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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 20 janvier 2023 26 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleÉducation & rechercheInstitutions & élections

Réforme des retraites, mobilisation des enseignants, succession de Philippe Martinez... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Marie Buisson

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:24OuverteRéponse directe

    On revient avec vous sur cette journée de manifestation d'hier contre la réforme des retraites. 1,2 millions de personnes selon la police, 2 millions d'après la CGT. En tout cas, c'est une mobilisation majeure de ces 30 dernières années, c'est un succès ?

  • 0:49RelanceRéponse partielle

    Ils nous ont surpris les chiffres ?

  • 1:16OuverteRéponse directe

    De manière générale, que représente une première journée de mobilisation ? Il faut tout de suite mobiliser très vite, quitte à moins mobiliser ensuite ? Vous espérez faire plus de 2 millions, plus d'un million ?

  • 1:38OuverteRéponse directe

    L'exploit le 31 janvier, la date de la prochaine mobilisation, vous êtes parti tout de suite très fort, très haut ?

  • 1:56OuverteRéponse directe

    Dès aujourd'hui d'ailleurs à la SNCF, ça veut dire qu'il peut y avoir une grève dans les transports, par exemple, dans les jours qui viennent ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Mais pendant dix jours, il ne se passe pas rien. Il y aura des actions par entreprise, par filière, par secteur d'activité ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:20PrésentateurChiffre
    « 1,2 millions de personnes selon la police, 2 millions d'après la CGT. »
  • 0:42Invité politiqueChiffre
    « nous on est à 2 millions. »
  • 1:06Invité politiqueFait
    « c'est deux ans de plus de travail pour tout le monde dans des conditions qui sont déjà difficiles de vie, avec des salaires bas, une forte inflation, ça crée de la colère et un refus global de cette réforme. »
  • 3:44Invité politiquePromesse
    « nous, on souhaite la retraite à 60 ans pour toutes et tous. »
  • 5:15Invité politiqueChiffre
    « champion du monde, encore une fois, du versement des dividendes, je crois, cette année. »
  • 6:37PrésentateurChiffre
    « Lui, il dit « j'ai 8 millions de personnes qui ont voté pour moi ». »
  • 6:49Invité politiqueFait
    « Emmanuel Macron, il avait dit après son élection, qu'il reconnaissait avoir été élu aussi avec des voix de gens qui ne voulaient pas que Marine Le Pen devienne présidente de la République. »
  • 16:40Invité politiqueChiffre
    « une infirmière, elle a 7 ans d'espérance de vie en moins que la moyenne des femmes. »
  • 16:44Invité politiqueChiffre
    « Les aides-soignantes, les infirmières, elles sont aujourd'hui entre 20 et 30 % à être en incapacité à l'âge de la retraite. »
  • 19:34Invité politiqueFait
    « ils ne veulent pas faire deux ans de plus au travail. »
  • 19:50Invité politiqueChiffre
    « il y avait autour de 60 à 70% de grévistes hier dans l'éducation. »
  • 20:30PrésentateurChiffre
    « Ça fait 66 ans, donc, avec les 43 années. »
  • 20:34Invité politiqueChiffre
    « il y a aujourd'hui 20% des enseignants qui partent avec une décote. »
  • 21:04Invité politiqueFait
    « Les augmentations de salaire, on ne les a pas vues, à part le relèvement du point d'indice. »
  • 21:18PrésentateurChiffre
    « 3,5%, c'est la dernière augmentation du point d'indice. »
  • 21:24Invité politiqueChiffre
    « l'inflation, c'est à 6%, plus pour les produits alimentaires, etc. »

Temps de parole

  • Christine Buisson63 %
  • Présentateur14 %
  • Présentateur 214 %
  • Invité9 %

3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Marie Buisson, vous êtes candidate à la succession de Philippe Martinez à la tête de la CGT et vous êtes actuellement secrétaire général de la Fédération de l'éducation, de la recherche et de la culture. On revient avec vous sur cette journée de manifestation d'hier contre la réforme des retraites. 1,2 millions de personnes selon la police, 2 millions d'après la CGT. En tout cas, c'est une mobilisation majeure de ces 30 dernières années, c'est un succès ?

