Conférence de presse conjointe du Président Emmanuel Macron et du Président Frank-Walter Steinmeier.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 14:01OuverteRéponse directe
La montée des nationalismes en France et en Allemagne : les scandales de l'extrême-droite affaiblissent-ils durablement ces mouvements ?
- 16:02RelanceRéponse directe
Face au RN, est-ce que le pluralisme ou le duel avec Marine Le Pen est la meilleure stratégie ?
- 18:03OuverteRéponse directe
Des personnalités politiques allemandes estiment que les relations franco-allemandes sont mauvaises. Quelle est votre analyse ?
- 20:04OuverteRéponse directe
Quelles mesures pour lutter contre la montée des extrêmes en Europe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 16:40Emmanuel MacronFait
« Les extrêmes droites en Europe au pouvoir depuis cinq ans : appauvrissement, divisions, soutien de la Russie, abandon de l'Ukraine et moins de démocratie. »
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Bienvenue au point de presse à l'occasion de la venue du président français Emmanuel Macron en Allemagne, conjointement avec le président Steinmeier. Il y aura deux discours liminaires et après, la possibilité de poser des questions. Monsieur le président fédéral a la parole, Mesdames et Messieurs, merci.
Je suis très heureux d'accueillir ici un ami. Monsieur le Président, je me réjouis de pouvoir vous accueillir pour cette visite d'État, une visite d'État 24 ans après la dernière visite d'État de la France. Je me réjouis que vous soyez là.
L'amitié franco-allemande revêt une grande importance pour nos deux pays. L'amitié franco-allemande est, pour le dire de manière plus claire, vitale pour nos deux pays et pour l'Europe. L'amitié a grandi ces dernières années, ces dernières décennies, et contient aussi l'histoire de deux guerres déclenchées par l'Allemagne, de la [INAUDIBLE], du rapprochement, pour arriver à ce que nous pouvons aujourd'hui appeler l'amitié.
Les expériences des dernières années représentent aussi un engagement pour l'avenir. C'est ce qu'attendent les personnes de nos deux pays et c'est également ce qu'attendent nos amis, nos voisins, en Europe. "Celui qui d'un coup de maître a réussi à être l'ami d'un ami", a écrit Schiller dans son Hymne à la joie.
Je suis d'avis qu'avec notre amitié franco-allemande, nous avons réussi à réaliser un véritable coup de maître, cher Emmanuel. Je vous dis mon allégresse. Dans la vie quotidienne, chers amis, nous n'avons souvent pas la possibilité de célébrer comme il convient cette amitié extraordinaire.
Je suis donc d'autant plus heureux que nous avons maintenant trois jours pour le faire à Berlin, à Dresde et à Münster, et nous le faisons dans le cadre de la forme de visite la plus haute à notre disposition, la visite d'État. Merci, cher ami Emmanuel, d'avoir accepté mon invitation. Et puisqu'on parle de jubilation et de célébration, nous avons visité la Fête de la démocratie, ici à Berlin, pour célébrer conjointement notre double anniversaire franco-allemand, le 75ᵉ anniversaire de notre loi fondamentale et le 35ᵉ anniversaire de la révolution pacifique et de la chute du Mur.
Pour moi, c'est un grand honneur, une joie, et aussi en même temps une preuve particulière de notre amitié que nous célébrions aujourd'hui, conjointement, ces événements phares de l'histoire de l'Allemagne, et avec l'invitation à l'anniversaire de notre démocratie, j'aimerais te signaler, à toi et à tes compatriotes, que le cœur des Allemands bat pour l'amitié franco-allemande. Nous avons également pris en compte les deux grands événements, avec l'Euro 2022, en Allemagne, et les Jeux olympiques et paralympiques à Paris. Nous nous rapprochons donc d'un été franco-allemand du sport, sans précédent, qui je l'espère nous donnera à tous de nombreuses raisons de célébrer.
Ce sera peut-être plus le cas pour l'un que pour l'autre. On verra. Le fait que tu dédies la deuxième journée de ta visite d'État pour mieux connaître le Länd de Saxe, c'est un signal fort.
C'est une région qui est très liée à la France, cela vaut surtout pour Dresde. Des personnes, à l'est de l'Allemagne, ont risqué leur vie il y a 35 ans pour faire chuter le Mur, et c'était la première révolution pacifique de l'histoire allemande. Depuis lors, ils ont fait des expériences marquantes de changements, de bouleversements, de pertes et de nouveaux départs, et la ville de Dresde associe aujourd'hui de manière unique les traditions d'une vie de résidence historique et la modernité industrielle et culturelle.
Nous comprenons ta visite comme un signe particulier de ton estime pour cette région et pour les Länder de l'Est en général. Et je pense que tu places encore un autre signe de cette manière. L'est de l'Allemagne est en même temps le centre de l'Europe, une Europe, 20 ans après l'élargissement à l'Est de l'Europe, de plus en plus marquée par les expériences faites à l'est de l'Europe, marquée par les espoirs, mais au plus tard, depuis l'agression brutale de la Russie contre l'Ukraine, aussi par les peurs de cette région.
Je pense que c'est bien que tu t'adresses aux personnes, dans l'est de l'Allemagne, au cœur de l'Europe, que tu t'adresses directement aux jeunes. Demain, en Saxe, nous allons aussi échanger avec des citoyennes et citoyens. Beaucoup de sujets d'espoir, de préoccupations, qui concernent les personnes dans cette région, ressemblent aux préoccupations des Français.
