Interview de la mère d'Elias : "La mémoire d'Elias n'est pas respectée"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:57OuverteRéponse directe
Comment allez-vous ? Comment votre famille va ?
- 2:04OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on ne respecte pas la mémoire d'Elias aujourd'hui ?
- 6:09OuverteRéponse directe
Avez-vous obtenu des rectificatifs des médias cités ?
- 7:48OuverteRéponse partielle
Avez-vous contacté Patrick Cohen pour comprendre ses propos ?
- 8:39OuverteRéponse directe
Ce ne sont plus des faits divers, ce sont des faits de société ?
- 9:50OuverteRéponse directe
Est-ce que ça réactive le traumatisme de votre famille ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:50InvitéFait
« « Après la mort tragique du jeune Elias, tué à coup de machette pour avoir refusé de donner son portable. » »
Temps de parole
- Invité57 %
- Invité 218 %
- Présentateur15 %
- Présentateur 210 %
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Nous sommes avec Stéphanie, la maman d'Elias. Merci à vous. Bonsoir à vous, madame. Merci d'avoir accepté notre invitation. Votre parole est importante, elle est précieuse. Nous allons l'écouter. Nous sommes avec votre avocate, aussi, maître Johanna Ostrovska. Bonsoir à vous. Et avec Béatrice Brugère, qui est magistrate. Merci à vous, Béatrice Brugère, secrétaire nationale générale du syndicat Unité Magistrate. Parce qu'il y a beaucoup de questions, évidemment, après la mort d'Elias, qui concernent la justice, notamment la justice des mineurs. Mais d'abord, c'est vers vous, naturellement, que je me tourne, Stéphanie.
Nous sommes cinq mois après la mort d'Elias, dans des circonstances qui ont été relatées, parfois mal relatées, par la presse. On va en parler, parce que ça vous touche énormément, ainsi que votre famille et vos enfants. Vous avez deux aînés qui ont 24 et 21 ans. Mais on est cinq mois après la mort d'Elias. Je le disais, il rentrait de son entraînement de football, tranquillement, avec son meilleur ami. Quand deux récidivistes de 16 et 17 ans lui demandent son téléphone, il le tend tout de suite, il leur donne. Il reçoit un coup de machette, il décède des suites de ses blessures. On est cinq mois après. Ma première question, c'est comment est-ce que vous allez ? Comment votre famille va ?
On ne va pas bien. Néanmoins, on est une grande famille, une famille très forte et unie. Donc on a repris rapidement le travail. Les enfants vont à l'école, les plus grands continuent à étudier. Et en fait, on fait semblant. On fait semblant de sourire, parce qu'on est triste et parce qu'on a toujours Elias dans notre tête. Mais on doit tenir. On se soutient les uns les autres. Et on s'adapte à cette vie sans Elias et pour Elias. Et vous-même, vous avez repris le travail ? Vous êtes médecin ? Je suis médecin, j'ai repris le travail à mi-temps, parce que soigner des patients, ça demande beaucoup d'énergie et de concentration.
Et j'ai besoin de temps aussi pour m'occuper d'Elias et de mes grands-enfants et simplement pour repenser.
Quand vous dites pour m'occuper d'Elias, c'est parce que vous estimez qu'on ne respecte pas la mémoire d'Elias aujourd'hui ?
Oui. En fait, je suis très surprise par des propos que j'entends dans les médias qui modifient l'adolescent qu'était Elias et l'adolescent de 14 ans qu'il restera pour toute la vie. Il y a une manipulation de l'information et du meurtre d'Elias. La semaine dernière, Patrick Cohen, dans son édito politique sur France Inter, en parlant de la décision du Conseil constitutionnel, alors je vais lire ses mots, a dit « Après la mort tragique du jeune Elias, tué à coup de machette pour avoir refusé de donner son portable.
» En fait, ce que fait Patrick Cohen, c'est qu'il prend partie et qu'il manipule l'information et le meurtre d'Elias en décidant lui-même, alors qu'on ne connaît pas encore la vérité, qu'Elias a refusé de donner son téléphone. Il réalise un biais cognitif, c'est-à-dire qu'il sous-entend que si Elias avait donné son téléphone, il ne serait pas mort. Ce que fait Patrick Cohen ? C'est quelque chose qu'on connaît bien. Une femme violée, si elle n'avait pas porté une mini-jupe, elle n'aurait pas été violée.
