Emmanuel Macron dissout l’Assemblée : sursaut ou suicide ? - Patrick Cohen - C à vous - 10/06/2024
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Chapitres
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Questions et réponses
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Suicide ou sursaut pour la dissolution d'Emmanuel Macron ?
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Cette dissolution ne pouvait-elle pas attendre septembre ?
- 9:46RelanceRéponse partielle
Est-ce que la bonne stratégie est de rediaboliser le RN ?
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Que proposez-vous pour fédérer et obtenir un vote d'adhésion ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« la liste Bardella a obtenu hier plus de 7 700 000 voix »
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« Marine Le Pen au premier tour de la dernière présidentielle, 8 100 000 »
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« et pas loin du double des voix obtenues aux législatives qui ont suivi 4 millions d'eux »
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« Il lui manque quand même 200 députés pour atteindre la majorité absolue »
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« c'est ce que le parti socialiste avait gagné en 97, exactement 202 députés de plus »
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« Voyez cette carte spectaculaire et uniforme qui colore de bleu toutes les villes où l'extrême droite est arrivée en tête, soit 93% des communes de France, 32 600 sur 35 000 »
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« Nous sommes le pays qui est le plus attractif sur le plan économique »
- 8:10InvitéFait
« Dans un rapport d'octobre 2023, la Cour des comptes dit, la justice n'a jamais été aussi sévère »
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« Les journalistes qui désormais feront part de procès-verbaux issus de violations du secret de l'instruction pourront être condamnés. Vous savez quelle peine ? Deux enfermes »
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« Il a fait 48% des voix »
Temps de parole
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Avant toute chose, Patrick, vous vouliez revenir sur les résultats de ces élections. Oui, il ne faut pas minimiser ce coup de tonnerre sous prétexte qu'il est conforme à ce que les sondages annoncent depuis des mois, ou le laisser camoufler par un autre coup de tonnerre, celui de la dissolution. Car les chiffres sont là, il y a bien une déferlante exceptionnelle. Songez que malgré une participation limitée à 52%, la liste Bardella a obtenu hier plus de 7 700 000 voix, presque autant que Marine Le Pen au premier tour de la dernière présidentielle, 8 100 000, et pas loin du double des voix obtenues aux législatives qui ont suivi 4 millions d'eux.
C'est-à-dire que même si une partie des électeurs d'hier se déjuge dans 20 jours face à la perspective d'installer le RN à Matignon, c'est le pari d'Emmanuel Macron, le parti de Le Pen et Bardella dispose d'un socle électoral impressionnant de taille à faire élire des dizaines de nouveaux députés et à former le premier groupe de la future Assemblée. Il lui manque quand même 200 députés pour atteindre la majorité absolue. C'est ce que le parti socialiste avait gagné en 97, exactement 202 députés de plus après la dissolution catastrophe décidée par Jacques Chirac. Les stratèges qui l'entouraient considéraient aussi que la marche était trop haute pour que la gauche de Jospin l'emporte.
Ils se sont lourdement trompés. Le vote RN s'est aussi diffusé sur tout le territoire. Ce qui est un atout supplémentaire pour des législatives. Voyez cette carte spectaculaire et uniforme qui colore de bleu toutes les villes où l'extrême droite est arrivée en tête, soit 93% des communes de France, 32 600 sur 35 000. En fait, c'est simple. Le RN domine partout, y compris dans des régions longtemps rétives comme la Bretagne, y compris dans des territoires où il n'y a pas d'immigration, peu de chômage et peu d'insécurité. Partout, sauf dans cette région parisienne dominée par des taches de couleurs.
