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Podcast / conversationLCP (sur YouTube)· 1 novembre 2024 56 minComplaisantDivertissementAgriculture & alimentationEnvironnement & énergie

Marie Pochon, députée Écologiste de la Drôme | Politiques, à table ! - 01/11/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Vous êtes députée écologiste de la Drôme, un territoire qui vous a vu pousser entre les cèpes de votre maman viticultrice. Comment votre enfance a-t-elle influencé vos engagements ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    On imagine toujours que l'on va avoir droit à du tofu, du quinoa... Pas de pizza aux ravioles ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que les ravioles sont un plat végétarien ? Est-ce que c'est un choix ou une tradition ?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Vous parlez de réduction de la consommation de viande. Pourquoi est-ce un impératif ?

  • 14:00OuverteRéponse directe

    Vous cuisinez vous-même ? Votre fibre écolo inspire-t-elle votre cuisine ?

  • 17:00RelanceRéponse partielle

    Le Mercosur : pourquoi se priver de cet accord qui pourrait faire baisser les prix pour les consommateurs ?

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Générique Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans "Politiques, à table !", l'émission qui fait revenir à feu doux l'actualité politique et gastronomique. On va déguster ensemble des sujets, des reportages sur notre production alimentaire, sur l'avenir de notre agriculture.

Un programme riche que nous avons le plaisir de partager avec vous, Marie Pochon. Bonjour. -Bonjour. -Bonjour, Jean-Pierre Montanay. -Bonjour. -Marie Pochon, vous êtes députée écologiste de la 3e circonscription de la Drôme, un territoire qui vous a vu pousser entre les cèpes de votre maman viticultrice.

Travailler la terre, protéger les vignes, cueillir délicatement les grappes plus ou moins fournies en fonction des années, des intempéries ou des maladies, voilà autant de graines qui ont fait germer en vous le combat pour la protection du climat, pour le respect de notre planète et de celles et ceux qui la cultivent. En 2016, vous devenez coordinatrice de l'association Notre affaire à tous qui fera condamner l'Etat pour inaction climatique. En 2022, vous entrez ici, dans l'hémicycle dans lequel vous défendrez une rémunération plus juste pour les agriculteurs parce que la lutte pour l'environnement n'est pas l'ennemi des paysans, bien au contraire.

Vous travaillez à changer l'image des écologistes et prouver qu'ils peuvent être les meilleurs alliés de la ruralité. C'est pour faire honneur à votre enfance et à vos engagements que vous avez choisis le menu que va nous décrire Jean-Pierre. -Oui, un menu drômois.

Gratin de ravioles et en dessert, une tarte aux pommes aux noix de Grenoble. -Dans "Le dessous des plats", nous reviendrons sur les négociations avec les pays d'Amérique latine. Que pourrait changer l'accord avec le Mercosur pour nos agriculteurs et dans le contenu de nos assiettes ? -Dans "Les pieds dans le plat", l'exaspération et l'impuissance des éleveurs de moutons et de brebis dont les troupeaux sont décimés par la fièvre catarrhale.

Reportage dans la Drôme à suivre. -Voilà pour le menu, maintenant on passe à table et je vous propose de nous ouvrir l'appétit avec "Cuisine et confidences". Jingle -Marie Pochon, vous le savez bien en matière de nourriture, les clichés sont légion.

Et quand on invite une députée écologiste comme vous, il est tellement facile de tomber dans la caricature ou la raillerie. Moi le premier, car on imagine toujours que l'on va avoir droit à du tofu, du quinoa...

Bref, jamais rien de très glamour ni de très canaille. Eh bien non, avec vous, on est passé tout près d'une dinguerie. Personne ici ne connaissait, personnellement je l'avoue, je croyais même que c'était une blague.

Accrochez-vous bien, Marie Pochon, députée verte, voulait au départ une pizza, une pizza aux... -Aux ravioles. -Aux ravioles.

De la pâte à pizza garnie d'une autre pâte, celle des ravioles. C'est un peu comme si on dégustait une gaufre à la crêpe. Et vu comme ça, ça a un effet, un petit air de malbouffe qui réjouissait l'experte de la malbouffe, Valérie. -J'adore. -Mais bon, soyons indulgents, on a vu pire en matière de gras et de sucre, donc banco pour cette pizza drômoise.

Hélas, après cette mise en bouche gourmande, voilà la mauvaise nouvelle : on ne la verra pas sur cette table, car introuvable à Paris, où règne en maître la toute puissante napolitaine. Alors consolons-nous avec ces ravioles vénérées, préparées cette fois en gratin. Il manque la pâte à pizza, mais c'est déjà pas si mal, non ? -Moi, je suis absolument ravie de déguster des ravioles.

J'en mange très régulièrement. Je suis une grande fan. -Tous les jours. -Effectivement.

Et c'est vrai que j'avais proposé la pizza aux ravioles parce que dès qu'on en parle en dehors du département...

Ca existe vraiment ? -Oui, on trouve même dans les supermarchés, des pizzas surgelées aux ravioles. On en trouve dans les restaurants. -A Paris ? -Non, on en trouve dans la Drôme.

Dans les restaurants, on en trouve en Isère, dans le Rhône, dans la Drôme. -Ca ne dépasse pas la frontière. -Oui, et moi je me rappelle juste et c'est pour ça que je l'avais proposé au menu aujourd'hui mais je me rappelle des bagarres entre frères et soeurs, j'ai une soeur et deux petits frères pour avoir les dernières parts de pizza aux ravioles à chaque fois qu'on en commandait à la maison. -OK. -Donc c'est quelque chose qui fait partie en tout cas de mon histoire familiale et quelque chose que j'adore manger et c'est vrai que je découvre tous les jours des nouvelles expérimentations à base de ravioles qui peuvent paraître un peu surprenantes pour toute personne qui n'habite pas la Drôme.

Notamment, la dernière fois, j'ai vu dans un restaurant servir un croque-monsieur aux ravioles. Donc, imaginez l'inventivité qu'on peut avoir. -On attend le hamburger aux ravioles.

Le champ des possibles est infini. -Je vous propose de goûter ces ravioles. -C'est la fierté de tout un terroir, quand même.

On va goûter. -Alors, vous allez nous dire si elles sont réussies, si elles sont comme chez vous dans la Drôme. Dites-nous. -Ce serait terrible pour Le Bourbon de dire autrement. -Le Bourbon qu'on salue évidemment, c'est le restaurant qui nous fait à chaque fois ces plats délicieux pour "Politiques, à table !".

Alors ? -C'est bon. -Mmh ! -Alors ? -C'est délicieux. -C'est vrai, délicieux ? -Délicieux.

Ce qui est bien avec les ravioles, c'est la facilité aussi pour les cuisiner. -La rapidité. -C'est pratique, quoi. -Ca se cuit en une minute, ça va avec absolument tout.

Et c'est vrai que c'est quelque chose qui nous rend fiers dans la Drôme. -C'est votre façon préférée, le gratin, ou il y a d'autres choses qui sont un peu plus light que vous aimez aussi ? Les possibilités sont... -Oui, il y a plein de manières. -Le gratin, c'est très bien.

Les ravioles toutes simples, également, avec un filet d'huile d'olive, c'est délicieux. -C'est-à-dire, cuite dans l'eau et après, terminé. -Oui, avec un peu d'huile d'olive, un peu de basilic et ça se mange de cette manière-là. -Elle acquiesce Est-ce que vous les faites aussi, les ravioles ?

Ca vous arrive d'en faire ? Vous en avez fait par le passé ? -J'en ai fabriqué juste une seule fois, à la fête de la raviole à Saillans, il y a peut-être deux ans.

Mais effectivement, on a des fabriques traditionnelles, notamment dans la vallée de la Drôme et dans le Diois. -Je pense notamment à votre famille, peut-être chez vous, des parents qui faisaient tourner la machine à pâtes pour faire lisser, non ? -Je n'ai pas eu ce type de cuisine à la maison, dans le sens où j'avais un papa qui travaillait beaucoup et qui était peu présent, il était dans l'éducation nationale, proviseur de plusieurs lycées dans la Drôme, et ma maman, qui est vigneronne, désormais, mais à l'époque, quand j'habitais encore à la maison, elle était en polyculture.

