Choc pétrolier : la France à l'épreuve - C dans l’air - 26.03.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Est-ce que la situation peut se détendre du côté du détroit d'Ormuz ?
- 4:00OuverteRéponse partielle
Est-ce que l'Iran essaye de desserrer l'étau du détroit d'Ormuz ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Question sur l'île de Kharg et son rôle dans le choc pétrolier.
- 12:00OuverteRéponse directe
Les marchés financiers sont-ils perturbés par les posts de Trump ?
- 16:00RelanceRéponse directe
La France est-elle confrontée à un choc pétrolier ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Le gouvernement a-t-il les moyens d'aider les secteurs les plus impactés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00R.WerlyFait
« En disant que l'Iran vient de lui faire un gros cadeau en laissant passer 10 navires, il reconnaît de facto que l'Iran a la main sur le détroit. »
- 6:00P.GeoffronFait
« Il suffit de monter d'un cran l'intensité dans le détroit d'Ormuz, de le miner, par exemple. Ca me paraîtrait une folie que de s'attaquer à ce détroit. »
- 10:00P.GeoffronChiffre
« Pour ce qui est du gaz naturel liquéfié, il y a à peu près 20 % de sa capacité de liquéfaction qui a été fortement endommagée. Ca pourrait prendre des mois voire des années pour être remis en état. »
- 18:00R.LescureFait
« Avec une hausse du pétrole et du prix du gaz depuis le début du conflit, nous faisons face à un choc énergétique d'ampleur. »
- 19:00R.LescureFait
« On n'a Aucun problème d'approvisionnement à court terme. »
- 21:00S.LecornuFait
« Aucun chèque général, aucune mesure globale à l'aveugle ne seront efficaces dans la crise actuelle. »
- 23:00S.LecornuFait
« Cela a été tenté par le passé. C'est très coûteux pour les finances publiques. »
- 30:00S.MatellyFait
« Si on reprend la comparaison avec le XXe siècle, on est moins dépendants du pétrole et des énergies fossiles. Par contre, on est beaucoup plus interdépendants et liés entre nous à des approvisionnements, des flux commerciaux. »
- 34:00G.MackeChiffre
« Le "choc pétrolier", c'était peut-être un peu exagéré, comme terme. Si on se réfère aux 2 chocs pétroliers des années 70, 74 et 79, c'était des augmentations de prix à la pompe plutôt de 70 à 100 %. Là, on est plutôt de l'ordre de 30 à 40 %. »
- 38:00P.GeoffronChiffre
« On importe 99 % de notre pétrole et 96 % de notre gaz. »
- 42:00P.GeoffronChiffre
« Les 30 centimes à la pompe, ça a coûté 8 milliards d'euros. »
- 46:00S.MatellyFait
« On est dans un phénomène d'accumulation des crises. On ne s'est pas encore tout à fait remis des conséquences de la guerre en Ukraine. »
- 50:00P.GeoffronChiffre
« La Commission européenne vient d'indiquer que l'obligation pour les Etats membres est de remplir les réserves à 80 % et non pas à 90 %. »
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Avec Febreze, souriez, ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. Le ministre de l'Economie a dû faire machine arrière. Il avait évoqué un choc pétrolier, avant de se raviser.
La pression politique monte en France avec la hausse des prix de l'énergie qui impacte les ménages, les entreprises. Pour l'instant, pas question de ressortir le chéquier pour aider les Français à encaisser les hausses. Le gouvernement joue la montre et se veut rassurant, et garde, comme tout le monde, les yeux tournés vers le détroit d'Ormuz.
Les discussions entre Washington et Téhéran ont commencé, mais l'impact sur l'économie mondiale est déjà là, avec la menace notamment d'un retour de l'inflation. Les alertes se multiplient. Selon le patron de la Chambre de commerce internationale, il s'agit de la pire crise industrielle de mémoire humaine.
La tension sur les marchés a des conséquences déjà dramatiques. Pour en parler, G.Macke, directrice déléguée de la rédaction de "Challenges".
P.Geoffron, vous êtes professeur d'économie et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie. Avec nous, R.Werly, éditorialiste international pour "Blick".
Je cite cet édito de la semaine dernière: "Pourquoi le détroit d'Ormuz est un piège pour les Européens." Je rappelle votre livre, "Cette Amérique qui nous déteste". S.Matelly est avec nous.
Vous êtes économiste, directrice de l'Institut Jacques-Delors. Je cite votre livre, "Géopolitique de l'économie". Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct.
Je vous montre la une du "Wall Street Journal". D.Trump explique que l'Iran a autorisé le passage de 10 pétroliers en guise de cadeau.
R.Werly, ce qu'on regarde ce soir, c'est que la situation peut se détendre du côté du détroit d'Ormuz. C'est vers cela qu'on va? - R.Werly: C'est assez ironique.
En général, celui qui fait des cadeaux, c'est celui en position de force. En disant que l'Iran vient de lui faire un gros cadeau en laissant passer 10 navires, il reconnaît de facto que l'Iran a la main sur le détroit. L'Iran a fait d'autres cadeaux.
Il laisse passer les navires de pays qui négocient avec lui. On ne sait pas très bien, avec qui ces armateurs négocient, à qui ils payent le droit de passage. Ce qui me frappe, c'est que c'est une reconnaissance du fait que le détroit d'Ormuz est un gros problème pour D.Trump, que l'Iran a la main dessus. - C.Roux: Je vous montre la une de "The Economist", "Avantage à l'Iran".
Est-ce que l'Iran essaye de commencer à desserrer l'étau du détroit d'Ormuz? Les navires non hostiles, ce cadeau à D.Trump... - S.Matelly: C'est peut-être un peu tôt pour le dire.
Au moment où les bombardements américano-israéliens ont démarré, ils étaient déjà en train de négocier en Suisse. On s'aperçoit que ça n'a pas empêché ces bombardements et le début de cette guerre. C'est peut-être un peu tôt pour le dire. - C.Roux: Il y a des marines en chemin aussi. - S.Matelly: Tout à fait.
On ne sait pas tout à fait le scénario dans la tête de D.Trump, pour ne parler que de lui. On verra.
Il est certain que les élections de mi-mandat se rapprochant et l'impact de cette guerre, et du blocage du détroit d'Ormuz se faisant de plus en plus présent aux Etats-Unis, on peut penser que D.Trump aura de plus en plus de pression pour calmer le jeu. - C.Roux: Avec cette hypothèse encore sur la table d'une intervention au sol américaine sur l'île de Kharg.
Une source militaire iranienne dit: "Si l'ennemi tente une action terrestre, nous ouvrirons d'autres fronts en guise de surprise." Il pourrait s'en prendre à un autre détroit, le détroit de Bab Al-Mandab. Ce serait une autre opération, une capacité de nuisance de l'Iran qu'on n'a pas évoquée pour l'instant. - P.Geoffron: Il n'est pas nécessaire d'aller aussi loin.
Il suffit de monter d'un cran l'intensité dans le détroit d'Ormuz, de le miner, par exemple. Ca me paraîtrait une folie que de s'attaquer à ce détroit. Je ne vois pas comment l'Iran pourrait faire autrement que de monter d'un cran, en intensité, avec des phénomènes de blocages difficilement réversibles sur le détroit.
