Israël-Palestine : les mots de la guerre 15/18 · Les Palestiniens, un peuple fragmenté
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Que signifie le mot « palestinien » ?
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Quelle histoire peut-on donner de ce peuple palestinien ?
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Le Yishuv, c'est la communauté de base qui va donner naissance à l'État hébreu.
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C'est quand même très lié à ce qu'on appelait la Palestine mandataire.
- 3:13OuverteRéponse directe
Quand on considère le mot « palestinien » avec « état », un état palestinien, qu'en dire aujourd'hui ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Est-ce qu'aujourd'hui, on peut considérer que Gaza, la Cisjordanie, constitue un état ?
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« Il y a les Palestiniens du Sud, les Gazaouis, qui sont plutôt égyptiens, par tradition, par mode de vie, par rattachement à l'Égypte. »
- 1:07InvitéFait
« Il y a les Palestiniens du Nord, qui sont plus levantins. »
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« Il y a surtout trois catégories juridiques, nationales et citoyennes : les Palestiniens d'Israël, les Palestiniens de Jérusalem et les Palestiniens de Cisjordanie. »
- 1:43InvitéFait
« La Palestine ottomane est une petite Palestine. Elle est surtout présente à Jérusalem, là aussi, dans la défense des murailles de Jérusalem. »
- 1:53InvitéFait
« Le peuple palestinien s'exprime déjà avec force, c'est au moment du Yishuv, c'est-à-dire du pré-État d'Israël. »
- 2:34InvitéFait
« La Palestine mandataire, c'est déjà une façon de mettre en fragilité la Palestine. »
- 3:21InvitéFait
« Un état palestinien est en effet la grande quête des Palestiniens dans une grande majorité. »
- 4:22InvitéFait
« Hamas représente une force para-étatique, dans la mesure où il gouverne, il gère 2 millions de personnes. »
- 5:05InvitéChiffre
« Il y a plus de 2 millions de Palestiniens dans la bande de Gaza, presque 3 millions en Cisjordanie, et puis on a un peu moins d'1 700 000 Palestiniens en Israël. »
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« Il y a 500 000 Palestiniens au Chili, il y en a 250 000 au Honduras, 120 000 au Mexique. »
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Hors série, les matins de France Culture, Israël-Palestine, les mots de la guerre. Palestiniens. Les mots de la guerre du conflit israélo-palestinien. Sylvaine Bull, sociologue, autrice d'une sociologie de Jérusalem aux éditions La Découverte. Que signifie le mot « palestinien » ?
Le mot « palestinien » signifie sans doute d'abord une entité très très forte, très forte de sens pour le peuple palestinien. Palestiniens veulent sans doute dire pour eux « unité, unité du peuple, unité de la Palestine, au-delà de sa fragmentation, ce à quoi ils et elles tiennent le plus. L'unité de la rive du Jourdain à la Cisjordanie, et pour certains, notamment le Hamas, peut-être au-delà. Mais au-delà de cette sémantique et unité très forte, il y a de très très grandes différences et différenciations chez les Palestiniens. Il y a les Palestiniens du Sud, les Gazaouis, qui sont plutôt égyptiens, par tradition, par mode de vie, par rattachement à l'Égypte.
Il y a les Palestiniens du Nord, qui sont plus levantins. Et puis, il y a surtout trois catégories juridiques, nationales et citoyennes. Les Palestiniens d'Israël, les Palestiniens de Jérusalem et les Palestiniens de Cisjordanie. Mais tous et toutes sont liés par ce sentiment d'appartenance au peuple palestinien et à une lutte d'émancipation pour la Palestine.
Et alors, quelle histoire peut-on donner de ce peuple palestinien ? Est-ce que l'on peut, par exemple, remonter à l'Empire ottoman, Sylvaine Bull ?
