"Un prétendu échec peut être une étape sur le chemin d'une invention qui, elle, fonctionnera"
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Et vous, qu'avez-vous raté en 2025 ? Et qu'allez-vous rater en 2026 ?
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D'abord peut-être la fausse bonne idée, par exemple ce jeu de fléchettes géantes ?
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Ce que ça peut nous enseigner, c'est qu'il faut essayer, malheureusement parfois, avant de se rendre compte que c'est une mauvaise idée.
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Vous avez bien raison. Il y a aussi cette poupée incroyable, poupée Barbie Rollerblade...
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Pour arriver à la réussite, alors effectivement, il faut rater, en fait.
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Il y a aussi la présomption, c'est-à-dire la vanité, la tendance à se surestimer.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est plutôt effectivement une fausse bonne idée, il y a quelques morts quand même avec ce jeu, des fléchettes très lourdes, de jardin. »
- 1:35PrésentateurChiffre
« 6 morts et 3000 blessés pour ce jeu avant qu'il soit retiré de la vente. »
- 3:28InvitéFait
« C'est effectivement le constat qu'on a fait. Il y a tellement d'échecs dans l'innovation qu'on est obligé de faire plein de synonymes pour éviter de se répéter. »
- 3:36InvitéChiffre
« Donc, c'est à peu près neuf inventions sur dix qui ne parviennent pas à devenir des innovations. »
- 4:31InvitéFait
« Le bateau a coulé en sortant du port le jour de ce lancement. »
- 9:45InvitéFait
« Le lendemain de la présentation par Steve Jobs de l'iPhone, le groupe de direction de BlackBerry s'était réuni en disant, il n'y a aucun souci, nous ne sommes pas sur le même marché. »
- 10:00InvitéFait
« Ils ont répondu un peu trop tard, effectivement, à l'arrivée du smartphone, en produisant le smartphone 9500, qui était, paraît-il, l'un des pires smartphones jamais conçus. »
- 10:21PrésentateurFait
« Vous montrez un échange de mails édifiant qui ne veut surtout pas mettre un dollar dans l'entreprise toute jeune Airbnb, il n'y croit pas du tout. »
- 11:00PrésentateurChiffre
« Airbnb, aujourd'hui, c'est 82 milliards de dollars, capitalisation boursière au Nasdaq. »
- 15:15InvitéFait
« On a l'exemple d'une sonde martienne, Mars Climate Orbiter, qui s'est crachée parce que les laboratoires de la NASA utilisent le système d'unité internationale, alors que le fabricant de la sonde utilisait le système américain. »
- 16:03PrésentateurFait
« Cet échec a poussé la NASA à abandonner sa stratégie de réduction des coûts et des réductions des délais. »
- 16:56PrésentateurFait
« Je pense à cette très célèbre marque de dentifrice qui a essayé de commercialiser des lasagnes. »
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Et vous, qu'avez-vous raté en 2025 ? Et qu'allez-vous rater en 2026 ? C'est agréable comme question pour bien commencer l'année, j'en ai conscience. Mais justement, on va dédramatiser l'échec ce matin avec nos invités. Est-ce si grave de se planter ? Non ! L'important, c'est d'oser, et d'ailleurs, faut-il raisonner en termes d'échec et de succès ? Jean-Baptiste Ten, vous êtes le chef de projet commissaire de la très drôle et très instructive exposition FLOP jusqu'au 17 mai au Musée des Arts et Métiers à Paris. Bonjour à vous et bonne année ! Bonjour, bonne année à vous ! Bonne année, meilleur vœu à vous aussi, Marianne Chaillant, bonjour ! Bonjour Simon !
Vous êtes professeur de philosophie, autrice entre autres d'écrire sa vie aux éditions de l'Observatoire. Venez vous aussi, qui nous écoutez, nous parler de vos loupés, vos gamelles, vos ratages, vos déconfitures, vos fiascos, vos fiasquis peut-être, peut-être qu'on dit fiasquis en italien, fiasco des fiasquis, je ne sais pas, bon bref. Appelez-nous au 01 45 24 7000 et écrivez-nous sur l'application de Radio France. Alors en parcourant cette exposition, Jean-Baptiste Tenne, on se rend compte qu'il y a un certain nombre d'écueils, d'obstacles, il y a tout un tas de manières de se rater. Je vous propose d'en passer quelques-unes en revue.