Ou alors, c'est la promesse du week-end, au moment où Trump a annoncé sa menace de s'attaquer aux centrales électriques iraniennes, de contre-attaquer avec des infrastructures pétrogazières dans les pays du Golfe. Pour l'instant, dans le dénombre qui a été fait il y a peu de temps, il y a de l'ordre de 40 infrastructures de liquéfaction de gaz, de raffineries, de pipes, qui ont été frappées. Le Qatar dit que pour ce qui est du gaz naturel liquéfié, il y a à peu près 20 % de sa capacité de liquéfaction qui a été fortement endommagée.
Ca pourrait prendre des mois voire des années pour être remis en état. - C.Roux: Même si le détroit d'Ormuz était rouvert dans des conditions sécurisées, il y aurait l'onde de choc des destructions d'infrastructures.
Juste un mot sur l'île de Kharg. Là, c'est pour tarir la production et l'exportation de pétrole iranien. C'est un sacré coup au portefeuille. - P.Geoffron: On a tous désormais une excellente expertise en géographie.
Ce détroit est très étroit. Il y a l'île et le détroit. Il suffit de mettre quelques mines.
Il y a une diversité de mines navales sous-marines ou affleurant à la surface. Tout ça peut créer des dégâts extraordinaires. Il suffirait de peu de choses.
La clé, c'est si les assureurs sont prêts à assurer des navires dans ces conditions ou, à défaut, si la marine américaine peut les convoyer. La réponse est non dans les deux cas. - C.Roux: Les Iraniens, pour l'instant, arrivent à exporter leur pétrole. - P.Geoffron: Oui. - C.Roux: Si les Américains mettaient la main sur l'île de Kharg, ça changerait la donne pour eux. - P.Geoffron: Une réponse pourrait être de frapper les infrastructures ou d'entraver plus encore la circulation dans le détroit. - C.Roux: Ce début d'émission résume tout ce que craignent les acteurs économiques, l'incertitude totale sur l'issue du scénario.
D'un côté, on parle d'une paix possible ou d'un cessez-le-feu, de négociations. De l'autre, on parle d'une situation qui resterait en l'état. 3e hypothèse: le blocage total du détroit d'Ormuz, Des mines et un débarquement au sol des forces armées américaines. - G.Macke: Les marchés financiers, les investisseurs et les acteurs économiques...
C'est pénible d'être rivé sur Truth Social et de suivre en direct les posts du président américain qui font varier les cours du pétrole plusieurs fois dans la même journée. Loin d'avoir frappé les infrastructures iraniennes, il a même levé les sanctions sur le pétrole iranien et sur le pétrole russe pour essayer de fluidifier le marché du pétrole. La preuve de l'impréparation incroyable de cette question du détroit d'Ormuz par l'armée américaine: ils n'ont pas de navires démineurs, les Américains.
Ils en avaient 4 qui étaient déployés au Moyen-Orient depuis les années 90. Début février, ils les ont rapatriés aux Etats-Unis, à Philadelphie, pour les démonter. Maintenant, ils en ont zéro sur zone.
Ils en ont 3-4 qui sont très vieux au Japon, qui sont à démanteler dans les prochaines années. Ils sont très mal préparés à 3 ou 4 mines qui pourraient être mises. Ce détroit est peu profond.
C'est facile de le miner. D.Trump souffle le chaud et le froid.
Il est plutôt en train d'essayer de trouver sa voie hors de cette situation. Le problème, c'est que c'est compliqué. On n'a toujours pas compris avec quel Iranien il négocie.
Il n'y a pas de nom. C'est peut-être un peu trop tard, deuxièmement. Des infrastructures ont déjà été détruites.
Les acteurs économiques sont tous piégés et dans l'attente de l'évolution au jour le jour de cette guerre sans but. - C.Roux: Question. - R.Werly: Je comprends pas comment.
L'île de Kharg est le robinet. Je parle sous votre contrôle. C'est le robinet du pétrole.
S'ils devaient envoyer des marines pour contrôler l'île de Kharg, il faudrait qu'ils y restent. Ils seraient sous le feu des Iraniens, avec un risque de pertes humaines...
C'est pas parce que vous avez le robinet que vous pouvez le rouvrir. Ca dépend de ce qui coule dedans. Ca ne réglera pas la question du détroit.
Ce n'est pas parce que vous tenez l'île que le détroit sera navigable. Le rapport entre l'île de Kharg et le dénouement de choc pétrolier, j'ai de la peine à suivre. - C.Roux: Vous voulez ajouter quelque chose? - P.Geoffron: Ca pourrait marcher sans détroit. - C.Roux: Il y a un débat sur l'utilisation du mot "choc pétrolier" en France.
La pression politique monte de jour en jour sur le gouvernement. La montée du prix de l'énergie impacte les consommateurs, les entreprises. Le RN demande une baisse des taxes.
La gauche demande un chaque énergie. Le "quoi qu'il en coûte" n'est visiblement pas d'actualité. Le ministre de l'Economie évoque un choc pétrolier, avant de revenir sur ses propos.
En Asie, l'onde de choc du détroit d'Ormuz a déjà des conséquences dramatiques. - Depuis l'Asie, la guerre en Iran et au Moyen-Orient est à des milliers de kilomètres, mais les effets du conflit inquiètent chaque jour un peu plus. Un peu partout, c'est l'état d'urgence énergétique. - Le prix de l'essence augmente encore pour la 3e semaine consécutive. - C'est 2000 yens plus cher que d'habitude. - Les Philippines sont en grande difficulté.
Tous les transports sont affectés. Le prix du riz a doublé. - Des tensions ont lieu à Karachi concernant l'inflation provoquée par la hausse des prix de l'essence. - Pour économiser les réserves en pétrole et en gaz, le Sri Lanka impose une semaine de 4 jours.
Le Pakistan exige le télétravail. Ailleurs, des mesures de rationnement sont observées. L'essentiel des approvisionnements en pétrole et en gaz de l'Asie passait avant la guerre par le détroit d'Ormuz, fermé, sauf pour quelques rares navires amis de l'Iran qui ont obtenu un droit de passage, comme cet équipage indien qui patientait depuis 3 semaines. - On a eu l'assurance de l'armée iranienne que la voie était libre.
Ils nous ont dit qu'on pourrait naviguer dans le détroit d'Ormuz. - En France, la crainte d'un choc énergétique majeur est officiellement évoquée mardi par le ministre de l'Economie en commission à l'Assemblée nationale. - R.Lescure: Avec une hausse du pétrole et du prix du gaz depuis le début du conflit, nous faisons face à un choc énergétique d'ampleur. - Un discours corrigé dès le lendemain par le ministre. - R.Lescure: On n'a Aucun problème d'approvisionnement à court terme. - Et ce matin encore, à la radio... - R.Lescure: Je parlais de la situation en Asie en évoquant ce terme.
Ce n'est pas en France. C'est pour ça que j'ai retiré ce terme. - Il n'y a pas de choc pétrolier en France? - R.Lescure: Non.
On n'a pas de problème d'approvisionnement ni de problème majeur sur la croissance. - Face à la flambée des prix du pétrole, le RN accuse le gouvernement et demande des mesures fiscales. Réponse du Premier ministre: non. - S.Lecornu: Aucun chèque général, aucune mesure globale à l'aveugle - S.Lecornu: Aucun chèque général, aucune mesure globale à l'aveugle ne seront efficaces dans la crise actuelle.
Cela a été tenté par le passé. C'est très coûteux pour les finances publiques. Derrière un chèque, très vite, se cache en général un impôt ou une répercussion très grave pour les déficits publics. - Des Républicains aux communistes, l'opposition critique largement la ligne gouvernementale.
A chacun ses propositions. - Tous les pays européens, la Grèce, l'Italie, l'Espagne, ont baissé la taxe sur le carburant. Nous devons y répondre immédiatement.
