Les proches de Jacques Chirac témoignent - C à Vous - 27/02/2019
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:46OuverteRéponse directe
Bonjour. Bienvenue.
- 1:17OuverteRéponse directe
C'était votre définition de l'amitié qui vous liait avec Jacques Chirac ?
- 1:55OuverteRéponse partielle
Savez-vous s'il vous reconnaissait Jean-Louis Debré ?
- 4:09OuverteRéponse directe
Vous l'avez vouvoyé ?
- 5:04OuverteÉludée
Ces amis-là étaient-ils présents au crépuscule de sa vie ?
- 5:44OuverteRéponse directe
Le journal Le Monde évoque les dernières années Chirac, le temps du chagrin. Ça lui ressemble ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:59Invité politiqueFait
« Quand il souffre, je souffre. »
- 2:47Invité politiqueFait
« On descend la grande rue de Paris. Et je lui dis, monsieur, comment voyez-vous les choses ? »
- 3:01Invité politiqueFait
« Mais j'ai un projet pour toi. On va ouvrir une agence de voyage, tu la tiendras et moi je voyagerai. »
- 3:39Invité politiqueFait
« Chirac avait beaucoup d'audace et il dit, oui, je fais du sport. »
- 3:56Invité politiqueFait
« Et il répond, des barres parallèles. »
- 4:10Invité politiqueFait
« Je l'ai toujours vouvoyé, je l'ai appelé monsieur, il m'appelait Jean-Louis et il me tutoyait. »
- 6:36Invité politiqueFait
« Chirac aimait les Français. »
- 7:00Invité politiqueFait
« Dis-moi ce qui ne va pas. »
- 7:22Invité politiqueFait
« Heureux, ceux qui n'ont qu'une vérité. Plus heureux et plus grands, ceux qui ont fait le tour des choses ont assez approché de la vérité pour savoir que l'on ne l'atteindra jamais. »
- 7:38Invité politiqueFait
« Enrichisse-toi de la vérité des autres. »
- 9:40Invité politiqueFait
« Vire-moi, vire-les-moi tous. »
- 11:38Invité politiqueFait
« Baladur ne pardonne jamais. Vous, vous pardonnez trop bien. »
- 25:48Invité politiqueFait
« C'est peut-être ça d'ailleurs que les Français ne supportent pas chez Emmanuel Macron. C'est qu'il surgit il y a 39 ans et il est élu président de la République. »
Temps de parole
- Jacques Chirac67 %
- Présentateur15 %
- Invité6 %
- Invité 22 %
- Invité 32 %
- Invité 42 %
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Tellement français, une histoire française, celle de Jacques Chirac, auquel toute la presse adresse ses adieux, en noir et blanc pour le Figaro, sans chichi pour Libération, incontestablement, la une la plus forte avec cette photo prise en avril 2002, alors que l'histoire de l'élection présidentielle était sur le point de basculer. 17 ans plus tard, l'homme qui a toujours voulu faire barrage aux extrêmes s'est éteint, entouré des siens, proche parmi les proches, Jean-Louis Debré a accompagné son ami de toujours jusqu'au bout. Il est ce soir notre invitée aux côtés de Roselyne Bachelot, qui a été ministre de Jacques Chirac et de tous ses combats politiques. Bonjour. Bonsoir. Bonsoir.
Claire Roselyne. Ça va ? Bienvenue. Bonjour les amis. Bonsoir. Bonsoir Jean-Louis Debré. Bienvenue. Bonsoir monsieur. Merci de votre présence à tous les deux. Si vous êtes là ce soir, c'est que vous voulez témoigner de votre émotion et des liens si forts qui vous iniciaient au président disparu. 40 ans de combats politiques partagés pour vous, Roselyne Bachelot, 53 ans d'amitié indéfectible, prolongée jusqu'à ces derniers mois, ces dernières semaines, pour vous, Jean-Louis Debré. Quand il souffre, je souffre. C'est ce que vous nous disiez en mars dernier sur ce plateau. C'était votre définition de l'amitié qui vous initait avec Jacques Chirac ?
