Municipales : "L'abstention est le symbole d'une démocratie qui petit à petit s'effrite", déplore l'ONG A voté
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« Oui, moi j'ai toujours voté. Alors depuis pas si longtemps, parce que j'ai 29 ans. Mais oui, oui, j'ai toujours voté. »
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« C'est un réflexe d'aller voter. C'est une manière de sentir un peu responsable du monde et de participer à la vie du pays. »
- 0:54PrésentateurFait
« Dans les petites communes, là où il y avait souvent une seule liste et on n'a plus le droit de panacher, de rayer ou d'ajouter des noms, ça semble logique de se dire, bah quoi bon, que je vote ou pas, le résultat est connu d'avance. »
- 1:12InvitéPromesse
« Chez Avoté, évidemment, on mène des campagnes pour inciter et informer sur le vote, mais on dit aussi que la participation citoyenne, elle doit s'étaler tout au long du mandat. »
- 2:07InvitéFait
« L'abstention, finalement, c'est juste le symbole d'une démocratie qui, petit à petit, s'effrite. »
- 2:18InvitéPromesse
« Si les jeunes générations ne sont plus attachées à la démocratie, qu'est-ce qu'il reste de cette démocratie ? »
- 4:20InvitéChiffre
« Bien sûr. Bien sûr. Aujourd'hui, les chiffres le montrent. »
Temps de parole
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Il est 6h21. Comment mobiliser les abstentionnistes ? Faudrait-il carrément rendre le vote obligatoire en France ? La question revient régulièrement dans le débat politique et encore plus après la forte abstention. 43% au premier tour des municipales, 28 millions d'électeurs ne sont pas allés voter. Bonjour Clara Michelini. Bonjour. Vous êtes coprésidente de l'ONG Avoté, qui défend les droits civiques et qui lutte contre l'abstention électorale. Vous, vous n'avez jamais loupé une élection ? Vous avez toujours voté ?
Oui, moi j'ai toujours voté. Alors depuis pas si longtemps, parce que j'ai 29 ans. Mais oui, oui, j'ai toujours voté. Vous ne posez pas la question, c'est un réflexe ? Oui, c'est un réflexe d'aller voter. C'est une manière de sentir un peu responsable du monde et de participer à la vie du pays. Ça me paraît évident chez moi.
Alors ce n'est pas une évidence pour tout le monde. On l'a vu, la chute est spectaculaire, notamment la chute de la participation. Dans les petites communes, là où il y avait souvent une seule liste et on n'a plus le droit de panacher, de rayer ou d'ajouter des noms, ça semble logique de se dire, bah quoi bon, que je vote ou pas, le résultat est connu d'avance. Pourquoi, selon vous, est-ce important de voter même quand il n'y a personne à départager ?
Alors effectivement, c'est compliqué, d'autant plus avec cette réforme, vous l'avez dit. Ça semble important de voter dans les petites communes, mais ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la participation citoyenne. Chez Avoté, évidemment, on mène des campagnes pour inciter et informer sur le vote, mais on dit aussi que la participation citoyenne, elle doit s'étaler tout au long du mandat. Et donc quand on écoute les maires de petites communes qui ont été réélus avec 100% des voix parce que c'était les seules listes, ce qu'il faut leur dire aussi à ces maires-là, c'est consulter votre population, faites des budgets participatifs, préparez des référendums locaux.
Faire vivre la démocratie, pas uniquement les jours de vote.
Oui, voilà, parce qu'en fait, la réalité, c'est que sinon, autour d'après, les gens n'iront pas plus voter. Et 100% ne veut pas dire que c'est un blanc-seing.
Alors votre cœur de cible à vous, ce sont les jeunes, les moins diplômés, les plus précaires. Comment vous faites pour leur dire il faut aller voter, c'est important ?
Comment vous y prenez ? C'est important de rappeler pourquoi c'est les jeunes et les plus précaires notre cœur de cible, parce que c'est majoritairement eux qui s'abstiennent. Pourquoi ça nous intéresse l'abstention ? Parce que l'abstention, finalement, c'est juste le symbole d'une démocratie qui, petit à petit, s'effrite. Si les jeunes générations ne sont plus attachées à la démocratie, qu'est-ce qu'il reste de cette démocratie ? Nous, ce qu'on va venir leur dire, c'est d'abord, premièrement, que chaque voix compte. Et donc, chaque voix compte. Et donc, il faut pouvoir venir participer à la vie politique du pays.
Et donc, aujourd'hui, nous, ce qu'on va proposer aux jeunes, c'est, par des campagnes assez simples, de rentrer, en fait, dans leur quotidien la question du vote. Et donc, ça passe par des actions de porte à porte, des actions sur le terrain, dans les universités, par exemple. Ça passe par des campagnes de communication en ligne. On va utiliser les habitudes des jeunes sur les réseaux sociaux. On a des partenariats avec Beeryl, avec Snapchat, avec TikTok, avec Instagram. On va travailler aussi avec des marques qu'ils utilisent au quotidien. Et ça, c'est peut-être la petite particularité d'Avoter.
