Loi Duplomb : les études sur l'acétamipride "s'accumulent" et montrent des "toxicités chroniques très importantes"
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- 0:01OuverteÉludée
La loi Duplomb est-elle une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire ?
- 0:12OuverteÉludée
Les partisans de ce texte dénoncent les mensonges des opposants. Qu'en pensez-vous ?
- 1:13FerméeRéponse partielle
Un mot pour commencer : acétamipride. En un mot, y a-t-il une vérité scientifique irréfutable sur ce produit ?
- 2:06RelanceRéponse partielle
Le ministre de l'Agriculture a dit que ce produit n'était pas jugé dangereux par les scientifiques européens. Est-ce vrai ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Pierre-Michel Perrineau, qu'est-ce que vous pensez du travail mené par l'EFSA ?
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Très concrètement, on parle de quoi ? Dangers pour le fœtus, perturbation endocrinienne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:30InvitéFait
« Effectivement, il y a de nombreuses études qui commencent à s'accumuler, puisque c'est un produit relativement récent. »
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« Malheureusement, ce que l'on voit, c'est qu'à mesure que ces études s'accumulent, les effets de l'acétamipride s'avèrent importants. »
- 1:58InvitéFait
« En réalité, il l'est, il l'est encore plus pour d'autres organismes, d'autres pollinisateurs. »
- 3:11InvitéFait
« L'EFSA écrit depuis 2013 que les troubles du neurodéveloppement, c'est l'un des aspects qui nous inquiètent le plus. »
- 3:29InvitéFait
« Il y en a une seule dans le dossier. Elle l'écrit en 2013. Elle préconise d'en réaliser de supplémentaires. »
- 3:37InvitéFait
« Elle renouvelle sa demande en 2018. Elle la renouvelle en 2024. »
- 3:47InvitéFait
« Ils n'ont eu aucune exigence vis-à-vis d'un industriel. Donc, tout se passe toujours comme si le doute profitait aux industriels et aux produits. »
- 3:59InvitéFait
« L'EFSA écrit, le boulot n'a pas été fait finalement. Et en même temps, elle autorise la commercialisation du produit. »
- 5:03InvitéFait
« Ces effets ont été très mal évalués par l'industriel. Il y a une seule étude, je me répète. »
- 5:25InvitéFait
« On sait, par exemple, que l'acétamitrite traverse la barrière placentaire. Il peut donc contaminer le fœtus. »
- 5:31InvitéFait
« On sait et on a retrouvé de l'acétamitrite dans le liquide céphalorachidien des enfants. »
- 7:04InvitéFait
« Il y a quand même des dizaines de travaux qui montrent que l'acétamipride est toxique, qu'elle peut avoir des toxicités chroniques très importantes sur des insectes pollinisateurs. »
- 7:43InvitéFait
« On le retrouve, par exemple, jusque dans l'eau de pluie, ce qui a été démontré récemment au Japon. »
- 9:50InvitéFait
« Ce que l'on voit de plus en plus dans tous nos cabinets médicaux, c'est une augmentation des maladies chroniques. »
- 10:01InvitéChiffre
« La France a le triste record mondial des cancers du sein. »
- 10:15InvitéFait
« Toutes ces pathologies ont été mises en lien, et il faut le rappeler, par l'Inserm, avec l'exposition aux pesticides. »
- 11:43InvitéFait
« Ce que montre l'Inserm en cinq points, c'est qu'un certain nombre de liens ont été mis en évidence dans une expertise en 2013, ils ont tous été confirmés en 2021. »
- 12:42InvitéChiffre
« Moins d'un et demi pour cent des femmes enceintes sont indemnes de pesticides pendant leur grossesse. »
- 18:44InvitéFait
« Dans la communauté scientifique, il y a un consensus qui est parfaitement clair. »
- 20:08InvitéChiffre
« Il y a 22 sociétés savantes qui sont sur la même ligne. »
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La loi Duplon est-elle une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire, comme l'affirme la pétition qui bat tous les records sur le site de l'Assemblée nationale ? Les partisans de ce texte définitivement adoptés il y a deux semaines au Parlement dénoncent les mensonges des opposants et réclament un peu de rationalité dans le débat public. Alors on va prendre 20 minutes ce matin pour tenter de comprendre ce que dit la science avec un chercheur et un médecin, le chercheur en studio avec nous, Philippe Grancola, bonjour. Bonjour.