C'est ma définition d'affection. Quand vous pouvez communier avec quelqu'un sans parler. uniquement par les yeux ou par les gestes. Et je sens encore, quand je le voyais, il prenait ma main et il ne la lâchait plus. Et pendant une heure, je parlais, je m'écoutais. Mais sa main était là.
Savez-vous s'il vous reconnaissait Jean-Louis Debré ?
Je ne sais pas, mais peu importe. Mais peu importe. Peu importe, c'était comme ça. C'était 53 ans ou quelques années auparavant, tous les matins, il y avait un petit coup de téléphone. Et je savais s'il était en colère ou pas. Parce que c'était juste après les éditoriaux des grandes stations. Et je me souviens, cette campagne de 95, je me souviens, descendant la décembre 94, plus personne ne pariait sur Chirac. On était à La Réunion, tous les deux. Personne ne nous avait reçus. Les journalistes n'étaient même plus là. On descend la grande rue de Paris. Et je lui dis, monsieur, comment voyez-vous les choses ? Il me regarde, mal parti. Mais il se reprend, il va quand même gagner.
Je lui dis, mais au cas où on ne gagnerait pas, il me dit, mais j'ai un projet pour toi. On va ouvrir une agence de voyage, tu la tiendras et moi je voyagerai. Et vous voyez, ce soir, je suis pris entre envie de pleurer, mais aussi envie de rire. Parce que Chirac, c'était la joie, c'était le bonheur. Vous savez, toute ma vie, je me souviendrai, un journaliste vient le voir, la France avait gagné la Coupe du Monde. Monsieur le Président, vous faites du sport. Chirac avait beaucoup d'audace et il dit, oui, je fais du sport. Je l'ai vu une fois en tenue de sport, c'était pour faire des photos pour un grand journaliste. Avec Guiderot. Et le jour, il me dit, mais quel sport ?
Je me dis, mais qu'est-ce qu'il va répondre ? Et il répond, des barres parallèles. Et il ajoute, oui, un barri-droite, un barri-droite.
Monsieur Lebré, vous disiez, monsieur, quand vous vous adressiez à Jacques Chirac, Vous l'avez vouvoyé ?
Je l'ai toujours vouvoyé, je l'ai appelé monsieur, il m'appelait Jean-Louis et il me tutoyait. Mais c'était notre coquetterie. Et pourquoi ? Pourquoi je l'ai appelé monsieur ? Parce que en 95, 94, campagne très difficile, tous nos camarades, beaucoup de nos camarades sont partis ailleurs en fonction des sondages. Eux qui devaient leur élection à Chirac et qui appelaient, c'était bien, on tutoyait Chirac, on l'appelait, etc. Et puis, au fur et à mesure que les sondages montent, je vois tous ces gens qui reviennent. Et qui disent, Chirac, monsieur, Jacques, comment vas-tu ? Je ne les ai pas vus pendant 6 mois, 8 mois, 1 an.
Et je dis, monsieur, mais ne vous laissez pas appeler Chirac ou Jacques par ses traites.
Ces amis-là étaient là aussi, au crépuscule de sa vie, Jean-Louis Debré ?
Pardon ?
Est-ce que ces amis-là étaient présents au crépuscule de sa vie ?
Parlons d'autre chose, la solitude.
Parce qu'il y avait une solitude autour de Jacques Chirac.
Vous savez, le pouvoir, c'est quelque chose de terrible. Lorsque vous êtes au sommet du pouvoir ou que vous êtes dans la possibilité de monter vers le sommet, tout le monde vient vous voir, vous êtes le plus beau, le plus grand. Quand vous êtes plus au pouvoir, alors, progressivement, les gens vous oublient.