Les Français sont encore ceux qui trinquent quand il y a une crise énergétique, qui n'avait pas suffisamment été anticipée. - Le gouvernement ne veut pas encadrer strictement et réguler les marges des géants pétroliers et de la distribution. Il se borne à contrôler les pratiques et ne propose pas de mesure d'encadrement strict.
Nous, on propose d'encadrer, au moins temporairement, ces marges. On a des géants pétroliers comme Total qui réalisent des milliers d'euros de bénéfices net. Il faut savoir les mettre à contribution pour aider les Français. - Face à la crise énergétique géopolitique, la France réunira lundi les ministres de l'Economie et de l'Energie du G7 et les gouverneurs des Banques centrales. - C.Roux: Nous allons revenir sur l'expression "choc pétrolier".
Question. La France est-elle confrontée à un choc pétrolier? - G.Macke: Le "choc pétrolier", c'était peut-être un peu exagéré, comme terme.
Si on se réfère aux 2 chocs pétroliers des années 70, 74 et 79, c'était des augmentations de prix à la pompe plutôt de 70 à 100 %. Là, on est plutôt de l'ordre de 30 à 40 %. Par contre, c'était peut-être une erreur d'avoir prononcé ce terme.
Rétropédaler est aussi une erreur. Ca donne l'impression que le nuage de Tchernobyl s'arrête à la frontière. "Oui, il y a peut-être un choc pétrolier dans le monde, mais en France, pas du tout.
Il n'y a rien à voir." Quand les automobilistes vont à la pompe et qu'ils constatent que c'est plutôt 2,10 euros alors qu'il y a 3 semaines, c'était 1,80 euro, ils pensent qu'il y a quelque chose qui se passe. L'un comme l'autre ne sont pas une bonne communication de la part du gouvernement. - C.Roux: L'argument du ministre de l'Economie, c'était de dire que c'était surtout en Asie que ça allait mal. - P.Geoffron: Vous ne feriez pas une émission ce soir si on avait uniquement un problème en Asie. - C.Roux: Il y a un problème en Asie, on l'a vu. - P.Geoffron: Il est de nature un peu différente chez nous.
A minima, il y a un choc de prix. Il ne faut pas avoir peur des mots, à condition d'oublier un peu le XXe siècle. Les prix du baril avaient été multipliés par 4 en quelques jours en 73.
C'était resté très haut pendant une douzaine d'années. Ce qu'on avait appelé le contre-choc pétrolier était arrivé en 85. Ca avait totalement transformé la société.
Ce qui se joue, là, est assez différent. Le prix du baril, depuis le début de notre siècle, est monté à 150 et est redescendu. Il est monté à 100 et est redescendu.
Tout ça nous rend fous. En France, depuis moins de 10 ans, nous avons subi 3 chocs. Il ne faut pas les comparer avec le XXe siècle, mais c'est 3 chocs sérieux.
Le premier choc, le prix du baril est multiplié par 2 entre 2016 et 2018. Ca donne la crise des "gilets jaunes". En 2022, nous nous fâchons avec Vladimir.
Ca donne ce que l'on sait. - C.Roux: Il se fâche avec nous. - P.Geoffron: On en paie encore les conséquences, pétrogazières.
Ce que nous vivons aujourd'hui est un choc de même nature. Entre-temps, on a réduit un certain nombre de dépendances et de sensibilités. Dans les années 70, on utilisait massivement du fioul pour produire l'électricité.
Ce n'est plus le cas. Par rapport aux responsables politiques, il faudrait qu'ils nous expliquent ce que l'on fait au-delà des mesures. - C.Roux: On reviendra sur les mesures.
Ce qui est difficile à saisir ces derniers jours, c'est la différence entre le discours que peut tenir R.Lescure et les alertes lancées pour l'économie mondiale par certains grands acteurs, l'Agence internationale de l'énergie, qui est très alarmiste sur le niveau et l'ampleur de ce choc économique. C'est également le patron de la Chambre de commerce internationale, qui dit que c'est la pire crise industrielle de mémoire humaine. - S.Matelly: Si on reprend la comparaison avec le XXe siècle, on est moins dépendants du pétrole et des énergies fossiles.
Par contre, on est beaucoup plus interdépendants et liés entre nous à des approvisionnements, des flux commerciaux. C'est par ce biais que les conséquences peuvent être importantes pour l'Europe, la France. C'est pour ça que ces représentants, ces experts des organisations internationales s'affolent un peu plus.
Si vous prenez un secteur, le secteur agricole...
Pour produire des denrées agricoles, il faut de l'engrais. L'engrais, c'est des hydrocarbures. Il y a de la dépendance.
On les achemine et on les transporte, ces denrées agricoles et alimentaires. Il faut du pétrole. Le transport se fait essentiellement par de l'essence.
Il y a des matières premières, des machines, différents éléments importés. Il y a des effets de contagion beaucoup plus forts. - C.Roux: Mais qui sont déjà là.
Même si la situation retournait à la normale, avec tout ce qu'on a évoqué, ça pourrait permettre d'enrayer ces alertes qui ont été lancées? C'est trop tard? - S.Matelly: Enrayer, c'est compliqué.
J'ai l'impression qu'on est dans un phénomène d'accumulation des crises. On ne s'est pas encore tout à fait remis des conséquences de la guerre en Ukraine. Je me souviens en 2001, les attentats du 11-Septembre.
On m'interroge beaucoup sur les conséquences économiques. On s'est aperçu qu'elles avaient été absorbées et digérées très rapidement. C'était un choc évident, mais on avait des ressorts.
Plus le temps passe, en particulier depuis la crise de 2008, la multiplication des crises de toute nature, ça fait qu'on a du mal à se remettre, dans un contexte où la volatilité, la variation du prix de tous les produits sur les marchés est extrêmement élevée. Les phases d'évolution des prix sont de plus en plus courtes. Tout à l'heure, G.Macke disait que dans une journée, le pétrole montait le matin et descendait l'après-midi. - C.Roux: On y reviendra avec un ancien responsable du Trésor américain, très inquiet sur la situation économique mondiale.
R.Werly, sur le fait de dire qu'en France, il n'y a pas encore de choc pétrolier, que c'est sous contrôle...
On se dit qu'on joue la montre pour voir comment ça tourne. - R.Werly: Ce que je retiens des déclarations des responsables de l'Agence de l'énergie, c'est qu'ils se préparent à une guerre longue.
C'est ça que ça veut dire. Cette guerre ne va pas se résoudre par un coup de baguette magique de D.Trump ou par les cadeaux que l'Iran fait à D.Trump.
Il y a un souci, là. C'est ça, la différence. Le ministre de l'Economie le montre.
Il est dans l'instant. Il change de déclaration quasiment au jour le jour. Eux ont la conviction que le choc est majeur, et c'est vrai, que cette guerre va durer, pour une raison simple.
Même si Israël et les Etats-Unis atteignaient leurs objectifs de guerre...
Du côté d'Israël, c'est assez clair: c'est changement de régime. Imaginez que le régime des ayatollahs soit renversé. Ce serait le chaos en Iran.
Ce serait un problème colossal à l'échelle du marché pétrolier. Qui peut dire demain qui contrôlera les réserves pétrolières de l'Iran? Que se passera-t-il si ce pays rentre dans une phase de chaos qu'il est impossible d'exclure?
C'est ça, l'analyse que font ces responsables. Ils parient sur une guerre qui ne finirait pas bien dans le sens d'une stabilité pour l'économie mondiale. - C.Roux: Question.
