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InterviewBFM TV (sur YouTube)· 11 mai 2023 39 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSantéSolidarités & familleAgriculture & alimentation

L'interview en intégralité de Dominique Schelcher, Président Directeur Général de Système U

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 53 %Attaque 27 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:21OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette réunion a servi à quelque chose ?

  • 1:06RelanceRéponse partielle

    Donc ça a permis d'annuler la dernière inflation qui était de l'ordre de 10%, ce panier anti-inflation ?

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce semestre anti-inflation va se dérouler dans toute cette période-là ?

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que la prolongation de ce trimestre anti-inflation se fait sans condition ?

  • 4:59OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette liste va s'élargir ? Elle va se rétrécir d'ici la fin de l'année ?

  • 7:52OuverteRéponse directe

    Est-ce que lors de cette réunion, ce matin, Bruno Le Maire vous a demandé de faire un effort supplémentaire et de rogner davantage sur vos marges ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00InvitéChiffre
    « moins de 13% sur les produits concernés en termes de prix »
  • 1:49InvitéPromesse
    « nous, on maintient notre dispositif jusqu'à la fin de l'année »
  • 2:30InvitéFait
    « nous sommes les seuls à prendre la totalité de nos marges, puisqu'il est à prix coûtant »
  • 7:41InvitéChiffre
    « des dizaines de millions d'euros 100% pris sur nos marges »
  • 9:39InvitéChiffre
    « l'inflation sur les produits de rentrée des classes sera bien moindre, aux alentours de 4-5% »
  • 12:08InvitéChiffre
    « au mois d'avril 2022, nous avions plus de 110 demandes de hausse »
  • 12:17InvitéChiffre
    « plus de 150 demandes de hausse par rapport à cette hausse des matières premières »
  • 15:03InvitéChiffre
    « 43% des Français se restreignent sur l'alimentaire »
  • 15:04InvitéChiffre
    « 42% des plus modestes sautent un repas par jour »
  • 29:04InvitéPromesse
    « j'espère que des négociations qui sortent, on va pouvoir sortir 2, 3, 4 points de baisse rapidement. »
  • 30:27InvitéFait
    « il n'est pas question pour nous de remettre en cause la part de matière première agricole. »
  • 30:56InvitéFait
    « le revenu agricole est progressé et que la souveraineté alimentaire française soit défendue par cette loi EGalim. »
  • 32:41InvitéChiffre
    « le patron de Lidl nous confiait Libération qu'il avait enregistré sur cette période 600 000 nouveaux clients. »
  • 34:25InvitéFait
    « la grande distribution, à contrario d'autres secteurs économiques en France, reste extrêmement franco-française. »
  • 36:13InvitéFait
    « il y a une vraie tension sur le chocolat. »
  • 36:58InvitéChiffre
    « les plus grands du chocolat, Herschelé, Lindt, Mondelez, ont réalisé ces dernières années 15 milliards de dollars de profit. »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Invité 216 %
  • Présentateur13 %
  • Invité 36 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

On ouvre notre thématique inflation avec vous, Dominique Schelcher. Vous êtes le président et le directeur général de Système U. Bonsoir. Bonsoir. Merci d'être votre invité ce soir. On a beaucoup de questions à vous poser, bien évidemment, autour de cette réunion qui s'est tenue ce matin à Bercy avec vos homologues de la grande distribution, autour de Bruno Le Maire, pour évoquer cette question et cette interrogation qu'ont tous les consommateurs. Pourquoi les cours des matières premières sont en train de baisser et ça ne se répercute pas sur les prix à la consommation ? Est-ce que cette réunion a servi à quelque chose ?

0:31
Invité

Écoutez, nous, on est ressortis plutôt positifs de cette réunion et en fait, on a parlé de plusieurs choses. La première, on a fait un bilan plutôt positif du trimestre anti-inflation qui, maintenant, d'après tous les instituts d'études, a un impact sur la baisse des prix. Ça veut dire que toutes les opérations faites par les enseignes, la nôtre particulièrement aussi, a permis de baisser les prix. Alors, ça ne répond pas à tout le sujet de l'inflation, mais c'est une contribution significative et aujourd'hui, ils ont même cité un chiffre de moins de 13% sur les produits concernés en termes de prix. Donc ça, c'est un bilan positif.

1:06
Présentateur

Donc ça a permis d'annuler la dernière inflation qui était de l'ordre de 10%, ce panier anti-inflation ?

1:11
Invité

Alors, pas sur l'ensemble des produits, mais sur le périmètre des produits concernés qui sont des produits du quotidien. Chez nous, c'est 150 produits du quotidien, nos meilleures ventes. Les gens ne s'y trompent pas, les achètent. Donc ça, c'est un point important. Et d'ailleurs, le point suivant était donc la demande des ministres. Bruno Le Maire et Olivier Grégoire, qui étaient présents, nous ont dit, le trimestre s'arrête le 15 juin. Qu'est-ce qu'on fait au-delà du 15 juin ? Et bien évidemment, le problème de l'inflation alimentaire n'est pas réglé le 15 juin. Donc, il nous demande de prolonger notre effort.

Et donc, moi, j'ai annoncé, au nom de Système U dès aujourd'hui, et je crois que ce soir, je suis le seul à l'avoir fait, et puis je pense que les collègues vont suivre, nous, on maintient notre dispositif jusqu'à la fin de l'année. Donc, jusqu'au 31 décembre, on aura cette opération de trimestre en inflation ? On va couvrir l'été, on va couvrir la rentrée, et l'automne, parce que sur toute cette période-là, le problème restera intact.

2:09
Présentateur

Alors, vous nous dites, vous, vous confirmez, et vos collègues de la grande distribution, est-ce que vous êtes tous sur la même longueur de l'onde ? Est-ce que ce, effectivement, semestre, du coup, anti-inflation va se dérouler dans toute cette période-là ?

2:20
Invité

Sur le principe, tout le monde s'est exprimé plutôt favorablement. Maintenant, il faut que chacun s'exprime sur son dispositif à lui. En tout cas, le nôtre, il est simple, il est clair, et nous sommes les seuls à prendre la totalité de nos marges, puisqu'il est à prix coûtant. Et ça, c'est important. Vous savez, quand moi, je suis souvent sur le terrain, je discute avec les Français, ils me disent, « Prenez sur vos marges ». Eh bien, sur nos 150 produits, on prend la totalité de nos marges.