0:30
Christine Buisson

Effectivement, c'est un succès, c'est un succès des travailleurs et des travailleuses qui, nous on le sait, on l'a vu dans les sondages, sont opposés, très fermement opposés au recul du départ de l'âge à la retraite. Effectivement, cette mobilisation, nous on s'attendait à une très grosse mobilisation, les chiffres nous le confirment, nous on est à 2 millions.

0:49
Présentateur

Ils nous ont surpris les chiffres ?

0:49
Christine Buisson

Ils nous ont surpris, oui, ils sont très forts, mais nous on s'attendait, on avait déjà dit qu'on s'attendait à une mobilisation de plus d'un million. Donc on avait le sentiment que la colère était forte et le rejet, il est énorme de cette réforme parce que c'est deux ans de plus de travail pour tout le monde dans des conditions qui sont déjà difficiles de vie, avec des salaires bas, une forte inflation, ça crée de la colère et un refus global de cette réforme.

1:16
Présentateur

De manière générale, que représente une première journée de mobilisation ? Il faut tout de suite mobiliser très vite, quitte à moins mobiliser ensuite ? Vous espérez faire plus de 2 millions, plus d'un million ?

1:25
Christine Buisson

On espère continuer à mobiliser et continuer à convaincre que non seulement cette réforme, elle est mauvaise pour les travailleurs et les travailleuses de ce pays, mais aussi qu'il y a moyen de faire reculer ce gouvernement sur une réforme qui est refusée.

1:38
Présentateur

L'exploit le 31 janvier, la date de la prochaine mobilisation, vous êtes parti tout de suite très fort, très haut ?

1:44
Christine Buisson

Oui, mais bien sûr, on espère être aussi nombreux, plus nombreux, il faudra voir, mais vous avez vu qu'il y a le 31, mais entre aujourd'hui et le 31, il y a aussi tout un tas d'actions, il y a des assemblées générales dans les entreprises, dans les services.

1:56
Présentateur

Dès aujourd'hui d'ailleurs à la SNCF, ça veut dire qu'il peut y avoir une grève dans les transports, par exemple, dans les jours qui viennent ?

2:01
Christine Buisson

Alors, pour l'instant, nous, on attend parce qu'on a besoin de rediscuter avec les travailleurs et les travailleuses et salariés, les syndiqués, pour voir de quelle manière ils souhaitent organiser aussi ce mouvement. Vous savez bien que nous, on lance des appels, on discute, on débat, on propose, et puis ce sont les salariés qui, à un moment, décident collectivement de se saisir. Nous, on envoie un message fort, on ne s'arrêtera pas, on veut aller jusqu'au retrait de la réforme, et on appelle à une nouvelle grosse journée de mobilisation de l'ensemble de l'intersyndical, le 31.

Mais d'ici là, évidemment, il y aura des actions, des assemblées générales, un certain nombre de rassemblements locaux, etc.

2:37
Présentateur

Donc, pour bien comprendre, pour ceux qui nous écoutent, la prochaine grande manifestation où il y aura des cortèges, c'est le 31 janvier. Exactement. Mais pendant dix jours, il ne se passe pas rien. Non, bien sûr. Il y aura des actions par entreprise, par filière, par secteur d'activité ?

2:50
Christine Buisson

On va voir, nous, on se réunit, les autres syndicats vont se réunir aussi, et proposer un certain nombre de choses, proposer des actions peut-être plus locales, des rassemblements locaux, des débats. On a aussi une pétition en ligne intersyndicale qui est ce matin à 650 000 signatures en moins de dix jours.

3:07
Présentateur

Qu'est-ce que demande la CGT, pardon, mais dans ces événements locaux dont vous parlez ou par branche ? Par exemple, est-ce que vous demandez, est-ce qu'il y ait des journées de grève au sein de la SNCF qui soient décidées aujourd'hui ?

3:18
Christine Buisson

Alors, nous, ce n'est pas exactement de cette manière-là que ça se passe. C'est-à-dire que la CGT, elle va réunir les salariés, nos militants vont réunir les salariés, vont débattre avec eux, et à partir de ces remontées du terrain, vont proposer des actions qui collent au mieux à la volonté du terrain. De toute façon, on sera tous sur le pont le 31, et d'ici là, on va continuer. Je crois qu'il y a encore besoin de débattre, de discuter, parce que nous, on ne veut pas de cette réforme, mais en plus, nous, on souhaite la retraite à 60 ans pour toutes et tous. Donc, il y a du débat, on a encore des choses à discuter, à débattre et à proposer aux salariés.

