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Audition parlementaireLCP (sur YouTube)· 23 novembre 2024 63 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiCulture, médias & sportJusticeSolidarités & famille

Association des directrices et directeurs de production | Violences dans le secteur culturel

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 36 %Attaque 28 %Défensif 36 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 15:38OuverteRéponse directe

    Quand vous dites que vous vous êtes laissée seule, qu'est-ce que vous entendez par là ?

  • 16:14RelanceRéponse directe

    Est-ce que vous avez suivi la formation du CNC ? Est-elle obligatoire pour vos métiers ?

  • 17:14RelanceRéponse directe

    La formation. Et qu'est-ce que vous entendez par être seule ?

  • 23:35OuverteRéponse directe

    Est-ce que ces responsabilités sont contractualisées, par exemple sur la question des violences VHSS ?

  • 29:37OuverteRéponse directe

    Quelle est la différence entre les pratiques françaises et celles des plateformes type Netflix ?

  • 30:20OuverteRéponse directe

    Comment gérez-vous les changements de scénario en cours de tournage ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:22PrésentateurFait
    « Notre commission d'enquête cherche à faire la lumière sur les violences commises contre les mineurs et les majeurs dans le secteur du cinéma, de l'audiovisuel et du spectacle vivant notamment. »
  • 8:25InvitéFait
    « Dans la Convention collective du cinéma, avec entre autres un avenant qui date du mois de mai dernier, sont inscrites des nouvelles obligations qu'on met en œuvre actuellement. »
  • 18:33InvitéFait
    « Les producteurs sont souvent de très bonne volonté, mais effectivement, le plateau, c'est quand même un microcosme assez particulier. »
  • 20:32InvitéFait
    « Moi, je l'identifie à un sinistre. C'est-à-dire quand sur un film, ça m'est arrivé il n'y a pas longtemps, un acteur se blesse, on arrête pendant trois jours de tournage et on trouve des solutions pour rattraper ces trois jours. »
  • 31:03InvitéFait
    « Moi, je n'ai jamais fait d'article 40, mais lors de la formation, j'ai appris ce que c'était que l'article 40. »
  • 31:34InvitéFait
    « Pour Netflix, en fait, c'est une vraie quasi-formation de deux heures, même si ce n'est que deux heures, qui concerne tous les techniciens. »
  • 36:44InvitéFait
    « On est des techniciens, mais on est également des citoyens, avec des valeurs à défendre. »
  • 43:35InvitéFait
    « Ils m'ont envoyé balader. »
  • 45:09InvitéFait
    « L'éducation au respect de l'autre, au consentement, il commence dès l'école. »
  • 51:59InvitéPromesse
    « À partir du moment où c'est des choses qui deviennent obligatoires dans la loi, ce sera beaucoup plus simple. »
  • 55:33InvitéFait
    « J'ai fait un film avec un enfant en rôle principal. On avait pris deux enfants doublures qui étaient là tous les jours. Ben, ça n'a pas suffi. »
  • 58:18InvitéFait
    « Non, c'est interdit. Et donc, je m'en suis engueulée avec la réalisatrice. »
  • 1:00:16InvitéFait
    « Si c'est grave, les faits sont avérés, je reçois quelqu'un, j'enquête, j'écoute cette personne. »

Temps de parole

  • Invité20 %
  • Invité 217 %
  • Invité 316 %
  • Présentateur14 %
  • Invité 412 %
  • Invité 511 %
  • Invité 68 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Merci d'être là. J'ai le plaisir d'accueillir pour cette première audition de la journée l'association des directrices et directeurs de production ADP, et notamment Mme Anaïs Ascaride, bonjour. Mme Clotilde Martin, bonjour. M. Daniel Delume, bonjour. M. Sébastien Autré, bonjour. Et M. Benjamin Lendard, bonjour. Comme vous le savez, notre commission d'enquête cherche à faire la lumière sur les violences commises contre les mineurs et les majeurs dans le secteur du cinéma, de l'audiovisuel et du spectacle vivant notamment. Les directeurs de production sont sur un tournage le bras droit du producteur.

C'est à eux que revient concrètement la mission d'organiser la production en prenant en compte les contraintes juridiques, logistiques et financières. Vous êtes un peu, de ce que je comprends, le chef d'orchestre de la production, c'est ça ? Vous allez nous expliquer un peu en quoi consiste votre métier. Et donc vous avez une vision à 360 degrés de ce qui se passe sur un tournage, notamment en ce qui concerne ces aspects juridiques. Et c'est en cela que votre témoignage va être extrêmement important. Vous êtes concerné au premier chef quand il y a des incidents avec le producteur.

Vous êtes au premier chef quand il y a des incidents, virgule, avec le producteur qui lui aussi est au premier chef, lorsque des violences sexuelles ou sexistes sont commises sur le lieu de travail. Peut-être pourriez-vous dans un premier temps nous préciser rapidement vos missions avant de répondre aux questions du rapporteur, Erwann Balanon à ma droite, et des autres membres de la commission qui ne vont pas manquer d'arriver. Je rappelle que cette audition est ouverte à la presse et qu'elle est retransmise en direct sur le site de l'Assemblée nationale. Vous êtes d'accord avec ça ?

Avant de vous laisser la parole et d'entamer nos échanges pendant environ une heure, je vous rappelle que l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes entendues par une commission d'enquête de prêter serment, de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je vous invite donc, micro ouvert, les uns après les autres, de lever la main droite et de dire Merci. Alors, les micros ne fonctionnent pas comme sur un plateau, c'est-à-dire qu'il n'y en a qu'un seul d'allumé en même temps, et c'est les micros qui déclenchent les caméras, donc je vous invite vraiment à appuyer pour pouvoir parler.

Je vous laisse la parole pour un propos liminaire et après on vous posera des questions. Merci.

2:35
Invité

Bonjour, merci beaucoup de vous recevoir. Alors moi, je vais faire une mini-introduction sur notre association, donc l'ADP, qui est l'association des directrices et directeurs de production, est une association qui a été créée en 1986 et qui compte aujourd'hui 118 adhérents, avec une répartition de 32 femmes et 86 hommes. Évidemment, tous les professionnels, tous les directrices et directeurs de production ne sont pas membres de l'ADP, mais on est quand même assez représentatifs en fiction principalement, en cinéma et en audiovisuel également, et aussi en documentaire.

Et dans nos missions, nous siégeons au CCHSCT, qui est le comité central hygiène et sécurité au travail, et nous siégeons aussi à la commission d'agrément du CNC, et nous avons notre rôle dans différents salons professionnels. Donc effectivement, nous sommes souvent, ou pas toujours, mais souvent les premiers appelés par les producteurs, pour les phases de pré-production, c'est-à-dire d'établir un budget, de lancer des premiers repérages, de gérer les premiers castings éventuellement.

Et après, quand le film est lancé, on s'occupe de la préparation, donc on s'occupe d'établir un devis, de faire le suivi du plan de travail en collaboration avec le premier assistant, le réalisateur, d'embaucher les autres techniciens, de négocier les prestataires techniques, les décors, etc. Souvent, la négociation des contrats des artistes principaux sont faites par les producteurs directement, qui préfèrent le faire eux-mêmes, et nous, on s'occupe plus des rôles secondaires et des petits rôles.

Et donc nous, notre travail, c'est d'arriver à faire concilier des impératifs financiers, mais surtout, voilà, l'artistique, c'est-à-dire comment un scénario, un film, peut naître avec des contraintes qui sont à la fois financières, artistiques, humaines, techniques, avec des... voilà, il faut qu'on ait un certain nombre de dépenses dans une région, dans un pays, etc. Et donc nous représentons le producteur, et notamment au moment du tournage. Donc le producteur qui est l'employeur, parce qu'on a toujours ça bien à l'esprit, nous, nous sommes techniciens comme les autres, nous sommes...

On est salariés du producteur, mais on est techniciens intermittents, comme les autres techniciens du tournage. Donc on n'a pas... enfin, on a aussi un lien de subordination avec le producteur. Et on s'assure du bon déroulement des journées, du respect du plan de travail, du droit de la réglementation, qu'il n'y ait pas de choses dangereuses qui soient faites. Et tout ça, évidemment, en collaboration avec les autres chefs de poste. C'est vraiment un travail d'équipe, sur le plateau et en dehors, c'est-à-dire sur le plateau, c'est l'équipe de tournage à proprement parler, et en dehors, l'équipe de décoration.

Donc en gros, effectivement, le terme de chef d'orchestre correspond assez bien à ce qu'on vit. C'est-à-dire que la majorité des décisions passent par nous et que nous sommes souvent là pour aider à arbitrer des décisions, en fait, diverses et variées. On s'occupe assez peu de la post-production. C'était le cas avant, mais maintenant, il y a des coordinateurs de post-production qui s'en occupent. Voilà.

Ce qu'on voulait redire, effectivement, c'était appuyer le fait qu'on était aussi des techniciens avant tout et que nous n'étions pas des producteurs, parce que souvent, les gens ont du mal à comprendre que notre travail est différent de celui des producteurs qui s'occupent, eux, du développement du projet, c'est-à-dire de l'écriture, du casting, de la recherche, de financement. Et nous, on est plutôt sur une partie, on va dire, opérationnelle d'un projet. Même si on est le représentant sur le plateau, voilà, on est aussi, nous, avec un libre-arbitre. Donc c'est à nous de faire respecter les lois et de travailler avec le producteur, évidemment, pour que tout se passe bien.

