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Podcast / conversationPassion Constitution : Olivier Duhamel raconte la naissance de la Ve République· 8 novembre 2018 15 minAutoproduitMixteInstitutions & élections

Episode 7 : Olivier Duhamel raconte la naissance de la Ve République

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 20 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:52PrésentateurChiffre
    « Et à l'époque, le Parti Communiste pèse 20-25% des voix. »
  • 3:11PrésentateurChiffre
    « Puisque le oui l'emporte de 80% et au-delà. »
  • 12:24PrésentateurChiffre
    « 280 voix sur 480, »
  • 14:41PrésentateurChiffre
    « 39% des voix, »
  • 8:57InvitéPromesse
    « le président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel. »
  • 9:14InvitéFait
    « Je réponds, par la plus démocratique, par la voie du référendum. »
  • 6:49PrésentateurFait
    « sera condamné à mort par la Cour Militaire de Justice et exécuté. »

Temps de parole

  • Présentateur83 %
  • Invité9 %
  • Invité 24 %
  • Invité 32 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour, je suis Olivier Duhamel, et vous êtes les bienvenus pour le septième épisode de notre série sur la naissance de la Vème République. Alors, évidemment, tout le monde pense que la Vème République est née en 58. En vérité, vous savez, elle est née en 58 et 1962. Vous allez voir pourquoi.

0:17
Invité

Françaises, Français ! Il est de l'intérêt supérieur du pays. De tout mon cœur, au nom de la France ! Le général de Gaulle me paraît parmi les plus qualifiés. Je vous demande de répondre oui !

0:30
Présentateur

Une réforme profonde est de la Constitution et de nos institutions.

0:35
Invité

Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans ?

0:45
Présentateur

Alors, nous avons intitulé le septième et avant-dernier épisode de cette série sur la naissance de la Vème République, 1962, la fondation définitive. Pourquoi ? Parce que c'est en 1962 que va être instaurée l'élection du Président par le peuple. Alors, première question, pourquoi 1962 ? Pourquoi pas 1958 ? Eh bien, parce qu'en 1958, c'eût été impossible. Souvenez-vous, de Gaulle est arrivé au pouvoir parce que finalement, la classe politique l'a accepté. Parce que finalement, les grands partis politiques français, sous la menace d'un coup d'État, se sont dit « Mieux vaut de Gaulle ». Mais jamais il n'aurait accepté, jamais l'élection directe du Président. Pour deux raisons principales.

Allez, même trois. La première, c'est le souvenir de Louis-Napoléon Bonaparte. Nous avons connu une fois dans notre histoire un Président de la République élu au suffrage universel, enfin. Ça, c'est ce que disent les livres machistes. Élu au suffrage universel masculin. Et c'était en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte. Trois ans après, il a fait un coup d'État pour rester au pouvoir. Et c'est resté dans la mémoire républicaine, l'élection directe d'un Président. C'est un truc bonapartiste, c'est un truc de coup d'État. La deuxième raison, c'est qu'à l'époque, la France avait énormément d'habitants dans ses colonies.

Et donc, Michel Debré l'a dit de façon très très sincère en 1958, quand il a présenté le projet de Constitution. Je le cite, le Président de la République a des responsabilités outre-mer. Il est également le Président de la Communauté. Envisage-t-on un corps électoral comprenant universellement tous les hommes, toutes les femmes de la France métropolitaine, de l'Algérie, de l'Afrique noire, de Madagascar, des îles du Pacifique ? On ne pouvait pas élire le Président au suffrage universel en disant que tout le monde pourra voter, sauf les Noirs, les Arabes, ça, c'était quand même juste pas possible. Mais en même temps, on ne voulait pas élire un Président par cet ensemble-là.