On faisait des asperges, des abricotiers, des cerisiers. C'est un peu plus tardivement, moi, quand j'ai eu 14, 15 ans, qu'elle s'est lancée totalement dans la vigne, même si on avait déjà des vignes à la maison, bien évidemment, et dans la fabrication du vin. Mais de fait, on n'avait pas forcément le temps, tout le temps, de faire des grands plats à la maison. -Mais je rebondis, parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui font leurs propres pâtes italiennes, mais la pâte à raviole n'est pas un peu plus compliquée ?

Parce qu'elle me paraît très fine, non ? -Elle est extrêmement fine, ce ne sont pas des raviolis classiques, ce sont des pâtes très fines. -Vous n'aimez pas qu'on les compare aux raviolis ? -Ca n'a rien à voir, et souvent on les confond. -Mais le nom vient de "ravioli", ravioles... -Oui, tout à fait.

Mais les ravioles drômoises ou les ravioles du Royans, d'ailleurs il y a un débat sur de Royans ou du Royans, ou de Romans, ou de Saint-Jean...

Là je crois qu'on mange des ravioles de Saint-Jean. Il y a un grand débat sur l'appellation des ravioles, mais effectivement c'est une spécificité du Royans, globalement, drômois et isérois. -Et la farce est toujours la même ? -Oui, tout à fait. -Il y a du persil, un peu de comté, c'est ça, non ? -Oui, c'est des fromages frais et effectivement des herbes. -C'est un plat qu'on pourrait qualifier de végétarien, il n'y a pas de viande.

Est-ce que c'est un choix aussi ? Est-ce que c'était volontaire ? Au-delà de la Drôme, au-delà de vos origines drômoises, est-ce que vous aviez aussi envie de passer un message sur le fait de peut-être manger moins de viande ?

Quelle est votre position sur la viande ? -Je ne suis pas végétarienne, par contre je comprends celles et ceux qui font le choix de réduire leur consommation de viande ou même de l'arrêter totalement, ce dont on a besoin aujourd'hui c'est d'assumer, d'avoir un débat politique sur la réduction de la consommation de viande. Et ça, c'est pas pour mettre fin à l'élevage.

Justement pour pouvoir accompagner et préserver l'élevage français pastoral extensif, nous avons besoin de réduire notre consommation de viande et c'est un impératif. Alors c'est un impératif à la fois pour préserver notre production et l'élevage français qui fait notre fierté et qui préserve l'environnement, l'élevage durable, mais c'est également un impératif en matière sanitaire. Aujourd'hui on mange deux fois trop de protéines animales. -Ca concerne surtout la viande rouge, ce débat. -Oui, bien sûr.

Mais le problème, c'est qu'aujourd'hui, si on demande aux gens s'ils ont l'impression d'avoir changé leurs habitudes alimentaires en matière de consommation de viande, la plupart des gens vont dire : "Ah oui, moi je suis devenue flexitarien, j'ai réduit ma consommation de viande." Tout le monde a l'impression de l'avoir réduit ces dernières années suite aux alertes climatiques, environnementales, sanitaires...

En vérité, elle continue à augmenter. -Mais à cause du poulet qui a doublé en 20 ans, alors que le boeuf a baissé. -De la restauration extérieure, mais en vérité, c'est effectivement à cause de publicités massives qui vont mettre en avant certains types de produits, et notamment les produits transformés.

C'est... c'est la restauration en extérieur, on n'a plus le temps de rien du tout, donc on achète des sandwiches, des plats tout préparés qu'on se fait livrer.

C'est toutes ces choses-là qui font qu'aujourd'hui, la viande que nous consommons, et que nous consommons de plus en plus, vient de plus en plus aussi d'élevages concentrés, intensifs, hors sol, ou bien de viande provenant de l'import, et de moins en moins des élevages extensifs qui font la fierté de notre agriculture française. Et moi, mon combat, et j'ai d'ailleurs initié pour la première fois une mission d'information sur la préservation de l'élevage pastoral dans cette Assemblée, dont je suis co-rapporteur avec un élu de la droite républicaine, l'enjeu, c'est de préserver cet élevage pastoral et donc de limiter ou de réguler la concurrence des loyales. Alors, celle de l'étranger, je crois qu'on en parlera avec le Mercosur, mais aussi celle des élevages intensifs, hors sol.

Et plus on veut de la viande tout le temps, plus il faut réduire les coûts, c'est l'enjeu sur la restauration collective, l'application d'EGAlim. Il faut pouvoir, si on veut de la viande à tous les repas, il faut que le prix de la viande diminue et donc ça pousse à la concentration des élevages ou ça pousse à l'importation et ça, ça tue notre élevage pastoral dans notre pays. -Donc il faut moins de viande, tout simplement. -Il faut manger moins de viande et accompagner, en termes de prix pour les producteurs, les élevages pastoraux et extensifs. -Alors, cette fibre écolo, on la sent bien chez vous, est-ce qu'elle inspire votre cuisine ?

Est-ce que vous cuisinez, d'ailleurs, vous-même ? -J'essaie de cuisiner, je cuisinais plus avant. -D'être élue ? -Oui. -J'avoue que depuis 2022, c'est un peu plus compliqué. -Est-ce que ça inspire les pats que vous commandez ou que vous préparez, cette fibre écolo ?

Est-ce qu'elle est toujours présente au moment de passer à l'action ? -Je crois. J'essaie de consommer et de manger que des produits de saison.

J'essaie, en tout cas dans ce que je mange, de favoriser des filières qui sont locales. J'essaie au maximum de faire les marchés quand je peux, à Crest, là où j'habite. -Vous faites vos courses où, comment ?

Vous faite appel à des paniers ? Vous allez chez le producteur ? -Je n'ai pas d'AMAP, parce que c'est problématique avec le rythme que nous avons en tant que parlementaires de manière générale.

Et puis, la circonscription sur laquelle je suis élue, qui est très particulière, c'est une des plus grandes de France, c'est des centaines et des centaines de kilomètres et des zones de montagne. C'est les Plateaux du Vercors, les Baronnies...

Je pense être une des seules députées qui doit prendre des chambres d'hôtel dans sa propre circonscription, parce que c'est deux heures de route, parfois, entre là où j'habite, qui est dans ma circonscription, et certaines zones du territoire. Donc dans ces conditions-là, c'est compliqué d'aller chercher ces paniers à l'AMAP ou de se faire livrer à des horaires qu'on peut contrôler d'avance. Là, je ne parle que de la circonscription, mais sans parler des soubresauts de l'Assemblée nationale qui font qu'il faut changer notre agenda tout le temps pour pouvoir être là pour un vote important, notamment, là, où on est sur les budgets en pagaille, et j'ai même dû être un petit peu en retard au tournage de cette émission, du fait des budgets.

Donc, c'est vrai que c'est compliqué. C'est compliqué aussi pour être là lors des jours de marché. Et derrière, c'est compliqué aussi de stocker des produits frais.

Et moi, mon vrai manque depuis que je suis députée, c'est le manque de produits frais. C'est une vraie difficulté. Ici, on les a à l'Assemblée nationale et on a cette chance-la.

Mais c'est vrai qu'à la maison, souvent, je... -Vous n'avez pas un petit producteur qui vous fait passer... -Souvent, je dois surgeler les produits.

Je rentre très tard en circonscription. C'est souvent à 23 h 00. Je pars souvent très tôt pour des déplacements qui sont lointains.

Donc, c'est plus compliqué depuis que je suis élue. -C'est sûr. Il y a du fromage dans les ravioles, mais on en a aussi sur la table.

Qu'est-ce que c'est que ça ? Vous le reconnaissez ? -C'est du picodon. -Oui !

