Législatives, coalition... L'interview en intégralité d'Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:06OuverteRéponse directe
Toujours ministre de la Justice, garde des Sceaux, pas encore démissionnaire, mais ça va peut-être venir.
- 0:12OuverteRéponse directe
Je voudrais commencer avec l'une des déclarations du jour, c'est celle du président du Sénat, deuxième personnage de l'État.
- 1:20RelanceRéponse directe
Pourquoi sage et raisonnable ? Il égratigne aussi le président de la République, la majorité, en reconnaissant que l'échec consacré par ces élections législatives, ça vous le redonnez aussi ?
- 3:24RelanceRéponse directe
Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'anomalie démocratique à continuer de dire « non, non, ils ne sont pas légitimes pour gouverner ? »
- 4:59FerméeRéponse partielle
Donc pour vous, le nouveau Front populaire est illégitime aujourd'hui à revendiquer Matignon ?
- 5:39RelanceRéponse partielle
Dans l'entre-deux-tours en 2022, Eric Dupond-Moretti, certains ont voté pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. J'entends. Certains électeurs de gauche, je ne suis pas certain qu'entre la loi immigration, la nomination de Rachida Dati au gouvernement, l'assurance chômage, ils aient été tout à fait servis par le gouvernement pendant deux ans. M. Duhamel ? Cet argument des conséquences du Front républicain du barrage, je ne suis pas sûr que pour vous, il soit forcément le meilleur.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:09Invité politiqueFait
« J'ai regardé cette interview et j'ai trouvé que le président Larcher était un homme sage et raisonnable, et que sa voix est une voix importante dans cet énorme tumulte qui nous est imposé. »
- 1:55Invité politiqueFait
« Tous les mardis pendant deux ans, tous les mardis, au QAG, les fameuses QAG, j'ai entendu des gens nous dire que nous n'avions strictement aucune légitimité… »
- 2:16Invité politiqueFait
« Question au gouvernement, les QA. »
- 2:32Invité politiqueFait
« Personne n'a gagné. »
- 3:37Invité politiqueChiffre
« 30 motions de censure ont été votées par cette gauche, qui dit aujourd'hui on a gagné alors que nous avions davantage de députés, et qu'ils disaient alors que nous n'avions pas la majorité absolue. »
- 3:44Invité politiqueFait
« Ils ont même voté des motions de censure avec le Rassemblement national. »
- 3:57Invité politiqueChiffre
« La législature d'après 2022, il y a plus de textes qui ont été votés que dans la précédente législature. »
- 10:09Invité politiqueChiffre
« Moi, il y a dix textes que j'ai portées qui ne venaient pas de chez nous, qui étaient des propositions de loi, socialistes, LR. »
- 21:44Invité politiqueFait
« J'ai gagné sur mon nom et sur mon étiquette. »
- 23:49Invité politiqueChiffre
« Ce n'est pas 4 ou 5 brebis galeuses. C'est plus de 50 brebis galeuses. »
Temps de parole
- Invité politique66 %
- Présentateur29 %
- Invité2 %
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Bonsoir Éric Dupond-Moretti.
Bonsoir Benjamin Luhamel.
Merci beaucoup d'être avec nous ce soir sur BFM TV. Toujours ministre de la Justice, garde des Sceaux, pas encore démissionnaire, mais ça va peut-être venir. On en parlera dans un instant. Je voudrais commencer avec l'une des déclarations du jour, c'est celle du président du Sénat, deuxième personnage de l'État. C'était ce matin au micro d'Apolline de Malherme.
J'ai plaidé pour que nous prenions du temps, que nous enjambions, je suis très clair, par la période importante où nous accueillons le monde aux Jeux olympiques et aux Jeux paralympiques, et qu'ensuite, au début du mois de septembre, soit engagée la phase qui est la conséquence de ces élections, qui d'ailleurs doit se traduire avant la fin du mois de septembre par un acte essentiel, le dépôt d'un projet de loi de finances. C'est ça le rendez-vous majeur qui sera issu de cette séquence électorale législative.
Vous allez devoir faire des heures supplémentaires ?
Je n'en sais rien, mais j'ai regardé cette interview et j'ai trouvé que le président Larcher était un homme sage et raisonnable, et que sa voix est une voix importante dans cet énorme tumulte qui nous est imposé.