Et Michel Debré, il l'a dit quand même carrément très franchement. Et à l'époque, le Parti Communiste pèse 20-25% des voix. Et donc Michel Debré dit, on ne va quand même pas élire un Président au suffrage universel direct avec un Parti Communiste qui pèse 25% des voix. Pour toutes ces raisons, en 1958, c'est impossible. Mais un mois après ce discours de Michel Debré, c'est le référendum où déjà, on voit l'affaissement communiste. Puisque le oui l'emporte de 80% et au-delà. Et quatre ans après, les pays d'Afrique noire sont devenus indépendants. Et surtout, la guerre d'Algérie est terminée.

3:26
Invité

L'impression générale qui prévaut est nette. Le cessez-le-feu a été accueilli en Algérie avec un sentiment de soulagement mêlé d'espoir. Soulagement comme espoir qui ne peuvent être que renforcés ce soir. En raison, d'une part, du petit nombre d'attentats à déplorer. D'autre part, de l'absence de ces manifestations de masse dont on peut toujours craindre qu'elles dégénèrent. À Algérie même, pas un cri, pas un drapeau, pas un cortège. Des militaires en barrage ou en patrouille partout, fouillant tout. Même les militaires, même les généraux. J'ai vu un deux étoiles en grande tenue montrer ses papiers à un deuxième classe du contingent.

4:02
Présentateur

Si vous êtes fidèles à notre série, vous avez peut-être reconnu la voix de Julien Besançon, cette voix toute particulière de ce grand reporter de l'époque. Et c'était donc sur Europe 1, le 19 mars 1962, juste au moment du cessez-le-feu en Algérie, donc de la fin de la guerre d'Algérie. La réforme est donc devenue possible pour le général de Gaulle. Elle est aussi nécessaire. Pourquoi ?

Parce qu'il pense que dans le fond, et il n'a pas tort, les partis de la 4ème République, les partis, comme disait de Gaulle, le parti socialiste, le parti radical, le parti démocrate chrétien, le parti indépendant, ils ont pris de Gaulle, ils ont accepté de Gaulle de force, à cause d'eux et pour régler la question algérienne. La guerre d'Algérie terminée, ils vont pouvoir revenir à leurs petites affaires. Et de Gaulle a d'ailleurs dit, de Gaulle a dit, dès que la paix sera conclue en Algérie, ils essayeront de me faire la peau. Et de Gaulle n'est pas décidé à se laisser faire, à se laisser renvoyer à Colombelle et aux églises, écrire la suite de ses mémoires.

Lui faire la peau, eh bien, il n'y a pas seulement les partis qui s'apprêtaient le cas échéant et de façon métaphorique à lui faire politiquement la peau. Il y a aussi les fanatiques qui, eux, veulent la lui faire physiquement. 8 septembre 1961, route nationale 19, sortie du village de Crancet. La déesse présidentielle file vers Colombay. Une déflagration, un rideau de flammes, le chauffeur accélère, plus de peur que de mal. Le 22 août 1962, au carrefour du Petit Clamard, il en va autrement. 150 balles tirées. Quatre transpercent la carrosserie de la déesse présidentielle et passent à quelques centimètres du général.

6:01
Invité

Quand je suis arrivé, pour arriver à la port du garage, j'ai entendu la première rafale. Je me suis retourné et j'ai vu les étincelles derrière les déesses. Les deux déesses noires qui passaient devant et les deux motards derrière. Et puis à ce moment-là, je me suis retourné et je suis avancé sur la piste. C'est à ce moment-là que la déesse qui était là a tiré. Et alors, quand j'ai vu ça, j'ai entendu la dame appeler au secours. Alors moi, j'étais pour sortir et alors là, l'estafette qui était arrêtée à l'autre coin avait fait demi-tour et de l'arrière, les gars y canardés.

6:31
Présentateur

Donc c'était un reportage le 23 août 1962 sur Europe 1, le témoignage d'un garagiste qui a assisté à ces fusillades qui sont passées à quelques centimètres du général de Gaulle, lequel a dit, cette fois-ci, c'était tangent. Alors l'auteur principal de l'attentat, Bastien Thierry, sera condamné à mort par la Cour Militaire de Justice et exécuté. Le paradoxe de l'histoire, c'est que l'OAS et Bastien Thierry voulaient abattre, je cite, un pouvoir tyrannique, et qu'en vérité, ils ont enraciné la Ve République.

