Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
ChroniqueFrance Culture (sur YouTube)· 23 janvier 2022 5 minDivertissementInstitutions & électionsCulture, médias & sport

"Vent mauvais", une formule poétique devenue politique

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Vous l'avez entendu dans cette chanson de Gainsbourg. Depuis cette formule poétique est devenue une sentence politique. y a un vent mauvais qui souffle sur la France.

Un vent mauvais. a un mauvais vent. Vent mauvais.

Un vent mauvais. Voici l'histoire mouvementée de l'expression vent mauvais, immortalisée au 19e siècle par les poètes romantiques, puis employée par Pétain. C'est une expression qui est intéressante parce que vent mauvais, hein, c'est des allitérations.

En dehors de son histoire, elle a des sonorités qui parlent. C'est bien pour ça qu'elle est utilisée par Verlaine, que Gainsbourg l'a repris dans sa chanson. Ça évoque des choses.

Depuis l'Antiquité, les vents sont associés à des divinités. Éole, gardien des vents chez les Grecs, mais aussi les sept vents dans la mythologie mésopotamienne. Le vent est une métaphore poétique ancienne, très prisée des romantiques au 19e siècle.

Employée par Victor Hugo en 1831, elle rencontre tout son écho avec Chanson d'automne de Verlaine. Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte de-ci, de-là, pareil à la feuille morte. La métaphore du vent n'est pas en soi négative.

Et c'est mauvais qui la rend négative, bien sûr. Le mauvais œil, mauvais esprit, mauvais génie, mauvais sang. Les noms avec lesquels on associe mauvais peuvent effectivement renvoyer à des forces occultes, quelque chose qui serait maléfique, en fait.

En 1939, Charles Trenet est le premier d'une longue série de chanteurs à mettre en musique le poème de Verlaine. Et je m'en vais au vent mauvais. Mais en 1941, l'expression vent mauvais prend un sens politique dans un discours de Pétain.

De plusieurs régions de France, je sens se lever, depuis quelques semaines, un vent mauvais. Pétain désigne ainsi la menace que représente pour la France de Vichy la Résistance, les Alliés, mais aussi toute pensée hostile au régime. L'image du vent mauvais sonne aussi comme une menace.

Les éléments sont dans à peu près toutes les cultures vues comme étant quelque chose qui émane de la divinité. Cette référence au au j'allais dire au dieu féroce, au dieu vengeur, euh qui punirait, en quelque sorte, la nation ou le pays de son inconduite en amenant sur lui des forces négatives. Ironie de l'histoire, le poème de Verlaine d'où est tirée cette expression est aussi utilisé par la Résistance dans les messages codés de 1944.

Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone. À partir des années 1960, vent mauvais revient dans les chansons populaires. Les feuilles au vent mauvais et bien sûr Gainsbourg.

Mais d'un autre côté, l'expression reste associée à l'occupation et garde une connotation politique. Je me souviens d'une revue euh assez éphémère et consacrée précisément à la lutte contre le Front national qui s'appelait, ce n'était pas tout à fait la même expression, mauvais temps. Alors, on est toujours dans la métaphore de de l'élément de la nature qui se déchaîne et qui euh à la fois apporte quelque chose de négatif euh et qui, en même temps, emporte, c'est-à-dire qui, par la force avec laquelle il passe, arrache ce qui est sur son passage.

L'expression est à la fois lyrique et dramatique. Elle fait référence à la poésie, à la chanson et à l'histoire. Elle a donc tout pour faire une bonne formule politique.

En 2003, Jacques Chirac parle des vents mauvais qui menacent l'école dans un discours sur la laïcité. Vent mauvais permet de disqualifier, sans les nommer, ceux perçus comme ennemis de la République : néofascisme, populisme, discours séparatiste, radicalisation politique. Vent mauvais qui voudrait que la faute est forcément à l'élu.

Toutes celles et ceux qui utilisent cette expression semblent utiliser la posture du prophète. Le vent mauvais qui est, au fond, une expression assez floue, quelque chose qui, pour reprendre la métaphore, est dans l'air et qui annonce, comme le vent annonce parfois la tempête, des jours difficiles, des idéologies ou une idéologie négative, destructrice. Comme vent mauvais, d'autres formules politiques sinistres font allusion à la Seconde Guerre mondiale.

La menace d'un bruit de bottes. On invoque le rappel des heures les plus sombres de notre histoire. Et il parle du retour des années 30.

Un vent mauvais euh qui souffle sur la planète et qui n'est pas le vent de la démocratie, euh des droits de l'homme et des libertés.

"Vent mauvais", une formule poétique devenue politique · Pourquijevote