connectivité.

On a l'expertise de Saclay qui coopère. Donc là, je pense qu'on met des acteurs en réseau avec une logique de site, et on peut se donner les moyens. En tout cas, je suis très convaincu, pour m'être rendu sur site, par cette logique-là.

Elle est totalement réplicable, et je crois que c'est cette ambition qu'il faut se donner. Après, il faut donner les moyens. Mais avec les moyens, à chaque fois, et je le dis ici vraiment pour tous les ministres, et ils savent mon obsession, il faut aussi qu'on ait derrière, je dirai des facilitateurs de projets plus que des chefs de projets.

Les chefs de projets, ce sont les industriels et les scientifiques qui vont l'être. Mais il faut que, côté État, on ait des facilitateurs de projets, c'est-à-dire des gens qui vont aider à défricher et à ne perdre aucun temps administratif. Donc, on va mettre l'argent, mais à côté, on va mettre des équipes qui vont aussi permettre de libérer du temps, et de gagner du temps sur les constructions immobilières, les autorisations, etc.

Je crois que c'est clef, c'est du bon investissement d'équipe administrative. C'est aussi cette conversion que je veux faire partout, à l'hôpital comme en recherche ou ailleurs. On a des administratifs qui sont formidables, mais on s'est mal organisés collectivement, parce qu'on a pensé que dans ces domaines-là, c'étaient les administratifs qui pouvaient piloter.

Et je pense que c'est une grosse erreur. L'administratif doit être au service de la vision d'un projet, mais en aide et en soutien. C'est ce qui permettra d'ailleurs de réduire le surcoût administratif qu'on a quand on compare la France avec d'autres pays sur la santé.

Donc ça, ce sont nos fameux clusters santé, 600 millions, et on va répliquer cette logique. Et puis décloisonner, c'est partager l'information collectée, produite, fiabilisée, que ce soit par les acteurs privés ou les acteurs publics, toujours dans le respect du secret médical et de la vie privée. Mais c'est utiliser les données de santé avec pour but ultime et unique d'améliorer l'état de santé des Français, et je pense que c'est un point important de ce décloisonnement.

Viser l'excellence, c'est enfin assumer de sortir des logiques de statut pour justement, là aussi, miser sur les meilleurs. Encore une fois, c'est complètement ce qu'on met dans la LPPR, et il faut évidemment qu'en Santé, on utilise aussi tous ces leviers dont on s'est doté pour attirer les talents, les garder, leur donner plus de souplesse. C'est important, là aussi, que, comme on vient de se doter d'outils à travers la loi, on prenne bien le temps de les décliner.

Parce que souvent, le défaut qu'on a aussi collectivement, c'est qu'on fait des réformes, mais on ne les applique pas ou on s'occupe toujours des réformes à suivre. Là, on est dans un temps d'exécution de la LPPR où beaucoup de leviers de simplification ont été trouvés en la matière. Donc ce que je veux dire, est un incrément par rapport à la LPPR, mais nous allons expérimenter en quelque sorte l'ERC à la française en décidant d'avoir 15 à 20 talents qui bénéficieront de 3 à 5 millions d'euros pour s'établir en France, créer leurs laboratoires et les lancer.

Là, on assume d'avoir une politique hyper différenciée sur ces 15 à 20 talents. Il s'agit là d'un vrai appel que je lance à nos jeunes talents, en France ou à l'étranger : Installez-vous ou revenez en France. C'est la même logique qu'on avait prise sur le sujet climat à l'automne-hiver 2017, avec des résultats formidables qui ont été portés par les ministères, en particulier le Ministère de l'Enseignement Supérieur de la Recherche et de l'Innovation.

Et je veux qu'on fasse ça en Santé. On a besoin des superstars, on le sait très bien, vous le savez parfaitement. D'ailleurs, dans les moments de crise, on ne se focalise que là-dessus.

Doncn a aussi besoin de rappeler quelques superstars, ou de fidéliser sur le sol français des superstars, et d'assumer un tel programme d'excellence pour consolider ou relancer cette logique. C'est ce que nous allons lancer dès l'automne avec ce programme et ces 15 à 20 talents avec chacun 3 à 5 millions d'euros. Viser l'excellence, c'est aussi en finir avec des infrastructures de recherche trop souvent défaillantes.

Là, une fois encore, en plus de ce qu'il y a dans la LPPR et des crédits déjà ciblés là-dessus, on aura 300 millions d'euros additionnels qui permettront une remise à niveau de celle-ci, et de financer en particulier : Banque de données de cohortes. Il y a tout le volet sur l'hospitalo-universitaire qui a été présenté par le Premier ministre et le Ministre des Solidarités et de la Santé, qui est évidemment clé pour l'attractivité et la capacité à innover de notre système de santé, donc j'ai rappelé l'importance des CHU. Ça, c'est dans le Ségur, c'est la partie investissements, elle a déjà été portée.

Mais en plus de ça, on va avoir ce volet complémentaire qu'on va mettre sur la table. Et sur les fondations de la recherche fondamentale, nous allons amplifier notre politique de soutien et de recherche appliquée, en plus de tout ce que je viens d'évoquer, autour de trois défis prioritaires. Là, je voulais simplement revenir sur quelques instruments transversaux de décloisonnement et d'excellence qu'on va mettre en place dès maintenant, qui sont au coeur de ce réinvestissement en matière de recherche qui est complémentaire à notre LPPR.

Donc trois défis prioritaires dans ce cadre-là, sur lesquels je voudrais insister et qui sont à mes yeux complètement clés. Le premier défi, ce sont les biothérapies. Avec un constat là aussi très lucide, il est très dur : la France dépend à 95 % des importations pour les biothérapies.