Et surtout, nous allons célébrer l'Europe comme il convient, lors de la fête de l'Europe à Dresde, en ce moment où nous nous trouvons à la veille des élections européennes. C'est une année importante pour la démocratie en Europe. Nous sentons que nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis, mais nous devons défendre ce qui nous tient à cœur.
Les Allemands et les Français en particulier, savent que la liberté, la paix et la démocratie ne tombent pas du ciel, mais doivent être réalisées, négociées, défendues et consolidées. Notre histoire nous apprend que là où des structures démocratiques font défaut, l'humanité et la raison politique s'étouffent. Il n'est pas surprenant que ceux qui mettent en question la liberté, les droits de l'homme et la démocratie mettent également en question le projet européen.
C'est seulement dans une Union européenne forte que nous aurons suffisamment de poids pour défendre notre liberté et notre démocratie dans un monde qui est devenu incertain. Et c'est pourquoi, cher Emmanuel, nous avons encore un message très concret, que nous voudrions lancer à tout un chacun. Dites oui à l'Europe.
Allez voter le 9 juin. Une Europe forte sur le plan économique et résiliente, c'est ce dont nous avons besoin. C'est une tâche centrale pour l'Allemagne, et je pense aussi pour la France.
Nous nous trouvons à l'aube d'une nouvelle ère où la vie va changer et nous ressentons déjà aujourd'hui les changements. Il y a le changement climatique, il y a l'intelligence artificielle qui pénètre notre vie. Conjointement avec la France et avec nos partenaires au sein de l'Union européenne, nous voulons façonner cette nouvelle ère et partir vers un avenir sans combustibles fossiles, durables et numériques, qui reste un endroit agréable pour les personnes.
C'est la raison pour laquelle nous allons aussi nous concentrer sur l'innovation et la compétitivité à Dresde. Nous allons nous concentrer sur la recherche de pointe et l'intelligence, et je pense que nous allons retrouver des scientifiques extraordinaires. Cher Président, nous parlons de l'avenir, mais nous n'allons pas oublier l'avenir le 10 juin.
Nous allons nous retrouver à Oradour-sur-Glane pour commémorer le massacre le plus atroce de la SS en Europe de l'Ouest. Notre histoire franco-allemande des dernières années, de l'Élysée jusqu'à Aix-la-Chapelle, a été marquée par le [INAUDIBLE], la conciliation, le rapprochement et l'amitié qui a grandi. Autrement dit, pendant de longues années, nous nous sommes regardés les uns les autres.
Maintenant, nous regardons conjointement vers le monde, un monde qui nous place tous les deux devant des défis énormes. Nous devons mettre un terme au changement climatique. Nous voulons gérer la transition numérique et écologique tout en étant obligés de gérer en même temps des guerres et des conflits, nous en avons parlé, la situation géopolitique est plus dangereuse que jamais depuis la fin de la guerre froide.
Mais il est également vrai que l'agression russe contre l'Ukraine a davantage rapproché les États de l'UE et de l'OTAN. Nous sommes unis et nous nous serrons les coudes. La stratégie d'usure de la Russie ne doit pas être couronnée de succès.
Nous allons continuer à soutenir de manière déterminée l'Ukraine, dans sa lutte de défense et nous disons à l'Ukraine qu'elle peut compter sur notre soutien, sur le soutien européen. Cher Emmanuel, la guerre russe, la terreur semée par le Hamas et les souffrances à Gaza et les élections aux États-Unis qui approchent, nous ne savons pas ce que cette année nous réserve, mais je suis sûr que si la France et l'Allemagne sont soudées, s'il y a de la confiance et la volonté de la coopération entre Paris et Berlin, à ce moment-là, nous allons relever des défis, passer par ces périodes difficiles, à l'heure actuelle, en Europe. Avec cette visite d'État, si nous pouvons apporter notre contribution à la confiance et à l'engagement entre nos deux pays, avec cette visite d'État, alors je serai un hôte très satisfait.
Je suis convaincu que ces temps difficiles montrent ce qu'il y a de meilleur en nous, et le meilleur en nous c'est ce que nous avons en commun. Je te souhaite encore une fois cordialement la bienvenue. Bienvenue en Allemagne, bienvenue à Berlin.
Merci beaucoup, Monsieur le Président, cher Frank-Walter. Mesdames et Messieurs, je suis à la fois heureux et très honoré d'être aux côtés du président Steinmeier aujourd'hui, dans le cadre de cette visite d'État, vous l'avez rappelé 24 années après celle effectuée par le président Jacques Chirac, en juin 2000, et je vous remercie pour votre accueil extrêmement chaleureux pour mon épouse et moi-même, et pour nous avoir permis aussi, pour la première fois, de participer à la clôture des célébrations organisées pour les 75 ans de la Loi fondamentale allemande, la Grundgesetz, et d'avoir pu échanger avec en particulier les plus jeunes, tout à l'heure, lors de cette fête de la démocratie. Et j'ai pu mesurer combien l'attachement à celle-ci était vibrant, vivant, ce qui est pour moi une source de réconfort.
Donc merci pour ce privilège que vous nous avez réservé. Vous venez de le dire, Président, et je reprendrai par la fin de vos propos, notre relation, elle est évidemment enracinée dans un passé commun qui est fait de cultures, de liens, de respect, d'estime, de Schiller a Goëthe, en passant par nos propres poètes ou nos philosophes. Elle est liée aussi par des traces difficiles de l'histoire.
