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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 8 novembre 2025 20 minContradictoireDivertissementEnvironnement & énergieEurope & internationalNumériqueInstitutions & élections

Thomas Pesquet et Etienne Klein : regards croisés sur le ciel

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:48OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça veut dire qu'un bon physicien doit se faire voir ailleurs ?

  • 3:03OuverteRéponse directe

    À quoi ressemble votre ciel, Thomas Pesquet ?

  • 4:55OuverteRéponse directe

    Le bilan carbone de la conquête spatiale vaut-il le coup ?

  • 5:09OuverteRéponse directe

    Étienne Klein, vous êtes opposé au présentisme. Pourquoi ?

  • 6:10RelanceRéponse directe

    Le bilan carbone de la conquête spatiale vaut-il le coup ?

  • 7:30OuverteRéponse directe

    Pourquoi les traces humaines sur la Lune sont-elles uniques ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:49InvitéFait
    « Mais c'est simplement qu'on vit dans un autre monde, la Terre avec l'atmosphère, on n'est pas dans le vide, il y a un champ de gravitation qui est ce qu'il est. »
  • 2:13InvitéFait
    « Par exemple, dans notre monde, les corps lourds tombent plus vite que les corps légers. »
  • 3:15InvitéFait
    « C'est ça qui me fascine dans l'exploration, c'est qu'on n'en viendra jamais à bout de cette histoire. »
  • 3:35InvitéChiffre
    « Alors si, c'est quand même haut, mais si on compare la Lune, c'est encore 400 000. »
  • 4:40InvitéFait
    « Tout ça, on le comprend. Pourquoi ? Parce qu'on est capable de générer ces données depuis l'espace, de mesurer la hauteur des vagues partout dans le Pacifique. »
  • 5:30InvitéChiffre
    « Au CERN, laboratoire de physique des particules, on a un projet qui s'appelle le FCC. C'est un grand collisionneur de 92 kilomètres de circonférence qui, s'il était décidé, serait construit. »
  • 6:15InvitéChiffre
    « Le bilan carbone du secteur spatial, il est assez minime, en fait, au global, parce qu'on ne lance pas tellement de satellites par rapport aux voitures ou plein d'autres choses. »
  • 12:29PrésentateurChiffre
    « L'Europe, dans son ensemble, Thomas, elle dispose de 600 millions d'euros pour l'exploration spatiale. »
  • 12:38PrésentateurChiffre
    « De 860. »
  • 12:42PrésentateurChiffre
    « Du RERD. »
  • 12:45PrésentateurChiffre
    « Le budget de l'Agence Spatiale Européenne, aujourd'hui, c'est 8% du budget mondial. »
  • 15:13PrésentateurFait
    « Le budget de la recherche qui, en fait, va baisser, même s'il est augmenté, mais par rapport à l'inflation, il est en baisse. »
  • 16:55InvitéFait
    « On voit bien que les communications, dont on est tellement abreuvé aujourd'hui, dont on est complètement dépendant... »
  • 17:15InvitéFait
    « On voit bien que tout ça est stratégique et on ne veut pas être dépendant d'autres. »

Temps de parole

  • Invité43 %
  • Présentateur31 %
  • Invité 219 %
  • Présentateur 28 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et un grand entretien exceptionnel ce matin avec Marion Lourdes. Nous recevons deux hommes passionnés par le ciel et pas forcément par le même ciel d'ailleurs. L'un a voyagé dans l'espace. Il fait partie de ces très très rares personnes qui ont eu cette chance à bord de la Station Spatiale Internationale, l'ISS. Dixième Français à avoir décollé le 10 novembre 2016. C'est bientôt une date anniversaire. Le deuxième est physicien et alpiniste. Il arbore toujours un scarabée en broche à sa veste. Le ciel, lui, il l'observe depuis la terre. Tous les deux ont croisé leur regard dans un livre passionnant. Ils y font les éloges du dépassement.