Quand on connait le poids de ce domaine dans les tendances mondiales, très clairement, on ne peut pas avoir un discours crédible en disant " On reconstruit de la souveraineté, qu'elle soit française ou européenne ", en ayant un tel niveau de dépendance, qui est là aussi le fruit de sous-investissements, de désinvestissements ou d'erreurs passées. Il faut juste le regarder lucidement et le corriger le plus vite possible. Paradoxalement, le retard que nous avons pris peut être une chance pour prendre la première place en matière de biothérapies, qui ne vont plus être demain cantonnées aux maladies rares.

Je pense aux nouveaux vaccins ARN, qui ne vont pas concerner seulement la Covid. Il y a en quelque sorte, une stratégie, pour parler un mauvais français, de "leapfrogging" qui est totalement possible sur ce volet-là. Simplement, je pense que c'est la dernière fenêtre d'opportunité.

Donc évidemment, les nouveaux vaccins ARN. Je pense à la biologie de synthèse, à toutes les nouvelles technologies de bioproduction, de modification de cellules. Je pense à la production d'anticorps.

Sans compter aussi le domaine du cancer, et là je parle sous le contrôle de nos amis de l'IGR ou de Toulouse, où nous nous situons en tête. On a des niches où on a réussi à préserver, malgré tout, des bastions. Donc cet enjeu est un enjeu de souveraineté, je dirai industrielle et de recherche, parce que quand on a une telle dépendance, on ne peut pas consolider les prochaines étapes de recherche non plus.

C'est un enjeu économique, parce que c'est la clé pour aussi bâtir des emplois dans une phase d'accélération. C'est un enjeu humain, parce que c'est comment sauver plus de vies et plus vite. Et c'est un enjeu encore une fois de souveraineté compte tenu de la dépendance que j'ai évoquée.

Donc pour ça, je voudrais qu'on se donne sous cinq ans deux objectifs simples qui me paraissent atteignables, si on peut après les dépasser, c'est encore mieux : produire au moins cinq nouveaux biomédicaments, et doubler le nombre d'emplois du secteur. Je pense que cet objectif n'est pas irénique du tout, il peut permettre de mobiliser l'écosystème public et privé de financement. Je voudrais pouvoir être démenti à mi-parcours en disant : en fait, on va pouvoir faire beaucoup plus vite et beaucoup plus fort.

Je pense que si on se débrouille bien, c'est ce qui peut arriver. Mais déjà, si on se donne ces deux objectifs : cinq nouveaux biomédicaments, et doubler le nombre d'emplois du secteur sous cinq ans, on peut y arriver. Il s'agit aussi de soutenir évidemment le développement et l'amélioration de nos capacités de production dans le domaine.

Notre plan est donc simple en biothérapie. D'ici cinq ans, produire au moins cinq nouveaux biomédicaments et doubler le nombre d'emplois du secteur en agissant sur quatre thématiques phares : les biotechnologies en oncologie, les innovations en thérapie génique et cellulaire dans tous les autres domaines, les nouveaux systèmes d'expression, et le développement d'unités de production plus performantes et d'outils d'optimisation des systèmes de culture et procédés de bioproduction. Ce sont les quatre domaines dans lesquels je pense qu'on joue à la fois sur nos points forts existants et sur les points sur lesquels on peut vraiment avoir une stratégie, pas simplement de rattrapage, mais de dépassement, et réussir à avoir un investissement utile.

Et je veux vraiment remercier les ministres Santé, Recherche et Économie, qui ont beaucoup travaillé pour élaborer à vos côtés cette stratégie. En termes de moyens, les biothérapies feront l'objet de 800 millions d'euros d'investissements de l'État, auxquels il faut ajouter près de 2 milliards d'investissements privés qui ont été identifiés. Ce qui fait que c'est une stratégie massive qui, je pense, est largement crédible avec les résultats que j'évoquais.

Deuxième défi, puisque j'ai parlé de trois défis prioritaires dans ce contexte, c'est la santé numérique. La santé numérique bénéficie déjà de la dynamique à la fois du Ségur numérique, là aussi que j'évoquais, et du Paris Santé Campus et de toute la stratégie numérique qu'on a lancée avec le Ministère, l'Inserm, les différents CHU, l'AP-HP et l'ensemble des acteurs du secteur. Très clairement, on le sait, c'est un levier absolument fondamental pour accélérer la recherche, mais surtout cette médecine plus personnalisée, plus efficace, plus prédictive, préventive et participative.

Je me suis déjà plusieurs fois exprimé sur ce sujet. Je pense qu'on a deux avantages. Le premier, là-dessus on n'est pas en retard, c'est vrai à peu près partout, le secteur de la santé est historiquement plutôt sous-numérisé.

Je pense qu'on on s'est réveillés collectivement au bon moment, il n'y a pas de retard français sur ce sujet. Je parle sous votre contrôle collectif, il peut toujours y avoir une exclamation s'il y a quelqu'un qui ne partage pas. Donc je pense vraiment qu'on a investi au bon moment, et c'est pertinent.

Le deuxième avantage, c'est qu'on est un formidable État centralisateur et jacobin. Là, j'assume à mort ce sujet qui nous est constamment reproché, parce que tous les gens qui adorent les États fédéraux, etc., devraient regarder comment les gens ont géré le Covid ailleurs.

Il n'y a que chez nous où on pensait que c'était beaucoup mieux d'être très décentralisé ou fédéral, que chez nous ! Pour avoir parlé toutes les semaines avec la Chancelière, elle enviait le modèle français d'organisation. On en parlait tout à l'heure, quand il s'agit des États-Unis, pensez qu'il n'y a pas d'application unique sur le sol américain pour gérer la Covid-19, parce qu'il y a juste des guéguerres entre États.