Nous étions côte-à-côte il y a quelques années, au Hartmannswillerkopf, pour honorer la mémoire du premier conflit mondial, et vous avez accepté d'être mon invité le 10 juin prochain, à Oradour-sur-Glane, dans deux semaines, pour commémorer le massacre qui s'y est déroulé. Et nous serons également ensemble au Mémorial de l'Holocauste demain pour aussi montrer l'engagement de notre jeunesse et ce que l'OFAJ a pu faire pour poursuivre cette mémoire. Et je veux ici saluer ce travail.
Nous aurons aussi l'occasion de le faire aux côtés de Serge et Beate Klarsfeld. Mais cette année est aussi marquée par beaucoup de rendez-vous. Il y a un peu plus de 60 ans, deux éminents prédécesseurs, le chancelier Adenauer et le général Charles de Gaulle signaient le traité de l'Élysée, scellant notre réconciliation, une capacité à embrasser l'avenir.
Il y a cinq ans, nous signions avec la chancelière Angela Merkel le traité d'Aix-la-Chapelle, et fixant le cadre renouvelé de cette convergence franco-allemande. Et donc, oui, en ce moment même où nous fêtons les 75 ans de votre loi fondamentale, les 35 ans de la réunification allemande, il y a matière à voir tout le chemin parcouru par l'Allemagne, par l'amitié franco-allemande qui a, ce faisant, permis le cheminement européen. Et certes, si l'amitié franco-allemande ne peut pas tout, et ne résume pas l'Europe, elle permet l'Europe.
Et c'est bien parce qu'il y a eu cette réconciliation franco-allemande que l'Europe a pu se bâtir. C'est bien parce qu'il y a eu cette volonté d'avancer ensemble à chaque étape, du Covid à la réaction face à la guerre en Ukraine, que nous avons pu justement avancer ensemble en Européens. Et c'est pourquoi être à vos côtés aujourd'hui, c'est célébrer en quelque sorte les entrelacs de ces amitiés marquées par ces étapes et ces traités des dernières décennies, mais c'est au fond un peu comme vous le disiez tout à l'heure lorsque nous débattions à cette fête de la démocratie, marquer résolument que l'un et l'autre, nous ne sommes pas habitués.
On pourrait dire qu'il y a quelque chose qui est de l'ordre du rite, de la figure imposée, parfois du rituel, dans l'amitié franco-allemande. On a créé tellement de formats communs. Il n'y a aucune évidence.
Et l'histoire millénaire de nos pays et même de notre continent montre que les dernières décennies sont une aberration historique. Et donc nous, nous sommes des engagés. Nous sommes des engagés de l'amitié franco-allemande et ce faisant, de l'amour de l'Europe.
Ça veut dire que ça suppose, comme on le voyait tout à l'heure, oui, d'aller au-delà, parfois des différences, quelquefois des désaccords. Je crois pouvoir dire que nous n'en avons jamais eu l'un et l'autre, quelles que soient nos conditions et nos compétences successives depuis maintenant plus de dix ans que nous nous connaissons. Mais ça veut dire aussi qu'il n'y a pas d'habitudes à prendre, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, mais toujours une amitié à réinventer, et à la mettre à l'épreuve du quotidien.
Et je crois que c'est ce que cette visite d'État doit nous apprendre à faire, à la fois avec les moments très symboliques et amicaux, nous venons de le faire et nous allons poursuivre avec le sport puis le dîner d'État aujourd'hui, mais avec aussi la capacité à embrasser des sujets nouveaux. C'est pour cela que je suis très heureux d'être demain le premier président à me rendre à Dresde et justement, dans le cadre d'une telle visite, à aller du côté est de l'Allemagne pour marquer cet engagement et cet engagement européen, la défense de nos valeurs démocratiques, la vitalité de ces idées démocratiques et l'avenir de l'Europe. Et dans cette ville martyre, puis reconstruite, qui est devenue aujourd'hui l'épicentre de cette Silicon Saxony, de voir que nous pouvons bâtir des coopérations pour demain et embrasser un des défis que vous avez évoqués.
Nous signerons des coopérations importantes en matière d'intelligence artificielle, de numérique, de lutte contre le réchauffement climatique et d'espace. Et nous aurons, à cet égard, le Fraunhofer, le Commissariat à l'énergie atomique, de grandes entreprises franco-allemandes, comme The Exploration Company, qui signeront des contrats importants sur chacun de ces grands sujets. Nous aurons l'occasion aussi de débattre avec les jeunes talents de nos deux pays de l'initiative Génération Europe, portée par l'Office franco-allemand pour la jeunesse, ou encore la jeunesse réunie par les autorités du Länd de Saxe, pour la fête de l'Europe, ce qui est un rendez-vous, je crois aussi important, quelques semaines avant justement le 9 juin, vous l'avez rappelé, et nous défendrons l'importance pour cette jeunesse de s'engager pour l'Europe, des projets concrets et l'avenir.
Et les coopérations entre nos deux pays ne manquent pas, mais là aussi, nous les poursuivrons. L'objectif de cette visite d'État est, de manière très pratique, d'aller plus loin. Les trains de nuit relient depuis quelques mois Paris et Berlin.
C'est le fruit de notre engagement de ces dernières années. Ils avaient été abandonnés. Nous les avons réinventés et rouverts.