C'est le titre de ce livre d'entretien mené par Ulysse Manet. C'est qui vient tout juste d'être publié par Flammarion, Thomas Pesquet, Étienne Klein. Bonjour messieurs et bienvenue. Merci d'avoir accepté notre invitation. Nos auditeurs pourront dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 dans quelques minutes ou sur l'application Radio France. C'est beaucoup de questions à n'en pas douter à vous poser. Thomas Pesquet, Étienne Klein, vous ne vous étiez jamais rencontré avant de faire ce livre. Et on s'est dit que c'était une excellente idée de vous réunir, vous partager une même, pas pulsion, mais passion de l'altitude. Vous croisez les regards sur la conquête spatiale, la géopolitique de l'espace.

L'un comme l'autre, vous avez les pieds sur Terre, mais la tête ailleurs. Étienne, vous dites qu'un bon physicien, c'est d'ailleurs celui qui va se faire voir ailleurs. Qu'est-ce que ça veut dire ?

1:49
Invité

Mais c'est simplement qu'on vit dans un autre monde, la Terre avec l'atmosphère, on n'est pas dans le vide, il y a un champ de gravitation qui est ce qu'il est. Et ce monde, en fait, il masque les lois physiques, les lois universelles, les lois de l'univers, les lois qui valent en dehors du monde. Autrement dit, les lois physiques, elles sont masquées par des phénomènes qui les détournent et qui les rendent invisibles. Par exemple, dans notre monde, les corps lourds tombent plus vite que les corps légers. Oui, ce qui n'est pas le cas forcément. Tous les corps tombent à la vitesse, ce qui n'est pas ce que nous voyons.

2:22
Présentateur

Non.

2:22
Invité

Parce qu'il y a d'autres phénomènes dans notre monde liés à la présence de l'atmosphère qui masquent la vraie loi de la chute des corps. Et donc, il faut aller se faire voir ailleurs par l'esprit pour comprendre ces lois universelles. C'est ce qu'a fait Galilée et ça, c'est le démarrage de la physique moderne.

2:36
Présentateur

Et c'est ce qu'a fait Thomas Pesquet pour le coup, alors non pas par l'esprit, mais en corps, en chair et en os. Il faut avoir les échelles à l'esprit et vous les donner parce que c'est assez fascinant. 5 kilomètres d'altitude pour une montagne, aller dans un bon trek, vous y arrivez. 10 kilomètres, c'est l'altitude d'un avion. 400 kilomètres pour atteindre l'ISS. Vous ne parlez pas l'un et l'autre du même ciel. À quoi ressemble le vôtre, Thomas Pesquet ?

3:05
Invité

Le mien, c'est un ciel qui est très vaste en fait. On a essayé de parler beaucoup d'échelles dans ce livre-là pour se rendre compte de l'infini aussi, des distances spatiales. C'est ça qui me fascine dans l'exploration, c'est qu'on n'en viendra jamais à bout de cette histoire. On en fait des petits morceaux petit à petit, mais on va s'occuper à ça pour un bon moment. Et on n'en verra jamais la fin. C'est ça qui est bien, il y aura toujours quelque chose à faire. Moi, mon ciel, c'est celui qui, pour l'instant, est au voisinage de la Terre. Vous le disiez, l'orbite basse, 400 kilomètres, ce n'est pas grand-chose.

Alors si, c'est quand même haut, mais si on compare la Lune, c'est encore 400 000. Mars, c'est entre 40 millions et 400 millions. Donc, on voit bien qu'on a encore beaucoup de travail à faire. Et ça tombe bien, parce que c'est ce qui est prévu pour les années qui viennent.

3:47
Présentateur

Et le paradoxe, c'est que vous, vous avez regardé la Terre. Quand on est dans le ciel, ce qu'on fait, c'est regarder justement le bon vieux plancher des vaches. Ce qui est à l'inverse de la démarche du physicien d'Étienne Klein.