Je me sers et je vous fais passer l'assiette. -Merci. -Qu'on le goûte. -On vous avait dit que c'était convivial, ici. -Bien sûr, on partage ! -Il y a du pain. -Alors, qu'est-ce que c'est exactement ce fromage ? -C'est le fromage de chèvre. -Elle acquiesce L'AOP Picodon s'étend entre la Drôme et l'Ardèche, avec un certain nombre de producteurs, je ne saurais pas vous dire combien, exactement qui font partie de cette appellation et qui correspond à un certain cahier des charges en termes d'élevage extensif, en termes de conditions animales, en termes de production également du picodon.

On a plusieurs types de picodon. Il y a des picodons plus frais et plus secs. -Celui-là ? -Plus sec. -Un peu dur, mais il est bon. -Ah, il est délicieux. -C'est délicieux ! -Et moi, j'ai l'honneur, effectivement, depuis à peu près un an, d'avoir été nommée chevalière de la Confrérie du Picodon. -Mais qu'est-ce que ça implique ?

Vous en mangez à chaque repas ? -Tout le temps. Non, je dois promouvoir le picodon. -Ah ben là, vous faites bien le job.

Ils vont être contents. -Promouvoir les éleveurs, les producteurs qui fabriquent le picodon dans nos régions et promouvoir également le type d'élevage auquel ça correspond. Je crois que ça, au-delà des productions qui font notre fierté et qui... remplissent nos assiettes et qui nous régalent, bien évidemment, ce type de produit, ça dessine tout un territoire.

Et l'élevage pastoral, par chez moi, c'est quelque chose qui est absolument fondamental. On est sur des territoires où ce n'est pas tant l'artificialisation, l'urbanisation qui mangent sur les terres agricoles même si c'est un sujet aussi mais c'est beaucoup les espaces forestiers et en fait l'entretien du paysage grâce à l'élevage pastoral, grâce au pâturage est absolument fondamental c'est une vie économique qui existe sur nos territoires, on a la chance d'avoir encore cet élevage qui existe. Et donc voilà, le travail d'un chevalier du Picodon, c'est de promouvoir ces pratiques-là, ces produits de qualité qui font la grandeur et la fierté de notre agriculture française.

Je crois qu'à l'heure de la course aux prix les plus bas et à la concentration des élevages, à la concentration également... enfin, l'intensification, en tout cas, de la production agricole pour être les plus compétitifs sur la scène internationale, je crois qu'il faut valoriser les productions qui font la fierté de nos territoires et le picodon en fait partie. -Alors, vous parliez du frais et puis du un peu plus sec.

Celui-ci est un peu plus sec. Il pique aussi un peu plus. Vous aimez quand il pique ?

Il porte bien son nom, "pique-odon". -Alors, je ne sais pas si c'est lié à ça. Mais... peut-être. -Si, je croyais qu'en provençal, c'est "picardou" et ça voulait dire le fromage qui pique un petit peu. -LV2 en provençal. -Oui, je suis admirative.

C'est mon objectif d'apprendre l'occitan pendant mon mandat. -Alors, vous aimez quand il pique ? -Ah, j'adore.

Elle acquiesce Avec un petit bout de pain, ce serait encore... -Alors, du pain, Valérie. -Justement, j'allais vous le passer. -Et vous avez ça à nous présenter aussi, non ? -J'allais dire, le picodon, là, on le mange... -Merci beaucoup. -On le mange comme ça, un peu presque à l'apéro.

On l'a pris après les ravioles. Mais c'est un peu l'apéro typique. Là, on fait un apéro typique de la Drôme.

Du picodon en cube, de la tapenade. C'est ça ? C'est l'apéro de la Drôme ? -Oui, des olives.

Alors là, c'est un petit... -Un petit aperçu. -Oui, parce que forcément, quand on est élue à la fois des Plateaux du Vercors et des Baronnies, du Tricastin, de la Plaine de Valence...

Les spécialités, elles sont différentes d'un pays à un autre. Il y a plusieurs pays drômois, sur ma circonscription, avec des habitudes culinaires... -Des montagnes, des plaines... -Des sociologies totalement différentes.

On ne vit pas du tout de la même manière quand on est proche de Saint-Paul-Trois-Châteaux et qu'on travaille à la centrale nucléaire du Tricastin, que quand on habite sur le Plateau du Vercors ou au fin fond des Baronnies. Donc c'est forcément compliqué de résumer tout un territoire. -C'est un échantillon de ce qu'on peut trouver ? -Tout à fait. -Avec des olives de Nyons ? -Tout à fait. -Expliquez-nous, c'est quoi ces olives de Nyons ? -Alors ça, c'est une production ancestrale, effectivement, des Baronnies Provençales, la production d'olives.

On a encore des oliviers qui sont... -en fonction. -Très importante, sur le territoire des Baronnies.

Moi, j'ai l'honneur également d'avoir été nommée chevalière de la confrérie... -Toutes les confréries. -Quasi.

J'essaie... -Toutes les confréries culinaires. -Non, mais il y en a beaucoup et elles sont importantes.

Ca peut paraître un peu de l'ordre du... -Ca fait partie du folklore aussi. -Oui, c'est du folklore et c'est peu connu en vérité.

Il y a un monde spécifique des confréries et ça je le connais depuis que je suis élue. Mais pour autant, je crois que c'est super important de valoriser les terroirs, de valoriser les productions locales. Ca donne aussi une autre image dans le territoire ruraux que celle qui est souvent dépeinte dans les médias, dans les débats politiques, d'une forme de misérabilisme, de conservatisme, etc.

Là, ça redonne une fierté d'habiter ces territoires, parce qu'on est des territoires aussi d'innovation, des territoires certes de tradition, mais qu'on met en avant et qui créent du commun. -Des produits connus dans la France entière. Ca, c'est de la tapenade, alors ? -Oui. -C'est-à-dire une purée d'olives. -Oui, que j'ai pu rapporter, parce que c'était compliqué de ramener des produits frais, désolée. -Vous nous l'avez expliqué.

Ca, pour le coup, ça se transporte bien. -Oui, tout à fait. -Avec ces olives, on fait aussi de l'huile ? -Oui. -Du coup, vous cuisinez à l'huile d'olive de Nyons ou pas forcément ? -Oui.

Moi, j'essaie. Oui. Et moi, je peux me le permettre, parce que je fais beaucoup d'allers-retours dans les Baronnies, donc je peux me permettre d'acheter mon huile, effectivement, sur les marchés de Nyons ou de Buis-les-Baronnies, ce que tout le monde ne peut pas faire.

Et, en supermarché, on n'a pas toujours... la question des circuits courts ne fonctionne pas toujours parfaitement. -C'est une huile un peu chère quand même. -Ca coûte cher, oui.

Mais ça permet... -C'est pas une huile avec des olives transformées de Grèce ou d'Espagne, il n'y a pas de mélange. -Mais derrière, le... l'alimentation qui permet de rémunérer justement les producteurs, de préserver des filières locales, économiques, etc., ça a un coût, effectivement.

Je peux le supporter aujourd'hui. Je n'ai pas toujours cuisiné à l'huile de Nyons, bien évidemment. Mais je crois que c'est important de faire ce geste-là, effectivement, pour soutenir nos producteurs locaux. -Et Valérie, si vous en avez, mettez-la dans une salade fraîche, mais ne vous amusez pas à faire de la friture avec, ça serait gâché. -Ah d'accord, c'est bien de me le préciser, très bien.

Alors, on en sait plus sur le picodon, sur les olives évidemment, mais il nous reste encore plein de choses à prendre sur les ravioles, n'est-ce pas ? -Très vite, parce que quand on s'adresse à quelqu'un de la confrérie des ravioles... -Je n'y suis pas encore. -Mais bientôt, ça ne saurait tarder. -Alors, il faut privilégier des ravioles de Royans, une IGP, c'est-à-dire une appellation géographique protégée, et un label rouge.

Donc ça, vous avez le "must". Et tant vous y êtes, prenez celles avec du comté AOP. Là, c'est vraiment la Rolls de la raviole.