2:42
Présentateur

Est-ce que la prolongation de ce trimestre anti-inflation se fait sans condition ? J'entendais le président du groupe Les Mousquetaires dire ce matin, « On est prêt à faire un effort, mais il faut que les industriels jouent le jeu ». Alors, est-ce que c'est sans condition ?

2:54
Invité

Moi, je n'ai pas posé de condition. Pourquoi ? Parce que le plus important pour nous, c'est d'aider et d'accompagner les Français. Donc, je veux dire, même si aujourd'hui, et ça va être le sujet suivant, j'imagine, la réouverture des négociations patine, il ne faut pas attendre pour prendre des mesures pour aider les Français. Donc, nous, on n'attend pas. On se bat sur le reste aussi, on va en parler. Mais voilà, moi, je ne conditionne pas. Moi, mon objectif, je suis commerçant. Mon but, c'est d'accompagner les Français au mieux. Et après, on se bat sur le reste.

Simplement, ce qu'on peut dire, c'est que le blocage ou la prolongation de ce panier anti-inflation, ça concerne une gamme réduite de produits. Et finalement, ce qu'attendent les consommateurs, ce n'est pas d'être cantonnés à 150 produits, peut-être dans votre réseau, monsieur Schellcher, ou à 200 chez un de vos confrères. C'est que sur une large palette de produits, les prix, à tout le moins, se stabilisent, voire commencent à redescendre. Et c'est là qu'est le nœud du problème.

Parce que si le gouvernement a obtenu de votre part que vous mainteniez ça sur un nombre finalement réduit, il n'a pas encore obtenu de la part des industriels ce qu'on appelle les grandes marques nationales un mouvement similaire. Et c'est là-dessus que finalement, tout le monde est un petit peu attendu au tournant. Mais ça, c'était donc le troisième sujet de la discussion d'aujourd'hui. Il y a maintenant trois semaines, les deux ministres que j'ai cités ont écrit aux grands industriels pour leur demander la réouverture des négociations. C'était il y a trois semaines. Dans la foulée, nous avons nous-mêmes, système U, écrit à l'ensemble de nos fournisseurs concernés.

Cette réouverture des discussions ne concerne pas les PME et ne va pas concerner certains secteurs. On pourra le détailler après. On a écrit, le temps passe, et en fait, on a fait le constat commun tous autour de la table aujourd'hui qu'il ne se passe rien. Aucun de nous, mes confrères et moi, il y avait Leclerc Intermarché Carrefour autour de la table, aucun n'a de signe de volonté de discussion à la baisse d'un certain nombre de prix.

4:47
Présentateur

On va revenir effectivement sur l'ouverture, la réouverture de ces négociations avec les industriels, parce qu'effectivement, comme le disait Franck, c'est un pansement, en fait, ce trimestre anti-inflation, mais c'est un pansement qui est important, malgré tout, pour les consommateurs. 150 produits, pour l'instant, chez Système U. Est-ce que cette liste, elle va s'élargir ? Elle va se rétrécir d'ici la fin de l'année ? Est-ce que vous restez sur ces 150 produits ? Est-ce qu'il va y avoir des nouveaux produits ? Des sortants ?

5:09
Invité

Cette liste, elle vit. Elle est adaptée un peu en fonction de la saison. Et encore une fois, ce n'est pas des nanars, ces produits, c'est les meilleures ventes, par catégorie, ceux qui sont les plus demandés. Et on ne s'y trompe pas, puisque c'est 30% de ventes en plus, par rapport à l'année dernière, sur la même période, depuis le 1er février où on l'a lancé. Ce sont des produits de Dominique Schellcher sur lesquels vous êtes attendus, enfin une gamme de produits sur lesquels vous êtes attendus. D'ailleurs, le ministre vous a envoyé un message là-dessus. Ce sont les produits de la rentrée scolaire, parce que c'est une grosse dépense pour les consommateurs.

Alors là, qu'est-ce que vous faites ? Alors sur la rentrée scolaire, je leur ai expliqué qu'on est déjà engagé sur les quantités commandées de rentrées scolaires, etc. Il y aura des offres, il y aura des promotions qui sont toujours percutantes à la rentrée. Donc on va voir comment on va compléter le dispositif. Mais on ne peut plus changer les quantités qu'on a commandées. On a même contacté nos fournisseurs pour savoir si on pouvait changer quantité. On ne peut plus.

Le ministre qui se méfie aussi des paroles des uns et des autres dit que de toute façon, il établira la vérité des prix avec l'inspection générale des finances qui va contrôler vos prix, qui va voir où vous en êtes, les différentes marques. Alors vous, vous en avez 150, mais il y a aussi les autres produits. Il y en a moins. Donc à partir de ça, à partir de cette vérité des prix, il promet de prendre des décisions plus coercitives s'il constate que vous, distributeurs, vous ne jouez pas le jeu en matière de répercussions des baisses de tarifs. Vous avez raison. C'est un engagement de Bruno Le Maire qui a décidé de publier assez régulièrement un rapport. Tous les trois mois.

Tous les trois mois, absolument. C'est nouveau. Qui fait l'état des lieux des marges des uns et des autres. Et que montrent un peu les derniers rapports ? Qu'il y a plutôt une compression des marges chez nous. Et il y a plutôt une amélioration des marges par rapport à 2019 du côté des industriels. Et ça, on va le suivre tous les trois mois. Mais il y a d'autres rapports qui sont publiés actuellement. Il y a un rapport McKinsey au niveau européen qui dit la même chose. Il dit contraction des marges des distributeurs européens ces derniers temps et amélioration des marges des industriels. Donc, moi, je ne veux pas faire la guéguerre ce soir.

Mais ce qu'on dit, et mon propos, c'est de dire quoi ? C'est que ce phénomène d'inflation exceptionnelle depuis 40 ans doit être pris en charge équitablement par tout le monde. Je trouve que le consommateur en prend beaucoup. Nous, on en prend une part lourde. C'est lui qui prend le plus. L'opération sur laquelle vous m'interrogez et que parfois, on dit que ce n'est pas beaucoup, c'est des dizaines de millions d'euros 100% pris sur nos marges. Nous ne demandons rien aux industriels. Je rajoute qu'on a 4 fruits et légumes à prix coûtant chaque semaine. Rien que ça, c'est des sommes considérables.