Donc pour nous, les parents d'Elias, cinq mois après la mort de notre enfant, entendre Patrick Cohen, qui est censé être un journaliste rigoureux, on voit là qu'il ne l'est pas, qu'il est médiocre. Tenir de tels propos, pour nous c'est indécent. C'est indécent parce que notre fils Elias, c'est un jeune homme courageux. Il faut imaginer qu'il se retrouve avec son meilleur ami face à deux adolescents. Il ne sait pas qu'ils sont armés. Personne n'imagine qu'il porte une machette et une hachette. cachée. Donc en fait, il ne la voit pas. Moi, je ne sais pas, nous ne savons pas si Elias a refusé ou non de donner son téléphone. Moi, je suis la mère d'Elias.
Et ce dont je suis certaine, c'est qu'Elias, il est resté droit, il est resté digne, il a fait ce que disent les enfants, il a fait le gars. Et en fait, faire le gars et rester droit, ça c'est un acte de résistance. Et c'est pour cet acte de résistance qu'Elias a été poignardé à mort. Donc, manipuler l'information, travestir l'information, c'est manquer de respect à Elias. Et quand les médias font ça et continuent de faire ça, cinq mois après la mort de notre enfant, ça vous blesse à chaque fois ? Ça nous blesse terriblement. Parce qu'on manipule la vérité et on manipule l'opinion publique. Lorsque l'AFP... L'agence France Presse.
L'agence France Presse, quand on leur envoie notre communiqué de presse et qu'il modifie ce qu'on a pris le temps d'écrire avec Johanna, c'est-à-dire qu'on a précisé qu'Elias avait été tué par une machette et une hachette, l'agence France Presse, c'est des journalistes qui sont censés être intègres, rigoureux. Ils modifient d'eux-mêmes l'information en disant couteau à la place de machette et hachette. Et en ça, ils manipulent en fait les Français parce qu'ils changent la vérité en se disant « Non, le couteau c'est vraiment trop sauvage, on ne va pas faire ça.
» Donc toutes ces petites choses-là ajoutent à notre tristesse, du désarroi et surtout ça ne respecte pas l'adolescent et le courageux jeune homme qu'était Elias.
Maître Ostrovska, vous êtes évidemment l'avocate de Stéphanie. Vous avez eu des rectificatifs, vous avez demandé des rectificatifs aux médias qui ont été cités par Stéphanie ? C'est une question qui nous est posée. Est-ce que vous les avez obtenues ? Et on a eu mieux que ça, on nous a répondu explicitement que tant qu'il n'avait pas été dit de leur source à elle officielle qu'il ne s'agissait pas d'une machette et d'une hachette, il restait sur le couteau. Quand je leur explique que j'interviens dans le dossier, que vous nous aviez montré les photos de la machette. De la machette, mais la photo de la hachette a été diffusée aussi.
Et c'est vrai que quand on entend ces médias, parce que finalement on les cible assez vite, qui ont comme slogan, nous on révèle l'information juste, on n'est pas là juste pour faire de l'information, mais pour que vous ayez l'information juste. On n'est pas là pour faire de l'opinion. L'information n'est pas une opinion, mais l'information est l'information. Donc on transmet une information telle qu'elle, et on n'apprécie pas cette information. Alors j'ai envie de dire, c'est qui se moque de la charité ? Quand on vient expliquer qu'il faut réduire la taille de la lame, on réduit finalement la responsabilité des auteurs.
Quand on transforme une arme qui était une machette et qu'on la transforme en couteau, on transforme totalement la réalité, mais on amoindrit aussi la responsabilité des auteurs, et on cache à l'opinion publique la réalité des faits. Stéphanie, est-ce que vous avez eu un contact avec le journaliste que vous avez nommé, Patrick Cohen, qui est un journaliste rigoureux ? Est-ce que vous avez compris pourquoi il avait prononcé ces mots ? Est-ce qu'il vous l'a dit lui-même ?
J'ai appelé un de ses collaborateurs, qui travaille avec lui, et j'ai demandé à ce que Patrick Cohen présente des excuses, enfin m'appelle, m'explique. D'ailleurs pourquoi il pensait que Elias avait refusé de donner son téléphone, et j'ai demandé à ce qu'il m'appelle et qu'il présente des excuses à l'ensemble de ma famille, parce que ses propos sont indécents pour nous. Jusqu'à ce jour, je n'ai pas eu d'appel de Patrick Cohen alors qu'il a mon téléphone portable.