3:55
Présentateur

Marie-Busson, pour être très claire sur ce qui va se passer pendant les dix jours, par exemple, vous avez votre collègue de Force Ouvrière, Frédéric Souillot, qui dit « On est parti pour un conflit dur, il faut bloquer l'économie ». Est-ce que c'est un mot d'ordre dans lequel vous vous retrouvez ? Pendant dix jours, est-ce que vous pouvez bloquer l'économie pour parvenir à faire entendre votre message au gouvernement ?

4:13
Christine Buisson

Nous, l'objectif, c'est d'avoir des grèves massives et fortes. Pas le but ultime, c'est qu'il y ait un maximum de salariés en grève dans tous les secteurs, dans le public, dans le privé. Qui t'a bloqué les transports, l'énergie. Oui, parce que c'est le moyen qui est mis à leur disposition pour se faire entendre par un gouvernement qui, quand même, n'est pas très à l'écoute du monde du travail. C'est le monde qu'on puisse dire.

4:36
Présentateur

De la CGT Mine Énergie, Sébastien Benespillier, qui disait que lui, il se faisait le relais des agents d'EDF en disant « je vais couper partout », en tout cas aux élus qui soutiennent la réforme, l'électricité, propos sur lesquels il est revenu. Mais sa justification, c'était de dire « les agents disent que la grève ne suffit plus ». Non, mais il y a de la colère.

4:54
Christine Buisson

Il y a une très forte colère dans le pays. En tout cas, c'est au gouvernement de nous prouver, et au patronat de prouver, qu'ils entendent, les grévistes, on a depuis des mois des tas de grèves sur les salaires. Et vous avez vu qu'il faut tenir, il faut faire la grève plusieurs jours pour juste ouvrir des négociations salariales, alors qu'on est dans un pays riche qui produit des richesses, champion du monde, encore une fois, du versement des dividendes, je crois, cette année. Donc, il faut aller chercher le partage de la richesse assez durement dans la période. Donc, quitte à aller à un conflit assez dur avec le gouvernement pour montrer votre détermination.

Nous, on a prévenu le gouvernement, en plus l'ensemble des organisations syndicales, et depuis longtemps, on a participé aux concertations, on a rappelé qu'on était contre. Si le gouvernement n'entend pas, effectivement, il portera la responsabilité d'un mouvement dur, long et déterminé.

5:43
Présentateur

Il vous a entendu hier, quand vous avez vu les réactions, par exemple, Olivier Dussop, ministre du Travail, qui dit « oui, la mobilisation a été importante », et son collègue de la fonction publique qui dit « la mobilisation ne change pas le projet ».

5:56
Christine Buisson

Ben, donc, je crois que ça répond à votre question. Ils n'ont pas entendu, et il me semble que leur président...

5:59
Présentateur

Vous estimez d'avoir pas été entendu quand ils disent « venez, on discute encore ».

6:03
Christine Buisson

Leur président, il n'a pas entendu non plus. Il y a une forme de provocation à ces petites phrases en répétition.

6:07
Présentateur

Leur président, vous dites ?

6:08
Christine Buisson

Oui, le président de la République. C'est le vôtre aussi. Oui, oui, c'est le nôtre aussi. Il a été élu, simplement, il ne peut pas tout le temps se réfugier derrière ça. Il y a une forme de provocation à dire « vous avez 2 millions de personnes dans la rue, des chiffres de grève énormes ». Tout le monde adhère à l'idée que c'est quand même un mouvement d'une force exceptionnelle, qu'il y a une grande colère, un refus général. Et lui, il dit « j'ai été élu ».

6:31
Présentateur

Lui, il dit « j'ai 8 millions de personnes qui ont voté pour moi ».

6:33
Christine Buisson

Ben oui, mais d'abord dans les personnes...

6:35
Présentateur

Ça fait 4 fois plus que le nombre de personnes qui étaient hier dans la rue.