Donc il faut aussi regarder les forces de notre modèle et arrêter d'être dans la déploration de ce que nous sommes. Et en matière de données, c'est formidable, parce que notre système est mené par le secteur public, et centralisé. Donc on a quelque chose de formidable, et j'aperçois aussi de l'autre côté le DG de la CNAM qui est là et qui a une grosse partie de ce trésor et de cette banque de données.

On en a vu quand même l'efficacité et la valeur pendant la crise, quand on a voulu mener des politiques d' " aller vers ". Donc c'est un formidable levier d'innovation. Il faut simplement qu'on gère cela ensemble, collectivement, de la manière la plus intelligente.

On a ce patrimoine. C'est un patrimoine souverain. Il est public.

Nous sommes d'ailleurs, nous en France, en capacité de préserver le pacte citoyen qui est de protéger justement tous nos concitoyens, et de pouvoir dire : Ce patrimoine, il appartient à chacun et il appartient à nous tous, donc il n'appartient pas à un acteur privé. On peut vous protéger contre des stratégies de sélection du risque, ce qui est, d'un point de vue civilisationnel, un énorme sujet, simplement, notre devoir, c'est de l'ouvrir de la bonne manière pour permettre l'innovation et l'accès de toutes celles et ceux qui, pour le bien commun, veulent utiliser ces données pour créer de la bonne science, de la bonne recherche, des bonnes pratiques, et innover. C'est ça, notre défi, ce n'est pas plus compliqué que ça.

Une fois que j'ai dit ça, on sait que le diable est dans le détail. On l'a déjà vu ces derniers mois, c'est un sujet très compliqué, et qui alimente parfois beaucoup de passions, quand ce ne sont pas des tensions. Mais nous allons réussir à les surmonter.

Alors, on a mis en place le Health Data Hub, et je veux vraiment saluer les équipes, parce que c'est un très bon début. Je pense que sur ce sujet, la clé, une fois encore, c'est la rapidité. Je pense qu'il faut qu'on arrive à aller beaucoup plus vite, et beaucoup plus vite à l'échelle.

Je sais que les industriels sont là. Le risque, c'est d'ailleurs qu'on ait, dans les 18-24 prochains mois, des stratégies concurrentes qui se mettent en place. Et ça, je le dis : aussi vrai que j'ai défendu le modèle centralisé jacobin qui est une chance, si le secteur public est trop lent dans la mise en œuvre de cette ouverture, les acteurs privés vont s'organiser, ce qu'ils sont en train un peu de commencer à faire, je vous suis, et du coup, on va créer de la dysynergie dans le système.

Donc ce que je demande à tous, c'est vraiment au fond d'utiliser notre force, c'est-à-dire un modèle unifié, mais il faut qu'on aille le plus vite possible pour faire de la bonne ouverture choisie d'information. Au fond, on a besoin d'avoir une stratégie très coopérative de tous les acteurs, qui est de jouer le jeu du partage de la donnée, mais d'un chaînage vertueux entre ceux qui produisent les données, ceux qui demandent des financements et ceux qui les utilisent, et qui, parfois, en tirent d'importants bénéfices. Le risque, c'est comme toujours, comme c'est de la donnée publique à laquelle on accède, on ne peut pas avoir des effets de rente qui soient indus, mais on ne peut pas non plus avoir de l'innovation qui est bloquée parce qu'on préserve trop de la donnée publique.

C'est ça, le bon chaînage à trouver. Là, il faut vraiment mettre de l'intelligence collective et des stratégies de coopération. C'est vraiment un appel collectif.

Je pense que, si on tire une leçon de la crise, les stratégies non coopératives ont une seule victime : la France, et donc vous tous. Et, à chaque fois que le système est non-coopératif, il n'y a pas de gagnant. Donc je pense vraiment que, sur ce sujet, si on arrive à le faire on peut vraiment avancer.

Et de l'exploitation de cette data, procèdent évidemment énormément d'innovations. On a déjà des projets formidables, des imageurs, des pionniers. Je ne vais pas ici tous les citer, je ferais des jaloux, mais on doit aujourd'hui passer à la vitesse supérieure, permettre à tous les établissements de soins de produire justement ces données, de les sécuriser, de les fiabiliser, et permettre justement d'avoir ce chaînage vertueux.

Ces enjeux, en complément de Paris Santé Campus et du Ségur de la Santé, bénéficieront de 600 millions d'euros supplémentaires, auxquels il faut ajouter la contribution de 1,5 milliard d'euros du secteur privé. Là aussi, c'est considérable, mais pour moi ces financements doivent permettre d'accélérer les choses. Et, je le dis aussi pour nous collectivement, je pense que le calendrier de Paris Santé Campus n'est plus le bon.

On ne peut pas rester sur le calendrier qu'on avait avant la crise parce que sinon on aura X initiatives qui arriveront à côté et je pense qu'autant que l'argent public, la rapidité d'organisation des acteurs est clé. Donc là je demande aussi à ce qu'on revoie le calendrier. Il a été annoncé il y a quelques mois mais il n'est pas suffisant.

Et, s'il faut accélérer, lever des dispositifs ou des contraintes, je vais y venir après, je peux vous aider. Si c'est trop lent, rendez-vous dans six mois, on peut accélérer les choses. Ça c'est vraiment le deuxième élément prioritaire, 600 millions d'euros d'investissements publics, 1,5 déjà comité du privé.

Troisième champ prioritaire : les maladies infectieuses. Elles bénéficieront, là aussi, d'un soutien extrêmement fort. Et là le défi est clair, on en parlait avec quelques uns ces derniers jours, nous devons à la fois anticiper les profils des dix prochains virus les plus nocifs et donc avoir presque sur étagère, si je puis dire, les traitements et vaccins adaptés, au moins en phase préclinique.