D'abord peut-être la fausse bonne idée, par exemple ce jeu de fléchettes géantes ?
C'est plutôt effectivement une fausse bonne idée, il y a quelques morts quand même avec ce jeu, des fléchettes très lourdes, de jardin, donc on les lance le plus haut possible, elles retombent en parabole, mais parfois pas sur la cible, mais sur la tête de quelqu'un.
Vous avez raison de rappeler que je ris, mais en fait il ne faudrait pas rire, 6 morts et 3000 blessés pour ce jeu avant qu'il soit retiré de la vente. Ce que ça peut nous enseigner Marianne Chaillant, c'est qu'il faut essayer, malheureusement parfois, avant de se rendre compte que c'est une mauvaise idée. Oui, manifestement l'exposition nous apprend ça, qu'un prétendu échec peut être une étape sur le chemin d'une invention, elle, qui fonctionnera.
Mais moi, en fait, le concept d'échec en lui-même, je le trouve un peu dur, et je pense qu'on est nombreux, nos auditeurs sont nombreux comme moi, en cette période de réveillon, du jour de l'an, de Noël, comme à notre anniversaire d'ailleurs, c'est un moment où on fait un peu des bilans, où on se retourne sur notre année écoulée, et parfois on fait face à un certain nombre d'échecs, et on en a honte, on s'en blâme, et j'aimerais ce matin qu'on parvienne, en travaillant cette notion d'échec, qui a libéré un peu tout le monde de cette honte et de cette culpabilité. Vous avez bien raison.
Il y a aussi cette poupée incroyable, poupée Barbie Rollerblade, qui fait du patin, cheveux au vent, elle est magnifique, ces patins font des étincelles, il y a une petite pierre à fusil dans les rollers, sauf que Barbie met le feu à la moquette, Jean-Baptiste Tenne.
Oui, exactement. C'est très joli, ça fait des étincelles, mais effectivement, il y a eu quelques moquettes qui ont commencé à brûler.
Ça, c'est la fausse bonne idée. Mais ce que nous dit votre exposition aussi, c'est que pour arriver à la réussite, alors effectivement, Marianne Chayer nous dit, arrêtons de raisonner en termes d'échecs et de réussite, mais là, vous parlez d'innovation. Pour arriver à la réussite, il faut rater, en fait.
Alors souvent, c'est ce qui arrive. Vous avez commencé en parlant avec beaucoup de synonymes du mot échec. C'est effectivement le constat qu'on a fait. Il y a tellement d'échecs dans l'innovation qu'on est obligé de faire plein de synonymes pour éviter de se répéter. Donc, c'est à peu près neuf inventions sur dix qui ne parviennent pas à devenir des innovations. Donc, il y a beaucoup de raisons. On commence l'exposition en montrant différentes façons de rater, que ce soit des façons d'être dangereux pour les gens. Il faut éviter de tuer ses clients, sinon ça rate. Mais c'est aussi des défauts de conception. C'est aussi de se tromper dans la publicité pour lancer un produit.
Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de raisons qui sont possibles pour que les inventions ratent.
Il y a aussi la présomption, c'est-à-dire la vanité, la tendance à se surestimer. Par exemple, on voit la maquette d'un navire de guerre suédois qui a coulé dès sa mise à l'eau en 1628 parce que le roi avait voulu rajouter un étage et personne n'avait osé lui dire qu'il ne fallait pas.
Le roi, il a voulu impressionner ses collègues et donc il a fait effectivement agrandir le bateau, rajouter un pont supplémentaire, ce qui fait que le centre de gravité était trop haut. Le bateau a coulé en sortant du port le jour de ce lancement.
Marianne Chaillant, oser, d'accord, pas se voir trop beau non plus ? Ou vous dites-y, allez, surestimons-nous, tentons malgré tout ? Non, en écoutant Jean-Baptiste Ten parler des créations techniques, je pense à un texte de Nietzsche où il nous dit que si on croit que les grands artistes ou les grands inventeurs sont des génies, c'est qu'on s'illusionne et qu'on voit le produit achevé quand il fonctionne ou l'œuvre d'art une fois terminée et on se dit, waouh, quel miracle, quelle grandeur de leur esprit, de leur créativité et on oublie toutes les étapes qui ont conduit à la production de cette œuvre.