– Pourquoi sage et raisonnable ? Il égratigne aussi le président de la République, la majorité, en reconnaissant que l'échec consacré par ces élections législatives, ça vous le redonnez aussi ? Ça fait aussi partie de la sagesse du président Larcher ?
– Non mais vous savez qu'il est dans l'opposition, le président Larcher. – Ça ne l'a pas échappé. – Bon, et il ne va pas d'un seul coup être la géographe du président de la République. Mais pour autant, qu'est-ce qu'il dit ? Il dit que personne n'a gagné. Je veux dire, moi je suis abasourdi par ce que j'entends. Tous les mardis pendant deux ans, tous les mardis, au QAG, les fameuses QAG, j'ai entendu des gens nous dire que nous n'avions strictement aucune légitimité… – Question au gouvernement, les QA. – Question au gouvernement, oui. Parce que nous n'avions pas de majorité absolue.
Et les mêmes, mais les mêmes, je peux citer les noms, mais tout le monde les connaît, nous racontent aujourd'hui qu'ils ont gagné dans une espèce d'exercice de culturisme politique. On a gagné, alors il ne suffit pas de dire qu'on a gagné, même en utilisant des verres de Jean Ferrat, c'est ce qu'a fait M. Mélenchon. Personne n'a gagné. Attendez, nous n'avons pas gagné, ils n'ont pas gagné, et l'autre bloc n'a pas gagné non plus.
– Mais Éric Dupond-Moretti, c'est intéressant, vous soulignez effectivement une forme de deux poids deux mesures sur le fait qu'aujourd'hui, le nouveau Front populaire étant le premier bloc, qu'il revendique de gouverner, là où il vous appelait minorité présidentielle, c'était ce qu'on entendait précisément lors de ces questions au gouvernement. Mais quand il vous disait cela, vous leur répondiez aussi que vous étiez les plus nombreux. De fait, ils sont les plus nombreux, certes avec moins de députés que vous en aviez pendant deux ans, mais quand on regarde bloc par bloc, le nouveau Front populaire est la première force politique.
Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'anomalie démocratique à continuer de dire « non, non, ils ne sont pas légitimes pour gouverner ? »
– Alors, allez jusqu'au bout de cette question. C'est vous qui faites les questions, moi je fais les réponses. – Qu'est-ce que là, oui. – Mais rappelez-vous que 30 motions de censure ont été votées par cette gauche, qui dit aujourd'hui on a gagné alors que nous avions davantage de députés, et qu'ils disaient alors que nous n'avions pas la majorité absolue. Ils ont même voté des motions de censure avec le Rassemblement national. Et puis la différence, c'est que nous, nous avons avancé sur beaucoup de textes, beaucoup de textes, la législature d'après 2022, il y a plus de textes qui ont été votés que dans la précédente législature.
Et je vous donnerai tout à l'heure un certain nombre d'exemples précis. Alors, laissez-moi poursuivre le raisonnement. Ce qui me choque par ailleurs, c'est pas qu'il n'est pas la mémoire des mots qu'ils ont prononcés de façon récurrente, c'est que dimanche soir, qu'est-ce qu'ils disent les uns et les autres ? Ils disent, nous savons, je sais, nous savons, que nous n'avons pas été élus seulement sur notre personne, pas seulement sur notre étiquette, mais nous avons été élus parce que d'autres, des adversaires politiques, ont voté pour nous. Il y a des socialistes qui savent et qui ont dit. Dimanche soir, on a été élus parce que des gens de renaissance, des LR ont voté pour nous.
Des LR, pareil, nous avons été élus parce que des socialistes, des communistes, des Verts, des renaissances ont voté pour nous. C'était le barrage qui avait été mis en place contre le R.
Donc pour vous, le nouveau Front populaire est illégitime aujourd'hui à revendiquer Matignon ? Non, mais pour que les choses soient claires.
Laissez-moi aller jusqu'au bout du raisonnement. Donc dimanche soir, dans la presse régionale, qu'on appelle la PQR, tout le monde sort en disant, on sait tout ça, on regarde tout ça avec beaucoup d'humilité, et on va se souvenir des conditions dans lesquelles nous avons été élus. Mais ça, ça veut dire quoi, M. Duhamel ? Ça veut dire qu'un LR qui va voter socialiste, il le fait en se pinçant le nez, mais il le fait. Un électeur communiste qui va voter LR, il le fait en se pinçant le nez. C'est vrai pour tout le monde. Pour tout le monde.
