Macron à 20h : l’heure de vérité - C à Vous - 10/12/2018
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Chapitres
Questions et réponses
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Est-ce que ça va être une énième série de mesurettes qui ne sont pas du tout à la hauteur de la situation ?
- 1:45OuverteRéponse partielle
Mais est-ce qu'il y a des éléments qui fuitent depuis l'Elysée ?
- 2:41OuverteRéponse partielle
Sur la forme, qu'est-ce qu'on sait ? Ce sera un vrai direct ?
- 3:20OuverteRéponse partielle
Sur le contenu, est-ce que vous ne pensez pas que le président devra surprendre ?
- 4:35OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'il a pris la mesure de la gravité de la crise ?
- 5:39OuverteRéponse partielle
Alors, que faut-il faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:55PrésentateurFait
« Il y a des choses dont on sait qu'ils ne les feront pas. Parce que le président a dit clairement au Conseil des ministres qu'il ne voulait pas revenir sur l'USF. »
- 2:08PrésentateurFait
« Il a dit qu'il ne voulait pas faire de coups de pouce sur le SMIC parce que le ministre du Travail, Marie-Pénicaud, a dit que ça pouvait détruire des emplois. »
- 7:34InvitéChiffre
« D'après les chiffres officiels, 136 000 personnes samedi, alors c'est sans doute davantage parce que ce sont des chiffres officiels. »
- 10:21InvitéFait
« La mesure est retirée. »
Temps de parole
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Après trois semaines de crise politique intense, Emmanuel Macron s'apprête donc à prendre la parole, le discours le plus important depuis son entrée à l'Elysée.
Emmanuel Macron doit taper fort ce soir. Est-ce que ça va être une énième série de mesurettes qui ne sont pas du tout à la hauteur de la situation ? C'est ce qui est à craindre. Tous les scénarios fiscaux, financiers, budgétaires sont en train de tourner sur les ordinateurs, les calculettes. Il faut augmenter les salaires, le SMIC, commençons par là. Des mesures symboliques comme le rétablissement de l'ISF, ça me paraît maintenant incontournable. Je crois qu'il faut qu'il donne tout de suite une réponse sociale. Et ce que je propose au président de la République, c'est qu'il parle de la mise en œuvre d'un nouveau contrat social. Oui, il faut tourner un peu plus vers le social.
Il doit regretter d'avoir commis des erreurs. Il peut évidemment en prendre l'entière responsabilité. Il va falloir aussi beaucoup d'empathie parce qu'on entend aussi beaucoup de critiques sur la personnalité lui-même du président de la République. Il va falloir qu'il corrige ça. Donc j'attends ce soir qu'il change radicalement d'attitude. Ce soir, après son intervention, c'est la paix ou la guerre. Nous sommes devant ce que l'on pourrait appeler les vertiges de l'histoire.
Au sein de la Macronie, tous jugent que la suite du quinquennat dépend des mots qu'Emmanuel Macron sera trouvé ou pas. Info signé Nathalie Chuc qui a enquêté pour le Parisien sur ce que le président pourrait dire. Elle est ce soir notre invitée.
Bonsoir Nathalie Chuc qui a quelques dizaines de minutes de ce qui pourrait être un tournant du quinquennat. Un discours où Emmanuel Macron va jouer sa capacité à diriger le pays pour le reste de son mandat. On va en définir les enjeux et énumérer les annonces possibles. Ça phosphore beaucoup depuis hier. Ça spécule surtout sur les plateaux télé. C'est la foire aux réformes depuis 24 heures. Mais est-ce qu'il y a des éléments qui fuitent depuis l'Elysée ? Est-ce que les conseillers d'Emmanuel Macron font des confidences ou est-ce que ça reste étanche ?
Non, c'est extrêmement étanche. Il y a des choses dont on sait qu'ils ne les feront pas. Parce que le président a dit clairement au Conseil des ministres qu'il ne voulait pas revenir sur l'USF. Il en fait presque un point d'orgueil.
Mais ça c'était il y a une semaine.
Exactement. Oui, mais il a l'air d'y tenir quand même. On parle quand même de taxation potentielle sur les hauts revenus. C'est autre chose. Il a dit qu'il ne voulait pas faire de coups de pouce sur le SMIC parce que le ministre du Travail, Marie-Pénicaud, a dit que ça pouvait détruire des emplois. Par contre, sur les fuites potentielles, on ne sait pas. Par contre, ce que disent ces conseillers à l'extérieur, c'est qu'il faut qu'ils frappent fort, qu'ils frappent massifs. C'est-à-dire qu'il faut des mesures qui soient intelligibles du grand public.
