Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 29 février 2024 25 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleSantéÉconomie & entreprisesTravail & emploi

"La lutte contre la pauvreté et la grande pauvreté doit être une priorité nationale"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Quelle est aujourd'hui la situation des Restos à la veille du concert des enfoirés ?

  • 4:02OuverteRéponse directe

    Vous vous inquiétez de l'effacement des réflexes de solidarité. Est-ce que ces réflexes sont de plus en plus oubliés aujourd'hui ?

  • 8:26OuverteRéponse directe

    Quels sont les profils des personnes qui viennent au resto ?

  • 20:55OuverteRéponse directe

    Si on pouvait accompagner aussi les personnes qui ont des difficultés à gérer le budget ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:23InvitéFait
    « Vous disiez que face à l'augmentation du nombre de demandeurs, les Restos du Coeur risquaient de mettre la clé sous la porte. »
  • 2:20InvitéChiffre
    « Il vous manquait concrètement, il y a six mois, quand vous aviez fait ce cri d'alarme sur TF1, il vous manquait 35 millions d'euros. »
  • 2:26InvitéChiffre
    « Le gouvernement vous a accordé 10 millions d'euros. Bernard Arnault, 10 millions d'euros. Les Français et les entreprises, les 10 millions restants. »

Temps de parole

  • Invité33 %
  • Invité 227 %
  • Présentateur17 %
  • Invité 310 %
  • Auditeur5 %
  • Auditeur 24 %
  • Auditeur 33 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et à la veille de la diffusion sur TF1 et France Bleu du concert anniversaire des enfoirés, nous tenions ce matin avec Léa Salamé à évoquer dans le grand entretien cette France précaire, dans la difficulté, dans la pauvreté, qui a du mal à boucler ses fins de mois, voire tout simplement parfois à vivre et à se nourrir. Vos questions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Deux invités sont ici en studio, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, vous publiez pour Lé Sans Voix aux éditions Arthaud, et Patrice Douré qui est le président bénévole des Restos du Coeur. Bonjour à tous les deux. Bonjour.

Et merci d'être là, on était heureux de vous recevoir tous les deux ensemble, je crois que c'est une première. Absolument. Voilà, et on va donc explorer avec vous l'ensemble de ces sujets en exergue de votre livre. Christophe Robert, vous citez l'abbé Pierre. N'oublions pas que nous avons deux yeux, il faut avoir le courage d'avoir un œil ouvert sur la misère, et l'autre sur la beauté des êtres et du monde. On va revenir sur le combat que vous racontez dans ce livre, livre intime, poignant, engagé. Mais d'abord, Patrice Douré, on se souvient de votre cri d'alarme en septembre dernier.

Vous disiez que face à l'augmentation du nombre de demandeurs, les Restos du Coeur risquaient de mettre la clé sous la porte. Vous étiez asphyxié financièrement. Dites-nous, quelle est aujourd'hui la situation des Restos à la veille du concert des enfoirés ?

1:38
Invité

On peut être rassuré aujourd'hui parce qu'on a gagné du temps. Parce que c'est vrai qu'il est vrai que les Français ont été au rendez-vous de la générosité, et que l'on peut aujourd'hui dire que l'on tiendra jusqu'à la fin de cet exercice comptable au 30 avril. Pour autant, on n'est pas rassuré sur la suite. Pourquoi ? Et c'était l'objet de ce cri d'alarme. C'était de dire que ce n'est pas les Restos aujourd'hui qui sont en difficulté, c'est les Français qui sont en très grande difficulté. Et on continue aujourd'hui à avoir une vague de précarité énorme.

C'est-à-dire que tant que, et on le dit depuis longtemps, tant que l'on ne combattra pas la pauvreté à la racine par des mesures structurelles, les associations de solidarité seront en souffrance. Et c'était le cas des Restos du Coeur. Mais il vous manquait concrètement, il y a six mois, quand vous aviez fait ce cri d'alarme sur TF1, il vous manquait 35 millions d'euros. Le gouvernement vous a accordé 10 millions d'euros. Bernard Arnault, 10 millions d'euros. Les Français et les entreprises, les 10 millions restants. Aujourd'hui, vous êtes sorti d'affaires à l'heure où on parle sur les Restos ? Sur la période en cours, tout à fait.