Dans l'entre-deux-tours en 2022, Eric Dupond-Moretti, certains ont voté pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. J'entends. Certains électeurs de gauche, je ne suis pas certain qu'entre la loi immigration, la nomination de Rachida Dati au gouvernement, l'assurance chômage, ils aient été tout à fait servis par le gouvernement pendant deux ans. M. Duhamel ? Cet argument des conséquences du Front républicain du barrage, je ne suis pas sûr que pour vous, il soit forcément le meilleur.
Mais je ne l'ai pas exposé encore. C'est ce que vous disiez. Vous critiquez un argument que je n'ai pas encore eu le temps d'exposer. Vous êtes trop rapide. Vous voyez venir. Non, non, vous ne me voyez pas venir. Parce que les électeurs ont fait un effort. Moi, par exemple, dans ma circonscription, j'ai voté pour quelqu'un qui n'appartient pas au groupe auquel de cœur j'appartiens. Je l'ai fait pour faire barrage. Bon. Mais alors, les électeurs ont fait un effort. Ils ont fait des efforts. Et parfois surhumains. Et les élus seraient incapables de faire le même effort. Les élus, finalement, c'est je prends, j'ai pris, mais je ne donne rien. Éric Dupond-Moretti,
comment on s'en sort ? Hier, le président de la République fait cette lettre aux Français en appelant à ce large rassemblement. Les socialistes disent niettes. On reste au nouveau Front populaire avec notamment les insoumis. Les républicains disent pas question, pas de coalition. Vous avez entendu Gérard Lachet ce matin. Pacte législatif possible. Oui, pacte législatif, la possibilité de soutenir. Bref, cet appel du président, pour l'instant, il sonne dans le vide. Donc moi, je veux bien que vous expliquiez qu'il faut que les élus soient à la hauteur. Mais en l'État, il n'y a pas de solution pour gouverner et pour avoir une majorité absolue.
Non, mais là, on assiste, par exemple, à un choix du Premier ministre. À gauche, on nous dit vous aurez un nom vendredi. Mais ce n'est pas de ça dont on a besoin. On a besoin de savoir comment on peut travailler ensemble dans l'arc républicain, je le précise, et les filles. Ce sont des extrémistes, le RN également. Quel texte on peut préparer ensemble ? On n'a pas besoin de nom. On n'a pas besoin de guéguerre pour obtenir les postes. On a besoin de programmes sur lesquels on peut travailler ensemble. Je vous ai dit tout à l'heure que je vous donnerai des exemples. Je vais vous en donner. Et qui a envie de travailler
avec vous aujourd'hui, Éric Dupond-Morretti ? Vous entendez les déclarations des uns et des autres ?
Excusez-moi, de quoi il est question, là ? Il n'est pas question de personne, il n'est pas question de poste, il est question du pays. Parce que moi, je vois bien tout ce que vous voulez. Si vous pensez qu'il suffit d'avoir un nom vendredi donné par la gauche pour que ce nom soit celui du Premier ministre, vous voulez que je vous dise ? Dans quelques jours, il y a une motion de censure.
Et on va retourner sur les mêmes errements ? Donc c'est pour ça qu'un Premier ministre du Nouveau Front Populaire n'est pas nommé. C'est parce qu'au fond, il sera de toute façon renversé dans les jours à l'heure.
Mais la seule majorité absolue aujourd'hui, elle implique que les gens travaillent ensemble. Et ils ne le veulent pas. Non, non, attendez, ils ne le veulent pas pour le moment. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi ? On va les enfermer comme on le fait en conclave à Rome jusqu'à ce que sorte de la fumée blanche. Mais c'est l'intérêt du pays qui est en jeu. Donc après, chacun rendra des comptes aux électeurs. Et je le redis, les électeurs des gens de gauche qui ont été élus ou réélus, des gens de chez nous parce que nous avons perdu également des gens qui appartiennent au LR, eh bien, ce ne sont pas les électeurs de cœur. Ils ont fait un effort. Et je vais vous dire quelque chose.
