Olivier Barrot : un bateau de croisière maudit par le Covid - L'invité de Sonia Devillers
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Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?
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Sur le papier, ça faisait envie. Des escales aux appellations mélodieuses...
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Ce qu'il faut savoir, c'est que vous avez voyagé, beaucoup voyagé...
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Petite anecdote quand même, nous sommes en mars 2020... Vous arrivez de Chine, vous revenez de Wuhan.
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Alors ce que vous racontez dans ce petit livre... c'est comment ces 1200 passagers... vont se retrouver littéralement enfermés.
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De nuit, de nuit, car vous étiez devenu des passagers clandestins.
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« Oui, le fait est que cette conjonction est un peu impressionnante, d'autant que je ne suis pas allé qu'une seule fois à Wuhan. »
- 3:23Invité politiqueFait
« Le deuxième voyage est juste au moment où l'épidémie de cette maladie nouvelle dont on ne sait rien s'étend un peu partout dans le monde. »
- 4:02Invité politiqueFait
« De là à faire de moi le client mystère, c'est-à-dire celui qui a propagé la maladie. Je ne le crois pas, d'autant que, quant à moi, je n'ai jamais été atteint par le Covid. »
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« Quatre voyageurs sont morts du Covid-19. »
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« Plus d'une centaine de passagers, dont une vingtaine de Français, présentent des symptômes. »
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« Exactement, pour un certain nombre de personnes, la prise de médicaments est une garantie de survie, sinon ils sont en danger de mort. »
- 10:00Invité politiqueFait
« Or, nous venions ou d'Europe, ou d'Argentine, ou des États-Unis, et on était dans des pays avec lesquels on ne pouvait absolument pas commercer. »
- 11:40Invité politiqueFait
« Le gouverneur répond que son État est un État dans lequel très nombreux sont les retraités. Les gens fragiles, les gens malades, les gens qui sont en fin de vie. »
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« Ça fait 2500 personnes. »
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Il est 9h09, Sonia De Villers, votre invitée accepte en mars 2020 une mission de conférencier sur un bateau de croisière. Mais qu'allait-il faire dans cette galère ? Bonjour Olivier Barrault. Bonjour Sonia. Bonjour Nicolas. Bonjour. Le bateau s'appelle le MS Zahendam. Drôle de nom, il y a trois A.
Non, ce n'est pas un drôle de nom, c'est un nom néerlandais, puisque ce bagbo est à la fois américain et effectivement néerlandais. Zahendam, c'est une ville des Pays-Bas et d'ailleurs toute la gamme des navires de cette compagnie porte le nom de ville hollandaise, l'Amsterdam, le Rotterdam, etc. Et donc le Zahendam.
Le Zahendam. 700 cabines, 1200 passagers et vous voici conférencier. Sur le papier, ça faisait envie. Des escales aux appellations mélodieuses, écrivez-vous, montez vidéo, les Malouines, Ushuaïa, le Cap Horn, Valparaiso.
Oui, sur le papier, c'est tout à fait excitant. Ce sont des régions du monde que je connais un peu, mais pas parfaitement et où j'étais enchanté de revenir, notamment en Uruguay, à Montevideo et puis découvrir le Cap Horn. Ce sont des choses qui font effectivement rêver.
Ce qu'il faut savoir, Olivier Barraud, c'est que vous avez voyagé, beaucoup voyagé, énormément voyagé. Vous vous êtes trouvé dans le voyage.
Oui, j'ai l'impression d'avoir toujours pratiqué des excès, au moins sur le plan professionnel. Je veux dire par là que j'ai fait des milliers d'émissions de littérature et je suis allé...
Un livre, un jour, 27 saisons sur France 3, 6000 émissions, mesdames et messieurs, 6000 émissions pour présenter des livres.
Oui, c'est effrayant. J'ai effectivement énormément voyagé, comme vous le rappeliez gentiment. Je crois voir dire que je suis allé partout, sinon dans la totalité des États, mais dans toutes les parties du monde. Et ce voyage, d'une certaine manière, conjuguait les deux, parce qu'il y a un contenu très littéraire dans cette région du monde. Pays d'écrivain, pays de musicien, pays de cinéaste, etc. Et puis voyage, un voyage très lointain, qui avait toutes les apparences de la perfection, de l'agrément, etc. Et il s'est passé, à ce moment-là, l'intervention d'un grain de sable, ce qui fait que ça a moins bien fini que ça n'a commencé.
