"Tout nus et tout bronzés" : est-ce que c’est ça, la liberté ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bienvenue dans ce débat de midi, bienvenue au pays des cunus. C'est comme ça que débute le livre que j'ai dans les mains et qui vient de paraître. Livre sur le naturisme, notre sujet du jour. Parce que la France est championne en la matière. Plus de 2 millions d'adeptes est la première destination au monde pour ceux qui veulent vivre tranquilles dans le plus simple appareil. Mais le naturisme ne se résume pas aux vacances ou aux loisirs, vous diront un brin agacé les pratiquants, vantant un état d'esprit qui va bien au-delà de la nudité. Un respect de l'environnement, de soi et des autres.
Les autres tiens parfois gênés, mal à l'aise ou carrément bloqués à l'idée de se retrouver les fesses à l'air en public ou de croiser celles des autres et le reste. Pourquoi la nudité provoque-t-elle tant de choses en nous ? Où situer la frontière entre le public et le privé, l'intime, y compris à la maison ? Et pourquoi tant de différences dans la réalité comme sur les réseaux sociaux entre la nudité des hommes torse nu sans problème quand un téton de femme devient polémique jusqu'à la plage ? Le corps d'ailleurs s'est transformé en art de la contestation aussi. Nous sommes tous habillés dans ce studio. D'ailleurs, on verra pour quelles raisons juridiques et culturelles.
Habillés pour débattre comme tous les étés jusqu'à 13h avec donc cette grande question tout nu et tout bronzé, est-ce que c'est ça la liberté ?
Camille Cronier. Le débat de midi sur France Inter.
100 000 naturistes en France, dont 20 000 à Sérignan et au Cap d'Agde.
Je m'éveille sans jante aux fruits noirs de la nib dans sa cupule verruqueuse et friquée.
Sainte jeune père.
Tu te mets toujours les fesses à l'air pour citer Sainte jeune père ?
Ça aide. Vivre nu. Ça fait 45 ans que je suis naturiste et je suis très malheureuse quand il faut m'habiller. Une loi qui permet à ces gens de se promener comme ils sont nés. Rendez-vous quand nous venons ici avec nos enfants.
Je demande un volontaire pour se mettre tout nu au milieu des nudistes.
Je ne garde pas la différence sur une personne qui peut avoir un maillot de grand couturier ou un maillot acheté dans une grande surface. Ici, je suis des tout nus. Question pépé. Tu veux être comme un ours au salon du miel.
Je comprends le nudisme quand tu as du soleil, tu as de l'eau, c'est très beau.
Cette présence fait chez les jeunes et chez les moins jeunes aussi, on est obligé de constater. Une curiosité malsaine. On est tous pareils.
Quel bonheur de jouir ainsi des flots du vent espiègle et du soleil sur la peau.
Que c'est grisant.
Et j'accueille sous la voix de Brigitte Bardot, non sans vous avoir rappelé, amis auditrices et auditeurs, que vous pouvez nous écrire vos questions, vos messages, vos témoignages avec l'application France Inter par mail et sur Twitter avec le mot-clé débat de midi. J'accueille donc mes quatre invités à commencer par l'auteur de ce livre en forme de guide de vacances, Voir la France tout nu paru en juin dernier aux éditions Hachette. Bonjour Julien Claudet Pénégri. Bonjour Camille. Vous êtes auteur, alors je précise, avec quelqu'un d'autre qui s'appelle ?
C'est des blogueurs. Nick Hélins du blog Naked Wanderings.
Et donc vous, vous êtes naturiste, ancien vice-président de la Fédération française et porte-parole actuelle de l'Association des naturistes de Paris. Mais on va évidemment élargir l'horizon, on va parler de toute la France. On sait d'ailleurs en France où sont les plus adeptes du naturisme ? Il y a des zones, des régions ?
Les zones littorales parce qu'elles ont la chance d'avoir le soleil pour amis. Et puis Paris, Paris a une forte concentration de naturistes parce qu'après on va se déverser sur le restant du territoire.
Je salue aussi Barbara Butch, bonjour. Bonjour. Vous êtes DJ, vous êtes activiste de l'amour dites-vous. Et votre photo en une de Télérama l'année dernière, un dossier sur la grossophobie, avait été censuré sur internet. Pour quelles raisons ? Vous pouvez nous rappeler ? Parce que mon corps était sexualisé par les algorithmes d'Instagram, c'est-à-dire plus on voit de chair sur une photo, plus elle est susceptible d'être supprimée et censurée. Et vous aviez un téton qui dépassait vos mots ? Non, il n'y avait pas de téton, mais en fait il y avait vraiment un algorithme qui jouait sur les corps gros particulièrement.
Au-delà de la nudité, il y avait aussi le fait que je suis une personne grosse, les gens ne me voient pas à la radio, mais je suis grosse. Et donc ça a été censuré aussi pour cette raison. Et cet été, on précise, vous allez tourner un film entièrement nu, c'est ça ? Je vais tourner un film de Marina Zolkovski dans lequel je suis complètement nue. Enfin si, j'ai une petite paire de chaussures. Alors on verra aussi ce que dit la loi avec vous, Anne-Marion de Cailleux, bonjour. Bonjour Camille. Vous êtes avocate en droit de la famille et des personnes. Est-ce que vous confirmez juste que nue ici dans ce studio, ça ne serait pas possible ? Ça ne serait pas possible.
Ce serait un délit constitutif d'exhibition sexuelle qui est prévu par le code pénal. Je vois des dénégations en face de moi. Pourquoi alors ? Et aussi parce que France Inter est un espace privé et que je suppose, sans l'avoir consulté, que la rédaction, les responsables de la radio ne permettraient pas que les personnes se promènent nues ici pour sauvegarder une atmosphère paisible au sein de votre institution. Bon, on fera un petit point d'ailleurs tout à l'heure, vraiment législatif, sur ce qui est autorisé et pas. Et enfin bonjour à vous Bernard Andrieux.
Bonjour Camille.
Je suis philosophe du corps, professeur à l'université Paris-Descartes. Vous préparez une exposition sur le naturisme pour 2024 à Marseille. Oui. Et vous êtes auteur d'une montagne de livres, je ne pouvais pas tous les citer, donc je vais vous laisser faire. Les plus récents ou ceux à venir, c'est quoi sur le sujet évidemment ?
On prépare une exposition sur le naturisme au Musen avec la Villanoaille et notre université de Paris. Et puis on s'inscrit depuis le livre sur le bronzage qui était paru au CNRS. On s'inscrit un petit peu dans une histoire à la fois des corps nus, des nudés. Et aussi on essaie de constituer un fonds d'archives du naturisme avec des collègues justement doctorants, mais aussi toute une communauté qui se structure, dont Julien, dont Barbara, etc. Un tas de gens qui sont beaucoup plus experts que nous et qui ont accès justement aux pratiques et aux archives. Donc c'est très important de faire les différences entre les différents types de naturisme.