Peut-être qu'il le fera. Ce qui vous fait aussi bondir, Stéphanie, on parlera de la justice ensuite avec vous, la justice des mineurs, notamment Béatrice Brugère, c'est qu'on parle de faits divers. Ce ne sont plus des faits divers. Ce qui s'est passé pour Elias se passe presque tous les jours aujourd'hui dans notre pays. Ce sont des faits de société, Stéphanie ?
Pour nous, c'est évident que c'est des faits de société. Quand on rencontre les hommes politiques, Bruno Rotaillot, Gérald Darmanin, on en reparlera peut-être tout à l'heure, il y a une évidence sur le fait que c'est des faits de société. Néanmoins, ce qui est intéressant, c'est que pour certains médias, c'est des faits divers. Donc en fait, il y a aussi, nous on a découvert, tristement, qu'il y avait des lignes éditoriales en fonction des médias et qu'un fait divers, ce n'était pas grave. Or là, c'est un fait de société, c'est une réalité, c'est la société qui va mal avec une hyper-violence des délinquants, des mineurs délinquants.
Et en fait, en faire un fait divers, c'est se voiler la face et c'est surtout mentir aux Français.
À chaque fois qu'il y a ce type de drame, un adolescent qui poignarde, une surveillante dans une classe, une autre élève, est-ce que ça réactive le traumatisme de votre famille et le vôtre, Stéphanie ?
Non, ça ne le réactive pas. En fait, ce qui réactive notre peine, c'est que ça n'avance pas. On a l'impression qu'en cinq mois, pour certains, la temporalité de cinq mois, c'est très court pour faire avancer les actions politiques. Pour nous, c'est long. Et en fait, ce qui nous fait de la peine, c'est le fait qu'on prenne le temps de réfléchir. Là, il y avait une loi qui pouvait faire avancer les choses et finalement, c'est... Le Conseil constitutionnel. Évidemment qu'on a de la tristesse pour les victimes, évidemment. Mais ce qui est le plus déstabilisant, c'est un peu l'inertie de certains partis politiques et de certains médias. en disant que c'est des faits divers, ça passera.
En fait, ça ne passera pas. Ça ne va pas s'arrêter.
La loi Beatrice-Baugère à laquelle fait allusion Stéphanie, c'est cette fameuse loi sur la justice des mineurs portée par Gabriel Attal, dont l'essentiel des mesures a été retoquée par le Conseil constitutionnel, les plus contraignantes, en réalité. Oui.
Alors, d'abord, merci. Je voulais vous remercier pour cette invitation qui est un format assez singulier et que je trouve formidablement courageux de la part de la maman d'Elias de prendre cette parole. Parce qu'on oublie souvent que nous, magistrats et la justice, on n'est pas simplement là pour appliquer du droit, on est là pour rendre justice. Et rendre justice, ce sont des vraies personnes derrière, des vraies histoires. Ce n'est pas que des statistiques, ce n'est pas que des chiffres. et j'ai été très sensible à la première partie de ce que vous avez dit, madame, sur la désinformation. Pourquoi ? Parce que rendre justice, ce n'est pas qu'appliquer des règles, c'est rechercher la vérité.
Et vous avez raison et je vous encourage à continuer à rester extrêmement rigoureuse parce que c'est aussi une bataille sémantique et la vérité, c'est un bien précieux sur lequel nous, magistrats, nous avons la mission de pouvoir mener jusqu'à bout cette vérité. C'est le cadre d'ailleurs de l'instruction qui sera menée. Deuxièmement, sur cette loi, pourquoi cette loi ? Vous avez tout à fait dit et c'est un débat qui revient souvent sur le plateau, faits de société, on met en avant comme ça des faits divers. Est-ce qu'on est sur des faits de société et sur des faits divers ?
Moi, j'ai entendu, je crois d'ailleurs que c'est sur CNews, une ancienne garde des Sceaux qui disait mais en fait, la violence des mineurs n'a pas augmenté, elle a juste changé de nature. Alors, elle a changé... Vous n'êtes pas d'accord avec sa bête ? Non, elle a changé de nature, elle est de plus en plus violente, c'est avéré, mais elle a augmenté aussi et il faut le dire, et elle a augmenté. Je me réfère d'ailleurs à un article récent qui a été fait par un juge de Nanterre qui est un juge des mineurs et qui cite avec Maurice Berger qui est un spécialiste, on en reparlera peut-être, des chiffres qui sont assez intéressants.