Rouge pour Aubry, Rose Glucksmann, Violet Ayer, Ayer pardon, et dans les grandes villes avec le PS en tête à Paris, Rouen, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Brest, Rennes. Tandis que les Insoumis dominent à Lille, Montpellier, Strasbourg, Grenoble, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. Et c'est après ce vote sanction qu'Emmanuel Macron dissout ce qui lui restait de majorité. Avec le risque insensé de subir une deuxième raclée et de laisser le RN accéder au pouvoir. Marine Le Pen en a rêvé, Emmanuel Macron l'a fait. Suicide ou sursaut, seul le résultat, le 7 juillet, permettra de trancher. Je vous pose quand même la question, suicide ou sursaut ?
Et comme je ne sais pas, je vous réponds par une série d'arguments que j'ai rangés en deux petits tas, comme je fais parfois sur les éditos en deux volets et recto et verso. Côté sursaut, d'abord, il y a l'idée que la majorité et le pays étaient dans une impasse, que le refus de la droite LR de gouverner ou de nouer des compromis, sa détermination à censurer le budget et le gouvernement à la rentrée, devait de toute façon conduire à la crise bien avant 2027.
Avec ce retour aux urnes, en se donnant trois semaines plutôt que trois ans pour éviter un RN désormais irrésistible, Emmanuel Macron ne fait que précipiter les échéances dans l'espoir de mobiliser un bloc central dans le but de rendre la France à nouveau gouvernable et de donner enfin une majorité à cette assemblée qui en était dépourvue depuis deux ans. Un saut dans l'inconnu, à coup sûr, jamais jusqu'ici les Français n'avaient été sérieusement placés face à ce choix. Lors des seconds tours de présidentielle entre 2002 et 2022, le pouvoir n'était pas réellement à portée de main des Le Pen, père et fille.
Cette fois, les électeurs seront au pied du mur, ce sera l'enjeu de la campagne la plus courte de la Vème République. Veulent-ils vraiment un gouvernement bardé là ? Oui ou non ? Détestent-ils à ce point Macron qu'ils veulent le voir partager le pouvoir avec ceux qu'il avait promis de réduire ? Et côté suicide ? Emmanuel Macron a le chic pour ajouter de la crise à la crise car rien ne justifiait ce hara-kiri, à commencer par ses propres discours. Ce sont des élections européennes, a-t-on entendu, tout au long de la campagne, qui n'auront aucune conséquence nationale.
Comme en 2014, durant le quinquennat Hollande, quand la liste PS, même pas deuxième, se ramasse à moins de 14%, 7 points derrière l'UMP, 11 points derrière le FN de Marine Le Pen, rien ne s'est passé ensuite, pas plus qu'en Allemagne aujourd'hui, où les trois parties de la coalition gouvernementale se sont fait ratatiner par la droite et l'extrême droite.
Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c'est que personne, apparemment, dehors du président et d'un petit cercle de conseillers, n'avait réellement envie de se soumettre aux injonctions de Bardella et Le Pen de dissoudre en cas d'échec, de brusquer les échéances, de remettre les compteurs à zéro sans laisser le temps aux forces politiques de renégocier leurs alliances, bref, de jouer le pays acquis tout double, et sûrement pas ce jeune Premier ministre qu'il avait promu il y a moins de six mois, déjà pour redonner du souffle à son mandat, et qu'il vient de balancer sous un train. Je parle de Gabriel Attal. Jacques Chirac avait inventé la dissolution de confort.
Emmanuel Macron innove avec la dissolution d'orgueil. président impopulaire et non rééligible qui rêve de se rélégitimer une dernière fois avant de quitter le pouvoir lors d'une ultime confrontation avec le RN, tenté de se sauver au risque de perdre le pays et de faire accompagner cet été la flamme olympique du parti à la flamme. Je voyais Éric Dupond-Moretti bouillir. Approuver la première partie et bouillir sur la zone. Exactement, approuver le fait que Emmanuel Macron ne fait que précipiter les échéances, et à la fois, ce qui vous est bouillir, c'est quand Patrick rappelait que rien ne justifiait ce hara-kiri.