7:52
Présentateur

Est-ce que lors de cette réunion, ce matin, Bruno Le Maire vous a demandé de faire un effort supplémentaire et de rogner davantage sur vos marges ?

7:59
Invité

Non, il nous a demandé de le poursuivre. C'est-à-dire qu'il considère qu'un effort est fait. Il l'a dit, il l'a souligné.

8:05
Présentateur

Il considère que c'est suffisant aujourd'hui, les efforts à la grande distribution ?

8:08
Invité

Il y a quand même une différence entre certains grands distributeurs. Parce que quand même, on les voit aussi, les chiffres. La différence peut être importante entre certains distributeurs, ceux du haut, ceux du bas. Non, mais il y a des différences entre nous, c'est vrai. Et il y a des différences dans la réalité des prix sur le terrain. Mais ça, les consommateurs le voient eux-mêmes. Ils n'ont jamais autant comparé les prix. Et c'est eux qui choisissent en ce moment très fortement et qui vont vers les enseignes qui sont dans le match des prix. ce qu'est Systamu à date aujourd'hui, puisqu'on est vraiment dans la compétition.

Et par contre, sa demande précise, c'est de ne pas s'arrêter au 15 juin et d'aller au-delà et de prendre en compte la rentrée des classes, ce qu'on fera. Est-ce que, par exemple, ce soir, vous pourriez nous dire, Dominique Schellcher, que sur la rentrée des classes, justement, vous allez faire des opérations à prix coûtant sur les cahiers, des stylos, les crayons de couleur ? La petite difficulté que j'ai, je suis complètement transparent avec vous, c'est que l'accélération des volumes est telle sur les produits qu'on met dans cette liste qu'il faut assurer aux consommateurs des quantités suffisantes.

Or, ces quantités, elles sont déjà commandées, elles sont même déjà quasiment produites au jour où on parle aujourd'hui. Elles vont bientôt être livrées dans nos entrepôts parce que la rentrée chez nous, on la prépare au mois de juillet. On a appelé nos fournisseurs, est-ce qu'on peut rajouter des quantités ? La réponse est non. Donc, ma réponse est, on fera des opérations très percutantes et rassurantes pour les consommateurs. Sous quelle forme ? Maintenant, ça reste à travailler. Et dernier point, par contre, autant l'inflation alimentaire est environ à 16%, autant je peux d'ores et déjà dire que l'inflation sur les produits de rentrée des classes sera bien moindre, aux alentours de 4-5%.

Pour une raison essentielle, le papier est à la baisse depuis l'année dernière.

9:51
Présentateur

Sur les responsabilités, je vous demandais tout à l'heure si Bruno Le Maire, vous avez demandé de faire un geste supplémentaire. C'est vrai que le gouvernement a tour à tour pointé du doigt les industriels et la grande distribution. Est-ce que là, vous avez senti que le gouvernement était sur la même longueur d'onde que vous en disant que c'est la faute aux industriels et la grande distribution fait suffisamment le taf ?

10:09
Invité

Le constat que je fais de ce que j'ai entendu, c'est que vous avez fait un geste, on le reconnaît, on le voit, on le mesure dans nos analyses chiffrées de prix, on vous demande de le poursuivre, et par contre, maintenant, on se retourne vers l'autre partie prenante autour de la table, ce sont les industriels, qui pour l'instant, encore une fois, j'ai dit tout à l'heure, ne bougent pas véritablement pour l'instant.

10:31
Présentateur

Oui, mais le problème, c'est que les industriels, eux, disent qu'on n'est pas des profiteurs. Je vous propose d'écouter Jean-Philippe André, président de l'Association nationale des industries alimentaires, qui était hier notre invité.

10:42
Auditeur

Vous comprenez bien que si j'ai acheté une matière première à un indice 100 il y a 3 ou 4 mois, et que si aujourd'hui le cours est à 80, pour autant, je ne vais pas pouvoir vous vendre cette matière à 80. Mais ce que je dois faire, ce que je vais faire, et ce qui est prévu par la loi d'ailleurs, il faut le dire, dans le cadre de renégociations, même des fois dans les cas de clauses de révision automatique, c'est le moment où ça reviendra à 80, oui, moi j'ai toujours un client me téléphone.

11:09
Présentateur

Mais du coup, est-ce que vous êtes d'accord pour rouvrir les négociations ? Parce que c'est précisément l'enjeu de la réunion demain.

11:15
Auditeur

Mais au cas par cas, au cas par cas, en fonction des évolutions.

11:19
Présentateur

Alors, on va voir le sujet des négociations. Mais si je reprends son argument, il dit, voilà, moi, ce que j'ai acheté il y a 3 mois, le cours était d'autant il y a 3 mois, aujourd'hui, je ne peux pas le vendre moins cher parce que je vais perdre de l'argent. Est-ce que pour vous, c'est un argument fallacieux, ça ?

11:30
Invité

Écoutez, deux éléments d'explication. Le premier, très bizarrement, l'ensemble des fournisseurs qu'on a en face de nous ont tous acheté leurs stocks au cours les plus hauts, au marché spot les plus hauts, n'avaient aucun stock au prix le plus bas. Bref, on n'a jamais vu ça.

11:45
Présentateur

Donc, ils montent, les industriels ?

11:46
Invité

On a des doutes, quand même, pour certains, que tout le monde, au même moment, ait acheté au cours le plus élevé. C'est quand même très surprenant. Deuxième élément d'explication qui est très intéressant, et je suis venu, pardon, avec quelques chiffres. Le gouvernement, dès l'année dernière, juste après le déclenchement de la guerre, nous avait demandé la réouverture des négociations commerciales. Immédiatement, très rapidement, j'ai les chiffres, au mois d'avril 2022, nous avions plus de 110 demandes de hausse. Au mois de mai, pile il y a un an, plus de 150 demandes de hausse par rapport à cette hausse des matières premières.

Donc, énormément de demandes très rapidement, et en fait, des centaines sur toute l'année dernière qu'on a traitées et qui conduisent à l'inflation actuelle. Cette année, le mouvement est quand même inverse sur un certain nombre de matières premières, c'est avéré, les spécialistes le savent, le blé, le beurre, un certain nombre d'emballages, le café sont à la baisse, et donc, on voudrait enclencher le même mouvement dans l'autre sens. Eh bien, curieusement, cette année, la contrepartie n'est pas là, et il n'y a aucune réouverture de discussion. C'est quand même stupérifiant.