3:59
Invité

C'est vrai, c'est vrai. Et c'est pour ça que c'est intéressant aussi de croiser nos regards. Ce n'est pas parce qu'on parle d'infiniment petit et d'infiniment grand. Ça, déjà, c'est bien. Mais c'est qu'aussi, on a des regards qui s'opposent et qui se complètent. Aller dans l'espace, c'est vraiment prendre du recul sur la Terre. Et ça, c'est important de le comprendre.

4:14
Présentateur

Prendre du recul pour s'en soucier.

4:15
Invité

Bien sûr.

4:16
Présentateur

Pour s'en soucier plus que jamais. La conscience écologique, par exemple, elle est née pour vous. Ou en tout cas, elle s'est renforcée en vous à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.

4:26
Invité

Absolument. Mais non seulement ça, moi, à ma petite échelle individuelle, mais c'est vraiment les agences spatiales. Je pense que c'est les flottes de satellites qui nous permettent vraiment de comprendre ces phénomènes qui dépassent notre échelle, encore une fois, des échelles de temps, des échelles de distance, le changement climatique. Tout ça, on le comprend. Pourquoi ? Parce qu'on est capable de générer ces données depuis l'espace, de mesurer la hauteur des vagues partout dans le Pacifique. Ça, évidemment, ce n'est pas fait par une flotte de bateaux tous les 50 mètres.

C'est fait par des satellites qui repassent tous les jours systématiquement au-dessus du même point, qui permettent de donner ces données.

4:55
Présentateur

D'ailleurs, Étienne Klein, puisqu'on parle d'écologie, Thomas Pesquet raconte dans le livre qu'une des questions qui est énormément posée, c'est toujours celle de l'aspect écologique de la conquête spatiale, les débris qui sont laissés en orbite et puis le bilan carbone, évidemment. Étienne Klein, vous, vous êtes opposé au présentisme. Vous le dites dans le livre. En fait, il faut voir plus loin que ça.

5:15
Invité

Je pense que les urgences qui sont multiples, liées à notre environnement, nous empêchent de tracer un axe du futur. On est tellement pris par le sentiment qu'il faut régler ces problèmes que ça nous empêche de dessiner des perspectives à très long terme. Je vous donne un exemple. Au CERN, laboratoire de physique des particules, on a un projet qui s'appelle le FCC. C'est un grand collisionneur de 92 kilomètres de circonférence qui, s'il était décidé, serait construit. 92 kilomètres de circonférence, un gigantesque cercle. Oui, dans lequel on ferait entrer en collision des particules, des protons ou des électrons.

Et l'idée, c'est de pouvoir comprendre ce qui s'est passé dans l'univers primordial plus loin que ce qu'on sait déjà. Mais on voit que parler de 2050 ou 2070 pour un projet scientifique, ça lui donne un aspect complètement virtuel, fictif, qui a du mal à accrocher notre attention parce que le présent nous sollicite trop.

6:07
Présentateur

Mais Thomas Pesquet, sur cet aspect écologique et cette question qu'on vous pose, en fait, ce que vous répondez, c'est quoi ? Finalement, ce bilan carbone, il vaut le coup, il va être compensé dans un sens ?

6:15
Invité

Oui, alors déjà, moi, je rejoins complètement Etienne dans le sens où il ne faut pas hypothéquer le futur. Évidemment qu'il faut mettre l'essentiel des ressources, ça, on ne le conteste pas, sur les problèmes du présent, ce qui est vraiment à court terme et qui concerne tout le monde. Mais on peut avoir des regrets dans 10, dans 15 ans, dans 20 ans, dans 25 ans si on ne lance pas aussi des projets d'avenir. Donc, il ne faut pas hypothéquer le futur juste parce qu'on a des problèmes dans le présent. C'est important de garder un peu cet axe à l'esprit.