Il n'est pas idiot de congeler les plaques de ravioles, car quel que soit ensuite leur usage, ça simplifie la préparation et la manipulation parce que vous pouvez casser facilement les petites ravioles congelées. Vous pouvez les mettre sur votre fameuse pizza avec un peu de crème et vous passez ça au four. Moi, j'aime bien aussi, et je pense que Marie Pochon conaît, c'est aussi les petites ravioles qu'on jette dans l'huile et qu'on fait griller très rapidement.

Alors pas très longtemps sinon on se retrouve avec une boule de ravioles, ce qui n'est pas le but. Mais si on les laisse frire un petit peu, c'est très bon pour accompagner une petite viande. C'est très sympa.

Donc les usages sont multiples. Pizza, on peut faire une petite soupe aux ravioles. Il y a vraiment plein de choses à faire avec les ravioles.

On peut en manger tous les jours sans se lasser. -Non, évidemment. -Je ne suis pas sûre que ce soit bon pour la santé, cela dit. -Avec modération, comme tout, et comme ce vin que vous nous avez apporté aussi pour accompagner ces ravioles.

Qu'est-ce que c'est ? Il vient d'où, ce vin ? -Symboliquement, il est important pour moi parce que c'est le vin de ma maman.

Je ne sais pas si on a le droit de faire de la pub. -Si, pour la famille. -Celle-ci est autorisée. -Moi, je ne suis pas une spécialiste du vin particulièrement.

J'étais plutôt de celle dans ma famille qui rechignait à faire les vendanges. -Pourquoi ? Trop compliqué ?

Trop dur ? -Moi, j'ai grandi là-dedans, ma maman et mes grands-parents. Je viens d'une famille de vignerons et d'agriculteurs de manière générale et j'ai toujours eu une admiration absolument dingue pour ce métier-là.

Je trouve que c'est le plus beau métier du monde. Et pour autant, c'est d'une immense difficulté physique, morale également. On peut s'investir à 200 %, tout faire bien, tout faire parfaitement et pour autant voir une récolte s'écrouler à cause de conditions météorologiques compliquées et à cause des changements climatiques.

C'est en train de s'accélérer aussi cette destruction des récoltes et... -Vous le constatez sur le terrain ? -Non, mais même ma maman, nous, on en discute régulièrement et on voit, effectivement, des années qui commencent à s'enchaîner en termes de difficultés climatiques, mais ce n'est pas qu'elles.

Là, on l'a vu, et je crois que cette année 2024 est assez symptomatique d'un effondrement global des récoltes. Et dans tous les secteurs, il n'y a rien qui va. C'est les risques climatiques, c'est les inondations, le trop d'eau, c'est les sécheresses les autres années, c'est les maladies également qui touchent à la fois les productions végétales et animales.

On est en très grande difficulté. Je pense qu'on doit questionner notre modèle agricole parce qu'on ne va pas pouvoir tenir comme ça à base d'aide d'urgence permanente. -Chemin des Mulets, pourquoi ? -C'est un des chemins qui parcourt les vignes, les 11 hectares que ma maman cultive.

Donc c'est certains terrains où on avait avant des fruitiers, on avait d'autres productions. Et ma maman s'est reconvertie et a construit sa propre cave en 2005, à peu près. Donc, j'avais 14, 15 ans.

Et elle s'est lancée. Avant, sa vigne, elle l'apportait à mon oncle, qui est en gros ermitage du côté de Chanos-Curson. Donc là, elle s'est lancée dans la production.

Donc, elle a converti les terres, elle a planté des vignes et donc ça c'est sa dernière production, c'est en agriculture biologique. -J'allais le dire, on le voit évidemment sur l'étiquette, c'est du vin bio. C'est important de le préciser. -Elle a fait cette transition peu après son installation et je crois que ça correspond à certaines valeurs, oui, à une certaine manière de concevoir l'agriculture qui lui tenait à coeur. -Maintenant qu'on a commencé à nourrir nos estomacs, je vous propose de rassasier nos esprits avec un peu de culture générale.

Et c'est tout de suite avec le "Quiz". Jingle -Député de la Drôme, vous connaissez forcément la chef star du département multi-étoilé, Anne-Sophie Pic. Sauriez-vous nous dire si ces affirmations la concernant sont vraies ou fausses ?

Elle est la seconde femme chef à obtenir trois étoiles. -Vrai ? -Non, faux, c'est la première.

C'est la première. Vous avez une héroïne dans la Drôme. Elle obtient sa troisième étoile dix ans seulement après avoir été chef. -Ca, c'est possible. -Oui, ça, c'est possible et c'est un exploit. -Oui, Bravo. -Vous êtes chef et dix ans après, trois étoiles.

Bravo, même les mecs n'y arrivent pas. L'huître au thé est l'une de ses recettes signatures en 2014. L'huître au thé.

Vrai ou faux ? -Je ne saurais pas dire, désolée. -Vous avez une chance sur deux. -Faux ? -Faux, bravo.

Elle en a fait une au café. -C'est pas vrai ? -Si.

Sans doute, pas un petit expresso, mais au café. Et Anne-Sophie Pic vient d'ouvrir en 2024 un nouveau restaurant, La Dame de Pic, à Berlin. Est-ce que c'est vrai ou faux ? -Je dirais faux. -Oui, c'est faux, bravo.

Elle vient d'en ouvrir un à Dubaï, dans une magnifique tour. Et elle en a ouvert aussi, après Valence, à Londres, en 2017. -D'accord. -Trois Dames de Pic. -Pas mal, pas mal.

Deuxième petit quiz, vous qui êtes né un 4 mai, figurez-vous que le 4 mai 1703 disparaissait le marquis de Nointel. Le marquis de Nointel, c'est Louis de Béchamel, inventeur de la sauce qui porte son nom. Est-ce que vous saurez nous dire si ces ingrédients figurent ou pas dans la recette originale ?

Ah, vous avez l'air un peu plus confiante. -Non, pas vraiment. -Alors, est-ce qu'on met du lait dans la béchamel ? -Oui. -Non, on met de la crème. -Ah oui, on met de la crème. -Est-ce qu'on met de la noix de muscade ? -Dans la recette originale. -Bien sûr, la noix de muscade ? -Moi, j'en mets... -Eh bien, vous avez raison, on en met.

Est-ce qu'on met des échalotes ? -Non, enfin, moi, j'en mets pas. -Ah, ben alors, dans la recette originale, il y a des échalotes.

Et est-ce qu'on met du saindoux ? -Moi, je n'en mets pas non plus. -Vous mettez quoi à la place ?

Du beurre ? -Oui. Vous avez raison.

Et oui, on met du beurre dans la recette originelle, évidemment, de la béchamel. Et maintenant qu'on sait faire tous ensemble une béchamel, on va poursuivre ce déjeuner avec le philosophe Henri-Frédéric Amiel qui écrivait que le partage d'un repas est le début d'une conversation sans fin. Et ça tombe bien puisque c'est maintenant l'heure de la "Brève de comptoir".

Jingle Alors, pour préparer cette émission, on vous a demandé de réfléchir à une anecdote, un souvenir où politique et cuisine se mélangent. Et vous avez choisi de nous emmener pas très loin de ce studio, à la buvette de l'Assemblée, je crois ? -Oui. -Expliquez-nous. -C'est pas une anecdote dingue, mais moi, j'avais...

Quand on a terminé les débats sur la loi d'orientation agricole, ces débats qui ont pris énormément de temps à notre Assemblée, qu'on avait attendu pendant très longtemps aussi, ça faisait deux ans qu'on attendait une loi d'orientation agricole qui permettrait véritablement de massifier l'installation paysanne à l'heure où 50 % des agriculteurs partiront à la retraite d'ici 2030. Donc il y avait un enjeu absolument massif à pouvoir faciliter l'installation, la transmission et installer massivement des agriculteurs sur nos territoires, également pour tenir nos objectifs en matière de transition écologique et de souveraineté alimentaire. Et donc, on a eu ces débats au printemps dernier, finalement, juste avant la dissolution. -Oui.