Vous êtes écologue, c'est-à-dire que vous étudiez l'impact des activités humaines sur notre environnement, directeur adjoint scientifique national de l'Institut Écologie et Environnement du CNRS, auteur de biodiversité dans la collection Fake or Not des éditions TANA. Et en ligne avec nous, Pierre-Michel Perrineau, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes médecin généraliste à Limoges et président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides. J'imagine que vous qui nous écoutez, vous en avez des questions aussi, beaucoup. Alors posez-les-nous, appelez-nous au 01 45 24 7000 et écrivez-nous sur l'application de Radio France. Un mot pour commencer, on va en parler beaucoup, acétamipride. C'est cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes qui focalise l'essentiel des protestations, puisque la loi le réautorise, il était interdit, le réautorise sous condition en France. En un mot, y a-t-il, oui ou non, une vérité scientifique irréfutable sur ce produit ?
Philippe Grocola. Effectivement, il y a de nombreuses études qui commencent à s'accumuler, puisque c'est un produit relativement récent. Il faut le temps que les laboratoires dans le monde entier mettent en place des protocoles pour étudier l'effet de ce type de substance. Malheureusement, ce que l'on voit, c'est qu'à mesure que ces études s'accumulent, les effets de l'acétamipride s'avèrent importants, même si on a entendu, bien sûr, de la part des supporters de la loi Duplon et du sénateur Duplon lui-même, au début, l'idée que ce pesticide, finalement, ne serait pas très nocif pour les abeilles domestiques.
En réalité, il l'est, il l'est encore plus pour d'autres organismes, d'autres pollinisateurs.
On va parler de ces effets sur les abeilles, sur les humains aussi, mais au cours des débats à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, a dit que ce produit n'était pas jugé dangereux pour l'environnement et la santé humaine par les scientifiques européens. Et c'est vrai qu'on est tenté de se dire, s'il reste autorisé dans l'ensemble des pays de l'Union Européenne, à part la France, c'est qu'il n'est pas dangereux.
Alors effectivement, il y a une grosse incompréhension sur la différence entre la connaissance scientifique, ce qui est apporté par des publications, avec des études qui ont été faites dans des laboratoires, avec des protocoles, des validations par les pairs qui évaluent ces manuscrits, qui sont ensuite publiés, et puis le cadre réglementaire, celui d'agences comme l'EFSA au niveau européen ou l'ANSES au niveau français, qui sont finalement cadrés par des règles qui les empêchent de prendre de temps en temps des principes de précaution suffisants, parce que la connaissance scientifique, pour le moment, n'est pas encore assez importante.
Vous parlez de l'EFSA, c'est l'Agence Européenne de Sécurité des Aliments. Pierre-Michel Perrineau, qu'est-ce que vous pensez du travail qui a été mené par l'EFSA ? Est-ce que c'est un travail sérieux, tout simplement, qui a conduit à l'autorisation de ce produit ?
Alors, on touche à un des paradoxes de l'évaluation européenne des pesticides sur le plan santé humaine. L'EFSA écrit depuis 2013 que les troubles du neurodéveloppement, c'est l'un des aspects qui nous inquiètent le plus. Les études portant sur les troubles du neurodéveloppement sont laconiques. Il y en a une seule dans le dossier. Elle l'écrit en 2013. Elle préconise d'en réaliser de supplémentaires. Elle renouvelle sa demande en 2018. Elle la renouvelle en 2024. auprès des États qui votent les rapports de l'EFSA. Et que font les États ? Rien. Ils n'ont eu aucune exigence vis-à-vis d'un industriel. Donc, tout se passe toujours comme si le doute profitait aux industriels et aux produits.