Et on voulait aussi parler de comment on en est arrivé là, c'est-à-dire au niveau de notre parcours. Il n'y a pas de formation certifiante, c'est-à-dire qu'on a des responsabilités assez grandes et assez diverses. Mais voilà, c'est un travail qu'on apprend plutôt sur le tas. Donc la plupart d'entre nous, on est soit passé par la mise en scène, soit par la régie, et parfois par la production, ce qui nous a permis d'apprendre le travail de terrain et comment fonctionner un plateau. Mais après, il existe des formations non certifiantes qui durent quelques semaines, mais c'est surtout du terrain.

Et une association comme la nôtre, ça nous aide beaucoup à se parler entre nous, parce que des fois, on se sent un peu seul sur le plateau avec cette place entre l'équipe technique et la production. Et on peut du coup échanger avec nos pères sur les différents problèmes qu'on peut rencontrer. Voilà. Je vais poursuivre l'introduction d'Anaïs. Donc on a évidemment, à nos postes et dans la fonction qu'Anaïs vous a décrite, assez fréquemment constaté des comportements inadaptés. Ils sont aussi... En tout cas, ça nous est tous arrivé. On ne peut pas dire que personne ne l'a jamais remarqué à différents niveaux. Donc on s'inscrit complètement dans un souhait d'action envers tout ça.

Il y a un cas que vous avez déjà entendu au sein des diverses auditions, c'est qu'il y a les techniciens, il y a également les comédiens, et il y a le cas des metteurs en scène, qui sont toutes ces personnes-là évolues sur le même plateau, la même fabrication de films. On relève qu'il y a un héritage un petit peu corporatif dans cet investissement qu'on connaît tous sur un projet qui fait qu'on est tous dans un circuit clos pendant cet espace donné. Il y a les phases que vous a présentées, Anaïs, qui font qu'il y a une préparation du projet, le tournage du projet, puis la post-production du projet. Ça s'étale sur plusieurs mois, ces phases-là.

Donc là, ce qu'on remarque quand même, c'est qu'il y a, heureusement, des prises de parole qui ont commencé à faire un travail de fond qu'il était utile de compléter. Donc ce qu'on remarque aujourd'hui, c'est que, par exemple, dans la Convention collective du cinéma, avec entre autres un avenant qui date du mois de mai dernier, sont inscrites des nouvelles obligations qu'on met en œuvre actuellement. Et qu'on va en voir les effets très vite, mais c'est déjà de très belles avancées. Donc on a hier redéfinie la pratique du référent harcèlement sur le plateau, sa formation, son cadre.

Ils sont également rappelés les éléments pour l'encadrement des mineurs et les préconisations en matière de coordination d'intimité. Tous ces éléments-là faisant partie, évidemment, de beaucoup d'éléments corrélières. Donc c'est très positif parce que ça nous permet de mettre en avant le sujet. Ça participe de sécuriser les prises de parole. Ça participe, évidemment, de favoriser les prises de parole. Ça participe également à donner confiance ou redonner confiance à peut-être des plus jeunes d'entre nous qui pourraient craindre la prise de parole, sachant qu'on est dans un métier avec une forme de précarité.

Parce qu'on travaille en équipe, on travaille avec un chef de département, on travaille pour aussi s'investir sur un projet espérant apprendre, potentiellement faire un prochain projet. Donc c'est des choses qui peuvent peut-être un peu faire peur aux plus jeunes. Donc je pense que tout ce qu'on met en place participe justement de les sécuriser de manière bienveillante pour qu'ils se sentent à l'aise au milieu de tout ça. Donc ça, c'est très important. Ça permet aussi de donner un domaine professionnel bienveillant où la hiérarchie est très importante. Mais sur ce sujet-là, il est important de gommer la hiérarchie.

Les assistants, les chefs de département, on a tous le droit de prendre la parole. Et ça aussi, ça fait du bien de pouvoir commencer à en parler. Mais c'est le début. On a encore plein de chemins à faire. Tout ça est très récent. Les mises en œuvre, comme je disais, sont en train d'avoir lieu. Donc il faut continuer à les appuyer. Il faut continuer à les poursuivre. Et bien sûr, à les améliorer. Donc nous, on voulait vous remercier beaucoup pour cette commission. Pour nous permettre d'y participer, ainsi que nos collègues à tous les autres départements. Parce que comme le disait Anaïs, tout ça, c'est un grand travail d'équipe.

Donc c'est essentiel qu'on soit tous réunis et unis dans l'action face à toutes ces questions. Voilà. Tu reprendrais ma suite, Daniel ou Benjamin ? On souhaitait aussi être reçus parce qu'on voulait peut-être porter une parole qui sera peut-être un petit peu dissonante dans cet environnement général. Parce que comme on disait, on est un peu au cœur de la matrice. On fait partie des premières personnes à être embauchées par les producteurs. Et que malheureusement, on constate, nous bien souvent, même si ce n'est pas la majorité des gens, je ne veux pas faire une généralité. Mais bien souvent, on s'aperçoit qu'on est laissé seul.

C'est-à-dire que je pense que tous ici d'expérience, on a été embauché. Et malgré toute la formation, tout ce qui a été mis en place récemment, bien souvent, le producteur ne nous interroge pas sur ce sujet-là, en fait. Ce n'est pas un sujet. Donc si nous, nous ne sommes pas moteurs et qu'on ne veut pas mettre en place des choses, il ne se passe absolument rien, en fait. Donc voilà, on voulait juste pointer qu'il reste quand même une défaillance de culture là-dessus. Enfin, on a beaucoup écouté toutes vos auditions, tous les gens qui sont passés. Et malgré la bonne volonté de plein de gens, dans les fêtes, sur le terrain, ça ne va pas suffisamment loin, en fait.

Les gens ne s'emparent pas du sujet. Alors, il peut y avoir plusieurs raisons, parce que je sais que vous avez beaucoup interrogé sur la formation des gens, comment les gens arrivent dans ce métier-là, que ce soit à notre poste, que ce soit au poste de producteur. Donc il est vrai que la richesse de notre secteur, c'est qu'on a des gens qui viennent d'univers complètement différents, parfois complètement excentriques, entre guillemets, enfin là, qui n'ont rien à voir avec le cinéma. Ce qui fait une richesse humaine qui est très précieuse, en fait, dans les relations humaines et puis dans ce que chacun peut apporter.

Mais voilà, la contrepartie, c'est que parfois, on se retrouve effectivement avec des gens qui ne vont pas connaître les plateaux et puis qui ne vont pas avoir le bagage suffisant pour s'emparer des dossiers dont ils devraient s'emparer. Donc notamment en tant que producteur et employeur, puisque vous avez bien noté dans toutes les auditions que vous avez eues qu'en tant qu'employeur, on a des obligations d'employeur qu'on ne peut pas nier, en fait. Voilà, comme on dit, nul ne peut ignorer la loi. Mais entre cette théorie et la pratique, il y a un gouffre énorme aujourd'hui, en fait. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de producteur.

Encore une fois, je ne mets pas tout le monde dans le même sac, mais on constate quand même que si nous, on ne vient pas en appui et juste qu'on vienne un peu gratter les productions, il ne va rien se passer, en fait. Je vais rebondir sur ce que dit Benjamin. Moi, j'ai toujours fait du cinéma et depuis peu de temps, je travaille pour des plateformes Netflix, HBO ou autre. Et la politique à ce niveau-là est totalement différente. C'est-à-dire que les Américains ont l'habitude de ça. C'est une exigence de Netflix, par exemple, de faire un zoom pour tous les techniciens un mois avant, etc. Il y a des vraies demandes et il y a des vraies exigences par rapport à ça.

Donc, c'est beaucoup plus facile quand on s'adresse à une équipe de dire que c'est une exigence de Netflix. Donc, la plupart des gens en acceptent. Et moi, je suis très heureux parce que la nouvelle génération est très demandeuse de tout ça. C'est très agréable. Mais c'est vrai que production française, classique, voilà. Il n'y a jamais un producteur qui va vous appeler en vous disant « Tu penses bien à faire le zoom pour l'histoire de harcèlement, etc. » alors que les plateformes sont vraiment très exigeantes là-dessus. C'est une des premières choses qu'ils vous demandent dès le début, en tout cas à nos postes. C'est vrai que c'est culturel, c'est américain. Ils ont eu ça.

Ils ont peur aussi du procès. Il ne faut pas non plus être naïf. Mais en tout cas, ça nous permet de mettre ça en cause. Ils ont des plateformes. Netflix, c'est les premiers en France qui ont fait une première formation déjà pour les équipes. Et je pense que c'est bien de continuer.

14:42
Présentateur

Merci, M. Autré. Vous voulez...

14:47
Invité

Non, ben juste compléter ce qui se dit sur les producteurs. C'est-à-dire que les producteurs, effectivement, français ne sont pas forcément très très investis dans les VHSS. Et j'ai presque envie de dire que du point de vue des plateaux et des techniciens, il n'y a pas non plus un engagement énorme. C'est-à-dire que tout le monde est concerné, tout le monde en parle. Mais au moment d'agir, et ce que je disais tout à l'heure à mes collègues à midi, c'est que dans un tournage récent, je n'arrivais pas à avoir de volontaire pour être référent VHSS. Alors que c'est un sujet qui concerne tout le monde et dont on peut parler librement.