Le général de Gaulle saisit l'occasion, d'ailleurs il le dira quelques jours après, un petit peu plus, le 4 octobre 1962 dans son allocution radio-télévisée, « Les attentats perpétrés ou préparés contre ma vie me font obligation d'assurer, après moi, une République solide, ce qui implique qu'elle le soit au sommet. » Donc l'attentat du petit Clamart est l'occasion. Mais il y a une raison plus profonde. Il y a la raison politique que j'ai évoquée tout à l'heure. Rester au pouvoir, ne pas se faire renvoyer à Colombais. Il y avait une raison aussi institutionnelle à vouloir que le président de la République soit élu par le peuple. De Gaulle pense quoi ? Résumons, simplifions, sans caricaturer.

On l'a dit d'ailleurs au début de notre série. Il faut que la France soit grande. Pour que la France soit grande, il faut que l'État soit fort. Pour que l'État soit fort, il faut que le président soit puissant. Et là, maintenant, à ce stade du raisonnement, il ajoute « Et pour qu'il soit puissant, il ne faut pas seulement que la Constitution lui donne des pouvoirs, il faut qu'il soit élu par le peuple. » C'est le peuple qui va donner sa force au président. Et il le dit d'ailleurs lui-même, d'une façon très franche, très directe. Écoutez cet extrait de l'allocution du général de Gaulle du 20 septembre 1962, dans laquelle il annonce aux Français qu'il veut cette grande réforme.

8:44
Invité

Quand sera terminé mon propre septennat, ou si la mort ou la maladie l'interrompait avant le terme, le président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel. Par quelle voie, sur ce sujet qui touche tous les Français, par quelle voie convient-il que le pays exprime sa décision ? Je réponds, par la plus démocratique, par la voie du référendum. C'est aussi la plus justifiée, car le peuple français, qui détient la souveraineté nationale, la détient aussi, évidemment, dans le domaine constituant.

9:38
Présentateur

Et dans la suite de cette allocution, de Gaulle dit un truc incroyable. Mais, dans le fond, peut-être vrai. Il dit, pour moi, ça n'avait pas d'importance. Moi, d'être élu. Permettez-moi de dire qu'en reprenant la tête de l'État en 1958, je pensais que, pour moi-même et à cet égard, les événements de l'Histoire avaient déjà fait le nécessaire. Son élection à lui, c'est le 18 juin 1940. C'est la libération de la France. La légitimité, il l'a, il l'incarne. D'ailleurs, souvent, il dit, moi qui incarne la légitimité depuis 1940. C'est pas pour moi, qui suis grand, qui suis fort, qui suis légitime. C'est pour ceux d'après, qui seront forcément plus petits.

Sauf que, sauf que, les partis politiques, les députés ne veulent pas en entendre parler. Les sénateurs ne veulent pas en entendre parler. Et va donc se dérouler une incroyable bataille politique. Une bataille, celle de l'automne 1962, dans laquelle vous avez d'un côté le général de Gaulle, presque seul, son gouvernement, et encore, il y aura de la démission, son parti, et encore, il y en a qui désapprouveront, contre tous les partis, le parti communiste, le parti socialiste, le parti radical socialiste, le parti MRP, le parti des indépendants, les mouvements d'extrême droite, tous les partis, sauf le sien.

Contre quasiment tous les journaux, presque tous les juristes, qui écriront que c'est une violation de la Constitution, que de la réviser en allant directement au référendum, alors qu'il y a un titre de la Constitution qui s'appelle de la révision, et qui exige un vote préalable des deux assemblées, qu'évidemment, de Gaulle ne pouvait pas obtenir. Et donc, il n'est pas assez outre, il a pris une autre voie. Et puis, de la Constitution, il a dit à une époque où on pouvait être machiste, et avoir un sens très relatif du droit, je ne peux pas violer la Constitution, on ne viole pas sa propre femme. Donc, on se dit, avec tout ça, comment est-ce qu'il va faire ? Le président du Sénat, M.