6:37
Christine Buisson

Oui, mais entre aller mettre un butin de vote dans une urne et prendre une journée de grève, de manifestation pour sortir dans le froid, dans la rue, pour aller manifester avec d'autres. C'est un acte volontaire fort. Et puis, il me semble qu'Emmanuel Macron, il avait dit après son élection, qu'il reconnaissait avoir été élu aussi avec des voix de gens qui ne voulaient pas que Marine Le Pen devienne présidente de la République. Et ça, je crois qu'il avait dit que ça l'obligeait. Pour l'instant, ça ne l'oblige pas beaucoup. Nous, on pense que ça l'oblige, là, à écouter très sérieusement ce qui est en train de se passer dans le monde du travail.

7:09
Présentateur

Marie Buisson de la CGT, vous restez avec nous. On s'interrompt juste le temps du fil info. 8h40, voici Mathilde Romagnon.

7:16
Invité

Olivier Faure est reconduit à la tête du PS. Le Parti Socialiste l'a confirmé ce matin. Le premier secrétaire sortant a récolté près de 51% des voix au second tour, selon le parti. Hier soir, pourtant, Olivier Faure et Nicolas Maillard Rossignol, son adversaire, revendiquaient tous deux la victoire à cette élection. Très peu d'incidents hier dans les manifestations contre la réforme des retraites. Gabriel Attal, le ministre chargé des Comptes Publics, a salué ce matin une mobilisation importante et responsable. 1,120,000 personnes ont défilé dans les rues, selon les autorités. 2 millions, selon la CGT. La France ne devrait pas utiliser les néonicotinoïdes pour ses betteraves.

C'est un arrêt de la Cour de justice de l'Union Européenne qui le dit. Aucune dérogation n'est possible à l'interdiction européenne de ces substances accusées de tuer les abeilles. Le chef de l'État se rend aujourd'hui à Mont-de-Marsan dans les Landes pour ses voeux aux armées. Dans son discours ce matin, Emmanuel Macron doit dévoiler les grandes lignes de la future loi de programmation militaire 2020-2030. Le texte sera débattu au Parlement au printemps. France Info

8:26
Présentateur

Le 8.30 France Info Néhile à la trousse, Laurin Sénéchal. Toujours avec Marie Buisson, une des favorites, on peut le dire, à la succession de Philippe Martinez à la tête de la CGT. Ça sera dans deux mois le congrès de la CGT. Vous nous parliez de ces actions que vous appelez de vos voeux avant cette grève intersyndicale du 31 janvier. Je parlais tout à l'heure des transports. Est-ce qu'il peut y avoir également, ce que vous appelez de vos voeux, encore une fois, des actions dans le secteur des raffineries ? Est-ce que vous demandez aux syndiqués CGT des raffineries et des dépôts de pétrole de bloquer et de faire grève ?

9:01
Christine Buisson

Il y a un appel dans les raffineries qui a été lancé. Ils se réunissent à nouveau. Ils vont, dans les jours qui viennent, s'exprimer collectivement sur ce que sont prêts à faire les salariés. Nous, on appelle de nos voeux une grève massive, c'est-à-dire avec l'ensemble des secteurs et pas un ou deux secteurs qui feraient la grève par délégation pour l'ensemble des secteurs. Comme c'est dit parfois, nous, on pense que comme tout le monde prend deux ans, tout le monde doit se mobiliser. Et effectivement, on sait aussi que selon les secteurs, selon les conditions de vie et de travail, ce n'est pas si simple de faire grève. Il y a des salariés précaires, il y a des salariés en difficulté.

On le sait. Mais l'idée, c'est quand même une grève qui se généralise dans l'ensemble des secteurs.

9:41
Présentateur

Donc plutôt des grandes journées de grève comme celles qu'on a vécues hier et donc plutôt au 31 janvier que des petites journées de grève perlées par endroits ?

9:49
Christine Buisson

Après, ce n'est pas à la direction de la CGT ni des autres syndicats qu'on va décider. Ce sont bien dans les assemblées générales de salariés, de travailleurs et de travailleuses que vont se décider un peu les suites. Ils ont en perspective la journée du 31, une grande semaine d'action qui s'annonce avec des actions un peu partout. Et eux vont s'organiser pour être visibles, audibles et gagner encore en force pour le 31.

10:12
Présentateur

Mais ça ne passe pas forcément par la grève ou les blocages de dépôts pétroliers. On verra dans les jours qui viennent ce qui va se dessiner. La CGT du pétrole a déjà annoncé quelques modes d'action, quelques journées d'ailleurs. La grève de 48 heures la semaine prochaine, 72 heures le 6 février au moment où le texte arrive au Parlement. Ça c'est maintenu, pardon Marie Buisson, mais c'est maintenu ?

