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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 14 janvier 2026 11 min

Macron : récit d'une fin de règne

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Quitoque, la box à cuisiner ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Alors que la France n'a toujours pas de budget, que l'humeur du pays est assez sombre en ce début d'année, le président, omniprésent sur la scène internationale, est installé dans le tréfonds des sondages. Avec nous, N.Domenach, chroniqueur politique et éditorialiste à "Challenges" et à LCI.

Vous signez avec M.Szafran "Néron à l'Elysée: comment il a tout gâché". Néron, c'est E.Macron, un homme "exceptionnel qui s'est exceptionnellement planté".

C'est le début du livre. On va revenir sur le livre avec quelques photos. On commence par ces 2 images.

A gauche, la une de "The Economist" en juin 2017, l'époque où E.Macron était vu comme le sauveur de l'Europe. Cet article du 8 janvier 2026 est beaucoup plus sévère. "Le président français est un canard boiteux chez lui dont l'approche hautaine a précipité le pays dans l'ornière." C'est très sévère. - N.Domenach: Avec M.Szafran, on a marché sur l'eau, sur l'européenne...

On y a cru. On a cru qu'on allait vibrer. Dans les meetings, ça rassemblait des foules qui, d'un coup, reprenaient espoir dans une France et une Europe fortes.

Il était même prophétique. A un moment, il parlait de la souveraineté européenne. Ca se fait à plusieurs, l'Europe.

Il n'a pas su faire, comme il n'a pas su faire sur le terrain intérieur. Ca a participé de notre dépit et de notre colère. - C.Roux: Votre colère qui est montée.

Pourquoi Néron? "Pourquoi tant de haine". On nous a ri au nez, à l'Elysée. "Il a été réélu, donc elle est où, la haine?" On s'est rendu compte qu'il fallait un électrochoc.

J'aurais été pour Caligula, mais... - C.Roux: Pourquoi la figure de Néron? - N.Domenach: La référence, et les gens tiltent là-dessus, c'est qu'il a brûlé Rome en récitant des poésies.

Ca fait penser à des discours d'E.Macron, qui a cramé la caisse et l'idée même d'une présidence rassembleuse, optimiste. Il est où, l'optimisme? - C.Roux: Vous revenez sur la fausse campagne pour la réélection, la dissolution ratée, qui est un point de bascule, sur un président qui s'est enfermé dans un exercice du pouvoir autoritaire.

Vous vous êtes essayé à la psychanalyse. Vous avez voulu essayer de comprendre pourquoi il avait tout planté. - N.Domenach: Quand on a vu, comme vous, des centaines de personnes qui ne comprenaient pas comment E.Macron, le plus intelligent des intelligents, avait pu faire des sottises et les multiplier...

Il y a 2022, et ensuite, il y a toute une série de choix complètement absurdes. C'est un feu d'artifice! La dissolution, c'est fou.

Je m'en souviendrai toujours. On s'est dit que, si personne ne pouvait donner d'explications rationnelles, il fallait aller les chercher ailleurs, dans une faille sismique personnelle. Quelque chose qui a fait qu'il n'a pas compris ce qui se passait avec les Français. - C.Roux: Vous avez compris où est sa faille?

Vous interrogez F.Hollande, qui s'improvise psychanalyste, et aussi A.Minc, qui a été déçu lui aussi. - N.Domenach: J'ai compris qu'il avait des manques terribles.

Et ensuite, que la réélection, ça lui était monté à la tête. Déjà, il avait gagné contre tout le monde une 1re fois, et la 2de fois, il est réélu de manière splendide. Ses failles, c'était aussi qu'il n'a pas l'expérience politique.

C'est pas quelque chose en l'air, l'expérience politique. C'est quelque chose que vous avez ou pas. Vous avez appris à connaître la France par la plante des pieds et des mains.

Vous avez serré des mains, fait des réunions...

Lui, il s'est cru infaillible. - C.Roux: Vous racontez ce qui se passe à l'Elysée.

L'homme aux 5 bureaux, qui est un bourreau de travail...

Il passe son temps à travailler. Vous racontez que la présidence l'a progressivement dévoré. La solitude du pouvoir...

Vous en avez vu, des chefs d'Etat...

Ils terminent tous seuls. Lui, pas plus ou moins que les autres. - N.Domenach: C'est terrible, mais c'est encore plus fort avec E.Macron.

Il a tué tous les contre-feux ou les contrefous, les corps intermédiaires. J'ai un souvenir d'une interview qu'on a faite avec "Challenges". On avait les conseillers dans notre dos.