L'accord pour faciliter la mobilité de nos apprentis, les échanges culturels du spectacle vivant, jeux vidéo, livres, débats d'idées, audiovisuel et médias permettront d'aller plus loin. Nous allons aussi porter une ambition commune pour Arte, et en faire une vraie plateforme européenne, en finançant, mais en appelant aussi notre Europe à financer davantage de coproductions pour faire d'Arte, véritablement, cette plateforme qui pourra produire des contenus pleinement européens et permettre à l'ensemble de nos compatriotes, partout en Europe, d'avoir justement davantage de séries, de créations cinématographiques, de reportages qui viennent de ce projet franco-allemand qui a si bien grandi. Et puis, je me réjouis de donner le coup d'envoi de l'été franco-allemand du sport à vos côtés, dans quelques instants, l'Euro de football de la mi-juin à la mi-juillet, puis les Jeux olympiques et paralympiques de fin juillet à début septembre, dans nos deux pays, avec des rendez-vous particuliers.
Vous l'avez dit, parfois, nos équipes seront peut-être en compétition. Et malgré tous les mots d'amitié sincères que nous évoquons, il est clair que si la route des Bleus venait à croiser celle de la Mannschaft, nous aurons 90 minutes d'opposition amicale et respectueuse. Enfin, cette visite d'État intervient, je le disais, à un moment clé pour l'Europe et vous l'avez parfaitement rappelé.
Nous avons à faire face depuis deux ans au retour de la guerre sur notre continent, depuis la guerre d'agression de la Russie lancée en Ukraine. Nous avons des défis inédits pour relever la transition climatique et celle aussi de l'intelligence artificielle. Nous avons à faire face à une volonté impérialiste en Europe, à un retour de la violence et du non-droit et à des défis inédits pour préparer notre avenir.
Ceci suppose en quelque sorte un sursaut franco-allemand. Sursaut, nous l'avons eu dès les premiers jours de la guerre d'agression, mais qui consiste à aller encore plus loin. Nous l'évoquions ensemble et nous avons pris des positions fortes.
Nous l'évoquerons demain dans un conseil conjoint de défense et de sécurité, qui suppose de continuer jusqu'au bout à aider l'Ukraine à résister, à l'équiper, à l'accompagner, à former, à être prêts aussi à tous les scénarios pour bâtir une paix durable, c'est-à-dire une paix respectueuse du droit international. Et je le dis parce que j'aurai l'immense honneur d'être à vos côtés à Münster mardi pour le Prix de la paix de Westphalie : être du côté de la paix aujourd'hui, c'est donner la force au droit. La paix n'est pas la capitulation.
La paix n'est pas l'abandon des principes, confusion qu'on a trop souvent vue dans les débats collectifs. La paix, c'est donner la possibilité à un pays de défendre ses frontières et sa souveraineté, le droit international, pour bâtir une paix durable. C'est le camp que nous avons choisi, celui du droit dans la durée.
Et puis, relever les défis que j'évoquais, c'est aussi bâtir une feuille de route franco-allemande pour la croissance, la compétitivité. Ce sera au cœur du Conseil des ministres franco-allemand que nous aurons à Meseberg, avec le chancelier Scholz, mardi après-midi, le 24ᵉ du nom, pour justement bâtir une stratégie ambitieuse sur ces différents sujets, permettant aussi d'y répondre en termes d'investissements. Je ne veux pas être plus long, mais vous l'avez dit, Monsieur le Président, cher Frank-Walter, c'est la première visite d'État d'un président français en Allemagne depuis 24 ans.
C'est sans doute trop long, mais c'est une occasion inédite, dans un moment si grave, de dire la force de notre amitié, de redire notre volonté de la nourrir, de la cultiver, de lui donner en quelque sorte de nouveaux objets, de nouvelles perspectives, et de dire aussi à l'Europe et au monde que ce couple en est un. Il n'est ni vieux, ni jeune, il est vivant, exigeant, ambitieux, ambitieux pour nos deux pays, ambitieux pour notre Europe et ambitieux parce que je suis convaincu que nos deux pays portent quelque chose qui est un peu plus grand qu'eux-mêmes, une certaine idée de l'universel, celle qu'il y a dans l'Hymne à la joie, que nous aimons tant en France, et qui est le fruit du génie de vos poètes et de vos compositeurs. C'est ce chemin-là dans lequel nous croyons et que nous continuerons de faire avancer.
Merci infiniment pour votre accueil et cette visite d'État qui, je l'espère, par ces différents projets et les décisions que nous y formerons, permettra à l'Allemagne et à la France d'avancer, à notre Europe de le faire et ce faisant de servir un peu des causes communes du monde. Merci Franck-Walter. Merci.
Nous avons maintenant quatre questions. La première question [INAUDIBLE] France Télévisions. La France comme l'Allemagne sont confrontées à la montée des nationalismes.
Alors, Monsieur Steinmeier, les nombreux scandales qui secouent ces derniers mois l'extrême-droite, pensez-vous que ces scandales peuvent l'affaiblir durablement ? Et puis, questions à vous, Monsieur le Président français. Vous avez encore tout à l'heure dénoncé la montée des nationalismes.
Est-ce que la meilleure façon de lutter contre le lutter contre le Rassemblement national ne serait pas de faire vivre le pluralisme, comme le réclament les différents candidats, plutôt que d'entretenir le duel avec Marine Le Pen ? Et puis vous dites que vous prenez les adversaires que les Français vous donnent. Alors si l'on suit cette logique, seriez-vous prêts à débattre avec Raphaël Glucksmann, qui talonne le camp présidentiel ?
Merci beaucoup. Merci pour cette première question, qui s'est adressée à moi, par rapport à la situation politique en Allemagne. Oui, en effet, je voyage beaucoup dans notre pays et je ressens bien évidemment aussi cette insatisfaction, surtout dans les régions qui sont loin des capitales.
