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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 4 mai 2026 26 minContradictoireMixte

Crises environnementales : comment réformer notre politique de l’eau ?

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0:00
Présentateur

France Culture, question du soir, Mathéo Caranta.

0:08
Invité

Le 21 avril dernier, l'association France Nature Environnement a déposé un recours contre l'État pour carences fautives dans la gestion de l'eau au motif de la dégradation de la qualité de l'eau durant les dernières décennies. En effet, entre l'eau contaminée aux polluants éternelles, les désormais fameux pifaces, les sécheresses à répétition, les inondations, les crises de l'eau se multiplient, deviennent même la toile de fond de nos vies quotidiennes. Alors que le modèle de gestion de l'eau en France est considéré comme un exemple parmi nos voisins européens, est-il suffisamment résilient pour faire face à ces nouvelles crises ? Quels sont les grands enjeux de l'eau douce du XXIe siècle ?

Et plus largement, comment faire de l'eau douce potable un enjeu commun à l'humanité tout entière ? De grandes questions que nous allons aborder avec Simon Porchet. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes professeur à l'Université Paris-Dauphine-PSL, co-directeur de l'Institut d'économie de l'eau, auteur de « Nous sommes faits d'eau, l'avenir d'une ressource vitale » qui va apparaître mercredi, mercredi 6 mai aux éditions « Les corps conducteurs ». Merci d'être avec nous sur France Culture. Et Simon Porchet, j'évoquais cette actualité France Nature Environnement qui a porté plainte le 21 avril dernier contre l'État. Ce recours contre l'État pour carences fautives.

L'association demande que l'État soit condamné à réparer le préjudice écologique consécutif à cette carence, qu'elle estime à près de 1 milliard d'euros. Qu'est-ce que ça veut dire que ce préjudice écologique, est-ce que c'est à l'État de répondre à ces carences fautives ?

1:50
Présentateur

Du moins, c'est le pollueur qui doit payer. Donc si ce n'est pas l'État qui était au courant quand même de l'effet nocif des pifaces, ce sont les entreprises qui produisent des pifaces ou qui les utilisent massivement et du coup qui les déversent dans la nature. Il faut dire quand même que les pifaces, on les retrouve partout, dans l'air, dans les sols, dans l'eau, y compris l'eau embouteillée. Donc même l'eau embouteille n'est pas à protéger des pifaces et qu'on les retrouve absolument partout dans le monde. Et quand on teste d'ailleurs le sang des Français, on les retrouve dans 100% quasiment des personnes testées. Donc c'est une forme de prison dont on ne sort jamais.

Et effectivement, il faut que le pollueur paye parce que ça a des effets sur la santé publique. Alors, on ne va pas tous tomber malade parce qu'on a bu de l'eau avec des pifaces, mais le cocktail de polluants que l'on peut boire peut entraîner derrière des maladies à long terme, notamment sur des personnes fragiles, des femmes enceintes, par exemple des nourrissons. Et ça, effectivement, il faudrait que le pollueur paye et sinon que l'État assume ses responsabilités et aide les collectivités du moins à récupérer de l'argent pour faire face à ces polluants qu'il faut désormais traiter dans l'eau du robinet.

2:49
Invité

Alors, je vous propose d'écouter quelques témoignages à propos de ces pifaces. Alors, la pollution, elle a lieu depuis 30 ans, à partir des années 1995. Et nous, nous avons été testés en mai 2025. Avec mes deux collègues voisins, nous avons fait des analyses de sang. La limite haute, c'est 20 microgrammes par litre de sang. Et moi, mon résultat, c'est 132,81 microgrammes. C'est une vraie colère, une vraie révolte, parce que nous ne sommes responsables en rien de cette pollution. Et tout nous est mis sur le dos. Après, engager une plainte pour empoisonnement, mise en danger de la vie d'autrui, ne va pas se laisser faire, quoi.

S'il nous arrive quelque chose plus tard aux enfants, qui va payer ? Si rien n'est pris en charge, ce ne sera pas le pollueur non plus. Ce sera nous, donc, oui, en colère. Deux voix, deux témoignages. Annick Dufis, mère de Malandrie et Aurore, maman de quatre enfants, habitante de Malandrie. Elles font partie de ces six communes des Ardennes qui ont porté plainte pour mise en danger de la vie d'autrui et pollution de l'eau le 7 avril. On en vient d'entendre un extrait d'un reportage de M6 Info. Et ces témoignages, ce qu'il raconte, c'est que cette question de l'eau, c'est d'abord du vécu, du vécu commun.