L'EFSA écrit, le boulot n'a pas été fait finalement. Et en même temps, elle autorise la commercialisation du produit. Donc, on est sur un paradoxe où les agriculteurs peuvent dire mais puisque le produit est autorisé, c'est qu'il est sans danger. Or, il faut aller regarder tout ce que dit l'EFSA.
L'EFSA qui dit donc, il n'y a pas de certitude, mais il y a des doutes sur la toxicité pour les humains. Très concrètement, on parle de quoi ? Ça parle des dangers pour le fœtus, notamment, au niveau du développement du fœtus. Je lis aussi qu'il y a des risques de perturbation endocrinienne. Est-ce que vous pouvez nous expliquer très concrètement ce que ça veut dire ?
C'est ça. Il y a des troubles sur le... Quand on parle du développement neurologique, on parle de ce qui va se passer pendant la vie intra-utérine en termes de développement, on pourrait dire presque anatomique, du système neurologique. Donc, c'est quand même quelque chose de très important et c'est une clause d'exclusion du marché. C'est-à-dire que si de tels effets sont mis en évidence, un produit ne peut pas arriver sur le marché. Donc, ces effets ont été très mal évalués par l'industriel. Il y a une seule étude, je me répète. Par contre, la littérature scientifique s'est complétée.
Elle s'est complétée avec des données mécanistiques, c'est-à-dire sur des cellules, sur des organismes vivants, comme des souris ou des rats, et malheureusement, j'allais dire, sur des données épidémiologiques. C'est-à-dire qu'on sait, par exemple, que l'acétamitrite traverse la barrière placentaire. Il peut donc contaminer le fœtus. On sait et on a retrouvé de l'acétamitrite dans le liquide céphalorachidien des enfants. Donc, on sait qu'un produit neurotoxique, de façon évidente, va se retrouver en contact avec le cerveau des enfants.
Sur cette étude, elle est contestée par certains qui disent, notamment, on ne peut pas savoir d'où viennent ces traces d'acétamitrite qui ont été retrouvées. Est-ce que ça vient des pesticides ou de produits ménagers qu'on a de manière très courante dans nos placards, encore aussi, aujourd'hui, dans beaucoup de maisons françaises ?
Alors, c'est un très mauvais argument, finalement, parce que ça revient à dire qu'on pourrait, finalement, utiliser de l'acétamitrite en plein champ parce que ce produit toxique est utilisé dans des biocides, par exemple, dans des colliers antipus pour les chats ou les chiens, en habitat domestique. Alors, en réalité, le vrai scandale, c'est qu'un tel produit avec de telles présomptions d'influence négative sur les humains et sur les enfants, y compris in utero, puisse être utilisé à l'intérieur d'un habitat domestique, même en dose très faible.
Donc, il faudrait l'interdire, y compris dans ces produits ? Tout à fait. Mais c'est vrai que, moi, je ne suis pas scientifique, évidemment, comme la plupart de ceux qui nous écoutent, je lis ce qui se dit, qu'il n'y a pas d'études irréfutables, puisqu'on en est effectivement au début des études sur ce produit, donc on en parlait, que les niveaux autorisés d'acétamipride dans les cultures et dans l'alimentation ont été baissés de manière assez importante. Finalement, je peux me dire, est-ce que le doute ne peut pas bénéficier,
en l'occurrence, aux agriculteurs ? Alors, le problème, en fait, c'est précisément que le doute, en l'occurrence, n'est pas raisonnable. En l'occurrence, il y a quand même des dizaines de travaux qui montrent que l'acétamipride est toxique, qu'elle peut avoir des toxicités chroniques très importantes sur des insectes pollinisateurs. Donc, ce qui va profiter, par exemple, à la betterave à sucre, va nuire à des cultures qui ont besoin d'être pollinisées, qui sont dans le champ d'à côté, comme le colza, sans pollinisation, 30% de production en moins. Et puis, d'autre part, on a aussi ce problème de compréhension de ce que c'est que le voyage d'une molécule dans un environnement naturel.