Là, en ce moment, il y a deux jours, l'ancien procureur national antiterroriste qui est devenu conseiller à mes côtés, Jean-Prançois Ricard, m'a remis un rapport sur la façon dont nous devons avancer sur la question qui est une question essentielle du narcotrafic. Il y a eu les opérations Placnet, Placnet XXL, puis il faut toucher le haut du spectre. Parallèlement à ça, M. Duhamel, il y a une commission d'enquête sénatoriale dirigée par un LR, M. Blanc, sénateur, et le rapporteur s'appelle M. Durin, socialiste. Eh bien, ce rapport va nourrir ma réflexion. Ça veut dire qu'il y a quelqu'un qui appartient à la majorité présidentielle, votre serviteur, un socialiste, un LR.
Ce qui était la majorité présidentielle ? Non, je ne suis pas sûr qu'on puisse encore l'appeler comme ça.
Oui, j'entends bien, mais quand elle était relative, on l'appelait la majorité présidentielle et on rappelait tous les mardis qu'elle était relative. Mais voilà trois blocs, si j'ose dire, qui sont prêts à aller sur un texte qui est essentiel, essentiel pour nos compatriotes. On l'a fait sur ce texte, on l'a fait sur beaucoup de textes. Moi, il y a dix textes que j'ai portées qui ne venaient pas de chez nous, qui étaient des propositions de loi, socialistes, LR. Oui, mais alors,
Éric Dubon-Moretti, c'est intéressant ce que vous dites puisqu'au fond, vous prenez l'exemple d'un travail parlementaire qui pourrait rassembler, sinon un consensus, du moins une majorité. que vous vous en satisfaisiez ou non, le nouveau Front populaire est arrivé en tête. Parmi les revendications existentielles du nouveau Front populaire, il y a l'abrogation de la réforme des retraites. Est-ce que ça, vous imaginez une seconde, le camp présidentiel que vous représentez ? Ça peut passer, si, puisque le Rassemblement national également dit qu'il voterait cette abrogation de la réforme des retraites.
D'accord, il y a ce texte, il y a d'autres textes qui ne passeront jamais. On ne veut pas travailler avec LFI, vous le savez. Donc, soit on fait avancer le pays et on trouve cette majorité absolue et elle existe. Je vais vous dire, M. Duamette, c'est pas compliqué, il suffit de le vouloir et les députés le doivent aux électeurs. Il n'y a pas de mandat impératif, c'est vrai, mais quand on sait comment ils ont été élus, le respect des électeurs et d'ailleurs, et d'ailleurs, c'est ce que veulent les Français. Il y a des sondages qui commencent à sortir et les Français souhaitent qu'on puisse travailler ensemble.
Mais la question, ce n'est pas une question de poste, ce n'est pas un nom, c'est sur quel texte on est prêt à travailler ensemble. Il y a des textes sur lesquels, évidemment, ça ne passera pas. Celui que vous venez de citer en est un exemple et il y a des textes qui doivent passer. Vous entendez ? Parce que l'intérêt du pays, c'est mieux que ses choix, que ses noms. Et d'ailleurs, et d'ailleurs, on nous reproche, alors ça c'est quand même cocasse, de ne pas nommer un Premier ministre, il n'y a toujours pas un nom qui est sorti, ça veut dire qu'ils n'arrivent même pas à s'entendre là-dessus.
Oui, mais alors, pardon, mais ça c'est réversible, ça veut dire que si demain il nous annonçait par exemple que c'était Olivier Faure qui était désigné, vous seriez, vous seriez, Emmanuel Macron pour autant ne le nommerait pas ?
Alors ça c'est réversible, mais changer de paradigme et se dire qu'on pourrait bosser ensemble sur des textes importants pour le pays, sur une durée d'ailleurs, qui peut être une durée de un an, ça, ça ne le serait pas. C'est quand même curieux.
Il y a eu des réactions, Adrien Clouet, député insoumis de Haute-Garonne, a parlé d'un coup d'État permanent concernant, à la suite de la lettre du Président de la République, Mathilde Panot, présidente du groupe à l'Assemblée, elle dit ne pas vouloir se faire voler les élections. Vous maltraitez les institutions quand on lit ces réactions des membres de la France insoumise ?
Pardonnez-moi, le Président de la République a permis aux Français d'aller aux urnes. J'indique d'ailleurs que de ce point de vue, la démocratie est gagnante puisque les Français sont allés massivement aux urnes. Vous faites...
Quand on voit la situation politique, je ne suis pas certain que les Français se disent que tout cela est d'une clarté absolument limpide. J'entends, mais ils sont allés voter, les Français.