Il y avait A.Kohler et les plus importants. Lui avait tous les dossiers sur la table.

Pendant 2 heures 30, il n'en a pas consulté un seul. On sentait que tout le monde hochait la tête derrière. C'était comme à l'arrière des voitures... - C.Roux: Oui, les petits chiens... - N.Domenach: Ca me faisait mal au coeur. - C.Roux: Si je vous montre une photo de M.Audiard, ça vous parle. - N.Domenach: J'adore Audiard, mais dans ce cas précis, c'est le boys band de l'Elysée.

Ils fonctionnent autour de références masculines. - C.Roux: "Un gentleman, c'est celui qui est capable de décrire S.Loren sans faire de gestes." - N.Domenach: La façon qu'il a eue de maltraiter E.Borne...

On pense qu'elle a le charisme d'un oursin. Elle est compétente et on n'a cessé de l'humilier jusqu'à la fin. On lui a dit qu'elle pouvait faire ministre de la Défense sous G.Attal. - C.Roux: Il y a quelque chose que vous racontez bien dans ce livre, sur la façon dont il choisit ses Premiers ministres.

C'est quand il rencontre L.Berger. Il a vraiment voulu en faire son Premier ministre.

L.Berger est stupéfait qu'il lui propose réellement, alors que leurs relations sont épouvantables et qu'il a piétiné les syndicats dès son arrivée à l'Elysée. - N.Domenach: Imaginez un peu la scène.

L.Berger a été maltraité par E.Macron et tous les macronistes, qui se sont entendus pour dire pis que pendre.

Comment le représentant du premier syndicat de France, la CFDT, a été maltraité par E.Macron, par E.Philippe et par d'autres...

A chaque fois qu'il y avait une crise...

Que lui dit E.Macron? "Venez être Premier ministre." Il lui dit: "D'accord, mais les réformes des retraites, il faut qu'on bouge." "Non, on change rien." Quelque temps plus tard, il suspendra la réforme des retraites.

Comment il peut proposer à L.Berger de venir sans lui donner les moyens de gouverner? - C.Roux: Autre image: la marche contre l'antisémitisme.

On entre dans le dur, dans les convictions qui structurent ou pas E.Macron. Vous écrivez comment, à force de conjectures, à force de vouloir ménager et écouter, il n'y va pas.

Vous dites que c'est une faute. - N.Domenach: Une faute tragique pour la France.

C'était après le 7-Octobre. Pour les Français juifs, qui...

Il dit sa prière pour la République à chaque office. Là, ils se sont sentis abandonnés par la République. E.Macron, contrairement à F.Mitterrand, qui s'était rendu à une manifestation à la fin...

Là, à force de se demander si ça va gêner les banlieues...

Il devait les prendre dans ses bras, les Juifs, et les autres, d'ailleurs. - C.Roux: Ca raconte l'absence de convictions.

Vous citez cette phrase. Vous racontez aussi cela concernant sa position vis-à-vis du RN. Est-ce que c'est ça, le constat de ce livre? - N.Domenach: Le "en même temps", ça marche pas.

Il faut quelque chose de fort, de tranchant, et emmener tout le monde vers un but commun. Il a fait du slalom. - C.Roux: Il n'a pas de convictions? - N.Domenach: C'est pas un être structuré.

Il n'a pas une colonne vertébrale très forte. Il a des scolioses! - C.Roux: A la fin du livre, vous dites qu'il y a 2 évolutions qui ont rendu le personnage insupportable aux Français: le retournement de ses convictions politiques et son absence de générosité et de fraternité.

Il n'a pas su dire aux Français qu'il les aimait? - N.Domenach: Je ne doute pas qu'il ait pu les aimer, mais quand il parle des Français de rien, il ne sait pas de qui il parle et à qui il parle.

C'est le plus terrible. Quand il nous dit qu'il est d'une famille de gauche, on n'entend pas seulement une adhésion politique qui était la sienne mais aussi une adhésion fraternelle, sociale. Plus ça avançait, plus il a oublié.

Il s'est encore plus isolé. - C.Roux: Qu'est-ce que vous lui diriez s'il était en face de vous? - N.Domenach: "Quel gâchis!

Il vous reste un an." Son engagement vient de la volonté de ne pas mettre le RN au pouvoir. Là, le RN est aux portes.

Que peut-il faire pour empêcher ça? - C.Roux: Merci, N.Domenach.

Votre livre est aux éditions Albin Michel. C'est passionnant. Encore un livre sur E.Macron...

Il est différent, celui-là.