Mais peut-être que dans six mois, vous revenez chez nous à notre micro. Notre alerte est portée sur les trois prochaines années. C'est-à-dire que si l'on ne faisait rien, et on a pris des mesures très difficiles, on pourra y revenir, si l'on ne faisait rien à trois ans, effectivement, les Restos du Coeur pourraient mettre la clé sous la porte. Alors ce matin, qu'est-ce que vous dites ? Vous avez lancé en novembre votre 39e campagne de dons. Vous allez faire tout un week-end spécial, tout ce week-end, parce qu'il y a le concert des enfoirés demain soir.

Mais il y a aussi 80 000 bénévoles des Restos du Coeur qui seront présents dans des milliers de magasins de supermarchés, c'est ça, tout le week-end, vendredi, samedi, dimanche. De quoi vous avez besoin ? Qu'est-ce qu'il faut donner ? Voilà, allez-y, vous avez le micro. La collecte nationale, elle est primordiale. Elle est capitale parce qu'elle représente en trois jours 12% des dons en nature que l'on reçoit habituellement en une année. Elle apporte de la diversité, elle apporte des produits que l'on n'a pas forcément les moyens à l'échelle de 1,3 million de personnes d'acheter.

Et puis elle permet à nos 88 000 bénévoles, qui seront présents ce week-end sur le terrain, d'expliquer nos actions, d'accueillir avec le sourire, et surtout, plus que jamais, collecter des produits dont on a besoin. Alors lesquels ? Les produits d'hygiène, notamment ? Les produits d'hygiène sont des produits très très chers. Les produits pour les bébés sont des produits très très chers. Et les familles que nous accueillons en ont besoin. Et puis des conserves qui sont essentielles, les conserves de poisson, des conserves de viande, et des produits qui sont tout autant importants pour compléter des repas pour les personnes qui viennent chez nous.

3:59
Présentateur

Dans votre livre pour les sans voix, Christophe Robert, vous vous inquiétez de l'effacement des réflexes de solidarité. Je vais vous citer. La solidarité, l'entraide, la protection sociale, bien loin de renvoyer à des valeurs désuètes, constitue, j'en suis profondément convaincu, de vrais remparts face aux différentes crises que nous subissons. Fin de citation. Vous avez l'impression que ces réflexes de solidarité sont de plus en plus oubliés aujourd'hui, sous le poids des égoïsmes, de l'indifférence pour les restos, comme pour la fondation L'Abbé Pierre. Vous avez l'impression, comme vous l'écrivez, de prêcher dans un désert d'indifférence ?

4:40
Invité

Il y a deux choses dans ce que vous dites. Il y a la solidarité de proximité, la solidarité avec le don qui peut être fait à la fondation L'Abbé Pierre. Au Resto du Coeur, la fondation L'Abbé Pierre n'agit que grâce au don. Et ce don, il est présent. Les personnes sont solidaires. La solidarité de proximité, de voisinage, dans les familles. Mais la question, c'est celle que posait Patrice, c'est-à-dire celle de la protection sociale. Pourquoi je dis ça ? Pourquoi j'ai voulu faire ce livre ?

C'est de regarder comment les choses ont évolué, parce qu'on commande tous l'actu, et on dit voilà, il y a eu tant de milliards en moins sur les APL, on va s'attaquer encore une fois à l'indemnité chômage. Mais au fond, la protection sociale, elle sert à quoi ? Elle sert justement aux personnes qui ne peuvent pas être aidées par leur proximité. Et je dis, la protection sociale ou la puissance publique, c'est la famille de ceux qui n'en ont pas. Je dis ça dans ce livre. Et c'est là où il y a un vrai sujet de société. Est-ce qu'aujourd'hui, elle est aussi performante que celle qui s'est déployée à la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Non.

Moi, je crois qu'il y a des gens qui pensent qu'il faut baisser notre protection sociale. Et que petit à petit, on grignote. Mais c'est ça le fond idéologique de l'histoire. C'est qu'il y a sans doute, et c'est sur ça que vous devez répondre, chez les Français de manière générale, qu'un postulat idéologique, parfois repris par le gouvernement, qui est de dire l'assistanat, qui est de dire ils n'ont qu'à traverser la rue et on trouve un travail, qui est de dire on donne trop, déjà on donne énormément, le gouvernement dit on a déjà donné énormément, on a protégé pendant le Covid, etc. Et maintenant qu'ils se prennent en main, parce que c'est ça le fond qui... Absolument.