Est-ce que cette dissolution, si elle était inévitable, ne pouvait-elle pas attendre le mois de septembre, par exemple ? Et si ces élections européennes n'étaient pas un scrutin national, pourquoi en faire immédiatement après les résultats, un enjeu national ?
M. Cohen, il oublie ce qu'il a dit récemment. Il a dit que ce serait ingouvernable. Bon. Eh bien, c'est vrai. Eh bien, c'est vrai. Or, nous, on veut gouverner. Et on a fait beaucoup de choses.
Au risque de ne plus gouverner du tout.
On a fait beaucoup de choses, parce qu'il faudra rappeler le bilan, et je vous garantis que nous le ferons pendant cette campagne électorale. Vous vous souvenez, il y a quelques années de ça, M. Cohen, la préoccupation majeure des Français, c'était le chômage. On n'en parle plus aujourd'hui, par exemple. Nous sommes le pays qui est le plus attractif sur le plan économique. Nous avons fait pendant la Covid, qui est une crise très très lourde, que nous avons traversée avec le président de la République, un certain nombre de choses auxquelles l'extrême droite s'opposait. Ça, c'est une réalité. On veut continuer.
Vous avez rappelé pendant les semaines de campagne des Européennes, sans effet sur l'opinion.
Je vais vous dire deux mots sur l'effet Front National, le Rassemblement National. Mais pardon de vous dire qu'on a des choses à faire. Moi, je veux porter un grand texte sur la criminalité organisée. Comment ça se passe aujourd'hui ? Sur un texte comme celui-là, LFI hurle au tout sécuritaire. L'extrême droite hurle au laxisme absolu. Et on a beaucoup de mal à avancer. Et quand on avance, on avance sous la menace d'une censure. Parce que la censure, elle serait intervenue très vraisemblablement à l'automne. Alors, le compromis, oui, c'est ce que voulaient les Français, d'ailleurs, en élisant l'Assemblée telle qu'ils l'ont élu. La compromission, certainement pas.
Maintenant, il y a quand même une différence entre les électeurs qui ont voté Jordan Bardella aux Européennes et ceux qui vont s'exprimer. Les différences sont les suivantes. D'abord, vous avez les aficionados de l'extrême droite. Ceux-là, ils voteront extrême droite, quoi qu'il arrive. Que Marion Maréchal retourne dans la famille ou pas. Puis, vous avez ceux qui considèrent que l'Europe, c'est bien loin. Et qui s'intéressent moins à l'Europe qu'à un scrutin national. Et puis, vous avez également, dans tout cela, ceux qui disent, mais on va exprimer une protestation. Parce que, c'est vrai, on n'a pas tout bien fait. Nous avons fait un certain nombre de choses qui sont très bien faites.
Et vous pensez qu'il pourrait revenir, ça ? Mais attendez, je vous donne un petit exemple ce matin, M. Chenu. Il annonce la couleur. Alors, privatisation du service public de l'audiovisuel. C'est-à-dire que vous allez être mis à la botte, mon cher M. Cohen. Et vous aussi, chère madame. C'est ça qui nous attend. C'est ça, l'extrême droite. Justice. Justice laxiste, disent tous les extrémistes de droite. La Cour des comptes dit non. Dans un rapport d'octobre 2023, la Cour des comptes dit, la justice n'a jamais été aussi sévère. Les juges, on va les mettre à la botte, comme l'a fait M. Orban. Les juges, ils sont indépendants dans ce pays. Et je suis l'un des garants de leur indépendance.
On va les serrer aussi. Je vais vous donner un autre exemple. Amendement porté par Mme Le Pen. On évoque, à ce moment-là, Mme Le Pen est folle de rage, parce qu'un journaliste a osé dire qu'elle allait comparaître bientôt, en septembre, je crois, devant le tribunal correctionnel, pour des emplois fictifs. Au Parlement européen, d'ailleurs. Moi, je respecte sa présomption d'innocence. Le journaliste écrit ce qu'il a envie de dire. Et Mme Le Pen dit, les journalistes qui désormais feront part de procès-verbaux issus de violations du secret de l'instruction pourront être condamnés. Vous savez quelle peine ? Deux enfermes.