Embarquons, embarquons comme chez Fellini. Et la nave, et ce navire, et ce navire qui va et qui va chez Fellini, jusqu'à ce qu'il en rencontre un autre. Le Zandam embarque, vous dites vous, le Zandam embarque. Petite anecdote quand même, nous sommes en mars 2020, et d'où revenez-vous ? D'un de vos énièmes voyages, Olivier Barraud. Vous arrivez de Chine, vous revenez de Wuhan. Je rêve !
Oui, le fait est que cette conjonction est un peu impressionnante, d'autant que je ne suis pas allé qu'une seule fois à Wuhan. J'aggrave mon cas, ce 10 ans, et j'en ai bien conscience. J'y suis allé deux ans de suite, au mois de décembre. Le deuxième voyage est juste au moment où l'épidémie de cette maladie nouvelle dont on ne sait rien s'étend un peu partout dans le monde. Pas encore en Amérique du Sud, ce qui fait que notre navire a pu quitter sans problème le port de Buenos Aires. À l'époque, on ignorait à peu près tout de ce qui allait devenir l'événement, etc. Mais c'est vrai que j'étais allé à Wuhan pour m'occuper de littérature, d'enseignement de la langue française, etc.
Et c'était tellement prometteur que j'y suis retourné l'année d'après, une deuxième année. De là à faire de moi le client mystère, c'est-à-dire celui qui a propagé la maladie. Je ne le crois pas, d'autant que, quant à moi, je n'ai jamais été atteint par le Covid.
Alors ce que vous racontez dans ce petit livre qui va apparaître la semaine prochaine, chez Gallimard, qui s'appelle Vaisseau fantôme, c'est comment ces 1200 passagers répartis dans 700 cabines vont se retrouver littéralement enfermés, enfermés sur l'océan Atlantique. Vous ne pouvez accoster nulle part. Les ports vont se fermer les uns après les autres. On va vous interdire le canal de Panama. Vous vous retrouvez à bord d'une nef des fous. Vous vous retrouvez à bord d'un bateau ivre. Et vous écrivez, Olivier Barraud, un jour j'ai rencontré la vérité. À bord d'un navire à la dérive, dans les eaux du Pacifique et de l'Atlantique. Vérité de soi-même et vérité d'autrui.
Oui, parce qu'on est dans une situation qui, peu à peu, devient extrême. Dans un premier temps, on nous dit, la croisière va s'arrêter et on va vous rapatrier dans vos pays d'origine. Il n'y avait pas que des Français à bord. Il y avait une majorité d'Américains, des Allemands, des Anglais, des Hauts-Francis.
Vous étiez une centaine de Français.
Voilà. Et c'était d'ailleurs à ces compatriotes ou à ces gens qui parlaient la langue française, il y avait des Suisses et des Belges, que s'adressaient mes conférences, que j'ai données au début, alors que tout allait bien. Et puis, à un moment, on nous a dit, voilà, la maladie, la croisière va s'arrêter, on va vous rapatrier rapidement, etc. On vous dédommagera et tout. Mais ce n'est pas du tout ce qui s'est passé, c'est qu'en réalité, la situation n'a cessé d'empirer. La maladie s'est installée, on ne nous le disait pas vraiment, on ne nous cachait pas non plus.
Et puis, au bout d'un moment, les choses ont été bien plus graves, puisqu'on nous a interdit de sortir de nos cabines respectives. On a été enfermés, on a connu la réclusion, un moment extrêmement puissant et qui a duré un petit bout de temps quand même. Donc, c'est effectivement à ce moment-là qu'on est entrés dans quelque chose de grave, dont on ignorait tout. Et on ignorait en particulier où nous allions pouvoir accoster, car comme vous l'avez rappelé, tous les ports, tous les pays de cette partie-là du monde, c'est-à-dire la côte pacifique, nous refusait, refusait l'accostage, on ne savait pas ni, on a perdu l'espace et le temps. La notion de l'espace, la notion du temps.