Le bilan carbone du secteur spatial, il est assez minime, en fait, au global, parce qu'on ne lance pas tellement de satellites par rapport aux voitures ou plein d'autres choses.

6:47
Présentateur

Loin de là, très loin de là.

6:49
Invité

Très loin de là, oui, c'est infime, ça se calcule même en pourcentage de pourcentage, mais on a l'impression que ça sert, en fait, que ça sert dans même la lutte pour préserver la planète. Donc, c'est une question de société. Dans tous ces débats de bilan carbone, à un moment, il va quand même falloir se poser la question de, il y a des choses qu'on va garder, il y a des choses qu'on n'a pas envie d'arrêter, même si c'est des choses qui dépensent du carbone. Ça peut être, moi, je prends l'exemple d'une machine IRM, des choses comme ça, on ne ne va pas les abandonner. Donc, il va y avoir un exercice difficile à faire, mais qui sera sociétal, qui est le choix. Qu'est-ce qu'on maintient ?

Qu'est-ce qu'on arrête ? Qu'est-ce qu'on régule ? Et ça, évidemment, ce n'est pas moi qui vais le faire, ce sera la société.

7:30
Présentateur

Alors, il y a des choses fascinantes, et notamment sur les traces qu'on peut laisser. Les traces, vous le racontez très bien, c'est notamment quelque chose qui va frapper nos auditeurs. Le seul endroit où l'homme peut laisser une trace de son passage dans la vie, si d'aventure il y avait une apocalypse, je ne sais pas si vous y croyez l'un ou l'autre, c'est sur la lune. Il n'y a pas de vent, il n'y a pas d'érosion. Les pas restent, et pour l'éternité.

7:56
Invité

Oui, alors il y a une érosion dans le sens où il peut y avoir des impacts de météorites, donc si un impact de météorites tombe sur un pas, sur la trace, pas de bol, elle disparaît. Bien sûr. Mais globalement, c'est quand même par rapport à la Terre très très rare. Et oui, effectivement, nous, à l'échelle géologique, on n'est quand même rien du tout, c'est important de le rappeler. Vous êtes d'accord l'un avec l'autre ? Ah bah oui, tout le monde est d'accord, l'humanité, elle n'est pas vouée à durer éternellement.

8:19
Présentateur

Mais pourtant, on a des égos absolument surdimensionnés, et la fin du monde, elle est au bout d'un... Non mais les continents vont se rapprocher, enfin... D'un stick de selfie, d'un bâton de selfie.

8:31
Invité

C'est vrai qu'on a du mal à imaginer que le monde a existé avant nous, qu'il existera sans doute après nous, même si on ne veut pas se faire non plus annonciasteur d'apocalypse, comme vous le disiez. Mais c'est vrai, si le monde s'efface à une échelle géologique, dans quelques centaines de millions d'années, il n'y aura plus vraiment de traces visibles de la civilisation si elle venait à s'arrêter. Tout ça va disparaître, nos porte-avions, nos mégapoles, tout ça sera complètement effacé.

Et le seul endroit, ce sera effectivement là où il n'y a pas d'érosion, et qu'il restera des petites traces du passage sur la Lune, et c'est comme ça que les extraterrestres du futur pourront conclure qu'on a existé. Il faut aller sur la Lune pour prouver qu'on a été sur Terre.

9:05
Présentateur

C'est ça qui est fascinant, avec Buzz Aldrin, lui, qui a prouvé le mal de Terre. Est-ce que vous l'avez ressenti, Thomas Pesquet ?

9:10
Invité

Un peu, un peu. C'est vrai qu'il faut s'adapter, moi, 400 jours, donc c'est plus d'un an au total dans l'espace, c'est quand même un temps assez conséquent.

