Production de batteries électriques en France : "Il vaut mieux être en retard que complètement hors-jeu à terme"
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« La question c'est plutôt finalement est-ce que c'est nécessaire, est-ce que c'est indispensable d'ouvrir une usine de batteries en Europe et en France ? »
- 1:27InvitéChiffre
« La Chine a aujourd'hui 85% des capacités mondiales de production de cellules de batteries. »
- 1:45InvitéFait
« Il vaut mieux être hors-tard que complètement hors-jeu à terme. »
- 4:20InvitéFait
« Les chaînes d'approvisionnement des matériaux de batterie sont contrôlées par la Chine. »
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Il est 6h21, c'est une gigantesque usine qui va être inaugurée cet après-midi au milieu des champs, près du port de Dunkerque. Elle fait la taille de 71 terrains de football, une usine de batterie pour voitures électriques. La troisième du genre dans cette région des Hauts-de-France. L'entreprise est française, Vercors, et l'enjeu stratégique alors que la Chine écrase le marché. Bonjour Marine Hauch. Bonjour. Vous travaillez à l'Institut Mobilité en Transition. Vous êtes chargée du projet matériaux critiques, batteries et recyclage.
Le secteur est en plein doute avec la faillite cette année du géant suédois des batteries Norsevolt, le ralentissement du marché des voitures électriques en Europe et l'Union Européenne qui va sans doute assouplir l'interdiction de vendre des voitures thermiques en 2035. Il faut être drôlement optimiste pour ouvrir une usine de batteries électriques en ce moment ?
Alors c'est vrai qu'il faut être optimiste en effet, mais je pense que la question elle peut être posée un petit peu différemment. La question c'est plutôt finalement est-ce que c'est nécessaire, est-ce que c'est indispensable d'ouvrir une usine de batteries en Europe et en France ? Et la réponse c'est oui, c'est indispensable, c'est souhaitable. Et l'exemple de Vercors qui va inaugurer sa première vraie usine à l'échelle industrielle dans les Hauts-de-France aujourd'hui, est l'exemple que non seulement c'est indispensable mais en plus c'est possible. Vous avez raison de le rappeler, il y a une concurrence internationale qui est rude, notamment une concurrence asiatique.
La Chine a aujourd'hui 85% des capacités mondiales de production de cellules de batteries. Mais finalement, l'Europe est certes un petit peu hors-tard, mais il vaut mieux être hors-tard. Un petit peu ? La Chine est à 85% ? Elle est hors-tard certes, mais ce qui est important maintenant c'est de rattraper ce retard. Il vaut mieux être hors-tard que complètement hors-jeu à terme.
Et si on abandonne maintenant ces projets, cette filière, on risque de perdre la maîtrise d'une technologie qui va être essentielle pour la transition, notamment du secteur de la mobilité, qui je le rappelle représente, le secteur du transport, qui représente 30% des émissions de gaz à effet de serre en Europe et en France.
Alors le secteur de la batterie électrique compte désormais trois usines dans cette région des Hauts-de-France. Les deux premières ont connu et connaissent encore des débuts difficiles. D'ailleurs, elles le reconnaissent, les directeurs, les responsables de ces usines le disent. On essuie toujours les plâtres, le process de fabrication n'est pas encore complètement maîtrisé, on ne progresse pas aussi vite qu'espéré. Ce n'est pas si simple de fabriquer des batteries. Il ne suffit pas de mettre des machines, de les allumer, ce n'est pas immédiatement opérationnel ?
Alors non, ce n'est pas immédiatement opérationnel. Et ça, c'est vraiment important à comprendre. C'est des mois et des mois de réglage. Des mois et des mois de réglage. C'est industrialiser cette technologie, c'est difficile. Ce n'est pas une difficulté qui est uniquement rencontrée par les acteurs européens. Les acteurs asiatiques qui ont l'avance que j'ai mentionné, ils ont mis des années avant d'atteindre le niveau qu'ils ont aujourd'hui. C'est une courbe d'apprentissage finalement qu'il faut grimper pour les acteurs européens.
Et ce qui est essentiel à retenir vraiment, c'est qu'on va être capable d'apprendre à industrialiser, d'apprendre tous ces procédés, d'apprendre à utiliser les machines outils, vous l'avez mentionné. Et c'est plein de savoir-faire, plein de maîtrise technologique qu'il va falloir développer.
Un savoir-faire que justement ces usines apprennent auprès d'experts chinois, parce que dans les deux premières qui sont déjà ouvertes en France, il y a des experts chinois, japonais, qui sont venus et qui passent des mois et des mois et des mois dans les usines auprès des ouvriers français, des salariés français, pour leur apprendre.