Moi, ce que je vois, des pauvres qui deviennent plus pauvres depuis 20 ans que je suis à la fondation, des personnes qui n'arrivent pas à finir les fins de mois parce que les dépenses contraintes sont trop élevées, logement, chauffage, alimentation, et puis des personnes qui, sans être en situation de précarité ou de pauvreté, ont peur pour leur avenir, à eux, et celui de leurs enfants.

Et donc, tous ces discours qui consistent à laisser entendre qu'il y aurait une responsabilité individuelle, alors on peut toujours trouver des cas de personnes qui profitent d'un dispositif, mais attention, parce que ces petites phrases, cette philosophie, cette lecture du monde, de fil en aiguille, elle conduit à des décisions. On en est à la troisième réforme de l'assurance chômage. Ça veut dire quoi ? Qui sait aujourd'hui que parmi les demandeurs, parmi les personnes inscrites à Pôle emploi, à France Travail, plus de la moitié ne sont pas indemnisées ? Et pourtant, on nous annonce une troisième réforme. Oui, c'est ce qu'a dit Gabriel Attal au salon agriculteur.

Pourquoi on ne fait pas évoluer le RSA ? Il a perdu de son pouvoir d'achat depuis 1988 qu'il a été créé, le RMI. C'était 40% du SMIC. Aujourd'hui, c'est 33%. Donc, il y a une dégradation. Et je ne suis pas sûr que ce soit ça que nos concitoyens veulent pour les hôpitaux, pour l'alimentation, pour la santé, pour la protection sociale. Et c'est là où il faut, à mon avis, un vrai, vrai débat de société. Patrice Douré, vous êtes d'accord avec Christophe Robert ? Oui, vous savez, nous, on a l'habitude d'alerter, c'est le rôle des associations, d'agir, bien évidemment, en premier lieu, sur ce qu'on constate. Ce qu'on constate est très clair.

Les personnes qui viennent chez nous, elles ont un problème de pouvoir d'achat. Alors, il y a une équation qui est simple, des ressources qui ne sont pas suffisantes pour des dépenses fondamentales. Tu parlais, Christophe, de l'alimentation, la santé, le logement. Et cette équation, aujourd'hui, elle est déséquilibrée. Les solutions à trouver, ce sont ceux qui nous gouvernent qui doivent les trouver. Point. Mais la lutte contre la pauvreté, la grande pauvreté, doit être une priorité nationale pour éviter sa reproduction. Aujourd'hui, on accueille au Resto du Coeur des bébés, des enfants, dont les parents étaient déjà des personnes accueillies au Resto du Coeur.

Et elles seront probablement des personnes accueillies demain. Ça, ça doit cesser. C'est inacceptable aujourd'hui en France.

8:26
Présentateur

Dans le profil, sur le profil des gens, des personnes qui viennent au resto, vous le détaillez, Patrice Douré, pardon, des retraités, donc, famille monoparentale, étudiants, personnes sans emploi, travailleurs dont le salaire ne permet plus de boucler les fins de mois. Vous êtes frappé par la précarité des jeunes, près de la moitié des personnes accueillies à moins de 25 ans. Et dans les jeunes, pour qu'on soit bien clair, vous parlez aussi d'une augmentation des mineurs et des zéros à 3 ans.

8:57
Invité

Absolument. C'est bien ça aussi qui nous inquiète. C'est que on voit bien depuis bientôt 40 ans que les Resto du Coeur existent. Et mon prédécesseur était venu vous voir il y a 4 ans. Aujourd'hui, rien n'a changé, sauf empire. sur tous ces publics. On a des retraités qui ont travaillé toute leur vie qui n'ont plus les moyens de manger. On a des personnes qui travaillent qui, une fois payés le loyer et les charges locatives, n'ont plus 1 euro pour vivre. On a des étudiants qui font tout pour bosser avec des jobs d'étudiants qui espèrent avoir une vie où ils pourront se nourrir et vivre décemment. Et puis, on a des bébés, des enfants de moins de 3 ans, 126 000 bébés aujourd'hui.

C'est ça qui nous a alertés avec Nicolas. En général, on parle des jeunes, on pense aux étudiants, mais ce que vous montrez au resto, c'est qu'il y a de plus en plus de mineurs et de plus en plus d'enfants et de bébés, comme vous dites, de 0 à 3 ans. Et si l'on n'y fait rien, ce seront les adultes accueillis demain au resto du cœur. C'est ça qui est inacceptable. À quel moment... C'est-à-dire, ce sont des générations

9:55
Présentateur

que vous décrivez.