Il faut s'adapter, vraiment, on change de perspective, et c'est ça qui est bien, parce que je pense qu'une mission, c'est une mission du passé, que ça dirait être quelques jours, 12 jours, c'est un peu un sprint, on est tellement occupé, on bosse toute la journée, on en revient, mais finalement, il n'en reste peut-être pas grand-chose, alors que nous, on a eu le temps de, quand je dis nous, c'est ceux qui ont la chance de passer quelques centaines de jours dans l'ISS, dans la station, on a le temps de laisser infuser ça, de regarder la Terre, de l'apprendre par cœur, de repérer immédiatement où on est, c'est pas si évident, au début, il n'y a rien qui ressemble plus à une forêt qu'une autre forêt, il n'y a rien qui ressemble plus à un désert qu'un autre désert.

9:46
Présentateur

On se souvient de vos photos, et de très nombreuses photos que vous postiez, et qu'on suivait passionnément.

9:50
Invité

Oui, et puis on arrive vraiment à se repérer, et à s'approprier la planète, c'est un sentiment agréable.

9:56
Présentateur

Ce qui est étonnant, ce qui est amusant, c'est que vous racontez, notamment sur le mal de Terre, ne serait-ce que physique, l'expérience d'une douche au retour de la mission ISS, qui a l'air assez particulière. Vous avez dit, Thomas Pesquet, que vous étiez prêt à retourner sur la Lune, pas sur Mars, et t'inclin, vous vous êtes tenté par ce voyage ? Étienne y va, on s'est arrangé avec Étienne, finalement. Vous êtes répartis les rôles ?

10:14
Invité

On sait qu'il n'y irait pas sur Mars, donc je me porte candidat à sa place. Non, moi, j'aurais rêvé d'aller dans l'espace. D'ailleurs, dans le livre, j'ai réussi à masquer la jalousie que j'éprouve à l'égard de... Oh non, on l'a lié, on l'a lié, entre les lignes. Entre les lignes, non. Mais j'ai tenté d'être astronaute quand j'étais plus jeune, mais j'ai été assez vite recalé pour des raisons physiques, mais j'ai fait quand même un vol zéro G, un vol en imposanteur, et le fait d'éprouver l'imposanteur, ne serait-ce que pendant quelques dizaines de secondes à chaque fois, c'est une expérience incroyable, parce que si Aristote avait fait un vol zéro G, la physique aurait gagné 2000 ans.

C'est-à-dire que tous les principes physiques qui sont masqués dans notre monde apparaissent là de façon directe.

10:55
Présentateur

Vous l'avez d'ailleurs raconté dans un livre, votre expérience en imposanteur. Thomas Pesquet, pas Mars, donc, parce que vous dites qu'on serait pendant 300 jours dans l'espace d'une Fiat 500, grosso modo, et c'est l'ennui ultime couplé au risque ultime. C'est vrai que ça ne fait pas rêver.

11:10
Invité

Oui, c'est vrai. Pourtant, ça nous a fait rêver, Mars, pendant des décennies. Quand on dit pas Mars, c'est pas qu'il y a une démarche officielle de candidature ou de non-candidature. On n'a pas encore de mission. C'est surtout, en fait, pour essayer de décrire ça. Parce que les gens ont du mal à se représenter, encore une fois, ces effets d'échelle. 40 millions, 400 millions de kilomètres, 400 000. Bon, c'est des chiffres, tout ça, ça ne parle pas forcément. Donc, j'essaie de le transcrire en des choses qui peuvent parler à des gens.

Et oui, effectivement, ces 300 jours de voyage, dans un espace, ce sera peut-être un peu plus grand qu'une Fiat 500, c'est juste pour l'image, mais pas beaucoup plus grand que ce studio-là. Et il faut quand même avoir envie. Il va falloir quand même être solide psychologiquement. Il va falloir quand même essayer de faire en sorte que tout ça se passe bien. Tout ça pour ? Tout ça pour, comme le disait Étienne, c'est revenir un petit peu à des questions fondamentales. Comment la vie est apparue sur Terre ? Au final, on ne le sait pas vraiment. Est-ce qu'elle pourrait disparaître demain ? C'est ça qu'on va chercher vers Mars.