Oui, nous faisons une expérience étrange en la matière, aussi en tant qu'homme politique. D'une part, il y a des hommes et des femmes politiques, aussi d'autres, qui parlent de plus en plus, qui envoient des posts, qui partagent des choses, qui écrivent des emails, et en même temps il y a de plus en plus de personnes qui ont l'impression que l'on n'est pas à leur écoute, qu'ils ne sont pas perçus. Moi, j'ai tiré les conclusions suivantes.
J'ai dit qu'il fallait rapprocher la politique des personnes. Nous ne pouvons pas partir du principe que les bonnes choses seront diffusées par les médias sociaux, et c'est la raison pour laquelle nous avons pris la décision suivante il y a deux ans, donc, nous allons transférer ma résidence régulièrement nous allons sortir de ce beau bâtiment et nous allons nous rendre pour quelques jours dans des régions, dans des petites villes et des villes moyennes, pour mener des dialogues avec les personnes, de manière directe, et pas par le biais des médias sociaux. Non, il s'agit vraiment de discussions directes.
Je pense que la politique doit être présente auprès des médias, aussi à l'extérieur des grandes villes, à l'extérieur de la capitale fédérale ou des capitales des Länder. Ce n'est pas une réponse à toutes ces questions, mais cela pourrait apporter une contribution à l'objectif de rapprocher davantage la politique des personnes. Sinon, le président Macron l'a dit, nous sommes à la veille des élections présidentielles et des élections européennes, et il s'agit maintenant de la chose suivante.
Donc, demain après-midi il y aura votre discours à Dresde, Monsieur le Président, qui s'adressera à la jeunesse européenne. Il s'agit pour nous de créer une alliance des démocrates, de renforcer cette alliance pour contredire ceux qui attaque la démocratie et l'Europe. Bien.
Je suis un grand défenseur du pluralisme. J'y crois, je pense que c'est la force de nos démocraties. J'ai d'ailleurs aussi toujours prôné, précisément par le respect des idées des autres, le dépassement politique qui est au cœur même de ce que, depuis maintenant huit ans, j'ai bâti, permettre, au-delà de faire vivre le pluralisme dans le champ politique français, d'aider même des femmes et des hommes qui n'ont pas forcément les mêmes idées à bâtir ensemble.
J'ai eu l'occasion à deux reprises de défendre mes idées, dans un cadre pluraliste, celui d'une élection présidentielle. Ce que je rappelais simplement à certains de vos confrères, c'est que ce n'est pas moi qui ai choisi un adversaire, qui est l'extrême-droite, ce sont les Français qui me l'ont donné à deux reprises, au deuxième tour de l'élection présidentielle. Je ne suis pas candidat aux élections européennes, et donc je ne cherche pas à débattre dans le pluralisme, avec tous les candidats aux élections européennes.
La tête de liste de la majorité présidentielle le fait et le refera. Par contre, contrairement à beaucoup, je ne m'habitue pas à l'idée que le Rassemblement national serait un parti comme les autres. Et donc, quand il est placé en tête des sondages, je considère que ce parti, qui par ses idées menace l'Europe, précisément parce qu'il est anti-européen par construction et nationalisme, eh bien c'est la responsabilité du Président de la République de lever ces ambiguïtés.
C'est dans ce cadre-là que j'ai proposé ce débat, exceptionnel mais assumé, et strictement dans ce cadre-là. Donc vive le pluralisme et vive tous les candidats ! Mais vive aussi la défense de l'idée de République, la démocratie et l'Europe.
Et ne faisons pas de confusion en mettant tout le monde sur le même pied. C'est la position que j'ai toujours défendu, celle que je continuerai de défendre. C'est pour ça que, défenseur de l'Europe, je considère que c'est ma responsabilité particulière de m'engager dans le débat européen, même comme président, pour démasquer si je puis dire les idées du Rassemblement national, comme l'a d'ailleurs fait le Premier ministre il y a quelques jours.
Et c'est important parce que je le rappelais tout à l'heure, le paradoxe dans nos pays, c'est que les extrêmes, en particulier les extrêmes droites et les mouvements nationalistes. apparaissent séduire, mais souvent nos compatriotes oublient que si ces partis avaient été aux responsabilités, tout ce qui est le salut de l'Europe ne serait pas. Si le Rassemblement national et ses confrères, l'AfD ici et tous les extrêmes, avaient été aux manettes pendant les cinq dernières années, pas de vaccin européen.
Sputnik ici, chloroquine ailleurs. Pas de réaction face à la guerre d'agression russe en Ukraine, soutien à la Russie, abandon de l'Ukraine immédiat. Pas de plan de relance européen.
On est nationalistes. Défense chez nous. Pas de pacte d'asile et d'immigration pour protéger nos frontières communes, là où la France et l'Allemagne, je le rappelle, n'ont aucun immigré qui arrive sur notre sol par parachute ou par mer, ils arrivent par d'autres frontières, et donc il faut de la coopération européenne.
Et donc rien de leur discours ne tient et aurait juste accru les situations difficiles que nous avons connues. Avec les extrêmes droites en Europe au pouvoir depuis cinq ans, appauvrissement, divisions, soutien de la Russie, abandon de l'Ukraine et moins de démocratie. C'était ça le bilan.
Et donc on ne peut pas venir plaider en quelque sorte un plan, en prenant tous les dividendes de ceux qui ont fait le contraire, en disant : "ça va bien se passer avec nous". C'est trop simple, il faut le démasquer et le débusquer. Voilà.