La notion de l'espace, parce qu'on ne savait pas où on allait pouvoir enfin débarquer. Et la notion du temps, parce qu'on n'avait aucune idée du temps que ça prendrait. Et les informations qui nous étaient données étaient parcellaires et surtout, on ne nous informait que de réalités avérées. C'est certitude. C'est comme ça qu'on a attendu longtemps l'annonce selon laquelle on allait enfin pouvoir franchir le canal de Panama.
De nuit, de nuit, car vous étiez devenu des passagers clandestins. Testiféré. Revue de presse, car dans le monde entier, on a parlé de l'histoire de ce bateau interdit d'accostage. Alors qu'il est, 30 000 Français sont toujours bloqués à l'étranger, c'est le cas de ces passagers coincés actuellement sur un paquebot au large du Panama. À bord du navire, les appels à l'aide se multiplient. Des touristes confinés, bloqués dans leur cabine. Quatre voyageurs sont morts du Covid-19. Plus d'une centaine de passagers, dont une vingtaine de Français, présentent des symptômes. Chili, Équateur, Colombie et le Panama ont tous refusé de l'aider. Le bateau n'a pas le droit d'accoster.
Si personne ne vient nous sortir de cet impasse, nous sommes des condamnés à mort.
Parce qu'on l'entend dans ces différentes archives, il y a un moment où on a commencé à compter les morts à bord.
Oui, on ne nous rendait pas compte de manière très détaillée du nombre de victimes, etc. Mais on sentait bien, et on ne nous l'avait pas caché, que la maladie progressait. Qu'il y avait à bord des gens qui avaient disparu, qui étaient morts. On ne le sait pas forcément, mais tout est prévu dans ce genre de bateau au cas où quelqu'un disparaît. D'autant qu'on se doute bien qu'une croisière de cet ordre, qui est assez luxueuse, qui est assez coûteuse, elle accueille plutôt des gens âgés, des gens fragiles, des gens fragilisés, plutôt que des sportifs, des teenagers, etc. Ce n'est pas du tout le cas. Donc on a affaire à une population fragile, inquiète, et on ne sait pas vraiment qu'en faire.
Ce que je raconte là, c'est comment on fait face à tout ça. C'est-à-dire que très vite, on entre dans des préoccupations qui ne sont pas simplement de survie. On rentre en soi-même par la force des choses, puisque vous êtes enfermé dans votre cabine. Et moi, j'ai eu la chance d'avoir une cabine avec une fenêtre, donc je voyais au moins l'océan. Mais je pense à ceux qui habitaient les cabines intérieures, qui elles ne sont pas équipées de fenêtres, de sabords, comme on dit, dans la marine, et qui ne voyaient rien, qui ne voulaient pas sortir de leur cabine et qui sont restés enfermés.
Et on vous suggère, et vous allez évidemment accomplir cela, d'écrire une chronique quotidienne, une chronique quotidienne qui va être diffusée à bord. Et donc vous écrivez, vous écrivez tous les jours, et vous voilà, citant Churchill par exemple, avec cette règle de vie que vous trouvez-vous admirable, « Please behave », je le prononce bien, c'est ça qu'on pourrait traduire par « S'il vous plaît, on se tient ».
On se tient, effectivement, pas d'abandon, mais encore faut-il en avoir les moyens psychologiques. Moi je comprends très bien que les gens qui étaient affectés par des maladies cardiaques, par le diabète, par toutes sortes de troubles, ces gens-là ont été tout d'un coup dans une crainte terrible, parce que nous étions partis pour deux semaines, ça a duré quatre semaines et demie, cinq semaines.
Les stocks de médicaments, c'est ça, réduisés à bord ?
Exactement, pour un certain nombre de personnes, la prise de médicaments est une garantie de survie, sinon ils sont en danger de mort. Et il a fallu, et ça a été fait plutôt bien, il a fallu trouver un moyen d'importer des traitements, des médicaments. Or, nous venions ou d'Europe, ou d'Argentine, ou des États-Unis, et on était dans des pays avec lesquels on ne pouvait absolument pas commercer, à aucun sens du terme. Il a fallu trouver des subterfuges que l'armateur a effectivement découvert. On a été ravitaillés par barge, à la fois pour le carburant, pour tout ce qui était alimentaire, parce qu'il fallait bien quand même nous nourrir, et surtout, d'abord et avant tout, en médicaments.