Quand on va dans l'espace et qu'on étudie l'espace ou les planètes, ce n'est pas tellement pour la connaissance ex nihilo qu'elle nous apporte. C'est vraiment pour ce que ça peut nous apprendre sur nous-mêmes, sur notre planète. Au final, on est assez égocentrique, même dans la recherche. Ce qui nous intéresse le plus, c'est ce qui nous concerne le plus.

12:10
Présentateur

Et c'est aussi une question d'argent que vous abordez. La conquête spatiale, elle est inséparable de sa dimension financière et de la coopération internationale. Alors, vous imaginez que l'on puisse, comme les Chinois, développer une démarche nationale, mais il faut des ressources absolument considérables. L'Europe, dans son ensemble, Thomas, elle dispose de 600 millions d'euros pour l'exploration spatiale. Et vous comparez ça avec le budget du PSG ? Qui est de... De 860. De 860. Du RERD. C'est-à-dire que le budget de l'Agence Spatiale Européenne, aujourd'hui, c'est 8% du budget mondial. L'Europe, elle manque d'ambition et elle est d'ores et déjà sortie de la course ?

12:53
Invité

Non, je ne pense pas. Alors, c'est vrai qu'on fait de belles choses. Moi, je parle de l'exploration spatiale. Donc, vraiment, l'exploration, c'est les sondes, les rovers qui vont sur Mars, les astronautes dans la station spatiale. Donc, c'est une partie de l'espace. On a à côté les lanceurs, la fusée Ariane, qui a encore eu un succès hier ou avant-hier. On a les satellites d'observation. Donc, on ne fait pas que ça. On est très bons dans le reste, mais dans l'exploration spatiale, un petit peu moins. Pourquoi ? Parce qu'on a, je trouve, du mal à s'unir. Il y a quand même une dimension, une espèce de fierté nationale. On l'a connue, l'émission Apollo.

On ne va pas refaire l'histoire, mais l'opposition idéologique entre le bloc de l'Est, le bloc de l'Ouest. Les astronautes sont un peu les champions de tout ça. On voit bien qu'il y a une dimension de fierté nationale. Et nous, on a du mal à s'organiser au niveau européen. Parce que quand un Allemand va dans l'espace, les Français s'en foutent un peu. Quand un Français va dans l'espace, les Italiens, ça ne les intéresse pas vraiment. Et donc, malheureusement, on manque un petit peu de ça. C'est dommage, mais c'est vrai. Dans d'autres sujets, il y a des sujets européens qui marchent très très bien. Il y en a d'autres où il faut encore bosser un petit peu.

13:48
Présentateur

En fait, aujourd'hui, un double anniversaire ou quasiment, c'était il y a 25 ans, le 2 novembre 2000, les premiers astronautes s'installaient à bord de l'ISS, la Station Spatiale Internationale. Il y a 9 ans, le 17 novembre, je le disais, 2016, vous partiez pour votre premier vol. De quoi est-ce que l'ISS est le nom ? De quoi est-elle le symbole ?

14:05
Invité

Pour moi, c'est le symbole de cette époque d'après-guerre froide où le mur de Berlin s'écroule. On est dans un nouveau monde, il n'y a plus tellement cette opposition qui a été quand même la structure du monde pendant des décennies. Et puis, on se demande un peu ce qu'on va en faire. Est-ce que tout ça va nous emmener vers du mieux ou du moins bien ?

Et il y a cette espèce d'idée géniale, moi, je trouve, qui est que les Américains et les Russes, et nous, les Européens, les Canadiens, les Japonais, quelques autres, en gros, tous les gens qui se sont entretués pendant la Seconde Guerre mondiale, il faut quand même le dire, les Allemands, les Italiens, les Français, tous ces gens-là se disent, tiens, si on faisait ce grand projet tous ensemble pour la science et la connaissance des raisons pacifiques. Et on y croit. Et les gens y croient. Et c'est hyper positif. Et c'est un optimisme dingue qu'on a du mal à retrouver aujourd'hui. La compétition ! Oui, mais aujourd'hui, on voit bien qu'on est un peu stressé par l'avenir.