J'essaie d'apprendre de ce qu'on a vécu et je n'ai pas envie de revivre ce que j'ai vécu, comme vous tous. Je sais aussi les défauts, je voyais les documents sur lesquels on doit plancher là, en tant que dirigeants. Je me méfie beaucoup de ce qu'on nous soumet parce qu'on nous explique comment préparer la guerre qu'on vient de vivre.

Or je pense qu'il faut beaucoup plus diversifier le modèle, c'est ce qu'on essaie de faire aussi sur nos initiatives en la matière. Je vois Yazdan qui opine du chef, et ce sont en effet les stratégies qu'il porte. Et donc on a besoin en effet, sur ce sujet, de regarder tout ce qui peut nous arriver et au fond, je pense que c'est un élément d'ailleurs de notre solidarité parce que ce sont des maladies qui parfois sont extrêmement présentes dans d'autres géographies.

Elles sont en train d'arriver dans nos géographies et rien ne dit qu'au fond, certaines maladies infectieuses que la communauté internationale avait accepté de gérer à bas bruit parce qu'elles touchaient d'autres géographies, soyons clairs et assez brutaux, si elles arrivent dans nos géographies de manière très rapide, vont créer des phénomènes de panique avec des impacts massifs sur nos sociétés. Et donc inutile de souligner après Ebola, Zika et alors que le Covid n'est pas terminé, que c'est un des champs absolument massif et donc on peut avoir, combiné en effet avec des changements d'écosystèmes qui sont dus à la fois au réchauffement climatique et aux bouleversements en termes de biodiversité, on peut vraiment avoir une révolution qui est en train de se préparer. Je parle sous le contrôle des sachants parce que j'ai passé du temps à vous écouter, mais une vraie transformation, un bouleversement du champ des maladies infectieuses.

Donc on a intérêt à se préparer beaucoup plus vite et beaucoup plus fort qu'on ne l'a fait sur ce volet. Là, je veux dire qu'on se mobilise. On a porté, comme vous le savez il y a plusieurs mois, l'approche One Health pour mobiliser les acteurs de la santé humaine, de la santé animale et les stratégies de coopération entre acteurs, c'est pour ça qu'on a tous nos organismes ici présents, tant sur le plan de la recherche que sur celui de la production.

L'ANRS pilotera un programme de recherche absolument clé en ce sens. Et, sur ce volet maladies infectieuses, on a commencé les financements. On va continuer à monter en gamme, l'ANRS jouera absolument un rôle-clé, et je souhaite qu'avec nos acteurs industriels et producteurs de toute la communauté, on puisse bâtir d'ici à la fin de l'automne une évaluation des financements additionnels dont on a besoin pour là aussi bâtir, un peu comme je l'ai fait sur les deux autres priorités, un plan de financement additionnel à ce qu'on a décidé pendant la crise et ce qu'on a mis dans la LPPR.

Parce que je pense qu'il faut qu'on ait une série de scénarios, de stress tests un peu, pour regarder comment on fait face à une accélération et on se prépare à ces changements. Au total, ce sont 4 milliards d'euros additionnels à la loi recherche que nous mobilisons, avec évidemment au moins autant du privé. 4 milliards de financements publics en plus de la LPPR, 4 milliards du privé.

Donc c'est une stratégie massive d'accélération de la recherche publique mais qui est, vous voyez, un changement aussi de philosophie, d'organisation, de création d'écosystèmes, qui répond à la fois aux leçons de la crise et à ce que vous nous avez présenté aujourd'hui. Deuxième série de remarques que je voulais faire, je vous rassure ça va aller beaucoup plus vite, c'est qu'entre la recherche, l'innovation, la commercialisation, il y a, et tous les Français l'ont mesuré avec le Covid, une étape qui est celle de l'évaluation des traitements des molécules innovantes sur le patient, dans le cadre de la recherche clinique. Vaste sujet qu'on a tous vécu.

Parfois, ça a été utilisé pour le pire et aller vite en levant toutes les barrières et toutes les règles déontologiques, évidemment n'est pas la solution. Mais je dois dire que j'ai moi-même découvert, avec quelques compagnons d'armes ici présents, je dois bien le dire, la folie de certains dispositifs que nous avons. Là-dessus, il y a deux choses : Moi j'ai, comme vous, appris de la crise et puis j'ai décidé aussi de tenir mes engagements.

Je pense que c'est une des explications qui fait aussi que nous ne sommes plus suffisamment en pointe parce qu'on peut avoir les meilleurs chercheurs au monde, on peut aboutir aux meilleurs médicaments du monde, si on met des mois, voire des années à évaluer les solutions thérapeutiques, si on met des semaines à délivrer des autorisations, on a une perte de chances et d'opportunités collectives qui est majeure. Et je pense que notre système aujourd'hui, très sincèrement, a créé trop d'anticorps à l'innovation. C'est comme ça donc il faut qu'on arrive à régler le problème.

Si on reprend aujourd'hui le fil de notre histoire et, si on regarde toutes nos forces pour gagner les choses, on doit là aussi résoudre des phénomènes qui sont des phénomènes de cloisonnement ou d'éparpillement et essayer de régler les choses. Pour cela, on va travailler sur plusieurs orientations. D'abord, renforcer la réalisation des essais sur les traitements et méthodes d'évaluation innovants en cultivant l'expertise croisée de nos médecins et de nos chercheurs, en renforçant les liens avec la recherche fondamentale sur laquelle reposent justement les nouveaux concepts, les innovations thérapeutiques et la clinique hospitalo-universitaire et de ville.