Mais au moment de rentrer dans le concret, on a du mal à trouver des personnes.

15:25
Présentateur

Merci beaucoup et merci pour d'emblée, comme ça, la sincérité de votre témoignage sur votre métier. Moi, j'aimerais peut-être commencer par une question et Erwann Balanon complétera. Mais quand vous dites que vous vous êtes laissée seule, déjà, vous nous avez dit que tous vous avez été témoins ou en prise à des situations à gérer. Donc, manifestement, il y a quand même une forme de récurrence, si ce n'est de systématisme dans ces situations. Quand vous dites que vous êtes laissée seule à gérer, qu'est-ce que vous entendez par là ? Et qu'est-ce que ça signifie très concrètement dans votre travail ? Qu'est-ce que vous faites très concrètement dans ces situations et comment vous agissez ?

Est-ce que M. Balanon, vous voulez compléter ?

16:14
Invité

Oui, alors j'ai pas mal de questions et aussi des remarques par rapport à ce que vous venez de nous dire. Bon, vous avez bien expliqué le rôle que vous avez, la différence avec le producteur. Et ce qui est assez frappant, c'est qu'en réalité, c'est vous qui êtes sur le terrain. Donc, c'est vous qui êtes sur le terrain le plus proche pour voir ou entendre parler d'un certain nombre de dysfonctionnements. Et c'est vous aussi qui êtes le plus proche pour mettre en place tout le travail de sensibilisation et de prévention. Parce que c'est vous qui faites une grande partie des contrats, c'est vous qui faites la coordination de toutes les équipes. Et j'ai une première question.

Est-ce que vous, vous avez suivi la formation du CNC ? Est-ce qu'elle est obligatoire pour vos métiers ou pas ? Parce qu'elle est obligatoire pour les producteurs, mais qui ne sont pas toujours sur le terrain. Mais vous, qui êtes sur le terrain, est-ce que vous avez l'obligation de la faire ? C'est la première question.

17:14
Présentateur

Alors, ce n'est pas la question pour un champion, c'est-à-dire quand même... N'oubliez pas la question de Mme la Présidente. Vous aurez tous et toutes la parole, oui. Donc, la question, c'est la formation. Et qu'est-ce que vous entendez par être seule ? J'aimerais vraiment que vous décriviez un petit peu la situation dans laquelle vous vous êtes retrouvée.

17:29
Invité

Alors, au niveau de la formation, pour le moment, elle n'est obligatoire que pour les dirigeants de société. Donc, effectivement, elle n'est pas obligatoire pour nous. Après, autour de cette table, dans les gens qui sont là aujourd'hui, la plupart, nous sommes allés faire une formation de deux ou trois jours, justement de prévention VHSS, auquel on veut aussi rappeler le volet moral, du harcèlement moral qui est le plus fréquent, malheureusement, je pense, dans nos métiers. Donc, ça, je pense que...

Ce que vous voulez dire, c'est que pour le moment, si nous, chaque individu, nous sommes emparés du sujet, nous avons fait des choses, que les producteurs nous aient dit quelque chose ou pas, on l'a fait de toute façon. Mais ce qui veut dire qu'on a certainement beaucoup de collègues qui n'ont rien fait, soit par méconnaissance, soit parce qu'ils ne se sentent pas concernés. Enfin, voilà. Là, on est vraiment sur un choix personnel. Donc, effectivement, il y a une formation qui est en train de se mettre en place, qui va être obligatoire pour tous, techniciens et artistes, ce qui est important aussi pour nous, de dire qu'il faut que ce soit tout le monde, vraiment.

Donc, ça, c'est très important. Et la deuxième question, c'était... Laissez-seul. Ah oui, laissez-seul. Oui, alors, effectivement, les producteurs sont souvent de très bonne volonté, mais effectivement, le plateau, c'est quand même un microcosme assez particulier. Il y a des choses de hiérarchie. Ce que disait Clotilde, c'est qu'il y a des chefs de poste, il y a des gens qui sont en dessous. Enfin, il y a des choses très hiérarchiques.

Et moi, je parle à titre personnel, mais c'est vrai que quand je m'ouvre à un producteur en disant, voilà, j'ai un problème, quelqu'un qui parle mal sur un plateau, et généralement, quand c'est un talent, on va dire, ou un réalisateur ou une réalisatrice, c'est toujours balayé d'un revers de main. On me dit, bah, écoute, oui, il parle mal, c'est comme ça. Voilà. Et donc, il y a un moment où nous, on a des limites à ce qu'on peut faire. C'est-à-dire qu'on va essayer de parler à cette personne et de lui dire, écoute, il y a un problème de comportement, etc. Mais à un moment, il faut qu'il y ait quelqu'un au-dessus de nous qui prenne ça. Enfin, je ne sais pas si...

19:18
Présentateur

Vous voulez appeler des précisions ?

19:21
Invité

Oui, non, ou à la raison, il y a une différence entre un problème avec un technicien, par exemple, c'est ça qu'on va devoir régler, et un problème avec, on dit en anglais, je ne sais pas comment on dit en français, c'est un élément essentiel, qu'il soit le réalisateur ou les comédiens, qui fait que ça pourrait remettre en cause le tournage, etc.

19:39
Présentateur

Enfin, les techniciens sont essentiels aussi, on va leur dire comme ça.

19:42
Invité

Non, je suis évidemment d'accord avec vous, mais ils sont « remplaçables », entre guillemets, alors qu'un comédien sur lequel un film a été monté, le financement a été monté, ça pose un problème.

19:54
Présentateur

Attends, M. Autré, après, tu complètes.

19:56
Invité

Alors, je complète ce que dit Daniel, c'est pas seulement le fait que le financement a été monté sur le comédien, mais même un comédien qui a un rôle qui n'est pas forcément le rôle principal, au bout du moment où il a commencé à tourner, on ne peut plus se passer de lui. C'est une notion qui est évidente, pour nous qui est évidente, mais qui n'est peut-être pas facile à comprendre de l'extérieur. Il a fait deux, trois jours de tournage, on ne peut plus se passer de lui, parce que refaire trois jours de tournage, ça coûte énormément d'argent. Je peux ?

20:26
Présentateur

Oui, allez-y.

20:27
Invité

Non, non, et compléter, en fait, on va dire un accident, un incident, un harcèlement, moi, je l'identifie à un sinistre. C'est-à-dire, quand sur un film, ça m'est arrivé il n'y a pas longtemps, un acteur se blesse, on arrête pendant trois jours de tournage et on trouve des solutions pour rattraper ces trois jours. Il y a eu récemment un accident où un acteur qui allait tourner n'a pas pu tourner parce qu'il a eu un accident de voiture, c'est un sinistre, il faut trouver un autre acteur, remplacer, ça a des conséquences.

Je crois qu'il y a des discussions en ce moment avec les compagnies d'assurance et le CNC pour trouver, je pense que c'est la seule solution, il faut considérer que ça comme un accident du travail, pour moi c'est un peu la même chose, même si c'est parfois profondément plus grave psychologiquement, et trouver des solutions pour qu'on puisse arrêter un tournage s'il y a un fait avéré grave et qui fait que ça nécessite l'arrêt ou l'absence d'un acteur ou d'un réalisateur éventuellement.

Un petit complément simplement, je ne voudrais pas juste qu'on ait l'impression de faire un dossier à charge contre les producteurs, parce qu'on est tout à fait conscient, nous tous ici autour de l'immense charge qui pèse aussi sur les producteurs, parce que souvent on travaille quand même avec des producteurs indépendants qui sont tout seuls, qui parfois tirent le diable par la queue, donc on est aussi conscient que toutes ces charges sont très lourdes aussi pour un producteur, pour une seule personne, donc après il y a autant de producteurs que notre directeur de production, c'est-à-dire qu'il y a plein de confidérations, des grosses boîtes, des plus petites boîtes, donc c'est sûr que les obligations qui pèsent sur ces petits ou gros producteurs sont les mêmes, mais les réponses ne vont pas forcément être les mêmes parce qu'ils n'ont pas forcément les mêmes moyens, donc c'est juste pour tempérer un peu que vous n'avez pas la pression qu'on est en train de tirer à vie sur les producteurs qui sont quand même nos employeurs et les gens avec qui on travaille.

Monsieur Balanon. Une remarque juste comme ça, c'est qu'il y a des chefs opérateurs qui sont parfois irremplaçables, c'est une remarque sur les techniciens, parce que c'est souvent un métier qui est oublié, les techniciens, techniciennes, et il y a certaines signatures qui existent aussi. Bon, pour revenir à notre sujet, moi j'ai une question très pragmatique en réalité. On a le producteur qui est le responsable légal de toute la chaîne. Est-ce que vous, derrière le producteur, vous êtes la personne hiérarchiquement la plus importante quand vous êtes sur le plateau ? Oui, ok, donc vous êtes le, voilà.