Il y a aujourd'hui en France des villes, des villages où il est interdit de boire de l'eau du robinet.

4:11
Présentateur

Oui, il y a plein de villes, en fait, dans lesquelles on dépasse le seuil de concentration de polluants. Sachant que les polluants sont multiples, on parle des pifaces, des polluants qui sont plutôt industriels, mais aussi des pesticides, des nitrates, donc là, qui sont plutôt liés à l'activité agricole. Et puis, il y a aussi des polluants qu'on appelle microbiologiques, qui sont liés, là, au fait, ce sont concrètement des traces d'excréments qu'on va retrouver dans l'eau potable. Donc, il y a à peu près 10%, en fait, des unités de distribution en France qui dépassent ces seuils de conformité, parfois de façon pas très grave. On revient vite à la normale, c'est temporaire.

Et puis, parfois, de façon beaucoup plus grave, sur un petit nombre d'unités. Alors, quand même, rappelez aux auditeurs qu'en France, l'eau, l'eau du robinet, c'est le produit alimentaire le plus contrôlé. Il y a des contrôles systématiques des agences régionales de santé, donc d'acteurs publics, mais aussi des acteurs qui gèrent directement le service public de l'eau. Donc, il faut les rassurer, parce qu'en fait, s'il y a un problème sur la qualité de l'eau du robinet, vous allez en être inverti par votre commune ou par le service d'eau qui gère l'eau potable.

5:15
Invité

Alors, contrôler la qualité de l'eau qui sort du robinet, cela, c'est possible. Vous parliez tout à l'heure du pollueur-payeur. La question est, comment identifier la source du pollueur ? Comment fait-on, lorsqu'on contrôle une eau qui sort du robinet, qui est polluée, Simon Porchet, pour identifier telle usine, telle pollution, tel insecticide ? Comment est-ce que cela fonctionne ?

5:36
Présentateur

Alors, c'est effectivement très difficile, parce que pour les nitrates, les pesticides et les polluants éternels, les pifaces, en fait, déjà, la pollution peut dater d'il y a un certain nombre d'années. On appelle ça une pollution diffuse, diffuse dans le temps, mais aussi diffuse géographiquement. Et aussi, le pollueur peut être situé assez loin, finalement, du lieu de pollution, parce que l'eau porte, les rivières portent les polluants à différents endroits, et l'air aussi les transporte à différents endroits. Donc, c'est assez difficile de trouver le pollueur.

Néanmoins, on sait les producteurs qui utilisent un certain type de produits chimiques, et même souvent, on les taxe directement sur ces produits chimiques. Le problème, c'est que la taxe n'est pas assez élevée pour les dissuader de les utiliser. Et puis, il y a un problème aussi de réglementation. Il faut tout simplement interdire l'utilisation ou la production de certains produits chimiques quand on sait qu'ils ont un effet très néfaste sur la santé.

6:25
Invité

Alors, il y a un autre risque que vous soulignez dans votre ouvrage « Nous sommes faits d'eau ». Ce n'est pas seulement la conséquence sanitaire, évidente. Ce n'est pas seulement aussi la conséquence économique d'aller chercher, réparer cette eau, la refiltrer, la recontrôler, et peut-être pour celles et ceux qui ne peuvent pas boire de l'eau du robinet, aller s'acheter tout simplement des bouteilles d'eau minérale. C'est aussi le risque démocratique. Qu'est-ce que ça veut dire lorsque l'on ne peut plus avoir confiance dans l'eau du robinet ? Vous soulignez, c'est une promesse, une sorte de service public dont on parle peu, qui a près de deux siècles.

6:57
Présentateur

L'amélioration de la qualité de l'eau et l'accès pour tous à l'eau du robinet de bonne qualité, c'est une promesse. C'est vraiment une promesse des pouvoirs publics. C'est une promesse qui risque de ne plus être tenue si on n'arrive pas à bien contrôler la qualité de l'eau. Là, on parlait de polluants éternels, de pollution liée aux nitrates, aux pesticides, mais si on prend l'assainissement tout simplement, le fait que l'eau des toilettes soit nettoyée avant d'être rejetée dans la nature, ça c'est... En France, quasiment 100% de la population est couverte par un bon assainissement. Mais néanmoins, les réseaux sont vieillissants.