Oui, oui, on peut remonter à l'Empire ottoman, et les historiens le font. Mais la Palestine ottomane est une petite Palestine. Elle est surtout présente à Jérusalem, là aussi, dans la défense des murailles de Jérusalem. Là où le peuple palestinien s'exprime déjà avec force, c'est au moment du Yishuv, c'est-à-dire du pré-État d'Israël.
Voilà, le Yishuv, c'est la communauté de base qui va donner naissance à l'État hébreu.
Voilà, là où on entre de plein pied dans une guerre d'appartenance, d'ancrage, d'identité. Parce que la lutte palestinienne, il faut le dire, est une lutte évidemment pour le territoire, mais c'est une lutte pour l'identité, sans doute. Pour faire en sorte que ces deux identités se différencient fortement, juive et palestinienne. Palestinienne n'est pas l'identité arabe, elle désigne quand même l'ancrage à une province palestinienne.
C'est quand même très lié à ce qu'on appelait la Palestine mandataire.
Oui, absolument, la Palestine mandataire, c'est déjà une façon de mettre en fragilité la Palestine, en voulant peut-être donner, selon certains, des prérogatives aux juifs, en amenant aussi une présence internationale, et surtout en rompant un équilibre ontologique et existentiel, ou peut-être pratique, les Palestiniens étaient des paysans. Ce sont des gens qui étaient très proches de la terre. Les Anglais, par leur présence mandataire, les Juifs éventuellement, amènent un autre pan culturel, pour ne pas dire civilisationnel. Ils amènent des industries, de la technique, qui rentrent directement en conflit avec des ancrages.
Et alors, maintenant, quand on considère le mot « palestinien » avec « état », un état palestinien, qu'en dire aujourd'hui Sylvaine Bulle ?
Un état palestinien est en effet la grande quête des Palestiniens dans une grande majorité. Mais un état palestinien, pour le moment, reste malheureusement un état de jachère, pour ne pas dire de fable. Est-il possible, concrètement, ça reste très très difficile, de tout point de vue, juridique, territorial, nous sommes dans de la dentelle. Par contre, du point de vue de l'imaginaire, politique et culturel, c'est ce à quoi tiennent les Palestiniens. C'est évident. Et c'est ça qui les tient, et qui meut la lutte d'émancipation nationale.
Est-ce qu'aujourd'hui, on peut considérer que Gaza, la Cisjordanie, constitue un état ? Qu'est-ce qui manque à ce que ce soit un état, Sylvaine ?
Non, ce n'est absolument pas un état, d'un côté ou de l'autre. La Cisjordanie est éventuellement un proto-état, c'est-à-dire un appareil avec une gouvernance, mais qui n'a pas, comme vous le savez, la souveraineté totale, notamment militaire. Quant à Gaza, pour le coup, Hamas, oui, a une fonction étatique. Contrairement à l'étiquetage terroriste, moi je pense qu'on peut dire que Hamas représente une force para-étatique, dans la mesure où il gouverne, il gère 2 millions de personnes.
On peut être les deux, dans l'état islamique, on parlait justement à la fois de terrorisme évidemment, mais aussi d'une ambition de se constituer un état.
Absolument, c'est une force politique, pour ne pas dire terroriste, qui veut remplir une fonction de protecteur des Palestiniens et de gestion des Palestiniens, ce que ne fait pas l'autorité palestinienne au nord.
Dans l'espérance de cet état, il y a une diaspora palestinienne. Alors cette diaspora palestinienne, elle existe à la fois en Israël, dans les territoires à Gaza évidemment, et puis dans la région Sylvain Bulle, peut-être quelques mots, il y a plus de 2 millions de Palestiniens dans la bande de Gaza, presque 3 millions en Cisjordanie, et puis on a un peu moins d'1 700 000 Palestiniens en Israël.