Si on y réfléchit, l'essentiel de la production d'un artiste ou d'un inventeur, c'est un long chemin de ce qu'on pourrait appeler avec des guillemets des ratés avant d'arriver, des tâtonnements, des errances, avant de produire ce produit fini qui paraîtra pour le grand public comme un miracle, alors qu'en vérité, il a mis beaucoup de temps à se construire. Alors, on peut avoir la fausse bonne idée, on peut tâtonner, on peut rater, on peut se voir trop beau, on peut aussi être hyper innovant et puis ne pas rencontrer son public parce qu'on est trop en avance ou un peu en retard. Qui se souvient, par exemple, Jean-Baptiste Ten du lapin Nabastag ?
Alors, beaucoup de monde parce que c'est un objet qui a eu beaucoup, beaucoup de succès. C'est un lapin qui est formidable, il est super mignon. Et ses oreilles bougent quand on reçoit un mail, il s'allume. Mais c'était en 2005, c'est-à-dire que c'est le tout début des objets connectés.
C'est l'enceinte connectée d'avant les enceintes connectées.
Exactement. Et en fait, on se rend compte que près de 40% de ces lapins n'ont jamais été connectés.
Les gens ne les branchaient pas ?
Les gens ne les branchaient pas, il est super mignon, donc il finit un petit peu... C'est un très très bel objet, mais il n'a pas été utilisé. C'est juste un lapin sur une étagère. Exactement, il n'a pas été utilisé. Donc nous, on a un peu dit à la suite de Nicolas Nova que c'était un flop d'usage, en fait.
Est-ce que ça peut s'appliquer à nous aussi, Marianne Chaillant, si j'extrapole un peu, prendre les bonnes décisions au bon moment ? Oui, voilà. On parle depuis tout à l'heure de ces inventeurs, des créations techniques. Si on, à l'échelle de nos modestes existences, nous qui ne sommes pas des inventeurs, le mot échec, ça a quelque chose d'un peu honteux, d'un peu tabou, d'un peu déprimant. Je parlais tout à l'heure de ce bilan qu'on est amené à faire en cette période de nouvelle année. Et donc, je vous disais, ce que j'aimerais faire aujourd'hui, c'est déconstruire ce concept, parce que je crois que se glorifier d'avoir réussi, comme se blâmer d'avoir échoué, c'est erroné dans les deux cas.
Ça vient d'une philosophie volontariste, de nos actions, qui nous tiendrait pour responsables, en fait, de ce qui nous arrive. Si on a réussi, c'est grâce à nous, et si on a échoué, c'est de notre faute. C'est une certaine lecture de réel, comme si on était pleinement responsable de nos actions. Peut-être qu'il faut un peu plus de modestie, et reconnaître que toute action est un concours de circonstances. Notre volonté n'est pas toute puissante. Si on a connu une rupture, je suis sûre qu'il y a plein d'auditeurs qui ont fait hier le bilan, et qui ont connu des ruptures, des échecs, dans leurs études, dans leur vie professionnelle.
Sur les ruptures, vous faites dialoguer, c'est ça que j'aime bien, des grands philosophes, vous avez parlé de Nietzsche il y a un instant, et des figures de la culture populaire. Vous parlez de Ross Geller dans Friends, qui divorce plusieurs fois, et qui en a honte. Vous dites, à Ross, il ne faut pas en avoir honte. Mais oui, parce que, je ne sais pas si tout le monde a en tête ce personnage savoureux de Friends, qui divorce effectivement, il me semble, même trois fois, Simon. Et on peut imaginer que quand on divorce, on peut vivre ça, subjectivement, d'abord comme un échec. Mais si on prend un peu de... on fait un pas de côté, on n'est pas la cause suffisante.
Dans le cas de Ross, par exemple, son premier mariage échoue, notamment parce que sa femme découvre que son désir, en fait, n'est pas orienté vers les hommes. Ross est-il responsable du fait qu'elle n'ait pas pu, au moment où elle l'a rencontrée, connaître mieux la nature de son désir ? Non. Ensuite, il échoue une deuxième fois, avec des guillemets, parce que lui-même est engagé ailleurs, alors qu'il épouse une autre. Ce sont des... cet exemple de ce personnage montre que ce qui pourrait apparaître comme un échec personnel, en fait, est un concours de circonstances. Notre volonté n'est pas toute puissante. Il y a un ensemble de facteurs qui dessinent chacune de nos actions.