Je pense que c'est absolument clé. On l'a vécu, soyons clairs. On avait peut-être des innovations en termes de traitement, on a mis des semaines, pour ne pas dire des mois, à réussir à mettre en place les mécanismes d'essais.

Et notre structure-même fait que les incitations sont parfois très faibles pour les mettre en place quand on a la clinique qui est sous tension et surtout la segmentation, et ça c'est vraiment l'organisation de notre système aussi de santé, fait que la médecine de ville n'est pas du tout associée culturellement aux avancées hospitalo-universitaires. C'est la faute des hospitalo-universitaires comme des médecins de ville. Ce qui fait que, quand on vous dit on a un truc super qui va peut-être marcher contre le Covid mais ça ne marche que si on le donne dans les deux premiers jours où les gens ont le Covid, et qu'on vous dit évidemment les gens ne vont pas à l'hôpital les deux premiers jours, et qu'on vous dit on n'arrive pas à enrôler les gens pour pouvoir rentrer dans ces tests, ce qui est exactement ce qui nous est arrivé, il y a des gens formidables qui ont fait un travail de fou pour essayer d'endiguer ça, on a un problème qui est un problème organisationnel et culturel.

Et on ne peut pas simplement le constater, on doit décloisonner sur ce sujet. Et je pense qu'il n'y a vraiment pas de fatalité du tout. Il faut qu'on arrive à sortir de l'hospitalo-centrisme, à beaucoup mieux associer la médecine de ville.

Je pense qu'on a une génération de médecins de ville, qu'ils soient généralistes ou spécialistes d'ailleurs, qui cherche une autre pratique de la médecine, qui veut être associée beaucoup plus à cela. Ça a été un gain du début de la crise. Je pense qu'il faut moderniser notre système d'essai en ayant, là aussi, un continuum de la médecine je dirais du quotidien, à la recherche la plus avancée.

Et ça, c'est un travail qui est culturel et organisationnel. Et c'est vraiment une mission que je vous demande, il faut sortir de nos corporatismes traditionnels. Parce que, si on reste dans nos corporatismes, rien ne pousse les acteurs du système à coopérer entre ceux que je viens d'évoquer.

Rien, aujourd'hui. Or l'efficacité thérapeutique et une médecine qui justement est beaucoup plus préventive, c'est-à-dire celle qui permet de prendre aux premiers signaux, oui. Et donc je pense qu'on peut faire des innovations en santé et améliorer la capacité de notre système à faire de la meilleure prévention, là où on est, aujourd'hui très mauvais, si aussi on arrive à changer ce chaînage.

Et donc équipes universitaires, hospitalo-universitaires, équipes de recherches fondamentales, médecins de ville, doivent davantage et mieux coopérer. Et là on doit trouver justement davantage de brevets, de meilleurs traitements, un accès plus rapide, et donc c'est une réforme organisationnelle que je demande vraiment dans les toutes prochaines semaines, sur lesquels je veux vraiment qu'on ait des résultats, sur lesquels je veux qu'on avance et qu'on bâtisse des protocoles. Nous devons ensuite réussir nos essais cliniques, dont beaucoup s'arrêtent faute d'inclusion de patients, c'est lié au premier point.

D'autres avancent trop lentement entre la naissance et l'acceptation du projet et l'inclusion de patients. Nombre d'essais Covid, comme je le disais à l'instant, pendant la période récente ont subi ce sort, et on voit aujourd'hui la lenteur de l'inclusion des patients, ce qui est absolument terrible, avec des patients là aussi. C'est cette organisation qu'on doit vraiment réussir à avoir sur toute la chaîne.

Et nous devons mettre fin à l'empilement des procédures qui, sans renforcer forcément la qualité et la sécurité, entravent in fine le bon déroulement des essais et nous devons réduire le cloisonnement des financements, des stratégies institutionnelles non congruentes, pour retrouver au fond une stratégie commune : soin, recherche, celle qui est la force des grands centres internationaux. C'est pourquoi, ce que nous voulons c'est, là aussi, très clairement simplifier et donc réussir à avoir une accélération de nos données. L'Agence nationale de sécurité sanitaire et du médicament, qui a déjà beaucoup progressé sur la rapidité de délivrance d'autorisations, va multiplier ce que l'on appelle les Fast Tracks, et ça merci aussi au Ministre et ses équipes pour tout le travail qui a été fait et merci à l'Agence.

Et je veux vraiment remercier d'ailleurs l'Agence et tous ses personnels parce que, pendant la crise, ils ont fait un boulot extraordinaire, pour nous permettre d'aller beaucoup plus vite dès le début de la crise. Et donc vraiment l'ANSM a fait un travail remarquable. Ces Fast Tracks vont continuer à se développer parce que ce sont des voies qui permettent d'autoriser plus rapidement un traitement quand son bénéfice humain est bien évalué et considérable.

Et nous allons mener un travail majeur d'allègement de la charge de ce qu'on appelle les CPP, pour optimiser les délais de rendu des avis. C'est l'autre levier, point organisationnel sur les essais. On continue et en quelque sorte, on fait levier sur ce qu'on a appris pendant la crise avec la multiplication des Fast Tracks et on conforte l'ANSM dans ce qu'elle a su formidablement faire.

Et on va simplifier et ça, le Ministre, je le sais y tient ô combien, les cahiers des charges et les procédures pour les CPP. C'est comme ça que nous atteindrons justement, des délais qui sont beaucoup plus faibles. De ce point de vue, je veux saluer l'engagement de l'APHP et du LEM qui se sont fixé pour objectif de passer de 204 jours en moyenne à 120 jours en moyenne pour la première inclusion des essais cliniques.