Julien Claudet-Pénégry, alors c'est quoi le naturisme ? Est-ce qu'on peut donner une définition assez simple et aussi nous expliquer la différence avec le nudisme ?
Alors le naturisme c'est un art de vivre déjà, qui a pour objectif d'être en communion avec la nature, comme son nom l'indique, en étant nu de manière collective et familiale, avec un objectif, le respect de soi, le respect d'autrui et le respect de l'environnement. Ça c'est une définition qui a été établie en 1974, lors du premier congrès de la Fédération française de naturisme. À partir de ça, on peut imaginer effectivement qu'entre cette définition et le nudisme, il puisse y avoir des interprétations. Et bien le nudisme est constitutif, comme je l'ai indiqué, du naturisme, puisqu'il faut être nu pour être naturiste.
Le nudisme, par contre, c'est simplement le fait d'être en nudité et ne pas avoir tout le package de philosophies, de valeurs, de principes que je vous ai édités, à savoir le respect de soi, d'autrui et de l'environnement.
Donc il faut qu'on vous appelle naturiste et non pas nudiste, sinon on va vous vexer.
Alors vous n'allez pas me vexer parce que le terme nudisme est utilisé dans les pays anglophones pour définir le naturisme. On parle de nudisme.
Barbara, à bout de vous, vous êtes devenue adepte, je peux le dire comme ça ? Comment ça vous est arrivé ? Un peu par hasard, je crois. Oui, un peu par hasard. En fait, j'ai été bookée sur une île qui s'appelle l'Île du Levant, qui est connue pour justement son naturisme. C'est dans le Var. C'est dans le Var, oui. C'est en face du Lavandou. Et en fait, j'ai été bookée pour un DJ set. Et en fait, je ne m'étais pas du tout renseignée sur l'île. Moi, j'avais entendu l'île. Enfin, tu veux mixer sur une île ? Donc je lui ai dit oui. Et en fait, j'étais sur le bateau. Et j'ai croisé deux filles qui venaient pour la première fois sur l'île et qui me disaient, on a vu que tu jouais.
Du coup, ça nous a plus motivés. Et en fait, elles ont commencé un peu à me dire, c'est notre première fois. Et je ne comprenais pas trop. Bah, ok, d'accord. Non, mais on est un peu stressé. Oui, enfin, vous êtes en vacances. Tout va bien. Et donc, je ne savais pas du tout que c'était naturiste. Sauf que quand je suis arrivée sur le port, que le bateau est parti, j'ai vu les personnes qui sont venues me chercher enlever leur pareo. Et je me suis dit, mais qu'est-ce qu'il se passe ? En plus, je crois que c'est... On ne m'avait pas prévenu. On ne m'avait pas prévenu. Et surtout, c'était la première fois que je voyais autant de zési à l'air.
Puisque moi, je suis lesbienne, donc je n'ai pas trop l'habitude. Et donc, j'étais un peu... Ah là là, mais qu'est-ce que... Enfin, ça veut dire que je vais devoir mixer nu. Comment ça va se passer ? Mais moi, je ne fais pas ça. Enfin, j'étais quand même assez... Et finalement, vous l'avez fait ? Et finalement, au bout d'une heure, je me suis désapée et j'étais trop heureuse. C'est vrai ? Vous l'avez bien vécu ? En fait, je me suis aperçue que vraiment, ça m'a procuré un sentiment de liberté que je n'avais jamais connu avant. Bernard Andrieu, on fêtait l'an dernier les 100 ans du premier club naturiste de France. Quelles origines ça, le naturisme ?
Alors, sans contredire Julien, bien évidemment, mais pour dire qu'effectivement, le naturisme, ça va aussi au-delà de la question de se mettre nu. C'est-à-dire que c'est un courant qui porte aussi sur la diététique, sur les véganes, sur le respect de la nature, sur l'environnement. Donc, il y a plein de courants qui viennent d'Allemagne, essentiellement, dans un premier temps.
Ah, donc ça n'a pas d'origine en France à la base ?
Oui, c'est un origine en France, mais je veux dire que ça a existé dès le XVIIIe siècle, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, enfin, etc. Et donc, ce sont des pratiques qui étaient liées dans un esprit d'abord rousseauiste, un retour à la nature, immersion dans le plein air. C'était très important, la question de la cure d'air, la question du plein air. Et donc, de fait, ça s'est structuré d'abord comme un mouvement de libération sociale aussi. C'est-à-dire que l'idée, c'était de pratiquer effectivement nu. Quand vous allez à Berlin, encore aujourd'hui, on peut être dans des parcs.
Voilà, donc, mais aussi de structurer des clubs, des communautés, que ce soit d'ailleurs des clubs sportifs, mais aussi des communautés de vie.
Et pardon, il n'y a pas du tout de question d'hygiénisme à la base ?
Alors, au départ, voilà, au départ, on était dans une inscription hygiéniste. Il y a des architectes comme le Corbusier, par exemple, qui ont développé toute une architecture aussi de la terrasse, de l'aménagement, etc., où on va exposer les corps, toute une théorie de la circulation de l'air, de la respiration, de l'oxygénation. Et donc, on va créer des cures d'air, on va créer des espaces aérés, et qui vont nous permettre, justement, de pouvoir décrire ce que Barbara décrivait tout à l'heure, c'est-à-dire retrouver une liberté de mouvement par rapport à son propre corps, mais aussi par rapport à l'espace, aux environnements. On fait des cures de lumière.
Par exemple, le terme bronzage apparaît en 1922. Avant 1922, on ne sait pas ce que c'est, le bronzage.
Il n'y a pas de mots.
C'est-à-dire, on parle de cures de lumière, de cures d'air, de cures d'eau. Enfin, voilà, donc il y a toute l'idée qu'on va se soigner par la nature.
Et Anne-Marion de Cailloux, est-ce que la loi s'est renforcée, ou plutôt assouplie depuis un siècle, on va dire, vis-à-vis de la nudité ? Du point de vue de la nudité, ça n'a pas vraiment changé. On a les textes de base qui sont à peu près les mêmes, en tout cas dans les lieux publics à l'extérieur. Il y a le délit d'exhibition sexuelle, encore une fois, comme je disais tout à l'heure, qui est prévu par le Code pénal. Mais qui est assez récent, le délit d'exhibition sexuelle ? Alors avant, ça s'appelait l'outrage public à la pudeur, mais c'était la même chose.