Le journal Le Monde évoque aujourd'hui dans ses colonnes, les dernières années Chirac, le temps du chagrin, titre le quotidien. Quand diminué par la maladie et accablé par la mort de sa fille aînée, l'ancien président vivait loin du monde. Jacques Chirac, qui sera inhumé lundi au cimetière Montparnasse, dans le caveau où repose déjà Laurence, sa fille aînée. Il n'y aura pas d'obsèque nationale, mais un hommage populaire dimanche et une cérémonie solennelle lundi. Ça lui ressemble, Jean-Louis Debré ?
La cérémonie populaire, oui. Oui, absolument. Regardez l'émotion. Mais pourquoi cette émotion ? Pourquoi ? Pourquoi partout dans les rues, dans tous les pays du monde, on parle ? Pourquoi on parle de cette... Pourquoi il y a cette émotion ? Tous les présidents, tous les hommes politiques aiment la France. Mais Chirac aimait les Français. Et les Français aiment ceux qui les aiment. Donc, si vous reprenez tous les discours de Chirac, toutes les interventions de Chirac, il n'y a aucun mépris. Je me souviens, quand j'allais le voir le dimanche, il avait cette phrase qui est très forte pour moi, pour les politiques, « Dis-moi ce qui ne va pas. »
Parce que tout le monde me dit que tout va bien.
Parce que tout le monde me dit ce qui va bien. Parce que l'homme au pouvoir n'arrive plus à écouter la vérité. Je me souviens, je me souviendrai toujours, un jour, de cette citation qu'il me fait. Il me dit, « Est-ce que tu connais l'Intel France ? » Alors, je dis, « Oui, pas intimement, mais je connais. » Et tu connais cette citation ? « Heureux, ceux qui n'ont qu'une vérité. » Plus heureux et plus grands, ceux qui ont fait le tour des choses ont assez approché de la vérité pour savoir que l'on ne l'atteindra jamais. Alors, Chirac ajoutait, « Enrichisse-toi de la vérité des autres. » Et c'est tellement Chirac, c'est tellement vrai.
Les hommes politiques, ils ont leur vérité, ou les femmes politiques, ont leur vérité. Ils n'écoutent plus rien. Et lui, il n'avait de cesse. Quand j'étais président de l'Assemblée nationale, il m'appelait souvent, « Que pensent les députés ? » Alors, je disais, « La majorité. » Non, tous les députés.
Y compris l'opposition. Surtout l'opposition. Vous avez voulu revoir une image en particulier, cette photo que vous nous avez confiée. On est dans le bureau de Jacques Chirac,
à l'hôtel de ville. On est dans le bureau de Jacques Chirac, dans l'hôtel de ville. Il a demandé à quelques-uns. Nous sommes cinq ou six. On voit François Bois, il y a Bernard Ponce, il y a Juppé, il y a Charles Millon, et de Doro Géromanie. Et ceux qui ont toujours été là pendant cette année 94, 95. Et nous sommes là le dimanche et nous attendons les résultats. Et là, dès qu'il y a un résultat qui est donné, il se précipite au téléphone et il prend le téléphone. Et on est là, à côté de lui. Et au fur et à mesure que la soirée se passe, on voit Chirac qui devient président de la République. Et c'est le petit nombre de personnes qui ont assisté à cette métamorphose.
Quelques aient été, les événements ont toujours été là.
Vous racontez que le soir de la victoire, donc quelques heures après, sur le balcon du QG de la Ville d'Iéna, vous racontez comment Jacques Chirac, vous avez dit, viens, on va dégager tous les traîtres qui se sont déjà installés. Ça, c'est votre téléphone avec la Marseillaise.
Oui, c'est Marseillaise. C'est quelqu'un qui vous appelle. Mais je ne vais pas l'éteindre. On n'éteint pas la Marseillaise, d'ailleurs. C'est le soir de la victoire. On va de l'autre côté de la rue, sur le balcon, parce qu'il y a un grand balcon. Il arrive, on traverse la foule, c'est très compliqué. Et on arrive devant le balcon. Et avec préempté le balcon, tous ceux qui, il y a encore trois mois, n'étaient plus là. Et Chirac m'a dit, vire-moi, vire-les-moi tous. Je ne vous dirai pas tous les noms. On en voit un certain nombre sur les plateaux. On en voit un certain nombre sur les plateaux. Et c'est compliqué. Je n'ai jamais donné autant de coups de pieds dans les tibias.
