Chloé Morin : "Tous les groupes ont déploré un mauvais budget, et pourtant une majorité l'a voté"
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Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:24OuverteRéponse directe
Vous êtes politologue, alors qu'une coalition aussi hétéroclite réussisse à faire passer un budget, c'est inédit ?
- 1:03OuverteRéponse partielle
Est-ce que ça commence à ressembler à du parlementarisme ? Et est-ce que cette expérience 149.3, vous pensez que c'est un tournant durable ?
- 3:37OuverteÉludée
Il y a par exemple les écologistes, quelques pour, quelques contre, beaucoup d'abstention. Il y a des LR qui n'ont pas suivi leur président Bruno Retailleau et qui ont voté le texte. Il y a quand même 18 députés LR qui ont voté alors que Bruno Retailleau avait appelé à l'abstention. Pour Horizon, du côté d'Edouard Philippe, qui est censé être un allié du Bloc central, il y a eu beaucoup d'abstention et quelques voix pour. Justement, pour paraphraser Edouard Philippe, est-ce que la poutre, là, elle travaille dans tous les sens en ce moment ?
- 5:06OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut les mettre dans le même panier en matière de conséquences politiques pour ces deux partis ? Est-ce qu'on peut les qualifier de perdants ?
- 6:49OuverteRéponse directe
Le budget, c'est une affaire d'hommes. Les commissions des finances, c'est les plus masculines de tout le Parlement. Justement, puisque vous parlez de féminisme, moi, ça m'inspire une dernière question pour vous, Chloé Morin.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34InvitéFait
« Dans la configuration actuelle, oui, on peut dire que c'est inédit. »
- 1:22InvitéPromesse
« C'est une promesse qu'il a faite peu après avoir été nommé. »
- 2:35InvitéFait
« Paris réussie parce que derrière le vote du budget, il y a un autre enjeu qui est évidemment la guerre entre LFI et le reste de la gauche. »
- 4:39InvitéFait
« Et donc, c'est vrai que quand on voit que la réforme des retraites a été enterrée, enfin enterrée, reportée, grâce à 18 voix des Républicains, Républicains qui sont le parti qui était le plus allant à la dernière présidentielle pour repousser l'âge de départ à la retraite, c'est vrai que ça devient assez difficilement lisible. »
Temps de parole
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France Inter, le 5-7. Il est 6h20, à 13 voix près, adoption, ric-rac, mais adoption quand même. Le budget de la Sécurité sociale a été voté par les députés hier soir en seconde lecture. Alors il reste encore un aller-retour avec le Sénat avant le feu vert définitif. Mais il n'y a plus vraiment de doute maintenant. Bonjour Chloé Morin. Bonjour. Vous êtes politologue, alors qu'une coalition aussi hétéroclite réussisse à faire passer un budget, c'est inédit ?
Dans la configuration actuelle, oui, on peut dire que c'est inédit. Avec évidemment les inconvénients que ça pose en matière de lecture politique. Puisqu'on voit depuis le vote hier qu'on entend à la fois des gens qui crient victoire, des gens qui crient que c'est une trahison absolue et que ce budget est un scandale. Ce qui était étonnant d'ailleurs, c'était d'écouter les discours des différents groupes avant le vote. Tous ont déploré un mauvais budget et pourtant une majorité l'a voté.
Alors on va passer en vue les différentes forces politiques. Juste une question quand même encore sur ce qui s'est passé. Est-ce que vous diriez que ça commence à ressembler à du parlementarisme ? Et est-ce que cette expérience 149.3, vous pensez que c'est un tournant durable ?
D'abord, c'est intéressant de rappeler que le 149.3, personne ne pensait que le Premier ministre n'allait pas l'utiliser. Donc c'est une promesse qu'il a faite peu après avoir été nommé. C'est une promesse qu'il a tenue. Ce que l'on voit, c'est que c'est un Premier ministre qui a réussi à nouer la confiance avec un grand nombre de députés et de groupes politiques. Donc ça, c'est une chose que ses deux prédécesseurs n'ont pas réussi à faire. Est-ce que c'est un début de parlementarisme ? Oui, avec évidemment tout ce que ça implique comme discussion de couloirs et tractations qui apparaissent souvent aux yeux des Français comme des compromissions.
Donc grâce à Sébastien Lecornu, à sa méthode à aller discuter avec tout le monde, grâce aussi à Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics ?
Oui, qui est en fait l'une des révélations de la période puisqu'on la connaissait technicienne. Elle avait un profil de haut fonctionnaire. Donc on ne la connaissait pas manœuvrière politique et elle s'est véritablement révélée. Tous les groupes politiques en disent du bien. Elle a su respecter tout le monde. Donc c'est vrai que ces dernières semaines, elle a joué un rôle vraiment clé avec aussi le patron du groupe socialiste qui lui aussi a été moteur pour essayer de trouver des compromis. Et pour le socialiste, donc Paris réussie, totalement réussie ? Paris réussie parce que derrière le vote du budget, il y a un autre enjeu qui est évidemment la guerre entre LFI et le reste de la gauche.