Et donc, il faut toujours investir dans l'infrastructure de manière à la maintenir en bon état et qu'il n'y ait pas des fuites d'eau des toilettes directement dans la nature parce que ça, ça entraîne vraiment des problèmes de santé publique. Et puis, l'amélioration de la qualité du service public de l'eau, il ne faut pas oublier que ça touche 100% des Français. C'est-à-dire, même ceux qui vous disent « Non, moi, je bois de l'eau en bouteille, je ne bois jamais l'eau du robinet », utilisent quand même l'eau du robinet pour se laver et pour cuisiner. Donc, quand vous améliorez la qualité de l'eau du robinet, vous touchez 100% des Français.

Et c'est un service public pourtant qui est invisible parce qu'il est extrêmement performant. On a rarement des coupures d'eau en France et on a rarement de l'eau de mauvaise qualité au robinet en France.

8:03
Invité

Alors, est-ce que cette crise des polluants éternels, comme on l'appelle, ces procès en série, sont des opportunités politiques ? Est-ce que ce sont juste des petits éléments ponctuels qui émaillent l'actualité ? Comment est-ce que vous percevez ces multiples procès qui se développent ces dernières années autour d'Épifas, par exemple ?

8:24
Présentateur

Il y a une tendance des dernières années qui est qu'on contrôle de mieux en mieux l'eau et donc on retrouve de plus en plus de polluants. Donc, la liste de produits chimiques que l'on recherche dans l'eau est de plus en plus grande. Ça entraîne des problèmes de conformité. Ça entraîne aussi des investissements nécessaires pour contrôler, pour évidemment améliorer la qualité de l'eau, pour réguler aussi, éviter qu'on rejette des polluants. Donc, ça crée un défi politique permanent. Mais c'est une promesse qu'il faut tenir parce qu'en fait, si on n'a plus confiance dans la qualité de l'eau, on n'aura plus du tout confiance dans aucun pouvoir public.

C'est le service public par excellence qui est utilisé par tout le monde et qui est souvent le premier service public utilisé dans une journée.

9:00
Invité

Alors, quel type d'action décisive est-ce que cela appelle ? Selon vous, vous écrivez, cette histoire sans action décisive sera l'histoire de notre incapacité à gouverner le progrès. Qu'est-ce que ça veut dire, incapacité à gouverner le progrès, Simon Porchet ?

9:15
Présentateur

La plupart des polluants, en fait, viennent de super belles innovations qui nous ont facilité nos vies. Pensez aux pesticides, ça permet de faciliter l'agriculture. Pensez aux polluants éternels, ces pifaces, ces petites particules, on va les retrouver partout. Ça permet l'étanchéité des produits, de protéger de l'eau, de protéger du feu. Donc, dans une poêle téphale, par exemple, vous avez des pifaces parce que ça permet la résistance de la poêle au feu. Dans des embâches alimentaires, vous avez des pifaces parce que ça permet l'étanchéité et donc de protéger l'emballage du liquide, du produit, par exemple.

Donc, ce sont des choses qui nous ont facilité nos vies, qui nous ont permis vraiment de faciliter le transport de marchandises, de faciliter nos modes de vie et nos consommations, mais dont on paye l'addition aujourd'hui parce qu'on a injecté énormément de produits chimiques dans nos économies. Et en fait, on prend des dizaines d'années à s'en rendre compte et après, on va directement les ingérer ou les respirer et c'est ça aussi qu'il faut avoir.

C'est cette idée du progrès que le progrès n'est pas de produire plus de produits chimiques pour faciliter nos vies, mais justement de mieux les contrôler et surtout d'agir quand on se rend compte qu'un produit peut avoir un effet négatif sur la santé.

10:20
Invité

Alors, l'eau est à l'intersection de plusieurs enjeux. Nous venons de parler de pollution. Un autre, évidemment, est celui du réchauffement climatique, des bouleversements climatiques et de ses conséquences. C'est un peu un cauchemar, ce qu'on vit. On ne sait pas à quoi s'attendre. Comme vous voyez, il y avait de l'eau en face, une urgence dans les 48 dernières heures. Donc, on a enlevé tous les médicaments qui étaient sensibles et surélevé tout le système informatique puisque c'est là que nous, sans informatique en pharmacie, on ne peut rien faire. On ne peut pas servir nos patients. Et puis, c'est la crainte que tout le système électrique derrière soit endommagé.