Et ça, dans une grande démocratie comme la nôtre, excusez-moi de vous le rappeler, ça n'est pas rien. Alors ensuite, les formules définitives, tout ce que... D'accord. Toute la nuance de Mme Panot, on sait à quel point elle est en général et en particulier toujours extrêmement nuancée. Moi, je vous dis quelque chose de très, très simple. Très simple. Il y a moyen de travailler ensemble. On l'a déjà fait. Il en va. Il en va de la façon dont notre pays doit progresser. On a... Cette année, il faut que ce soit une année utile pour le pays. Et il y a beaucoup de textes qui nous attendent et qui n'attendent plus une assemblée avec une majorité absolue. absolue. Voilà.
Cette coalition, pacte législatif, peu importe, au fond, les mots qui vont être choisis.
C'est intéressant ce que vous dites parce que sur cette majorité absolue que vous appelez de vos voeux, dans la majorité aujourd'hui, dans du moins le camp présidentiel, moi aussi, il faut que je me déshabitue à dire majorité présidentielle.
Vous pouvez dire relative, vous pouvez dire ce que vous voulez.
Oui, ce n'est pas la première. Bref, ça c'est la sémantique. Vous avez d'un côté ceux qui, dans votre camp, Gérald Darmanin, Aurore Berger, disent qu'il faut regarder exclusivement du côté des Républicains. Et puis vous en avez d'autres qui disent, non, non, non, non, par exemple François Vérou, la recherche d'une coalition n'a de sens que si on tient les deux bouts, qu'on s'adresse aux deux bords. Vous, comment est-ce que vous vous situez par rapport à cette question-là au sein du camp présidentiel ?
Moi, j'appartiens à un gouvernement dans lequel il y a des personnalités qui ont des sensibilités différentes. Et on a travaillé.
Donc quand Gérald Darmanin
dit qu'il ne faut regarder que du côté des Républicains,
il se trompe.
Écoutez, j'ai travaillé avec Gérald Darmanin. Ça ne m'a pas échappé. Tout à fait la même sensibilité que lui. J'ai travaillé avec d'autres. Il y a, dans ce gouvernement, je le répète, des personnalités différentes. Elles sont parvenues à travailler ensemble. Mais pourquoi vous voulez que des députés responsables et qui savent dans quelles conditions où ils ont été élus ne réussissent pas à travailler ensemble ? De quoi on parle ? On parle de poste ? Oui. Non, mais vous faites « Ouais, ouais ». Non, mais pas du tout. C'est pas rien. On vous entend. Je constate simplement
qu'en l'État, ceux-là que vous appelez à être responsables font le choix de ne pas vouloir travailler avec vous pour l'instant et peut-être que les choses évolueront.
Vous avez fait référence tout à l'heure à l'interview du président Larcher. Qu'est-ce qu'il a dit, le président Larcher ? Il a dit « Moi, je ne veux pas d'un Premier ministre de gauche et je ferai tout pour m'y opposer et je ferai tout pour que le gouvernement soit censuré. » Est-ce qu'on va avancer comme ça ? On va avoir une motion de censure sur chaque texte ? Mais ce n'est pas ce que veulent les Français. Je suis désolé.
Un mot encore sur ce nouveau Front populaire. La CGT Cheminot appelle à des rassemblements devant les préfectures et à proximité de l'Assemblée nationale jeudi prochain, le 18 juillet, le syndiquet qui demande donc lui précisément la constitution d'un gouvernement autour du programme du nouveau Front populaire. Pas de très bonne augure pour les Jeux Olympiques si la situation continue comme ça. Comment est-ce que vous jugez cette pression qui est mise par la CGT Cheminot sur le président de la République ?
Il faut que chacun fasse ce pour quoi il est fait. Le syndicat pour faire du syndicalisme, pas de la politique. D'ailleurs, les syndicats disent souvent qu'ils sont apolitiques. Et là, c'est une belle occasion de le démontrer. Et puis, il faut que les politiques trouvent la solution. Pas plus compliqué que ça. Pas que ça passe aux yeux de nos compatriotes pour une espèce de chantage. C'est du chantage, là, ce qu'ils font ? C'est pas ce que je dis, là. Pour le moment, ce sont des mots qui ont été utilisés. Ce qu'ils vont aller jusqu'au bout, ce n'est pas quand on lit la Constitution. Et quand, par exemple,
vous avez lu Adrien Quatennens dire, qui fait ce tweet sur X, qui appelle à organiser une marche populaire vers Matignon.