Oui, alors je ne sais pas si les chercheurs qui travaillent en Palestine seraient heureux d'entendre le mot diaspora, parce que dans la diaspora, il y a les réfugiés qui ont un statut particulier, puisqu'ils n'ont ni passeport, et ils sont véritablement placés sous le statut d'exil. Mais en effet, il y a un écartèlement des Palestiniens. Alors ceux d'Israël ont un statut très particulier, puisqu'ils ont une citoyenneté nationale, ils sont vraiment très imbriqués avec la société israélienne, mais se considèrent avant tout mentalement, symboliquement, comme palestiniens. Ceux de Cisjordanie sont, espères, un État palestinien.
Ceux de la diaspora libanaise, jordanienne et égyptienne sont la plupart du temps réfugiés.
Justement, je voulais vous parler de la diaspora jordanienne des Palestiniens en Jordanie. Ils sont 4 millions et demi. Alors les détracteurs d'un État palestinien disent que celui-ci existe, c'est la Jordanie. Comment ça se passe ?
Oui, oui, absolument. C'est un État d'accueil, c'est une sous-traitance d'une façon de la question palestinienne. Alors, en Jordanie, il y a, je crois que c'est 50% de la population qui est palestinienne. Soit il y a ceux qui ont été intégrés, sous réserve, avec un certain nombre de métiers reconnus par le Royaume.
Et il y a le flux de réfugiés palestiniens en Jordanie, d'ailleurs, qui sont assez passés sous silence dans le conflit actuel, qui, eux, ont des droits extrêmement limités et qui sont placés sous l'égide de l'une roi, avec des scissions internes très très fortes entre les Jordaniens et les Palestiniens, comme il y a des scissions très fortes au Liban entre les Palestiniens et les Jordaniens.
Et puis, il y a aussi, parmi ces Palestiniens qui sont un peu partout dans le monde, il y en a beaucoup en Amérique latine. Il y a 500 000 Palestiniens au Chili, il y en a 250 000 au Honduras, 120 000 au Mexique. C'est effectivement un lieu où l'on n'imaginait pas qu'il y ait autant de Palestiniens.
Absolument. Et il y en a aussi en Europe. Oui, la terre d'accueil en Amérique latine correspond sans doute à une sensibilité partagée entre Palestiniens et Chrétiens. Et il faut remarquer aussi qu'en Amérique latine, les Palestiniens ont des fonctions très importantes. Médecins, beaucoup, avocats. Donc, une véritable ascension sociale par l'exil. Et c'est là où les fractures se redoublent entre ceux et celles qui n'ont pas la citoyenneté et ceux et celles qui ont une intégration parfaite, comme en Allemagne aussi, au Canada, où c'est sans doute la diaspora la plus importante.
L'une des questions qui se posent là aussi, c'est ce qu'on appelle le droit au retour, la loi du retour pour les Palestiniens. C'est une question extrêmement vive. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, Sylvaine Bulle ?
Alors, c'est une question vive. Et notamment, pour un chercheur, c'est difficile de prendre position. Mais c'est sans doute le...
Nous expliquer ce que c'est.
Voilà. C'est le point d'achoppement depuis toujours, depuis 67. Depuis 93, rappelons que c'est le seul point qui n'a pas été abordé lors des accords d'Oslo, parce qu'il est extrêmement délicat. Il est tout simplement la demande, enfin de faire suite à la demande des Palestiniens, de revenir pour l'ensemble du flux réfugié sur le territoire total qui englobe la Cisjordanie et Israël. Or...
Donc on retrouvait l'endroit où ils étaient... Absolument. Avant donc la création de l'État d'Israël.
De la mer au Jourdain. Or, pour le peuple juif, diasporique, pour les institutions juives internationales, et surtout pour l'État israélien, ça n'est pas acceptable. Il est très très peu d'Israéliens, même très de gauche, etc., qui sont sensibles à ce paradigme, parce que, évidemment, le recouvrement démographique ne serait pas possible.
Merci, Sylvaine Bulle. Je rappelle votre livre, Une sociologie de Jérusalem. C'est aux éditions La Découverte.