JEAN-LUC MELENCHON : "IL EST DE NOTRE DEVOIR DE CREER UNE ALTERNATIVE EN EUROPE"
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« le peuple Français, puis le peuple Hollandais ont voté NON et que les dirigeants des deux pays ont décidé qu'en réalité c'était OUI »
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« l'Europe est gravement malade du fait qu'elle est dirigée par le gouvernement de droite allemand »
- 3:00Locuteur 1Chiffre
« nous étions, nous les français, le premier partenaire économique de l'Allemagne jusqu'à 2016 »
- 7:00Locuteur 1Promesse
« il est de notre devoir de créer une alternative en Europe »
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On peut dire que le pli a été pris en 2005 lorsque le peuple Français, puis le peuple Hollandais ont voté NON et que les dirigeants des deux pays ont décidé qu'en réalité c'était OUI. Alors cette sorte de luxation, déformation du corps de la démocratie européenne a duré et se prolonge, et s'amplifie à mesure que le temps passe, et dans tous les domaines. D'abord la constitutionnalisation d'une politique économique qui prend à la gorge tous les peuples, conduit partout à des phénomènes de rébellions de masse qui prend des formes pour l'instant plutôt orientées vers la droite que vers le camp progressiste et partout, chaque fois que les peuples remettent en cause la politique qui résulte de l'Union Européenne, les dirigeants décident de passer outre.
Donc on est toujours dans le même scénario : le peuple vote une chose et les dirigeants estiment qu'ils n'ont pas bien voté, et que donc on fera le contraire. Et ça parait tellement incroyable que souvent on a du mal à l'admettre. Littéralement, on peut dire qu'on n'en croit pas ses yeux, cela a lieu mais on ne le croit pas.
Et pourtant c'est une nouvelle fois ce qui vient de se passer d'une manière tout à fait spectaculaire en Italie, où l'insurrection italienne contre la main mise, et la main de fer qui étrangle les conquêtes sociales de l'Italie, s'est dirigée vers la droite. Alors naturellement je le déplore, je préférerais que ce soit autre chose mais peut-être que la gauche et les progressistes, y ont des responsabilités. Et le Président de la République Italienne a décidé que comme c'était lui qui signait les nominations des ministres, c'est une formalité, Et bien lui, il récuse le Ministre de l'économie parce qu'il est anti-allemand, enfin, le Président estime qu'il est anti-allemand.
Alors autrement dit, maintenant, il y a deux conditions : non seulement il faut être d'accord avec la politique économique qu'impose l'Europe mais en plus faut être pro-allemand. Alors, je suppose, je le dis avec un peu d'humour, mais peut-être qu'aujourd'hui, être pro-allemand et être pour la politique économique de l'Union européenne, c'est la même chose. Ce que je veux dire, ce n'est pas facile à dire: c'est que l'Europe est gravement malade du fait qu'elle est dirigée par le gouvernement de droite allemand.
Et ça c'est une réalité que personne ne peut contester. sérieusement, quand on regarde les réalités. J'ajoute qu'il y a une nouveauté qui se présente devant nous, que les dirigeants européens qui n'ont pas pris les bonnes mesures aux bons moments, maintenant ne peuvent plus les prendre et encore moins demain.
C'est que l'Allemagne - en réalité - petit à petit, s'éloigne de son ancrage européen. Pour en donner un exemple, nous étions, nous les français, le premier partenaire économique de l'Allemagne jusqu'à 2016 je crois, ou 2015 mettons. Aujourd'hui non, ce sont les chinois.
Le commerce extérieur sur lequel l'Allemagne fonde des excédents absolument gigantesques qui ont été acquis grâce à une détérioration sociale terrible de la condition des ouvriers allemands, le fait qu'aient émergé 9 millions de pauvres, 13 millions pardon, dans ce pays. Tout ça l'éloigne de son intérêt prioritaire pour l'Union Européenne. Nous aurons bientôt l'occasion de déchanter.
Le couple franco-allemand est une invention lyrique qui n'a, à peu près aucune réalité, qui est juste destinée à bercer les gens d'une musique qui convient à leur oreille. On se dit, "Ah la France est puissante" d'ailleurs elle bonne amie avec l'Allemagne qui l'adore. Tout ça n'est pas vrai, ça n'existe pas.