12:50
Présentateur

Par même temps, ça va être compliqué de se remettre autour de la table des négociations si vous les accusez de mensonges, les industriels.

12:56
Invité

Mais je ne les accuse pas de mensonges, je leur dis, regardez ce qu'on a fait l'année dernière. Vous les accusez de reconstituer leur marge. Et oui, certains, je pense, cette année reconstituent leur marge. Mais Dominique Schellscher, pourquoi vous ne vous savez pas d'une arme qui est dans votre possession sans attendre les discussions avec les industriels ? Vous pouvez demain, après-demain, très rapidement dire à telle ou telle grande marque nationale. Écoutez, vous êtes trop cher, je vous sors de mes rayons, ce que vous appelez dans votre jargon le déréférencement. En plus, ça aura un effet peut-être un petit peu exemplaire. Pourquoi vous ne le faites pas ?

Mais je ne peux pas le faire à cause de la loi française qui nous oblige. La négociation nous oblige à quoi ? Nous discutons entre le 1er décembre et le 28 février et nous nous mettons d'accord pour toute l'année. S'il n'y a pas une réouverture de négociation avec un nouvel accord pour le reste de l'année, je n'ai pas le droit de modifier ce à quoi nous sommes arrivés, ce sur quoi nous sommes mis d'accord il y a trois mois.

13:54
Présentateur

Donc si je vous comprends bien, si les industriels ne reviennent pas à la table des négociations, vous ne pouvez pas sortir des marques nationales tant qu'ils ne renégocient pas avec vous. Nous avons un contrat,

14:02
Invité

nous avons actuellement un accord commercial qui nous oblige et tant que nous ne le rediscutons pas, nous ne pouvons pas faire ça. Mais si ces négociations se réouvrent, ce qui semble quand même être assez probable... On finit par accepter parce que la pression est très forte dans le gouvernement.

14:16
Présentateur

Une précision, vous avez envoyé combien d'invitations et vous avez reçu combien de réponses ?

14:19
Invité

Alors nous avons reçu, nous avons envoyé environ 300 courriers. Voilà, voyez, ce n'est pas non plus des milliers de fournisseurs. Et combien de réponses ? On en a reçu exactement sept qui nous disent non et un qui dit oui, peut-être, je peux peut-être discuter. Il n'y a pas de retour en réalité et aucune discussion n'est réenclenchée contre 250 l'année dernière. C'est tout ce que je dis. Vous voyez, je veux dire, refaisons la même chose que l'année dernière. On était très ouverts. Cette année, c'est dans l'autre sens. On a des consommateurs, nous, en face de nous qui nous parlent. La pression est forte. BFM a présenté hier un sondage élable qui disait quoi ?

43% des Français se restreignent sur l'alimentaire. Mais c'est moi des chiffres que je n'ai jamais vus. 42% des plus modestes sautent un repas par jour. On ne peut plus accepter ça. Donc vous dites quoi ? Vous avez dit quoi, ministre ? Vous avez dit alors, chiche, appliquez ce que vous dites. C'est-à-dire, en gros, soit le name-hine-shame, donc en gros, balancer les noms comme l'a dit Madame Grégoire, soit actionner le levier fiscal comme là, plutôt sans vouloir le faire Bruno Le Maire à l'encontre des industriels. Eh bien, c'est un peu tout ça, Bruno Jeudi.

Et je ne peux pas révéler le contenu de ces discussions-là puisque ce sont les ministres qui vont faire les annonces la semaine prochaine. Mais je les ai trouvés très remontés, très déterminés. Et ils vont mettre en place des dispositifs, effectivement, maintenant, contraignants puisqu'il n'y a pas eu de mouvement jusqu'à présent. Vous avez eu le sentiment d'avoir face à vous deux ministres qui iront aussi loin que nécessaire, comme ils le disent ? Alors, absolument. Ils l'ont dit déjà dans les médias. Oui, mais dire dans les médias, c'est une chose, mais face à vous... Ils nous l'ont redit avec beaucoup de détermination aujourd'hui. Je crois qu'ils n'acceptent pas la situation actuelle.

Et l'un comme l'autre sont beaucoup sur le terrain aussi au contact des Français, savent que cette situation de l'inflation est le premier sujet de préoccupation maintenant des Français, maintenant que le sujet des retraites est globalement... Mais il s'est repassé devant les retraites, oui. Il est repassé devant les retraites et donc ils veulent le traiter, ils veulent s'en occuper. Bien sûr qu'il y a une question

16:32
Présentateur

politique qui est importante par l'enfant quasi.

16:34
Invité

S'ils ne vont pas assez vite dans le name and shame, par exemple, est-ce que vous êtes prêts, vous, pour vos fournisseurs, à nous dire, au jour d'aujourd'hui, un tel et un tel et un tel abuse ? Et est-ce que vous êtes prêts à mettre leur nom sur la place publique ? Vous savez, récemment, on a pris, dans la période précédente de négociations, on a pris des décisions telles que celles que vous avez dites tout à l'heure, réduire des assortiments, etc. Et moi, il m'est arrivé régulièrement avec des grands fournisseurs, par exemple, de soda. Je ne vais pas reciter de marque ce soir. Donc vous ne voulez pas reciter de marque ? Vous ne voulez pas rentrer dans cette politique de name and shame ?

Mais vous dites

17:06
Présentateur

que le gouvernement peut le faire. Donc publiez la liste de ces industries qui ne jouent pas le jeu.

17:10
Invité

C'est l'étape suivante si vraiment on n'y arrive pas. Vous comprenez ? Mais quand on discute de ça avec les Français, aujourd'hui, ils sont mûrs et ils nous disent « Monsieur le commerçant, vous avez raison de faire ça. Vous avez raison de faire des choix. Si la demande de hausse est trop importante et que vous vous battez pour nous, on accepte qu'il y ait quelques produits en moins dans les rayons. »

17:29
Présentateur

On passe à une phase suivante. Vous disiez tout à l'heure que le name and shame, c'est bien, si je vous entends, c'est un levier d'action possible, mais ce n'est pas suffisant. Donc que peut faire le gouvernement de plus pour tordre le bras aux industriels afin de les amener à renégocier avec vous ?