Et on vient expliquer, donc il n'y a pas de contre-indication, entre guillemets, avec le naturisme, que l'exhibition sexuelle, c'est imposer à la vue d'autrui, dans un lieu accessible au regard du public, sa nudité ou une image à caractère sexuel, etc. Donc le problème c'est d'imposer, alors on va peut-être discuter sur le point de savoir si la nudité est nécessairement sexuelle ou pas sexuelle. Donc ça, c'est de ce point de vue-là, à peu près, stable. Maintenant, il y a eu une inflation législative pour tenir compte de l'explosion des réseaux sociaux et de la démultiplication des images qui peuvent être virales.
Et on a créé tout un tas de délits spécifiques pour essayer de protéger la vie privée des personnes, la sensibilité des mineurs et leur intégrité. Julien Pénégry, Claudie Pénégry, pardon. Est-ce que la France, donc on le disait, c'est la première destination au naturisme du monde, mais Bernard Andrieux explique que les racines se situent ailleurs en Europe. Pour quelle raison, alors aujourd'hui, la France est la première destination au monde ?
Il y a eu une évolution, effectivement, qui est venue de l'Allemagne, qui a été parmi les pionniers de cette manière de mettre le corps en avant par une nudité relative au sport, au bien-être. Puis, lorsque c'est arrivé en France, il y a quelque chose qui a évolué sur un art de vivre plein et entier, c'est-à-dire lui donner des valeurs et le rendre constitutif de quelque chose qui amène du plaisir, mais du plaisir simple, bienveillant et sain à l'attention de tout le monde. Donc il y a une évolution en France qui n'a pas été faite ailleurs. C'est-à-dire que vous mettre en nudité, comme le disait Bernard, dans un parc en Allemagne, c'est tout à fait possible. Ça l'a toujours été.
Aujourd'hui, en France, c'est moins possible. Non, pas du tout.
En fait, en France, aujourd'hui, vous pouvez vous mettre dans des lieux qui sont dédiés à... Nous avons œuvré, notamment à Paris, à l'ouverture du premier espace naturiste du Bois-de-Vincennes en 2017. Depuis, je le renouvelle tous les ans pour avoir une ouverture sur six mois avec l'Amérique, qui est un franc succès. C'est le seul lieu ouvert gratuit auquel le naturisme se trouve en pleine ville et sur une capitale. L'évolution, comme on se l'est dit, c'est effectivement d'amener le naturisme à le rendre plus visible et pas le cacher entre quatre murs comme dans tous les clubs.
Bernard Andrieu, vous vouliez ajouter quelque chose ?
Oui, oui, c'est tout à fait vrai ce que dit Julien. C'est-à-dire qu'il y a un enjeu démocratique. C'est-à-dire, le problème, c'est qu'au départ, ça a été, même en France, très aristocratique. C'était des lieux prestigieux dans lesquels il fallait payer une cotisation très forte, etc. Et puis, on peut dire que les pionniers de la Fédération française, justement, ont essayé d'inventer un modèle qu'on a appelé les clubs du soleil, qui, justement, était beaucoup plus populaire. C'est-à-dire, permettez aux gens de venir, de manière très simple, faire une pratique avec une cotisation minimale et permettez de pouvoir accéder n'importe où en France.
C'est-à-dire, quand vous regardez la cartographie, le beau livre qu'ils ont publié, on voit une cartographie extrêmement précise d'endroits. Et encore aujourd'hui, il y a des gens qui nous contactent avec David Laurentet. On est en train de préparer, et Jean-Pierre Blanc, les archives. Il y a des gens qui nous contactent de clubs qu'ils ont ouverts chez eux, dans un bout de campagne, avec des pratiques qui n'étaient pas du tout labellisées. Alors, au plan juridique, il y a certainement des problèmes. Mais en tout cas, les gens prennent l'initiative de créer des lieux.
De le faire. Berbara Bouge, vous êtes retournée faire du naturisme depuis cet été à l'île du Levant. Oui, à chaque fois que j'ai l'occasion d'y aller, j'y vais, quand je suis invitée. Je devais y aller cette semaine, enfin la semaine dernière, mais malheureusement, comme il y a eu les nouvelles restrictions, que je n'étais pas dans ma deuxième dose de vaccin et tout ça, je n'ai pas pu y retourner. Mais ça vous dirait, c'est-à-dire partir une semaine à la plage, vous préférez le faire en mode naturiste aujourd'hui ? Oui, franchement.
En fait, il y a vraiment, au-delà du sentiment de liberté, mais il y a vraiment la réappropriation du corps et le fait de choisir aussi à quel moment on a envie que son corps soit sexualisé ou pas. Dans ce cadre-là, il ne l'est pas. Et en fait, il est quand je le choisis qu'il l'est. On a un message sur Twitter de Patrick qui nous écrit « Quand on a goûté au naturisme, on hait les vêtements. Il n'est pas plus agréable de nager avec un maillot qu'avec des chaussures de tennis. Il faut juste prendre l'habitude.
» Et je vous invite, chères auditrices, chers auditeurs, à continuer à nous envoyer des messages tout nus et tout bronzés aujourd'hui dans le débat de midi, réalisé par Valérie Ayestaraï, préparé par Adrien Nazely avec Thomas Gentil. Et c'est Loïc Frapsos qui est à la technique.
C'est l'été, c'est la puissance, le soleil jactile, mon fond de l'occipite.
Comment je fais pour être ce que je suis ?
Comment vous faites pour être ce que je suis ?
L'homme idéal, c'était Bertrand Burgala. Voilà. Et à vous qui nous rejoignez peut-être, sachez que le thème de l'émission aujourd'hui, c'est le naturisme. 450 espaces naturistes environ aujourd'hui en France, c'est bien ça ?
Oui, même un peu plus.
Mais alors, très peu ou pas en ville, pourquoi, Anne-Marion de Cailleux, il n'y a pas d'espace naturiste en ville ? Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas se balader à poil en ville, si je dois le dire comme ça ? Alors, ça dépend si on est dans une ville balnéaire ou pas. Bien sûr, non. On ne peut pas se balader à poil. Je dis ça parce qu'il y a la difficulté sur la semi-nudité qui pose déjà difficulté. Où il y a déjà certaines polémiques, puisque des maires avaient même interdit de circuler torse nu, y compris pour les hommes, dans certaines villes, et on est allé voir si c'était valable ou pas, puisque les maires voulaient même l'interdire au bord des plages. Bon, pourquoi on ne peut pas ?