Gaston Monnerville, homme très respecté, dit, « Je ne donne pas cher de l'Assemblée Nationale ni du Sénat après cela. Je ne donne pas cher de l'administration. Je ne donne pas cher de beaucoup de nos libertés. La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture. » Mais Gaston Merverville, ce n'était pas un Mélenchon, c'était un modéré. Et il accuse de Gaulle de forfaiture. Et puis, finalement, l'Assemblée Nationale, eh bien, elle va voter, dans la nuit du 4 au 5 octobre, 280 voix sur 480, il aurait suffi de 241. Le gouvernement Pompidou est renversé.

Ça ne s'était jamais produit, ça ne se reproduira plus jamais, du moins à ce jour, mais là, le gouvernement est renversé. Et donc, le lendemain, le 6 octobre, Georges Pompidou présente la démission de son gouvernement au général de Gaulle. Qu'est-ce que fait de Gaulle ? Il le renomme immédiatement. Et qu'est-ce que fait de Gaulle ? Il prononce la dissolution de l'Assemblée. Qu'est-ce qu'il doit faire avant de pouvoir dissoudre l'Assemblée ? Il doit consulter le président de l'Assemblée, le président du Sénat. Il consulte le président de l'Assemblée, pas de problème, c'est un gaulliste. Il consulte le président du Sénat. C'est qui le président du Sénat ? C'est Gaston Monnerville.

Gaston Monnerville qui a parlé de forfaiture. Vous savez combien de temps dure la consultation du président du Sénat ? Deux minutes ! Humiliation suprême, de Gaulle lui dit « Voilà, je vous consulte » et hop, lui fait prendre la porte. Et donc, de Gaulle se retrouve avec le référendum et il faut qu'il ait une majorité du peuple. Et là, de Gaulle, qui est l'homme politique de tous les risques, ne se contente pas de demander le oui. il met en jeu sa responsabilité. Si le nom l'emporte, je m'en vais. Et même, il va encore plus loin, il dit « Si la majorité du oui est faible, médiocre, aléatoire, ma tâche sera terminée aussitôt et sans retour.

» Vous vous rendez compte, si vous connaissez un peu le poker, c'est relance, sur relance, sur relance. C'est pas seulement le oui que je veux. C'est une grosse majorité de oui parce que sinon, je m'en vais. Et ça marche. De Gaulle se reprend, De Gaulle revient et hop, qu'est-ce qu'il fait là ? Allez, une relance de plus. Il demande aux Français de voter pour les gaullistes, pour ceux qu'ils soutiennent aux élections législatives. Tous les partis, sauf le gaulliste, se lient contre De Gaulle, créent un machin qu'ils appellent le cartel des noms pour dire « Au moins, on va l'avoir à la deuxième bataille. On a perdu la première bataille. On a perdu celle du référendum.

On va gagner la deuxième, celle des législatives. » Le nenni, celle des législatives, ils la perdent. Pour la première fois, l'UNR, le parti gaulliste, devient le premier parti de France. 39% des voix, majorité absolue avec ses alliés républicains indépendants de Giscard d'Estaing. Les vieux partis sont laminés, le parti gaulliste l'emporte. Le président sera allié au suffrage universel. Direct, la Ve République perdurera. c'est la grande victoire de De Gaulle, c'est l'enracinement pour longtemps de la Ve République.

Générique fin, c'est une série en 8 épisodes avec Olivier Duhamel, ma pomme, à la production et réalisation Thomas Caillet, préparée par Paul Lassen, Fanny Rascal, Claire Hazan et le service de documentation d'Europe 1.

15:20
Invité

Une création Europe 1 Studio