Mais c'est la différence que je fais avec tous les autres candidats du champ républicain. C'est le travail des têtes de liste de débattre avec eux. La deuxième question, Monsieur le Président fédéral, vous avez tous les deux parlé de l'importance particulière des relations franco-allemandes.
Il y a aussi des personnalités politiques en Allemagne qui disent que les relations étaient particulièrement mauvaises à l'heure actuelle. Quelle est votre réponse ? Quelle est votre propre analyse ?
Monsieur le Président, vous venez de prononcer votre deuxième grand discours sur l'Europe à la Sorbonne. En ce qui concerne votre premier discours, vous n'avez pas reçu de réponse de la part de l'Allemagne. Sur la deuxième, pas vraiment non plus.
Est-ce que vous êtes déçu et quelles sont vos attentes envers Berlin ? Le président français vient de le dire, nous nous connaissons depuis longtemps. Avec Emmanuel, nous avons fait connaissance à un moment où nous n'avions pas de fonction officielle, il y a douze ou treize ans.
Nous étions souvent en contact et une relation politique s'est forgée. Et moi, je peux dire pour moi-même qu'une amitié s'est forgée. Et lorsque nous faisons une rétrospective, nous constatons qu'il y a à peine une année où nous n'avons pas déploré la situation des relations franco-allemandes.
Je pense qu'il y a un malentendu dans ce contexte. J'aimerais contredire ce malentendu. Souvent, on a l'attente suivante : les États de l'Union européenne, et surtout la France et l'Allemagne sont censés avoir toujours le même avis, mais nous sommes deux pays différents, nous avons une histoire différente, différentes traditions, et oui, nous avons aussi différents intérêts.
Et je pense que le progrès, en matière de civilisation, de l'Union européenne, de l'intégration européenne est selon moi cette possibilité, ce fait que nous ayons trouvé des possibilités de trouver des solutions communes, même si nous avons des avis différents. Cela ne fonctionne pas toujours, c'est vrai, mais lorsque je prends en compte ces dernières semaines et mois, il y a eu des avancées en matière de projets d'armement. Pas seulement des progrès.
Il y a eu aussi l'entente franco-allemande, par rapport à la gestion du pacte de stabilité, et c'était, en fin de compte, la base pour un compromis au niveau européen. Cela demande beaucoup de travail, cela demande aussi de l'engagement, mais moi je ne pense pas et je ne vois pas les relations franco-allemandes comme aussi critiques qu'on peut le lire. J'attends que nous fassions preuve d'ambition.
Donc là où il y a toujours des divergences, nous devons essayer de nous retrouver. D'abord je voulais dire pour moi-même que j'ai forgé la même amitié à l'égard de Frank-Walter, depuis toutes ces années. Ensuite, vous parliez du discours de la Sorbonne et d'une absence de réponse.
Je ne suis pas sûr d'être totalement d'accord. Il n'y a pas eu de réponse formelle, mais c'est très compliqué de répondre formellement au discours d'un autre dirigeant, mais il y a une réponse en actes. J'appelais de mes vœux à une Europe plus unie, plus souveraine, plus démocratique.
Deux ans et demi après, avec la chancelière Merkel d'abord, six mois après avec la chancelière Merkel, nous avons battu des projets et bâti des projets industriels communs, sur l'hydrogène, sur la batterie, etc, qui ont permis d'avancer en Europe, dès avant le Covid. Ensuite, ensemble, quelques semaines après le début du Covid, on semble l'avoir oublié, mais là où nous avions mis des années à réagir à la crise financière, à trouver un cadre, quelques semaines après la crise du Covid, en Franco-Allemands, on a bâti un plan de relance. On a dit : on va emprunter ensemble de l'argent, ce que j'appelais de mes vœux à la Sorbonne, et on va ensemble emprunter cet argent pour le commun.
Et c'est ce qui a permis ensuite d'avoir un succès au Sommet de juillet 2020 en Europe. C'est la plus belle des réponses. On l'a fait.
Et ensuite, avec le chancelier Scholz, quelques jours après l'agression russe en Ukraine, on a décidé des sanctions et puis après on a européanisé la chose, et ensemble on a décidé sur le chemin de Kiev, avec deux collègues, mais ensemble, c'est parce qu'il y a eu cet accord franco-allemand, d'ouvrir la candidature pour l'Ukraine à l'accession à l'Union européenne. Europe plus souveraine aussi. Europe qui regarde son risque géopolitique.
Je considère, quand je regarde ces dernières années, depuis le discours de la Sorbonne, de manière très concrète, les accords franco-allemands ont été la meilleure des réponses au discours que j'avais fait. Nous avons avancé sur le chemin d'une Europe plus souveraine et plus unie, et nous avons su répondre à la crise Covid, répondre à la relance économique, répondre aux grands projets, répondre au défi qu'est l'Ukraine. Maintenant, ce sont les défis qui sont devant nous.
Et je le disais il y a quelques semaines, et je retrouve d'ailleurs des similitudes à la fois dans ce que le président Steinmeier a dit tout à l'heure et a dit dans son discours il y a quelques jours, et la force de son engagement pour la défense de l'Ukraine, et dans ce qu'a pu dire, dans les colonnes de The Economist, le chancelier Scholz, il y a une vraie convergence de vues. Et donc nous ne sommes pas les mêmes, nous ne pensons pas toujours la même chose, mais la force de l'Europe, c'est de bâtir des compromis d'avenir, et en particulier pour le couple franco-allemand. C'est ce que nous avons fait.