Les mineurs qui sont poursuivis pour des faits graves, c'est-à-dire tentatives d'assassinat, meurtres, violences aggravées, ont doublé en six ans. Ils avancent les chiffres de plus de 1217 mineurs qui sont poursuivis en 2017 et aujourd'hui, on en a 2095. Et pourquoi je dis ça ? Parce que, un, c'est un fait de société qui est extrêmement grave et c'est dans ce cadre-là que la loi est arrivée. C'est-à-dire que ce n'est pas une loi de circonstances comme souvent on aime le dire, tiens, il y a un fait divers, on fait une loi.
Non, il y a un fait, il y a vraiment, c'est un fait de société sur lequel toute la société s'interroge et d'ailleurs elle s'interroge tellement qu'elle est plutôt favorable à ce qu'on change la loi et c'est tous les jours des affaires qui démontrent qu'on est sur une tendance lourde. Donc cette loi qui avait été proposée par Atal, par Gabriel Atal, elle n'était pas parfaite et elle n'était pas révolutionnaire. elle voulait simplement résoudre la problématique de cette ultra-violence de mineurs réitérants. Sur la récidive, l'excuse de minorité, un certain nombre de points très précis.
Sur lequel on n'arrive pas justement à avoir des réponses adaptées et le Conseil constitutionnel s'est prononcé, peut-être qu'on reviendra là-dessus, puisqu'en fait il a censuré quasiment toutes ces petites avancées. Les mesures les plus contre une autre.
C'est ce qui vous désespère aussi Stéphanie ?
Je ne veux pas être désespérée parce que parce que je me dis qu'il y a des hommes politiques et des femmes politiques. Marie-Claire Carré-Hergé que j'ai rencontré cet après-midi, Bruno Rotaillot, Gérald Darmanin, je l'ai dit qu'on a rencontré. Il y a des magistrats. Je pense que les choses vont avancer. Je ne peux pas être désespérée. Si je suis désespérée, j'arrête de vivre. donc il faut que les choses avancent et je pense que les choses avanceront aussi par les Français, tout simplement, par les citoyens parce que depuis que je suis intervenue chez votre concert à Pauline de Malherbe, en fait, tout le monde vient me voir. Dans la rue, les gens viennent me voir ?
Les gens viennent me voir en me disant on est d'accord avec vous, la délinquance des mineurs, c'est terrible, oui, c'est des faits de société, oui, on a peur pour nos enfants, n'importe qui, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de classe en plus socio-professionnelle. Les gens viennent me voir et donc l'opinion publique est en faveur du fait qu'il faut faire quelque chose, il faut agir rapidement face à cette hyper-violence des mineurs et ce qui a été un peu pour le coup désespérant avec le rendu du Conseil constitutionnel, c'est qu'il y a un fossé entre les Français et les sages du Conseil constitutionnel.
On va faire une petite pause, vous restez avec nous Stéphanie, on reparlera évidemment du combat que vous menez en mémoire d'Elias pour sauver d'autres vies et pour tenter de mobiliser l'opinion publique. A tout de suite, dans Punchline. Enfin, avec notre invitée exceptionnelle ce soir, Stéphanie, la maman d'Elias, Stéphanie, on va évidemment parler de la justice dont vous pensez qu'elle est beaucoup plus tournée vers les délinquants que vers les victimes, mais avant ça, j'ai une question de maman. Est-ce que vous avez pu dire au revoir à votre fils le jour de son agression ?
Oui, on a pu... Le meilleur ami d'Elias qui était avec lui et qui a été aussi agressé a été formidable parce que non seulement il a essayé de soigner Elias tout de suite, il a appelé la police. Il a fait les gestes de premier secours. Exactement. Il a appelé la police et il m'a appelée à la place d'Elias qui m'appelle toujours à cet horaire-là. Et donc, j'ai pu venir, j'ai pu être contre Elias et lui parler. Je ne sais pas si c'est une chance. En tout cas, c'est la possibilité d'embrasser son fils et de le rassurer. Et puis, il y a eu toute la nuit ensuite à l'hôpital Necker où les chirurgiens et les réanimateurs ont essayé, malgré la gravité de la plaie aortique, de sauver Elias.