Donc, d'abord en commission, pendant 15 jours, ensuite en hémicycle. Alors, il faut imaginer...

La fatigue, il faut imaginer que pendant quinze jours, on a les commissaires qui sontresponsables de chaque texte. J'étais chef de file pour le groupe écologiste et c'était la première fois que j'étais chef de file pour un texte aussi immense et avec autant de conséquences. Et voilà, c'est des séances qui durent de 9 h 00 à minuit chaque jour. -C'est intense. -C'est tout à fait intense et à la toute fin, on est...

Je ne sais plus quel jour c'était, c'était un vendredi soir à minuit, on venait de terminer les débats, et donc le texte...

C'était même minuit passé puisqu'on avait fini les derniers amendements, etc. Et en fait, ce qui se passe souvent, quand on finit un gros texte comme celui-là, tous les députés, le ministre, etc., c'était Marc Fesneau à l'époque qui était ministre, vont à la buvette, qui est une forme de restaurant privatif pour les députés et les ministres, juste à côté de l'hémicycle, et qui est ouvert encore une demi-heure après la fin des débats.

Et donc on va là-bas. On n'est pas allés manger, en vérité, à ce moment-là. Mais ce qui était assez étonnant, et moi ce qui m'a un peu marquée de ce moment-là, c'est que, nous, avec mes collègues écologistes, on rejoint les collègues insoumis, socialistes qui sont à une table et puis on se verse de la tisane.

On avait perdu le vote sur la loi de l'orientation agricole, à mon sens et à notre sens. -Vous avez même défendu une motion de rejet. -Oui, j'avais défendu le rejet.

Non pas parce qu'il ne fallait pas débattre de ces questions-là, mais parce que les solutions dans ce texte, elles étaient dangereuses. Quand elles n'étaient pas absolument inutiles, ça ne changeait rien. Et je crois que face à l'urgence qui a été dite dans la rue par les agriculteurs en janvier-février dernier, et face aux situations qu'on ne cesse de voir sur le territoire, moi je passe ma vie à aller voir des éleveurs, des agriculteurs, viticulteurs, partout sur ma circonscription, c'est un...

C'est absolument essentiel sur un territoire comme le mien que de faire vivre cette agriculture et de faire vivre l'installation. En fait, un texte comme celui-là ne répondait à absolument rien, était à côté de la plaque. Et je crois que là, la colère est en train de revenir aujourd'hui, on en entend parler.

Donc c'était juste une grande déception. Donc on était tous là à boire de la tisane, véritablement. Et à côté de ça, on avait le camp de la majorité présidentielle de l'époque qui sabrait le champagne.

Ca se fait souvent quand quelqu'un gagne et c'est souvent pas nous. Elle rit Mais il y avait là, une inadéquation dans ce qui venait d'être fait. -Alors, on poursuit ce repas avec un accord assez difficile à digérer : Le traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur qui refait surface.

Et on en parle tout de suite dans Le dessous des plats. Jingle Depuis 20 ans, l'Europe et les pays d'Amérique latine essaient de s'entendre pour faire circuler leurs marchandises. Les pays du Mercosur rêvent d'envoyer de l'autre côté de l'Atlantique leurs viandes bovines argentines, leurs volailles sucre et soja brésiliens, des denrées qui pourraient débarquer sur notre marché et déstabiliser nos filières agricoles.

Alors que la France s'est souvent montrée prudente, les négociations ont bel et bien repris ces derniers mois sous l'impulsion de l'Allemagne et de l'Espagne. Que propose ce traité et pourquoi fâchent-ils les agriculteurs ? Les réponses d'Hélène Bonduelle. -Dans le Sud, comme un peu partout en France, la colère gronde de nouveau dans le monde agricole. -On fait 70, 90 heures par semaine et on n'arrive plus à se sortir un SMIC.

Ca ne va plus. On nourrit le peuple et on n'arrive plus à vivre nous-mêmes. -Les engagements pris par le gouvernement après les grandes manifestations de cet hiver se font toujours attendre.

Et les moissons ont été catastrophiques, sans compter la fièvre catarrhale qui a décimé des troupeaux. Mais ce qui a relancé la colère, c'est que l'Europe s'apprête à signer l'accord du Mercosur, bête noire des agriculteurs français. -C'est ce retour de l'incohérence européenne qui se traduit à mots à peine couverts par l'explication que finalement on va finir par signer le Mercosur en Europe et qu'on est même prêt à dédommager les agriculteurs français. -L'accord commercial est sur la table de l'Union européenne depuis 25ans, mais toujours en attente de ratification par les vingt-sept pays membres.

Il prévoit un libre-échange entre ce marché commun du Mercosur, qui comprend une partie de l'Amérique du Sud et l'Union européenne. Un accord que la France bloque depuis cinq ans. -Le Mercosur en l'état n'est pas un traité qui est acceptable.

Nous soutenons le fait que pour nos agriculteurs et nos industriels, on ne doit pas avoir de distorsion de concurrence. On doit être avec les mêmes règles du jeu. Ce n'est pas l'état de la discussion. -Côté agriculture, l'accord prévoit une suppression des droits de douane à des dizaines de milliers de tonnes de sucre, volailles, riz, miel ou encore viande bovine importée d'Amérique du Sud.

La France s'ouvrirait, elle, un nouveau marché avec des échanges facilités, notamment sur le lait, le fromage ou le vin. Mais l'Hexagone semble plus que jamais isolé avec sa position de fermeté. L'Italie, l'Espagne ou encore l'Allemagne veulent avancer. -Ces accords commerciaux ont un grand poids géostratégique.

Ces négociations, il faudrait tout de même les finir, ça ne vous étonnerait pas. -L'accord pourrait être entériné mi-novembre lors du G-20 de Rio, face à une France isolée et au pied du mur. -Marie Pochon, pourquoi se priver de cet accord qui pourrait faire baisser les prix pour les consommateurs ? -Je ne sais pas si ça ferait baisser les prix pour les consommateurs. -Par le jeu de la concurrence, tout simplement ? -Oui, mais la course au bas prix, que ce soit pour les consommateurs ou pour les productions agricoles que nous faisons en France, elle est absolument délétère, elle est en train de tout tuer.

C'est finalement ce qui conduit globalement la politique agricole et alimentaire depuis 40 ans. Ce qu'on voit, c'est que le nombre d'éleveurs et d'agriculteurs est en train de s'effondrer. -Je vous coupe.

Vous comprenez bien et vous entendez certainement les Français qui ont de plus en plus de mal à acheter de la viande. -Tout à fait, mais c'est absolument anormal...

Ce qu'il faut pouvoir conduire, c'est des politiques alimentaires et c'est conduire le choix à l'alimentation. Aujourd'hui, c'est un Français sur cinq qui ne mange pas à sa faim dans ce pays. Et pourtant, Dieu sait qu'on en a des enseignes qui permettent des prix les plus bas possibles pour des produits de très mauvaise qualité.

Derrière, c'est des conséquences sanitaires, des conséquences environnementales qui sont massives et des conséquences en matière du nombre d'agriculteurs et d'éleveurs sur nos territoires qui sont en train de s'effondrer. Donc, ce n'est pas une solution la course au plus bas prix. La solution, c'est de donner du pouvoir d'achat aux consommateurs, c'est de conduire des politiques d'éducation à l'alimentation et d'accompagnement également en termes de pouvoir d'achat pour que les consommateurs puissent s'alimenter dignement et sainement également.

Ce n'est pas normal que dans les cantines de nos enfants...

On laisse encore de la viande qui est importée de l'étranger, où on n'ait pas aujourd'hui 20 % par exemple de produits bio, ou on n'ait pas une prime à l'alimentation locale, c'est-à-dire aux productions qui sont du territoire. -C'est pas une question d'appel d'offre ? -Bien évidemment, mais il y a tout un système à repenser.