C'est le Trumpisme de M. Quatennens. Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? Franchement, qu'ils se mettent dans une salle, tous, tous, M. Duhamel, nous et les autres, et que l'on sorte un programme de gouvernement et un programme législatif. Est-ce que l'on va se priver de textes importants parce qu'on n'arrive pas à trouver les noms et qu'il y a là une course maintenant au poste ? Voilà, les Français, ils vont regarder ça de près, voyez-vous. De près.
Et quand on lit la Constitution sur la question précédente que vous me posiez, ce n'est pas le syndicat qui nomme le Premier ministre, c'est le président de la République garant de nos institutions et qui doit, me semble-t-il, prendre le temps parce que tout ça ne va pas se faire à la va-vite.
Et donc, ça peut attendre, juste pour terminer sur Gérard Larcher, ça peut attendre septembre comme il semble le laisser entendre ?
Écoutez, on va accueillir le monde entier. Le président Larcher l'a redit ce matin. Moi, je ne suis pas le maître des horloges. Le président de la République choisira la temporalité qu'il estime être la bonne. Mais donc, ça ne vous gêne pas
de rester garde des Sceaux jusqu'au mois de septembre ?
Mais pas du tout. Non. Mais pas du tout. Moi, je vais vous dire quelque chose.
Il n'y a pas grand-chose à faire en ce moment.
Non, non, il y a beaucoup plus de choses à faire que vous ne l'imaginez. Et ne fût-ce que les affaires courantes que l'on va envisager, c'est un travail à temps plein, je puis vous le dire. Mais moi...
Parce qu'on lit des témoignages de ministres qui disent « On est là, on veut partir. » On entend Gabriel Attal qui dit « J'ai des fourmis dans les jambes pour aller au Parlement. » On a quand même l'impression que les ministres, là, ils ont un peu envie de prendre la poudre d'escampette.
Écoutez, M. Duhamel, chacun pense pour soi. Moi, je vais vous dire quelque chose. Si demain, je ne dois plus être garde des Sceaux parce que le gouvernement nouvellement constitué ne souhaite pas que je le sois encore. j'aurais, je l'ai dit ce matin à l'un de vos confrères, un petit pincement au cœur parce que j'aime ce ministère, parce qu'il y a du travail à faire, parce que j'aime les gens avec qui je travaille. Mais je partirai parce que l'intérêt du pays, c'est bien plus important que les États d'âme d'un ministre. Voilà.
J'aimerais vous faire écouter l'interview, la réaction d'un, on va dire, macroniste historique, Gilles Le Gendre. Il a été, lors de la première législature, président du groupe En Marche à l'Assemblée nationale. Il a été candidat à l'occasion de ces élections législatives. Il a perdu puisqu'il n'a pas eu l'investiture. Écoutez ce qu'il disait, c'était sur le plateau de Maxime Switek ce matin.
La Macronie est terminée. Le macronisme, c'est fini. Certains parmi les macronistes historiques disent « Je ne le comprends plus, Emmanuel Macron. Je ne comprends plus comment il raisonne, il a perdu la tête, je ne comprends plus comment il fonctionne. » Est-ce que vous dites la même chose ? La question doit être évidemment posée pour nous. Vous savez, il avait fait naître un rêve exceptionnel. On a tout abandonné pour le suivre. Et de voir comment, au bout de sept ans, le rêve se fracasse, c'est d'abord une immense tristesse. Une immense tristesse. Et ensuite, un examen de conscience. Comment avons-nous pu autant nous tromper ?
Implacable, comme constat sur les sept années de macronisme. Le macronisme, c'est fini.
Non, attendez pas. Implacable, ce n'est pas vrai. C'est certes un réquisitoire. Moi, je me méfie toujours des formules définitives. Vous, vous les adorez, les journalistes. Non. Écoutez, souvenez-vous, le RN devait amener Jordan Bardella à Matignon. C'était acquis pour tout le monde. Pour les phrases définitives, on va s'en méfier. Il exprime un certain nombre de choses. Il est libre de le faire. Moi, je ne partage pas son avis.
Le macronisme, ce n'est pas fini. Il ne faut pas tourner la page ?
Ça, c'est de la polémique pour la polémique. Non.