Et votre statut, c'est que la plupart d'entre vous, vous n'êtes pas des salariés permanents des producteurs, vous avez un contrat qui est un contrat, comment dire, un CDD, contrat, voilà, sur le spectacle, le film, la production. Ok, donc ça vous donne quand même des responsabilités particulières. Est-ce que ces responsabilités sont contractualisées, par exemple sur la question des violences VHSSS ? Est-ce qu'il y a des mentions particulières dans vos contrats ou pas ? C'est-à-dire tout simplement, est-ce que votre producteur vous donne, je crois avoir la réponse par rapport à ce que vous venez de nous dire déjà, mais vous donne des obligations et un cahier des charges par rapport à ça ?

C'est une première question. Quand vous gérez vos contrats, alors vous nous avez dit que parfois le contrat avec la star du film, elle est gérée directement avec la production et que vous gérez les autres contrats. Est-ce que vos contrats ont des clauses spécifiques sur la question du comportement, la question de qu'est-ce que l'auteur, enfin l'auteur, le technicien ou l'acteur peut être amené à faire, c'est-à-dire tout simplement le respect du droit ? Et est-ce que sur certains contrats, quand il y a des scènes particulières, par exemple vous avez un acteur qui, on sait qu'il va y avoir une scène d'intimité, est-ce que les clauses particulières, elles sont spécifiées aujourd'hui ?

Est-ce qu'elles sont séquencées ? Est-ce que vous pensez qu'il faut aller vers ça ? Et est-ce que vous avez un avis sur le fait que ça soit toujours coordonné par quelqu'un qui est un coordinateur ou coordinatrice d'intimité ? Voilà, après j'aurais d'autres questions, mais je pense que celle-là déjà ça fait un bon paquet.

24:52
Présentateur

Vous avez une première salve de réponses, après moi aussi je compléterai sur certains aspects, allez-y.

24:58
Invité

Par rapport au contrat, en fait, ça va, comme on disait, ça va un peu dépendre beaucoup des productions, en fait, de leur état d'avancement par rapport à leur réflexion sur tous ces sujets-là. Donc on peut avoir des cas où des sociétés ont réfléchi en interne avec leur département RSE ou le département juridique pour avoir des clauses qui sont incluses de cette façon-là, en tous les cas pour nous, là, sur la partie VHSS. Moi, personnellement, je l'ai rarement vu, enfin, c'est toujours des choses plutôt informelles, extra-contractuelles, pas tellement dans le contrat.

Et même chose, j'ai envie de dire, pour tout ce qui est contrat, contrat d'artiste, tout dépend de l'avancée de la production par rapport à ces sujets-là. Moi, par rapport à cette question-là, je prendrais juste l'exemple qui est tout à fait pertinent, parce que je suis très investi sur les questions des co-responsabilités aussi. Et c'est vrai que je pousse un peu aussi les comédiens et les agents dans leur retranchement quand je fais des contrats et je pousse sur les questions des co-responsabilités. Et ce que je remarque, c'est que très régulièrement, en fait, ces contrats me sont renvoyés. Enfin, tout ça, vous le gommez, en fait, tout ce que vous me disiez sur les co-responsabilités.

On veut bien signer une clause, on est co-responsable. Mais quand j'essaie de détailler ce que ça veut dire, tout à coup, le contrat revient en me disant « C'est biffé, c'est biffé, c'est biffé ». Et j'ai peur que remettent des clauses un peu trop contraignantes. Enfin, aujourd'hui, il y a un peu une dissonance entre ce qu'on a envie et ce qu'on arrive à obtenir, à contracter auprès de personnes, d'agents. Je ne sais pas si quelqu'un d'autre veut compléter. C'est-à-dire que le pouvoir des agents est très important.

C'est-à-dire que sur tous les contrats, alors plus les acteurs sont connus, plus les contrats sont longs à la discussion, on fait rajouter des clauses sur des voyages, sur des choses comme ça, des choses prises en compte ou non. Vous savez que la plupart des contrats d'acteurs commencent par « vous avez lu ce scénario et vous acceptez ce rôle ». Donc ça veut dire qu'ils l'acceptent avec ce qu'il y a dedans, ce qui posait problème avec, par exemple, des scènes de nu il y a quelques années. Une comédienne, elle avait lu, elle était à nu dans le film, elle avait lu, elle avait accepté, donc elle ne pouvait rien dire. Donc maintenant, heureusement, on avance.

Sur chaque film, moi, quand il y a des scènes de nu, j'appelle les comédiennes et les comédiens concernés en disant « est-ce qu'ils veulent ? » Et moi, je le propose et j'insiste pour qu'il y ait un homme d'intimité, je oublie toujours le nom, un coordinateur d'intimité. Certains refusent, certains disent « il n'y a pas de problème, je connais tel acteur, j'ai déjà tourné avec ». J'insiste parce qu'il ne faut pas qu'il n'y ait qu'une seule réponse, il faut moins que ce… Voilà, mais c'est encore un cas individuel, etc. Et pour répondre à votre question tout à l'heure sur « est-ce que c'est écrit notre responsabilité par rapport à tout ça ?

» C'est écrit presque dans la définition de notre métier, dans la définition des métiers, dans le CNC. Il y a des définitions en quelques lignes de chaque fonction et la nôtre est « il représente le producteur, etc. » Donc c'est défini de base dans les règles du CNC. Je voulais juste apporter une petite nuance sur la position hiérarchique sur un plateau. Effectivement, on est vraiment le haut de la hiérarchie après le producteur, mais cette hiérarchie est un peu biaisée par le réalisateur et les communiens principaux. C'est-à-dire que même si sur le papier, ils n'ont pas ce pouvoir, dans les faits, ils l'ont.

Donc ça, c'est vraiment à prendre en compte parce que c'est finalement de ces deux hiérarchies qui se croisent un tournage et nos postes ont à la croisée de ces deux hiérarchies. On va dire la hiérarchie artistique et la hiérarchie qui est contractuelle. Et donc effectivement, je rejoins Daniel sur le fait que dans nos contrats, il n'y a rien de spécifié, mais c'est la définition de notre travail et surtout l'application du droit du travail, tout simplement.

Et enfin, juste une petite anecdote, c'est que pour la première fois, j'ai un agent qui, sur le contrat, dans un film récent, alors que la comédienne doit se mettre nue dans le film, a demandé à ce qu'une discussion soit entamée avec le réalisateur, le comédien et l'agent. et le directeur de production pour voir comment on gérait cette situation. J'ai trouvé ça plutôt pas mal. La comédienne n'a absolument pas voulu de coordinateur d'intimité, mais ça, c'est... Mais on a essayé vraiment de ne pas mettre de pression. Et sur le même film, deux ados devaient s'embrasser, vraiment en gros plan. Et là, l'agent, en revanche, n'a rien demandé.

Et c'est nous qui avons demandé à ce qu'il y ait une coordinatrice d'intimité pour les préparer et être là le jour du tournage.

29:33
Présentateur

Merci. Alors, moi, je voudrais compléter les questions parce que j'entends que, en fait, c'est un peu en fonction de votre sensibilité sur le sujet, beaucoup dans ce que vous semblez témoigner, ce dont vous semblez témoigner. Ce qui ne semble pas être le cas des plateformes type Netflix, c'est ce que vous nous disiez. Donc, ma première question est de savoir quelle est la différence, mais dans le détail. C'est-à-dire, vous nous avez parlé d'un Zoom un mois avant, mais j'imagine que ça va un peu au-delà que juste une réunion. Donc, est-ce que vous pourriez nous détailler ? La deuxième chose, c'est qu'en fait, il y a la coordinatrice d'intimité, il y a aussi le scénario.

Est-ce que vous avez... Parce que vous êtes en première ligne, j'imagine, si le scénario change, bouge au cours du tournage, comment vous gérez ces situations ? Et ma dernière question, ce sera sur l'article 40. Vous savez que toute personne qui est témoin ou dépositaire, normalement, d'un témoignage disant qu'il y a une infraction au code pénal, se doit de faire l'article 40. Comme vous, vous êtes dans une situation très particulière, puisque en tant qu'intermittent du spectacle, vous n'êtes pas attaché à un producteur. Donc, vous avez un sujet de loyauté pour pouvoir travailler dans l'avenir avec des producteurs, ce qui est un vrai sujet.

Mais vous avez aussi une responsabilité en tant qu'adjoint direct du producteur et une responsabilité pénale. Est-ce que ça vous est déjà arrivé de faire des articles 40 ? Est-ce que vous vous êtes déjà posé la question ? Comment vous gérez les situations qui rentrent dans le droit pénal ?

31:03
Invité

Moi, je n'ai jamais fait d'article 40, mais lors de la formation, j'ai appris ce que c'était que l'article 40. Et en revanche, je l'ai préconisé à un collègue directeur de production il y a trois semaines. Parce que la victime ne voulait pas porter plainte, et que je lui ai expliqué qu'à long terme, ça pouvait lui porter préjudice à lui, à la victime, et qu'il fallait laisser une trace, et que la seule trace, c'était peut-être l'article 40. Je ne sais pas s'il l'a fait. Et pour vous répondre pour Netflix, en fait, c'est une vraie quasi-formation de deux heures, même si ce n'est que deux heures, qui concerne tous les techniciens.