Moi, ce que je promeus en tant qu'écologiste, c'est de pouvoir garantir aux Françaises et aux Français de pouvoir s'alimenter sainement et de manière durable et avec une alimentation qui permet une rémunération digne des agriculteurs derrière. Moi, j'ai effectivement porté une proposition de loi qui a été adoptée à l'Assemblée nationale pour des prix rémunérateurs. -En avril dernier.

Voilà, en avril dernier, qui a été adoptée. La première des contradictions que j'avais, c'était : "Ah ben oui, vous vous rendez compte, le prix pour les consommateurs ?" Dans cette logique-là, on est en train de tuer l'agriculture et on est en train, en même temps, de pourrir l'assiette des Français.

On ne peut pas se satisfaire de cette situation. Il faut faire des choix politiques. Et c'est ce que je fais en tant que représentante politique et en tant qu'écologiste.

Et moi, je considère qu'on peut changer, de braquer, changer de modèle, changer de logiciel. -Que craignent les agriculteurs, concrètement, avec cet accord du Mercosur ? On sait que ce qui sera importé ne sera pas si conséquent que ça. -Alors déjà, c'est quand même, en termes de production de bovines, c'est quand même 50 % d'importations en plus qui pourraient être débloquées.

C'est quand même de la concurrence directe, sachant que l'agriculture dans les pays du Mercosur n'est pas la même que l'agriculture française. Elle n'est pas soumise aux mêmes normes. Je crois que sur les 500 produits phytosanitaires qui sont autorisés au Brésil, 150 sont interdits en Europe et pourtant, on va importer des produits qui ont été produits avec ces phytos, ici sur le sol européen.

C'est une concurrence déloyale pour nos agriculteurs. -Valérie a raison, c'est pas grand-chose, on insiste sur le chiffre 67 % de hausse. Mais si on part de rien, et on part de rien, ça fait très peu de boeuf qui va arriver sur le continent européen, quand même, honnêtement.

Donc, l'ensemble du Mercosur, c'est un 1 % de la consommation européenne. Donc, on peut pas dire que ça peut mettre en péril et la souveraineté et l'agriculture française. On crie pas un peu avant d'avoir mal ? -Je pense que c'est deux choses.

Je pense que c'est la question de réduire la production agricole qui doit en premier lieu être nourricière, être durable, faire vivre nos territoires ruraux, etc., qui finalement est réduite à son seul poids sur la balance commerciale. Et c'est tous les débats que nous avons eus pendant la loi d'orientation agricole d'ailleurs, qui était de dire à quoi sert notre agriculture et qu'est-ce que la souveraineté alimentaire.

Pour nous, c'est une agriculture nourricière, durable, qui permet aux Français de s'alimenter sainement. C'est une agriculture qui rémunère les agriculteurs. Pour le gouvernement, c'était tout le débat, c'était une agriculture permettant d'être excédentaire sur la balance commerciale.

C'est une vision totalement différente du monde. Et donc, on a un certain nombre d'agriculteurs et l'ensemble des organisations syndicales qui disent : "Attention, mettre l'agriculture française au même niveau, et d'ailleurs sud-américaine, les impacts vont être les mêmes des deux côtés de l'Atlantique, au même niveau que la production de voitures", c'est problématique. On ne peut pas considérer la production agricole et l'agriculture au même niveau que des productions industrielles, parce que l'agriculture, elle est absolument essentielle, elle est vivrière, nourricière sur nos territoires, et donc on ne peut pas se permettre ces accords-là.

La deuxième chose, c'est quand même les impacts également environnementaux, aujourd'hui la production de soja notamment pour alimenter le bétail européen pose des problèmes immenses en matière de déforestation. Je crois que c'est l'ensemble de la péninsule ibérique qui a été déforestée. -Honnêtement la déforestation il va y avoir un protocole sur la déforestation... -Et qui n'est pas appliqué et qui est pour l'instant retardé au niveau européen. -Le Mercosur ne pourra pas être signé si cet accord sur la déforestation n'est pas signé. -Le problème, c'est que, cet accord sur la déforestation, il est retardé, justement, pour pouvoir garantir la signature du Mercosur.

Donc, on a un problème. C'est à la fois en termes de concurrence déloyale pour nos agriculteurs. Alors, vous pouvez dire que ce n'est pas beaucoup, mais c'est toujours un peu plus de concurrence. -Oui, mais grâce au Mercosur, votre maman pourra vendre plus facilement du vin. -Oui, mais est-ce que faire le toujours plus loin, toujours plus vite, moins cher, est-ce que c'est ça un horizon durable pour notre agriculture ?

Alors même que tout nous dit, tous les rapports scientifiques, tous les rapports également des instituts qui travaillent sur l'agriculture aujourd'hui nous disent de développer les circuits courts, garantir la souveraineté, donc l'autonomie alimentaire de nos territoires. -Notre agriculture, elle fonctionne aussi parce qu'il y a de l'export. Agnès Pannier-Runacher le disait, le libre-échange, ça peut avoir du bon.

Qu'est-ce que vous répondez ? -Le libre-échange existe déjà avec l'ensemble des pays d'Amérique latine. Là, ce qui est posé sur la table avec ce Mercosur, ce n'est pas l'ouverture du libre-échange.

Bien évidemment qu'on échange déjà avec l'Amérique latine, tout comme avec la Nouvelle-Zélande. L'an dernier, à la même époque, à l'automne dernier, était signé l'accord Union européenne Nouvelle-Zélande. Et on nous disait : "Oh là là", parce que nous on s'y opposait bien évidemment, c'était plutôt sur la viande bovine que ça posait des sujets, on s'y opposait et on nous disait : "Oh là là, vous refusez le commerce avec la Nouvelle-Zélande et c'est un scandale." L'Union Européenne est déjà le troisième partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande.

Mais on veut juste accroître, toujours intensifier les échanges avec un pays qui est exactement de l'autre côté de la planète, à l'heure de l'urgence climatique, à l'heure où il faut poser la question de l'autonomie alimentaire, de la résilience de nos territoires face à des chocs climatiques, des chocs géopolitiques, etc., qui vont s'accélérer. Et on est dans cette période de crise permanente. -Mais pour vous, ça ne va pas dans le bon sens. -Ce qu'il faut assurer, c'est la souveraineté alimentaire et donc la possibilité d'être résilient en matière à la fois de production et de consommation alimentaire. -Une toute dernière question sur ce sujet.

On sait que le 15 novembre, il y a des manifestations, il y a un appel à un nouveau mouvement des agriculteurs. Vous en serez ? Est-ce que vous accompagnerez dans la Drôme les agriculteurs de votre circonscription ? -Je ne sais pas si c'est mon rôle que d'être chef de file des mobilisations agricoles.

Moi, je ne suis pas agricultrice, je suis fille de. C'est une cause que je défends énormément. Moi, j'avais, en janvier, février dernier, bien évidemment, j'avais été à la rencontre des agriculteurs.

Et par ailleurs, je tiens à le dire, mais...

Ce qui est important, ce n'est pas d'y être quand il y a des mobilisations, c'est d'y être tout le temps et de garder ce sujet en tête. On a vu M. Attal sur une botte de paille lors des dernières mobilisations pour, franchement, à regarder ce qu'il en a été fait ces six derniers mois.

Et là, je vise l'ancienne majorité présidentielle, mais c'est pareil pour la Droite Républicaine, c'est pareil pour le RN. Plus personne ne votait les 100 % de viande française dans les cantines scolaires. Il n'y avait personne pour voter les prix rémunérateurs pour les agriculteurs.

Il n'y avait plus personne pour toutes ces mesures-là. Donc, je crois que ce qui est important, c'est d'être là de manière générale, bien évidemment d'être attentif à ce qui va se dire, ce qui va se passer lors de ces mobilisations. Mais moi, la mobilisation...

Nous, on alerte là-dessus depuis déjà plusieurs mois. -Oui ? -Juste une question, c'est oui ou non.