Le gouvernement martèle qu'il n'y a pas de problème d'approvisionnement. - P.Geoffron: Tous les pays de l'OCDE membres de l'Agence internationale de l'énergie ont l'obligation d'avoir au minimum l'équivalent de 3 mois d'importation de pétrole et de produits pétroliers.
Des acteurs privés peuvent également avoir des réserves. Pour le gaz, la situation se présente un peu différemment. Il me semble qu'à la différence de l'Asie, ce qui nous menace, ce n'est pas de ne plus pouvoir faire le plein à la pompe parce qu'il n'y aura plus d'essence ou de diesel.
Le problème, c'est parce que ça va être trop cher. Il y a des tensions sur les prix. Aux Etats-Unis, les tensions sur les prix se diffusent dans l'économie. - C.Roux: On va reparler de l'inflation? - G.Macke: Oui.
C'est vrai que ces effets de diffusion... 20 % du pétrole et du gaz circulent par ce détroit.
On s'aperçoit au fur et à mesure qu'il y a beaucoup d'autres matières premières, de l'aluminium, de l'hélium, un dérivé du gaz nécessaire pour les semi-conducteurs, dans un certain nombre d'industries, dans l'imagerie médicale, la défense, le spatial...
Sur les engrais azotés, l'ammoniaque...
Passer par ce détroit...
Les plastiques, évidemment, qui sont des dérivés pétroliers...
On s'aperçoit que de nombreuses matières premières vont être concernées. L'effet de diffusion sur l'économie est encore lent et démarre, mais il est inévitable. Pour les Français, les factures de gaz sont tous les 2 mois.
Les premières factures vont arriver en mai. On sait qu'elles vont augmenter de 15 ou 20 %. En juillet, elles vont augmenter de nouveau.
Le prix à la pompe, c'est ce qu'on voit tout de suite, mais après, il y a tout le reste qu'on ne voit pas tout de suite mais qui va arriver. - C.Roux: On parlait de l'inflation.
La guerre ferait flamber l'inflation américaine de plus de 4 %. C'est ça aussi que regarde attentivement D.Trump. - R.Werly: Pour l'instant, je pense qu'il regarde plus le cours de la Bourse.
Wall Street n'a pas kraché, pour l'instant. Un mot sur les cycles. L'Asie est à l'orée de la saison chaude, la saison des climatiseurs.
Le poids en population...
Vous avez l'Inde, plus de 1 milliard d'habitants. Vous avez la Chine, plus de 1 milliard d'habitants. Au total, à peu près 3 milliards d'habitants qui vont allumer leur climatiseur.
La demande en énergie va être très forte dans ces régions. Elle l'est moins chez nous pour des raisons estivales. - P.Geoffron: Ca va booster le charbon. - C.Roux: On surveille l'inflation, mais aussi les taux d'emprunt, d'intérêt.
Il y a déjà des voyants qui sont en train de passer au rouge? Pour l'instant, les Banques centrales ne bougent pas? - S.Matelly: Pour l'instant, on n'a pas eu d'annonce spécifique.
Même la BCE a annoncé sa prévision d'inflation dans les mois à venir. On pourrait arriver à 4,8 %. Il est évident que sur un pareil taux d'inflation, elle serait contrainte d'augmenter ses taux d'intérêt. - G.Macke: En tout cas, elle ne les baisse pas.
Il y avait une prévision pour la Federal Reserve américaine et pour la BCE. On espérait avoir réussi enfin à contenir cette inflation coriace qui nous a vraiment fait mal durant les années post-invasion de l'Ukraine. On y était arrivés.
On était sur une pente de baisse des taux qui est interrompue, mais qui va peut-être repartir dans l'autre sens. - S.Matelly: D.Trump était furieux contre son président de la Réserve fédérale, à l'époque.
Il refusait de baisser les taux parce que l'inflation était assez élevée. Entre-temps, les personnalités ont changé. On va voir comment va se comporter D.Trump face à son nouveau président. - C.Roux: C'est une institution indépendante, mais de temps en temps, il reçoit un petit coup de téléphone et de pression. - S.Matelly: Ca avait eu de fortes conséquences sur les marchés. - C.Roux: Est-ce que la France est armée pour faire face à ça?
H.Marseille est président de l'UDI et chef de file des centristes au Sénat. Il s'inquiète de la situation économique française face à ce nouveau choc. - H.Marseille: Il n'y a pas véritablement de choc pétrolier.
On a des événements qui perturbent l'économie mondiale. Il va falloir attendre pour savoir si c'est véritablement un choc pétrolier, dans la durée. Des gens souffrent.
L'essence augmente terriblement. Tous ceux qui travaillent dans le transport, la pêche, l'agriculture, sont impactés. Le gouvernement a pris des mesures.
Pour l'instant, il faut tenir. Nous n'avons pas les moyens d'aller beaucoup plus loin. Nous sommes très endettés.
Contrairement à d'autres pays qui peuvent se permettre des aides, nous n'en avons pas les moyens. Il va falloir attendre. Ce qu'a fait le gouvernement permet de tenir, pour l'instant.
On est dans un pays formidable. On repousse toujours à plus tard les efforts qu'on doit faire. Chaque fois qu'on recule, ça fait augmenter la marge pour l'année suivante.
C'est d'autant plus difficile à atteindre. On voit bien qu'on va avoir le plus grand mal à atteindre les 3 % en 2029, même si on jure qu'on va tout faire pour y arriver. C'est assez peu crédible, surtout s'il faut dépenser de l'argent.
Il y a des événements, comme cette guerre avec l'Iran...
Il va falloir aider l'Ukraine, continuer d'aider l'Ukraine. Les Etats-Unis ne peuvent pas tout faire à la fois. Il va falloir se substituer aux aides américaines pour apporter davantage de matériel à l'Ukraine.
Tout ça coûte horriblement cher. Nos interventions, le porte-avions, le Charles-de-Gaulle, les bateaux qui l'accompagnent, les troupes, tout ça occasionne des frais. Il va falloir payer. - C.Roux: Il y a un problème.
On parlait des taux. La guerre en Iran inquiète les marchés. Le taux de la dette française à 10 ans dépasse 3,8 %, un niveau jamais vu depuis 2009.
Pour un pays endetté, c'est une mauvaise nouvelle. - G.Macke: Oui.
R.Lescure s'est fait sévèrement recadrer, à mon avis, après sa 1re intervention sur le choc pétrolier. Justement, le gouvernement de S.Lecornu avait tendance à minimiser jusqu'ici ce sujet et à en parler le moins possible, alors que les oppositions...
Le RN veut des baisses de taxes. Il le fait parce qu'on n'a pas les moyens de ce bouclier énergétique et de ce "quoi qu'il en coûte" qu'on a mis en place après 2022. - C.Roux: Pourtant, la pression est en train de monter sur certains secteurs énergétiques.
Pour certains pêcheurs, sortir en mer n'est plus rentable. Le gouvernement a mis en place des mesures d'accompagnement, comme des possibilités d'étalement des échéances fiscales. Insuffisant, disent les professionnels du secteur, qui attendent des aides directes. - Depuis le début de la guerre en Iran, en Bretagne, les pêcheurs naviguent à vue, les yeux rivés sur les prix du gazole qui ont doublé. - On a fait le plein des cuves. 3300 litres, pratiquement.
Ca, c'est pour 3-4 jours. A plus de 1 euro, ça va être compliqué. - Une hausse brutale, impossible à répercuter sur le prix du poisson vendu à la criée. - Ca, c'est du turbot. - Philippe est père de famille.