Donc, on demande à ce que tout le monde soit là, producteur, réalisateur. Alors, ils m'ont dit qu'ils en faisaient pour les comédiens à part. Moi, j'aurais adoré qu'il y ait des comédiens pour que tous les techniciens entendent les comédiens s'engager aussi, en gros, et comprendre cette formation. Ce n'est pas le cas. Alors, c'est souvent des problèmes d'emploi du temps, etc. Ça peut se comprendre. Mais ce qui a été formidable, c'est qu'il y a eu beaucoup de jeunes femmes, on va dire, de la trentaine, qui sont venues me voir après. Moi, je suis très souvent référent. Je fais toujours un binôme avec une femme et moi, sur le tournage. Moi, c'est un sujet qui me...

Ma mère est une grande militante féministe, donc depuis des années, je baigne là-dedans. Donc, c'est un sujet qui me porte. Donc, j'aime bien être référent, ce qui n'est pas toujours facile, parce qu'on représente quand même la production. Donc, il y a des gens qui peuvent un peu avoir des doutes. Mais c'est pour ça que je fais toujours un binôme avec une femme, parce que ce n'est pas exactement les mêmes harcèlements. Mais tout ça pour dire, donc, suite à ce Zoom de Netflix, il y a eu beaucoup de femmes d'une trentaine d'années qui m'ont dit « Ah, mais ça m'intéresserait de faire la formation, comment il faut faire, etc.

» qui se posaient plein de questions, qui ont eu beaucoup de réponses pendant ce Zoom. Et j'ai beaucoup d'espoir dans cette nouvelle génération qui est très vigilante. Et sur le film que je viens de terminer, j'ai 4, 5 jeunes femmes qui sont venues me voir, entre 25 et 30 ans, toutes à la fin du tournage. À la fin du tournage, ça aussi c'est ainsi. Pour me dire qu'elles n'avaient pas apprécié le comportement d'un technicien. Rien de très grave, mais un comportement, on va dire, mal placé. Mais elles m'ont dit, bien sûr, qu'elles avaient hésité à en parler pendant le tournage, pour ne pas que ça mette le désordre dans le tournage, etc. Voilà.

Donc on a encore un effort à faire pour que ça puisse intervenir très tôt, pour corriger les comportements.

33:14
Présentateur

Là, vous parlez de Netflix.

33:16
Invité

C'était pour Netflix, mais c'est pour qui que ce soit, ça aurait été la même chose.

33:18
Présentateur

Non, mais que vous avez présenté comme mieux que nous.

33:22
Invité

C'est sûr, parce que c'est obligatoire, ça se fait à chaque fois. Ils veulent, c'est quelqu'un qui travaille pour Netflix qui est là, donc il entend les questions, etc. Donc c'est... Non, non, c'est... Et c'est les premiers, dès qu'ils sont arrivés en France, ils ont mis ça en place. Il y a déjà 4-5 ans au moins.

33:35
Présentateur

D'accord, ok. Vous vouliez compléter ou...

33:39
Invité

Oui, pour compléter ce que disait Daniel, juste précédemment, sur le chapitre des assurances, ça faisait partie des pistes de réflexion qu'on voulait aussi proposer. Voilà. Ça répond également à une autre intervention de Benjamin qui parlait du producteur qui peut être aussi isolé. C'est un accompagnement aussi dans les réflexions des producteurs s'il fallait réagir. Et je pense aussi que ça peut participer d'une autre prise de parole. Parce que dans l'exemple de Daniel, on voit qu'il y a des personnes qui hésitent de prendre la parole parce qu'elles se disent, mais mon Dieu, mais que va devenir le film, etc.

Et de proposer des solutions en disant, non mais le problème que tu rencontres est plus grave que tout autre. Laisse-nous gérer et parle-nous. Je pense que ça, c'est très essentiel. Et pour rebondir sur une de vos précédentes questions sur, excusez-moi si ce n'est pas le bon terme que vous avez employé, mais la systématisation de l'emploi, de la coordination d'intimité, je pense que le discours, l'échange, la communication doit être systématique pour que justement, si l'emploi de cette personne est souhaité par les talents concernés, on puisse tout de suite le mettre en place.

Et si d'aventure, le talent n'en a pas besoin parce que la scène fait que cette personne n'en a pas besoin, au moins on ait pu systématiser le discours. C'est vraiment essentiel.

34:54
Présentateur

Donc la formation.

34:56
Invité

Absolument.

34:57
Présentateur

Ok. Vas-y, Erwann.

35:02
Invité

Sur les formations obligatoires de toute l'équipe, il me semble que c'est ce qui va être mis en place par le CNC. Donc c'est plutôt bien, ça va dans le sens d'une bonne pratique. Je voulais savoir un peu ce que ça pouvait impliquer pour vous et par votre vécu et votre expérience, comment vous imaginez qu'elle puisse être faite de façon efficace et efficiente ? C'est-à-dire, est-ce que vous pensez qu'un zoom, ça suffit ? Ou est-ce que vous ne pensez pas qu'une réunion physique de tous les techniciens, techniciennes, ça peut être quelque chose d'intéressant ? D'autres questions sur le choix. Vous en avez un peu parlé, M. Delume, sur la question du référent VHSSS.

C'est vrai qu'on a eu au cours des auditions et en particulier des auditions de la saison 1 de cette commission d'enquête, des comédiennes, comédiens, techniciens, techniciennes, qui nous disaient qu'un référent VHSSS qui était hiérarchiquement en lien avec la production, ça pouvait leur poser problème. Donc quel serait pour vous le profil le plus adéquat ? Est-ce que ça pourrait être quelqu'un de l'extérieur ? Est-ce que ça pourrait être... Voilà, ça, c'est les questions que je vous laisse nous donner. Et puis, pour l'instant, avec ça, c'est déjà pas mal, je pense. On va continuer après.

36:29
Présentateur

Qui veut commencer, Mme Martin ?

36:31
Invité

Alors, je pense que chaque film est singulier. Je crois que vous avez relevé une notion importante, Mme Rousseau, c'est qu'on travaille aussi sur ce sujet avec ce qu'on est en tant que personne. Évidemment, on est des techniciens, mais on est également des citoyens, avec des valeurs à défendre. Je pense essentiel de ne pas fermer la porte à tout volontaire qui voudrait s'inscrire dans cette action et cette lutte. On a l'exemple qu'on vient de citer. Il s'avère que, comme Daniel, moi aussi, je me propose assez régulièrement à ce poste de référent pour avoir été moi-même formée et être très, comment dire, concernée par ce genre de sujet, à titre personnel.

Je comprends que certains de nos collaborateurs dans les équipes techniques s'étonnent qu'on puisse, en tant que directeur de production, si proche d'un producteur, proposer d'être référent. Moi, je souhaite que ce ne soit pas automatisé. Je souhaite que ce n'est pas systématique, cette manière de réfléchir, parce qu'on est tous différents les uns des autres. Et que si d'aventure, on correspondait à un binôme de référents dans cette équipe, qui à chaque fois sont des équipes différentes, avec des sensibilités différentes et des personnalités différentes, si tout le monde est bien comme ça, on devrait pouvoir garder cette porte ouverte.

Et si d'aventure, ça posait un souci, ça s'entend également, et potentiellement proposer qu'un autre volontaire se situe sur ce binôme. Et sur les formes, la méthode pour les formations, qu'est-ce que c'est ? Les méthodes pour la formation, bien sûr, en présentiel, ce serait idéal. Alors, dans nos phases de fabrication, pour moi, c'est pour la phase de préparation du film, donc c'est quelques semaines avant le tournage. La complexité, c'est qu'à ce moment-là du travail, on n'est pas tous réunis. Donc c'est en effet faire venir un maximum de personnes, y compris les talents du projet. Et donc la vraie question se pose de pouvoir réunir tout le monde en un temps donné.

Donc est-ce qu'on ne peut pas organiser quelque chose en présentiel et prioriser la présence à cette réunion en présentiel, et potentiellement rendre valide le fait que certaines personnes qui ne seraient géographiquement pas là puissent se connecter et suivre la formation malgré tout ?

38:37
Présentateur

Je te donne la parole. Il y a vraiment un truc qui me fascine, c'est qu'il n'y a rien de systématisé. Il n'y a rien qui semble être complètement défini, en fait. C'est-à-dire que c'est vraiment presque artisanal, la manière dont c'est géré. Et là, peut-être que dans nos propositions, probablement allons-nous sortir de cet artisanat pour proposer un mode opératoire, un modus opérantique qui vous protège finalement, vous aussi, dans l'exercice de votre métier ? Parce que là, pour l'instant, je l'entends quand même que ça dépend beaucoup et des talents, et de votre formation ou pas de votre formation, de la volonté ou de la situation économique du producteur.

Tout ça me semble quand même être des facteurs de fragilisation. M. Balanon.

39:15
Invité

Oui. Je voudrais revenir sur une remarque que vous avez faite tout à l'heure et qui nous permettra d'approfondir le sujet. Je rappelle que notre commission d'enquête, elle a comme champ pas uniquement les violences sexistes et sexuelles. Elle a toutes les violences. Et j'ai vu tout à l'heure, vous avez fait une différence entre le pouvoir, c'était M. Autrey, je crois, le pouvoir un peu que vous avez, vous, en tant que directeur de la production, sur, on va dire, hiérarchiquement, normativement, légalement, c'est vous, quelque part, c'est vous le chef du plateau. Mais il y a aussi une sorte de monde parallèle du talent, des talents.