Et ce que j'appelle de mes vœux, et j'espère que ce sera l'un des résultats, je suis confiant pour cela, de ces trois jours, c'est d'avoir une vraie ambition pour la défense de l'Ukraine, la défense et sécurité de notre Europe, et bâtir un cadre commun de défense et de sécurité et une vue commune pour la croissance, l'innovation et la compétitivité européenne, qui permet de faire face aux défis de l'intelligence artificielle et de la transition climatique. C'est exactement ce que nous avons préparé et ce que nous allons finaliser. Et donc je pense que nous sommes au rendez-vous.
Nous avançons résolument. Donc, j'essaie d'être un artisan de ce couple et je pense que nous avons fait ces dernières années des choses utiles, je dirais même historiques, quand je fais référence à ces quelques points et quelques décisions que j'évoquais, et je suis convaincu que nous allons continuer à le faire. C'est pour ça que je suis ici, nous avons des décisions historiques à prendre.
C'est ça la responsabilité de l'Allemagne et de la France. Et ce sont ces décisions que nous avons à prendre pour notre croissance et notre nouveau modèle de croissance, pour la décarbonation de nos économies, pour notre défense et notre sécurité, pour la vie démocratique et la protection de nos démocraties, et pour l'Ukraine. La troisième question.
Bonsoir Messieurs les Présidents. Monsieur Steinmeier, vous l'avez dit tout à l'heure à la Fête de la démocratie, Emmanuel Macron revient tout juste d'un voyage très lointain, en Nouvelle-Calédonie. Alors, ma première question est pour vous, Monsieur le Président Steinmeier, quel regard portez-vous d'Allemagne sur cette crise française ?
Et vous, Monsieur le Président, est-ce que vous pouvez clarifier les options qui sont sur la table pour résoudre cette crise ? Vous avez évoqué un point d'étape à la fin du mois de juin. Si aucun accord global n'émerge, que ferez-vous ?
Est-ce que c'est à ce moment que vous déciderez de l'opportunité de convoquer un référendum national, vous l'avez aussi évoqué, pour faire adopter la révision constitutionnelle qui a déclenché la crise ? Et pourquoi un référendum national plutôt qu'un congrès ? J'espère que vous pouvez me comprendre.
Lors de notre entretien, nous avons parlé brièvement de la Nouvelle-Calédonie, du contexte des conflits. Nous allons certainement continuer notre discussion lors du dîner, mais je ne suis pas à même de donner des recommandations ici. J'ai déjà dit beaucoup de choses sur ce sujet, qui est un sujet très important et de préoccupation, qui a justifié ce déplacement de cette semaine.
Donc, je renvoie déjà à ce que j'ai dit, en particulier dans la conférence de presse conclusive. J'ai confiance dans l'esprit de responsabilité de toutes les parties prenantes, et donc je ne vais pas faire de politique fiction pour dire ce qui se passera dans un mois. Quant aux questions de référendums, j'ai juste rappelé ce qu'était la Constitution.
C'est qu'une fois qu'un texte constitutionnel, une réforme constitutionnelle est votée dans les mêmes termes par les deux chambres, à ce moment-là, le président a le choix de la soumettre au Congrès ou au référendum. C'est une lecture de la Constitution, pas l'expression d'une intention. Et donc la priorité est au calme, au retour au calme, à l'esprit de responsabilité.
C'est ce que j'ai appelé de mes vœux et j'appelle vraiment chacune des parties prenantes à cela. Quatrième question. J'ai une question que j'aimerais poser à vous deux, [INAUDIBLE] Vous avez souligné les points communs entre la France et l'Allemagne, ce que les deux pays ont atteint, mais apparemment cela n'était pas suffisant, car il y a un glissement vers la droite en Europe.
Avez-vous des concepts en la matière ? Qu'est-ce qui doit changer dans les deux pays pour éviter encore davantage de glissements vers la droite en Europe, et pour éviter aussi des malentendus dans le quotidien politique ? En ce qui concerne la culture politique en Allemagne, j'avais l'occasion, jeudi de cette semaine, de présenter quelques décisions en la matière, lors de la journée constitutionnelle.
Donc la situation n'est pas telle qu'on puisse s'attendre à la chose suivante. Donc les expériences que nous avons faites, par les prévisions électorales ou par les résultats en matière d'élections, cela ne nous donne pas la possibilité de croire que nous pouvons changer les choses du jour au lendemain, qu'une seule personne politique pourrait changer cela du jour au lendemain. Nous devons faire preuve de persévérance en la matière.
Nous devons faire en sorte que les personnes puissent avoir moins l'impression qu'on ne soit pas à leur écoute, qu'on ne les perçoit pas. Donc cela veut dire que les hommes et les femmes politiques doivent faire preuve de ténacité lorsqu'il s'agit des sujets qui sont les plus importants pour les populations, les sujets où ils attendent une solution. [INAUDIBLE] que nous devons vivre dans ce que nous vivons, dans les réalités différentes.
Monsieur le Président, pendant deux décennies, nous avons vécu avec beaucoup de vent en poupe, pour ainsi dire. Nous avons eu la paix en Europe. Il y avait un développement, en matière de prospérité.