9:55
Invité

À quel moment va-t-on se dire simplement que ce n'est pas une fatalité chaque année d'avoir des chiffres qui augmentent ? Ce n'est pas normal. Ce n'est pas acceptable de se dire tiens, l'année prochaine, on aura des pauvres en plus. Non. Ce n'est plus acceptable. Christophe Robert ? Oui, je crois que c'est vraiment le sujet majeur. Et je voudrais dire une chose, c'est que je crois qu'on a la capacité de faire autrement. Je vais juste prendre un exemple pour expliquer. Enfin, deux exemples. Cette dégradation de la protection sociale pour faire vite, pour qu'on comprenne, parce que tout le monde n'est pas expert de ces sujets-là. C'est un peu ce qui s'est passé avec l'hôpital.

On s'est dit, grosso modo, on a un système de santé qui est plutôt bon en France, performant, comme on a une protection sociale qui est considérée comme une meilleure du monde. Tout ceci est vrai. Mais on a vu avec l'hôpital, petit à petit, les choses se dégradaient. Et nous avons tous vu au moment du Covid qu'il y avait une vraie crise. Crise dans les urgences, crise des métiers, crise de l'attractivité, crise de la capacité d'apporter des réponses. C'est un peu la même chose que moi je décris dans ces 20 ans. Je ne dis pas que ce pays ne fait rien. En revanche, nous avons des moyens. Et là, la question du ciblage est posée. Je prends juste un exemple.

Le gouvernement n'a pas rien fait quand il y a eu la crise de l'énergie, des prix de l'énergie. 50 milliards d'euros en deux ans. Le bouclier thermique, on va dire. 50 milliards. Alors on se dit, waouh, ce pays est protecteur et c'est vrai. Mais après, il s'est retiré complètement. Mais ces 50 milliards, ils ont servi les très très riches qui peuvent avoir 10 voitures, 10 bateaux, qui utilisent des avions en permanence comme les très très pauvres de manière uniforme. Et quand il s'est retiré, il s'est retiré pour les très très riches comme pour les très très pauvres.

Est-ce qu'on ne pourrait pas utiliser ces moyens de la capacité budgétaire de notre pays pour cibler les bonnes réponses, pour donner la capacité aux ménages les plus fragiles, aux classes moyennes inférieures, aux catégories modestes et bien sûr aux plus pauvres de vivre mieux. Pas seulement grâce à l'action des Restos du Coeur de la Fondation Abbé Pierre ou d'autres, mais de vivre mieux de leurs ressources. C'est-à-dire de cibler les aides ? Eh bien oui. Par exemple, on sort du bouclier thermique, eh bien il faut tripler le chèque énergie pour que les gens puissent se chauffer. Vous voyez ce que je veux dire ?

Les produits essentiels, faire que l'accès à l'eau, les premiers mètres cubes soient gratuits et plus on consomme, plus c'est élevé. Il y a des villes qui ont fait du transport gratuit par exemple, considérant que beaucoup de gens ne pouvaient pas se payer une voiture pour aller au boulot par exemple. Donc c'est cette réflexion-là peut-être que nous pourrions avoir alors où les choses ont évolué entre le début de notre protection sociale qui s'est développée après la Seconde Guerre mondiale et aujourd'hui la situation que nous décrivons ensemble. Mais vous dites l'un et l'autre on a les moyens. Enfin l'État n'a plus beaucoup les moyens.

L'État est très endetté, l'État est en déficit et vous avez entendu Bruno Le Maire il y a quelques jours expliquer que là il va falloir faire encore 10 milliards d'euros d'économies et les trouver parce que sinon la note de la France sera dégradée parce que sinon ça n'ira pas bien. Et on en a conscience. Vous en avez conscience. C'est pour ça que je parle de ciblage et sans doute il y a un autre débat à voir c'est le débat sur la fiscalité. On peut sans doute un peu plus partager les richesses dans ce pays comme on peut partager le pouvoir sur la question démocratique sincèrement en disant ne pas être dans une logique confiscatoire.

Mais quand on supprime la taxe d'habitation y compris pour les plus riches on perd 18 milliards d'euros par an. Quand on supprime la taxe sur l'audiovisuel c'est plus de 3 milliards d'euros par an. Quand on décide de supprimer l'ISF et le transformer en impôts sur la fortune on perd 2,5 milliards. Est-ce que c'est bien raisonnable alors qu'on a une transition écologique à faire et à protéger nos concitoyens les plus fragiles ?