On est toujours entre regarder la règle générale et le cas particulier, l'intérêt collectif et l'intérêt individuel. Le problème, c'est qu'on est un ensemble de personnes, chacun a sa sensibilité, et qu'il y a la liberté de celui qui a envie de se dénuder, mais il y a aussi le consentement, la liberté et l'intégrité de celui qui voit. Or, on sait qu'être confronté à une nudité, ça a un impact psychique. On peut dire ce qu'on veut, on peut dire que c'est discriminant, on peut dire que c'est binaire, mais c'est un fait. Qu'est-ce que ça a comme impact ?
Par exemple, Barbara Butch, et après j'ai demandé à Bernard Andrieu de nous expliquer, mais vous, par exemple, quand vous me dites, oh là là, quand je suis arrivée, j'ai découvert, qu'est-ce que ça vous a fait intérieurement ? Et ensuite, quand vous vous êtes dénudé, qu'est-ce que vous aviez comme sentiment, quand vous êtes sorti la première fois nu devant des gens que vous ne connaissez pas ? En fait, moi, forcément, comme je ne savais pas, ça m'a de suite trigger, parce que ça m'a dérangée, parce que je ne suis pas habituée, et qu'en plus... Mais qu'est-ce que vous avez ressenti, vous ?
En fait, j'étais un peu choquée, j'étais choquée, je n'avais pas forcément envie de voir les parties génitales de mes copains. Et vous n'avez pas envie qu'ils vous voient non plus ? C'était plus par rapport à eux ou par rapport à vous ? Non, non, c'était plus par rapport à eux, en fait, moi, ça m'a mis mal à l'aise. Et en fait, le truc, c'est qu'après, en discutant, en comprenant, et en le faisant moi-même, je me suis aperçue qu'il n'y avait plus lieu d'être choquée, en fait. Bernard André, pourquoi la nudité, à ce point-là, a un côté tabou, mais peut vraiment choquer, dégoûter ?
Il y a la dimension juridique, il y a aussi la dimension culturelle. Je veux dire, je suis allé voir l'exposition de Salgado sur qu'est-ce que c'est aujourd'hui les Indiens qui vivent en Amazonie. Toutes les photos de Salgado de 2017, 2016, 2018, c'est des Indiens qui vivent venus dans une culture de la nudité. Alors certes, décorés, maquillés, percés, etc. Donc, la question que dit Barbara, qui est la question de l'habitus, est fondamentale.
Il y a un habitus social, il y a des règles sociales, il y a des codifications, mais si on vivait dans une société, et c'est l'enjeu notamment de ces communautés qui se structurent à travers des îles, à travers des rassemblements, voire des ZAD, puisqu'il y a eu des ZAD anarchistes qui se sont constituées au début du siècle, qui étaient des ZAD naturistes avec l'idée d'une autosuffisance, etc. C'est simplement des problèmes de règles de vie. C'est-à-dire, à partir du moment où vous consentez à partager une règle de vie, vous êtes transformé par la culture dans laquelle vous êtes.
Mais où est-ce qu'on situe la pudeur là-dedans ? On a un problème avec le fait qu'en ville, il y a quand même beaucoup de mineurs qui ne peuvent de toute façon pas forcément consentir, et qui, en fonction des âges, ont une sensibilité. Alors, on peut dire, oui, s'ils étaient membres de la tribu de je ne sais pas où, où tout le monde serait nu, il n'y aurait peut-être pas... Même biologiquement, je n'en sais rien, je ne sais pas comment ça se passe, quelque chose qui se transmet de l'ordre de l'instinct.
C'est un peu culturel, oui.
Il y a du culturel, mais il y a aussi, je pense, des réflexes. Et donc, les maires ou même le législateur doit protéger les personnes vulnérables, et c'est aussi la raison pour laquelle on ne va pas se promener nu dans la rue. Et moi, je ne vais pas croiser chacun en disant, est-ce que ça vous trouble, est-ce que ça vous choque, est-ce que ça vous excite ? C'est impossible. La pudeur, je ne vous entends pas parler du mot de pudeur, c'est un fantasme. La pudeur, c'est une construction culturelle, comme vous venez de le dire, Bernard Andrieux ?
Non, non, ce n'est pas une construction culturelle, mais Barbara l'a bien expliqué tout à l'heure. C'est-à-dire que le fait, ce qui caractérise l'être humain, c'est ce qu'on appelle la nudité humaine, c'est-à-dire le fait d'avoir une peau et d'être nu, je veux dire, c'est un état qui est premier, qui est dû à la naissance, au contact très précoce, effectivement, avec la peau de la mère, à l'intérieur, puis à l'extérieur, puis les parents, etc. Or, dès qu'on sort, on va mettre un habit. Et pourquoi ? Parce que, précisément, on considère qu'il y a une différence entre le corps privé et le corps public.
C'est-à-dire que pour construire le sentiment d'un corps propre, pour l'idée d'avoir un sentiment d'un corps à soi, l'idée, mon corps m'appartient, il est à soi, il y a une intimité, il y a un corps privé, eh bien, il faut précisément qu'il y ait une démarcation. Comment se fait cette démarcation ? Elle se fait par le fait que le regard d'autrui, finalement, va être arrêté par le vêtement.
Mais dans nos sociétés, encore une fois, vous parlez.
Oui, dans nos sociétés, bien sûr. Donc, qui a décidé ça ? Mais ne croyons pas que chez les Indiens d'Amazonie, il n'y a pas de rituel, il n'y a pas de codification. Il y a des codifications partout. Simplement, il y a des interdits partout. Simplement, la question, c'est où est-ce qu'on situe la partie visible du corps ? La partie visible du corps. C'est-à-dire, par exemple, on disait, nous, par exemple, on avait travaillé sur la naissance du monokini. Donc, le topless, le monokini, etc. On voit qu'il y a toute une histoire du vêtement qui est structurant.
Julien, Claudier Pénégry, vous voudriez, vous, pouvoir, dans l'idéal, vous balader dans la rue, tout nu, quand vous le voulez. On a d'ailleurs une question de Maud qui nous demande ce qui se passe pour les naturistes l'hiver. Est-ce que vous, si vous pouviez, vous vivriez nu tout le temps ?
Moi, si je le pouvais, je le ferais. Mais lorsqu'il fait froid, nous sommes des personnes sociales. Nous vivons et nous avons une culture du vivre ensemble. Et donc, effectivement, quand j'ai froid, je me rhabille. Voilà. Tous les naturistes font la même chose. On essaie d'éviter d'augmenter le chauffage. On met à la rigueur une première couche. Et c'est toujours la partie haute que nous habillons. Et la bouche. Voilà. Parce que c'est le buste qui est le premier à se réchauffer, qui réchauffera l'intégralité du corps.
Alors, l'ouverture d'un... Vous en avez parlé tout à l'heure rapidement de l'espace naturiste dans le bois de Vincennes, inauguré à la fin de l'été 2017. Cette ouverture avait fait une petite polémique à l'époque. On va écouter.