Son patron l'a déjà prévenu: ce mois-ci, il va perdre 800 euros. La colère monte. - Un salarié dans une boîte de transport, on lui enlève pas son salaire.
Il aura toujours son salaire. Nous, ça se répercute directement sur notre fiche de paye. A l'avenir, si le prix du gazole augmente, on travaillera pour rien.
On paiera pas les frais communs. Ca servira à rien de sortir pour cramer du gazole, payer des charges et ne pas se tirer de salaire. - Face à la crise, le gouvernement a annoncé des mesures pour soulager la trésorerie des pêcheurs.
Pour Philippe, c'est loin d'être suffisant. - Depuis le début du conflit, on dit que le gazole va augmenter. J'ai l'impression que si on ne stoppe pas, si on ne fait pas blocus, si on ne va pas sur les routes ou bloquer des dépôts pétroliers ou autre chose, on nous écoute pas. - Un sentiment partagé sur le port. - Pour l'instant, il n'y a rien d'annoncé, aucune aide.
Que dalle. Que des mesurettes. Il y a une réunion demain.
Certains bateaux vont commencer à stopper d'ici la semaine prochaine parce que le gazole est trop cher. On n'est même pas sortis de la crise ukrainienne qu'on nous remet une autre par-dessus. On a eu beaucoup d'inflation sur le matériel, l'entretien et le gazole, avec le conflit ukrainien.
On n'a même pas encore absorbé tout ça qu'on nous remet une autre crise par-dessus. On essaye de trouver des solutions, rallonger les emprunts, stopper les emprunts...
C'est que des petits pansements. Ca va pas guérir le tout. - Au Guilvinec, 3e port de pêche tricolore, les stocks en carburant sont gérés par une coopérative. - On prend la hauteur, la quantité des cuves et la température. - Pour essayer de remplir les cuves au meilleur moment, le directeur est suspendu aux cours du baril de pétrole et aux déclarations de D.Trump. - Un tweet et on a perdu 15 centimes, un autre tweet et on a pris 20 centimes.
C'est incroyable. Personnellement, à la coopérative du Guilvinec, je joue au poker tous les jours avec le cours du gazole. Je me tiens informé quasiment que sur les réseaux sociaux.
S'il a fait un tweet ou non dans la nuit, ça nous permet de savoir si la cotation va baisser ou monter le lendemain. - Une volatilité des prix avec laquelle il faut composer. Pierre a surtout le sentiment de payer le prix de la spéculation. - Le lundi du début de la guerre, on prenait 15 centimes.
Les stocks de Brest, de Lorient se sont évaporés dans la nuit de dimanche à lundi? Il faut pas nous prendre pour des imbéciles. Quelqu'un doit prendre quelque part.
Tout le monde sera pas en train de tirer la langue, c'est sûr. - Le gouvernement a annoncé étudier de nouvelles aides pour le secteur de la pêche. Elles devraient être annoncées la semaine prochaine. - C.Roux: G.Macke, c'est précisément ce que vous disiez tout à l'heure.
Ce pêcheur disait qu'il était obligé chaque jour de regarder les tweets de Trump pour savoir s'il pourrait sortir son bateau. - G.Macke: Des milliers de gens dans tous les pays du monde sont en train de regarder sur Truth Social les posts de D.Trump.
On voit les premiers programmes d'accompagnement et d'aide mis en place dans les pays européens et asiatiques. Cette guerre coûte plusieurs milliards à chacun des pays qui n'ont jamais voulu de cette guerre et qui n'ont jamais rien demandé. C'est un cas d'école de guerre asymétrique avec ce pays qui, soi-disant, en 3 jours, a été entièrement détruit, toute son élite tuée, etc., et qui continue malgré tout avec un détroit qui ne demande pas énormément, qui engorge le monde et qui crée des problèmes en chaîne économiques dans l'ensemble des pays. - C.Roux: Et qui sont très concrets dans ce reportage.
On le voit avec ce pêcheur qui dit qu'il ne peut pas répercuter les hausses sur le prix du poisson. Pas pour l'instant, mais peut-être dans une semaine. - G.Macke: Et aussi le rôle des spéculateurs.
Il n'a pas tort. Dans cette crise, à chaque fois, il y a des petits effets de bord et des gens qui en tirent parti. - C.Roux: Est-ce que certains profitent de la crise? - P.Geoffron: Je pense qu'il ne faut pas trop incriminer la spéculation.
Sinon, on passe à côté de la vraie question qui est qu'on est en France, un pays qui importe 99 % de son pétrole. 60 % du pétrole est produit entre la Russie, les Etats-Unis et le Moyen-Orient, 3 zones du monde avec lesquelles on peut pas contracter sereinement en disant qu'on sait qu'on va être livré et à quel prix. Ce que raconte ce pêcheur, c'est une folie absolue.
On ne peut pas être dépendant à ce niveau. La question devrait envahir les rues et la campagne présidentielle de 2027. - C.Roux: On ne peut pas rester avec un tel niveau de dépendance? - P.Geoffron: Non.
Si on est aux Etats-Unis et qu'on produit à tout-va, pourquoi pas, mais nous, on importe 99 % de notre pétrole et 96 % de notre gaz. Ca fluctue. - C.Roux: Vous avez raison.
Sur le long terme, ça devrait être dans les problématiques des candidats à la présidentielle. Quand on voit que certains pays comme l'Italie ou l'Espagne mettent déjà la main à la poche pour aider les secteurs les plus impactés, est-ce que le gouvernement va être tenu de le faire? Avec quels outils? - P.Geoffron: Pour les secteurs les plus impactés, il est évident qu'il faudra le faire.
On doit continuer à faire société, mais il faut faire du ciblage et pas ce qu'on a fait en 2022. On a arrosé tellement large qu'on a bloqué les prix du gaz et les prix de l'électricité et on a fait des ristournes à la pompe de 30 centimes. Les 30 centimes à la pompe, ça a coûté 8 milliards d'euros.
Le calcul est simple. On aurait pu donner une prime de 8000 euros à 1 million de ménages pour faire un super bonus de manière à acheter un véhicule électrique ou pour installer une pompe à chaleur, pour passer au gaz...
Il y a des tas de possibilités. N'oublions pas ça. La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a plus les moyens... - C.Roux: C'est pas forcément une bonne nouvelle. - P.Geoffron: Il est évident que la solution ne peut pas être uniquement l'attentisme.
Il faut rassurer les populations et les ménages qui sont les plus impactés. Il y a une partie de la population, peut-être qu'on en fait partie sur ce plateau, qui devra payer plus. - C.Roux: Il y avait cette question.
Evidemment que les 8 milliards et que le "quoi qu'il en coûte" ne sont plus possibles aujourd'hui. On s'achemine vers des mesures pour les pêcheurs, pour certains agriculteurs qui seront impactés par le manque d'engrais, pour certaines industries? - S.Matelly: On sait pas encore ce que va décider le gouvernement.
Il devra probablement soutenir les secteurs les plus en difficulté. Ce qui est certain, c'est qu'il n'a plus les moyens de pratiquer comme on a pratiqué en 2022. On n'avait aucune anticipation sur ce qui se passerait par la suite.
On disait qu'on accumulait les crises. Chaque crise nous dit la même chose. A chaque fois, on est touchés par notre dépendance la plus importante: la dépendance énergétique.
Il est certain qu'il faut profiter de la situation pour enfin commencer à anticiper. - C.Roux: C'est facile de dire ça sur un plateau de télé, mais quand on pense au gouvernement, qui va être assez vite...