Donc, c'est quelque chose qui n'était pas arrivé depuis 1995. Donc, forcément, on se dit que ça n'arrivera pas et quand ça arrive, on a du mal à réaliser ce qui se passe, en fait. Voilà à propos des inondations à Angers. Jules Pharmacien qui témoigne des crues dans le Maine-et-Loire. Alors, c'est l'objet de votre livre Nous sommes faits d'eau et l'avenir d'une ressource vitale qui nous amène à repenser notre rapport à l'eau. Et vous dites les inondations et les sécheresses sont les pandémies du XXIe siècle. Il n'existe pas de vaccins pour les guérir.

D'ailleurs, contrairement à la question des PFAS, par exemple, ces bouleversements plus larges ne sont pas, selon vous, des crises, Thomas Porchet. C'est-à-dire que lorsqu'il y a une inondation, une sécheresse, il ne faut pas la penser comme une crise. Contrairement au cas des PFAS ?

11:40
Présentateur

Non, les inondations et les sécheresses, le réchauffement climatique d'une manière générale, c'est une érosion lente. Ce n'est pas une crise qui va trouver une solution en réduisant, par exemple, l'utilisation de l'eau à un moment donné. C'est une érosion et donc, c'est un changement lent de nos usages de l'eau et un changement lent de l'aménagement du territoire que l'on doit faire aussi. Alors, juste un petit élément, les inondations et les sécheresses sont les deux phases de la même pièce. Quand on a des sécheresses répétées, le sol ne peut plus absorber l'eau et donc, quand il se met à pleuvoir beaucoup d'un coup, on a des inondations derrière. Et l'inverse aussi est vrai.

Quand on a des inondations, les sols sont gorgés d'eau, ils ne peuvent plus absorber d'eau et on ne recharge pas les nappes autant qu'on le pense quand il y a des inondations. Ça, c'est la première chose. Puis la deuxième chose avec le réchauffement climatique, c'est qu'il y a des territoires qui vont être complètement inondés de plus en plus. Alors, typiquement en France, on dirait le nord de la France, il va beaucoup plus pleuvoir en hiver. Et puis, il y a d'autres territoires qui vont être de plus en plus secs. Et là, je pense au sud de la France avec des étés qui seront de plus en plus secs et des sécheresses de plus en plus longues.

Donc, on voit qu'on a un effet qui loupe le réchauffement climatique, qui renforce aussi les précipitations à certains endroits et à certains moments. Et puis, les sécheresses aussi deviennent plus longues à certains moments et à certains endroits.

12:51
Invité

Est-ce qu'on est capable de se projeter dans les évolutions du cycle de l'eau en France ?

12:55
Présentateur

On a des prévisions météorologiques qui sont de bonne qualité. On est sûr que le bassin méditerranéen, le pourtour méditerranéen est en voie de désertification. On est certain aussi qu'il y aura un peu plus de précipitations en hiver, même si c'est pas toujours... C'est assez difficile de faire ce type de prévision, mais on sait qu'il y aura plus de précipitations à certains moments dans l'année, en tout cas dans le nord de la France. La question qui est un petit peu difficile, c'est où se situent le sud et le nord de la France ?

C'est-à-dire que la frontière peut bouger et donc on aura potentiellement plus ou moins de sécheresse à certains endroits et à d'autres, plus ou moins d'inondations et ça, c'est assez difficile à prévoir.

13:29
Invité

Alors, je le disais en introduction, le modèle français de gestion de l'eau est un modèle qui est souvent donné en exemple. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne ce modèle et ce qu'il est adapté au bouleversement que vous venez de décrire ?

13:42
Présentateur

On a inventé un système formidable en France il y a une soixantaine d'années puisqu'on a mis en place une gestion de l'eau par bassin hydrographique. C'est-à-dire qu'on gère l'eau non pas selon des frontières départementales ou régionales par exemple mais selon la géographie de l'eau selon les grandes rivières de France pour faire très simple. Et donc, on est vu comme un très bon exemple dans le monde.

En fait, on est vu comme étant le pays qui a la meilleure gestion intégrée des ressources en eau parce qu'on a des financements dédiés à la politique de l'eau et puis on a créé des parlements de l'eau au niveau de chaque bassin des parlements dans lesquels les différents usagers se rencontrent donc des usagers de l'agriculture de l'industrie par exemple des représentants même de la nature mais aussi différents élus de différents niveaux donc des élus locaux régionaux départementaux etc. et des représentants de l'Etat.