Et on est arrivé, on y est arrivé. Et Chirac m'a dit, tu devrais faire du sport.
Roselyne, la trahison des baladuriens, vous l'avez vécu, vous étiez aux côtés de Jacques Chirac, vous étiez là, comme Jean-Louis, dans ces moments terribles. Vous vous souvenez notamment des journées parlementaires de Colmar en septembre 1994. Tout le monde n'en avait que pour Édouard Baladur. Et vous trouvez Jacques Chirac assis tout seul sur un banc devant son hôtel.
C'était terrible, ces journées parlementaires de Colmar. Et Jean-Louis s'en souvient aussi bien que moi. Vraiment, c'était Édouard Baladur en majesté. Tout le monde était là à attendre l'arrivée du Premier ministre triomphant, celui dont on disait dans le journal Le Monde. Peut-être n'y aura-t-il même pas besoin d'un second tour à l'élection présidentielle. Et Chirac, c'était le loser, laissé dans un coin. Et je rentre d'un déjeuner, d'un dîner de parlementaire. Et il était assis tout seul sur un banc devant l'hôtel. Et on s'assiait. Et c'est là que je lui dis, et ça rejoint tout à fait ce que disait Jean-Louis, est-ce qu'on doit, est-ce qu'on peut pardonner ?
Je lui dis, tu comprends Jacques ? Parce que moi je le tutoie. Bon, très bien. Je lui dis, tu comprends Jacques ? Les gens se disent, si on vote Chirac et que c'est Baladur qui gagne, Baladur ne... Si on choisit Chirac, Baladur gagne, Baladur ne nous le pardonnera pas. Tandis que toi, tu pardonneras si tu gagnes. Tu es trop gentil. Tu es trop gentil. C'est très vrai. Un jour, je suis avec lui et je lui dis, monsieur, quelle est la différence entre Baladur et vous ? Je ne sais pas. Je ne sais pas. C'est très simple. Baladur ne pardonne jamais. Vous, vous pardonnez trop bien. Et alors il m'a dit, dis, tu as raison. Je lui dis, tu comprends, il faut que tu dises que tu ne pardonneras pas.
Mais après le coup, je me suis dit, est-ce que je lui ai donné un bon conseil si tant est qu'il écoutait mes conseils ? Parce qu'il faut ensuite, quand on est président, malgré tout pardonner. Jean-Louis Messi, il faut faire l'union. Il n'y avait quand même pas, peut-être pas assez de Baladurien dans le gouvernement de 85. Trop gentil. J'aime bien que tu règles des comptes. Trop gentil. Tu n'as rien dit. Tu n'as rien dit. Voilà, mais tu n'en penses pas.
Trop gentil, Jacques Chirac. Sincèrement intéressé par les autres. C'est en tout cas l'impression immédiate que vous avez eue lors de votre première rencontre avec Jacques Chirac. Roselyne, il était ministre de l'Agriculture en visite dans la circonscription de votre père. C'était quelque chose. Trop gentil, intéressé, vraiment. On le voit sur ces images de 1976 en Corrèze tournées par François Rechenbach. C'est important,
vous êtes âge corétienne. C'est fondamental.
C'est essentiel pour moi. C'est ce qui est à la base de mon équilibre. Vous aimez les gens ? J'aime les gens.
Allez.
Je commence parce que sans ça, ça ne marche pas.
Merci. Monsieur Clavier. Merci, monsieur. Merci. Je vous remercie.
Trinquez avec vous. Votre santé, monsieur Clavier. Votre bonne santé, monsieur Clavier.