On va y venir. En tout cas, ni les députés marcheurs, ni les ministres ne sont au courant de quoi que ce soit.
Non, les ministres, les ministères socio-économiques ont fait remonter des idées en pagaille. On a ouvert les placards pour regarder ce qu'il y avait, pour frapper les esprits. Voilà, exactement. Maintenant, c'est centralisé. Il y a peut-être trois ou quatre personnes qui sont au courant de ce que le président va annoncer.
Sur la forme, qu'est-ce qu'on sait ? Ce sera un vrai direct ?
Alors, des caméras ont été convoquées à 19h45 à l'Elysée. C'est très court pour enregistrer, sachant que l'intervention du président est censée dire une dizaine de minutes. Ils ont pensé à la lumière. Qu'a priori, espérons-le. Espérons-le parce que, comme vous le dites assez justement, c'est un exercice dans lequel Emmanuel Macron, on va dire les choses, n'est pas bon. Il n'est pas bon dans les allocutions. La dernière qu'il a faite, le 15 octobre, est-ce que vous vous souvenez d'une seule des phrases du président ? Non, personne ne s'en souvient. On se souvient de ses notes rassurées, raturées. On se souvient de la lumière qui n'était pas allumée. Mais on ne se souvient pas de ses mots.
Et donc, là, il faut qu'il parle au français, les yeux dans les yeux, et qu'il ait des mots très forts. Est-il capable de le faire ?
Alors, sur le contenu, est-ce que vous ne pensez pas, Nathalie, c'est une formule qui me permet de donner mon avis, que le président devra surprendre, que s'il se contente de ramasser les quelques mesures évoquées ici ou là depuis hier, ce serait un flop assuré, et que pour convaincre, pour espérer reprendre la main, il faut une annonce qui crée un effet de surprise ?
Il faut absolument créer ce que disent tous les proches, bienveillants, qui lui disent, là, tu joues ton quinquennat. Ils ont dit, il faut créer un effet de souffle, il faut créer un électrochoc, il faut renverser la table. C'est les mots qui sont utilisés. Et pour ça, il faut de la mesure vraiment qui frappe les esprits. C'est exactement ce que vous dites. Il faut aller sur des choses compréhensibles pour le commun des mortels. Coup de pouce sur les salaires. Alors ça peut ne pas passer par le SMIC, mais on peut envisager d'avancer la mesure sur les heures supplémentaires désocialisées.
Vous savez un petit peu comme le travailler plus pour gagner plus de Nicolas Sarkozy, mais nouvelle version. Il faut peut-être envisager une taxation sur les hauts revenus. On peut aller sur d'autres mesures type baisse des impôts, pareil sur les bas salaires. Il faut des choses qui frappent les esprits. Ce qui a beaucoup inquiété les gens qui ont eu Emmanuel Macron au téléphone ce week-end, c'est qu'ils ont eu au téléphone quelqu'un qui répondait, mais vous comprenez, il y a une quérielle de situations différentes, les gilets jaunes, c'est plein de mouvements différents. Donc est-ce qu'il a pris la mesure de la gravité de la crise ?
C'est toute la question, on va le savoir dans quelques minutes, mais c'est plus proche conseiller en doute.
Il faudra aussi un volet contrition. Je me suis trompé et je vous demande de m'excuser, quelque chose comme ça.
Il a commencé à le faire vendredi pendant trois heures à l'Elysée. Il a reçu des élus des Yvelines, des maires des Yvelines. Notamment le maire de Saint-Germain-en-Laye. Exactement, et il leur a dit des choses assez surprenantes. Il leur a dit, on a fait des conneries, c'est le terme qu'il a utilisé. Il a parlé notamment des 80 km heure, alors c'est une mesure Édouard Philippe, le Premier ministre après Sierra. Il a parlé aussi de la suppression des 5 euros d'APL. Et sur la question du style, là, les élus qui étaient présents dans la salle lui ont dit des choses assez cash. Ils ont dit qu'ils avaient sorti la machine à baffes.