La décision suscite encore quelques réserves chez les élus des communes limitrophes. Alors, la mairie de Paris rassure. La mesure est expérimentale. Elle ne concerne pour l'heure qu'une petite parcelle de 7300 mètres carrés.
Ici, on est sur une superficie qui représente à peine moins d'un millième de la superficie totale du bois de Vincennes. Donc, je pense qu'on peut tout à fait partager cet espace du bois de Vincennes. Voilà un extrait d'un reportage du journal France 2 en septembre 2017. Est-ce que vous pourriez comprendre que des habitants, que ce soit à côté du bois de Vincennes ou à côté d'une plage ou ailleurs, refusent qu'un espace naturiste, quel qu'il soit, soit ouvert ? Non, parce que s'ils n'ont pas envie d'y aller, ils n'y vont pas en fait. On leur dit, voilà, il y a cet espace. Si ça les dérange, ils n'y vont pas. En fait, c'est comme partout.
S'ils n'ont pas envie de regarder, ils ne regardent pas. Mais de toute manière, ces personnes-là sont dérangées par cet espace naturel, sont dérangées par les personnes qui mettent des crop tops, donc des petits hauts, sont dérangées par les saints, par les femmes qui allaient dans la rue. Donc, de toute manière, ces personnes seront toujours dérangées quelque part. Vous êtes d'accord ?
Totalement. Tous les espaces sont notifiés, effectivement, au bois de Vincennes notamment. On a bien veillé à signaliser tout l'espace. Il y a des sortes de panneaux d'affichage qui expliquent que vous rentrez et que vous allez être en présence de personnes de nudité.
Mais quelque part, ça vous ghettoïse, alors ? Quand je dis vous, c'est les naturistes, Julien-Claude et Pénégris.
Non, non, du tout pas. Du tout, du tout. On oublie le fait de ghettoïsation et encore moins sur l'espace du bois de Vincennes, qui est le seul espace ouvert à tous. C'est-à-dire que la nudité y est permise, mais les personnes qui sont habillées peuvent venir aussi parce que c'est un espace qui appartient à la mairie de Paris. Donc, c'est un espace expérimental, comme ça a été dit dans le sujet, mais qui est devenu aujourd'hui quelque chose qui a eu un franc succès. Il y a entre 700 et 900 personnes qui viennent chaque jour de week-end. Et donc, on en est même à travailler avec la mairie de Paris pour ouvrir un autre lieu parce qu'il y a une influence qui est énormissime.
Alors, dans les autres polémiques, il y a cet arrêté à Andaille pour interdire une plage naturiste. Plain de déshabitants, je le précise. Et l'appel est en cours. Ou dans un registre un petit peu différent, vous en parliez, Bernard Andrieux, du Monokini, donc le topless. Exemple qui a fait beaucoup parler l'été dernier dans les Pyrénées-Orientales, dans le village de Sainte-Marie-de-la-Mer, mais qui est dans les Pyrénées-Orientales, je le précise, sur une plage où les gendarmes ont demandé à des femmes de remettre leur haut de maillot de bain, alors que la loi Anne-Marie-Anne-Marie-Anne-Cailleux autorise le topless. On est d'accord là-dessus ?
Il n'y a pas de texte spécifique qui autorise le topless, en fait. Mais il n'y a rien qui l'interdit ? Ben, ça va être une question d'interprétation. A priori, le topless, dans la mesure où il n'y a pas d'intention, normalement, de provoquer une émotion sexuelle ou d'imposer une image sexuelle, mais simplement de bronzer 100 marques de maillot, a priori, peut-être que s'il y a des poursuites, il n'y aura pas de condamnation, mais ce sera le juge qui va examiner. En tout cas, la pratique, Bernard Andrieux.
On est au cœur, Camille, du débat moral, c'est-à-dire que l'arrêté municipal, en fait, et l'expression de position morale, et que ça a toujours été à la fois dans la société civile, il y a eu toute la question de la censure, qui a beaucoup existé, notamment pour les revues, mais aussi pour les pratiquants, et puis à l'intérieur de la communauté, c'est-à-dire qu'à l'intérieur de la communauté, des communautés, il y a tout un débat pour savoir, effectivement, si on peut avoir tel type de geste ou pas tel type de geste.
Et en fait, comme le disait très bien Barbara tout à l'heure, la question de la désexualisation, quand je me mets nu avec d'autres personnes nues, bon, bien sûr, ce n'est pas évident, mais le fait de partager cette expérience de la nudité fait que, par exemple, dans les débats des années 60-70, à l'intérieur des pionniers et des pionnières, on se posait la question de savoir si on pouvait avoir une nudité asexuée. Et réponse ? Eh bien, réponse, oui, c'est tout à fait possible, dans la mesure où on ne va pas être dans la logique traditionnelle de la pornographie, etc.
D'ailleurs, Barbara, le seul moment où, enfin, moi, c'est ce que j'ai constaté à chaque fois que j'étais dans des espaces naturistes, mais en fait, le seul moment où on se drague, c'est le moment, c'est le soir, au moment où on est habillé. Ah, ça n'arrive pas quand vous êtes nu. Julien, Claudé Pénégry, il y a une règle, si je peux le dire comme ça, de toute façon, ou en tout cas un comportement diffusé comme ça, c'est de ne pas regarder les parties génitales de ses interlocuteurs, par exemple.
Vous allez être devant quelqu'un qui va être en nudité. Bien évidemment, si vous avez un coup d'œil sur l'entrejambe, c'est plutôt normal, on reste des humains, mais on ne va pas s'attarder dessus, parce que, de toute façon, la personne qui sera à côté sera dans le même état et vous serez entouré de personnes toutes nues. Donc, à un moment, si vous regardez tout le monde, vous n'allez pas vous en sortir, vous allez être lassé vous-même. Donc, autant regarder la personne dans les yeux, il y a quand même quelque chose de plus intéressant à avoir en relation avec l'autre que simplement s'arrêter sur sa plastique.
En tout cas, la pratique du topless, du monokini a toujours fait parler, ça ne date pas d'aujourd'hui, y compris à son apogée en 1970. Écoutez cet extrait d'un reportage sur la plage de Saint-Tropez.
Montrez votre poitrine, ça ne vous gêne pas ?
Absolument pas.
J'ai trouvé ça tellement agréable de pouvoir se mettre à l'aise, se faire des étorses nues, que personne ne vous remarque.
Moi, le monokini, quand les femmes ont une belle poitrine et qu'elles sont belles, ça ne me déplaît pas. Autrement, elles peuvent les laisser de côté.