Pendant deux décennies, on a toujours les chiffres du chômage qui étaient en recul, et maintenant nous sommes dans une situation, et cela est moins lié à la pandémie qu'à la guerre d'agression russe contre l'Ukraine, où les questions se posent d'une nouvelle manière. Les personnes le ressentent, des certitudes se sont perdues, vu cette guerre russe contre l'Ukraine, car ce n'est pas seulement une guerre contre l'Ukraine et le territoire ukrainien. Non, c'est une guerre contre tous les fondements de l'Union européenne : l'état de droit, la démocratie, la reconnaissance et le respect des frontières existantes.
Depuis le mois de février 2022, les choses ont changé et les personnes le ressentent. Et nous devons convaincre les citoyens de lutter contre cela, tout en sachant qu'on ne peut pas rêver de paix, et la paix arrive, non. Nous avons l'obligation maintenant de soutenir l'Ukraine, qui mène cette lutte de défense.
Nous devons soutenir l'Ukraine. Je le dis de cette manière pour vous dire qu'il n'y aura pas de solutions faciles pour mettre un terme aux populismes et aux choses qui nous déplaisent. La politique doit faire preuve d'aspiration, d'ambition.
Il faut toujours expliquer à nouveau les choses. La politique doit profiter des possibilités qui existent sur place. La politique doit également être présente sur place, et en même temps nous devons faire ce que vient de dire le président Macron, nous devons dire et expliquer aux gens dans quelle Europe on vivrait si les extrémistes avaient le pouvoir.
D'abord, je ne me risquerai pas à une comparaison entre la manière d'appréhender nos extrêmes-droites parce que nos histoires politiques sont aussi très différentes et c'est un phénomène qui a une autre nature, d'autres composantes, même si vous avez raison de dire que dans nos deux pays, il y a une montée de l'extrême-droite et des extrêmes droites, et qu'il y en a au fond partout en Europe. Si je devais essayer de voir, pour ce qui est de la France et peut-être de manière générique, ce qui alimente cette montée, c'est d'abord la peur, la peur d'un monde qui change et qui donne le sentiment de ne plus contrôler les choses. Et qu'il s'agisse du changement climatique et de ses conséquences, du changement des modes de vie, des habitudes, que les réponses qu'on apporte peuvent entraîner chez certains, dans l'industrie, l'agriculture ou ailleurs, la peur du changement technologique, qui donne le sentiment qu'on ne maîtrise plus tout, que l'information est liquide, en quelque sorte, et qui produit aussi des effets, je vais y revenir, divers et variés, la peur de l'ouverture au reste du monde, de phénomènes migratoires et autres.
Et donc ces peurs, quand on les laisse se transformer en colère, ça nourrit les extrêmes. Ensuite, je pense qu'il y a, et ça c'est un fait général, les réseaux sociaux et la manière de s'informer, d'échanger dans nos démocraties change. Je pense que structurellement, elles conduisent aux extrêmes, parce que nos réseaux sociaux ont deux effets, pour essayer de schématiser les choses, d'abord dans le "merite order", l'émotion négative est plus efficace que l'émotion positive, qui est plus forte que l'argument.
Et les meilleurs, dans le registre de l'émotion négative, ce sont les extrêmes et en particulier l'extrême-droite. La deuxième chose, et cela a été montré, c'est que ces réseaux sociaux alimentent des bulles cognitives et cassent l'opinion publique bloc à bloc. Et au fond, ça détruit la capacité rationaliste dans laquelle nos démocraties s'étaient installées, qui est de dire : par la conviction et l'explication de la complexité du monde, on va bâtir des différences dans lesquelles le pluralisme va se construire, là où le fonctionnement structurel d'une information et d'un débat qui se jouent sur les réseaux sociaux poussent aux extrêmes et ils poussent à l'enfermement dans ces bulles cognitives.
Et ça, je crois qu'il faut collectivement qu'on en tire les conséquences pour nos démocraties, sinon elles iront mécaniquement vers le fracas. Après, sur le fond, je crois qu'il y a, en tout cas modestement, trois formes de réponses pour faire face aux extrêmes, en particulier à l'extrême-droite. D'abord, c'est le respect.
Je pense que les gens, comme ils ont peur, qu'ils sont angoissés, que ces peurs peuvent mener à la colère, il faut écouter, respecter, entendre. Il faut essayer de défendre les choses, démasquer, débusquer les fausses bonnes idées, c'est aussi les respecter, c'est-à-dire ne pas leur servir de la démagogie. Je pense que quand on leur sert de la démagogie pour nourrir leur peur, c'est irrespectueux, mais il faut aussi avoir un cadre respectueux d'écoute, d'échanges pour avancer.
La deuxième chose, c'est l'efficacité. Je pense que ce qui nourrit les extrêmes, en particulier l'extrême-droite dans nos pays, c'est quand on n'arrive pas à répondre efficacement aux problèmes que les gens ont, de fins de mois, réponses à l'angoisse climatique, de sécurité. Et donc il nous faut inlassablement renforcer notre efficacité.
C'est ce que je demande au gouvernement chaque jour, mais c'est une réponse très concrète. Et puis, il faut reprojeter les gens dans un rêve commun, parce que ce qui nourrit aussi les extrêmes, c'est la difficulté dans nos démocraties, c'est pour partie lié aux réseaux sociaux qui la fragmentent, mais ça c'est notre responsabilité collective : quel est notre horizon commun ? Le commun souhaitable et désirable pour nous tous, dans lequel on peut se retrouver en large majorité.
Je crois que c'est une des meilleures manières de lutter contre la montée des extrêmes et en particulier des extrême-droites et des nationalismes. Merci beaucoup, merci beaucoup. La conférence de presse est clôturée.
Emmanuel Macron