Donc ce que vous annoncez, c'est le Rassemblement national. Au pouvoir, c'est le chaos. Mais cet argument a été dit, répété, durant toute la campagne des élections européennes, sans convaincre. Il y a un vote de colère, certes, il y a un vote de rejet d'Emmanuel Macron, mais il y a un vote d'adhésion.
Il y a un vote d'adhésion aussi, disons-le, bien sûr. Qu'on ne peut plus ignorer.
Et c'est aussi l'échec d'Emmanuel Macron et le vôtre, vous qui avez été emprunté du combat contre le Rassemblement national.
Le premier faux pas, c'est ce matin, en racontant qu'on va privatiser le service public de l'audiovisuel. C'est-à-dire qu'on va le mettre à sa pogne. Et pourquoi pas un ministre de l'information, d'ailleurs ? Mais pourquoi pas ? Ce n'est pas une découverte, c'est dans le programme du Rassemblement national. Mais ce n'est pas une découverte, mais tous les Français ne le savent pas.
La question, Éric Dupongrati, c'est est-ce que la bonne... Vous avez trois semaines de campagne, c'est très court. Est-ce que la bonne stratégie, c'est de rediaboliser, comme vous le faites ce soir, le Rassemblement national, ce qui, ces dernières années, n'a pas du tout marché ?
Non, mais ce n'est pas le mot juste, excusez-moi. Quand je parle de privatisation du service public de l'audiovisuel, quand je vous parle de mise à la botte des juges, des journalistes et d'autres exemples, c'est une réalité. Ce n'est pas du fantasme, ce n'est pas de la dédiabolisation. Et pardon de dire, il y a un autre phénomène.
Non, mais pointer éventuellement ce que vous dénoncez dans le programme du Rassemblement national, c'est une chose, mais que proposez-vous ? Comment allez-vous fédérer et obtenir un vote d'adhésion de la part des Français ? Donner envie de voter pour la majorité actuelle ?
Dans le succès du Rassemblement national, il y a aussi un mouvement mondial qui fait monter les populismes. Pardonnez-moi, Trump, Bolsonaro, en Argentine, en Hongrie, en Pologne, Victor Orban. Moi, je vais vous dire, monsieur Cohen, j'ai reçu des magistrats hongrois qui me disaient que l'exécutif les tenait, les tenait. Bon, ce phénomène... Il a fait 48% des voix. J'entends bien, mais accordez-moi que les populistes ont un temps d'avance, si j'ose dire, sur les démocrates, parce que les populistes, ils disent, monsieur Cohen, ce que vous avez envie d'entendre. C'est ça, le populisme. Et c'est ça, le danger du populisme. Mais attention, attention au réveil.
Parce que moi, je mets en garde des diabolisations. Je ne veux même plus utiliser ces membres. Je veux regarder leur programme. Je veux regarder le nôtre. Moi, par exemple, j'ai un grand texte à préparer sur les mineurs, sur la criminalité organisée, sur la détention, puisque nous avons vu qu'il y avait un certain nombre de carences et que le personnel pénitentiaire méritait d'être protégé. Ils nous mentent quand ils parlent de laxisme de la justice en permanence. Ils en font leur miel. Et qu'est-ce qu'ils proposent ? Ils ne proposent rien, parce qu'ils n'ont pas envie de solution. Ils vivent en réalité des problèmes. Mais moi, je pense que les Français aiment la politique.
Ils n'aiment pas les politiciens, mais ils aiment la politique. Et ça, ça mérite d'être dit, redit et redit. Je ne le sais pas.
Le président a encouragé ses ministres à s'engager dans le gouvernement.
Je serai là où le président me demandera d'aller. Mais où que je sois, je me battrai comme je me suis toujours battu.