Chacun a son opinion, mais alors moi, pour le mien, je trouve ça un peu pas tellement bien.
Est-ce que vous le feriez, vous ?
Ah non, pas moi, surtout pas dans les enfants. Comme ce matin, quand on est arrivés, on avait une personne vraiment toute nue, qui faisait sa gymnastique, vraiment, c'est pour les enfants, ça nous dépasse.
Est-ce que vous avez l'impression d'être indécente ?
Pas du tout.
Où est-ce qu'elle commence, l'indécence, pour vous ? De toute façon, pas quand on est nu.
Non, l'indécence, je trouve qu'il est indécent de se promener dans Saint-Tropez en maillot de bain, en ville. Mais sur les plages, on peut être même tout nuits, c'est pas gênant du tout.
Voilà pour cette archive de Lina, qui date de 1970, et je vais reprendre la question du journaliste. Où commence l'indécence, selon vous, Barbara Butch, par exemple ? Moi, je trouve que l'indécence commence dans la tête des gens, en fait. C'est dans l'interprétation que font les gens des corps, qu'ils soient habillés ou pas. Donc, en fait, il n'y a pas de moment où ça commence. Et vraiment, je pense que ça part de l'individualité et de son rapport à l'indécence, à la pudeur. Donc, en fait, c'est vraiment dans la tête des gens qui regardent. On a des messages sur l'application France Inter. Magali, pardon, qui nous écrit. Mon père était naturiste.
Quand à 10 ans, je lui ai dit que je ne voulais plus aller dans les clubs naturistes, il a accepté. Par contre, tous les matins, il venait prendre son petit-déj nu. Et je détestais manger devant lui tous les matins. Désormais, je suis très pudique, notamment devant mes enfants. Un autre message de Carole qui nous dit « Enfant, j'ai été contrainte de suivre mes parents sur les plages nudistes et je n'ai jamais été choquée d'y voir des gens tout nus. Par contre, j'étais très agacée qu'on insiste lourdement pour que je me mette moi-même à poil. » Anne-Marion de Cailleux, que dit, sur ce sujet précis des enfants, que dit la loi là-dessus ? Sur le sujet précis des enfants.
Des enfants, si un enfant, par exemple, est avec ses parents sur une plaine naturiste et dit « Je n'ai pas envie d'être ici, je n'ai pas envie de voir des gens tout nus », qu'est-ce qui peut se passer en fait ? Alors, l'enfant, il est mineur. Pour autant, il a le droit au respect de son intégrité physique, morale et de sa moralité. C'est dans les textes sur l'autorité parentale. On dit qu'on va élever l'enfant dans le respect de sa moralité, etc. Donc normalement, si un enfant ne passe déshabillé, c'est de la responsabilité des parents de l'écouter. S'il y a une gêne, on doit l'écouter.
Si un enfant dit « Je ne veux plus que tu rentres dans ma salle de bain », c'est de la responsabilité du parent de ne pas y aller. Donc il y a à prêter attention à cette pudeur exacerbée. Julien Claudet-Pénégry, il y a beaucoup d'enfants dans les camps naturistes ?
Énormément, puisque c'est intergénérationnel et c'est familial. Donc voilà, de la naissance jusqu'à la fin de vie, vous avez tout le panel possible de personnes. Et surtout, effectivement, il y a une réflexion à avoir. C'est l'éducation qu'on va donner à son enfant. C'est-à-dire que l'enfant, c'est un moment où il est gêné. Il a été éduqué dans la nudité, mais à un moment, il va passer par les premiers émois, par la transformation de son corps, par le regard de l'autre. Donc des interactions aux parents de l'entendre, aux parents de respecter le fait que l'enfant se sente mal et lui laisser la possibilité de se rhabiller.
Et même eux, peut-être, de travailler sur l'échange qu'il doit y avoir. Donc se rhabiller. Et puis, ne pas l'emmener en vacances dans des espaces naturistes pendant un petit moment. Il aura eu les valeurs et une éducation qui lui permettra d'être suffisamment ouvert. Le but du jeu, c'est surtout que cette nudité permette d'avoir une estime de soi, une confiance sur son corps et ne pas craindre le regard de l'autre pour être bien et se développer personnellement.
Et au niveau de la nudité à la maison, toujours en famille, mais à la maison, Bernard Andrieux, est-ce qu'il y a un moment où, quelque part dans le foyer, il faudrait faire une sorte de domaine public, de domaine privé, notamment quand les enfants grandissent ?
Oui, de toute façon, la question du soin intime, la question de l'image du corps, la question du droit à avoir une absence du regard de l'autre sur son propre corps, ça me paraît absolument fondamental. C'est-à-dire que s'il y a un droit à l'intégrité corporelle, c'est aussi un droit à pouvoir être respecté, quelle que soit d'ailleurs la forme du corps, parce que ces adolescentes dont tu parles, c'est aussi des adolescents, des adolescentes, que nous on a des doctorants qui travaillent sur les adolescents obèses ou anorexiques et qui sont dans des problèmes aussi d'identité. Donc si en plus on les enfonce en leur disant « t'es trop grosse, t'es trop maigre, t'es pas assez belle, etc.
» Je veux dire, il y a aussi tout un travail sur le jugement esthétique qui peut être très discriminant pour l'enfant.
Ça vous a fait du bien, vous le disiez tout à l'heure Barbara Butch. Oui, ça m'a complètement fait prendre conscience que mon corps pouvait exister avec ou sans vêtements et qu'en fait j'étais complètement légitime à être dans cet espace qui n'était pas réservé qu'aux personnes valides ou minces ou jeunes. Et du coup ça a changé beaucoup de choses dans ma vie, beaucoup de choses sur ma confiance, sur mon estime de moi. C'est des choses que j'essaye de faire partager.
Et du coup je mets en avant cette nudité maintenant à travers aussi mon travail de DJ et d'artiste en général pour que ça permette aux gens de se réapproprier leur corps qui est tout le temps laissé à la rue et au jugement des autres. Et vous dites aussi, les naturistes si je peux le dire comme ça, Julien Claudet-Pénégry, que finalement ça masque tous les codes artificiels.
Totalement. Une fois que vous êtes nu, l'homme et la femme sont au même niveau. Les caractères sociaux, professionnels, le fait qu'on puisse vous définir par votre vêtement est totalement anéanti. Et par rapport à ça, ça permet aussi, comme le disait Barbara, de s'assumer. Et s'assumer c'est fondamental aujourd'hui auquel on est dans une société qui nous cantonne à des dictats de beauté, des canons, sur lesquels si vous ne rentrez pas dans la norme, on vous met au pilori. Et je suis désolé, mais s'assumer, accepter comme l'on est avec tous ses défauts, nous rend beaucoup plus riches.