Ils ont tout donné. et le fait d'avoir eu cette place, que notre famille ait eu cette place toute cette nuit à côté de notre enfant, c'est un sentiment un peu bizarre parce que quand vous accouchez, vous êtes avec votre mari et vous accueillez votre enfant dans les bras. Et c'est le plus beau jour de votre vie pour vos enfants. Et là, on a eu la possibilité d'accompagner notre enfant et cette sensation étrange, en fait, c'est d'accompagner son enfant et de le tenir dans ses bras lorsqu'il meurt. Alors, c'est très triste. Néanmoins, ça reste humain. C'est-à-dire qu'on avait notre enfant dans nos bras pour l'accompagner dans son passage dans la mort.
Et pour nous, c'est ce que la médecine nous a permis et c'est toute la chaîne de prise en charge d'Elias et des secours et des policiers a permis qu'on puisse avoir toute sa famille cette nuit avec notre enfant.
Vous dites qu'aujourd'hui, la justice, Stéphanie, elle est faite plus pour les délinquants que pour les victimes. C'est-à-dire que tout le système judiciaire, on a souvent des débats avec Béatrice Bougère sur ce thème-là, est tourné vers le délinquant. La prise en charge du délinquant, il manque pour vous la prise en charge des familles de victimes. Nous,
très simplement, en fait, si je ne venais pas ce soir vous voir, personne ne verrait notre visage, le visage des victimes. Les délinquants sont en prison, en détention provisoire, mais ils suivent leurs études, ils ont des psychologues, ils font de la musculation, plein de choses pour tenter de leur donner un peu de cadre et d'humanité. Ils ne sont pas incarcérés, ils sont incarcérés. Ils sont incarcérés, mais ils ont des mesures, bénéficient de mesures dans leur centre de détention.
Ils sont en détention provisoire et dans le cadre de la détention provisoire, malgré tout, il y a des mesures éducatives qui continuent de s'appliquer, des éducateurs qui continuent et de les suivre. De suivre autant le plan scolaire que le plan psychologique, que le plan santé mentale et physique. Et pour vous, qu'est-ce qu'il y a côté victime, Stéphanie ?
Quelle prise en charge ? Il n'y en a pas. C'est là où je paye la salle de musculation de mon fils aîné, je paye les séances de pédopsychiatrie de ma fille et c'est là où en introduction j'ai dit qu'on était une grande famille forte et unie, c'est-à-dire que la famille de la victime, notre famille, en fait, nous tenons grâce à nous-mêmes. Et parfois, on aimerait que peut-être que les juges des enfants en ce qui concerne les mineurs délinquants voient le visage
des victimes. J'aimerais qu'on mette la photo d'ailleurs d'Elias à l'antenne Béatrice Brugère. Vous l'avez aussi souvent dit, tout est fait pour la prise en charge des délinquants, pas grand-chose. Le droit des victimes est assez oublié en réalité.
J'adhère complètement et je trouve que c'est pas normal. D'ailleurs, on a porté plusieurs fois des réformes dans ce sens. On oublie souvent que, en fait, les victimes des mineurs délinquants ce sont d'autres mineurs. Ce sont des mineurs, ce sont d'autres enfants qui sont dans les écoles, dans la rue et qui n'ont pas eu non plus nécessairement autant de chance que ce qu'on peut imaginer. Et c'est vrai que le focus est davantage sur le mineur délinquant. En tout cas, c'est la justice qui est organisée ainsi. Je crois qu'on a pris énormément de retard, énormément de retard sur la prise en charge des victimes et c'est quelque chose que l'on doit évidemment améliorer. C'est pas nouveau.
On l'a fait, vous savez, sur les attentats de terrorisme, des choses comme ça parce que justement on est venu en parler, parce que c'est arrivé dans le débat public et encore une fois je vous remercie parce qu'il faut continuer à porter ceci. Il y a beaucoup de victimes qui se plaignent aussi de ne pas être informées, de ne pas être pris en charge. Je pense aussi aux violences faites aux femmes. Donc là, on est très faibles, il faut changer les choses et c'est pas normal et j'adhère complètement à ce qui vient d'Abti.
Stéphanie, vous avez rencontré Bruno Retailleau, je crois, cette semaine. Vous avez eu le sentiment d'être entendu ? Oui.