LFI campant sur ses positions consistant à demander la démission d'Emmanuel Macron s'y nédier et puis le reste de la gauche qui a fait le pari, et c'est la première fois depuis plusieurs années, de se distinguer de LFI et de redevenir en quelque sorte un parti de responsabilité, de gouvernement et de dialogue.
Donc ce vote acte une rupture qui était quand même déjà pas mal consommée ?
Entre LFI et l'EPS, c'est certain. Maintenant, nous sommes à la veille des municipales, donc c'est un moment risqué pour rompre l'union de la gauche parce que derrière, il va y avoir des villes qui sont en jeu, des villes qui sont aux mains des socialistes et qui peuvent être perdues en raison des divisions avec LFI. Mais oui, je pense que cette rupture est durable.
Et puis ailleurs, sur l'échiclée politique, il y en a qui ne savent plus trop où ils habitent. Il y a par exemple les écologistes, quelques pour, quelques contre, beaucoup d'abstention. Il y a des LR qui n'ont pas suivi leur président Bruno Retailleau et qui ont voté le texte. Il y a quand même 18 députés LR qui ont voté alors que Bruno Retailleau avait appelé à l'abstention. Pour Horizon, du côté d'Edouard Philippe, qui est censé être un allié du Bloc central, il y a eu beaucoup d'abstention et quelques voix pour. Justement, pour paraphraser Edouard Philippe, est-ce que la poutre, là, elle travaille dans tous les sens en ce moment ?
Oui, on voit que les députés sont assez désorientés parce qu'en réalité, il n'y a pas seulement le budget et les différentes mesures de recettes ou de dépenses qu'il y a à l'intérieur, mais il y a aussi la perspective éventuelle des municipales. Il y a la perspective éventuelle d'une dissolution si le vote du budget qui va arriver après venait à échouer. Et donc, les différents députés, en réalité, sont dans des trajectoires qui sont aussi des trajectoires personnelles, des trajectoires de relation, en fait, avec leurs électeurs. Et les uns et les autres se positionnent par rapport à ça.
Et donc, c'est vrai que quand on voit que la réforme des retraites a été enterrée, enfin enterrée, reportée, grâce à 18 voix des Républicains, Républicains qui sont le parti qui était le plus allant à la dernière présidentielle pour repousser l'âge de départ à la retraite, c'est vrai que ça devient assez difficilement lisible.
Alors, ce qui est plus clair, en tout cas, c'est du côté du Rassemblement National et de la France Insoumise, parce que alors là, tous les députés ont voté contre ce budget de la sécurité sociale. Est-ce qu'on peut les mettre dans le même panier en matière de conséquences politiques pour ces deux partis ? Est-ce qu'on peut les qualifier de perdants ?
Non, je ne pense pas. Je pense que pour leurs électeurs, ils sont gagnants. Pour leurs électeurs, ils sont gagnants. Et c'est ça qui compte pour eux. Pourquoi ? Parce que de toute façon, ce sont deux partis qui s'inscrivent en opposition radicale et ferme à ce qu'a pu incarner Emmanuel Macron et qui s'opposent à toute idée de dialogue avec un pouvoir qui soit associé à Emmanuel Macron, quel qu'il soit. Donc, pour eux, il était important de marquer une rupture nette et de donner rendez-vous, en quelque sorte, à la prochaine élection présidentielle ou voir aux prochaines élections législatives s'il y avait une nouvelle dissolution. Donc, pour leurs électeurs, ils ne sont pas perdants.
Maintenant, ça va être intéressant de voir les premières enquêtes d'opinion dans les jours qui viennent pour voir si le reste des Français considèrent qu'il était utile et nécessaire de jouer le jeu du dialogue ou si, finalement, la copie est tellement mauvaise en termes de hausse d'impôts pour les ménages ou pour les entreprises qu'ils considèreront globalement que l'exercice est mauvais.
Chloé Morin, merci beaucoup pour votre analyse au lendemain de ce vote très important de l'Assemblée nationale. Donc, vote du budget de la sécurité sociale. Votre dernier livre est sorti il y a tout juste un mois. Il s'appelle « Désaligner ». C'était une réflexion notamment sur le féminisme à l'heure des réseaux sociaux. Et justement, puisque vous parlez de féminisme, moi, ça m'inspire une dernière question pour vous, Chloé Morin. Le budget, c'est une affaire d'hommes. Les commissions des finances, c'est les plus masculines de tout le Parlement.
Oui, c'est vrai. Oui, oui, c'est vrai. Et je vous disais tout à l'heure qu'Amélie de Montchalin a joué un rôle clé. Et je pense que la présidente de l'Assemblée nationale a aussi beaucoup, beaucoup plaidé dans cette période pour l'esprit de compromis, le dialogue, etc. Donc, il y a quand même quelques femmes, heureusement, qui au Parlement et au gouvernement ont tué un rôle clé dans les dernières semaines. Merci et bonne journée, Chloé Morin.