Et ça a été fait de manière, je crois, convenable.
Alors je pense, Olivier Barraud, que beaucoup de... Olivier Barraud, écrivain, voyageur, journaliste, homme de télé, puisqu'on rappelait tout à l'heure ces 27 saisons d'un livre un jour, a écrit Vaisseau Fantôme, qui paraîtra la semaine prochaine. C'est un petit livre, un petit livre qui raconte cette croisière folle, puisque, Covid oblige, vous vous êtes retrouvé enfermé sur un bateau de croisière avec 1200 passagers, interdit d'accoster de port en port, rejeté de partout. Même le président américain intercède en votre faveur. Ce bateau est quand même immatriculé en Floride, et la Floride ne veut pas de vous.
Non, et pour des raisons que, d'une certaine façon, on peut comprendre. Le gouverneur de Floride, qui est peut-être candidat du Parti républicain aux prochaines présidentielles américaines en 2024, de Santis, la compagnie demande à la Floride de nous accueillir, d'autant que le bateau est immatriculé en Floride, à Fort Lauderdale, qui est un grand port précisément pour ce genre d'expédition. Et le gouverneur répond que son État est un État dans lequel très nombreux sont les retraités. Les gens fragiles, les gens malades, les gens qui sont en fin de vie. Et qu'accueillir les pestiférés que nous sommes, c'est prendre un risque sanitaire terrible.
Donc on est au large de la Floride, mais on ne peut absolument pas entrer dans les eaux territoriales de cet État américain.
Et vous, vous précisez, Olivier Barraud, j'ai toujours détesté la Floride, cette sous-Californie.
Oui, effectivement, ça me paraît... Je crois que c'est assez juste. Alors que moi, j'aime beaucoup la Californie, y compris Los Angeles, qui est une ville difficile et qui livre difficilement ses secrets et ses talents. La Floride, je trouve cet État très laid, très vulgaire, sauf la partie sud, les Cays, chers à Hemingway. Bon, c'est l'État d'un certain président américain dont on a beaucoup parlé, qui s'appelle Donald, de son prénom vous voyez, de qui je veux parler. Je pense que c'est une raison suffisante pour détester la Californie, puisque c'est là qu'il réside, Mar del Lago, etc.
Pas la Californie, la Floride.
Pardon, la Floride, la Floride.
Et puisque vous faites allusion à Hemingway, je voudrais dire que ces 95 pages, ce vaisseau fantôme que vous allez publier la semaine prochaine, ce n'est pas seulement le récit circonstanciel de ces cinq semaines absolument effarantes et hors du temps. Comment dire ? C'est un voyage en littérature, en cinéma et en musique, car au fond, c'est probablement ce qui vous a fait tenir. C'est ce qui fait que vous avez fait tenir ceux avec qui vous avez voyagé, qui vous prennent pour un psy, pour un médecin des âmes.
Oui, c'est tout à fait ça. À la suggestion de la directrice de croisière, j'ai effectivement écrit un bulletin quotidien dans lequel j'essayais de m'éloigner de la matérialité de ce que nous vivions. Et puis, j'ai répondu beaucoup au téléphone, parce que nous avions la possibilité de nous parler de cabine à cabine. On ne pouvait pas se voir, mais on pouvait s'entendre. Et parce qu'un certain nombre des passagers me connaissaient, avaient assisté à mes conférences avant la crise, ou m'avaient vu à la télévision, ils m'ont pris un peu pour un...
Oui, sinon un confesseur, mais plutôt pour quelqu'un qui, plus informé qu'eux, croyait-il, ce qui est complètement faux, sous prétexte que j'étais journaliste, me posait des questions où, surtout, surtout, me faisaient part de leur mal-être. Et j'ai essayé, en toute humilité, de leur répondre, tout simplement de leur parler. Bon, et là, peut-être ai-je aidé certains ou certaines d'entre eux à supporter tout ça. Encore une fois, je me mets à la place de ceux qui étaient dans les cabines intérieures, sans fenêtres, dans l'impossibilité absolue de sortir, etc. Franchement, ça a dû être pour eux un enfer.