17:43
Invité

Je vous ai dit qu'il y aura d'autres annonces la semaine prochaine dans différents domaines bien au-delà du name and shame. Quel type de domaine ? Mais c'est au gouvernement de l'annoncer. Par contre, ce qu'on sait ce soir, c'est que le rendez-vous est fixé à mercredi prochain. Ça commence mercredi matin. Avec les industriels ? Ça va se faire en plusieurs rounds, apparemment, parce qu'ils sont beaucoup. Donc effectivement, il y a deux associations d'industriels qui commencent mercredi matin à Bercy avec Olivier Grégoire et Bruno Le Maire et qui seront sans doute suivis par d'autres.

Peut-être qu'on peut donner quelques chiffres quand même sur cette notion de profit réalisé par les grandes marques de l'agroalimentaire. Alors, on a cherché quelques-uns quand même. PepsiCo, donc le groupe qui fait PepsiCo là, mais aussi les chips, l'ail, etc. Ces bénéfices en 2022, donc années d'inflation, ont augmenté de 10%, 9 milliards d'euros de bénéfices. Le chiffre d'affaires de Barilla qui fabrique des pâtes mais aussi du pain mi, 14% de chiffre d'affaires en plus. Coca-Cola a fait en France pendant cette année d'inflation 200 millions d'euros de chiffre d'affaires en plus, c'est-à-dire, il a augmenté son chiffre d'affaires en France de 11%.

Le groupe Pernod Ricard qui vend des boissons alcoolisées mais aussi non alcoolisées a vu ses profits en France augmenter de 40% à 2 milliards d'euros. Donc, on a quand même...

18:57
Présentateur

Voilà, il le fait, frangoisis, le name and shame.

18:59
Invité

Ça, ce sont des chiffres officiels. C'est des entreprises qui déposent leurs comptes. Et on voit que l'année 2022, année d'inflation pour ces entreprises, a été une année extrêmement bénéficiaire pour leurs comptes et donc pour leurs actionnaires.

19:11
Présentateur

C'est la pression des consommateurs qui peut être la plus efficace justement en voyant ces chiffres, en se disant on voit ces chiffres, on voit que les prix de ces marques nationales ne baissent pas. Donc, du coup, nous, on va se reporter sur les marques de distributeurs et d'ailleurs, est-ce que vous voyez une augmentation réelle des ventes des marques de distributeurs ? Mais bien sûr,

19:26
Invité

le comportement du consommateur est en train de changer en profondeur. Ils ont cessé d'arbitrer ces derniers temps. Ils ont abandonné d'abord les produits non alimentaires, ensuite les produits frais. La boucherie, c'est dans le sondage d'hier que vous avez présenté aussi. La boucherie est le produit le plus abandonné ainsi que la poissonnerie parce que c'est devenu cher dans le panier. Et l'étape suivante aujourd'hui, c'est on va vers effectivement les marques distributeurs qui sont en rapport qualité prix de très bonne qualité et qui, je le rappelle, sont fabriqués par exemple chez nous à 80% par des PME françaises.

Acheter un produit de marque distributeur, c'est acheter un produit de PME française. Donc, les raisonnements, les comportements sont fortement en train de changer. Les ventes d'un certain nombre de grandes marques, pas toutes, sont en baisse. Vous évaluez à combien, la part prise par les marques distributeurs sur les marques nationales ? Je vous donne notre exemple. On était avant à une part de 32% de notre chiffre d'affaires réalisé avec ces marques. On s'achemine vers les 34 actuellement. Deux points en plus depuis le début de cette crise que je situe clairement à l'automne l'année dernière. C'est là que ça s'est accéléré. Donc, elle vous profite aussi, cette crise, d'une certaine façon ?

Elle nous profite. Mais vous savez, je veux dire, moi, je fais mon travail. Je vends les produits que les gens nous demandent. Elle nous profite... Non, elle profite au PME. C'est que vous avez une marge supérieure sur ces marques distributeurs. Oui, mais elle profite surtout aux PME, encore une fois, qui sont derrière ces produits-là. Donc, elle nous profite, oui et non. Le but, c'est d'avoir l'assortiment le plus large possible et de permettre aux consommateurs d'avoir le choix. Il n'y a rien de plus important ce moment que de lui permettre d'avoir le choix.

C'est-à-dire, face à un produit qui est éventuellement augmenté, qu'il puisse choisir une autre marque d'un produit équivalent, un produit premier prix éventuellement, ce qu'il fait beaucoup aussi, voilà, qu'il ait le choix et mon travail, c'est ça. Tant mieux s'il se porte sur les marques distributeurs. Puisque vous parlez de choix, Dominique Schellcher et peut-être de bien manger aussi, est-ce que vous ne pourriez pas faire les opérations que vous faites à prix coûtant sur des marques distributeurs, sur des produits frais ? Vous avez parlé de la boucherie, de la poissonnerie qui sont importants aussi pour l'équilibre alimentaire, notamment le poisson.

Pourquoi est-ce que vous ne faites pas d'opération là-dessus ? Je vous ai dit, on fait 4 fruits et légumes à prix coûtant chaque semaine et qui changent chaque semaine, qui sont d'origine France et c'est énormément, comment dire, de marges prises sur nos marges. Donc, voilà un moment, si vous voulez, notre capacité à faire, elle est économique aussi. Donc, nos 150 plus ces 4 produits, ce sont des dizaines de millions d'euros pris sur nos marges. Je rappelle qu'on est des commerçants indépendants. Donc, c'est chacun des patrons de mon réseau qui fait cet effort-là. À quoi s'ajoute pour lui aussi une facture d'électricité qui double cette année dans nos magasins ?

Un magasin moyen, c'est 130 000 euros d'électricité, ça va être 260 000 euros cette année. Ce sont des PME entre 50, 80 personnes, 90 personnes, 150 pour les plus grands hyper. Donc, voilà, je veux dire, c'est un équilibre économique que moi, je dois aussi respecter. Je pense véritablement qu'on fait notre part. Le message en ce moment, c'est que tout le monde doit faire sa part et on pense que le maillon industriel ne le fait pas suffisamment.

22:43
Présentateur

Les effets pour le consommateur. Le gouvernement prévoit une baisse visible des prix d'alimentaire en septembre. Vous faites les mêmes prévisions ?

