Éric Zemmour : délit d’opinions contre liberté d’expression - C à vous - 01/12/2021
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Patrick, vous faites un peu d'histoire ce soir. C'est toujours utile. En revenant sur un passage de l'interview d'Éric Zemmour hier soir au 20h de TF1.
- 0:11OuverteRéponse directe
Oui, quand Gilles Boulot lui a demandé s'il pouvait devenir président après avoir été condamné par deux fois pour des propos racistes.
- 2:09OuverteRéponse directe
Il n'y avait pas de loi antiraciste avant 1972 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« J'ai été condamné sur le fondement de ma liberté d'opinion. J'ai été condamné sur le fondement d'une loi que j'estime liberticide et que je proposerais d'ailleurs d'abolir. »
- 1:46InvitéFait
« « Trop de juifs. Halte à la négrification. La France aux Français. Graffiti vengeur barbouillé sur les murs qui vise les 3 500 000 étrangers qui vivent en France. », »
- 2:04PrésentateurChiffre
« Au moins 70 Algériens victimes de crimes racistes entre 71 et 77. »
- 2:21PrésentateurFait
« La loi Marchando est venue punir les diffamations visant les personnes en raison de leur origine, de leur race ou de leur religion et qui ont pour but d'exciter à la haine. »
- 2:44PrésentateurFait
« C'est l'un des grands changements de la loi de 72 qui donne la faculté aux organisations antiracistes de saisir la justice. »
- 3:05PrésentateurFait
« Enfin, la loi de 72 crée un délit de provocation à la haine raciale. »
- 3:09PrésentateurFait
« C'est sur ce motif qu'Éric Zemmour a été condamné par deux fois. »
Temps de parole
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Patrick, vous faites un peu d'histoire ce soir. C'est toujours utile. En revenant sur un passage de l'interview d'Éric Zemmour hier soir au 20h de TF1. Oui, quand Gilles Boulot lui a demandé s'il pouvait devenir président après avoir été condamné par deux fois pour des propos racistes.
J'ai été condamné sur le fondement de ma liberté d'opinion. J'ai été condamné sur le fondement d'une loi que j'estime liberticide et que je proposerais d'ailleurs d'abolir.
Délit d'opinion, loi liberticide. La loi dont il parle, la loi Pléven, est l'une des bêtes noires, l'une des vieilles obsessions de l'extrême droite. Et preuve que ce n'est pas anecdotique. Les partisans de Zemmour en ont fait un visuel sur les réseaux sociaux. Vous allez le voir. Liberté d'expression, supprimons la loi Pléven. Ce n'est pourtant pas... A moins que le président Zemmour parvienne à l'abroger. Elle fêtera ses 50 ans l'an prochain. La loi du 1er juillet 72 a donc été conçue dans l'âge d'or de la France de Zemmour. Celle où on pouvait garer sa deux chevaux ou sa dauphine sur la place de la Concorde, comme on le voit dans son clip hier.
Et elle n'a pas été signée par les bien-pensants que dénonce le candidat, mais par Georges Pompidou, Jacques Chabondelmas, Premier ministre, et René Pléven, compagnon de la Libération. Il avait rejoint De Gaulle à Londres. C'est comme garde des Sceaux que Pléven a laissé son nom à cette loi. En réalité, ce texte doit beaucoup à un autre grand républicain. Un descendant d'esclaves guyanais devenu président du Sénat pendant 22 ans et qui était l'auteur de la première proposition de loi, Gaston Monnerville. Et ce qu'on devrait appeler la loi Monnerville a été votée par les députés unanimes et par les sénateurs unanimes. Je parle sous le contrôle du président de l'Assemblée nationale.
Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'exemples d'un tel consensus dans l'histoire parlementaire. Il faut dire que la France connaît dans ces années-là une flambée de racisme sans précédent depuis la guerre, selon témoigne un sujet télévisé au moment du vote de la loi.
« Trop de juifs. Halte à la négrification. La France aux Français. Graffiti vengeur barbouillé sur les murs qui vise les 3 500 000 étrangers qui vivent en France. Cible favorite, les Algériens, les Noirs et les Portugais. »
Et ce ne sont pas seulement des mots, c'est aussi l'époque des ratonnades. Au moins 70 Algériens victimes de crimes racistes entre 71 et 77. Il n'y avait pas de loi antiraciste avant 1972 ? Ici, en avril 1939, vous voyez le contexte, la loi Marchando est venue punir les diffamations visant les personnes en raison de leur origine, de leur race ou de leur religion et qui ont pour but d'exciter à la haine. Les journaux antisémites comme Gringoire et Je suis partout, qui étaient évidemment visés, crient au scandale au nom de la liberté d'expression. Et ils seront vite entendus puisque le texte est abrogé par le régime de Vichy.
Il est rétabli à la libération, mais cette loi était difficilement applicable, notamment parce que seul le parquet pouvait engager des poursuites. Impossible alors de porter plainte. C'est l'un des grands changements de la loi de 72 qui donne la faculté aux organisations antiracistes de saisir la justice. Une loi qui réprime aussi les discriminations dans l'emploi, le logement, dans la vie quotidienne. Après le vote, le MRAP avait découvert dans les fichiers de la NPE des milliers d'offres d'emploi où il était écrit « pas pour des gens de couleur » ou « pas pour des arabes ». Enfin, la loi de 72 crée un délit de provocation à la haine raciale.
C'est sur ce motif qu'Éric Zemmour a été condamné par deux fois. En résumé. Abrogé la loi antiraciste de 72, conçue sous Pompidou, approuvée par toutes les forces politiques de l'époque, considérée comme un pilier de l'État de droit et dont le principe est inscrit dans la Constitution, eh bien, abrogé cette loi nous ramènerait formellement 75 ans en arrière, c'est-à-dire sous Vichy. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Éric Zemmour