Tout est multifactoriel, de telle sorte que, aussi bien l'échec que la réussite, je crois, sont des abus de langage. Et il faudrait avoir cette... J'aime beaucoup cette formule d'une philosophe qui s'appelle Chantal Jacquet, et qui nous dit, quand on regarde nos actions ou notre vie, il faudrait avoir ni honte, ni orgueil. On ne maîtrise pas tout. Voilà. C'est ce que vous nous dites, Marianne Chaillon. Parfois, malgré tout, on peut prendre la bonne décision au bon moment, saisir l'opportunité quand elle se présente sous nos yeux, ou pas. On pense, par exemple, Jean-Baptiste Ten, au patron de l'entreprise de téléphonie BlackBerry, qui n'ont pas vu arriver les iPhones.
Ils ont... Enfin, on raconte que le lendemain de la présentation par Steve Jobs de l'iPhone, le groupe de direction de BlackBerry s'était réuni en disant, il n'y a aucun souci, nous ne sommes pas sur le même marché, donc nous n'avons rien à craindre. En fait, ils ont répondu un peu trop tard, effectivement, à l'arrivée du smartphone, en produisant le smartphone 9500, qui était, paraît-il, l'un des pires smartphones jamais conçus, avec un écran tactile qui était lui-même le bouton sur lequel on appuyait. C'est très désagréable. On avait l'impression qu'il allait se démonter sur place.
Et aussi l'investisseur Fred Wilson, vous montrez un échange de mails édifiant qui ne veut surtout pas mettre un dollar dans l'entreprise toute jeune Airbnb, il n'y croit pas du tout.
Il n'y croit pas trop, il pense que les gens sont sympas, il les a rencontrés d'ailleurs, et il se dit, oui, mais probablement ils ne vont pas réussir à conquérir le marché de l'hôtellerie. Il s'est complètement trompé, et ce qui est intéressant, c'est que l'échange de mails figure encadré dans leur salle de réunion. Ah oui, chez Airbnb. Pas chez Airbnb, chez l'investisseur qui a raté le... Ah, donc il l'a bien pris. Il l'a plutôt bien pris, il a publié sur Internet cet échange de mails en disant, ça nous arrive de rater une bonne occasion.
Airbnb, aujourd'hui, c'est 82 milliards de dollars, capitalisation boursière au Nasdaq. Donc c'est un beau raté, ça peut être une leçon, Marianne Chaillant, rire de ses échecs. Oui, et d'ailleurs, je pensais, à l'inverse de cette notion de honte sur l'échec, je pensais à la belle chanson de Jean-Jacques Goldman qui s'appelle « À nos actes manqués ». Je ne sais pas si vous l'avez en tête. Justement, écoute. « À nos actes manqués ». Oh, merveilleux. Parce que je sais que vous en faites une philosophie de vie. Mais oui, parce que vous voyez, Jean-Jacques Goldman, vous entendez la musique joyeuse, dynamique. Il célèbre ce qu'on appelle nos prétendus échecs.
Ces actes qu'on n'a pas réussis, les bateaux qui sont partis qu'on n'a pas su prendre, les murs qu'on n'a pas su briser, les amurs qu'on aurait mieux fait d'éviter. Et finalement, Goldman nous montre qu'on ne peut pas être à tous les rendez-vous. La vie fait qu'on ne peut pas être à tous les rendez-vous auxquels on aurait aimé pourtant être présents. Et c'est ainsi. Et plutôt que de se blâmer, reconnaître que nous ne pouvions pas à ce moment-là y être. Donc, être indulgent avec nous-mêmes et rire de nos échecs, on rit beaucoup. C'est très instructif et on ne se moque pas. Ce n'est pas du tout le but de l'exposition FLOP aux Arts et Métiers, Jean-Baptiste Thède, mais on rit.
Alors, ce n'est pas du tout l'idée de se moquer, effectivement. Nous, on a pris un petit peu l'histoire de l'innovation en le prenant par le côté, il faut essayer, il faut oser, il faut tenter, essayer de faire des prototypes. Et donc, on est plutôt, au contraire, on montre des gens qui ont tenté et qui n'ont parfois pas réussi du premier coup, parfois complètement raté. Mais ils ont essayé.