Jacques Chirac qui fait le service, qui connaît le prénom de tous les... le nom et le prénom des députés. Il avait des petits trucs, Roselyne.
Ah oui, moi, j'avais l'avantage d'être... C'était l'époque où il y avait 5% de femmes à l'Assemblée nationale. Donc, j'étais toujours plus ou moins, on était une ou deux autour de la table de Chirac. Et je regardais, vous connaissez ça aussi, les petits bristoles qu'il y avait sous la serviette. Et alors là, il avait les noms, les prénoms, les surnoms, le nom de la femme, le nom de la maîtresse. Non, non, non. Arrête.
En tout cas, oui, ça m'intéressait.
J'ai entendu dire, comment va Suzette ?
Tu l'embrasseras bien.
Oui, mais enfin, il n'y a pas qu'elle
que tu embrasses, évidemment. Mais ça veut dire que sa proximité, c'était aussi du travail. Il était extrêmement méticuleux, le travailleur.
Il n'était pas méticuleux, il était pire que ça, il était maniaque. Vous savez, Roselyne, je me souviens, ses discours importants, c'était épouvantable. Il y a eu un relu, 15 personnes. Réunion autour d'une table, et il relisait, il corrigeait, il modifiait, etc. C'était, on passait des heures à chaque mot. C'est pour ça que ça nous fait rigoler quand des gens disent je suis l'auteur de tel ou tel discours. Alors franchement, quand un gars vous dit ça, vous pouvez être sûr qu'il ment. On peut y aller. Nous sommes tous des auteurs collectifs. Mais pour tous les détails, une petite histoire.
Je suis à son cabinet au ministère de l'Agriculture et on est reçu par le président déjeuner de l'Assemblée Générale des présidents de chambres d'agriculture. Alors là, on s'erre. Il n'y a rien à bouffer. Chirac préside. Chirac me fait venir et me dit, on va se tailler. Je dis, monsieur, on va partir. Présider. Oui, mais tu vas revenir, tu vas me dire quelque chose à l'oreille, je vais dire que j'ai un coup de téléphone et on s'en va. Je pensais qu'il avait quelque chose d'important à faire. On fait ça, on s'en va. Et il me dit, si on retourne au ministère de l'Agriculture, non, on va bouffer. Et on est allé se taper à l'entre-côte. C'était ça. Il n'était plus président.
Il avait décidé d'aller visiter les forts des Halles. Alors, il me dit, on part de matin à 4 heures. On part à 4 heures, on va au Halle de Rungis, faire des mains, etc. Et il attendait impatiemment le petit déjeuner. Le déjeuner avec les forts des Halles, qui, eux, sont levés depuis 3 heures du matin et qui me mangent de la viande. Et je vois mon Chirac commander une entrecôte de 800 grammes. Il la prend. Je suis à côté de lui. Il me dit, c'est malade ? Il y avait un café et un croissant. Moi, je n'en pouvais plus. On avait bouffé toute la matinée. Je le reconduis chez lui. J'étais inquiet parce que moi, mon estomac, il criait famille. Il criait Halte au feu.
Je l'appelle et je lui dis, qu'est-ce que vous faites maintenant ? Il me dit, je déjeune. Et il me dit, mais qu'est-ce que tu fais ce soir ? Il me dit, je vais essayer de survivre. Il dit, mais non, on fait comme tous les soirs parce que c'est à ce moment-là, après le pouvoir, je vais faire ce soir. On va à la romerie et on va prendre un petit rhum. J'arrive à la romerie, il y avait le petit rhum. Mais il y avait les accras. Les accras, bien sûr. J'en pouvais plus. Mais ça avait parti et il avait envie de communiquer. Et de partager, bien sûr. Et ce jour-là, pardon une seconde, il y avait les étudiants à la romerie. Et il dit, venez.
Et j'ai vu arriver tous les étudiants qui sont installés là et jusqu'à...
Au tour de Jacques Chirac.
