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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 13 décembre 2025 20 minAutoproduitMixte

Vincent Munier et « Le chant des forêts » : un film pour ralentir et agir

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Présentateur

Et dans le grand entretien ce matin avec Marion Lourd, nous avons le bonheur de recevoir l'un de nos très grands photographes et réalisateurs. Il a traqué la panthère des neiges avec sa caméra et Sylvain Tesson pour un film qui a fait date il y a quelques années. Et il nous donne à voir et à entendre le chant des forêts. C'est le titre de son dernier film absolument magnifique. Un film immersif et envoûtant où l'on voit son père, Michel, son fils, Simon. Tous les trois au cœur de la forêt des Vosges, dans le Jura, dans le Grand Nord aussi, sur la trace du mystérieux Tétra.

Trois regards et trois témoins d'une vie animale et plus largement d'une biodiversité, pour ne pas dire d'un monde du vivant, bouleversé par le dérèglement climatique. Bonjour Vincent Munier. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur France Inter. Le chant des forêts, c'est le titre de votre film au cinéma le 17 décembre. Et il faut, et j'insiste, aller le voir sur grand écran. C'est prodigieux. C'est aussi un livre de photos magnifiques publié chez Kobalan. Vincent Munier, ce film, Le chant des forêts, est absolument splendide. Il est émouvant également. Vous filmez la forêt, les animaux, la nature intacte, comme on l'a rarement vu à l'écran. Il y a des plans qui ressemblent à des tableaux.

On suit donc votre père, votre fils à l'affût. Vous partagez tous les trois vos plus belles histoires avec la forêt. C'est un film et c'est un voyage sonore. Le chant des forêts. À quoi ça ressemble, le chant des forêts ? C'est vraiment une forêt qui chante, dit votre père Michel. Oui, alors j'aime beaucoup quand il dit ça. Forêt qui chante, c'est un peu l'idée de donner un petit peu la parole un peu aux timides, aux insignifiants, comme il dit, et donner la parole aux bêtes, à la forêt. Parce qu'on a eu une chance, moi j'ai eu une chance inouïe de grandir avec la forêt pas très loin de la maison. Donc c'est pas donné à tout le monde.

Donc j'y suis extrêmement sensible, c'est un peu toute ma vie. J'ai quitté les bancs de l'école très tôt pour apprendre un peu à vivre en forêt. Donc je me rends compte de ce privilège. Donc ce film, c'était un peu ça. C'est vraiment avant tout un partage de tout l'enseignement que j'ai pu recevoir de sa part. Apprendre à vivre en forêt, mais vous nous apprenez à la regarder et à l'écouter. Que se passe-t-il là, Vincent Munier ? On est plongé avec vous dans cette forêt des Vosges ? C'est ça, on est vraiment tous nos sens en éveil. Et on a essayé de vous amener avec nous, à nos côtés, mais vraiment tout près de nous.

On chuchote, on murmure, on se tait même souvent pour écouter ces sons qui sont capitaux. En tout cas pour déceler un petit peu ces mystères de la forêt. Vous êtes des gens de la radio et je trouve qu'il y a quand même une dimension tellement forte avec rien que la voix, le grain d'une voix, on imagine un visage. Et là c'est pareil avec ces sons de la nature où on laisse une grande part à l'imaginaire. Et ça c'est précieux. Il y a une dimension imaginaire, il y a une dimension spirituelle. Le film s'ouvre sur quelques notes d'une musique qu'on dirait religieuse. Restez là, se taire, écoutez et voir peut-être. Ce sont les mots de votre père. Et ils résument à eux seuls votre approche.

Tout est dans ce peut-être. Ce qui vous anime, c'est la traque. C'est rester là à l'écoute du chant de la forêt. Mais c'est ce qui fait toute la différence avec un documentaire animalier où l'on s'attend à voir. Là pour le coup, il y a le peut-être. Il y a le peut-être et c'est ça. Et je voulais vraiment essayer de... Comment dire ? C'est toujours dans la dimension de partage, de transmission. Nous on est vraiment animé. Quand on est face à la rencontre avec une bête qu'on attend depuis très longtemps, il se passe des choses en nous qui sont difficilement descriptibles avec des mots.