Grandir de ces échecs, vous y croyez ou pas, tout de même, Marianne Chaillon ? Même si vous dites, il ne faut pas raisonner comme ça, mais est-ce qu'on peut apprendre quand même ? Alors, ce que je n'aime pas trop dans l'idée que l'échec est un tremplin vers la réussite ou vers la victoire, c'est encore rester, en fait, dans ce système de voir les choses comme un échec ou comme une victoire. Néanmoins, je pense que s'il y a une vertu de l'échec, ce n'est pas d'être un tremplin vers la réussite, mais c'est de nous montrer la toxicité de ce proverbe maltraitant « quand on veut, on peut ».
C'est une école de modestie sur notre pouvoir sur les choses, je pense qu'on est très nombreux à avoir fait « connu » des échecs, et il nous a enseigné au moins une chose, c'est que parfois on veut, et pourtant on ne peut pas. Voilà une philosophie pour 2026, faisons ce que nous pouvons.
Mais exactement, et en fait, il y a un très beau film qui s'appelle « Little Miss Sunshine », je ne sais pas si vous l'avez vu, il y a une jeune fille qui se présente à un concours de beauté, à la fin, je spoil, elle ne va pas le gagner, et pourtant ce film, c'est quand même le récit d'une victoire, tous ceux qui l'ont vu seront d'accord, elle perd le concours, elle le perd, mais sa trajectoire, le fait qu'elle soit allée jusqu'au bout de son désir, est une victoire en soi, et ça, on retrouve une philosophie des stoïciens qui nous dit « attention, la réussite comme l'échec, ce n'est pas obtenir la fin désirée, c'est avoir fait tout ce qui dépendait de vous ».
Et c'est ce que nous raconte ce film, vous preniez tout à l'heure la métaphore du match de foot dans Olive et Tom, tous les sportifs le savent, il y a parfois des victoires au goût de défaite, parce qu'on a très mal joué, il y a parfois des défaites au goût de victoire, parce que finalement on perd sur le film et on a fait le plus beau match, et si en vérité réussir, ce n'était pas obtenir la fin désirée, mais avoir fait de son mieux, et on retrouve Jean-Jacques Goldman finalement dans « On ira », la chanson « On ira », il nous dit « il n'y a que les routes qui sont belles, peu importe où elles nous mènent ».
Eh bien, puisqu'on cite les grands philosophes Jean-Jacques Goldman ou Ross Geller, on peut citer le film culte des années 90, Rasta Rocket par exemple, il ne gagne pas les Jeux Olympiques, l'équipe de bobsleigh de la Jamaïque, mais il gagne le cœur des spectateurs. Exactement.
Alors, il ne faut pas avoir peur du ridicule aussi, c'est ce que nous dit votre exposition Jean-Baptiste Tenne, quand on envisage, il y en a peut-être beaucoup parmi ceux qui nous écoutent, « Tiens, cette année je me mets au chant, je me mets au théâtre, mais je n'ose pas, parce que je chante comme une patate, j'adore chanter, mais je vais être ridicule », ça arrive même au meilleur de se ridiculiser, même à la NASA par exemple.
Oui, absolument, on a l'exemple d'une sonde martienne, Mars Climate Orbiter, qui s'est crachée parce que les laboratoires de la NASA utilisent le système d'unité internationale, alors que le fabricant de la sonde utilisait le système américain.
Donc il y en a qui étaient en mètres et les autres en yards, ce n'est pas la même unité de mesure ?
Oui, absolument, ce n'est pas le même système, mais par contre les logiciels, eux, en dialogue entre eux, en mettant juste des chiffres, ils ne donnent pas l'unité dans laquelle ils comptent, ce qui fait que quand le logiciel d'altimétrie donne un ordre de correction de poussée, et que le logiciel qui doit faire la poussée ne comprend pas dans quelle unité on compte, on pousse trop et puis finalement la sonde se crache.
Oui, il n'est pas allé au bon endroit. Mais cet échec a poussé la NASA à abandonner sa stratégie de réduction des coûts et des réductions des délais.
C'est ça. La NASA était dans une doctrine qui était de faire des sondes moins chères, de les concevoir beaucoup plus rapidement pour en envoyer un petit peu plus. Ils ont complètement revu à l'issue de cet échec et puis d'une autre sonde martienne qui s'est également crachée. Ils ont revu la doctrine en disant que c'était trop risqué en fait de ne pas mettre assez de temps pour concevoir les choses.
