Anne Hidalgo veut doubler le salaire des jeunes profs - S. Raffy et A. Minc - C à vous - 09/11/2021
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« le doublement des salaires des fonctionnaires »
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« Elle avait 16 ans. Elle s'intéressait déjà à tout un tas... À Gisèle Halimi, à tous ces gens-là, à Simone Veil, etc. »
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« Elle n'élevait jamais la voix, même pour parler d'État de la France, qu'elle juge beaucoup plus qu'inquiétant. »
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« l'hostilité tenace qu'elle voue à Emmanuel Macron »
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« C'est une stratégie politique délibérée, organisée »
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J'ai été très fier quand Manuel Valls était Premier ministre et Anne Hidalgo maire de Paris. Il n'y a pas d'autre pays au monde qui pouvait avoir comme chef de l'exécutif et comme maire de la principale ville deux immigrés devenus français et qui étaient vraiment l'exemple absolu de l'assimilation. C'est un pied de nez dont M. Zemmour devrait s'inspirer. Une fois qu'on a dit ça, j'ai donc un grand respect pour son itinéraire personnel. Reste que le chat de l'aiguille est étroit politiquement et que surtout j'ai été un peu déçu hier à cause de l'estime que j'ai pour elle par la première bêtise qu'elle a dite, c'est-à-dire le doublement des salaires des fonctionnaires.
Et j'ose espérer quand même qu'elle ne nous en sortira pas beaucoup comme ça. Des enseignants. Parce que c'est irréalisable. Elle fera les fonctionnaires au coup d'après.
Mais parce que c'est irréalisable.
On voudrait tous que les profs soient payés trois fois plus, c'est irréalisable. Donc si elle veut incarner la social-démocratie dans ce qu'elle a de respectable, il faut revenir au cercle de la raison, comme on dit aujourd'hui.
Il n'empêche, c'est pas plus mal de faire une proposition qui fait parler, qui du coup déclenche le débat, oblige Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, à s'en mêler, à dire que ça coûterait trop cher, évaluant ça à plusieurs dizaines de milliards d'euros. C'est pas plus mal finalement. Elle fait parler d'elle directement dans... Oui, bien sûr. C'est le grand classique des campagnes électorales. C'est-à-dire qu'on prend un thème qui crante, qui pose problème, qui polémise, qui va occuper le terrain, si on peut dire. Et là, elle a un peu occupé le terrain. Moi, je suis assez d'accord quand même avec Alain Minc. C'est-à-dire que c'est un peu irréaliste.
Rappelez-vous François Hollande en 2016, pendant la 2017, pendant la campagne présidentielle, que Pierre connaît bien. Il avait quand même parlé de « mon ennemi, c'est la finance ». Et c'était une opération politique clairement montée pour faire baisser... 2012. 2012, pardon. Et là, c'est une opération politique. C'est un peu pareil. C'est-à-dire qu'il faut cranter, il faut occuper le terrain. Alors, ceci dit, moi, ce qui m'intéressait chez elle, évidemment, je ne suis pas un polémiste classique. Je m'intéresse, je raconte des histoires. Donc, ce qui m'intéresse chez Anne Hidalgo, et ce que j'ai écrit, c'est une histoire. Et son histoire est un roman extraordinaire. C'est un roman...
Moi, je ne m'y attendais pas, d'ailleurs. Au début, je ne vous cache pas que j'étais moyennement passionné. Je ne croyais pas trop à une réussite possible pour elle, à une candidature présidentielle. Déjà, j'ai commencé à travailler sur elle sans même penser à ça du tout. Et puis, c'est en avançant, en voyant l'incroyable histoire de cette femme, que je me suis dit, il se passe un truc. Elle est en titane, il y a quelque chose... Vous avez vu la force de son ambition. Oui, mais c'est une ambition qui n'est pas née, comme souvent chez les hommes politiques, à 16 ou 18 ans, parce qu'ils sont nés quelque part... C'est au fil de son parcours. Bien sûr.
C'est un parcours d'obstacle absolument inouï qu'elle a vécu. Et donc, ça, c'est quand même très intéressant. Et puis, surtout, un parcours de femme, c'est une féministe de la première heure. Moi, j'ai découvert les premiers moments où elle allait place des Célestins dans la première librairie des femmes en France. Elle avait 16 ans. Elle s'intéressait déjà à tout un tas... À Gisèle Halimi, à tous ces gens-là, à Simone Veil, etc. Elle a toujours été habitée par cette question de l'égalité homme-femme. Son parcours, il est très lié à tout ça.