Je pense que c'est un point extrêmement important et je souhaite qu'on puisse faire encore plus vite, faire plus nombreux. Et mon ambition est de doubler en trois ans le nombre d'essais cliniques qui ont abouti en France. Je pense que, là aussi, c'est totalement jouable.

J'évoque ici, peu ou insuffisamment, les dispositifs médicaux. Là aussi on y reviendra à l'automne. C'est un champ absolument essentiel, je ne veux pas ici être trop long, je ne peux pas tout couvrir.

Une partie de ce que je dis évidemment, comme vous le savez parfaitement, couvre les dispositifs médicaux. Il y a d'autres sujets plus spécifiques sur lesquels on reviendra à la fin de l'été, début d'automne et qui sont absolument clés. Pour moi ce deuxième levier, en plus du changement de l'écosystème de recherche, c'est vraiment cette simplification, la transformation de la recherche clinique et la simplification des contraintes et l'amélioration des données.

Il n'y a pas d'industrie de santé performante, on le sait, sans recherche mais il n'y a pas d'industrie de santé sans succès clinique et sans marché. On le sait bien car ça a été largement documenté. Ce qui a ces dernières décennies parfois découragé ou freiné l'innovation, ce sont les modes de négociation de prix des médicaments.

Et ce sont à la fois, là encore, les sujets de délais sur la question prix et la fixation des prix. Et, si je suis assez honnête, là pour le coup je vais être assez honnête avec l'histoire française mais avec nous-mêmes, avant crise, on avait quand même stoppé cette logique. Parce qu'on n'a pas attendu la crise, dès 2018 nous avons stoppé la logique de déflation des prix.

Ce qui est vrai c'est que, pendant des années, on a ajusté les comptes de santé sur le prix du médicament. Si je regarde la courbe de l'Ondam sur les années 2007-2017, il y a eu des efforts qui ont été faits, des sous-investissements. On a géré la pauvreté, si je puis dire, côté hôpital.

Il y a eu des efforts moins importants que dans d'autres pays en médecine de ville. On a beaucoup ajusté sur le sujet médicaments et on a ajusté plus sur la question du prix du médicament que sur les pratiques médicales. Là où les Allemands, par exemple, ont mis beaucoup plus de pression sur les praticiens pour prescrire du générique, on l'a moins fait en France.

Nous, on a mis beaucoup plus de pression sur le prix du médicament et donc, très clairement, on a abimé le tissu industriel. Je ne dis pas qu'il faut forcément surpayer des choses qui sont sous-innovantes, je suis pour un marché qui est juste mais, quand on ne donne pas assez de visibilité, on crée des seuils de sous-rentabilité, du coup on a un tissu industriel qui s'effrite. Quand il n'y a pas de tissu industriel, il n'y a plus d'innovation industrielle non plus.

Et ce que je disais pour la recherche tout à l'heure a été au fond, vrai pour l'industrie. On a fait souffrir le tissu industriel en France par une politique du prix du médicament qui a été très imprédictible parce que trop gérée à l'année/l'année, et sur lequel l'essentiel de l'effort s'est fait, si je regarde les choses. On a stoppé quand même cette logique en 2018.

Il y a eu un CSIS, je me rappelle, j'avais fait une première réunion ici avec beaucoup d'entre vous. Et j'avais pris des engagements de prix, je crois qu'on les a tenus. Maintenant, il faut qu'on fasse mieux en sortie de crise.

Puis j'avais pris des engagements de délais aussi, de la même manière, puisqu'en plus de nos délais d'autorisation, on a les délais ensuite liés à la politique du prix. Et ces délais, on n'a pas réussi à les tenir. Je voudrais qu'on fasse deux choses en sortie de crise.

Je veux saluer vraiment tous les efforts qui ont été faits, la réforme de l'accès précoce qu'on va mettre en place en juillet 2022 et qui est, je le sais, très attendue et qui est un point très important pour aller dans le sens justement de cette politique. Mais je voudrais qu'on puisse là-dessus réussir à aller à la fois plus vite et vous donner plus de visibilité. Et donc aller plus vite, c'est permettre qu'au fond on s'inspire des meilleures pratiques.

Je ne vais pas être très innovant mais, sous votre contrôle là aussi collectif, quand je regarde comment font nos voisins allemands, quand les autorisations ont été données sur le service médical rendu, ils n'ajoutent pas d'autres délais. C'est vrai, ça crée une pression sur le tarifaire, mais le fameux 180 jours entre la première demande de remboursement et la publication de l'arrêté de définition du prix, n'a pas été tenu. C'était un engagement que j'avais pris vis-à-vis de vous.

On est plutôt entre 200 et 250 jours. Je pense qu'on ne l'a pas tenu parce que notre système a trop d'anticorps et est trop résistant à ce changement. Je vous parle en toute franchise.

Je pense qu'on ne peut pas réussir à ajuster les choses si on garde la même organisation et donc on va se caler sur le modèle allemand. Je ne pense pas que les Allemands soient des gens qui dépensent mal l'argent public et donc le modèle allemand, c'est sous votre contrôle là aussi, que quand l'accès au marché immédiat après avis de l'équivalent de la HAS, donc pour nous de la HAS, est donné pour les ASMR 1 à 4, l'entrée soit immédiate sur le marché et qu'il y ait une discussion en parallèle sur le prix, soit avec un accord soit avec un désaccord. Et à ce moment-là, c'est une politique qui est assez désincitative, le médicament, sous votre contrôle en Allemagne, sort du marché quand on finit par ne pas avoir un accord avec le prix.