Les nations sont plus que jamais en compétition et l'Euro sert de laisse pour tenir chacun des pays. Si vous voulez, voilà comment à propos de l’événement exceptionnel italien, nous sommes conduit...
Nous devrions être conduit à ré-examiner toute la situation de l'Italie. J'ajoute qu'à cette heure, pour terminer, le gouvernement allemand et la presse allemande se comportent avec une grossièreté que les français ne veulent pas voir, parce que chez nous, c'est inimaginable, qu'on traite un pays voisin et ami de la manière avec laquelle la presse allemande et les dirigeants allemands, de droite bien sûr, traitent les italiens. Ils appellent ça le Club Med, a dit Madame Merkel qui déjà, avait été spécialement grossière contre les portugais, et là ça recommence contre les italiens.
Alors, dans ce contexte, il est lamentable que le Président Macron ait salué le courage du Président Italien, c'est absurde, il n'y a aucun courage à empêcher la volonté populaire d'aboutir, que le Parti Socialiste français se réjouisse de voir le Président Italien nier le suffrage populaire, et ainsi de suite. On voit donc qu'il y a une espèce de collusion des libéraux, des socio-libéraux de la droite, pour considérer que le peuple est - en quelque sorte - l'emmerdement principal en Europe. Rien.
Organiser des forces pour tourner la page, sortir de ces traités absurdes et essayer de constituer une alternative dans tous les pays à cette situation de fou où il faut choisir entre les libéraux et la droite extrême parce que c'est le paysage qui s'est installé en Autriche où l'extrême droite a gagné, en Hongrie etc, etc, en Pologne ...
On peut faire le tour de tous les pays et nous-mêmes les français, nous savons que nous avons un parti d'extrême-droite extrêmement puissant qui est arrivé au deuxième tour. Et donc les français ont du choisir entre l'extrême libéralisme et l'extrême droite. C'est un choix qui ne les mène nulle part !
Ils sont en train de le découvrir. Quant à ce qu'il se passe ici, comme l'Europe est en train de tituber, tout le monde le comprend, à part quelques illuminés euro-béats de la presse française, tout le monde voit bien que ce truc est en train de s'auto-bloquer. Alors on va d'une situation aberrante à une autre.
Prenons un exemple très récent: le budget européen est en train de s'établir. Oui mais il n'y a plus les anglais, et pourtant les dépenses à faire restent les mêmes, voire devraient être augmentées. Alors il faut donc que tout le monde mette la main à la poche, davantage.
Alors les français, en la personne du Président Macron, a dit : "ah oui oui, nous on va payer plus, on est d'accord." Alors déjà, on se demande pourquoi ? Vu qu'on est déjà contributeur net, c'est à dire qu'on donne 7 milliards de plus qu'on en reçoit en retour, d'accord ?
Alors 7 milliards, ce n'est pas rien quand même ! Vous les mettez dans l'économie française et vous verrez la différence. Bon, déjà on paye beaucoup.
Et alors on nous dit : "ah oui mais d'accord, vous allez payer encore plus que les autres parce qu'avant, c'était vous qui payiez à la place des anglais, peut-être que les plus anciens qui m'écoutent, se souviennent du moment où Madame Thatcher avait obtenu qu'elle ne paierait pas comme les autres, et donc que les français mettaient la main à la poche. Et figurez-vous que les allemands, à ce moment là, ont dit : "Ah peut-être que les plus riches doivent payer mais pas nous parce qu'on paye déjà beaucoup" disaient-ils. Donc les français qui sont bons garçons et bonnes filles ont dit : "Allez, on paiera aussi pour vous et pour quelques autres." Donc on a payé pour toutes sortes de gens.
Il y avait un rabais pour les anglais, plus un rabais du paiement sur le rabais aux allemands et autres. Et là on nous annonce que les français, non seulement vont continuer à être contributeurs nets mais vont continuer à payer à la place du rabais anglais et à la place du rabais du rabais. J'espère que tout le monde a suivi parce que c'est un petit peu un raisonnement par escalier… Enfin bon, vous avez tous compris: à la fin c'est une arnaque !
Les français payent beaucoup pour avoir le droit de se faire maltraiter par la commission européenne et de voir leurs services publics détruits ou la concurrence établie partout là où elle n'existait pas. Tout ça ne peut pas durer. Quelques illuminés peuvent croire qu'on peut comme ça bousculer, brutaliser un grand peuple comme le nôtre, une grande nation et qu'à la fin ça se finira bien.