Là, cet amipride est très soluble dans l'eau et reste dizaine de jours dans le milieu naturel après avoir été administré dans un champ et on le retrouve, par exemple, jusque dans l'eau de pluie, ce qui a été démontré récemment au Japon. Donc, c'est un produit qui a le potentiel d'exposition très important pour l'ensemble de la biodiversité,
humain y compris. Mais je lis aussi, je précise que vous êtes entomologiste également, Philippe Grancollat, spécialiste des insectes, je lis aussi que ce produit reste moins longtemps dans les sols que d'autres et qu'il serait mille, voire trois mille fois moins dangereux que d'autres néonicotinoïdes, donc ces pesticides dits tueurs d'abeilles. Qu'est-ce que dit ça ? Alors,
il y a effectivement une bataille de chiffres qui est assez mal conduite, finalement, parce qu'elle ne relève pas de la synthèse scientifique, mais un peu des invectives de la part des partisans de la loi Duplon. En réalité, ce produit est effectivement un peu moins toxique que d'autres néonicotinoïdes, mais au plan chronique, on a montré qu'il était extrêmement toxique, par exemple, sur d'autres insectes que les abeilles domestiques. Il faut se rappeler qu'en France, on a plus de 4000 espèces de pollinisateurs qui sont absolument indispensables. Il n'y a pas que l'abeille domestique, même si elle est importante, évidemment.
Et ces autres pollinisateurs, les travaux qui existent, ont montré qu'ils étaient extrêmement sensibles à l'acétamiprit. Et la 1000 à 3000 fois moins dangereuse, ce sont des chiffres crédibles ? Il est effectivement en toxicité aiguë. Au labo, si vous mettez des abeilles avec une dose massive d'acétamipride, on montre une toxicité plus faible, mais dans le milieu naturel, sur l'ensemble de la biodiversité, ce chiffre ne tient pas. Donc, en fait, il faut se méfier de la manière dont on présente ces études.
Encore une fois, il faut distinguer, en plus, ce qui est de l'ordre de la toxicité aiguë, c'est-à-dire, finalement, combien on a besoin de produits pour tuer brutalement un insecte ou un autre organisme vivant, puisqu'il relève, finalement, de l'empoisonnement à petit feu sur un certain nombre de jours ou d'années pour, bien sûr, des humains ou des mammifères.
Pierre-Michel Perrineau, je reviens aux humains, justement. On sait qu'il y a une forte présomption de lien entre l'exposition aux néonicotinoïdes et de nombreux cancers, mais aussi des maladies dégénératives ou des maladies chroniques. Est-ce que vous, dans votre cabinet de généraliste à Limoges, vous voyez de plus en plus de patients qui arrivent avec ce type de maladies ?
Ce que l'on voit de plus en plus dans tous nos cabinets médicaux, c'est une augmentation des maladies chroniques, c'est-à-dire les cancers qui touchent, en France, par exemple, de plus en plus de personnes jeunes en dessous de 50 ans. La France a le triste record mondial des cancers du sein. On voit de plus en plus de maladies métaboliques, on voit de plus en plus de troubles neurodégénératifs. Et toutes ces pathologies ont été mises en lien, et il faut le rappeler, par l'Inserm, avec l'exposition aux pesticides. Ça ne signifie pas que les pesticides sont les seules causes de ces maladies. Ça veut dire que les pesticides font partie de l'exposome.
Depuis une douzaine d'années, les chercheurs ont imposé ce concept qui, en plus du génome, vient expliquer, et pendant du génome, finalement, pour expliquer la survenue d'un certain nombre de maladies chroniques. C'est-à-dire l'ensemble des expositions auxquelles les pesticides contribuent tout le long de notre vie. Et donc, moi, je voulais insister, au-delà du seul cas de l'acétamipride, la loi ouvre la possibilité de dérogation, je cite, si les alternatives disponibles à l'utilisation de produits phytosanitaires sont inexistantes ou manifestement insuffisantes.