Donc on a réussi à créer cette gestion en commun si on peut dire d'un bien commun qui est une gestion démocratique qui est une gestion démocratique parce qu'effectivement on a différents usagers qui se rencontrent qui discutent de l'amélioration de la qualité de l'eau et de la gestion de la quantité de l'eau à long terme.

Par contre cette gestion idéale n'empêche pas les conflits et ça on le voit avec les méga-bassines un conflit régulier qu'on observe dans les Deux-Sèvres à Sainte-Sauline il y a quand même des tensions autour de la gestion de l'eau et quand on parle de Sainte-Sauline il ne faut pas oublier qu'en plus au niveau local on observe plein de mini Sainte-Sauline un peu partout en France il y a des grandes tensions des conflits locaux autour de la gestion de l'eau et très récemment par exemple en Bretagne dans le bassin de la Villaine il y a une décision qui avait été prise par un parlement local de l'eau qui visait à diminuer la quantité de pesticides injectés à certains endroits sur certaines parcelles et cette décision a entraîné des remous au niveau local et ensuite au niveau national a entraîné un moratoire du gouvernement sur la gestion locale de l'eau.

15:23
Invité

Est-ce que c'est à partir de l'eau par exemple qu'il faut repenser les lois agricoles à partir de la question de l'eau qu'il faut vous parliez là vous évoquez Sainte-Soligne on voit que l'eau est un point de tension politique on a beaucoup parlé ces derniers mois de la loi Duplon quelles sont ses conséquences sur l'eau et comment est-ce que s'articulent ces parlements de l'eau si j'ai bien compris qui sont organisés en fonction de bassins hydrographiques avec la politique nationale je veux dire du tout venant c'est-à-dire les députés

15:51
Présentateur

et le gouvernement.

Mais justement c'est aussi ça qui met la politique de l'eau sous tension c'est qu'on est en France donc l'état central a quand même beaucoup de pouvoir et donc certains arbitrages locaux sont parfois détricotés au niveau national à cause de lobbies en fait tout simplement à cause de pression de certains groupes industriels ou de certains groupes agricoles donc l'eau en tout cas c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte effectivement dans l'ensemble des activités économiques dites-vous bien qu'en France 80% de l'eau qui est prélevée l'est pour produire des biens agricoles ou industriels l'eau du robinet ça n'est que 20% de l'eau prélevée et donc dans toutes les questions de réindustrialisation de la France de politique agricole française il faut évidemment prendre l'eau parce que quand on parle de méga bassines ou de data center par exemple on va utiliser de l'eau au niveau local et ça met en tension la ressource

16:37
Invité

alors justement vous proposez dans votre livre de Simon Porcher toute une série de mesures parfois surprenantes vous proposez de bâtir une république de l'eau de mettre l'eau au centre du débat public au centre aussi de notre relation à l'économie vous parliez à l'instant des data centers mais aussi des modes de décision collectives qu'est-ce qu'il faudrait faire pour créer vous président Simon Porcher de cette république de l'eau concrètement comment est-ce que vous organiseriez un monde que vous souhaitez dans lequel l'eau serait au centre du débat public au centre de notre rapport à l'économie aux relations sociales et j'en passe

17:16
Présentateur

il y a deux choses à mon avis qu'il faut faire d'abord consulter directement les citoyens c'est un enjeu local extrêmement important sur lequel les citoyens qui sont aussi des usagers de l'eau potable quand même et qui sont parfois très attachés à leur rivière à leur fleuve ne sont jamais consultés directement alors oui les élus sont représentés dans les parlements de l'eau au niveau local des élus locaux les élus locaux représentent les citoyens très bien mais néanmoins sur certaines questions il faut à mon avis consulter directement les citoyens et dans certains territoires il y a des comités consultatifs citoyens qui sont créés autour de l'eau que j'ai pu rencontrer et cela permet de faire des propositions pour améliorer la gestion de l'eau au niveau local et même parfois aux élus d'apprendre des choses sur la gestion de l'eau au niveau de leur territoire ça c'est une première chose l'autre chose c'est qu'il faut mieux représenter la nature dans ces parlements de l'eau la nature est représentée par les associations de défense de l'environnement néanmoins la part des milieux naturels dans les décisions qu'on prend sur l'eau est systématiquement oubliée on prend des décisions pour des activités économiques en numéro un pour des activités humaines évidemment mais on oublie l'importance des milieux naturels or tout le monde a besoin d'eau nous sommes faits d'eau nous en tant qu'être humain mais tous les êtres vivants sont en fait essentiellement composés d'eau et ont besoin d'eau pour survivre