Moi je comprends, Madame Merkel, elle doit... pardon, "se taper sur les cuisses", parce que c'est extraordinaire des partenaires pareils.
Ils sont contents, ils parlent d'un couple, ils se font arnaquer, ils ne disent rien. Voilà ! Donc pour elle, ça doit être extraordinaire.
Et pendant ce temps là, elle a fait des excédents de plusieurs milliards. Ce n'est pas en Europe qu'ils les placent, les allemands, leurs excédents. Pourtant ils ont fait des excédents sur le dos de tout le reste de l'Europe.
On voit que c'est une situation aberrante. Il faut faire attention au vocabulaire qu'on emploie parce qu'en France, il y a un interdit sur la question des allemands, on ne peut en dire que du bien. Ça fait partie de l'idée qu'on s'est fait au lendemain de la guerre de la nature de la relation qu'on devait avoir avec eux.
Et donc dès que quelqu'un se risque à faire une critique, il se fait immédiatement traiter de germanophobe, on lui attribue des mots qu'il n'emploie pas. Et vous avez les gardiens du temple comme Cohn Bendit et quelques autres qui certes, écrit un livre en Allemagne qui s'appelle "Non à l'Europe allemande" mais quand il arrive en France, alors là c'est terminé, il dit oui à l'Europe Allemande, et ainsi de suite. Et bien moi ce tabou, je ne l'accepte pas.
Ça s'appelle "Maintenant le peuple", c'est un petit texte qui en gros dit : la situation actuelle ne peut pas durer, c'est en raison de la politique économique qui a été choisie et qui dit : il faut sortir des traités, voilà. Alors ça c'est la plateforme qui réunit pour l'instant trois formations : Podemos : les espagnols, Bloco : les portugais, ça s'appelle 'Bloco de Esquerda', bloc de gauche, et la France insoumise, qui sont trois partis qui ont une relation différente à leur société politique, on n'est pas identique, ce n'est pas une internationale. Donc, ces partis se regroupent pour dire : il est de notre devoir de créer une alternative en Europe, à l'ordre dominant.
Alors pour l'instant, il y a trois partis qui le constitue. il y en a quatre qui sont sur le seuil de participer à ce rassemblement: c'est Die Linke du Luxembourg, le parti Rouge et Vert danois, ainsi qu'un parti suédois. Et les discussions sont engagées avec le Sinn Fein irlandais et le Parti Socialiste hollandais bon, qui n'est pas vraiment un parti de l'Internationale Socialiste, je rassure ceux qui m'écoutent, il s'appelle comme ça.
Donc notre idée est que nous ferons une coalition assez puissante pour commencer un processus européen – pas seulement national - d'alternative à la politique européenne. Donc j'espère que...
On va voir ce que les citoyens en disent. Nous ce qu'on espère, c'est qu'ils nous appuient, ils nous soutiennent. Par exemple pour quelqu'un qui votera pour la France insoumise en France, il faut savoir qu'en même temps il vote pour cette coalition.
Je ne dis pas pour chacun des membres qui la compose parce qu'on peut avoir toutes les idées qu'on veut sur chaque parti, mais pour l'idée qu'il y a une coalition européenne, une plateforme commune et que ça vaut la peine de nous appuyer pour nous a ider à faire face à la droite extrême, aux fascistes et aux politiques libérales. Alors cet après midi, si vous voulez, c'est une des étapes. Alors on utilise l'anniversaire du 29 Mai français du NON, pour se retrouver.
On a engagé ensemble une campagne contre l'évasion fiscale...
Bref, c'est à notre manière des petits pas mais il faut qu’on se dépêche de faire nos petits pas pour être le plus vite possible, le plus nombreux possible. Et l'idée,c'est que fin juin, on officialise le nouveau groupement, c'est à dire, on va passer de 3 j'imagine, à 7 organisations et partis. Et puis après, peut-être qu'il faudra qu'on se pose la question de savoir comment on fait pour être présents dans les pays ou il n'y a pas d'alternative.
Je pense à l'Italie, je pense à la Grèce, et peut-être à d'autres pays rentrés récemment dans l'Union Européenne, qui ont besoin, comment dire, d'une image extérieure, progressiste, internationaliste, pour s'affirmer dans leur cadre national.
Jean-Luc Mélenchon