Il faut aussi trouver ce qui nous correspond dans la vie, malgré tout, même si, encore une fois, on peut essayer tout un tas de choses, passer d'une activité à une autre, tâtonner autant qu'on veut, mais au bout d'un moment, il faut trouver ce qui nous va. Par exemple, je pense à cette très célèbre marque de dentifrice qui a essayé de commercialiser des lasagnes. Sauf que, pourquoi ils ont fait ça ? Personne n'a jamais bien compris, mais personne n'avait envie de manger des lasagnes Colgate en fait.
En tout cas, ils ont certainement cherché à se diversifier. Ils ont fait de la diversification verticale. Ils ont dû se dire, faisons tout ce qui concerne la nourriture, puis le nettoyage. Mais effectivement, là, c'est un vrai problème d'emballage. Quand on met le logo d'une marque de dentifrice sur des plats préparés, on a vraiment l'impression qu'on va manger du dentifrice.
Oui, oui. Marianne Chaillon, est-ce qu'il faut forcer sa nature ? Difficile. Moi, je me demandais ce matin, puisque je vais faire mes résolutions de nouvel an, comme beaucoup. Je me disais, qu'est-ce qu'il faudrait finalement prendre comme résolution, en sachant que pour la plupart, nous ne pourrons pas les tenir. Nous le savons bien depuis le temps.
Et donc, je me disais, à tous ceux qui, comme moi, sont un peu balottés par la tristesse, quand on revient sur notre année coulée, parfois la honte, le remords sur nos échecs, ou agités par la crainte, je me disais que s'il y avait peut-être deux résolutions à prendre, ça serait d'arrêter de nous blâmer ou de nous féliciter pour nos succès et nos échecs, et comprendre donc avec modestie que nous ne sommes pas une cause suffisante, mais peut-être essayer de reprendre la main, parce que si on n'est pas libre, on peut essayer de se libérer un peu, justement, en comprenant les causes qui nous ont empêchées d'être à ces rendez-vous, à nos actes manqués, comprendre les causes familiales, psychiques, socio-économiques, les rencontres, l'environnement, qui ne nous aura pas permis d'être à ces rendez-vous auxquels on aurait aimé être, et peut-être essayer donc non pas d'être libre, c'est une illusion, et le comprendre, résolution numéro une, mais de nous libérer autant que faire se peut.
– Solange est avec nous au Standard de France Inter, bonjour Solange, et bonne année à vous !
– Bonjour tout le monde, et Georges-Jacques Goldman, à nos actes manqués, ça me parle, vraiment ça me parle.
Je vais aller, oui, bonjour, comment dire, votre sujet m'intéresse beaucoup, j'ai un peu, en attendant, j'ai un peu raté, mais moi, sur l'échec et tout, je ne vais pas vous raconter ma vie, mais voilà, il y a quelque chose qui me chagrine, l'échec, on a le droit d'échouer, moi je le pense, on a le droit, on n'est pas obligé, on n'est pas obligé, mais moi, mon propos, c'est d'en retenir quelque chose, d'en sortir quelque chose de cet échec, quand on échoue, peu importe, dans l'amour, le boulot, peu importe, d'en retenir, mais moi, ce qui me chagrine, c'est que j'ai une fille qui a 18 ans, je suis une maman solo, et puis pas très riche, pour ne pas rentrer dans les détails, qui est partie à Vannes et tout, et je trouve qu'on met déjà l'échec, où on n'a pas le droit d'échouer, plutôt, dans la tête de nos enfants, et là, dernièrement, enfin, l'année dernière, ne serait-ce que parcours sup, la pression, il faut choisir, savoir ce que tu dois être, ou ne pas être, pardon, de faire de la philosophie, à 17 ans, à 17 ans, 16 ans et demi, mais non, bon, on a le droit de choisir, puis de se tromper, de revenir, mais non, donc, voilà, moi, ça me, je trouve que, c'est bien tout ça, moi, ma fille, voyez-vous, elle est stressée, elle va avoir des partiels, mais elle se met, mais, enfin, j'ai l'impression que, le monde va s'écrouler, que la Terre, et je lui dis, mais non, mais attends, c'est bon.