Et là, le cinéma, ce film-là, c'est une proposition d'essayer sans mots de vous faire vibrer comme nous on vibre sur le terrain. Parce que c'est franchement ça. Et ça nous remplit. Vous parliez d'une dimension spirituelle avec cette introduction. Et c'est ça, ça nous remplit à l'intérieur. C'est quelque chose qui... On ne s'est pas posé de mots là-dessus. Mais ça nous transforme. Et ça nous fait un bien fou. Ça nous apaise. Et il n'y a pas de raison que ça n'apaise pas tout le monde. Certains pleurent. Ça suscite des émotions très fortes. C'est une envie de réveiller cette sensibilité qui s'est complètement endormie chez nous. Parce qu'on a été fracassés très vite.

Et c'est pour ça qu'il y a la présence de Simon aussi. Parce qu'à son âge... Simon c'est votre fils. C'est mon fils qui a 12 ans. Pendant le film. 12 ans. C'est l'âge que j'avais quand vraiment ma vie a basculé face à la rencontre d'un chevreuil quand j'étais à l'affût tout seul en forêt. Mais c'est aussi l'âge où on est encore complètement ouvert et curieux de tout ce qui nous entoure. C'est-à-dire qu'il y a cette espèce d'émerveillement qui est là. Qui est cette curiosité, cette bienveillance envers les autres. Et comment on fait pour essayer de faire en sorte qu'elle ne s'endorme pas ? C'est franchement ça.

5:45
Invité

Alors, vous, vous êtes à l'affût de ce qui vous entoure aussi. Et votre père aussi. En fait, vous avez réussi à garder ça. Et vous montrez comment on devient guetteur de lune. C'est comme ça que vous dites. Il faut être invisible. Ça, c'est votre père, Michel, qui le dit. On voit votre fils qui disparaît dans un abri de branchage de sapins. C'est un art de la lenteur aussi. Ça va à l'encontre de toute la période qu'on vit actuellement.

6:09
Présentateur

En plus, moi, je trouve que cette proposition au cinéma, comme le spectateur est vraiment un peu prisonnier. Il est un peu dans les mêmes conditions qu'un affût finalement. On est dans le noir, entouré d'enceintes, avec une image. Donc, il y a tous les ingrédients pour vraiment vous faire vivre ce qu'on vit nous. Quand on se glisse sous le sapin. Parce que mon père, voilà, lui, il est passionné. Donc, possédé. Il y a une espèce d'abnégation pour ses rencontres et pour apprendre à connaître un peu la forêt. Il a passé pas loin de 800 nuits sous un sapin pour... Il a le visage bruné. On a le sentiment qu'il est chez lui, dans la forêt.

Exactement, il y a un côté refuge, il y a un côté comme une espèce de grosse matrice. Et dans la forêt, on a la sensation que tout est à sa place, en fait. Tout est juste. La justesse des bêtes, elle déborde pas comme nous on peut déborder, en fait. C'est une grande leçon d'humilité quand on est là-bas. Et lui, il m'a appris ça. On y entre sur la pointe des pieds. Alors déjà, moi j'aime beaucoup cette phrase de John Muir, un naturaliste américain du 19e et 20e. Et qui disait, et dans la forêt je pars pour perdre mon esprit et retrouver mon âme. En fait, c'est comme si on posait notre intellect en lisière de la forêt. Voilà, on réfléchit plus et on essaye de ressentir les choses.

Ressentir les choses, on a parlé d'être à l'affût. Et vous allez à la recherche d'un animal rare, devenu trop rare. C'est une quête et on l'entend. Il y a la musique et ce bruit. Avec le violon de Warren Ellis. Oui, qui est magnifique. Et donc ce chant du grand tétra, évidemment. Grand tétra ou coque de bruyère, qui est un oiseau qui est en effet en train de disparaître. Nous, c'est vraiment aussi un personnage du film. On montre comment on est très triste de la disparition de cet oiseau, de la faute du dérèglement climatique. Mais n'empêche qu'il y a une note positive. Il est en voie de disparition le tétra. Oui, complètement. Il est particulièrement dans les veaux en France.