Donc, elle ouvre la possibilité, finalement, d'utiliser, en cas d'impasse économique, des produits dont on aura montré qu'ils sont dangereux sur le plan de la biodiversité ou de la santé humaine. Or, il faut se souvenir quand même qu'on a, sur le plan de la santé humaine, des données de l'Inserm qui ont été confirmées en 2021 et qui montrent, si vous me permettez, un certain nombre de liens entre l'exposition aux pesticides et des maladies. se sont...
Pardon ? Allez-y, allez-y, finissez. Je voulais vous poser la question justement sur les alternatives pour les agriculteurs, mais je vous laisse finir votre propos.
Oui, il faudra y revenir en effet sur ce mot-là. Ce que montre l'Inserm en cinq points, c'est qu'un certain nombre de liens ont été mis en évidence dans une expertise en 2013, ils ont tous été confirmés en 2021, ce sont la maladie de Parkinson, des cancers du sang, des cancers de la prostate avec des niveaux de preuves forts, mais également des leucémies, des troubles de la fertilité, des troubles cognitifs avec des niveaux de preuves un peu plus faibles. Plusieurs pathologies ont vu en plus leur niveau de preuves augmenter, les troubles cognitifs qui sont passés de moyens à fort, les troubles anxio-déprétifs, les tumeurs cérébrales, etc.
Et les effets mis en évidence sur les enfants lors d'exposition professionnelle de la maman ont été également confirmés. Leucémie, tumeur cérébrale, malformation congénitale. Mais la liste des maladies s'est malheureusement allongée avec huit nouvelles, je vous passe le détail. Et en population générale, pour des enfants lors d'une exposition pendant la grossesse, je vous signale que nous sommes tous exposés, tous, plus de 90% de la population à des traces de pesticides dans ces urines. Moins d'un et demi pour cent des femmes enceintes sont indemnes de pesticides pendant leur grossesse.
Donc, chez ces enfants, on voit des effets à type de leucémie, tumeur cérébrale lors d'exposition domestique auxquels s'ajoutent des troubles du neurodéveloppement leur donnent simples usages domestiques ou liés à la proximité aux activités agricoles. Voilà, en gros, le panorama de tout ce que l'on sait et c'est cette boîte de Pandore qu'on voudrait ouvrir.
Et je comprends bien que vous dites l'un et l'autre, même si on n'a pas d'études définitives sur l'acétamipride, même s'il est considéré potentiellement comme moins dangereux que d'autres néonicotinoïdes, il faut continuer à l'interdire par principe de précaution. Mais vous utilisiez le mot Pierre-Michel Perrineau d'alternative. Philippe Grancola, qu'est-ce que vous dites aux agriculteurs qui cultivent la betterave, la noisette et qui disent qu'on n'a pas d'autres produits pour tuer les insectes, les pucerons,
notamment qui ravagent nos cultures ? Tout à fait, la filière de la betterave depuis 20 ans, depuis les premières interdictions de néonicotinoïdes avec la loi sur la reconquête pour la biodiversité était avertie du fait qu'il devait y avoir une transition. Il faut se rappeler que l'ANSES a été chargé par le gouvernement d'avoir justement une étude sur les alternatives. Ces études ont encore été republiées en 2018-2021. Les alternatives existent. Donc en fait, on n'est pas devant... Suffisamment efficace pour... Suffisamment efficace, bien entendu.
Il faut se rappeler aussi que le problème de la betterave à sucre, c'est que c'est une culture finalement qui est utilisée pour produire du sucre dans la nourriture transformée ou des agrocarburants. Ce n'est pas une culture vivrière indispensable. On doit se poser la question finalement, même si c'est une question assez cruelle pour des PME agricoles. Est-ce qu'on a besoin de prendre des risques pour la santé humaine et pour la biodiversité pour cultiver quelque chose qui n'est pas vivrier, qui n'est pas indispensable ?