C'est de se dire que, aussi, dans l'usage d'une marque, je prends un exemple, les jeunes qui sont sur des applications de rencontres, par exemple. On a fait des partenariats avec Appen. Et donc, avec Appen, par exemple, vous pouvez crocher avec un bureau de vote. Ça paraît bête, dit comme ça. Mais c'est aussi une manière d'apporter l'information à des jeunes qui n'ont pas toujours l'information. Parce qu'il y a des jeunes qui ne savaient pas qu'il y avait un premier tour dimanche ? Oui, énormément.
Énormément, c'est-à-dire ?
Ça peut paraître comme ça un peu paradoxal, et d'autant plus quand je vous le dis à vous, parce que vous avez la tête dans l'actualité politique. Mais aujourd'hui, petit à petit, on assiste à un effacement des sujets politiques dans la vie du quotidien. Les gens ont peur de se parler de politique. Ça devient un tabou. Quand on allume les chaînes d'information en continu ce week-end, on ne parle pas des élections. Quand on essaie de chercher...
C'est parce qu'il y a les règles aussi de l'ARCOM. C'est compliqué d'en parler, en tout cas, les deux jours.
Oui, mais c'est compliqué de parler de façon partisane, mais de donner de l'information, rappeler que les bureaux de vote sont ouverts de 8h à 20h. Je ne crois pas que ça soit tombé dans les règles terribles de l'ARCOM. Mais pourtant, ce n'est pas fait, parce que justement, on a peur de tomber dans quelque chose de partisan. On ne va pas non plus avoir des candidats qui vont participer à des débats. Donc aujourd'hui, on a des candidats qui refusent des débats. Donc c'est aussi une manière... Donc il y a une responsabilité des politiques aussi, ce qui vous dit dans cette abstention ? Bien sûr. Bien sûr. Aujourd'hui, les chiffres le montrent.
Toutes les opérations de terrain qu'on fait le montrent aussi. Oui, il y a une responsabilité des politiques dans l'abstention. L'abstention est un choix politique. C'est un choix politique d'abord parce qu'il y a des freins administratifs énormes à l'accès au vote. On a un électeur sur cinq qui est disqualifié d'avance parce que mal inscrit sur les listes électorales. Alors comment on pourrait faire ? Qu'est-ce que vous suggérez ? Nous, ce qu'on suggère, c'est déjà d'avancer la date d'inscription, la rapprocher de la date du scrutin. Aujourd'hui, c'est à cinq semaines d'une élection et on sait qu'on s'intéresse à une élection à peu près dans les dix jours avant.
Donc raccourcir le délai, pouvoir s'inscrire jusqu'au dernier moment presque. Oui, pouvoir s'inscrire jusqu'au dernier moment et par ailleurs, peut-être aussi réfléchir à d'autres manières de vivre notre vie électorale. On sait que, par exemple, dans certains pays, on a du vote par correspondance, on a du vote en ligne, on a du vote dans d'autres lieux que des bureaux de vote. On a aussi du vote tout au long d'un week-end avec des bureaux de vote qui sont vers les samedis et les dimanches. On peut voter au supermarché. Il y a plein de manières d'innover. Et le vote obligatoire, pour ou contre ? Je pense que ce n'est pas la bonne question.
Le vote obligatoire, c'est quelque chose autour duquel on tourne depuis des années. C'est pour moi un énorme aveu de faiblesse. C'est obliger des gens qu'on n'a pas réussi à convaincre. Aujourd'hui, vivre en démocratie, c'est considérer que la voix de tout le monde est importante et il faut aller les chercher. Sauf qu'aujourd'hui, le blanc ou le vote nul ne comptent pas. Oui, et c'est un problème. Et aujourd'hui, c'est un problème dans notre démocratie. Quand on écoute une partie des abstentionnistes, ils nous expliquent « Je ne vais pas voter parce que de toute façon, ça sert à quoi ? » Moi, je fais partie d'une génération qui ne connaît que deux choses.
L'abstention très haute et l'extrême droite très haute. Et qui connaît aussi des partis politiques qui n'ont pas forcément respecté leurs promesses. Et donc, oui, il y a une partie de ma génération qui n'a plus envie d'aller voter. Et d'ailleurs, ONG non-partisane, à votre ONG à voter, elle est bien non-partisane. Qu'importe le bulletin pourvu qu'on vote, c'est ça votre message ? Alors, l'ONG, elle est à-partisane, elle n'est pas à-politique. Vivre en démocratie, c'est promouvoir la liberté de la presse, l'indépendance de la justice notamment. Donc, ça ne veut pas dire à-politique. Merci Clara Michelinic, coprésidente de l'ONG.
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