Bon, à force, on aurait l'impression que parce qu'on aurait du talent dans ce métier, on serait protégé et on pourrait mal parler aux gens. C'est quelque chose qui commence vraiment, je crois, en tout cas moi, à me poser des questions. Il y aurait deux mondes. Il y aurait un monde officiel des producteurs, de la direction de production, les techniciens, les techniciennes, maquilleurs, maquilleuses, tout ce beau monde qui, sans ces personnes-là, il n'y a pas de film. Et puis, à côté d'eux, il y a les acteurs, les réalisateurs, les talents, qui, eux, parfois, on a l'impression, auraient le droit de faire des choses qui ne sont pas légales. Parce qu'on ne peut pas les remplacer.

Parce qu'une fois que le film a commencé, c'est qu'avec eux qu'on va pouvoir le finir. Bon, je comprends qu'il y a des... Je comprends. Et je pense qu'il y a des talents, effectivement. Mais il y a aussi des talents, comme je l'ai dit tout à l'heure, chez les techniciens et techniciennes. Dans ce métier, ça ne se fait pas sans ces gens-là aussi. Et comment on peut...

41:01
Présentateur

Mais surtout, au-delà des talents, il y a des responsabilités.

41:02
Invité

Oui, non, mais responsabilités, ça, ça, on... Voilà, je ne revenais pas sur ce sujet. Les responsabilités, ça coule de source. Comment on pourrait, tout simplement, aussi travailler sur un monde qui, sur un plateau de tournage, il y a quelque chose de l'ordre de l'égalité, de l'empathie entre les gens ? Qu'est-ce que vous pourriez préconiser pour que ça soit quelque chose qui devienne culturel ? Parce que quand on connaît un peu d'autres cinémas, et le cinéma américain, et on a des talents, là-bas, et des gens qui sont payés très, très cher, mais qui ne se permettent pas, ou alors ils ont vraiment des problèmes. Moins qu'ici, chez nous, j'ai l'impression. Moi, de ce que j'en ai comme écho...

Oui, mais MeToo, c'est encore autre chose, parce que MeToo, c'était pas... C'était des pratiques, des violences sexistes et sexuelles inadmissibles, mais sur le comportement sur le plateau. Alors, heureusement pour nous, que tous les acteurs ne sont pas comme ça, non plus. Il y en a des très gentils, évidemment.

41:57
Présentateur

D'être poli.

42:00
Invité

Poli.

42:01
Présentateur

Merci. Est-ce que vous pourriez répondre ? Et puis après, est-ce que vous avez des questions dans la salle ? Enfin, dans le... Non ? C'est bon ? OK.

42:07
Invité

Donc, pour vous répondre, sans parler même de violences sexuelles ou de harcèlement moral, un cas de figure qui nous est tous arrivé, vous êtes sur une scène importante, le réalisateur galère un peu dans sa tête, ou parce qu'un comédien n'est pas assez bon ce jour-là, et vous commencez à dépasser le nombre d'heures supplémentaires légales. Si vous êtes dans le vrai respect de la loi, nous, en tant que directeur de production, on doit dire stop. D'abord, la fatigue, le risque d'accident, et la loi, tout simplement. Mais, si le mériteur en scène ne termine pas sa scène, vous n'avez pas de film. Vous n'avez pas cette séquence.

Et on ne pourra pas la reporter le lendemain parce qu'on n'a plus le décor, etc. Donc, ce genre de problème nous arrive quotidiennement. Qu'est-ce qu'on peut se permettre, qu'on ne peut pas se permettre sans castrer, on va dire, le mot, le réalisateur, la réalisatrice, voilà. Non, mais voilà, c'est un peu ça. C'est notre problème depuis le départ, de défendre un film, et ce qu'on a envie de voir de film, de ce scénario qu'on a lu, est d'un homme, on va dire, 9 fois sur 10, alors 8 fois sur 10, d'un homme qui, parfois, peut avoir des doutes en tant que créateur, etc. Et ces doutes ont des répercussions sur le tournage du film et sur le côté logistique, on va dire, du tournage.

C'est vraiment... Ça nous arrive sans arrêt. Et là, je ne parle même pas de l'artement, je ne parle que de conditions de travail. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Et alors, qu'est-ce que vous faites ? Moi, il y a des différences aussi, et là, j'ai le privilège d'être un homme de plus de 60 ans. C'est quand j'avais 32, 33 ans, que je faisais des films et j'avais parlé à des réalisateurs en disant là, tu dépasses les bornes, etc. Ils m'ont envoyé balader. Je n'avais pas ce pouvoir sur lui. Avec l'âge et l'expérience, on est un peu plus respecté par certains réalisateurs. Avec certains, ce sera impossible. Voilà, c'est très compliqué. Avec certains, la plupart, ça se passe quand même bien.

Il y a du dialogue. Et si le film a été bien préparé, et là, on ne va pas parler du financement, etc. Mais si le film a eu assez de temps de préparation, qu'on a pu bien travailler, bien estimer les journées de tournage, etc., le film se passera bien. Ce qui est quand même, 9 fois sur 10, le cas. Mais voilà, c'est... Oui, le problème, c'est juste une question... Malheureusement, on va revenir à une question d'éducation. Enfin, je veux dire, nous, on se retrouve...

44:20
Présentateur

Rassurez-vous, en politique, c'est la même chose.

44:23
Invité

Voilà. On se retrouve avec des gens en plus qui viennent, comme on l'a dit, d'horizons complètement différents, avec des histoires différentes. Et tout ça, il faut que nous, comme vous disiez, on est en année le chef d'orchestre et il faut que ça fonctionne, en fait. Donc, il y a un moment, nous, on est obligé que ça fonctionne et parfois, on est obligé de faire fi des histoires personnelles parce que juste, il faut que l'équipe avance. Donc, moi, j'aurais envie de dire... Enfin, on se concentre beaucoup sur le cinéma, le spectacle, mais je pense que, comme l'ensemble de la société, nous, on est aussi en héritage de centaines d'années de patriarcat et de mauvaises habitudes.

Et je ne veux pas renvoyer tout le monde dos à dos, mais je pense que l'éducation, au respect de l'autre, au consentement, il commence dès l'école, en fait, à l'éducation nationale. Donc, ce qui ne nous empêche pas, nous, évidemment, de mettre des choses en place et comme vous en avez parlé à certaines auditions, de mettre en place des modules comme ça se fait dans certaines écoles, déjà, pour parler de ces sujets-là, de rappeler le cadre juridique, le cadre légal et tout ce que ça engendre en VHSS. Mais je pense qu'il y a aussi un sujet de société beaucoup plus général dont il faut s'emparer, en fait, qui ne concerne pas que nous, en fait.

45:36
Présentateur

Oui, après, la France, c'est peut-être aussi distingué d'autres pays par le fait que la célébrité s'accompagnait d'une forme de caractère irascible.

45:44
Invité

Oui, enfin, voilà, on est obligé de confirmer ce que vous disiez, M. Balan. Malheureusement, effectivement, la situation que vous décrivez, c'est la réalité de nos plateaux, en fait.

45:52
Présentateur

Il y a M. Amir Cheikh qui avait une question. Oui, mais juste, je veux aussi,

45:56
Invité

sur cet aspect-là, ça a quand même un aspect sur la vie ensemble. C'est-à-dire que vous êtes jeune technicien, vous êtes jeune comédienne, vous êtes jeune, tout simplement, vous êtes confronté à des gens qui vous font peur. Comment voulez-vous, à un moment donné, si vous voyez quelque chose qui est de l'ordre du délit ou du crime, réagir ? C'est un vrai sujet. C'est aussi un vrai sujet.

46:19
Présentateur

C'est pour ça qu'il y a des médiations sur le plateau et que vous êtes des personnages importants. Mais encore, faut-il que vous soyez identifié comme tel sur un plateau. M. Amir Cheikh avait demandé la parole. Et ensuite, vous pourrez répondre.

46:34
Invité

Merci. Bonjour, Mesdames, Messieurs. Pardon du retard. Je ne sais pas si la question a été posée ou quelqu'un n'y répondait pas. Est-ce que vous avez des dispositifs particuliers d'alerte ou de procédure concernant les mineurs qui seraient concernés ne serait-ce que dans le casting des films, des séries et de toute autre oeuvre qui fait l'objet de vos productions ? Et la deuxième question est bien plus large, mais elle est un peu dans le plongement de ce qu'il disait la présidente Rousseau, à savoir, entre des dispositifs existants auxquels vous pourriez vous raccrocher comme d'autres professionnels, des formations, etc. et la réalité d'un bricolage entre guillemets.

Enfin, vous faites ce que vous pouvez avec ce que vous êtes. Est-ce que vous avez, vous, des recommandations à faire, à nous faire avant nos conclusions ? Qu'est-ce qui vous manque concrètement pour être, du moment où on décède, c'est-à-dire de l'alerte à la suite qui lui est donnée, des dispositifs encadrants ou en tout cas compréhensibles par tout le monde ?

47:34
Présentateur

Est-ce que vous pourriez répondre ? Oui, et après j'ai une autre série de questions.