Il va y avoir des grands moments, vous dites, des grands moments d'humanité, où on se pose des questions extrêmement profondes, parce que l'armateur va envoyer un deuxième navire à votre rencontre, et que là, il va se poser des grandes questions éthiques. C'est-à-dire, qui va embarquer sur le second navire ? Est-ce que le second navire ne va embarquer que des gens en bonne santé ? Que vont devenir les autres ? Est-ce qu'ils vont mourir à bord du premier navire ?
L'irruption du deuxième navire, qui est exactement le même que celui sur lequel nous naviguions, « sister ship », comme on dit, qui lui s'appelait le Rotterdam, donc encore une ville néerlandaise. Effectivement, il y a eu une espèce de... On a en quelque sorte testé avec des moyens qui à l'époque étaient très rudimentaires. On était très loin du vaccin, etc. Ça consistait surtout en une prise de température. Ça ne veut pas dire grand-chose. Et effectivement, on a pu penser que les pestiférés seraient affectés à l'un des bateaux, et les saints, S-A-I-N-S, ceux qui étaient en bonne santé, ou pas atteints en tout cas par le Covid, eux, iraient dans l'autre bateau.
Donc une espèce d'apartheid à bord, c'est très très très violent quand même.
C'est très violent et tout le monde est pris d'une forme de vertige.
Oui, et puis on se demande dans quelle... C'est une question de vie ou de mort. En fait, c'était impossible à pratiquer. Humainement, c'est extrêmement contestable. Et sur le plan médical, peu assuré. Donc finalement, les deux... Les passagers et les membres d'équipage, qu'il ne faut pas oublier, qui ne sont pas loin d'un millier, eux aussi, qui sont presque tous philippins. C'est ça.
Ça fait 2500 personnes.
Oui, c'est une ville ce truc-là. Ces gens-là, nous tous, on a été finalement répartis de manière, à mon avis, un petit peu hasardeuse. Et il n'y avait pas, c'est-à-dire la sanction de l'excès de fièvre ou de la maladie. Donc on a cheminé ensuite sur les deux bateaux jusqu'à enfin pouvoir franchir le canal de Panama et aboutir en Floride.
En Floride, vous aurez droit à une sorte de débarquement, pareil, clandestin, de nuit, surmédicalisé, encadré par l'armée, extrêmement spectaculaire. Vous racontez votre retour en France. Roissy désert, les autoroutes complètement vides. Et ce mot de la fin, cette très vieille actrice française qui a entendu parler de votre histoire, parce que toute la presse en a parlé, qui vous écrit un petit mot et qui vous dit « Vous savez, monsieur Barrault, moi j'ai joué Camus. Moi j'ai joué Camus sur scène. Et moi j'ai joué cette pièce indispensable de Camus sur scène, qui permet de comprendre ce que vous avez vécu. »
Alors je vous dois, et je dois à vos auditeurs et à mes futurs lecteurs, je dois, la vérité c'est que j'ai ajouté dans ce livre un certain nombre de facteurs et d'événements complètement inventés. C'est-à-dire que j'ai voulu corser ce récit pour en faire certes un récit de voyage plausible au demeurant, mais avec quelques inventions par-ci par-là. Et c'est cette personne qui a existé, qui a effectivement créé la pièce d'Albert Camus dont vous parlez.
L'état de siège.
Qui est l'état de siège. Je l'ai inventé, mais je crois que ce que je lui fais dire est complètement plausible. Et puis j'avais envie de mêler Sartre et Camus. Et comme vous l'avez sans doute remarqué, l'un et l'autre sont présents. Sartre avec huis clos, huis clos c'est ce qu'on a vécu, et Camus aussi avec la pièce en question. C'est-à-dire que tous les deux sont des témoins, en compagnie d'ailleurs d'un bon nombre de cinéastes, de quelques compositeurs et autres écrivains, parce que je ne peux pas m'empêcher de célébrer les gens qui m'ont touché, qui m'ont inspiré. Il y a même André G, des paludes, comme dans presque tous mes livres.
Olivier Barraud, Vaisseau fantôme, la semaine prochaine chez Gallimard. Sous-titrage Société Radio-Canada