La peur d'échouer, qu'on met dans la tête de nos enfants, très tôt, donc, c'est ce que vous dites, et ce que vous regrettez, Solange. Merci beaucoup pour votre question, Solange, Marianne Chaillon, voilà, cette société de la performance, aussi, où l'échec est très mal perçu, qui est difficile à vivre, notre époque déteste l'échec.
Oui, je vois bien le témoignage de Solange, il me parle énormément, en tant qu'enseignante, je vois, mes élèves, qui sont dans le même état que la fille de Solange, extrêmement stressées, la pression, parcours sup, cette injonction à savoir d'emblée ce qu'ils vont devoir faire de leur vie, et je pense que grâce à Solange, on voit à quel point, effectivement, une société qui admet ces concepts d'échec et de réussite peut être extrêmement maltraitante, et très tôt, chez nos ados, et finalement, on a envie de dire à la fille de Solange, comme à nos élèves, mais fais ce que tu peux, fais ce que tu peux, et non pas cours après une prétendue réussite, fais ce que tu peux, c'est très exigeant, comme doctrine incelestoïcienne, c'est-à-dire, voilà, fais en sorte que ton chemin soit le plus beau, c'est ce que je dis à mes élèves qui rentrent en médecine, je leur dis, surtout ne visez pas la réussite, qui ne dépend pas que de vous, mais vous avez tellement de concurrents autour de vous, mais tâchez de faire en sorte que dans un an, quand vous aurez préparé médecine, vous puissiez vous dire, j'ai fait tout ce qui dépendait de moi, que votre réussite soit celle-ci, avoir fait tout ce qui dépendait de vous, pour le reste, ce n'est pas entre vos mains.
Alors, j'ai un peu de mal avec les phrases du genre, ah, c'est très français, aux Etats-Unis, etc., mais vous dites, Jean-Baptiste Ten, dans la Silicon Valley, par exemple, c'est bien vu d'avoir échoué avant d'arriver dans une grande entreprise, d'avoir fait des projets qui ont échoué, mais d'avoir essayé. Et en France, on n'a pas cette culture-là ?
Alors, en tout cas, aux Etats-Unis, on ne cache pas ces échecs. En France, on est beaucoup plus, on va dire, pudique, en tout cas, on est un peu honteux face aux échecs, on ne va pas les revendiquer. Peut-être, on parlait d'enseignement, c'est quelque chose, on aimerait beaucoup que des enseignants viennent visiter l'exposition avec leur classe, en disant, ce n'est pas très grave de rater. On fera mieux la prochaine fois, c'est un peu l'idée. C'est de dédramatiser cette idée qu'on a raté. Ce n'est pas parce qu'on rate quelque chose qu'on devient raté, en fait.
Et parfois, on peut avoir de la chance aussi, je pense que c'est aussi dans l'exposition, la DeLorean, cette voiture de sport qui est devenue totalement légendaire grâce au film Retour vers le futur, alors qu'elle était nulle.
Elle n'était pas terrible, et effectivement, le film l'a sauvée. On n'en parlerait pas, on ignorerait même son existence si elle n'avait pas été sauvée par le cinéma.
Qu'on peut être rattrapé par le destin. Un tout dernier mot de Rousseau sur l'application de France Inter qui nous dit qu'il est clown, rateur, échoueur professionnel et qu'il libère les gens de leur enfermement dans une logique de performance. Là où j'accepte de rater, dit-il, la vie peut enfin passer. Voilà aussi un philosophe du quotidien, Marianne Chaillant. Parfaitement, j'espère qu'on aura réussi à faire comme lui auprès de tous ceux qui nous auront écoutés en ce début d'année. Voilà, merci beaucoup à tous les deux et retenons cette maxime pour 2026 « Faisons ce que nous pouvons ». Voilà, c'est une belle philosophie pour commencer cette année. Merci beaucoup à tous les deux.
Marianne Chaillant, je rappelle le titre de votre dernier livre « Vous êtes professeur de philosophie et vous publiez Écrire sa vie aux éditions de l'Observatoire » et Jean-Baptiste Ten, on peut voir cette exposition qui est super flop au Musée des Arts et Métiers à Paris jusqu'au 17 mai. 17 mai, absolument. Merci beaucoup et meilleur vœu à tous les deux.