On a du mal à croire ce genre de choses. Et c'est dommage. Et c'est pour ça aussi qu'avec Étienne, on veut parler de science et de recherche, parce qu'on pense que ça peut structurer, quand même, les relations. Et puis, un peu l'avenir du monde.

15:06
Présentateur

Mais justement, c'est beau, les symboles comme ça, Étienne Klein, mais il y a aussi la basse réalité matérielle dont on parlait déjà un peu tout à l'heure. Par exemple, le budget en France, 30 milliards d'économies l'an prochain, le budget de la recherche qui, en fait, va baisser, même s'il est augmenté, mais par rapport à l'inflation, il est en baisse. Qu'est-ce que ça vous inspire ? À un moment, dans le livre, vous vous attaquez, je le disais tout à l'heure, au présentisme, cette façon de vivre sans avoir de perspective. Moins d'argent pour la recherche, moins pour l'éducation.

15:30
Invité

Moi, je ne suis pas un spécialiste des budgets, mais je pense qu'on a raté quelque chose, c'est-à-dire qu'on a mal fait la vulgarisation de tout ça. C'est-à-dire qu'on a du mal à entraîner l'opinion, le public, dans des aventures dont les enjeux sont difficiles à comprendre. Avec le FCC, ce collisionneur du futur...

15:47
Présentateur

Pourtant, c'était la nouvelle frontière. Il y a eu des millions de personnes qui y ont cru regarder l'adulation dont a été l'objet Thomas Pesquet pendant son épopée spatiale.

15:58
Invité

La conquête spatiale, elle est incarnée par des personnages, par des héros. La physique des particules, on ne peut pas dire qu'elle est à mettre en avant beaucoup de héros. C'est un peu plus dur. Un cliché recueilli par des détecteurs de particules ne suscite pas la même fascination que des images prises dans l'espace. Mais je pense qu'on doit davantage expliquer ce qu'on sait, et ce qu'on sait ne pas savoir.

16:20
Présentateur

Il faudrait l'atome à Hollywood.

16:22
Invité

C'est ça. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est ça, c'est peut-être trop tard. Mais en tout cas, je pense qu'on a...

16:27
Présentateur

Vous en parlez dans le livre, on doit bien une explication.

16:30
Invité

On doit expliquer pourquoi ces questions sont fascinantes, et dès lors que les réponses sont apportées de nous, pourquoi ne pas tenter d'aller les trouver ?

16:39
Présentateur

Mais Thomas Pesquet, quand on voit par exemple le décollage d'Ariane 6 cette semaine, on se dit quand même que c'est bon signe que finalement l'Europe retrouve son autonomie, qu'il y a quand même une envie d'espace.

16:47
Invité

Oui, bien sûr, je pense qu'il y a une envie d'espace, et puis il y a une compréhension générale. Je vois bien que c'est quand même stratégique, tout ce qui se passe dans l'espace. On voit bien que les communications, dont on est tellement abreuvé aujourd'hui, dont on est complètement dépendant...

17:00
Présentateur

Les constellations d'Elon Musk...

17:01
Invité

Les constellations de communications sécurisées... Il suffit de voir les téléphones portables.

17:05
Présentateur

Vous n'en avez pas d'ailleurs, Thomas Pesquet, alors que vous êtes l'homme le plus avancé et augmenté.