Au tour de Jacques Chirac. Et il était heureux. Heureux de parler.
Heureux de partager et très attentif aux autres, Pierre.
Oui, parce que depuis hier et depuis ce commentaire général, presque générique sur la manière de Jacques Chirac d'aller vers les gens, on ne compte plus les hommes et les femmes, connus ou moins connus, qui ont des anecdotes saisissantes, des tranches de vie à raconter sur l'ancien président. Je me souviens avoir été conviée par lui à remettre avec lui les médailles de la famille française. Quand je suis arrivée à l'Élysée, alors que j'étais une ministre très modeste de ce gouvernement, Jacques Chirac était sur le terron, m'a fait le bel bain et m'a emmenée dans les salons d'Élysée.
Je trouvais ça très touchant parce que je n'avais pas l'habitude d'avoir le même genre de considération dans mon propre camp.
Il fallait qu'il aille au contact des gens et il avait une technique très particulière, c'est-à-dire qu'il serrait trois mains à la fois. Quand il avait terminé, il hénissait. Il faisait... Il avait touché le peuple et le peuple l'avait touché. Il était même difficile d'avoir des conflits avec lui. Chaque semaine, Philippe Séguin partait à l'Élysée avec l'intention d'en découdre avec Chirac sur des sujets et sur des points de désaccord. Et quand il revenait, on lui demandait comment ça s'est passé et il répondait en appareil de foot.
Moi, je voudrais raconter une histoire qui m'est arrivée quand j'étais président de Canal avec une vingtaine de chefs d'entreprise. On avait été invité par le président de la République, Jacques Chirac, en 1997, à faire le voyage dans cinq pays du continent sud-américain. Il y a aussi Michel Platini, etc. Moi, je quittais le voyage officiel à Buenos Aires, dans le plus grand hôtel de la ville, là où d'ailleurs legeait le président de la République et on l'attendait ce matin-là. Il y avait le ministre des Affaires étrangères, il y avait 200 journalistes françaises et argentins, etc.
La grande foule, moi, je m'apprêtais à partir, les grandes portes de l'ascenseur s'ouvrent, Claude Chirac sort et demande où je suis. Donc, immédiatement, on dit, l'escure, l'escure, Claude Chirac vous cherche. Elle me dit, le président peut vous dire un mot avant que vous partiez. Les portes s'ouvrent, la grande stature de votre ami, de Jacques Chirac, qui vient, qui dit, ah, vous êtes là, j'ai appris par ma fille que nous avons une amie commune, Madame X, vous savez qu'elle est donc en difficulté en ce moment, qu'elle a un vrai problème, elle est au bord de la dépression. Il me prend par l'épaule, tout le monde se dit, il doit lui parler de Canal, du PSG, de je ne sais quoi.
Et il me disait, puisque vous rentrez, je vous demande instantanément, vous filez la voir, vous lui dites qu'elle tienne bon. Dès que je suis rentré, on la voit tous les trois, on lui trouvera un autre boulot, ce qu'il a fait.
Ah oui, moi, quand papa est mort, c'était incroyable. Il était président de la République, moi, j'étais de ses ministres. Il me téléphonait tous les soirs, à 11h du soir, pour me demander si ça allait, pour me soutenir. Ce qu'il veut, au bout du dixième coup de téléphone, je lui dis, Jacques, écoute, t'es président de la République, t'as autre chose à faire qu'à me téléphoner. Tu sais, je vais surmonter cette épreuve, ça va aller, je te promets. Mais j'ai jamais vu quelqu'un faire ça. Et tu connais ça aussi, Jean-Louis, dans toutes les épreuves qu'on a traversées, épreuves intimes, il était toujours là,
toujours. Ce matin, sur France Inter, Léa Salamé demandait à Alain Juppé sa définition du chiracisme. Je ne vais pas vous poser la question, Roselyne, parce que d'une certaine manière, vous avez donné votre propre définition du chiracisme, c'était en 2002. Vous décrivez vous-même comment ? Comme une anarchiste, libertaire, chiracienne ? Chiracienne, voilà. Une chiraco-anarchiste. Ça fait trois paradoxes. Oui, j'aime bien le paradoxe.