La petite musique de Bruxelles nous laisse entendre que c'est déjà plié, le Mercosur va être signé. Oui ou non ? C'est plié ou pas ? -Mais ce n'est pas plié si la France dit non.

Et la France doit dire non. -Elle ne pèsera peut-être pas lourd. -Mais c'est un vote à l'unanimité.

Donc la France peut bloquer l'accord Union Européenne-Mercosur. Et toute personne qui dirait le contraire est un menteur. -Très bien.

Après les grands marchés mondiaux, je vous propose de zoomer sur votre belle région. Je vous emmène dans votre circonscription de la Drôme où, malheureusement, de plus en plus de brebis souffrent de la fièvre catarrhale. Un véritable cauchemar pour les éleveurs.

Et avec eux, on met Les pieds dans le plat. Jingle -Alors Valérie, on l'appelle aussi la maladie de la langue bleue. Cette fièvre catarrhale fait des ravages dans les troupeaux de moutons et de brebis.

La maladie est provoquée par un virus transmis par certaines espèces de moucherons piqueurs. Il existe bien des vaccins, mais pas toujours disponibles ni vraiment efficaces. Les éleveurs semblent donc bien démunis devant la progression du virus, comme ont pu le constater dans la Drôme Dario Borgogno et Pierre Beretta. -Toutes les muqueuses qui sont attaquées.

Ce que je craignais qui commence, ça commence. -Début d'une nouvelle vague de fièvre catarrhale ovine pour le troupeau de cet agriculteur. Chaque matin, depuis cet été, il trouve régulièrement sur ses bêtes des symptômes de cette maladie transmise par des moucherons.

Sur son cheptel de 500 brebis, presque 100 en sont mortes. -On en a eu une toutes les semaines, tous les deux jours, tous les trois jours. C'est assez calme.

Et là, cet été, on a eu des pics qui étaient...

Ouais, on était à quatre, cinq par jour. On a du mal à aller voir le troupeau le matin. -Pourtant, il a suivi le protocole sanitaire à la lettre.

Deux doses avec le vaccin qu'on lui a proposé, insuffisant. -Ca a peut-être couvert un petit peu, ça a peut-être limité par rapport au reste, mais ça meurt quand même. Au printemps, la question va être obligée de se reposer.

Il va falloir revacciner parce qu'on ne peut pas repasser un été pareil. Mais avec quel vaccin ? Moi, je ne veux pas revacciner avec le vaccin que j'ai eu parce que j'ai eu trop de pertes derrière.

Ce n'est pas possible en fait. -Si Arnaud se pose cette question, c'est qu'il existe dans la Drôme deux variants de la maladie, le sérotype 8 et le 3. Alors dans l'idéal, il faudrait vacciner deux fois. -Pour les 500 bêtes, j'en ai eu pour 2 500 euros de vaccins.

Donc s'il faut que je vaccine pour le 8 et pour le 3, j'en ai pour 5 000 euros de vaccins. 5 000 euros avec moins parce que j'ai moins de bêtes maintenant. Mais avec moins de bêtes, avec un revenu qui va se casser la figure.

Parce qu'il va me manquer, dans l'immédiat, il me manque 200 agneaux pour janvier. -Un peu plus haut en altitude, le troupeau d'Elisabeth Moreau n'a pas eu les mêmes difficultés malgré 30 béliers malades sur 83. -Lui, il a été malade de la FCO au mi-août.

Donc là, il est en train de se remettre. -Peu de bêtes sont mortes dans son cheptel. Deux explications possibles, l'utilisation d'un autre vaccin ou l'environnement. -Il y a certainement le côté altitude qui joue puisqu'on a des collègues qui sont dans le Royan qui, eux, à mille mètres d'altitude, leur troupeau a été malade et ils ont un troupeau qui est au même niveau que le nôtre à 1 600 mètres d'altitude où ils ont eu quelques cas dessus.

Et nous, sur 800 bêtes qu'on avait sur les hauts plateaux, on en a eu 5 de malades et 3 qui sont mortes de la FCO. -L'arrivée du froid devrait freiner l'épidémie avec une disparition temporaire du moucheron. -Là, il fait 22 degrés.

Tant qu'il ne fait pas moins de 15 degrés, on peut choper d'autres FCO. -Fin octobre, plus de 6 500 foyers de la fièvre étaient recensés en France. -Alors, Marie Pochon, j'ai entendu il y a quelques jours, un éleveur de votre région dire : "C'est un scandale, les vaccins existent, mais sont au compte-gouttes.

Cette plateforme avec les vétérinaires les éleveurs, fonctionne dans votre département ? Ces éleveurs sont-ils assez approvisionnés en vaccins ? -La question sur la FCO, c'est pas tant...

Alors, il y a une question de vaccins, clairement, mais il y a eu une question de manque d'anticipation, notamment pour le variant qui a beaucoup touché la Drôme, l'Isère, l'Ardèche, pui, s'est déplacé dans tout le sud-est de la France, qui était le variant 8. -Vous avez le 3? -Oui, on avait des vaccins pour le 3, globalement, en tout cas ils ont été commandés, ils ont été mis à disposition, etc., et gratuitement.

Et par ailleurs, même l'ensemble des annonces qui ont été faites par la nouvelle ministre de l'Agriculture ont été faites sur le 3. Les 75 millions d'euros d'aides de crise, etc., sont faites sur un seul variant.

Et donc, nous, ce qu'on dit dans le Sud-Est et ce sur quoi on alerte, c'est effectivement de pouvoir mettre en place ces mesures de crise et d'accompagnement pour l'ensemble des variants et également pour le variant 8. -Vous voulez dire qu'il n'y a pas assez de recherche ? On sait faire le vaccin pour le variant 8? -On sait faire.

Des alertes ont été faites ce printemps en disant peut-être qu'il va y avoir une flambé du variant 8, faites attention, etc. Et donc c'est ce sur quoi les services de l'Etat rebondissent en disant : "Vous avez été alerté, vous n'avez pas vacciné, tant pis pour vous." Globalement, ça a été beaucoup le discours qui a été ténu à un certain nombre d'éleveurs. -On a rejeté la faute sur les éleveurs ? -Dont certains qui sont là dans le reportage, mais ça a été le sentiment, ce qui a été vécu, c'est celui de : "Vous n'avez qu'à vacciner, on avait prévenu".

Moi, j'ai fait le tour de pas mal d'élevages, etc., et c'est sur quoi j'ai alerté les services de la préfecture, c'est de dire qu'en vérité, on a des éleveurs qui sont écrasés en termes de trésorerie. Et donc, c'est super compliqué au moment où on leur dit : "Là, il y a peut-être un risque de flambé de l'épidémie", de vacciner, quand on n'est pas à 100 % sûr.

Le FCO 8, on le connaît, il est déjà passé par chez nous. Il avait fait très peu de dégâts par le passé. Et donc, effectivement, on a un certain nombre d'éleveurs qui, au vu de leur trésorerie qui est assez exsangue, ont fait le choix de ne pas vacciner, parce qu'il faut avancer cet argent-là sans être en capacité d'être remboursé, en tout cas pour le moment.

Et puis, par ailleurs, l'alerte n'était pas forcément aussi claire. Elle n'a pas été donnée par les services de l'Etat. Elle a été donnée par le GDS, le Groupement de Défense Sanitaire, c'est-à-dire par la filière, eux-mêmes.

Et ça n'a pas forcément été compris comme une alerte. Et donc, on s'est retrouvés au mois d'août sans gouvernement, tout simplement. Plus personne pour répondre dans les administrations car c'était l'été, tout le monde était en vacances, avec des éleveurs qui voyaient chaque matin cinq, six bêtes malades, etc.

On est arrivé à 30, 40 %, 50 % parfois de pertes sur certains cheptels. Sachant que là, on ne parle que de pertes immédiates. On ne parle pas des pertes à long terme dues au manque de fertilité, dues à toutes ces questions-là.