Exactement, et ils lui ont dit, vous êtes mal aimé, vous êtes rejeté. Il faut que vous compreniez, c'est le terme qu'ils ont utilisé, qu'aujourd'hui les Français veulent voir votre tête au bout d'une pique. Là, le président a tordu le nez. Donc est-ce qu'il est prêt à faire sa propre révolution ? Pas sûr. Un macroniste m'a dit une phrase que j'ai trouvée brutale et en même temps très juste. Le président a un problème de fin de mois, M-O-I. Il faut qu'il s'auto-réforme. Il faut qu'il se remanie lui-même avant d'envisager un remaniement sur le gouvernement ou de la machine de l'État.
Alors, que faut-il faire ?
Il est capable de faire ce changement de mois, M-O-I. Pardon, excusez-moi Patrick.
On verra tout à l'heure.
Non, mais le macroniste qui vous parlait, lui croit pas. Les gens que j'ai eus au téléphone ce week-end étaient extrêmement pessimistes sur la capacité du président à renverser la table. Très pessimistes, pourquoi ? Parce qu'on a un chef de l'État qui a passé les deux jours de crise à l'Élysée, enfermé dans un bocal, dans une tour d'ivoire. C'est ce qu'on décrit souvent. Vous savez ce que disait François Hollande de l'Élysée ? Il disait qu'il pourrait y avoir la guerre dehors. Ici, on ne l'entendrait pas, on ne s'en rendrait pas compte. C'est une phrase qui revenait régulièrement dans son discours.
Emmanuel Macron, aujourd'hui, certains de ses proches disent qu'il est mis sous cloche par la technocratie. Les bureaucrates, les technocrates, on en parle très souvent, mais ils sont très présents en Macronie aujourd'hui. Le poids de Bercy dans la machine de l'État est extrêmement prépondérant. Donc, est-ce qu'il est capable de s'extraire de ça et revenir au candidat très politique, bienveillant, empathique de la campagne ? C'est tout le défi, c'est ce qui joue ce soir.
On verra. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Voici quelques paroles de gilets jaunes, quelques paroles attrapées aujourd'hui sur les ronds-points. On attendrait des mesures fortes, des mesures fortes qui permettent de suspendre le mouvement et d'entamer des négociations. On demande du pouvoir d'achat, on demande une retraite décente et un avenir pour nos enfants. 200 euros tout de suite sur le SMIG. De l'argent en France, il y en a. Déjà, ils n'ont qu'à s'attaquer à l'évasion fiscale.
J'aimerais qu'il annonce le rétablissement de l'ISF.
Nous voulons plus de justice sociale et plus de justice fiscale. Peut-être une assemblée populaire qui serait un interlocuteur avec les élus et le gouvernement. Et puis, qu'est-ce qu'il va nous dire ? Comme d'habitude, je vous entends, je comprends votre souffrance, mais... Voilà ce que disent des gilets jaunes, une partie des gilets jaunes. Est-ce que la difficulté pour le président n'est pas qu'il doit parler à tous les Français et pas seulement à ceux qui manifestent, qui, pardon de le rappeler, ne sont pas très nombreux.
D'après les chiffres officiels, 136 000 personnes samedi, alors c'est sans doute davantage parce que ce sont des chiffres officiels, mais enfin, quand des confédérations syndicales appellent à une journée d'action nationale et mobilisent 136 000 personnes, on dit que c'est un échec retentissant.
Oui, il faut qu'il ait des mots et c'est fort aussi pour les gens, vous avez très bien expliqué il y a quelques minutes, qui se sont sentis un peu oubliés ce week-end. Je pense que c'est des gens qui vivent à Bordeaux, à Toulouse, à Saint-Etienne, qui ont été un peu choqués d'entendre dire finalement, ce n'est pas très grave ce qui s'est passé, on attendait un putsch, un coup d'État, peut-être samedi, qui ne s'est pas produit. Ouf, tout va bien.
On a entendu quand même dans la machine de l'État des gens dire ouf, le putsch n'a pas eu lieu, la République est sauvée, alors même qu'on a des gens qui, sur le terrain, ont eu le sentiment d'avoir été oubliés et que la casse a été beaucoup plus importante que samedi dernier.
Absolument.
Donc il faut qu'ils parlent à ces gens-là pour leur dire non, vous n'avez pas oublié.
Il faut qu'ils parlent aussi à tout le monde. Alors, quelques interventions présidentielles marquantes d'un président qui doit reculer face à la rue. Ça peut toujours être utile de se souvenir. D'abord, 1984, le mouvement dit de l'école libre contre la loi Savary, 2 millions de personnes dans la rue le 24 juin, enfin, de 1 à 2 millions, parce que ça a été contesté, le 14 juillet sur TF1. François Mitterrand laisse entendre qu'il va retirer cette loi, mais vous allez le voir, il le fait sur le ton le moins solennel possible. C'est un ton presque badin. Moi, je pense que c'est une bonne loi. Je pense qu'elle est jugée de façon très injuste.