On a entendu les pêcheurs dire qu'il fallait bloquer les routes et les accès pour être entendus. Il va de toute façon falloir débloquer des fonds. - S.Matelly: Oui.
On peut mieux cibler, en réalité. On peut aider les professions les plus impactées pour éviter qu'il y ait une crise majeure dans ces secteurs. - G.Macke: Ce qui est sûr, c'est qu'on va peut-être faire des aides à la trésorerie ou des aides d'urgence à certaines filières comme les marins-pêcheurs, les sociétés de transport routier, les infirmières libérales, les agriculteurs...
Il y a quelques professions bien identifiées. Le plan qui consistait à faire des ristournes à la pompe qui concernent tous les automobilistes, c'est plus possible. - C.Roux: Vous oubliez une proposition faite par le RN et par une partie des LR: il faut baisser les taxes. - G.Macke: Baisser les taxes ou faire une aide, c'est exactement la même chose.
Ca coûte et, au bout du compte, c'est le contribuable qui paye par une dépense publique ou une baisse de taxes. - C.Roux: Je prolonge le raisonnement de certains responsables politiques qui disent que c'est un profiteur de guerre. - P.Geoffron: Non.
La TVA monte lorsque le prix du baril monte. Il y a une autre taxe qui est au volume. Quand les volumes se réduisent, cette taxe rapporte moins.
Surtout, on est dans une économie qui va flirter avec la récession si cette crise se poursuit. A ce moment-là, c'est moins de TVA, moins d'impôt sur les sociétés... - G.Macke: Ca fera baisser les recettes fiscales. - P.Geoffron: Au travers des chocs depuis une dizaine d'années, si l'Etat devait s'enrichir, on l'aurait vu. - C.Roux: R.Werly, sur la pression politique et la façon d'y répondre? - R.Werly: Ce qui me paraît spécifique à la France, c'est que le gouvernement, pour toutes les raisons qui ont été évoquées, est sur la défensive.
On peut dire ce qu'on veut, mais regardez l'Italie, qui a une grosse dette, mais un déficit public nettement moins important que la France ou le Portugal, ces pays ont réagi tout de suite. - C.Roux: Avec des aides. - R.Werly: Absolument.
En baissant les taxes. Je pense que le calendrier a son importance. Aujourd'hui, les difficultés du gouvernement français, c'est qu'il court après les événements.
Il court après la colère qui va monter. Politiquement, je trouve que ce qu'ont fait les Italiens et les Portugais, pour citer ces 2 pays, mais les Espagnols aussi, en déclarant immédiatement, en mettant immédiatement en place une baisse des taxes, ils ont envoyé à la population le signal qu'ils maîtrisaient les choses. Le gouvernement français donne l'impression de ne pas maîtriser les choses. - C.Roux: Il y a un secteur qu'on n'a pas évoqué, c'est le secteur du transport aérien avec le prix du kérosène qui est en train de flamber.
Ca va peut-être se traduire par une hausse du prix des billets et une baisse de la fréquentation. - G.Macke: Oui.
C'est vrai que les pays du Sud ont fait ça. Je remarque quand même que l'Allemagne, qui aurait les moyens, ne l'a pas fait. C'est une grosse industrie.
Les Pays-Bas ne l'ont pas fait. Pour l'instant, dans le paysage, certains pays l'ont fait immédiatement et d'autres ne l'ont pas fait. En France, je remarque que le budget 2025 a occasionné une censure du gouvernement.
On l'a finalement bouclé en février. Le budget 2026 a occasionné une censure du gouvernement et on l'a bouclé en février. On aura besoin d'un budget rectificatif si on dépasse largement notre but de déficit.
Revenir et rerentrer dans une discussion budgétaire, redépenser 9 ou 10 milliards aujourd'hui, déjà que la France est en délicatesse à Bruxelles et ne respecte jamais ses promesses... - C.Roux: Mais on nous pardonne. - G.Macke: Ca paraît très compliqué.
Pour cette raison, même dans la communication, ils le feront probablement, d'aller voir les clients en détresse, mais je pense qu'ils vont chercher à ne pas trop en faire la publicité. - C.Roux: Question.
Qui peut s'enrichir? La Russie? - G.Macke: La Russie... - P.Geoffron: Oui, la Russie, mécaniquement.
Ca va dépendre de la durée. Il est évident que dès lors que la Russie va vendre son pétrole plus cher, même avec une petite décote...
En dehors de la Russie, c'est un peu difficile. Il y a un autre acteur qui s'appelle la Chine. Finalement, dans le bazar qu'est en train de mettre D.Trump sur le marché pétrolier et gazier, il fait monter un risque durable sur la zone et c'est la meilleure publicité qui peut être faite aux technologies décarbonées qui sont maîtrisées par la Chine. - G.Macke: Ils ont quand même avantage à une augmentation du pétrole, les pays pétroliers.
Les armateurs aussi. Quand il y a une augmentation des tarifs du fret maritime, ça peut les arranger. - C.Roux: Je voulais juste qu'un des journalistes de Sky News réponde à cette question.
Pourquoi je dis ça? Est-ce qu'il y a une manipulation des marchés financiers avant le message de D.Trump?
Lundi 23 mars, quelques minutes avant l'annonce de pourparlers de paix avec l'Iran, il y a eu des mouvements financiers détectés sur les marchés américains. - Quelques minutes avant ce tweet de D.Trump, une transaction très importante.
On ne sait pas vraiment s'il s'agit simplement d'un particulier ou d'un groupe de personnes. Ce que l'on sait en estimant simplement la valeur potentielle, la valeur de ces transactions sur le pétrole, c'est qu'il s'agissait de sommes colossales, de sommes qui changent une vie. 580 millions de dollars.
Quelqu'un vient de faire une véritable fortune sur ce coup-là. - C.Roux: Alors, c'est pas la 1re fois que ça se produit?
Il y a des gens qui sont bien rencardés. - S.Matelly: Tout à fait.
Il y a des gens qui sont bien renseignés. Je ne serais pas surprise de trouver parmi ces gens des proches de D.Trump.
Ce n'est pas la première fois. Ca fait un an qu'on voit ça. Il y a des personnes qui profitent de cette situation.
Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est recherché par D.Trump pour s'enrichir, mais il n'empêche que ça questionne. De la même manière, si on voulait répondre à la question sur les conséquences de ce qui se passe, au-delà de l'augmentation du prix du pétrole et d'à qui profite le crime, s'il y a une augmentation de l'inflation comme en 2022, vous avez une augmentation des taux d'intérêt.
Là, les détenteurs de capitaux, les gens les plus fortunés, profiteront largement de la situation. - C.Roux: C'est pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde, sauf si l'économie s'effondre.
Il est l'un de ceux qui avaient tiré la sonnette d'alarme avant la crise de 2008. Son avis est écouté avec beaucoup d'attention dans le monde entier. Il s'appelle Richard Bookstaber.
C'est un économiste américain, ancien responsable du Trésor. Selon lui, l'économie mondiale pourrait être confrontée à une crise bien pire que celle de 2008 en raison d'une accumulation de risques, de crises et de menaces. - Bonsoir et bienvenue à tous. - C'était il y a près de 20 ans... - Il y a des noms prestigieux que chacun connaît, Rothschild, Morgan ou Lehman Brothers.