Il est vraiment armé pour le froid. Donc il est là depuis plus de 10 000 ans. Et on a plus les hivers rigoureux qu'on avait avant. Et votre père, ça fait 50 ans qu'il assiste à sa disparition. Absolument. Et qu'il travaille avec tout un groupe de naturalistes et de forestiers sur son habitat. Mais cependant, c'est ça qui est chouette. C'est que finalement, le travail qu'ils ont fait pour protéger cet oiseau, c'est là où j'ai filmé cette forêt qui chante, forêt vivante. Il était tellement exigeant. Il lui fallait des arbres d'essence différente, d'âge différent, des arbres morts sur pied, au sol. Et là, c'est vraiment là où il y avait le grand tétra. C'est des forêts vivantes.

Et c'est ça qui nous enseignait. Vraiment. Et il faut qu'on préserve plus les habitats que de se concentrer sur une espèce.

9:01
Invité

Quand on voit votre film, quand on voit les animaux, la biche qu'on croise, le lynx, le grand tétra, on a envie de comprendre aussi l'envers du décor. C'est-à-dire combien de temps ça prend d'arriver à croiser, rencontrer tous ces animaux ? Comment on fait ? Est-ce qu'on laisse son portable très très loin ? Est-ce que comment on arrive à mettre les caméras sans qu'elles soient visibles ? Il y a tout cet envers du décor qu'on a envie de comprendre.

9:26
Présentateur

Alors, dans le film, on le montre un petit peu. Comment est-ce qu'on fait ?

9:29
Invité

On voit l'appareil qui capte le son.

9:31
Présentateur

Alors là, on a posé des micros, souvent, qu'on laisse plusieurs jours. C'est que des sons nature. Il n'y a quasiment pas de bruitage, à part les sons de verre et de veste. Mais ça, c'était vraiment important pour moi. Je trouve que c'est tellement précieux d'avoir des vrais sons. Et après, pour la photographie, c'est ce que je fais depuis l'âge de 12 ans. C'est vraiment s'effacer, c'est se camoufler, c'est se taire, être à bon vent. C'est-à-dire le vent de face pour les mammifères. C'est beaucoup de... Et ce n'est pas toujours pour une quête de l'image, attention. C'est le cadrage. Parce que ce qui est fascinant, c'est que souvent, les images, elles sont sombres.

Il y a peu de lumière dans la forêt, alors que le soleil est en train de se lever. Et pourtant, ça donne des scènes absolument sublimes, comme des tableaux. On est véritablement émerveillés. Est-ce que vous réfléchissez à votre travail de photographe ? Ou est-ce que vous posez votre caméra et vous laissez faire, vous laissez vivre ? Moi, je pense que c'est plus mon côté naturaliste qui prend le dessus que sur le côté photographe. C'est-à-dire que j'essaye d'être vraiment fidèle aux visions réelles. C'est-à-dire, je n'ai pas envie de mentir. Qu'est-ce qui m'anime, moi, sur le terrain, c'est ça.

C'est-à-dire, ce sont des ombres, ce sont des fantômes, des surgissements d'un animal, de manière très fugace. Ce n'est pas une succession, comme vous l'avez dit au tout début, de belles images. Ce n'est pas le spectaculaire. Ce n'est pas le spectaculaire. Sinon, c'est faussé la réalité. Et là, dans cette envie d'être immersif et de vous emmener à côté de nous, il fallait qu'on ait cette espèce de mise en abîme avant de voir ce moment de grâce de la rencontre. Donc, vous imposez un temps un peu long et juste ces côtés très fantomatiques parce que c'est ça, l'affût.

11:09
Invité

Et ce qui est très beau aussi, c'est que c'est un film sur la transmission. On vous voit plusieurs fois autour de la table avec votre père, avec votre fils. En plus, c'est très beau à la lumière des bougies. Et puis, il y a des phrases un peu métaphoriques. Votre fils qui marche dans la neige, qui dit « mettez pas dans mes pas ». Votre père qui observe un tronc d'arbre mort et qui dit « il y a des nouvelles plantes qui poussent ». Il dit « il enfonce ses racines dans son ancêtre, c'est l'histoire de la vie ». Vraiment, c'est une passion qui est passée de votre père à vous, à votre fils.