On a bien conscience que l'aide de l'Etat et Christophe le disait nous aujourd'hui on ne fait qu'avec le soutien que l'on reçoit et ce soutien il vient essentiellement du public que je remercie d'ailleurs à travers votre micro des entreprises et pour un peu plus de 15% des collectivités locales et de l'Etat. On a pu démontrer que dès que l'argent public l'Etat mettait 1 euro dans nos actions on déployait 4 euros d'actions sur le terrain. C'est-à-dire qu'avec 160 euros d'argent public on aide une personne pendant une année et si l'Etat devait nous remplacer pour toutes nos actions ça lui coûterait 4 fois plus cher. On est sur un investissement social très clairement.

Je dirais même plus quand j'élargis au périmètre de l'Europe. L'Europe aujourd'hui au resto du coeur grâce au fonds européen qui aide les plus démunis représente un repas sur 4. Il y a 95 millions des Européens qui vivent aujourd'hui en situation de pauvreté. Le budget européen de la lutte contre la pauvreté c'est rien c'est 0,5% du budget européen. On est à quelques mois d'une échéance électorale importante en Europe. L'Europe s'est engagée à 2030 à réduire la pauvreté de 15 millions.

Moi j'attends là aussi des engagements des candidats aux élections européennes sur les mesures qui seront prises pour garantir aux associations qu'on pourra continuer cette lutte de manière beaucoup plus sereine.

14:31
Présentateur

On va passer au standard d'Inter. Arlette nous y attend. Bonjour madame et bienvenue.

14:36
Auditeur

Bonjour à vous. Voilà je suis tout à fait d'accord avec ce qui vient d'être dit et j'ai été bénévole pendant 11 ans au Resto du Coeur et je ne supportais plus cette équation c'est pourquoi j'ai cessé là récemment. L'équation précarité charité.

14:53
Présentateur

Précarité charité.

14:54
Auditeur

Précarité charité. C'est-à-dire qu'on joue sur la misère humaine que les gouvernements devraient faire quelque chose parce que tant que les gens n'auront pas faim ils ne feront pas la révolution tout simplement et quand je vois que la moitié de nos ministres sont millionnaires des gens qui sont censés nous représenter je trouve ça inacceptable au 21ème siècle qu'il y ait autant de pauvreté sur cette terre autant de pauvreté voilà c'est ce que je voulais dire et on arrive à démobiliser complètement les gens parce qu'ils ont une sangalette qui est à 3 kilomètres de leur autre pied c'est plus compliqué.

15:26
Présentateur

Merci Arlette pour ce témoignage on va donner dans la foulée la parole à Khaled bonjour bonjour bienvenue on vous écoute

15:33
Auditeur

oui bonjour je voulais parler à Christophe Robert parce que j'ai eu un problème avec les restos du coeur d'Anonère c'est pas un problème mais je voulais une fois ou deux fois ou trois fois par mois faire une chorba et l'offrir au resto du coeur pour qu'ils donnent à manger ça fait au moins 15 personnes une chorba et ils m'ont dit non on peut pas oui une soupe voilà excusez-moi non non j'ai un peu de problème et donc ils m'ont dit on peut pas par rapport à l'hygiène et parce que il faut des cuisines je sais pas aseptisées je sais pas mais moi ce que je disais à mon interlocutrice j'ai jamais empoisonné personne et je veux bien aller manger la chorba avec eux pour prouver pour tester pour être un copain

16:25
Présentateur

être le goûteur de la chorba avant de la distribuer merci beaucoup merci Khaled pour cette c'est Patrice Douré qui va vous répondre sur cette question

16:34
Invité

des règles d'hygiène déjà merci parce que encore une fois ce geste fait preuve d'une générosité qui est importante et puis oui à l'échelle de 1 million de 300 000 personnes il est évident qu'on a des règles qui sont pas les nôtres qui sont des obligations réglementaires sur la traçabilité notamment qui font qu'on fait très attention aux produits que l'on distribue mais encore une fois c'est ce qui ne remet pas du tout en cause la qualité de ce que vous faites et puis encore une fois merci beaucoup pour ce geste et d'y avoir pensé

17:01
Présentateur

et sur le témoignage d'Arlette 11 ans au resto du coeur qui arrête parce que elle estime que c'est de la charité précarité charité là où l'état devrait s'en occuper Christophe Robert oui