Bon, attendez. Mais écoutez,
entre ceux qui souhaiteraient que le président démissionne, parce que ce serait soi-disant la solution. Je vous rappelle d'ailleurs à ce propos que la période dans laquelle nous sommes peut s'achever dans un an. Pas avant, je le concède, mais peut s'achever dans un an. Et puis, ça ne changerait strictement rien. Et puis, pardon, mais le président de la République, il a été élu par les Français et son mandat se termine en 2017. continuez de dire
que la dissolution, c'était une super idée.
Écoutez, je vais vous dire, le président a dit clarification. Clarification, ça implique quoi ? Ça implique que, d'abord, quand on appelle les Français à aller voter, on ne peut pas en faire le reproche au président de la République. Mais dans quelle démocratie on peut reprocher au chef de l'État de demander au peuple la parole ? Premièrement. Deuxièmement, il y a un certain nombre de clarifications qui sont opérées. Côté RN, on a vu un certain nombre de choses qui avaient été soigneusement, méticuleusement cachées. Bon, voilà. Et puis, on a vu que les Français souhaitaient faire barrage et je le redis, il n'y en a pas un qui peut dire j'ai gagné sur mon nom et sur mon étiquette.
Donc, ça, c'est une forme de clarification. Et j'ajoute d'ailleurs que les Français, lorsque le président de la République a dans un premier temps parlé de la dissolution ils ont dit qu'ils y étaient favorables. Non, mais il faut avoir de la mémoire, M. Duhamel. Sondage
où effectivement il se disait favorable à la dissolution. Éric Dupont-Moretti, nos confrères de Libération ont révélé que des membres du camp présidentiel avaient dîné avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Édouard Philippe, l'ancien Premier ministre, lui-même a reconnu avoir dîné avec Marine Le Pen. Est-ce que vous aussi vous auriez pu dîner avec elle ?
Non. Vous savez, moi, la dernière relation que j'ai eue avec elle, le dernier échange, c'est à l'Assemblée nationale où je lui dis « Madame, avant de nous donner les leçons, débarrassez-vous de vos gudards, tout le monde sait qui sont les gudards, ce sont des gens ultra-violents, de l'extrême droite la plus dure, débarrassez-vous de vos amis néo-nazis, ne les cachez pas, il faut que vous vous en débarrassiez. » Et Mme Le Pen me promet une plainte que d'ailleurs, M. Duhamel, elle n'a jamais déposée. Mais c'est un problème politique. Et attendez.
Vous échangez avec le RN, effectivement, on les connaît, on les a amplement commentés sur le fait qu'un responsable de la majorité au responsable qui a vocation à être candidat à l'élection présidentielle en 2027 dîne avec Marine Le Pen. Qu'est-ce que cela dit ?
Moi, d'abord, je suis un homme libre et je suis respectueux de la liberté des autres. Moi, je vous dis que je n'aurais pas été partager un repas avec Mme Le Pen. En revanche, en revanche, il ne me déplairait pas de partager des moments avec certains de ses électeurs dont je pense qu'ils sont dupés par ce parti. Deux mots là-dessus. Vous m'y autorisez ?
Allez-y. Et ensuite, une dernière question. Là, je les entends
chouiner de partout. On a volé l'élection. D'abord, ils appelaient à la dissolution. Un peu de mémoire, là encore. Parce que les murs, ils ont des oreilles, mais ils ont de la mémoire. Deuxièmement, ah non, c'est 4 ou 5 brebis galeuses. Ce n'est pas 4 ou 5 brebis galeuses. C'est plus de 50 brebis galeuses. Ceux qui se sont exprimés avec des propos racistes, antisémites, homophobes, tout ce que vous voulez. Troisièmement, regardez, on dit, mais dès qu'on critique le Rennes, on dit, vous ne respectez pas les électeurs. C'est l'espèce de bouclier. M. Bardella, il avait dit quoi sur l'Ukraine ? Il avait dit, on soutiendra l'Ukraine. Il est avec qui, là ?
Trois jours après, avec Orban, qui est ruchophile. Voilà la réalité. Et qui est en déplacement. Ça, ce n'est pas respecté les électeurs. Voilà.
Deux questions encore, Éric Dupond-Moretti. La première, si je suis votre logique sur le Rassemblement national, est-ce qu'il faut, la semaine prochaine, les empêcher d'accéder à des postes à responsabilité à l'Assemblée nationale ? Ils ont été, lors de cette législature entre 2022 et 2024, ils ont eu des postes de vice-président de l'Assemblée nationale. Est-ce qu'il faut mettre un cordon sanitaire comme le demande la gauche ?