22:52
Invité

C'est tout l'enjeu de cette réouverture de négociations. Si on parvient à réouvrir les discussions, il nous faudra 3-4 mois pour que les hausses soient visibles. Donc, on est au mois de mai. Donc, on est déjà septembre-octobre. pour voir quelques signes. Mais après, et tout le monde, je pense, sera d'accord sur le plateau ce soir, il ne faut pas laisser croire aux Français que tous les prix reviendront au niveau des prix d'avant la guerre. Ça n'est pas vrai non plus. Mais on en est certain. Pourquoi ? Parce qu'il y a d'autres éléments structurels qui sont en train...

Vous comprenez que c'est quand même difficile à imaginer pour les Français parce que l'année dernière, on nous a fait tout un cinéma. D'ailleurs, Bruno Le Maire raconte, ils sont venus, j'ai été pris d'assaut par tous ces industriels, par tout le monde, il fallait les aider, ils sont venus toquer un apport tout de suite. Et puis là, il faut accepter que les prix ne reviennent pas comme avant et le consommateur, c'est lui qui perdra sur tous les tableaux. Non, certains vont rebaisser, mais après, il y a une toile de fond dans l'univers laitier, dans l'univers du frais en général et du surgelé où l'électricité pèse beaucoup, soit dans la fabrication, soit dans le maintien en froid.

Quand votre... Elle baisse l'électricité aussi. Le mégawatt, l'électricité baisse. Les entreprises se sont engagées sur des contrats à l'année, voire sur deux ans. Nous, on est engagés sur deux ans, par exemple, dans nos magasins et beaucoup d'industriels sont engagés sur toute l'année ou sur deux ans.

24:12
Présentateur

Mais pourquoi vous pouvez affirmer, pourquoi vous affirmez que les prix, quoi qu'il arrive, ne reviendront pas à leur niveau avant la crise ?

24:19
Invité

Parce que pour les matières premières qui baissent, il faudra répercuter à la baisse. Certaines matières restent élevées, voire continuent à augmenter. Et je le répète, il y a des éléments structurants qui sont plus chers qu'avant le début de la guerre. L'électricité, le carburant ou encore les salaires qui ont commencé à progresser. Et à un moment, l'équilibre économique des entreprises prend en compte l'ensemble de ces éléments-là. Donc, on fait tout pour essayer de répercuter à la baisse et on voit bien les difficultés.

Vous êtes en train de nous expliquer que le consommateur, il va perdre sur les prix quand il va faire ses courses en magasin et sur les salaires où il n'aura pas l'augmentation. Non, ce n'est pas ce que je viens de dire. Je viens de dire que le mouvement est parti. Le mouvement est parti. Il y a une hausse quand même de salaire dans un certain nombre d'entreprises, y compris chez nous. Il y a des renégociations un peu partout. Il y a des renégociations un peu partout. Des renégociations annuelles. Je veux dire, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la masse salariale de l'entreprise que vous gérez a progressé.

Et à un moment, dans votre équilibre économique, vous êtes obligés de prendre en compte ça. Donc, voilà, on est dans une boucle où l'inflation est là. On va essayer de la réduire, mais on ne va pas la ramener à zéro et où à un moment, il y aura un équilibre des prix sensiblement plus élevé qu'avant. Je ne veux pas laisser croire qu'on reviendra aux prix d'avant la crise. Ça n'est pas vrai. Mais avec un effet, Dominique Schellcher, c'est que si les prix ne redescendent pas suffisamment, ce qui va donc laisser entière la question du pouvoir d'achat, est-ce que vous n'aurez pas une baisse durable de la consommation dans vos magasins ?

On a commencé à voir que le panier moyen était en baisse, que les volumes étaient en baisse. Est-ce que ça, ce sera aussi peut-être un mouvement durable qui va vous porter préjudice ? Mais c'est la plus grande interrogation que j'ai aujourd'hui. Donc, SIRCANA, l'institut d'études qui suit le métier qui fournit les données officielles par une baisse de volume de 5% depuis le début de l'année, c'est mon plus grand point d'inquiétude. Jusqu'où ira cette baisse des volumes ?

Et en même temps, c'est peut-être une baisse des volumes qui va peut-être conduire les fameux industriels qui aujourd'hui ont du mal à revenir à la fameuse table de négociation, à revenir en disant « Messieurs les commerçants, vraiment, mes ventes sont en forte chute. Il faut qu'on trouve ensemble des solutions pour les redynamiser et les redynamiser, ça passera par des baisses de prix. » Donc voilà, c'est tout ce mécanisme qu'on espère pouvoir enclencher. À ceci près, qui avait sur ce plateau hier aussi Thierry Marx, le cuisinier qui disait « Il faut aussi consommer autrement.

» Est-ce que ça veut dire que demain, dans vos magasins, sous l'effet de l'augmentation des prix, on ne va pas acheter de moins en moins de produits transformés et de plus en plus de produits bruts qui sont moins chers qu'on va transformer soi-même ? C'est-à-dire du chocolat et du lait et plus de la crème au chocolat, etc. Toutes les études qui sortent actuellement montrent que la part des Français qui changent en profondeur de comportement, pas seulement une adaptation ponctuelle, cette part, elle augmente.

Les gens sont effectivement en train de se rendre compte que peut-être il faut remettre en cause son mode de consommation, peut-être cuisiner davantage et donc nous on a un travail en profondeur d'accompagnement, recettes de cuisine, etc. pour réapprendre aux Français à cuisiner. Vous savez, c'est souvent quand j'observe les Français, parfois les plus modestes, qui ont le plus de produits transformés dans leur caddie. Le président de la banque alimentaire m'expliquait l'autre jour qu'il proposait dans un de ses centres une palette de choux-fleurs aux personnes qui étaient présentes. Les gens refusaient le choux-fleur parce qu'ils ne savaient plus le cuisiner.

Et donc, il y a un enjeu effectivement de transformation de la consommation peut-être vers plus de sobriété. C'est vrai. Et je pense que cette crise qu'on vit actuellement restera aussi comme un repère de changement

27:57
Présentateur

profond de comportement. Une précision encore sur cette baisse possible, probable, à partir de septembre, octobre des prix. Est-ce que ce sera une baisse généralisée sur tous les produits ? De quel ordre sera cette baisse ? Vous dites, on ne reviendra pas au niveau d'avant-crise mais du coup, elle sera de quel ordre ?