On est entendu, on est écouté parce que des fois on peut être écouté et pas entendu. Là, il sait, Bruno Retailleau, que le meurtre d'Elias n'est pas un fait divers. Il sait qu'il y a une montée en puissance de l'hyperviolence des mineurs. Il sait que c'est des mineurs délinquants qui n'ont pas de cadre. l'autorité ne sert plus à rien et pire encore, il constate que c'est des mineurs délinquants qui n'ont pas d'empathie. Et donc, ça va être encore le travail, évidemment, qu'il ne va pas arrêter et poursuivre son travail, mais c'est encore une donnée encore plus dure. C'est-à-dire que vous pouvez essayer d'avoir d'autorité sur un mineur délinquant.
Et c'est quelqu'un, c'est des personnes qui n'ont pas d'empathie, c'est-à-dire pour lesquelles je l'ai dit et moi, je peux le dire. C'est des barbares. C'est-à-dire qu'ils décident de tuer Elias simplement parce qu'Elias ne baisse pas le regard. C'est-à-dire qu'au final, le téléphone n'est même pas un enjeu en soi. C'est vraiment l'humain n'existe pas pour eux.
Bien sûr, l'humain n'existe pas. Et le politique peut-il reprendre la main là-dessus, selon vous, Stéphanie ? Est-ce qu'ils peuvent, les hommes, une garde des Sceaux, ministre de l'Intérieur,
Premier ministre, restaurer l'autorité ? Alors, non seulement ils le peuvent, mais ils le veulent. Ils sont déterminés. Bruno Rotaillot, Gérald Darmanin, c'est des hommes de terrain. C'est des hommes rigoureux, des hommes déterminés. et ils ne s'arrêteront pas. Ils vont continuer et nous, nous allons les soutenir. Nous, on peut œuvrer de notre côté en tant que victime et en tant que citoyen. On va certainement mettre en place un collectif citoyen parce que notre parole, elle est aussi importante et je pense que leurs actions, ils vont y arriver. De toute façon, quelque part, ils n'ont pas le choix. il faut qu'ils réussissent. Alors, ça prendra du temps. J'espère pas trop de temps.
Ça prendra, il y aura probablement des petits chocs et des chocs politiques, mais des discussions, des controverses, mais j'ai confiance en eux et j'ai confiance en la société. Les Français veulent que ça change. Donc, si les Français veulent que ça change et qu'on a des politiques qui veulent que ça avance, et vous avez le sentiment
que certains politiques choisissent leurs victimes. Oui. Il y a entre guillemets les bonnes et les moins bonnes victimes. Alors,
pour moi, une victime est une victime. Bien sûr. Pour nous aussi. Une victime, c'est des parents qui perdent leur enfant, une famille qui est brisée. Toutes les victimes se valent. Par contre, ce qu'on a découvert depuis le meurtre d'Elias avec effroi, c'est que les politiques choisissent leur mort. Et on a pu constater que certaines personnalités politiques n'avaient pas versé de larmes pour le meurtre d'Elias. Et ça, ça nous a blessés aussi.
Est-ce que vous en voulez à la justice qui n'a peut-être pas su protéger votre fils de ces deux délinquants qui avaient ordre de ne pas se voir, qui avaient des antécédents pour l'un d'entre eux ? Est-ce que vous avez le sentiment que cette justice assume ses responsabilités ? Stéphanie, vous êtes la maman d'Elias.
Pour l'instant, je ne peux pas me prononcer parce que Gérald Darmanin a demandé une commission d'inspection. On attendra les résultats. Il évoque des dysfonctionnements. Il évoque des dysfonctionnements. Si ces dysfonctionnements sont établis, ça sera pour nous très douloureux, évidemment parce qu'en fait, dans le fond, on croit à la justice et on pensait que la justice était juste. Et si on s'aperçoit, s'il y a cette conclusion qui dit qu'il y a eu beaucoup de dysfonctionnements, ça ajoutera de la peine
à notre douleur. Maître Ostrovska, quelles sont les prochaines étapes judiciaires dans le dossier de la mort d'Elias ? Il y a la procédure d'instruction qui est la principale procédure, j'ai envie de dire, qui suit son cours. Il y a encore des auditions qui doivent se tenir. Il y a des expertises qui sont attendues. Il y a probablement une reconstitution qui sera faite. On est vraiment dans la recherche de la vérité, ce dont on parlait au début, de comprendre vraiment tout ce qui s'est passé. et puis viendra le temps ensuite du procès. Ce sera ultérieurement, malheureusement, le temps est très long. Là-dessus, on verra.