C'est cette dernière banque d'affaires qui est ruinée aujourd'hui. Elle annonce sa mise en faillite, un coup de tonnerre dans le monde économique. - Des employés américains qui font leurs cartons... - C'est terrible. - Des marchés qui sapent... - C'est la journée des mauvaises nouvelles. - En 2008, le monde entier plonge dans la crise des subprimes.
Un séisme économique prédit à l'époque par un homme, Richard Bookstaber. Cet ancien conseiller du Trésor américain alerte à nouveau sur la possibilité d'une crise mondiale. - R.Bookstaber: La situation actuelle crée une tension sur l'économie.
Je ne pense pas que le pétrole seul provoque une crise, mais le problème, c'est que ça arrive à un moment où il y a d'autres facteurs de risque. Il faut raisonner en effet domino. - Au coeur de cet effet domino, l'IA, un secteur dans lequel des centaines de milliards d'investissements s'échangent entre une poignée de sociétés. - R.Bookstaber: Les 10 plus grandes entreprises d'IA représentent plus d'un tiers de l'indice boursier Standard and Poor's.
Si les investisseurs commencent à vendre, ça va se répercuter sur l'ensemble du marché. Plus le marché va reculer, plus les investisseurs vont vendre? C'est aussi un gouffre énergétique.
Elle nécessite d'énormes quantités d'énergie et a besoin de pétrole. Elle a aussi besoin de puces informatiques. S'il y a une interruption des flux depuis Taïwan à cause de la Chine, ce serait la fin de l'approvisionnement. - Autre élément scruté de près par l'économiste: l'essor du crédit privé aux Etats-Unis.
Depuis 2008, les entreprises peuvent emprunter moins facilement aux banques et se tournent donc vers des fonds d'investissement ou des sociétés de gestion. - R.Bookstaber: Le problème avec le crédit privé, c'est que ce sont des investisseurs qui donnent aux fonds d'investissement par exemple 10 millions de dollars et le fonds prête ensuite à une entreprise.
Le fonds peut dire aux investisseurs: "Je ne vais pas vous en dire beaucoup sur ce que je sais de cette entreprise, car c'est moi qui investis. Si vous souhaitez libérer votre argent, je pourrais peut-être vous le rendre, mais peut-être pas, car il était mobilisé dans l'entreprise." Rien ne garantit que l'investisseur puisse récupérer ses fonds.
Tout le problème du crédit privé, c'est ce manque de transparence. - Un marché estimé à plus de 2000 milliards de dollars d'actifs et qui a déjà commencé à vaciller. - R.Bookstaber: Le cours des actions du Blue Owl... - Des risques multiples de plus en plus difficiles à mesurer qui font redouter à R.Bookstaber une crise plus grave qu'en 2008. - R.Bookstaber: En 2008, nous avions déjà rencontré ce genre de problème sous différentes formes.
Le marché s'était effondré, puis redressé et la Fed pour le trésor était intervenue. Aujourd'hui, mon inquiétude est bien plus grande. Même si on met de côté l'IA, le crédit privé, penser au climat, aux enjeux géopolitiques...
Il est plus difficile pour nous d'y faire face. Je ne sais pas si on en prend pleinement la mesure. Ca pourrait poser des problèmes dans 5, 10, ou 20 ans.
Toutes ces questions sont sans précédent. - C.Roux: Je ne sais pas si on a envie de lui dire merci.
Merci de nous avoir accordé cette interview, mais le panorama est assez vertigineux. - G.Macke: Oui.
Pour ce qui concerne les marchés américains, il y a quand même 2 sujets de court terme a scruter. Il y a cette histoire d'IA. Depuis toute l'année et encore aujourd'hui, tous les soubresauts, la guerre des tarifs douaniers de D.Trump, les tensions géopolitiques avec Israël, la guerre en Iran, ont toujours été compensés par un optimisme béat des marchés financiers américains sur l'IA qui a clairement des promesses disruptives de transformation systémique.
C'est très bien dit. Ces entreprises se prêtent entre elles. Il y a une partie opaque dans le financement.
Les sommes sont de plus en plus faramineuses. On peut toujours craindre la bulle à tout moment. C'est vrai également qu'après 2008, on a mis des règles sur les banques pour les forcer à avoir plus de transparence et les forcer à être plus rigoureuses.
Justement, pour éviter ça, un certain nombre d'entreprises, maintenant, empruntent leur argent via des fonds privés. Là, on a de nouveau une espèce d'opacité dont on ne maîtrise pas très bien les ressorts. C'est les 2 inquiétudes de court terme. - P.Geoffron: C'est difficile de faire dans le détail.
J'étais aux Etats-Unis il y a pas très longtemps. J'en suis revenu très content d'en revenir et d'être européen. L'économie américaine, la politique économique américaine depuis Trump, c'est "Fast and Furious".
Je ne sais pas si on en est au 8 ou 9 dans la série. Il me semble qu'on a une combinaison tout à fait extraordinaire. On a des incertitudes majeures. - C.Roux: Ca a des conséquences sur nous. - P.Geoffron: L'impact de l'IA, je le vois dans mon quotidien professionnel avec mes étudiants.
Quel peut être l'impact économique et macroéconomique? Ca me paraît incertain. L'ensemble des dérégulations mises en oeuvre aux Etats-Unis me paraît aussi une préoccupation.
Cela irait si on n'avait pas eu les règles du commerce national cul par-dessus tête et une guerre. - C.Roux: Justement, il y avait ce message. - R.Werly: Oui, mais ce n'est pas n'importe quel pays.
Ce n'est pas un pays qui était politiquement armé. C'est là où on a beaucoup écrit et parlé du renseignement présumé infaillible israélien et américain, mais la réalité, c'est qu'ils n'avaient pas vu l'ampleur de l'armement dont bénéficiait l'Iran. Ce n'est pas n'importe quel pays et n'importe quel endroit sur la planète.
Nous n'oublions pas que ce monde est celui que veut D.Trump. Il veut ce monde. - C.Roux: Il ne veut pas la crise économique. - R.Werly: A votre avis?
C'est un protectionniste. Tout l'agenda consiste à dire que les Etats-Unis s'en sortiraient bien mieux avec leur énergie qu'ils ont en abondance, avec des frontières, les usines qui reviendraient aux Etats-Unis pour absolument mettre la machine à terre. Fondamentalement, la doctrine de Trump est une doctrine de guerre économique qu'il a décidé de mener.
Ca ne veut pas dire qu'il va réussir, mais il est dans cet état d'esprit et il l'a toujours été. Il mène une guerre économique par tous les moyens à la Chine. Il pense pouvoir la remporter et il pense que les Etats-Unis, contrairement à la plupart des pays de la planète, ont les moyens de résister à une crise.
Il y croit. - S.Matelly: Pour faire exactement la même réflexion, rappelons-nous que, dès le mois de juin, lors des 1res frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, les Iraniens avaient menacé de bloquer le détroit d'Ormuz.
Que les Américains et les Israéliens, même avec des renseignements défaillants, ne l'aient pas anticipé, ça relève plutôt de l'hubris et de l'impression qu'on est les plus forts, que ça ne se produira jamais parce qu'on sera en capacité de l'empêcher. De la même manière, avec la même prétention et la même idée qu'on est supérieur à tout le monde, ils sont en train de tenter de casser la mondialisation, l'économie mondiale en se disant que les Chinois et les autres en souffriront beaucoup plus qu'eux. Ce n'est pas le cas.
Les dernières crises économiques ou financières que nous avons vécues sont le plus souvent venues des Etats-Unis. C'est une économie extrêmement résiliente, mais aussi où la prise de risque est plus élevée qu'ailleurs. Il y a donc un certain nombre de vulnérabilités.