Question au Standard de France Inter de Véronique. Bonjour Véronique, on vous écoute. Bonjour. C'était manifesté et j'avais deux questions. Est-ce que tous les signataires de cette pétition, moi qui me tentais, sont vertueux ? Parce que moi, j'ai acheté il y a trois jours des noisettes et quand je regardais d'où elles venaient, elles venaient d'Italie. Et ça me désole aussi de laisser nos producteurs en difficulté. Et du coup, j'insisterai, moi vraiment, je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas plus de pression sur une harmonisation européenne. Voilà, parce que je trouve que sinon, il y a une injustice.
Vous posez la question Véronique et merci beaucoup pour cette question, la question de la concurrence effectivement, parce que c'est l'argument principal des plus gros syndicats agricoles, notamment FNSEA en tête, qui disent qu'il y a une distorsion de concurrence énorme avec tous les autres pays de l'Union Européenne encore une fois qui continuent d'autoriser ce produit, mais aussi les Etats-Unis, l'Australie, pour ne citer que le Canada. Voilà, qu'est-ce que vous dites ?
Alors bien sûr, effectivement, c'est le gros problème de la loi Duplon, c'est-à-dire qu'au lieu de s'attaquer à cette distorsion de concurrence, et au revenu des agriculteurs, parce que là, on parle de la noisette 7000 hectares et de la betterave à sucre 400 000 hectares, 23 000 exploitations, grosso modo, sur 400 000 PME agricoles. Donc on parle d'une toute petite partie de la communauté, en réalité, on ne parle pas de la distorsion de concurrence dans plein d'autres filières qui sont beaucoup plus vivrières et beaucoup plus utiles.
Donc on a déjà un problème, c'est-à-dire qu'au lieu de s'attaquer à la distorsion, finalement, on réautorise une substance pour faire moins bien, pour faire comme d'autres pays. Ça ne résout rien, et puis il faut se rappeler que la noisette, on peut l'acheter bio et produite en France. Ce n'est pas du tout impossible. Il faut se rappeler qu'aujourd'hui, la production de noisettes telle qu'on veut la relancer en France, c'est tout simplement pour fournir un produit industriel de mauvaise qualité à une marque que je ne citerai pas et qui produit des pâtes à tartiner et qui voudrait envoyer le marché asiatique. Donc on est loin, finalement, d'une culture vivrière de subsistance, de qualité.
Acheter la noisette bio française, ça existe.
Autre question sur un autre argument mis en avant par les agriculteurs. Question de Julien sur l'application de Radio France. Beaucoup de défenseurs de la loi assurent que le produit utilisé, donc l'acétamipride, ne concernera que très peu de récoltes. Si je reprends le chiffre, c'est 1,7% des surfaces agricoles en France au maximum. Pierre-Michel Perrineau, on peut se dire que ce n'est pas si grave que ça ?
La loi ouvre, au-delà du seul cas de l'acétamipride, la loi ouvre la boîte de Pandore. Donc là, aujourd'hui, avec l'acétamipride, on ne va peut-être pas concerner des surfaces énormes, mais les impasses vont probablement se répéter dans le temps. Et donc, on va vouloir utiliser des substances chimiques qui sont réputées plus efficaces d'un point de vue simplement efficacité agronomique. Mais moi, je voudrais insister sur le fait qu'il existe déjà des alternatives, comme l'a bien précisé Philippe Roncola, avec l'agriculture biologique. on sait, mais ça, ça nécessite une transformation des systèmes.
C'est l'argument encore une fois de nombreux producteurs, pas seulement des syndicats agricoles. On ne peut pas, avec la seule agriculture bio, nourrir les Français.
Eh bien, à ce moment-là, on fait là aussi filles de connaissances scientifiques qui ont été élaborées depuis plusieurs années. Si, bien entendu, mais il faut une modification des systèmes. On peut le faire, bien entendu, ça a été montré par moult études scientifiques.
Philippe Roncola, sur cet argument des 1,7% des substances agricoles.
