Guerre en Ukraine, menace en Arctique... La mise en place d'une défense européenne encore difficile
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
la défense européenne face à de grands enjeux depuis 4 ans maintenant la guerre en Ukraine, des incertitudes évidemment euh dans l'Arctique désormais le Groenland aussi euh face au propos du président américain Donald Trump. Alors que s'ouvre ce vendredi la 62e conférence de Munique sur la sécurité où ces enjeux vont notamment être abordés. On en parle avec la sénatrice socialiste Hélène Conway Mourayet.
Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes également vice-présidente de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées euh du Sénat. La question de la défense européenne et de l'industrie de défense est de plus en plus présente dans le débat public, y compris en France avec des déclarations dernièrement du président Emmanuel Macron, qu'est-ce qui bloque encore pour voir une industrie de défense européenne vraiment se mettre en route ?
Écoutez, en effet, il y a des blocages, mais il y a aussi des avancées. Alors, on a souvent l'impression de quand on regarde un verre qu'il est à moitié vide, mais il est également à moitié plein et je préfère regarder ce qui est plein pour se dire que on peut le remplir complètement. Euh nous avons euh on on peut pas refaire ni notre géographie ni notre histoire en Europe avec des pays européens euh qui euh aujourd'hui se retrouve sur un marché euh unique intérieur qui a été conçu sur la compétitivité.
Et donc euh les industriels qui sont nés dans différents pays et tous les pays européens n'ont pas une industrie de défense. Euh beaucoup de par leur histoire et bien ont sous-traité leur défense aux États-Unis depuis leur indépendance. Je pense notamment aux pays sur le flanc est de l'Europe.
Et donc nous avons une industrie de défense qui est et bien nationale euh en concurrence les uns contre les autres depuis toujours et euh avec la en effet le déclenchement de la guerre en Ukraine, une prise de conscience que et bien les Européens devaient mutualiser leur force pour venir en aide à ce pays attaqué par la Russie. Et puis euh il y a eu l'élection de Donald Trump qui a accéléré ce que les présidents américains précédents nous avaient demandé de faire, c'est-à-dire et bien de nous prendre en charge en matière de sécurité ce que nous n'avons pas fait pendant des décennies puisque nous étions en paix, que nous pensions et ben que la que la paix était éternelle. Et donc toutes ces ces raisons convergentes font que nous avons une pression maximale aujourd'hui pour en effet arriver à un niveau à la fois capacitaire mais également de coopération au niveau européen qui permettrait à l'ensemble du continent de pouvoir se défendre contre un agresseur.
Alors, nous avons commencé à le faire quand les pays européens ont été depuis 2015 avec les attentats de Paris frappés sur leur sol par le terrorisme. L'Europe à ce moment-là s'est activée pour en effet des échanges d'information, de renseignement et de coopération. Et puis cette guerre en Ukraine a démontré en effet à la fois nos faiblesses mais aussi euh nous forces à à à aller dans le sens de ce que nous pouvons faire ensemble.
Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. Euh il y a certes des blocages parce que comme je disais, on ne peut pas refaire l'histoire euh de groupes industriels qui ont toujours été en concurrence, qui ne se font pas confiance, qui n'ont pas envie de travailler les uns avec les autres pour des raisons différentes. Mais il y a des très très beaux projets qui ont abouti avec des équipements européens et des entreprises européennes.
Alors, elles sont pas très nombreuses. Il y a un BDA, il y a Airbus et puis des équipements comme le la 400M par exemple qui est un avion je crois inégalé dans ce qu'il est capable de faire dans le monde. Oui, vous parlez du bon côté et des avancées notamment.
C'est vrai que l'on peut parler du programme Safe, du programme Rearm Europe. Ça va dans le bon sens ces déclarations. Tout de même.
Il y a une intention qui est là. Mais il faut que ça suive derrière évidemment dans chaque pays de l'Union européenne notamment. Oui, mais alors ce que vous mentionnez, ce sont des des outils, des instruments alors financiers ou normatif qui sont incitatifs à la fois pour les industriels mais pour les pays en effet de coopérer.
Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est que nous avons pris conscience que individuellement nous ne sommes pas en capacité de répondre à une attaque, notamment la menace principale est russe pour le continent européen aujourd'hui et que nous avons besoin de coopérer parce que les investissements qui sont demandés euh notamment pour se protéger en matière de cyber parce que si nous ne sommes pas attaqués nous physiquement sur le territoire européen en tant que tel, nous le sommes par une guerre hybride, c'est-à-dire des sabotages, de la désinformation, des campagnes de désinformation, des attaques cybernes régulières pour pas dire quotidiennes. Et donc nous avons aujourd'hui des investissements colossaux à mettre en place et nous avons réalisé que individuellement et bien nous n'y arriverions pas. Donc il y a cette volonté en effet au niveau de l'Union européenne d'être en capacité d'avoir cette force financière qui a permis avec le programme safe de proposer 150 milliards dans un premier temps mais pour monter jusqu'à 800 milliards et aider les pays à investir.
Alors c'est dans l'innovation, c'est pour soutenir ces industries, notamment les start-ups et les PME. et puis également euh soutenir des projets que nous pouvons faire en commun. Mais avant cela, il y avait eu le fond européen de défense.
Et pour montrer que il y a une accélération et que les choses se passent et se passent assez vite, euh nous avons euh au niveau européen quand même négocié un fond européen de de défense qu'on appelle le Fed à hauteur de 13 milliards à dépenser entre 27 sur 3 ans. vous imaginez le saupoudrage qu'il y avait mais qui a eu pour avantage d'aider les pays à à travailler ensemble et surtout des pays qui n'ont aucune comment aucune capacité ou qui qui n'ont même pas de commandement de défense au niveau national puisque c'est simplement l'OTAN qui qui permet pour eux d'avoir une une stratégie militaire. elle est totalementienne.
Et donc à ces pays de se dire qu'ils peuvent rentrer euh dans des dans des projets industriel et finalement participer à la à la fabrication, à la conception d'équipement dont nous avons collectivement besoin. Et donc de pouvoir nous retrouver aussi à faire ce que nous n'avons jamais fait au niveau européen, c'est-à-dire d'acheter en Europe et de vendre en Europe. Nous avons cette capacité d'acheter à l'extérieur et de vendre à l'extérieur. bien que nous nous passons en achetant à l'extérieur et bien nous nous passons de la création d'emplois localement d'investissement dans l'innovation et donc nous avons besoin de de changer cela et nous pouvons le changer si nous avons dans ce que nous faisons cette dimension européenne à savoir que oui, nous avons la capacité peut-être d'ouvrir des usines ou des laboratoires ou ou des bureaux d'études dans des pays européens et de faire en sorte que ces pays de fait au lieu d'être dépendant des États-Unis et bien soit dépendant de l'Europe et et de la France, ce serait une bonne chose.
Et justement la prise de conscience n'est peut-être pas la même dans tous les pays quand on voit la Pologne, la Norvège ou encore l'Estonie acheter de l'armement auprès de la Corée du Sud, on est parfois un peu surpris en tant qu'européen d'avoir vu ce type de contrat passer avec des pays étrangers. Oui, mais parce que nous ne sommes pas en capacité de produire à l'échelle qui est demandée. La Pologne souhaite s'équiper de 400 chars.
Elle en a déjà reçu 200 et si elle avait passé cette commande dans n'importe quel pays européen, elle l'aurait passé en Allemagne puisque la France ne fabrique plus de char depuis 2008. Et donc, les Allemands ne sont pas en capacité de produire à cette échelle-là. Nous avons besoin et et là encore, j'en reviens au collectif, nous avons produit pour des besoins nationaux, c'est-à-dire en petite quantité dans une Europe en paix avec des équipements ultra perfectionnés qui coûtent très cher.
Nous avons besoin de changer d'échelle et avec l'achat polonais auquel vous faites référence, et bien là nous avons la prise de conscience aussi que au-delà de ces missiles et de ces équipements ultra perfectionnés que nous avons pu produire en petite quantité, nous avons besoin de produire en masse de moins bonne qualité. Euh en Russie aujourd'hui, nous avons une économie de guerre avec 30 % du PIB qui est dépensé par la Russie pour produire des équipements militaires qui sont utilisés, qui sont détruits pour la plupart et donc qui ont besoin d'être remplacés. Mais en France, comme dans le reste de l'Europe, on n' pas produit en masse parce que nous ne sommes pas en guerre et si nous avions produit en masse, qu'aurions-nous faire fait de tous ces équipements à moins de les exporter, de les vendre à l'extérieur ?