Mais ça fait gagner des mois qui sont critiques. Aujourd'hui, on est en train de devenir non-compétitifs parce qu'on n'est pas fichus de réduire les choses. Et je ne crois pas que notre organisation qui n'a pas été capable de passer aux 180 jours, moi j'ai un principe simple dans la vie, quand je m'engage de là où je suis vis-à-vis d'un écosystème, si deux ans après on ne l'a pas fait, c'est qu'il y a eu des anticorps et que les gens n'ont pas voulu faire ce que j'ai dit. " Fair point ", comme diraient les Anglo-Saxons, " point taken " donc on va changer de système totalement.

On va faire ça pendant deux ans et on va regarder, au bout de deux ans on fera l'évaluation de ce qui marche et ce qui ne marche pas. Mais notre système aujourd'hui, je suis obligé d'en tirer le constat, il ne marche pas. Et notre système aujourd'hui est en train de devenir inefficace sur la recherche publique, c'étaient mes premières propositions, inefficace sur la partie recherche privée et industrie.

C'est pourquoi, au fond, on va faire comme nos voisins allemands, pour donner un guide à tout le monde. Les Allemands se sont très bien débrouillés ces vingt dernières années, je dois constater ça. Ils ont réussi à rattraper un retard qu'ils avaient sur nous dans ce domaine et donc j'ai plutôt envie de copier cette mesure, de l'évaluer pendant deux ans et ensuite de pouvoir, en effet, regarder comment les choses évoluent et ensemble de regarder comment on arrive à les améliorer en conduite.

Mais on va enlever un frein, un ralentisseur et on fera donc, en parallèle de l'accès aux marchés, la négociation sur le prix. À côté de ça, je sais qu'il y a une réforme qui est très attendue, c'est un complément de ce que je viens de dire. Nous avons sur les traitements innovants, qui par définition sont coûteux, décidé de desserrer la contrainte financière dans ce domaine et faciliter l'accès à ce qu'on appelle la liste en sus et le RIHL, ce qui est une très bonne nouvelle pour tous, malades, soignants et industriels.

Et donc je veux vous le confirmer. Le Ministre, d'ailleurs, a fait plusieurs annonces importantes ces derniers jours et je l'en remercie. Ça a été un très gros travail du Ministre et de ses équipes en lien avec vous.

Et donc on va là-dessus continuer à avancer. Tout dernier point, puisque le prix va aussi avec les politiques d'innovation, il faut qu'on puisse accompagner justement toutes ces innovations, qu'elles soient dans les grands groupes ou dans nos startups, nos PME, et donc réussir à avoir cette stratégie. Je partage ce que vous avez dit et, là aussi, on a quand même eu depuis deux ans une stratégie de, pardon de l'anglicisme une fois encore, mais de " scale up " qui vaut aussi pour la Santé.

La France est aujourd'hui le premier pays d'Europe en termes de nombre de tickets et de taille de tickets émis, tous secteurs confondus, ça vaut pour la tech, pour la deep tech et la health tech. Là-dessus, c'est comment on arrive à aller plus loin puisque votre secteur a une spécificité : Les tickets sont souvent plus importants que dans d'autres secteurs et le temps d'accès aux marchés est évidemment plus long. Donc l'ensemble de cela doit avoir une réponse en plus de la stratégie d'ensemble.

Pour cela, on va mobiliser l'écosystème, et en particulier Bpifrance, sur plusieurs sujets. Un milliard d'euros seront mobilisés sur les cinq prochaines années en subventions et prêts sur la phase d'amorçage dans le secteur. Et sur la phase développement qui permet de mobiliser les investisseurs privés, ce qu'on appelle le fonds de fonds, un milliard d'euros de plus seront abondés, soit + 50 % par rapport à ce qui existe déjà.

On va en plus de ça accélérer ce qu'on a fait avec l'initiative dite Tibi, qui a permis de rassembler plus de 3 milliards et demi d'investisseurs institutionnels et donc de lever au total plus de 20 milliards, je parle sous le contrôle de Nicolas, et donc de pouvoir avancer. Je veux ici remercier d'ailleurs tout l'écosystème qui est présent. Et donc, pour aller plus vite et aider nos " scale up " à grandir, on veut aussi accentuer notre effort, aller chercher les meilleurs talents internationaux et donc essayer de manière plus écosystémique de regarder tout ce qu'on peut faire pour encore améliorer nos pratiques.

C'est pourquoi on a décidé de confier une mission à Raphaël Tordjman, que je salue, sur ce sujet et qui mène un de ces fonds qu'on a pu développer grâce à l'initiative Tibi. On fera comme on a fait avec les meilleurs chercheurs, la même chose avec les fonds étrangers. L'idée étant d'attirer les meilleurs et de faire levier sur nos initiatives de financement direct de fonds de fonds, et au fond d'améliorer ce qu'on a fait pour l'écosystème de financement.

La clé, c'est ensuite de consolider aussi un écosystème qui permet les sorties pour l'ensemble de ces structures. On va évidemment, pour accompagner tout cela, enclencher une dynamique de croissance forte supérieure à celle du précédent CSIS qui nous a montré la voie, à hauteur de 2,4 % par an pour l'Ondam produits de santé, sur des bases claires et partagées, ce qui est la clé pour accompagner cette politique d'investissement, pour absorber les mesures que j'ai citées précédemment sans nouvelle baisse de prix, et ceci doit aller de pair avec un mécanisme de suivi qui permet d'évaluer chaque année la dépense réelle. Et donc au fond, on avait un deal qui est un peu la même chose que pour l'hôpital, qui était strangulation annuelle et un peu de déprise.