17:15
Invité

vraiment ça fait écho à quelque chose que j'ai abordé dans ce livre c'est le risque de démission face au mur de l'impuissance je l'ai dit comme ça pour essayer de résumer il y a énormément de bonne volonté dans ce pays on l'a dit il y a énormément de volonté de solidarité de gens qui sont engagés bénévoles de travailleurs sociaux d'associations l'économie sociale et solidaire tout ce mouvement là quand vous êtes travailleur social par exemple vous n'avez pas fait ce boulot pour dire aux gens quand vous avez 100 personnes et une solution à proposer leur dire restez dans la rue parce qu'il y a plus grave que vous parce qu'il y a des gens qui sont à la rue avec un enfant de moins de 3 ans vous votre enfant il a 7 ans vous voyez ce que je veux dire c'est à dire qu'on n'est pas là pour trier je parle de lutte des places et donc il faut faire très attention à ça parce que mais vous le sentez vous le voyez la tentation de la démission terrible terrible mais vraiment c'est à dire qu'aujourd'hui c'est difficile de recruter dans le secteur de l'action sociale les gens sont ils rentrent chez eux mais ils disent mais j'ai pas pu apporter des réponses j'ai pas fait ça pour dire aux gens de patienter vous voyez ce que je veux dire accroître la file d'attente et donc ces réponses dont nous parlons depuis tout à l'heure cette nécessité de redéployer cette protection sociale ce puissant vecteur de protection il est essentiel aussi pour encourager tous ceux qui veulent faire bien dans ce pays qui veulent dynamiser la réponse sociale et ça il faut être très vigilant parce qu'on fait jamais ce métier par hasard oui

18:37
Présentateur

sur l'application d'Inter Martine bénévole au resto du coeur oui on tient mais on a réduit les quantités offertes aux bénéficiaires Patrice Douré

18:47
Invité

pas le choix pas le choix parce que 1 million 300 000 personnes c'est 200 000 personnes de plus en quelques mois seulement et aujourd'hui et tous nos bénévoles l'ont compris il y a une période difficile qui est à franchir on a quelques signaux d'éclaircie et puis on a comme tu le disais Christophe des bénévoles qui sont dans nos associations extrêmement engagées c'est très difficile de dire non c'est un vrai crève-coeur de dire non à des personnes que l'on accueille parce qu'on n'est pas là pour ça et il n'y a rien de plus frustrant que de se dire qu'on n'a pas trouvé de solution mais quand vous dites on a réduit les quantités expliquez-moi ce que vous donniez au resto il y a 5 ans on a réduit le nombre de repas on n'a pas ni la prétention de sauver le monde et de répondre à tous les besoins on a réduit le nombre de repas par personne on reste pour autant une association qui donne beaucoup mais pour pouvoir accueillir plus de monde il y avait deux solutions c'était soit on allait réduire très massivement le nombre de personnes accueillies on a dû le faire comme on le fait depuis le début mais de manière plus importante pour les personnes qu'on aurait dû accueillir c'est-à-dire que vous avez dit non à un certain nombre de personnes on ne peut pas vous donner absolument absolument c'est-à-dire qu'ils viennent au resto et vous dites je suis désolé on ne peut pas vous servir absolument et il est important que ces personnes là viennent puisqu'elles ne bénéficient pas forcément de l'aide alimentaire mais de toutes les autres activités d'accompagnement qui permettent de s'en sortir donc vous avez dit non à un certain nombre de personnes et vous avez réduit la quantité de soupe que vous mettiez à chaque fois c'était réduit vous savez avec le phénomène qu'on décrivait tout à l'heure des pauvres qui sont plus pauvres ou de ceux qui sont en situation de fragilité qui par exemple avec l'inflation bascule dans la précarité qu'est-ce que ce qui vient d'être décrit sur les pratiques des restos du coeur ils n'ont pas le choix mais c'est vrai aussi par exemple dans les aides qui peuvent être distribuées par les départements qui ont la fonction de l'action sociale dans notre pays qui vont dire alors vous vous arrivez plus à payer votre loyer vous n'arrivez plus à payer vos charges avec le risque d'expulsion au bout alors non vous l'avez déjà eu l'année dernière vous ne pourrez plus l'avoir voyez ce que je veux dire c'est-à-dire que il y a un moment où l'élargissement des personnes qui n'arrivent pas s'en sortir est-elle que soit on se donne les moyens soit on cible les moyens pour les aider soit on va aider moins de personnes soit on va moins aider chacune des personnes il n'y a pas de secret et c'est ça qui est en train de se passer