Et au final, est-ce que l'Union européenne, les pays européens n'ont pas pris un peu la la dimension des enjeux de la guerre en Ukraine un peu trop tard ? Et ces enjeux euh donc de nécessité de se réarmer et de rebâtir une véritable industrie de défense. On est 4 ans après le début de la guerre et c'est seulement là depuis quelques mois maintenant qu'il y a vraiment quelque chose qui se passe au niveau de la défense.
Oui, mais c'est un concours de circonstan. Je pense que il y a eu le revenons en arrière le début de la guerre en Ukraine, je crois que les Européens quelque part, ça c'est inavouable aujourd'hui, euh mais penser que l'Ukraine ne résisterait pas. Elle l'a fait et 4 ans plus tard, elle continue à résister. et l'aide que l'Europe a apporté à la à l'Ukraine en partant du principe que l'Ukraine était attaquée mais c'était en fait euh l'Europe qui était attaquée aussi potentiellement qu'il est par la guerre hybride que la Russie a décidé d'engager contre l'ensemble des pays européens depuis quelques années par le le biais du cyber par la la la désinformation par des sabotages sur nos nos territoires et que finalement on en en en en soutenant l'Ukraine et en faisant que l'Ukraine ne perde pas.
Cela était la meilleure dissuasion pour que la Russie ne soit pas tenté et bien d'attaquer d'autres pays européens. Donc nous avons eu cette montée en puissance et puis une accélération avec l'élection de Donald Trump qui euh a très clairement dit que l'Europe n'était pas forcément un allié, que il ne croyait plus en l'OTAN, que euh avec une critique d'ailleurs dans la stratégie nationale, le document qui a été qui a été publié très récemment, une critique exacerbée des Européens Et donc les Européens qui avaient tout misé pour certains pays qui n'est pas le cas de la France mais pour la plupart de nos partenaires sur une protection américaine aujourd'hui en doute. Et donc s'il doutent de cela, ça veut dire que en effet il faut se réarmer.
Mais il faut aussi se dire que se réarmer, c'est pas simplement produire des équipements militaires, c'est aussi sur le plan de l'économie, c'est un facteur de croissance parce que c'est un facteur d'emploi local, mais c'est surtout euh et et là c'est un aspect dont on ne parle pas suffisamment, la dualité à la fois de l'innovation mais de ce que nous produisons dans le civil. C'est-à-dire que c'est un facteur d'innovation technique. Et aujourd'hui, si les États-Unis ont cette avance considérable en matière technologique, c'est bien parce que ils ont investi massivement dans leur défense pendant des décennies et le civil en a profité.
Donc réarmer l'Europe, c'est réarmer l'économie européenne pour que ça soit une puissance sur la base de 500 millions d'habitants et il faut aller au-delà des 27. le l'Europe ce n'est pas simplement l'Union européenne, ce n'est pas ceux qui appartiennent à l'OTAN ou pas, les pays neutres ou pas. Vous voyez, nous avons des statut qui sont euh qui sont complètement différents les uns des autres.
Mais c'est un bloc européen avec une force financière normative qui est impressionnante si nous sommes en capacité d'arrêter d'être en concurrence les uns contre les autres, de nous faire confiance et de penser collectif au lieu d'avoir un réflexe national qui est tout à fait naturel pour l'instant mais dont il va falloir quand même nous débarrasser si nous voulons avancer ensemble. Donc je crois qu'il y a cette accélération. C'est vrai qu'on a pris du retard. qu'on est en train de le combler et que l'on comble finalement ce retard par des sacrifices qui sont énormes sur le plan financier puisque nous en sommes à 2 % de notre PIB en matière de défense.
Nous allons avoir une augmentation de la défense enfin des des crédits à louer à la défense dans les années qui viennent. Mais euh demain, si nous voulons nous protéger et nous ne sommes pas dans une logique au niveau européen d'agression, euh il est question simplement de nous défendre et surtout de dissuader euh un ennemi potentiel. Merci beaucoup Hélène Conway Mouret d'avoir été avec nous pour aborder donc la la nécessité de rebâtir cette industrie européenne de défense qui se fait, on l'a compris progressivement.
Euh merci d'avoir été avec nous. Je rappelle que vous êtes sénatrice socialiste et vice-présidente de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, auteur également de ce rapport sur la base industrielle et technologique de défense européenne. Merci d'avoir été avec nous.
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Hélène Conway-mouret