Et si tout le monde était dans cet état d'esprit, je pense qu'il y aurait moins de gosses en perdition, il y aurait moins de suicides ou des choses comme ça, parce que ça gangrène la société au point véritablement de la mettre à la limite de la mort.
Et un message de Mathieu sur l'application France Inter qui nous écrit, lui, qu'il n'y a pas mieux pour faire la coupure de l'été en famille avec trois jeunes enfants. Ça fait en plus une économie de lessive de fou. Quel repos ! Allez, continuez de nous envoyer vos messages sur l'application France Inter par mail et sur Twitter avec le hashtag débat de midi. Et on se met, tiens, un peu dans l'ambiance estivale avec Aya Nakamura, Major Lazer et Swahili. Il veut soigner tous mes mots, mais je lui ai dit d'aller douce en septaine à la fin. Sinon c'est mort, je vais tracer ma route. C'est qui ? Sinon c'est mort, je vais tracer ma route. C'était Aya Nakamura.
Voilà la poitrine, les doudounes, les nénés, les lolos, les nibards, les nichons, les roberts, les flotteurs, les boîtes allées et autres, tu vois pourquoi je m'énerve. Et si je vous parle roploplo, c'est parce que je suis plutôt bien calée en la matière puisque je fais un 90e pour 1m60. Alors vous allez me dire, mais pourquoi diable, content que c'est ce que tu nous parles de ta poitrine aujourd'hui ? Je suis quand même incroyablement étonnée par les obsessions, les aversions qui perdurent autour de deux poches de gras et de glandes.
En France, régulièrement, des scandales éclatent quand les femmes osent aller t'aider leur bébé dans un endroit public où même se mettre sein nu sur une plage devient carrément genre objet à faire sujet à passer pour une gourgandide. C'est quoi qui a merdé ? Je veux dire, qui a commencé à dire que le corps, c'était caca ? Dans l'Égypte antique, on vivait les boobs à l'air sans souci. Que dirait les Grecs de l'Antiquité de voir tout ce foin qu'on fait autour de la nudité et de la sexualité ? Venez, on n'a qu'à monter. Et la constance dans Parjupiter enleva le haut devant tout le monde. C'était en 2018. Et on parle de nudité aujourd'hui avec mes quatre invités.
Le philosophe du corps Bernard Andrieux, le porte-parole de l'Association des naturistes de Paris, Julien Claudet-Pénégry, l'avocate spécialiste en droit de la famille, Anne-Marion Decailleux, et la DJ Barbara Butch, adepte de naturisme également, un peu par hasard. D'où vient tout ce foin, comme elle dit, Constance, toutes ces obsessions, ces aversions, à votre avis, Barbara Butch ? Je ne sais pas. Je pense que c'est culturel. Je pense qu'il y a, en fait, à force de sexualiser le corps des femmes, en fait, et des femmes ou des personnes perçues comme femmes, on en arrive à... Enfin, voilà, à des endroits où on ne peut plus rien faire, ni même allaiter son propre enfant dans la rue.
Alors, on a justement un message sur l'application France Inter de Jérémy qui nous écrit « S'il doit être interdit aux femmes de se promener torse nu, pourquoi les hommes auraient-ils ce droit ? » Anne-Marion Decailleux, c'est vrai ça. Pourquoi ? Est-ce que quand un homme est torse nu, que ce soit dans la rue ou sur Internet, pas de souci, ça passe. Enfin, en général, on va dire, parce que dans la rue, il peut y avoir... Mais, alors, par contre, une femme, le téton d'une femme, alors, polémique directe. Pourquoi cette différence ? C'est quand même pas possible. Alors, la différence, elle n'est pas législative, elle est culturelle puisqu'il n'y a pas de différence dans la loi.
Rien n'est précisé. Donc, ça va être l'interprétation donnée par un juge sur le fait de savoir si une poitrine dénudée constitue une exhibition sexuelle ou simplement une nudité. Dans notre culture, en tout cas en France, on considère ou on a spontanément l'impression que la poitrine d'une femme ne fait pas le même effet que la poitrine d'un homme, elle est plus sexualisée. On pourrait dire, elle est sacrée parce que la femme allait. On peut dire, c'est dégoûtant, on opprime la femme, on la voit comme un objet sexuel, on la voit comme une mère et qu'on lui fiche la paix.
Moi, ce que j'observe, c'est que la poitrine des hommes, en tout cas dans la publicité, elle commence à être sexualisée aussi. Moi, j'ai vu une publicité pour une montre. L'homme était photographié exactement comme une femme avec le téton vraiment mis en valeur et je me suis dit, voilà. Oui, mais aujourd'hui, dans la rue, alors peut-être pas en plein Paris et encore, on peut croiser des hommes torse nus qui courent tout transpirant, petite parenthèse, mais dans la rue, dans un village en vacances, si moi, je sors, laissez un à l'air, Bernard Andrieux, je pense que les gens vont un peu plus tiquer que si vous croisez, vous, torse nu, par exemple.
Ce n'est pas sûr, vous ne m'avez pas vu encore torse nu, je pense qu'il y aurait une émette. Oui, mais là, vous parliez du coup. Mais ce que je veux dire, c'est qu'effectivement, on est, comme vous le disiez très bien, je pense que ça vient du fait qu'on a construit un stéréotype. C'est-à-dire qu'en réalité, on a construit un stéréotype de femme, de silhouette, de sein, et aussi de comment on va montrer certaines parties du corps. Parce que là, on parle des seins, mais on pourrait aussi parler des fesses, on pourrait parler du sexe de l'homme, enfin, etc.
C'est-à-dire qu'on a construit petit à petit un style de monstration du corps qui fait que si vous n'êtes pas dans cette mise en scène, eh bien, vous n'êtes pas, vous êtes immédiatement hors catégorie, vous allez être jugé comme effectivement scandaleux. On se souvient de cette publicité où elle disait aujourd'hui, j'enlève le haut, demain, j'enlève le bas.
Pour de la lingerie, oui.
Voilà. Et en fait, l'astuce de la publicité, c'était que, bien évidemment, elle montrait le haut avec les seins et puis elle s'était tournée la semaine après pour montrer le bas. C'est-à-dire qu'en fait, il y avait encore une partie qu'on cachait qui était le sexe de la femme. Et donc, il y a toujours cette idée qu'il y aurait certaines parties du corps qui seraient plus scandaleuses, en particulier dans le corps de la femme.