20:54
Présentateur

alors au standard question de Laurence qui nous appelle d'Aix-en-Provence bonjour et bienvenue

21:00
Auditeur

oui bonjour monsieur dame merci de prendre ma question j'appelle pour vous demander si on pouvait accompagner aussi les personnes qui ont des difficultés à gérer le budget je pense que si on pouvait aider ces personnes à dire bon ben voilà vous avez pourquoi vous payez deux fois votre assurance pourquoi vous payez parfois on ne comprend pas bien et je pense que moi j'ai fait l'essai et ça a marché c'est-à-dire j'ai maîtrisé mon budget je me suis dit voilà ça je le paye en double pourquoi je posais la question mais c'est pas facile parfois on n'a pas envie c'est tellement compliqué et je pense que Emmaüs ou les restos du coeur devraient peut-être accompagner ces personnes à gérer le budget en disant voilà j'ai ça je dépense trop ça et je pense qu'il faut un accompagnement dans tout ce qui est budget gérer le budget on devrait même apprendre à l'école et je pense que ça c'est une idée parce que je l'ai fait et ça marche je sais bien c'est pas facile vous avez économisé

21:54
Invité

combien à peu près par mois sur votre budget en faisant l'effort de hiérarchiser

21:58
Auditeur

j'ai éliminé énormément de choses j'avais par exemple des frais après j'ai mon conseiller financier aussi qui m'a beaucoup aidé en disant ben voilà ça vous le payez en double je peux dire que ça a été significatif en tout cas 30% merci Laurence en tout cas il faut faire attention

22:19
Présentateur

merci Laurence pour cette intervention Patrice Doré oui c'est une excellente remarque

22:26
Invité

et nous le faisons depuis des années l'accompagnement budgétaire fait partie des activités d'aide à la personne que nous proposons à toutes les personnes qui se présentent à nous qu'elles soient admises à l'aide alimentaire ou pas et effectivement les résultats sont extrêmement favorables et les personnes généralement qui bénéficient de cette activité trouvent des sources d'économies qui permettent de répondre notamment au paiement de factures sur l'énergie et sur tout un tas d'autres sujets crucial l'accompagnement oui et j'ajouterais l'accompagnement social et juridique plus vous êtes dans une situation de fragilité plus vous êtes pauvre plus il faudrait avoir fait des études pour comprendre et vous voyez bien à quel point c'est compliqué et certains par exemple sont abusés nous on accompagne beaucoup les ménages qui sont en tension avec leurs propriétaires et on s'aperçoit qu'il y a des pratiques qui ne sont pas adaptées et là c'est vrai que la question du développement des permanences d'accès aux droits que nous nous déployons un peu partout sur le territoire avec le réseau associatif qu'on soutient est d'une grande efficacité parce que c'est très difficile de s'y retrouver mais ça rejoint quelque chose ça rejoint un problème qui vous savez c'est le fait qu'il y ait de moins en moins dans les services publics le guichet avec des personnes et là je le pointe aussi dans le bouquin parce que c'est une évolution la dématérialisation et vraiment j'en appelle à faire que pour les personnes notamment sur la question de l'action sociale parce que pour beaucoup c'est plutôt confortable parce qu'on peut le faire à n'importe quelle heure nos démarches administratives le soir, le matin, le week-end donc je ne critique pas la dématérialisation en soi mais pour ceux pour qui c'est difficile parce qu'on ne maîtrise pas la langue parce qu'on ne connaît pas les dispositifs sociaux il faut vraiment maintenir l'accueil individuel d'une personne et éventuellement le référent unique qui connaît déjà votre histoire parce que plus votre histoire est compliquée plus ça va être difficile d'obtenir les aides auxquelles vous avez droit

24:01
Présentateur

merci Christophe Robert pour les 100 voix le titre de votre livre chez Arthaud merci Patrice Douré et je rappelle ce week-end cette campagne de collecte des restos du cœur à travers toute la France 80 000 bénévoles partout dans des milliers de magasins de supermarchés

24:22
Invité

des produits hygiéniques des produits pour bébés et des conserves j'ai bien retenu la lune et merci par avance à eux et à toutes les personnes qui nous soutiendront et merci à vous deux d'avoir été là ce matin