Cette opinion que j'ai, il est visible qu'elle n'est pas partagée par un très grand nombre de Français. Alors, comme je l'ai dit tout à l'heure à M. Morozy, je m'inquiète aussi de ce que pensent ceux qui ne pensent pas comme moi. Et j'en tiens compte. Voilà, j'en tiens compte. Et donc, François Mitterrand demande le retrait. Pierre Moroix et Alain Savary apprennent l'information à la télévision en regardant François Mitterrand. Et puis, 31 mars 2006, après les semaines de contestation du CPE, le contrat premier embauche, cher à Dominique de Villepin, Jacques Chirac finit par intervenir à la télévision.
J'ai décidé de promulguer cette loi, mais aussi parce que je pense que le contrat premier embauche peut être un instrument efficace pour l'emploi. Mais j'ai entendu également les inquiétudes qui s'expriment. C'est pourquoi je demande au gouvernement de préparer immédiatement deux modifications de la loi sur les points qui ont fait débat. Enfin, je demande au gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications. Voilà, je promulgue la loi qui ne s'appliquera pas, qui ne s'appliquera jamais, évidemment. La mesure est retirée.
Bon, ce soir, Emmanuel Macron, ce sera très différent, mais est-ce que le plus différent, ce n'est pas le temps présidentiel ? Parce qu'avant, Nathalie Chuc, et vous avez aussi connu ce temps-là, quand un président s'exprimait, on avait quelques heures ou la soirée pour y réfléchir, pardon. Et puis, on avait le lendemain des commentaires, des réactions politiques, des éditoriaux politiques, etc. Là, c'est instantané. C'est ce qu'on pourrait appeler l'effet Léonarda du nom de cette jeune Kosovar qui a réagi immédiatement dans la minute même après l'intervention de François Hollande concernant son cas.
Là, ce soir, dès qu'Emmanuel Macron aura dit « Vive la République, vive la France », on aura des gilets jaunes en duplex partout, sur toutes les chaînes, qui diront « ça ne vaut pas grand-chose ». Et s'ils ne le disent pas, il y aura des plus radicaux qui le diront. Et ce sera un effet immédiat.
Mais c'est ce qu'il dit, d'ailleurs, Emmanuel Macron. Il dit que les réseaux sociaux, aujourd'hui, cumulés aux chaînes d'information en continu qui ne portent pas vraiment dans son cœur, ça gangrène un peu la démocratie. Il considère que ça empêche d'avoir ce temps de réflexion. Il a une phrase qui vient souvent dans son discours. Il faut voir loin, là, aujourd'hui. C'est vrai qu'on est collés un petit peu sur l'actualité immédiate. Donc, est-ce qu'il va réussir à trouver cette bonne temporalité ? Ce n'est pas simple, l'exercice de ce soir. David Lebar, c'est ce que les forces de l'ordre vont être très attentifs à ce que va dire ce soir le chef de l'État.
Il y a un malaise aussi, un policier qui est réel et qui dure depuis des semaines, voire des mois.
Les policiers sont dans une institution paupérisée depuis 30 ans. Et c'est à eux qu'on demande, chaque semaine, de faire le nécessaire et d'être le rempart républicain chaque samedi face aux casseurs. Donc, ils sont à la fois là et ils répondent présents. Et ensuite, ils font l'objet de toutes les critiques habituelles. Ils sont habitués à ça. Il va falloir aussi un jour penser à eux. Mais samedi, la priorité, si on doit y retourner, parce que je parle au nom de ceux qui vont y aller, je n'en ferai pas partie. Il va falloir tenir et espérer que nos policiers continuent à être républicains.
Vous redoutez un éventuel acte 5 des Gilets jaunes samedi ?
Bien évidemment.
Avec des policiers exténués ?
Exténués, fatigués. Quand je vous redis que certains d'entre eux sont allés sur le terrain, sur le volontariat et sont allés s'acheter dans des magasins de sport, des protections sur leur denier personnel, on en est là, dans une police qui n'a pas été mise dans la modernité pour faire face aux formes de menaces. Il faudra penser à ça le moment venu.
Merci beaucoup à tous les deux. Vous restez avec nous. C'est l'heure du 5 sur 5 de Maxime Switek.