47:38
Invité

Oui, au niveau de la formation, donc comme vous le disiez, il y a le CNC et l'AFDAS qui sont en train de mettre en place. C'est vraiment incessamment sous peu. Donc moi, ce que je trouve intéressant, c'est qu'effectivement, le systématisme de ces formations, ça va nous aider. Parce que nous, ce dont on a besoin, c'est qu'on nous aide à mettre un cadre, que les choses soient définies. Par exemple, le harcèlement environnemental, moi, c'est un truc que j'ai appris en formation, je ne savais même pas que ça existait. Et ça peut être des gens qui parlent de sexe toute la journée parce que c'est rigolo, etc. Ça peut gêner.

Et aussi de se dire, en fait, moi, ça m'est arrivé récemment, j'avais un collaborateur qui me faisait des blagues et que je ne comprenais pas parce que j'étais très premier degré. Et du coup, je me suis dit, bon, je vais aller le voir et je lui dis, écoute, je sais que ce n'est vraiment pas méchant et que c'est une blague, mais en fait, je ne la comprends pas et je le prends mal. Et du coup, ça me dérange. Mais j'ai pris, même moi, si je suis directrice de production, j'ai pris mon courage avec toutes mes mains pour aller le voir et il m'a dit, oh là là, désolé, vraiment. Et le problème a été résolu en deux minutes. Donc c'est ça qu'on a... Enfin, voilà, moi, c'est un peu l'espoir que j'ai.

C'est qu'on fait ça. Pareil, moi, je prône le droit à la déconnexion. C'est, mais vous l'avez dit souvent dans la commission qu'il y a des choses comme quand on veut mettre des chartes en place et que c'est la loi, mais en fait, un rappel à la loi est parfois nécessaire. Et en fait, le fait que ce soit nous qui représentions les employeurs et qui disions ça, eh bien, ça marche. Et effectivement, comme Daniel, moi, je fais beaucoup de prévention, surtout avec les jeunes, mais c'est vrai qu'ils ont quand même encore du mal à venir nous parler pour plein de raisons et qu'on est dans des milieux où on se dit, bon, ben, ça dure deux mois, ça dure six semaines, ça va passer.

Et en fait, il y a des gens qui ont des comportements inappropriés, qui ne sont jamais signalés et ça va être compliqué. Et pour les enfants, c'est encore une autre problématique, effectivement. Donc, on a la commission des enfants du spectacle, donc celle de Paris-Île-de-France, comme vous le savez, ils sont surchargés, ils sont vraiment... C'est vraiment très difficile. Ils n'ont pas assez d'effectifs, pas assez de moyens. Donc, nous, on a des problématiques. On est en train de discuter avec eux aussi, avec les assistants de production, enfin, avec d'autres corporations pour essayer de trouver des façons parce qu'on n'est pas sur la même temporalité, effectivement.

Et donc, ça, ça pose des soucis. Et puis, on se parlait aussi entre nous de... Maintenant, il y a les responsables enfants qui sont obligatoires dans la convention collective cinéma. Donc, ça, c'est super. Mais quid des enfants en dehors des temps de tournage parce que les parents ne peuvent pas systématiquement être là ? Parce que si vous tournez avec un enfant qui tourne tous les jours pendant quatre semaines, le parent ne peut pas nécessairement être là. Donc, comment est-ce qu'on s'organise ? Pareil, il n'y a pas d'obligation. Et on prend des gens, on fait un peu comme on peut.

Et on a aussi posé la question des mineurs de plus de 16 ans qui ne sont donc pas concernés par la commission des enfants du spectacle. Mais bon, vous avez un môme de 16 ans qui est en tournage avec vous au moins de chez lui. Comment on fait pour... Voilà.

50:17
Présentateur

Déjà, vous êtes quand même les premiers à ne pas nous parler de chartes là-dessus. Donc, je vous salue là-dessus parce que pour l'instant, dans toutes les auditions, on a eu des chartes qui toutes étaient différentes et qui, évidemment, aucune n'avait de valeur normative. Moi, j'aimerais vous poser aussi la question sur les castings et les temps hors tournage. Alors, vous l'avez abordé là. Comment ça se passe ? Quelle est votre responsabilité ? Parce qu'en tant que salarié, êtes-vous concerné par cela ? Et comment gérez-vous cela ? Donc, le casting, où là, je pense que vous êtes salarié à ce moment-là, c'est-à-dire que vous avez un contrat, pas forcément, d'accord ?

Donc, le casting et les temps hors tournage, les soirées notamment. Comment vous envisagez votre rôle sur ces interstices du contrat de travail ?

50:58
Invité

Alors, concernant le casting, je suis un peu bien placé parce que ma femme fait du casting. Donc, elle a fait des castings avec des enfants, par exemple. Et elle avait toujours une exigence qu'il y ait deux personnes au casting quand elle fait une, toujours. Et qu'au moins une des deux, c'est une habitude, soit une femme. Parce que, voilà, je trouve ça bien. Et pour ce... Ça ne protège pas de tout. Non, ça ne protège pas de tout. Mais on essaie de limiter. Oui, mais il y a parfois... Et ce n'est pas bien notamment une petite assistante qui débute, qui se dit, c'est ma plan. Voilà, des gens qui ont déjà un peu de bouteilles et qui pourraient dire, là, tu dépasses des limites, etc.

Parce que les castings peuvent être déjà traumatisants. En tout cas, je connais des cas où ça n'a pas été simple. Et en dehors du temps de tournage, pour moi, l'évidence, elle fait d'avoir une deuxième personne, en dehors de la personne qui va s'occuper des enfants pendant toute la journée de tournage, d'avoir une deuxième personne, un deuxième référent. Mais après, là, on vient toujours sur ce qui va être un peu le nerf de la guerre habituelle, c'est l'argent. Voilà, c'est tout simplement ça. Donc, il faut l'expliquer. Il faut que ce soit... Moi, je pense qu'à partir du moment où c'est des choses qui deviennent obligatoires dans la loi, ce sera beaucoup plus simple.

Et pour rebondir ce que tu as dit tout à l'heure sur le... sur, pardon, l'obligation d'avoir quelqu'un sur un tournage pour les enfants maintenant au cinéma, ce n'est pas le cas en audiovisuel. Donc, les deux conventions sont différentes et ce n'est pas ce qui est un truc de fou parce qu'il y a quand même tellement de téléfilms produits en France que c'est totalement anormal. Il faudrait que ces deux choses soient et séparées. Tant que ce n'est pas dans la loi, les gens ne l'appliqueront pas. Pour aussi répondre à la question de tout à l'heure, c'est assez paradoxal parce que la diète, anciennement la DAS, le dossier qu'on doit monter pour les enfants, c'est une véritable usine à gaz.

On doit préparer un mois et demi en avance, voire deux mois parfois, alors que les choses vont énormément évoluer. Donc, une fois qu'on a passé entre guillemets ce challenge-là, on est un peu, on nous fout la paix. Alors que c'est là que ça devient presque dangereux. Non, mais c'est vraiment dommage. Je reprends un peu ce qui a été dit. C'est-à-dire qu'il y a un dossier qui est super complexe à monter, mais qui ensuite est gravé dans le marbre alors que ça ne fait qu'évoluer. Et parfois, ça permettrait de solutionner des problèmes.

C'est-à-dire qu'il y a une réécriture d'une scène, on a changé un plan de travail et nous, on n'a pas vraiment d'interlocuteurs parce qu'ils vont nous dire « Ben non, prochaine commission dans un mois et demi. » Donc, on ne peut rien faire. Donc, on est obligé de soit empêcher le changement, soit nous voyer. Et donc, il y a ce dossier très rigide. Et en même temps, je reprends ce que dit Anaïs, c'est vraiment sur le plateau, on a des gamins qui ont 16 ans et qui sont libres de faire ce qu'ils veulent alors qu'il faudrait les surveiller. Et même s'ils ne sont pas soumis à un dossier diète, ça reste des mineurs.

Donc, il y a vraiment quelque chose à trouver sur l'engadrement des mineurs en province pendant les tournages. J'ai encore quelques questions. Juste sur les mineurs, on va commencer par celle-là parce que ça sera plus cohérent. Sur les feuilles de service, qui sont le document qui détaille un certain nombre de choses de la journée à venir. Lors des auditions précédentes, on nous a parlé parfois de feuilles de service qui étaient traitées de façon un peu... légère, à la légère. C'est-à-dire que, bon, voilà, elles n'étaient pas nécessairement remplies ou mal. Ou parfois, mal remplies, mais de façon à masquer un certain nombre de choses.

Est-ce que vous, vous avez ce genre de pratiques qui arrivent ? Alors, en particulier pour les enfants, c'est là que c'est gênant parce que c'est normalement les feuilles de service qui permettent à l'inspection du travail d'éventuellement et donc à la diète de faire des contrôles. Qu'est-ce que vous pourriez nous dire sur les feuilles de service ? Et après, j'aurais vraiment quelques petites questions très rapides si la présidente m'y autorise.

54:55
Présentateur

Si l'horloge l'autorise. Merci, Anisie.

54:58
Invité

Sur les feuilles de service, on est censé les faire bien comme il faut. Après, c'est vrai qu'il y a des cahiers. On a, en fait, la DRIES, enfin, les commissions des enfants du... Ben oui, mais après, je ne peux pas parler pour tout le monde, c'est en ça que je veux dire ça. Mais la commission des enfants du spectacle donne des idées de... Enfin, pas des idées, d'ailleurs, elle dit en temps scolaire pour les enfants de tel âge à tel âge, comme un petit flou parce que j'ai l'impression qu'au niveau légal, on peut faire travailler les enfants plus longtemps. Il y a ça. Moi, j'ai l'impression qu'on s'améliore un peu sur les enfants. Mais bon, on va encore reparler d'une question de moyens.