Juste pour revenir aux chiffres que citait Patrick sur le fait qu'elle est parmi les personnalités de premier plan qui suscitent les opinions les plus hostiles. Ça, c'est un sacré... C'est ça qui est intéressant, justement. Moi, ce qui m'intéresse, c'est comment on peut en même temps être adulé par une partie de la population et en même temps détesté. Comment on peut prendre autant de coups sur sa gestion parisienne et en même temps être réélu ? Toutes ces questions-là, il y a un mystère, Hidalgo, autour d'elle. C'est une entrée en campagne calme, presque zen, qu'a voulu faire la maire de Paris hier soir aux 20h de France 2.
Elle n'élevait jamais la voix, même pour parler d'État de la France, qu'elle juge beaucoup plus qu'inquiétant. Je pense qu'il faut porter un message, porter des solutions nouvelles parce que le pays ne va pas bien et parce qu'il y a beaucoup de désespérance, de désespoir, beaucoup de souffrance aussi. Une France où beaucoup de gens ne se parlent plus, où beaucoup de gens ont perdu confiance. Une France dans laquelle il y a beaucoup de mépris, de mépris pour ceux qui ont été les premières lignes et qu'on ne considère pas. Les cinq années qui viennent de se passer auraient dû servir à cette grande transformation et à refaire du dialogue. Et le pays est divisé comme jamais. Alain Manc.
Alain Manc.
J'ai toujours été surpris par l'hostilité viscérale d'Anne Hidalgo pour Macron qui a commencé par un discours aberrant le jour de l'intronisation royale de Macron. C'est la France. Le roi va à l'hôtel de ville et elle lui donne un cours de maîtresse d'école dont je pense qu'elle le regrette. Elle fait un discours d'opposante. Elle fait un discours d'opposante. Et donc je trouve qu'il y a derrière ça, parce qu'on en a dit beaucoup de miens, mais il y a chez tout le monde quand même une balance de qualité et de défaut, une espèce de haine bizarre de classe. Je veux dire, Macron, ce n'est pas un aristocrate, c'est un type qui s'est fait scolairement à la force du poignet.
Et donc ça m'a un peu déçu de sa part et je regrette beaucoup qu'elle n'ait pas cherché le compromis historique, comme disaient autrefois les communistes italiens, avec lui.
Vous l'évoquez dans ce livre, l'hostilité tenace qu'elle voue à Emmanuel Macron. C'est très intéressant le discours d'investiture, parce que j'ai eu exactement la même réaction qu'Alain Minc au moment où ça s'est produit. Et puis en écrivant le livre, je lui avais dit d'ailleurs, je lui avais dit à Anne Hidalgo, mais c'est hallucinant cette réaction aussi violente. Ah, tu trouves que j'étais violente ? Je lui dis, bah ouais, quand même, c'est le président de la République. Je lui dis, c'est marrant parce que moi, j'ai apaisé le jeu, au contraire, parce que certains de mes conseillers me disaient d'y aller mollo. Je lui dis, ah bon, tu vas mollo, c'est ça.
Et j'ai revu cette scène-là, et je le raconte dans le livre, après, pendant l'écriture du livre, et là, j'ai découvert un truc incroyable. J'ai dit, mais j'ai rien compris, en fait, au film. C'est-à-dire que dans cette période-là, elle y va parce qu'elle a déjà choisi, elle sait qu'elle va lui rentrer dans l'art pendant tout son quinquennat. C'est une stratégie politique délibérée, organisée, avec cette idée qu'à Paris, on est des rebelles, on est contre le pouvoir central, etc. C'est une stratégie politique complètement pensée. Et j'ai revu la scène. Il s'était amorcé autour de la loi Macron et de l'ouverture des commerces le dimanche. Même avec Hollande aussi.
Sur les questions sur lesquelles elle a fini par capituler. Et vous regardez cette scène, je vous verrai, elle est assez amusante, juste une seconde, il y a eu une guerre autour de la Marseillaise entre eux. Ah oui. C'est-à-dire que quand la Marseillaise est entonnée à la fin des discours, elle chante à pleine voix, Macron ne dit rien, il ne chante pas, il regarde les images, il voit les caméras, il comprend qu'elle est en train de gagner la bataille de la Marseillaise et il se met à susurrer la Marseillaise. Et là, je me suis dit, la bataille...
Là Serge, vous êtes prisonnier de votre idole. Non. Le jour de l'intronisation de Macron, c'était Macron qui était intronisé. C'est l'inverse.
Je l'avais trouvé épouvantable. Simplement, je pense que c'était une tactique. Vous écrivez une femme avec un caractère...
Mais qu'elle magnétise un vieux singe comme vous prouve qu'elle est très forte. Vous êtes magnétisée quand même, Serge Raffin. Parce que si vous avez lu le livre, ce n'est pas du tout un livre...
Un peu magnétisé. Ce n'est pas un livre magnétisé quand même.