Barbara Woutch. Moi, en fait, il m'est arrivé une histoire, j'étais à Cannes pour le festival et en fait, il y a aussi le gras, la chair est considérée comme vulgaire. Donc, j'étais à Cannes et je me suis fait arrêter par la sécurité de l'hôtel Martinez parce que j'avais une veste en jean. J'étais comme ça, à peu près. Donc là, je vais décrire, vous avez une chemise en jean avec une petite brassière. Voilà. Et puis, j'avais un pantalon. Donc, on voit votre ventre et vous avez un décolleté. Exactement. Et du coup, je me suis fait arrêter par la sécurité de l'hôtel parce que c'était vulgaire. Non, parce que c'était un peu considéré comme de la nudité.
Je leur ai dit oui, mais en fait, si j'étais Charlotte Gainsbourg, il n'y aurait pas de problème, ce serait hyper classe. Et ils m'ont dit effectivement, là, c'est vulgaire. Ça, donc, c'est de la discrimination. En effet, la question du standing pour un établissement, je ne suis pas du tout en faveur de l'hôtel, mais c'est de dire un restaurant étoilé va demander aux hommes de ne pas venir torse nu parce qu'il y a une question de standing. Et intérieurement, je me dis festival de Cannes, grand hôtel, c'est peut-être aussi la raison, mais je ne cautionne pas du tout. Je cherche juste à essayer de comprendre. Donc, il y a aussi la question de l'élégance.
Oui, mais dans la loi, je veux dire, là, Barbara Butch, si elle était habillée comme elle est habillée, elle a les épaules revêties, elle a une brassière. C'était un peu plus moins été quand même. Une brassière sur la poitrine. C'est un établissement privé qui peut avoir un règlement intérieur. Après, on peut se plaindre de discrimination. Ça, c'est un autre problème. On va saisir le médiateur de la République. Juste la deuxième chose que je voulais dire, c'est qu'il y a quand même, je pense, une large évolution, y compris dans la loi parce qu'il y a moins de plaintes, qu'il y a un clip qui avait été tourné avec trois femmes qui se promenaient nues dans la rue.
Elles n'ont pas été arrêtées par la police rue Montorgueil. Il n'y a pas eu de plainte, il n'y a pas eu de censure. Julien Claudet-Pénégry, par rapport à ce qu'on disait sur la différence homme-femme, est-ce que dans les comportements naturistes, il y a des différences homme-femme et de perception et de comportement ?
Absolument pas. Le but du jeu, c'est de mettre tout le monde au même niveau. Et donc, cette nudité le permet. Et la Fédération française de naturisme travaille là-dessus puisqu'elle a fait une campagne nationale qui allait lancer un stop body shaming qui est autour du body positive.
Alors c'est quoi le body positivisme, je crois ?
C'est ça ?
Body positivité ?
Voilà. Le but du jeu, c'est d'être fier de son corps, de l'assumer tel qu'il est et d'en prendre conscience et en étant, c'est ce que je vous disais, et ça passe par une campagne de photos.
Donc en l'exposant, on est d'accord ? En l'exposant, tout à fait.
Tout à fait. Là, tout le monde a été nu, tout le monde a été shooté. C'est 25 à 30 personnes qui ont été shootées en studio. Et c'est des photos qui ont été éditées et qui tournent à travers toute la France pour sensibiliser les gens à d'une part la nudité, deuxièmement le fait qu'il faut accepter de s'assumer tel que l'on est. Parce que se couvrir permet effectivement de soi-disant se protéger mais on se renferme de plus en plus et on accepte de moins en moins son corps et tous ses défauts. C'est ça.
En fait, il y avait la Gay Pride. Il y avait la Gay Pride, c'était la fierté d'être lesbienne, homosexuelle, LGBTI, etc. Là, la question, c'est la fierté d'avoir un corps, d'être un corps. Et c'est ça la grande nouveauté qui a enclenché la Fédération, c'est de dire attention, on a le droit, on a le droit d'exister avec le corps que l'on a et de l'assumer, de le montrer et on n'a pas à être jugé, à être discriminé par rapport à ça.
Et ça, c'est un courant à la fois militant mais aussi activiste, c'est-à-dire la body positivité, ça a permis à des femmes notamment de se révolter, à des hommes de protester mais aussi à des personnes âgées parce que par exemple les personnes âgées nues, on n'en voit aucune. Je veux dire, on n'en voit absolument aucune. Et donc, bien évidemment, elles sont invisibilisées.
Et justement, très rapidement, Julien Clodé-Péret, qui sont les naturistes ? Pardon, on a une question là-dessus de jeunes qui voudraient savoir quel profil, est-ce qu'il y a un profil
qui n'a pas de profil ? En fait, c'est l'exact miroir reflet de la société française et on va dire mondiale. C'est-à-dire que ce que disait Bernard au début, c'est-à-dire que c'était des personnes bourgeoises qui s'adonnaient au naturisme puis ça a été développé par les fondateurs de la Fédération Française de Naturisme à l'ouvrir à l'ensemble de la population. Aujourd'hui, vous avez tout le monde qui peut s'adonner au naturisme et c'est très simple. Vous n'avez qu'à vous mettre en nudité dans les espaces dédiés.
Allez, un message sur Twitter n'est tous à poil, tous différents, tous différentes et respectueux et respectueuses mutuellement. C'est tellement bon. Merci à vous, Julien Claude-Épénégri. Votre livre, donc votre guide de voyage voir la France tout nu paru chez Hachette est en librairie. Barbara Butch, donc je vous souhaite un bon été, un bon tournage toute nue avec vos chaussures cet été. Merci à vous, Anne-Marion Decailleux, avocate en droit de la famille et à vous aussi, Bernard Andrieux. Donc, qu'on lira à la rentrée avec ce livre sur le bronzage et également dans la revue Cor du CNRS.
La revue du Cor, on va faire un numéro spécial qui va sortir.
Et avant de se quitter, un mini débat lié au thème du jour. Aujourd'hui, j'aurais pu vous demander pile ou face, mais non, j'ai plutôt choisi Tong ou claquette chaussette. Alors, que me répondez-vous ? Tong, claquette chaussette,
pieds nus, Tong.
Et bien sur Twitter, le résultat, c'est les tongs qui écrasent les claquettes chaussettes 83%. Vous vouliez rajouter quelque chose ?
Oui Camille, on vous attend ? C'est le naturisme ?
Je ne sais pas, il faut que je réfléchisse encore. En tout cas, c'est là-dessus que je vous laisse puisque oui, je prends mes quartiers d'été à mon tour avant de vous retrouver dans la terre au carré à la rentrée. Un grand merci à nouveau à l'équipe Valérie, Sophie, Thomas, Colin et Adrien. Et lundi, c'est Thomas Chauvineau que vous retrouverez pour le débat de midi avec les Gaulois au programme. Très bon week-end et très bon été les amis.
Jean-françois Debat