11:37
Présentateur

Oui, c'est ça. Et puis, je pense que moi, j'avais vraiment envie de partager ce témoignage de mon père parce que le fait de vivre aussi longtemps en forêt, je trouve qu'il a quand même une certaine sagesse. C'était précieux. Et à la fin du film, on le fait disparaître, en quelque sorte. Je le fais disparaître. Mais il y a quelque chose qui est positif quand il dit « chacun, on est, on vit, on meurt ». Et tout ça pour un grand renouvellement. Et j'aime beaucoup cette image du squelette d'arbre au sol sur lequel viennent pousser des petits sapins. C'est-à-dire qu'ils plongent leurs racines dans leur ancêtre pour grandir.

Donc, c'est vrai qu'il y a évidemment une image avec Simon et son grand-père. Bien sûr. Mais il y a quelque chose qui est positif. On fait partie de ce grand tout. Et c'est ça qui m'a inculqué, que j'avais envie de retransmettre. Est-ce que vous pouvez nous décrire cette photo absolument somptueuse qui est en double page dans votre livre et qui fait l'objet d'un moment absolument spectaculaire, très lent, quasiment mélancolique ? C'est juste le soleil qui apparaît, c'est ses premières lueurs et qui vient arroser cette forêt embrumée. Elle s'affime des sapins et ça donne une puissance très forte à tous ces arbres.

Et les nuages, ces merveilleux nuages, c'est un verre de Baudelaire et c'est l'occasion de saluer notre ami Nicolas Demorand puisqu'il cite ce verre de Baudelaire dans son livre. Un mot pour le saluer par amitié parce qu'il nous écoute. Les nuages qui traversent les sapins, c'est un magnifique hymne à la nature au moment où le monde semble s'en désintéresser, au moment où on a l'impression que les activités humaines et surtout leur impact sur la nature sont inarrêtables. Oui, alors vous avez raison parce que sous ce couvert un peu de poésie, de contemplation, de belles images, il y a quand même un message qui est militant.

C'est ma manière d'amener ça parce que j'ai toujours, je sais ce que je sais faire un petit peu, poser mon regard sur cette beauté, c'est ce qu'on m'a appris très tôt. Mais c'est évident que je me dis, comme on le disait en début, que parfois les mots, on a tellement tout entendu, tout dit, et que là moi j'essaye de retrouver ces nouvelles clés, c'est une proposition ce film, d'être dans des espèces de vibrations, d'énergie et puis d'aller agir en chacun de nous, plus profond de nous, pour essayer de nous faire changer les choses et ralentir et juste se rendre compte de ça. Qu'est-ce qu'une vraie forêt ? Il y a un message fort dans ce film avec les forestiers.

À un moment, vous avez vu cet arbre mort qui est complètement habité, c'est la crise du logement, mais comment est-ce qu'on fait aussi pour se rendre compte qu'on a besoin d'une certaine résistance, d'une diversité à tout niveau, que ce soit les oiseaux, le végétal, les mousses, les lichens, pour ces années qui arrivent, avec les tempêtes, avec les incendies, avec les squelettes qui menacent la forêt.

14:32
Invité

Et quand vous voyez le Parlement européen, par exemple, qui vote contre une loi sur la déforestation, quand vous voyez qu'on est à l'anniversaire de l'accord de Paris et on ne va toujours pas assez vite sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre les objectifs, c'est-à-dire de limiter le réchauffement qui touche les forêts, qui les abîme, qu'est-ce que ça vous inspire ? Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux décideurs aujourd'hui ?

14:57
Présentateur

Ce que j'ai envie de dire, c'est d'aller dehors. Moi, franchement, j'ai l'impression que dehors, il y a les réponses pour le dedans, pour qu'on soit meilleur. Et je crois qu'on est complètement déconnectés de ça. Et il n'y a plus de sensibilité. Donc, on avance, on avance. C'est les chiffres qui décident à l'économie avant la vie. Et moi, quoi dire ? Moi, je fais une proposition. Je n'ai pas un discours politique parce que je ne sais pas. Moi, je suis juste un homme d'image. Je veux partager ça. Et de son.

15:25
Invité

Juste venez voir.

15:27
Présentateur

Venez écouter la grive chanter. C'est une des clés. Après, il y a d'autres documentaires ou films qui sont plus militants, qui sont plus directs. Et je pense que les deux sont complémentaires pour tenter de changer notre état de conscience. Vous avez vu votre premier lynx avec votre père. Cette panthère des forêts, je vous cite. Et puis, il y a ce moment absolument magique où vous êtes près, si près de Grand Cerf dont on entend. Le Bram, eh oui. Ça, c'est aussi un rendez-vous qui est incontournable. Incontournable, mais décrivez-nous ce qu'on ressent parce qu'on a l'impression que vous êtes avec. Voilà, c'est la forêt qui chante. À toute saison, il se passe des choses.