Sur les fonds d'investissement, c'est très intéressant. Lors de la crise de 2008, les fonds de pension ont alimenté ces fonds d'investissement parce qu'ils ne s'étaient pas cassé la figure avec la crise. Aujourd'hui, comme le disait Gaëlle, ils sont particulièrement importants et massifs dans les investissements dans les entreprises.
Ils peuvent être directement impactés. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
Question. - P.Geoffron: Il n'y a pas de pénurie en France, mais on est sur un marché mondial.
C'est l'offre et la demande. Par ailleurs, si on regarde un peu les choses dans le détail, il a surtout monté sur le diesel. Même si on n'a pas de pénurie, on dépend plus du Moyen-Orient pour le diesel et des capacités de raffinage de l'Arabie saoudite en particulier, notamment parce que la rupture avec la Russie...
Il y a un embargo sur le diesel depuis début 2023. Ca fait qu'on ne fait plus raffiner une partie importante de notre diesel en Russie. - C.Roux: Quand on dit "augmentation du pétrole, augmentation du gaz", ça veut nécessairement dire augmentation de l'électricité aussi en France?
Sur la manière dont est calculé le prix de l'électricité... - P.Geoffron: En espérant ne pas être démenti...
Il se trouve que la situation de 2022 avait conduit à observer une augmentation du prix du gaz d'un facteur 10, à peu près. Là, on fait fois 2. D'abord, le parc électronucléaire français est en état de fonctionnement.
Ce n'était pas le cas en 2022. On a intimé à développer les renouvelables. On est moins dépendants du gaz que ce n'était le cas en 2022.
Ca fait une différence importante. - C.Roux: Question. - R.Werly: D.Trump, je pense qu'il est conscient.
Je pense qu'il est prêt à prendre ce risque, peut-être de manière aberrante à nos yeux. Il croit que l'Amérique, que les Etats-Unis peuvent sortir vainqueurs de ce chaos. B.Nétanyahou, c'est différent.
Il ne mène pas une guerre économique. Une guerre qu'il qualifie lui-même d'existentielle. B.Nétanyahou veut sortir dans l'histoire israélienne comme l'homme qui en aura fini avec la menace du Hamas et avec les Palestiniens.
Il en aura fini avec l'Iran. On n'est pas dans la même guerre. Le problème qu'on a vis-à-vis d'Israël aujourd'hui, c'est que le coût de la guerre de B.Nétanyahou que nous devons tous supporter est énorme.
La question pour Israël: est-ce qu'il est viable de mener une telle guerre quand elle met en danger une si grande partie de la population mondiale? - C.Roux: Est-ce qu'il décide tout seul ou est-ce que c'est une décision qui sera prise avec les Etats-Unis, sur le fait d'en finir? - R.Werly: A la fin, c'est Trump qui décidera parce que c'est lui qui fournit les armes et l'infrastructure globale dans laquelle évoluent les forces qui attaquent l'Iran. - P.Geoffron: Si les Iraniens lui laissent finir la guerre.
Ils ont la main. - G.Macke: Les Israéliens ont quand même été assez bons pour influencer D.Trump dans les moments-clés.
C'est vrai que c'est lui qui décide, in fine, mais il peut aussi parfois décider en étant conseillé, poussé ou tiré. - C.Roux: Question. - G.Macke: Parce qu'on n'a pas les moyens. - C.Roux: Réponse courte.
Question. C'est important de répondre à cette question. - S.Matelly: Très clairement, mais pas que.
Elle peut être aussi sanitaire. On voit les pays d'Afrique de l'Ouest qui commencent à s'inquiéter du retour de pandémie ou de reprise de certaines épidémies et maladies par manque de médicaments pour différentes raisons. Les pays du Golfe sont un hub d'approvisionnement pour les médicaments.
Pour fabriquer des médicaments, on a besoin de composants pétrochimiques. C'est une crise qui a plusieurs entrées. - C.Roux: Question. - P.Geoffron: Sur le pétrole, non.
Sur le gaz, marginalement. La Commission européenne vient d'indiquer que l'obligation pour les Etats membres est de remplir les réserves à 80 % et non pas à 90 %, de manière à éviter la ruée vers le gaz qu'on avait eue en 2022 et qui avait fait s'envoler les prix. On est un peu dans l'épaisseur du trait. - C.Roux: Les réserves qu'on ne fait pas aujourd'hui, elles nous manqueront demain? - P.Geoffron: Elles ne nous manqueront probablement pas.
On pourra se recharger un peu plus tard pour moins cher. Rien n'est moins sûr. - G.Macke: A moyen terme, l'Europe a quand même les moyens de dépendre du pétrole et du gaz. - C.Roux: Question.
Je précise que G.Meloni est en ce moment en Algérie. - R.Werly: C'est la 2e fois.
Elle y était il y a peu de temps. La diplomatie italienne est une diplomatie des intérêts énergétiques et elle l'a mis en oeuvre très habilement au détriment de la France. Est-ce qu'il faudrait s'approcher de l'Algérie?
Sans doute. Il y a aussi le pétrole libyen sur lequel lorgnent les Italiens. Dans toute la partie du Maghreb énergétique, aujourd'hui, l'Italie a supplanté la France. - G.Macke: Il faut voir quand même que l'Italie a un problème beaucoup plus grave que la France.
L'électricité en Italie a beaucoup augmenté. L'Italie est sortie du nucléaire et est plus dépendante du gaz pour son électricité que la France. L'Allemagne aussi est sortie du nucléaire, mais a beaucoup plus accéléré dans les énergies renouvelables. - C.Roux: Question. - P.Geoffron: Une victoire à la Pyrrhus.
En tout cas, ça a permis, par rapport à ce qui était une menace depuis des années, de crédibiliser leur primasse sur le détroit. Quelle que soit l'issue, ça va avoir un effet durable. Soit le régime reste en place et on aura fait l'expérience de la bombe atomique...
C'est leur bombe atomique, le blocage du détroit d'Ormuz. Soit c'est le chaos et le résultat n'est pas très loin de ce que je viens d'évoquer. - C.Roux: Question. - S.Matelly: Pour l'instant, on tient.
On souhaite s'en passer. - C.Roux: On se passe des deux?
Du pétrole et du gaz? - G.Macke: Oui, quand même... - S.Matelly: Ca dépend. - P.Geoffron: Il y a du gaz naturel liquéfié qui entre encore et qui devrait ne plus rentrer avant la fin de l'année.
On sait qu'il y a des tensions avec les Hongrois aussi. - S.Matelly: On achète à l'Inde. - C.Roux: Roland-Garros...
Non...
C'est bientôt. Roland, en Gironde. - G.Macke: Pas longtemps. - R.Werly: Je suis pas d'accord.
Je pense que l'Iran peut tenir parce que c'est un pays qui vit sous sanctions depuis des décennies. C'est un régime qui tient de la population d'une main de fer. C'est un régime dont les frontières sont encore poreuses.
Il y a encore des approvisionnements qui passent par le Pakistan, l'Afghanistan ou les autres pays frontaliers. L'Iran, dans ce qu'est l'économie iranienne aujourd'hui...
Ce n'est pas une économie à la française. Il peut tenir. - C.Roux: Question.
Rapidement...
Oui, forcément? Non? - P.Geoffron: Oui...
Après, il n'y a plus les marges de manoeuvre de 2018. Je ne suis pas sûr que les conditions soient les mêmes. - C.Roux: Merci à tous.
C'est fini. C'est la fin de cette émission.