Je veux qu'on reparte dans une logique qui est ambition, mais elle va aller avec pression et évaluation. Je vous parle franchement, c'est-à-dire que moi je ne vais pas vous lâcher. Donc, aussi vrai que 18 mois après quand j'ai pris un engagement qui consiste à dire on doit passer sous les 180 jours, si on ne le fait pas on débranche la procédure qui ne permet pas de le faire, si on ne délivre pas par rapport aux objectifs qu'on se donne, on en tirera aussi les conséquences.

Mais, vous l'avez compris, on va massivement investir en recherche, en politique de médicaments, de dispositifs médicaux, et en politique de création de nouveaux produits dans nos grands groupes comme de startups. C'est un investissement massif. Je pense que c'est une bonne utilisation de l'argent du contribuable.

On va y compris le faire dans l'Ondam produits de santé parce que je pense que, là aussi, c'est une bonne utilisation. Mais on va évaluer la vraie part derrière d'innovation qu'il y a et on va évaluer le retour sur investissement qu'on a à chaque fois. Ma conviction, compte tenu de l'accélération mondiale qu'on est en train de vivre, c'est que le retour est positif, sinon je ne prendrais pas ce choix.

Mais on va l'évaluer collectivement et je veux que chaque année on ait un peu un débat. Chaque année je ne vais pas faire un discours mais moi je veux qu'on puisse revenir après ces mesures faites pour faire l'évaluation avec des évaluateurs indépendants et regarder ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je ne suis pas pour changer tout ce qu'on est en train de se dire sous douze mois.

Je pense qu'il faut que cette stratégie s'inscrive dans le temps. Je sais bien, je le dis parce que nos amis journalistes sont là et je sais que l'obsession du moment est plutôt sur les contingences politiques, ce qui est normal et donc je stipule, y compris pour autrui mais je pense que ces sujets sont trop graves et trop structurants pour être contingents au cycle électoral. Je pense que, si on crée quelque chose de solide, ça doit être inarrêtable et en quelque sorte non contingent.

Mais il faut que ce soit aussi, au-delà des cycles électoraux, vérifiable et que l'on puisse en faire un vrai sujet de pilotage d'une stratégie de recherche, d'innovation en santé pour la nation. Sur cette base, je pense qu'on peut non seulement réussir à conjurer certains défauts ou certains échecs du modèle mais on peut réussir à consolider, à aller beaucoup plus loin sur des points forts de notre modèle et de ce qu'est la France. Et je pense véritablement construire une situation de leadership sur en particulier les points-clés que j'évoquais.

Tout ça, je souhaite le faire aussi dans le cadre d'une stratégie de partenariat avec l'Allemagne. On a lancé plusieurs IPCEI avec la chancelière Merkel ces derniers mois sur plusieurs des sujets que j'ai évoqués et dans le cadre d'une stratégie européenne. C'est d'ailleurs ce qui nous a conduits à lancer plusieurs grands investissements industriels : Le VF Plus ou autres vont complètement dans ce sens-là et on en fera d'autres parce que je pense aussi que c'est le marché pertinent, c'est l'échelle pertinente et ERA sera d'ailleurs une logique pertinente.

Pour porter cela et pour parachever cette stratégie, et je conclurai là-dessus, on va aussi avoir un pilotage unifié et identifié et donc, au lieu d'avoir un paysage qui est très morcelé entre PIA, ministère de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de L'innovation, Ministère de la Santé, Ministère de l'Économie et des Finances, l'idée est d'avoir un guichet unique, une entité unique et donc une agence de l'innovation en matière de santé qui va permettre là aussi de simplifier les choses, de faire converger les agendas et les logiques, d'avoir une vraie révolution culturelle du décloisonnement et de l'excellence et de permettre aussi d'être l'interlocuteur de la future agence européenne qui est en train de se bâtir. Je pense que cette logique de simplification avec une agence qui ait des objectifs clairs et la feuille de route que je viens de donner aujourd'hui, c'est une clé pour créer des synergies entre acteurs et pour permettre surtout d'avoir les résultats. Parce qu'au fond, ce qui nous importe tous c'est d'avoir des résultats parce que ce dont on parle depuis tout à l'heure, c'est juste de la vie de nos concitoyennes et concitoyens du monde entier.

Et donc c'est trop important pour accepter quelque inefficacité dans le système. Sur cette base-là, je voulais d'abord vous remercier tous les 5 pour votre travail. Je veux vraiment remercier l'ensemble des acteurs de l'écosystème français, comme on dit joliment, tous les engagés pour la Santé et l'innovation en Santé, secteur public comme secteur privé, et lancer au fond un appel à notre jeunesse.

Je pense que ce secteur est un secteur d'investissement dans l'humain où il y a de formidables perspectives. Et la nation fait le choix conscient, et il est par-delà le mandat qui est en cours, elle fait le choix conscient d'investir dans la vie humaine, d'investir dans les femmes et les hommes, d'investir dans l'intelligence collective. Et donc moi j'invite aussi tous les talents de demain à rejoindre ce secteur et à avoir un discours de confiance.

Je pense qu'il y a des perspectives formidables qui sont ici dressées et dans un an, deux ans, cinq ans, dix ans, on va s'attacher à développer les formations qui vont permettre d'accompagner ces transformations. Mais je pense que la jeunesse française et européenne a un formidable avenir aussi en s'engageant dans les secteurs qui sont les vôtres, que ce soit en étant médecin de ville ou de campagne, en étant PU-PH à l'hôpital et à l'université, en étant chercheur dans un grand groupe, en étant directeur ou directrice d'un hôpital, universitaire ou cadre d'une startup ou d'un grand groupe pharmaceutique. Il y a énormément de modèles, de choix.

Ce secteur est formidable et, comme vous l'avez compris, on va investir et surtout être beaucoup plus efficaces collectivement. Merci infiniment à tous. Maintenant au travail !

Merci beaucoup. Merci encore.