28:13
Invité

Vous avez une idée ? On est à peu près à 16%. Il risque d'y avoir encore un impact au mois de juin un peu à la hausse. D'ailleurs, à un moment, même moi, je citais des chiffres d'atterrissage au mois de juin possiblement plus élevés. Donc, juin, ce sera encore plus cher

28:27
Présentateur

qu'aujourd'hui ?

28:28
Invité

Ça risque d'être un peu plus cher encore parce qu'il y a encore des répercussions de hausse des prix suite aux dernières négociations. Peut-être un point de 16-17. Je citais moi-même des atterrissages peut-être supérieurs. Entre-temps, il y a le panier anti-inflation qui fait son effet. Et Circana, par exemple, l'institut encore d'études, le dit, si l'inflation ne monte pas... Donc, vous aussi, vous confirmez, comme le fait le gouvernement par la boîte de Bruno Le Maire et Olivier Grégoire, que ça marche. Ça marche et ça a un impact. D'ailleurs, on ne monte pas aussi haut que prévu. Donc, à la rentrée, ça va se stabiliser à cet été.

Moi, j'espère que des négociations qui sortent, on va pouvoir sortir 2, 3, 4 points de baisse rapidement. Et après, j'espère qu'on va rentrer dans un cycle plus durable de baisse. Mais je ne ferai plus de pronostics aujourd'hui parce qu'on manque de visibilité tant qu'on n'a pas rediscuté avec nos confrères industriels. Est-ce qu'il n'y a pas une inconnue qui vient se greffer par-dessus tout ça ? C'est l'élément climatique, le fait que les fruits et légumes de l'été, pour cause de manque d'eau dans les semaines qui ont précédé, est-ce que ceci risque d'aboutir à une hausse des prix non prévus sur les fruits et légumes de saison ?

29:37
Présentateur

Alors même qu'ils étaient moins impactés par l'inflation, les fruits et légumes. Ça, si vous voulez,

29:41
Invité

c'est un phénomène qu'on connaît chaque année dans les fruits et légumes. Chaque année, il y a un moment sur une catégorie de fruits, une catégorie de légumes, des intempéries, un gel qui a un impact. Et ça, on sait le gérer, on sait vivre avec. On a plutôt de la chance cette année avec la saison de fruits et légumes qui est plutôt globalement correcte en termes de prix, je dirais, pour les Français. Il y a moins d'alertes que d'habitude. Et s'il devait y avoir on sait réagir, on sait prendre leur quantité, les vendre à bon prix pour les écouler quand il faut. Donc là-dessus, on est plutôt rôdés.

Et nous, chez U, on a une sensibilité particulière pour toutes ces questions-là un peu de souveraineté alimentaire française. On fera ce qu'il faut pour accompagner les producteurs. Et derrière tout ce débat, on ne l'a pas encore dit et je tiens à le dire maintenant, il n'est pas question pour nous de remettre en cause la part de matière première agricole. Je sais que les agriculteurs sont sensibles à ça. Quand on dit rediscuter, on veut rediscuter le reste. Et on ne veut pas remettre en cause ce que la loi EGalim qui protège le revenu

30:42
Présentateur

des agriculteurs.

30:43
Invité

On n'est pas tous d'accord. Et je l'assume. Et je l'assume. Je l'assume. Et ce n'est pas la position, il n'y a pas une position unanime. Il n'y a pas une position unanime, mais c'est quand même une position aujourd'hui assez majoritaire. Tout le monde se félicite que le revenu agricole est progressé et que la souveraineté alimentaire française soit défendue par cette loi EGalim 1, EGalim 2, aujourd'hui même EGalim 3. Donc pas question pour système U

31:05
Présentateur

de revenir sur cette loi EGalim. Sur cet élément-là. Enfirmant à d'autres qui avaient fait cette proposition. Quelle relation, dans ce contexte de forte inflation, vous entretenez avec les autres acteurs de la grande distribution ? La bataille est encore plus féroce entre vous ?

31:19
Invité

Il y a actuellement une attention particulière des Français au prix. Ils n'ont jamais autant comparé les prix. Donc on est vraiment en pleine compétition, c'est vrai. Et système U n'a pas à rougir de son positionnement prix. Et le nombre de Français qui sont dans nos magasins prouve qu'ils ont compris que nos prix sont compétitifs. Après, je vais vous dire quelque chose. Depuis la crise du Covid, où Bruno Le Maire nous a réunis pour traiter les difficultés de la chaîne alimentaire et faire en sorte qu'on continue à approvisionner les Français, on a resserré les liens entre nous. Et depuis, on a plaisir à se retrouver pour mener des combats communs au-delà de nos compétitions particulières.

31:54
Présentateur

Mais est-ce que les clients, dans ce contexte, ne sont pas de moins en moins fidèles et ne vont pas de plus en plus voir la concurrence pour comparer les prix ?

32:02
Invité

Mais bien sûr, un Français dans un mois fréquente aller entre 5 et 8 points pour son alimentation entre un boucher, un panier à map, un supermarché, un magasin bio. Un peu moins les magasins bio d'ailleurs en ce moment. Donc oui, il compare, il regarde et il va vers les enseignes les moins chères et les mieux positionnées en prix. Et d'ailleurs, certains circuits connaissent actuellement de vraies difficultés et sont en recul parce que leurs prix ne sont pas en rendez-vous. Est-ce que ce n'est pas quand même cette période particulière la victoire du hard discount ?

C'est-à-dire que, par exemple, le patron de Lidl nous confiait Libération qu'il avait enregistré sur cette période 600 000 nouveaux clients. Et ces 600 000 nouveaux clients, ils viennent bien de quelque part. Peut-être pour un certain nombre d'entre eux, des magasins de votre réseau. Écoutez, moi j'observe que certains observateurs disaient que ce serait encore plus une vague pour le hard discount. Eh bien, j'observe que sur les dernières périodes de part de marché, ils stagnent plus tôt. Et pourquoi ? Parce que dans un magasin hard discount, sur une catégorie de produits, vous n'avez aucun choix. Vous êtes obligés d'acheter un seul produit.