De toute façon, c'était toujours la même chose. Moi, j'ai fait un film avec un enfant en rôle principal. On avait pris deux enfants doublures qui étaient là tous les jours. Ben, ça n'a pas suffi. Voilà. Donc, c'est vrai que l'enfant, il était là potentiellement plus parce que, en fait, soit vous cassez des jumeaux, ça, c'est la meilleure solution. Mais sinon, voilà. J'avoue que depuis, j'essaie de ne pas faire de film avec des enfants parce que ça me stresse trop. Je trouve ça vraiment très difficile. Maintenant, c'est vrai qu'on est avec les responsables des enfants.

Donc, on peut avoir quelqu'un qui limite avec un chronomètre, mais quand même pour dire, voilà, à partir de ta tension, il te reste un quart d'heure avec l'enfant. Après, il faut le libérer. Et aussi d'essayer de faire des vrais temps de pause pour les enfants parce qu'effectivement, des fois, on va les faire travailler deux heures le matin et deux heures l'après-midi. Et on ne va pas juste les tanquer dans une loge et qu'ils attendent que ça se passe, d'avoir un temps. Ils peuvent bouquiner, jouer, enfin, voilà, faire des choses parce qu'on est quand même dans un truc un peu fou de faire travailler des enfants.

C'est quand même un peu les seuls enfants qui peuvent travailler dans notre pays. Donc, il y a quand même ça qui est important. Et c'est vrai que pour la commission des enfants du spectacle, récemment, j'ai eu un enfant qui était à Grenoble. Et donc, ce n'était pas la CMB, c'est-à-dire ceux qui reçoivent les enfants à Paris. Donc, c'était un autre médecin qui m'a envoyé trois pages de questions sur le scénario extrêmement précises de, dans la séquence, il est écrit qu'il a un cartable, quel est le poids dans son cartable, il mange un fast-food, combien de frites va-t-il manger, à quelle heure ?

Alors, dans un premier temps, j'ai un peu paniqué par l'ampleur des questions et je me suis dit je vais l'appeler et en discuter avec elle pour savoir exactement comment elle veut que je réponde parce qu'il y avait des choses, bah oui, l'enfant va jouer avec un chiot, comment je fais pour assurer que l'enfant ne va pas se blesser ?

On va faire de notre mieux et en fait, en discutant avec elle, ce que j'ai surtout retenu, c'est que finalement, c'est la seule personne qui voit l'enfant, c'est-à-dire que la commission ne voit pas les enfants et moi, je lui ai dit écoutez, voilà, je peux répondre à toutes vos questions de la meilleure façon que je peux parce qu'il y avait des questions aussi, il y a les parents divorces dans le scénario, est-ce que vous avez expliqué le mariage, le divorce ? Oui, voilà, ça c'est hyper compliqué mais on peut essayer et je lui ai dit voilà, à mon sens, vous, votre rôle, c'est comme vous êtes la seule à voir l'enfant, c'est est-ce qu'il est bien dans ses baskets ?

Est-ce que sa scolarité est OK ? Est-ce que ça ne va pas le perturber ? Est-ce que ce n'est pas ses parents qui sont derrière lui à vouloir qu'il travaille ? Je lui ai dit, voilà, pour moi, c'est vraiment ça. Toutes les autres questions, je peux vous faire un mail et vous répondre mais c'est essentiellement ça. C'est vrai que la commission des enfants du spectacle, je pense que les questions qu'ils nous posent, c'est, voilà, l'enfant doit sauter d'un muret, envoyez-nous la photo du muret pour qu'on vérifie que... Mais moi, sur un tournage récemment, on avait un enfant silhouette. Donc un silhouette, c'est qu'il est défini mais qu'il ne parle pas.

Il croise un personnage et pendant le tournage, on m'appelle, on me dit, la réalisatrice veut qu'il dise bonjour monsieur, qu'est-ce qu'on fait ? Et je me suis retrouvée à dire non, c'est interdit. Et donc, je m'en suis engueulée avec la réalisatrice qui m'a dit, écoute, franchement, c'est rien. Et dans le fond, je suis d'accord avec elle. Bonjour monsieur. Bon, ben non, en fait, la driette n'a pas donné l'autorisation. Et elle a accepté parce que, ben voilà, elle a bien voulu. Mais voilà, c'est anecdotique. Allez, les dernières questions parce qu'il est 15h01 déjà. Quand on réalise, pour le coup, le bonjour monsieur, il peut parfaitement être sur un plan par derrière, off, en post-prod.

Si on n'a pas l'autorisation,

58:53
Locuteur

on ne peut pas faire le parler.

58:54
Invité

Vous ne savez pas le droit de le faire parler sur le tournage mais dans le film non plus ? Non, parce qu'en fait, il faut que je soit déclaré comme une question rapide sur... Donc, vous nous avez dit, vous n'êtes pas... Enfin, vous êtes en lien avec un producteur mais c'est vous ou le producteur qui peut à un moment décider de mettre en place une enquête. Donc, c'est vous qui appelez le producteur et qui dites... qui lui dites écoutez, là, il y a un souci, il faut déclencher une enquête. Ce n'est pas vous qui pouvez prendre la décision. D'accord. OK. Et...

59:33
Présentateur

Allez, répondez. Non, non, répondez à ça. Répondez, parce qu'il faut

59:36
Invité

qu'on ait la réponse. Ah, pardon. Si on peut le préconiser au producteur, on espère qu'il va nous suivre mais s'il décide de ne pas nous suivre, on ne peut pas... Est-ce que vous le faites

59:46
Présentateur

par écrit dans ces cas-là ?

59:48
Invité

Oui, il vaut mieux le faire par écrit. Enfin, moi, je n'ai pas été confronté mais si ça m'arrivait, bien sûr que je le ferai par écrit. Je peux juste... Je vais contredire mon camarade. Moi, même si le producteur me dit qu'il ne veut pas, je le ferai. Ça me semble normal. Je suis là aussi. Et aussi, alors soyons... Moi, c'est mes convictions mais surtout parce que s'il y a un quelconque souci après, c'est nous qui allons payer. Donc, moi, je trouve que non. Si c'est grave, les faits sont avérés, je reçois quelqu'un, j'enquête, j'écoute cette personne. Avant même d'aller au stade de l'enquête, je vais l'écouter, cette personne. Et moi, je ne sais pas, ça me semble normal.

Et dernière question qui est en lien. Bien évidemment, il y a l'humain qui est derrière tout ça. Il y a une chose, c'est gérer un problème et une chose, c'est le faire dans le cadre du travail. Sortir du cadre du travail, ça nous est tout à fait possible. Et je pense qu'à partir du moment où on dit à un producteur, moi, je n'imagine pas un producteur qui refuse de le faire si on lui demande. Mais bon, ça peut arriver. Et c'est dans ce cas-là où on sort du cadre du travail et on peut avancer sur ce sujet.

1:00:53
Présentateur

Je ne sais pas si on sort du cadre du travail, en vrai.

1:00:55
Locuteur

C'est une autre fonction.

1:00:57
Présentateur

Je ne sais pas. C'est la vraie question. C'est la vraie question.

1:01:00
Invité

C'est une vraie question. Et dernière question sur les clauses assurantielles et sur la seule clause assurantielle qui existe aujourd'hui sur interruption de tournage pour VHSSS. Est-ce que vous pensez qu'elle est suffisante et est-ce que vous pouvez, par rapport à votre vécu et vos expériences des tournages, 5 jours, 500 000 euros, est-ce que c'est quelque chose qui est suffisant ? Tout simplement. C'est la dernière question. Parce que le temps nous... La question de l'assurance, en fait, c'est qu'est-ce que ça couvre ? Enfin, qui ça couvre ? Et jusqu'ici, il fallait, je crois que signalement procureur de la République ou plainte.

Sauf qu'on sait très bien que quand une personne a été agressée, des fois, ce n'est pas immédiat, la plainte. Donc ça, c'est ça le premier frein, je pense. Après, les modalités de combien d'argent, combien de jours, etc., ça, c'est encore un peu flou. Ça dépend de plein de cas. Mais je pense que déjà, il faudrait que ce soit étendu à tout le monde, effectivement, qu'on soit comme un collectif et que ce ne soient pas les gens qui soient assurés, c'est-à-dire les comédiens principaux, le réalisateur, le chef opérateur, et que ce soit tout le monde.

1:01:59
Présentateur

Je vous remercie beaucoup. Nous avons auditionné les assureurs qui nous ont fait part de leur volonté, mais aussi de l'inefficacité un peu de leur dispositif qui n'est pas tellement saisi et pour les raisons que vous venez sans doute de pointer. Je vous remercie beaucoup pour cette audition et je vous souhaite bon courage. Si vous avez des compléments à nous adresser par écrit, c'est tout à fait possible. Si vous voulez être réauditionné, vous pouvez aussi nous en faire part. Et à l'inverse, nous vous ferons part de nos réflexions à la fin de la commission d'enquête. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci beaucoup.

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