Oui, tout à fait.
Ça, ce n'est pas un aveu de faiblesse quand même de faire ça ?
Je ne pense pas que ce soit un aveu de faiblesse. C'est apprendre d'acteurs qui ont acquis des compétences, des technologies, un savoir-faire. C'est l'occasion de nouer des partenariats qui sont constructifs, qui vont nous permettre de nous mettre à niveau, tout simplement. Et puis, en fait, l'enjeu, c'est vraiment de faire en sorte que ces partenariats soient équilibrés, qu'ils mettent en place des transferts de technologies. Et c'est la collaboration qui est nécessaire, qui est indispensable et qui sera bénéfique à long terme.
Alors, il y a le problème du savoir-faire. Il y a aussi la question des ressources, de l'approvisionnement en matière première. Pour faire des batteries, il faut des terres rares, il faut des matériaux critiques qui, pour beaucoup, viennent de Chine. Sur ce plan-là aussi, il va falloir trouver des solutions ?
Alors, c'est vrai que les chaînes d'approvisionnement des matériaux de batterie sont contrôlées par la Chine. Alors, pas forcément de terres rares dans les batteries, mais des matériaux critiques. Donc, par exemple, du lithium, du cobalt, tout à fait. Et c'est vrai qu'il va falloir aussi, à terme, peut-être, devenir un peu moins dépendant sur ces chaînes de valeur. Et comment ? Eh bien, notamment, une des voies pour être moins dépendant, ça va être la voie du recyclage, de l'économie circulaire. Et cette filière du recyclage, elle va pouvoir être mise en place, notamment grâce à l'implantation sur le territoire d'usines, comme celle que vous avez mentionnée dans le bassin d'Inquerquois.
puisque, en fait, quand on y réfléchit, les volumes de batteries de véhicules électriques en fin de vie, donc qui vont être disponibles pour être recyclés, elles ne vont pas arriver sur le marché tout de suite. On va devoir attendre que ces véhicules électriques atteignent leur fin de vie, soient usés.
Donc, le premier intrant pour cette filière du recyclage, pour qu'elle se développe et pour qu'on puisse non seulement devenir plus autonome, mais surtout aussi avoir des processus plus vertueux pour l'environnement, donc rompre avec un modèle extractif, ça va être d'utiliser les déchets de production de ces usines, qui au début sont, vous l'avez mentionné, elles apprennent, donc elles produisent un peu plus de déchets en plus au début, et au fur et à mesure qu'elles montent en capacité, qu'elles produisent des volumes, elles vont réduire un peu leurs déchets.
Oui, c'est pour ça, en fait c'est un peu le serpent qui se ment là, que pour montrer une filière de recyclage, il faut des matériaux à recycler, et pour avoir des matériaux à recycler, il faut des batteries. Donc, on en revient aux usines. Donc, il faut que ces usines se développent pour que ça devienne un cercle vertueux. Exactement, ça pourra devenir un cercle vertueux à terme. Et tout ça ne peut fonctionner que si les États subventionnent fortement ?
Alors certes, il faut un soutien financier, c'est indéniable, c'est d'ailleurs ce qu'a fait la Chine, une vraie planification industrielle, une politique industrielle, il faut un soutien, parce que c'est une filière qui est stratégique.
C'est ce que dit Vercors, qui dit, les Chinois ont investi beaucoup, et la France et l'Europe certes donnent, mais clairement pas assez.
Il va falloir une politique industrielle, ça peut passer par du soutien, ça peut aussi passer par un signal clair, finalement, qui permet de sécuriser les investissements, notamment sur les objectifs d'électrification. Ça, c'est très important pour sécuriser la filière. Ça peut aussi passer par un soutien qui valoriserait cette production européenne, notamment la France, en octobre 2025, a introduit une surprime sur le bonus écologique pour les batteries qui seraient produites en Europe. Donc, une surprime sur l'achat de véhicules électriques dont les batteries auraient été produites en Europe, pardon. Donc ça, c'est aussi des phénomènes qui peuvent être incitatifs.
Et peut-être sur le sujet du recyclage, je voulais juste ajouter un point, c'est qu'on entend souvent qu'il y a souvent des doutes sur la recyclabilité de ces matériaux, mais ces matériaux sont recyclables à des taux très élevés, de l'ordre de 95%.
Merci Marine Hauch, vous travaillez à l'Institut Mobilité en Transition et vous êtes chargé de projet Matériaux Critiques, Batteries et Recyclage. Vous étiez l'invité du 5-7.