Voilà, chiraco-anarchiste, donc, vous étiez proche de lui, vous disiez tout à l'heure que vous le tutoyez, vous l'avez connu plus de 40 ans, une proximité, 46 ans, une proximité, une franchise, qui vous ont parfois valu quelques couacs, exemple, avec l'affaire du Sonotone.
Ah bah, c'est pas un couac. Mais à bientôt 71 ans, Jacques Chirac doit parfois faire répéter la question. Jacques Chirac porte-t-il un appareil ? À 8h ce matin,
c'est oui. Est-ce que vous confirmez, Roselyne Bachelot, que le président de la République, que vous verrez tout à l'heure, a un appareil auditif ? Il me semble que oui.
Eh bien, c'est une excellente réponse, c'était Roselyne Bachelot.
Quelques heures plus tard, le visage fermé, la ministre évite soigneusement le sujet. Début de soirée, troisième réponse en forme de ni oui ni non. Selon son entourage, le président n'est pas appareillé. Et s'il a testé un appareil un jour pour son confort, visiblement, cela n'a pas été conclu. C'était un sujet tabou, ça sentait ?
C'était un sujet tabou et je trouve d'ailleurs que c'est assez, j'allais dire, stupide de le cacher parce que tout le monde savait. Il y a même eu ensuite des photos de Paris Match qui sont parues où on voyait très clairement l'appareil auditif de Jacques Chirac. Moi, j'étais sur la même ligne au Conseil des ministres, l'appareil auditif était extrêmement visible. Jean-Michel Apathy m'accueillit à froid, c'est vrai. Est-ce que j'aurais dû dire non ? Oui, je ne sais pas, je n'ai rien vu. Mais pour moi, qui m'occupe beaucoup de ces questions-là, porter un appareil auditif à plus de 70 ans, ce n'est vraiment pas un problème.
Mais comment il le vivait, lui, Jacques Chirac ? Vous ne savez pas ?
Alors, moi, je peux dire qu'ensuite, il est venu me voir un conseil des ministres, le conseil des ministres suivant, et il me dit, tu sais, ce n'est pas un appareil auditif que j'ai dans l'oreille, c'est un pansement. Et je lui ai tapé sur la joue et je lui ai dit, écoute, arrête de dire des conneries. Et par contre, Bernadette Chirac, qu'est-ce qu'elle m'a passé ensuite, quelques jours après ? Elle m'a dit, vous en faites de belles, madame. J'avais l'impression que je me ratatinais dans le sol. Mais, voilà, je trouve que c'est de la part des hommes politiques, absurde de cacher ça. Et des femmes. Et des femmes politiques. Des responsables politiques en général.
Enfin, je ne crois pas qu'on en autone encore.
Hein ? Hein ?
Jacques Chirac aimait les Français, on l'a vu, on l'a entendu, et puis vous nous l'avez dit depuis le début de cette émission, eh bien, aujourd'hui, ils sont nombreux à le lui rendre. Une file d'attente ininterrompue devant l'Elysée et dans la cour du palais présidentiel des centaines et des centaines de Français et quelques étrangers également, vous allez le voir, tous rendent hommage à Jacques Chirac depuis hier soir. Ils viennent écrire dans des registres des condoléances qu'on aperçoit sur cette table
dressée dans le vestibule d'honneur devant un portrait du président Chirac et encadré par plusieurs gardes républicains. Nelson Jetten et Mehdi Daès pour cet avou sont allés en rencontrer quelques-uns. Qu'est-ce que vous avez écrit dans ce livre d'or pour rendre hommage à Jacques Chirac ? J'ai préparé un petit brouillon pour ne pas attendre. Je suis mis... Alors dites-moi. Les superbes meurs jeunes, vous aviez donc le temps et si là où vous voyiez Johnny, éclatez-vous. Je le remercie de nous avoir tant aimés, son pays et nous, le peuple. On ressent beaucoup d'amour pour lui, un amour filial, un amour paternel.