D'abord, ces élections sont des élections démocratiques. D'accord ? Moi,
je n'ai rien à dire là-dessus. Démocratiques, sauf qu'il y a d'un côté la gauche qui dit qu'il faut empêcher. En gros, ils sont suffisants. Si tout le monde se met d'accord, on peut empêcher les membres du Rassemblement national d'accéder à ces postes à responsabilité. Et d'autres disent, au contraire, précisément comme ils ont fait 140 députés, ils ont vocation à accéder à ce type de postes.
Pourquoi vous ne me laissez jamais finir mes propos ? Je veux être bien trop lent pour vous. Bon. Le barrage, il a eu lieu aux dernières élections. C'est les Français qui ont fait que M. Bardella, qui s'y voyait déjà, n'est pas à Matignon. Bien. Il y aura un certain nombre de discussions et les députés voteront. De la même façon, d'ailleurs, ils voteront pour l'élection du président, de la présidente de l'Assemblée nationale. Est-ce qu'un vice-président RN de l'Assemblée, ça vous choque ? Moi, à titre personnel ?
Moi ? Plutôt, oui. Donc, ça, c'est une réponse claire. Il faudrait plutôt faire en sorte qu'il n'accepte pas à ses responsabilités. Mais elle n'engage que moi. Mais, c'est clair, et c'est vous, ce soir, que j'interroge sur ce plateau. Une dernière question, Éric Dupond-Moretti. Il y a quelques semaines, c'était sur ce plateau, je vous demandais si vous aviez mis votre robe d'avocat au pressing. Même question. Qu'est-ce que que je vous avais répondu ? Pas encore. Eh bien, pas encore. Qu'est-ce que vous allez faire après ? Puisque vous disiez si d'aventure, je dois quitter la place Vendôme, ce sera avec un pincement au cœur.
Il faut dire que la perspective se rapproche plus que quand je vous posais la question il y a quelques semaines puisqu'il n'y avait pas encore cette dissolution. C'est quoi la suite pour Éric Dupond-Moretti ? C'est redevenir avocat ? C'est monter sur les planches ? Je rappelle que vous aviez effectivement été au théâtre. Est-ce que c'est être président du Conseil constitutionnel comme on l'a lu dans les colonnes de l'opinion ?
C'était quoi la suite pour vous ? Ce n'est pas moi qui me suis exprimé dans les colonnes de l'opinion. Je pense que vous avez pu le constater à la lecture forcément attentive de cet article. Bien. Je n'ai rien à dire de plus. Je ne sais pas. Je ne me projette pas dans la perspective de l'après.
Je vous dis simplement que ma place de ministre, même si j'y suis attaché, même si j'aime les gens avec qui je travaille, même si on a un certain nombre de textes importants pour la sécurité de nos compatriotes, même s'il y a tout ça, si je devais partir, monsieur, pardon, je ne vais pas vous dire d'un côté, ils sont incapables de nous sortir un programme législatif parce qu'ils veulent des postes et ils veulent être premier ministre, ministre, etc. Moi, je ne suis pas dans cela. Donc si je dois partir, j'aurai oui un pincement au cœur, je partirai et alors ensuite, vous m'inviterez et je vous dirai ce que je fais. Mais vous avez une petite idée quand même.
– Oui, mais elle ne vous regarde pas forcément. – Non, mais voilà. – Voilà. – Écoutez, j'ai ma part d'intime. – Vous regardez un secret. – Ce n'est pas un secret, monsieur Duhamel, mais pardon, je ne suis pas suffisamment intime avec vous pour vous dire les choses que j'envisage. mais j'envisage aussi de rester ministre. Et si ça ne doit plus être le cas pour le pays, j'accepterai cela parce que, au fond, je vous l'ai dit, les États d'âme, on en a tous, mais le pays, c'est quand même beaucoup plus important. Et je ne peux pas adresser ce message-là aux nouveaux élus sans faire en sorte que je ne me l'applique pas moi-même. Voilà.
– Merci beaucoup, Éric Lippon-Moretti, d'avoir été l'invité de On patientera. Ce n'est pas notre principale qualité, mais On patientera. – Ça, c'est vrai.