18:29
Invité

la nature dans le sens large n'a pas voix au chapitre c'est ça que vous voulez dire

18:32
Présentateur

assez peu assez peu ça s'améliore en matière de représentation mais c'est encore trop peu et les risques justement avec les lois que l'on voit passer c'est qu'on change la composition de ces parlements de l'eau pour donner encore moins de place au milieu naturel

18:44
Invité

alors donner de la place au milieu naturel créer un ministère de l'eau une espèce de méga ministère c'est ce que vous proposez également et puis plus largement sortir du cadre national pour aller dans le cadre international vous parlez de créer une COP de l'eau à quoi est-ce que cela sert ? Est-ce que l'eau n'est pas déjà inclue dans les COP climatiques dans les COP environnementales ? Est-ce qu'elle n'est pas déjà elle ne fait pas déjà partie d'un ensemble de données d'éléments à défendre ou de personnalités à défendre si on va jusque là ?

19:17
Présentateur

Je commence d'abord par l'idée d'un ministère de l'eau en France qui me semble être une bonne idée parce que les enjeux de l'eau sont multiples ce sont des enjeux agricoles économiques industriels des enjeux aussi de santé publique et donc l'eau a été éclatée sur différents ministères or il faut aujourd'hui un ministère ou en tout cas une espèce d'autorité qui articule les différents enjeux de l'eau de manière à ce que l'un n'aille pas contre l'autre parce que si vous prenez la santé ce qu'on veut l'eau propre ce que voudrait le ministère de la santé publique va à l'encontre de ce que veut le ministère de l'agriculture qui veut généralement promouvoir l'utilisation de pesticides et nitrates dans l'agriculture en tout cas qui n'avance pas assez vite sur la réduction de l'utilisation des nitrates et des pesticides ensuite sur les copes de l'eau c'est un peu le même enjeu l'eau au niveau international a été scindée dans différentes institutions internationales à l'UNESCO l'eau pour l'éducation à l'Organisation Mondiale de la Santé l'OMS l'eau pour la santé etc etc et avoir un traité global sur l'eau avec derrière des copes de l'eau douce ça permettrait évidemment de faire avancer tous les enjeux relatifs à l'eau des enjeux de pollution qui sont souvent transfrontaliers qui sont souvent mondiaux des enjeux de paix dans le monde puisqu'aujourd'hui les grands conflits transnationaux les grandes tensions qu'on a intègrent souvent l'eau ou se font autour des grands barrages qui sont construits par des puissances qui sont très dominantes dans leur région et puis des questions d'accès à l'eau d'une manière générale puisqu'il y a encore 2 milliards de personnes qui n'ont pas accès à l'eau du robinet il faut se dire qu'il y a une coppe on va avoir une première coppe pour les océans pour l'eau salée l'année prochaine mais qu'on n'a toujours pas de traité global ou de coppe sur l'eau douce

20:48
Invité

L'eau a déjà été définie comme un droit fondamental de l'humanité en 2010 à l'ONU qu'est-ce que cela a changé est-ce que cela a produit des effets Simon Porcher ?

21:00
Présentateur

Ça a été repris dans différentes lois nationales donc les états peuvent s'en saisir parce que c'est du droit international par contre beaucoup d'états sont encore opposés au droit fondamental qui est l'accès à l'eau qui est pourtant une idée vieille comme le monde mais certains états ne veulent pas payer la facture pour leur population d'autres ne veulent pas payer la facture même pour d'autres états ont peur ne voient pas l'accès à l'eau comme étant une priorité parce que ça se passe dans d'autres pays donc il y a un droit humain fondamental qui existe mais il n'a pas d'application concrète finalement et justement l'idée d'avoir un traité global sur l'eau pourrait remettre en avant aussi ce droit humain fondamental qui est l'accès à l'eau droit humain fondamental droit également