Comment vous expliquez que vous soyez autant ému par le décès d'un homme politique, d'un ancien président de la République ? Parce qu'il était sympa, il était très sympathique. Enfin, je ne viendrai pas pour les autres. Pour moi, il n'y a que lui. Je lui ai juste dit Kwaheri, monsieur le président. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire au revoir. C'est... Dans quelle langue ? C'est en maorais. C'était un président qui était très apprécié à Mayotte. D'où vous venez ? Du Japon. On a invité à Paris. Quelle image il a au Japon, Jacques Chirac ? Il est le père de la France. C'est très simple. Je lui ai dit bon, monsieur le président, l'Afrique pleure un père, un ami.
J'ai écrit aussi qu'il a eu des moments douloureux dans sa vie. Vraiment, ça n'était pas facile. La perte de sa fille Laurence. J'espère qu'il va trouver le repos éternel et une grande lumière qui va venir l'aider pour partir dans un autre monde.
Ça vous attendait ? Ce qui est très important, c'est que si vous prenez la presse étrangère aujourd'hui, rares ont été les présidents qui, dans toute la presse du monde, il y a un article sur la mort de Chirac. C'est-à-dire que Chirac avait compris et dans la tradition gaullienne d'une certaine idée de la France. Et Chirac, on a vu des Africains et il avait la conviction que la France c'était l'Europe naturellement, mais que la France c'était aussi la Méditerranée. Il y a autre chose aussi. Là, il avait la conviction qu'il y a une tradition humaniste à l'égard de l'Afrique, à l'égard du Maghreb. Oui, il y a plus que ça.
Il y a évidemment de la politique et une vision, mais d'autres présidents l'ont eu. Dans ce peuple qui est miné par le sentiment d'égalité, on l'a bien vu à travers les gilets jaunes, qui ne supportent pas les élites, tout ce qui peut dépasser les politiques.
Il n'incarnait pas ça.
Oui, non, mais c'était un homme qui avait souffert, qui était couturé, qui avait rencontré des échecs. C'est peut-être ça d'ailleurs que les Français ne supportent pas chez Emmanuel Macron. C'est qu'il surgit il y a 39 ans et il est élu président de la République. C'est insupportable. Les Français, ils veulent bien qu'il y en ait qui les dépassent, mais qu'il les méritait par un parcours de souffrance. Et ce parcours de souffrance, Jacques Chirac l'avait. C'est ça aussi qui explique la proximité avec les Français.
Et pour compléter ce que vous disiez, Jean-Louis Debray, sur l'aura de Jacques Chirac dans le monde, dans le monde méditerranéen notamment, le Liban a décrété un jour de deuil national après la mort de l'ancienne présidente. Mais depuis hier, je ne reçois énormément de témoignages de gens du Maghreb qui avaient compris qu'après la période, qui avait été une période difficile de relation entre cette partie du monde, il y avait là un homme européen qui ne pensait pas qu'à l'Europe, mais qui pensait qu'il y aurait les défis qui vont arriver en Europe dans les années qui viennent, viennent de l'Afrique et viennent de la Méditerranée. Et c'est ça aussi.
Et puis, derrière tout cela, c'est ce refus de la guerre en Irak.
Ce nom à la guerre en Irak. Il reste le héros du nom de la guerre en Irak.
Mais souvenez-vous, une seconde, c'est que tous les chefs d'État étrangers s'étaient rangés derrière les États-Unis. Et en France, tous les politiques l'avaient critiqué, y compris le MEDEF qui avait fait un communiqué disant cette politique d'isolement est absurde. Et il m'avait dit ils sont en train de déstabiliser l'ensemble du monde et ils vont semer des petits Ben Laden partout. Et combien il avait raison.