Vous ne pouvez pas varier un autre ou prendre un autre si le prix a augmenté. Et ça, les clients le détestent actuellement. Ils veulent du choix. Ils veulent ne pas être enfermés dans un choix. Ils veulent pouvoir, si un prix augmente, choisir un autre. Le hard discount n'offre pas cette possibilité-là. Et je pense que c'est la limite de son modèle actuellement, bien qu'il soit très performant, etc. C'est la limite, je pense, de son fonctionnement actuellement. Et ça va être très intéressant d'observer dans les mois qui viennent comment ça va évoluer.

33:39
Présentateur

Michel-Edouard Leclerc affirme que cette bataille entre acteurs de la grande distribution, elle a fait gagner deux à trois points d'inflation à la France. Ça tire les prix vers le bas. C'est bon pour les consommateurs, cette concurrence que vous livrez ?

33:53
Invité

Je crois que oui. Je crois que en faisant attention et en menant ce combat et cette attention, parce qu'on est au cœur de la vie des gens, vous savez, donc on les écoute et donc derrière, on essaie de mener des politiques commerciales qui répondent à leurs attentes. Donc oui, il y a un impact de nos actions, d'épanier anti-inflation, même si certains les trouvent modestes, sur l'activité et sur le niveau d'inflation. Et ce n'est pas moi qui le dis, ce sont tous les instituts spécialisés qui mesurent ça à la semaine.

Avec un léger bémol quand même, Dominique Schellcher, et vous le savez, c'est que la grande distribution, à contrario d'autres secteurs économiques en France, reste extrêmement franco-française. Si on laisse de côté le hard discount où les Allemands sont arrivés, les grandes enseignes françaises sont des entreprises françaises et les grandes enseignes américaines, britanniques, qui parfois ont essayé de s'amplir de temps en France, n'ont jamais réussi à y mettre le pied. Donc ça reste quand même un petit club, non ? Ça reste les acteurs français. Moi je dis, moi j'ai aucun problème avec la compétition, que les acteurs... Alors que les français sont beaucoup à l'international d'ailleurs.

Oui, mais ils n'ont pas toujours eu de succès. Il y a eu des échecs retentissants en Allemagne par exemple. Donc, écoutez, on ne peut pas reprocher à la grande distribution d'être efficace et performante et d'accompagner ses consommateurs. Et encore une fois, la compétition est ouverte et que les acteurs viennent et on mènera la compétition. Alors, question qu'on peut se poser quand même parce que vous nous avez dit qu'on fait un semestre de panier anti-inflation. On a parlé de la rentrée scolaire tout à l'heure qui est un moment important. L'autre moment important après dans l'activité de votre métier, c'est les fêtes de fin d'année. Absolument. Alors, qu'est-ce qui va se passer ?

Parce que là aussi, on entend des bruits dans nos métiers. Par exemple, les chocolatiers auraient des exigences pour les fêtes de fin d'année. C'est un sujet qui vous tient à cœur, j'ai l'impression de prendre.

35:42
Présentateur

On est parlé en préparant l'émission.

35:44
Invité

Donc, on nous dit que les chocolatiers, par exemple, parce que vous ne discutez avec eux en ce moment encore. Enfin, vous avez déjà eu des propositions et qu'ils auraient été, sans jeu de mots aucun, particulièrement gourmands pour les fêtes de fin d'année. C'est le cas ou pas ? Le chocolat de Pâques avait déjà sensiblement augmenté, mais pas tant que ça parce que la discussion venait d'avant. On est en plein dans ces discussions-là, mais patrons de magasins vont passer leur commande dans quelques jours, quelques semaines, pour la campagne de Noël. Je n'ai pas l'atterrissage définitif des chiffres, mais il y a une vraie tension sur le chocolat. Pourquoi ?

Parce qu'il y a un travail en profondeur des fournisseurs de chocolat sur la qualité, la traçabilité. Il y a un sujet dans le chocolat qui sait comment il est produit avec parfois du travail des enfants dans certains pays. Donc, par exemple, c'est un sujet sur lequel, chez Systemeux, on est extrêmement sensible et on a notre filière de cacao certifiée. Et voilà. Donc, ça, ce sont des choses qui peuvent expliquer un peu de tension sur le chocolat.

Ce qui peut l'expliquer aussi, parce qu'il y a une organisation non-gouvernementale, Oxfam, pour ne pas la citer, qui se penche beaucoup sur les écarts de prix et le déclenche de développement entre le Nord et le Sud, qui a quand même noté que les plus grands du chocolat, Herschelé, Lindt, Mondelez, ont réalisé ces dernières années 15 milliards de dollars de profit, notamment au détriment des producteurs, des pays producteurs de chocolat qui se trouvent en Côte d'Ivoire, au Ghana.

Et donc, on dirait que le consommateur, finalement, peut être un petit peu désorienté quand, d'un côté, il va avoir ces chocolats de fin d'année, peut-être sensiblement augmentés dans la vente au détail, et quant à l'autre bout de la chaîne, on se rend compte que les producteurs, eux, ne seront pas beaucoup plus payés. Là, les associations font leur travail d'alerte et je dirais qu'elles ont raison sur ces questions-là et qu'on doit tous progresser pour améliorer notre offre et l'information qu'on donne sur ces produits et à commencer par les industriels eux-mêmes. Donc ça, je trouve que ce sont des bons combats.

Et derrière les fameuses négociations que parfois on nous reproche, il n'y a pas d'autre sujet que de mener ces discussions-là et finalement d'aboutir à quoi ? Au bon prix pour le consommateur à la fin du compte, au juste prix pour le consommateur.

37:56
Présentateur

Une dernière question, Dominique Schelcher. On a compris que le chemin serait long, qu'il est compliqué. Est-ce que néanmoins, on voit le bout de cette crise inflationniste ? Est-ce que vous êtes positif, optimiste ?

38:07
Invité

L'inflation, ce sont des cycles. Les spécialistes le savent tous. On est actuellement dans un cycle haut qu'on n'a pas connu depuis longtemps. À un moment, ça va refluer pour différentes raisons. On en a évoqué certaines. Donc oui, on commence à voir des éclaircies, mais peut-être qu'après les réunions de la semaine prochaine, donc c'est mercredi à Bercy, on en saura peut-être plus et vous réinviterez les acteurs concernés. Merci beaucoup, Dominique Schelcher.

38:33
Présentateur

Vous serez le bienvenu pour débriefer un petit peu cette réunion qui aura lieu avec les industriels donc mercredi à Bercy. Merci.