L'échéance à plus court terme, effectivement, c'est cette échéance de connaître les fonctionnements ou dysfonctionnements de la justice et du suivi judiciaire et éducatif de ces deux mineurs puisqu'effectivement, ils avaient une interdiction de se rencontrer, interdiction pour laquelle tout le monde, enfin, ils sont passés outre. Les parents sont passés outre les éducateurs, le juge des enfants et on cherche à comprendre effectivement ce qui s'est passé et comment ça a pu se produire. Et là, vous estimez que s'il y a des dysfonctionnements, il y a une responsabilité de la justice et qu'il faut que certains magistrats rendent compte. Stéphanie, et je vous passerai la parole ensuite, Béatrice.
Nous, ce qu'on va demander à la justice, on a bien compris le concept de l'indépendance de la magistrature, on a bien compris. Néanmoins, pour nous, la justice doit rendre des comptes aux victimes, aux Français. Et c'est pour ça que tout à l'heure, j'ai parlé du collectif citoyen. Pour nous, alors nous sommes médecins et chirurgiens et nous voulons que la justice soit plus transparente comme nous l'avons fait en médecine. En médecine, années 80-90, les patients, c'était un organe et un numéro de chambre. Les usagers se sont emparés du sujet, les choses ont évolué et aujourd'hui, il y a des médiations, des discussions avec les patients.
Et nous, on va vouloir faire la même chose avec la justice. En ce qui concerne les mineurs délinquants, pour nous, ce n'est pas possible que les juges ne voient que les mineurs délinquants. En fait, derrière les mineurs délinquants, on en a parlé tout à l'heure, il y a le visage des victimes. Et nous, ce qu'on voudrait, c'est qu'avant le meurtre d'Elias, les deux mineurs délinquants ont agressé, insulté, volé, humilié une vingtaine de victimes avant, une vingtaine de mineurs. ces jeunes-là, ils sont traumatisés. On ne les voit pas. On ne voit pas leur visage.
On voit le visage d'Elias, mais nous, ce qu'on voudrait, c'est que les juges des enfants voient le visage de toutes les victimes, qu'elles n'oublient, que ces juges n'oublient jamais le visage d'Elias, mais que le visage des victimes soit à la même hauteur, voire devant le visage des mineurs délinquants. Et pour ça, ça, ça va être notre devoir, je pense, de faire évoluer le regard des juges sur les victimes,
en fait, très simplement. Déatrice Baugère,
votre réponse,
rapidement, il nous reste peu de temps,
malheureusement. Oui. Ce que je voudrais simplement vous indiquer, madame, c'est que vous n'êtes pas toute seule, que cette décision, elle n'a pas fait consensus du Conseil constitutionnel, puisqu'elle voulait justement essayer de réparer ce qu'on vient de décrire, c'est-à-dire des mineurs qui sont multiréitérants, sans empathie, et qui sont laissés un peu dans la nature et qui peuvent justement réitérer.
Il faut que vous sachiez qu'il y a des juristes, qu'il y a des sénateurs, qu'il y a des magistrats, qu'il y a notre syndicat, et qu'on continuera à porter cette réforme parce qu'on la pense utile, on la pense juste, et surtout qu'on a à cœur de préserver d'autres mineurs, et je sais que c'est aussi ce que vous avez comme objectif dans votre démarche, qui est une démarche extrêmement courageuse et que je salue, et que, vous voyez, juste ça, la césure, la césure sur laquelle... Césure entre le délit et la sanction. Sur lequel, nous, on avait été consultés, on avait dit que ça n'existait pas avant, c'est récent.
On disait, il y a des mineurs, il ne faut pas les laisser comme ça, sans rien, sans contrôle, ou en tout cas, des contrôles tellement, j'allais dire, solides, qu'ils ne servent à rien. Ce n'est pas quelque chose de bien. Et le Conseil constitutionnel a dit, mais ce sera ça, la règle, maintenant. Donc, nous continuerons à essayer de faire changer la loi.
Vous avez espoir, Stéphanie, qu'avec des magistrats comme Béatrice, les choses puissent bouger dans notre pays. Ce sera le dernier mot.
Oui, j'ai espoir. Sinon, je ne serai pas là. Je ne rencontrerai pas les politiques. Il faut qu'on ait de l'espoir, sinon on ne tiendra pas. On ne va pas ressusciter Elias, mais comme je l'ai déjà dit, on va réussir à protéger les vivants. Et c'est notre objectif.