On en a pour deux, trois ans à payer ce qui s'est passé. -Donc l'incurie de l'Etat pour vous ? -Pas que, il y a eu une incurie également. -En vous écoutant, un peu. -Je pense qu'il y a eu aussi une incurie de la filière, on n'a pas été préparé, et les professionnels ont aussi leur responsabilité là-dedans.

L'Etat aussi qui n'a pas totalement anticipé les crises sanitaires, et elles vont se multiplier dans un climat qui change également, et ça peut paraître un peu tarabiscoté de se dire : "Mais où est la question climatique là-dedans ?" On l'entend, s'il fait chaud, les moucherons, ils sont là. -La mouche se reproduit plus, à des températures plus hautes.

Et en fait, ces virus-là, ils risquent de s'accentuer dans les années à venir et leurs impacts, d'être de plus en plus forts. Donc, il faut des plans vaccinaux. Il faut des politiques sanitaires qui se suivent sur le temps long.

Pourquoi je parle d'incurie de l'Etat ? C'est parce que, moi, en entendant tous ces éleveurs, je pensais à la politique sanitaire pour les humains. Et je me disais que si on avait un Covid demain qui revenait, il est encore présent, bien évidemment, si une nouvelle pandémie de cette nature apparaissait, je ne suis pas sûre qu'on soit plus prêts qu'il y a cinq ans, bien malheureusement.

Et on a du mal à penser structurellement la politique de prévention en matière sanitaire, que ce soit pour les humains, que ce soit pour les animaux. Là, le vrai sujet, c'est qu'on est en train de perdre tout un pan d'un élevage extensif ovin qui fait vivre nos territoires. Moi, c'est de ça dont je suis inquiète.

Les gens qui sont les plus armés, c'est-à-dire les plus gros, vont s'en sortir globalement. Et en fait, on a plein de petits élevages qui vont devoir fermer. dans les mois et années à venir. -On sent la détresse dans le reportage. -Et au-delà de cette détresse actuelle, moi, beaucoup m'alertaient en me disant : "Là, aujourd'hui, on nous regarde", parce qu'au mois de septembre, au mois d'août, etc., on a fait des grandes rencontres, on a fait venir des gens dans la Drôme, on a tout organisé autour de ça, mais qu'est-ce qui va se passer cet hiver ?

On aura 50 % de notre troupeau en moins, on sera tout seul dans notre ferme, et là, le risque d'isolement, de suicide, de mal-être, il est absolument immense, et derrière, il faut...

Il y a tout un travail à faire sur le temps long pour pouvoir accompagner les éleveurs, refaire des investissements. C'est une question financière. J'ai déposé des amendements et je les ai défendus pour la FCO.

Mais il faut penser le temps long et penser les années qui viennent. -On les salue et on salue leur courage. On ne termine jamais un repas sans une note sucrée.

Et c'est maintenant avec Le péché mignon, Jean-Pierre, c'est ça ? -Oui. Jingle Alors, Marie Pochon, ne prenez pas l'expression au pied de la lettre, mais on a un dessert à la noix.

Oui, une tarte aux pommes avec des noix de Grenoble. C'est votre dessert d'enfance, j'imagine. Mais c'est très chauvin, ce menu.

Drôme, Drôme, Drôme. -Oui, après, j'avais un peu compris que c'était le concept de l'émission. Il rient -Mettre en avant... -Vous avez respecté la consigne. -Effectivement, les tartes aux pommes font partie des desserts qu'on mangeait à la maison.

Et voilà, c'est simple à faire. -Vous la faites vous-même ? -Moi, je... -Vous faisiez ? -Oui, à l'époque.

Quand je pouvais encore cuisiner. Je faisais souvent des tartes aux pommes. -Même la pâte ? -Oui. -Je ne connais pas bien.

Pâte feuilletée, pâte sablée ? -C'est du sablé, normalement. -C'est comme ça qu'il faut la faire ?

Avec de la pâte sablée ? Goûtez. Allez-y ! -Sablée ou brisée. -Ou brisée ? -Après, une pâte feuilletée aux pommes.

Vous savez, les tartes fines aux pommes, elles sont souvent faites à la pâte feuilletée. Toutes les pâtes vont. Il y en a qui sont plus faciles à faire.

La brisée, c'est la plus simple. La sablée, plus compliquée, elle peut partir en sable. Puis la feuilletée, c'est très compliqué si on n'est pas pâtissier. -Et alors, les noix, c'est typique de chez vous aussi ? -Alors, plutôt dans le nord du département et en Isère.

Effectivement, dès qu'on remonte dans le Royan, notamment, on a pas mal de noyés. La noix, c'est peut-être le seul secteur, en tout cas dans la Drôme, qui a passé une bonne année, économiquement et climatiquement. Donc voilà, et puis c'est super.

C'est très bon. -Et pour accompagner cette magnifique tarte, vous avez choisi un morceau de Neil Young qu'on écoute maintenant. Musique ...

Alors, c'est une chanson de Neil Young, on le disait. Pourquoi ce choix ? -Moi, Neil Young, ça a été un des...

On avait une machine à Vinyle à la maison pour écouter les vinyles de mon père, quand il était jeune, lui, j'imagine. Et c'est comme ça que j'ai découvert de la grande musique, c'est-à-dire celle qui sortait pas de la radio classique. Et Neil Young, moi j'en suis tombée amoureuse effectivement en testant tous les vinyles qui traînaient dans le salon et voilà, via les vinyles de mon papa. -Un artiste très engagé. -Ca, je l'ai découvert bien plus tard.

Moi j'écoutais sa musique, j'adorais, c'était Led Zeppelin, c'était tout ce que je trouvais dans ce bric-à-brac que mon père avait de sa jeunesse. -Mais disons que c'est cohérent avec vos combats d'aujourd'hui. -Plus tard, j'ai découvert que c'était aussi, c'était une autre de ses qualités, c'était effectivement quelqu'un qui était très engagé non seulement sur la question écologique et à des moments où ce n'était pas un sujet pour beaucoup... -Pas à la mode.

Même si on ne peut pas dire qu'aujourd'hui ce soit un grand sujet pour grand monde, mais bon. Mais les gens sont globalement au courant qu'il y a un problème. Lui, il l'a fait dans les années 70, dans les années 80, au moment où naissait l'écologie politique, par ailleurs, dans un pays comme le nôtre.

Et il était aussi très engagé sur les questions agricoles. -Sur la ruralité. -Et c'est tout l'enjeu du lien absolument immense.

Il n'y a pas d'agriculture sans écologie, il n'y a pas d'écologie sans une centralité absolue de la question agricole. Moi, c'est pour ça que je me bagarre sur ces questions-là, au-delà de là où je viens. Je pense qu'on ne peut pas parler d'écologie si on ne fait pas de la question agricole et alimentaire un socle au coeur de tout ça.

Et il avait lancé une fondation effectivement qui s'appelait Farm Aid et qui, à l'époque venait en aide aux paysans américains qui étaient endettés. La question de l'endettement et la question de la dépendance dans laquelle on place un certain nombre d'agriculteurs est absolument immense. C'est un sujet chez nous aussi.

Je crois que dans les années 80, l'endettement des agriculteurs français était en moyenne de 50 000 euros. Aujourd'hui, elle est de 230 000 euros. Et en fait, on coince. les agriculteurs dans tout un système qui fait qu'ils ne peuvent pas s'en dépêtrer, ce qui crée un grand sentiment d'impuissance qui, je crois, dit beaucoup, est en grande partie le moteur de ce qu'on entend en termes de mobilisation. -Et oui, et oui.

Et en tout cas, une mobilisation que Neil Young avait peut-être compris bien avant tout le monde. Merci infiniment, Marie Pochon d'avoir partagé ce repas. Merci, Jean-Pierre.

Et puis on remercie évidemment le restaurant Le Bourbon qui nous a préparé tous ces plats merveilleux. On se retrouve très vite pour un nouveau numéro de Politiques à table. A très vite.

Musique

Marie Pochon, députée Écologiste de la Drôme | Politiques, à table ! - 01/11/2024 — Marie Pochon · Pourquijevote