17:09
Invité

Non, il ne marche plus depuis ce matin. Je suis complètement perdu. Allez, je suis comme tout le monde. Les cordonniers. Mais donc, on voit bien que tout ça, la navigation est incapable aujourd'hui de se déplacer sans utiliser son smartphone et son GPS. Une carte, ça n'existe plus. Donc, on voit bien que tout ça est stratégique et on ne veut pas être dépendant d'autres. On a compris que la coopération internationale, même avec des gens qui étaient nos amis, ça peut changer du jour au lendemain. On a vraiment compris. Ah oui, je pense qu'on l'a compris. Maintenant, le problème, c'est que ça se traduit ensuite en espèces sonantes et trébuchantes, en projets.

Ces projets qui prennent longtemps, qui demandent que les pays s'accordent. Ça demande des compétences qui ne sont pas forcément immédiates. Ça demande plein de choses. Et voilà, on en est là à travailler là-dessus.

17:49
Présentateur

Et que les Américains arrêtent de squatter la télévision dans l'ISS pour regarder CNN. Alors qu'il y a aussi les Français et les Russes qui sont à bord. Il y a de nombreux auditeurs qui vous disent à la fois leur admiration, leur respect pour ce dépassement de soi et ce dépassement même de ce que l'homme est capable de faire, comme si on était constamment en train de repousser les limites. Et pourtant, Étienne, vous, vous citez un auteur génial, Stephen Zweig et sa nouvelle, Les Pêcheurs des Bords de Seine. Qu'est-ce que les pêcheurs de Bords de Seine ont à voir avec l'ISS ?

18:23
Invité

Il raconte que quand il est adolescent, il a lu un livre racontant la Révolution française, notamment l'exécution du roi Louis XVI, Place de la Concorde. Il y avait des pêcheurs du Bord de Seine qui, lorsque la clameur de la foule a signalé que la tête du roi était tombée, ont continué à regarder leurs bouchons. Il raconte que quand il a lu ça, il n'y a pas cru. Parce que quand l'histoire se déroule à portée de regard, eh bien, on détourne son regard vers ce qui se passe. Et il raconte qu'en 1943, il comprend les pêcheurs du Bord de Seine. Parce que l'actualité est trop riche pour qu'on puisse la suivre. Et de temps en temps, il faut se mettre à côté et réfléchir dans son coin.

19:00
Présentateur

Thomas Pasquet, votre aventure, elle vous a appris à regarder différemment ?

19:04
Invité

Je pense, oui. Je pense qu'on parlait des questions de perspective, c'est un peu bête. Mais c'est difficile dans le monde qu'on a. On a toujours un peu le nez dans le guidon, la tête sur la feuille. Et de changer cette perspective, alors ça se fait par des exercices intellectuels, des exercices de pensée, comme le disait Étienne. Ça se fait par la rencontre d'autres gens, d'autres cultures, des gens qui sont différents. Ça se fait par une perspective géographique, on va dire, presque, dans mon cas. Mais c'est super important. Et je pense que d'entraîner son regard à ça, tout le monde peut le faire.

Il ne faut pas forcément aller dans l'espace pour arriver à changer de perspective, heureusement.

19:35
Présentateur

Et c'est ce qui est passionnant dans ces éloges du dépassement, c'est que ça parle à la fois de la conquête spatiale, mais ça parle aussi de nous, de la manière dont on peut chacun se dépasser pour apprendre ou pour vivre mieux, tout simplement. C'est assez intéressant, justement, de voir vos regards croisés dans ce livre Thomas Pesquet et Étienne Klein qui vient de paraître chez Flammarion. Bonne journée à tous les deux. Bonne journée, merci. Merci. On ne verra pas beaucoup le ciel aujourd'hui, mais ce n'est pas si grave. On y pensera. Vous nous faites rêver, voilà. À quoi rêve-t-on quand on est en apesanteur ?

C'est une question que vous posez dans le livre Étienne Klein à laquelle vous répondez Thomas Pesquet. C'est une question que vous posez.

Thomas Pesquet et Etienne Klein : regards croisés sur le ciel · Pourquijevote