En été, ça commence un peu. Il y a moins de choses. Il y a moins de chants d'oiseaux. Et là, en fin d'été, début d'automne, il manque les odeurs. Mais voilà, le Bram est là. Et j'avais vraiment cette volonté de, pareil, de vous faire ressentir cette puissance de la bête. Quand ils sont complètement surexcités, qu'ils sont tout prêts. Il y avait de mélanger nos respirations. C'était ça, entre celles du cerf, entre les nôtres. Parce qu'on vit ces moments-là.

16:39
Invité

On a diffusé récemment un reportage avec des spectateurs qui ont vu votre film, qui étaient enthousiastes et qui disaient, qu'il faut être prêt pour le recevoir, ce film. Qu'est-ce qu'ils vous disent, à vous, dans ce monde où tout va vite, dans ce monde si agité, où il y a tellement de bruit ? Comment ils le reçoivent, votre film ?

16:57
Présentateur

J'ai été agréablement surpris, parce que c'est un film un peu osé. On est à l'inverse de ce qu'on nous demande. Où tout va très vite, le sensationnel, le spectaculaire. Là, j'impose un rythme qui est très très lent, avec des plans qui durent une minute ou deux, où parfois une bête peut rentrer, parfois pas. Et je trouve que c'est chouette. Même les enfants, grâce à la présence de Simon, on a eu des projections avec les scolaires, plus de 600 gamins. Mais c'était génial de voir qu'on les sous-estime. Mais finalement, je les mets à contribution. Donc, ils cherchent l'animal. Et ils ont cette patience-là. Comme le cinéma leur interdit de scroller, d'avoir leur téléphone. Ils sont prisonniers.

Et finalement, ça marche. Et c'est ça qui me plaît dans ce film. C'est qu'il n'y a rien qui est, j'espère en tout cas, qui est moralisateur. Enfin, je n'espère pas. Et je laisse beaucoup de temps long pour digérer, en fait, tout ça aussi. Et des sons très faibles, comme par exemple le chant de l'oiseau le plus fragile qu'on peut rencontrer dans la forêt, le brame du cerf, le cri du tétra dont on ne se lasse pas et qui est un animal qui devient quasiment magique ou mystique, mythologique. Il y a quelque chose qui fait que la nature n'est pas qu'un spectacle, mais avant tout une vie partagée. C'est une citation qui ouvre votre livre, Le champ des forêts. Oui, merci d'en parler.

Parce que c'est ça, souvent, ça fait plus de 35 ans que je fais des photos. Alors moi, je n'ai pas la sensation d'être un artiste, je suis juste un interprète qui fiche des choses, mais j'ai un regard aiguisé. Et on me dit, c'est magnifique, c'est très beau. Mais ça ne suffit pas, quoi. Moi, j'ai l'impression qu'il faut aller plus loin. Il faut se rendre compte qu'on a un impact, on est là-dedans, on est dans ce grand tout, comme je vous le disais, et qu'on est tous interdépendants et qu'on a tous besoin les uns des autres. Donc c'est ça. Comment est-ce qu'on habite ce monde différemment ? Une vie partagée.

Composons avec les autres, les fragiles, les insignifiants, les timides, comme le dit mon père, et ceux qu'on n'écoute pas suffisamment. Les vivants, les non-vivants, en tout cas ceux qui font cette harmonie et qui composent quelque chose d'autre que l'opposition traditionnelle entre nature et culture. Il faut absolument aller voir le chant des forêts. C'est magnifique, je le répète à nos auditeurs. C'est au cinéma le 17 décembre. C'est donc aussi un livre de photos publié chez Kobalan. Merci Vincent Munier. Merci. Et je rappelle aussi que vous avez une exposition en ce moment au musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Bon séjour à Paris.

J'espère pour vous qu'il sera court et que vous retournez bientôt dans vos montagnes. Oui, j'en ai besoin. Merci à vous. Merci. Merci.

Vincent Munier et « Le chant des forêts » : un film pour ralentir et agir · Pourquijevote