21:40
Invité

de la nature

21:41
Locuteur non identifié

L'espoir c'est de changer en fait le rapport de force permettre à des entités naturelles de se défendre en leur nom en justice on ne se rapporte pas de la même manière à une chose à un objet et à une personne à partir du moment où on est face à une grande personne et j'aime bien ce terme de grande personne parce que les éléments de la nature sont des grandes personnes de très vastes personnalités qui vivent très très longtemps et bien en fait ça va changer tout d'un coup on va être face à quelqu'un plutôt que quelque chose l'espoir c'est de changer en fait le rapport de force pour qu'il y ait une meilleure balance des pouvoirs pour que les entités naturelles puissent accéder aux enceintes humaines et défendre des intérêts de long terme des intérêts du vivant de telle façon que également les intérêts humains associés à la nature soient mieux défendus donc notamment on parle des intérêts des générations futures

22:33
Invité

comment doter les entités naturelles d'une personnalité juridique la voix de Camille de Toledo écrivain et vidéaste c'était en 2021 une réaction Simon Porchet est-ce qu'il faudrait aussi inverser le prisme et non seulement penser au droit de l'humanité de bien vivre de vivre dignement avec l'eau mais également au droit de l'eau d'une certaine manière d'être respecté par les petits humains que nous sommes Tout à fait oui c'est une tendance en tout cas qu'on observe au niveau global Il y a eu des rivières il y a des fleuves qui ont gagné des droits juridiques qui ont accédé au statut de personnalité juridique

23:12
Présentateur

Exactement oui en Nouvelle-Zélande le fleuve Wanganui par exemple a été reconnu comme personne juridique ailleurs en Inde le Gange par exemple a été qualifié de personne vivante donc on a reconnu en fait on a essayé de traduire les mots du fleuve en leur donnant des droits ou en les reconnaissant comme étant une personne vivante et c'est une idée qui fait son cours qui est prise très au sérieux par les juristes parce que même si un fleuve n'est pas forcément biologique au sens vivant il peut avoir des droits et des devoirs comme une entreprise a d'ailleurs des droits et des devoirs et si par exemple le fleuve dans lequel on puise notre eau du robinet est pollué alors là le fleuve aurait le devoir de nous donner de la bonne eau mais on va remonter à la source de la responsabilité on va se rendre compte qu'il est pollué à cause d'une activité humaine donc ça permet en fait de défendre les droits du fleuve d'écouter ses mots et puis à défaut ça permet surtout d'éprouver l'expérience l'expérience du fleuve et ça c'est extrêmement important parce que finalement peu importe que le fleuve ait des droits ou qu'il soit reconnu comme vivant si on voit qu'il est pollué si on en reconnaît si on préfère se baigner par exemple dans une rivière qui est propre tout de suite on en ressent l'expérience on a beaucoup plus de respect pour le fleuve

24:19
Invité

c'est à dire que pour pouvoir donner des droits au fleuve il faudrait que l'expérience humaine puisse s'en saisir donc il faudrait recentrer sur l'homme l'expérience du droit du fleuve

24:30
Présentateur

potentiellement en tout cas la réflexion qui est menée par des citoyens sur le droit des fleuves permet justement cette expérience et tout le monde là préfère une eau propre à une eau sale tout le monde préfère un fleuve qui est sain qui a des vagues qui a du flux plutôt qu'un fleuve asséché et donc en ressentant cette expérience en fait tout le monde accorde beaucoup plus de respect au fleuve et là vous voyez qu'il y a un problème d'éducation fondamentale et donc par exemple faire visiter des rivières et des écoliers ça leur permet de savoir d'où vient l'eau qu'ils boivent au robinet de voir l'eau qui les entoure et souvent d'avoir une vision beaucoup plus respectueuse de la nature

25:05
Invité

de juridique de l'éducation pour une transformation anthropologique une toute dernière question est-ce que vous Simon Porchet vous buvez l'eau du robinet ?

Moi je ne bois que de l'eau du robinet merci beaucoup on finira là-dessus et peut-être une recommandation merci d'être venu dans Question du Soir ouvrir nos imaginaires sur la question de l'eau je rappelle le titre de votre livre apparaître après-demain mercredi 6 mai aux éditions Les Corps Conducteurs nous sommes fait d'eau l'avenir d'une ressource vitale merci également à toute l'équipe qui m'a permis de préparer cette émission Bruno Barada à la programmation Bertie Bourdon Rodi et Ken à la préparation à la réalisation à la mise en onde ce soir c'était François Richet

25:45
Locuteur

qui est en train de me à la réception soit loin avec des billes morceaux nous avons la réception qui est en train de me

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