ça représente à peu près 23 000 parcelles d'une quinzaine d'hectares, donc dans 23 000 entreprises agricoles différentes, ça représente un périmètre de dizaines de milliers de kilomètres entre ces parcelles où l'acétamipride polluante pourrait être administrée et puis d'autres environnements où il y a des pollinisateurs, des humains, etc. Donc, c'est un petit pourcentage mais qui est explosé en des milliers de parcelles et qui va finalement contribuer à polluer, à contaminer une surface de territoire considérable.
Vous faites partie, Philippe Grancola, des très nombreux scientifiques à avoir été auditionnés à l'Assemblée nationale en amont des débats dans l'hémicycle autour de cette loi du plomb. Est-ce que la communauté scientifique s'est déchirée ? Je vous pose la question parce qu'on entend finalement les deux camps aujourd'hui s'accuser de fake news, de manipulation des faits, etc. C'est difficile d'y voir clair. Est-ce qu'il y a un consensus ou en tout cas une majorité claire qui se dégage dans la communauté scientifique ?
Dans la communauté scientifique, il y a un consensus qui est parfaitement clair. De ce point de vue-là, il n'y a pas de problème. Michel Perrineau a cité les évaluations collectives de l'Inserm. Il y en a eu d'autres, de l'INRAE, de l'IFROMER ou de l'IPBES au niveau mondial. Il n'y a pas de désaccord sur ces questions-là. Et en fait, ce à quoi on assiste aujourd'hui, c'est finalement une incompréhension de ce que c'est que la connaissance scientifique parce qu'on veut des certitudes absolues alors qu'en fait, la connaissance scientifique, c'est toujours la recherche du doute, essayer de douter de ce que l'on trouve pour essayer de mieux le confirmer.
Et au final, on voit qu'à force d'essayer de douter de l'acitamiprine, malheureusement, on finit par se rendre compte que cette substance et d'autres substances pesticides ont des inconvénients majeurs et qu'on devrait justifier l'utilisation d'un principe de précaution et dans le respect de pratiques agricoles viables et d'une autonomie vivrière. Il faut se rappeler encore une fois que la bétrave à sucre, ce n'est pas une culture vivrière et la production française est en grande partie exportée parce que le marché mondial du sucre souffre actuellement des aléas climatiques dans des pays producteurs de cannes.
Tout dernier mot, Pierre-Michel Perrineau, qu'est-ce que ça vous inspire quand vous entendez les partisans de cette loi dire que vous, d'autres opposants manipulent les faits ?
Alors, ce que je voudrais dire, c'est que si on manipule les faits, on est nombreux, c'est-à-dire qu'on était 1300 scientifiques et médecins interpellés et ministères de tutelle de l'ANSES au début mai. maintenant, il y a 22 sociétés savantes qui sont sur la même ligne, la ligue contre le cancer, etc. Donc, je ne pense pas qu'il y ait à ce niveau-là de manipulation des faits. On s'appuie sur des expertises collectives, Philippe Moncola vient de le rappeler, et on est simplement devant un phénomène dont les impacts sont difficiles à contrôler.
Finalement, ce qu'on voit bien qu'il y a une contamination généralisée de la population, on voit bien qu'il y a une contamination généralisée des milieux, des eaux, de l'air, des sols, et qu'il y a un effondrement de la biodiversité. C'est ça, le contexte. Et donc, là-dedans, il y a effectivement un certain nombre d'effets sanitaires qui nous préoccupent, mais il s'explique par ces effets qui sont un peu incontrôlables, oui, de l'usage massif des pesticides.
Merci à tous les deux. Je retiens en tout cas que vous dites principe de précaution, ne reproduisons pas les mêmes erreurs que par le passé quand des produits ont été autorisés avant qu'on se rende compte bien des années après de leurs effets dévastateurs, mais travaillons aussi sur un autre modèle pour l'agriculture. Voilà, je crois. Tout à fait. Résumé en deux phrases ce que vous nous avez dit qui était autrement plus complexe et en tout cas, c'était passionnant de vous avoir tous les deux Pierre-Michel Perrineau, président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides et Philippe Grancola, directeur de recherche au CNRS.
Je rappelle le titre de ce livre, Biodiversité, c'est dans la collection Fake or Not aux éditions Tana.