10:28
Christine Buisson

Oui, oui, je pense que c'est maintenu. Ils vont en discuter, mais évidemment c'est maintenu. Chacun a des modes d'action qui sont liés, par exemple, dans certains... Moi je suis enseignante, on ne peut pas faire une heure de grève par jour ou deux heures de grève par jour. C'est une journée ou rien. Donc évidemment, selon les secteurs, les modes d'action vont être très différents parce que les salariés, ils ont des habitudes différentes et puis des possibilités de se mobiliser. Et ça ne va pas être la même façon de peser selon son secteur.

10:52
Présentateur

Je vous ai coupé, pardon, on est là là trop, ça existe. Pour rester sur le pétrole, il se passe quoi si le gouvernement ne retire pas sa réforme ?

10:58
Christine Buisson

Nous, on continue. Mais ça veut dire ? Ça veut dire qu'on va continuer. On va continuer et au rythme qui va être décidé par les salariés, on va monter en puissance et on va tenir jusqu'à ce qu'ils retirent leur réforme. Par exemple, quitte à ce qu'il n'y ait plus une seule goutte de pétrole. C'est vraiment de la responsabilité du gouvernement, ce n'est pas une formule de dire ça. C'est-à-dire qu'on a prévenu, quand vous avez huit organisations syndicales, l'ensemble des organisations syndicales de ce pays, on l'a dit, ça n'arrive pas tout le temps, qui disent ensemble, le monde du travail refuse cette réforme. On nous dit, moi, vous ne représentez pas grand-chose, vous n'êtes pas...

Eh bien, la preuve est faite que si. Et que quand on le dit, il faut aussi entendre cette voix et ce refus général.

11:38
Présentateur

À ce stade, j'ai du mal à voir comment vous arrivez à faire plier un Emmanuel Macron qui dit, partout en Europe, on travaille plus. Donc finalement, la France s'aligne sur les réformes qui sont faites dans d'autres pays et qui ne le dit pas, mais qui, en tout cas, ne peut pas se représenter. Donc n'a pas en tête cette histoire de réélection, puisqu'il ne peut pas faire de troisième mandat. C'est sur le rapport de force que j'ai du mal à évaluer. Comment est-ce que vous arrivez à faire retirer la réforme à Emmanuel Macron ?

12:04
Christine Buisson

Eh bien, contrairement à ce que croit M. Macron, il ne peut pas diriger tout seul ce pays depuis l'Élysée. Il y a un certain nombre de ministres, il y a des patrons qui, peut-être, à un moment, vont trouver que c'est un peu long, la grève, et que ça les gêne. Et voilà, c'est ça le rapport de force. Parce qu'à un moment, on produit la richesse, les gens qui produisent les richesses dans ce pays sont contre la réforme. Et donc, à un moment, il va falloir les entendre. Sinon, effectivement, on va aller au blocage et la responsabilité en incombera totalement au gouvernement.

12:34
Présentateur

Est-ce que vous comptez sur les parlementaires ? Est-ce que vous comptez faire du lobby, en tout cas prendre attache avec des parlementaires pour aussi peser sur les débats et faire en sorte qu'il n'y ait pas de majorité ou que certains parlementaires se désistent et, finalement, ne votent pas le texte ? Ça fait partie de ce que vous souhaitez faire, ou ça ne passe que par la rue ?

12:52
Christine Buisson

On ne fait pas de lobbying. En général, ce n'est pas nos pratiques, mais on a déjà rencontré des groupes parlementaires à leur demande. Évidemment, on le fera pendant la période qui s'ouvre à l'Assemblée. Bien sûr, on les rencontrera. Pour les dissuader de voter le texte ? Vous avez vu qu'on n'a pas forcément besoin de le faire. Vous avez vu qu'il y a déjà un certain nombre de partis politiques qui ont dit qu'ils étaient contre ce texte.

13:14
Présentateur

Et même certains élus Renaissance, je pense à Barbara Pompili, l'ancienne ministre de l'Écologie, qui dit quasiment ouvertement être opposée à cette réforme. En tout cas, qui réfléchit sérieusement à ne pas la voter.

13:26
Christine Buisson

Plus il y a de gens qui sont d'accord avec nous, ce n'est pas que les organisations syndicales, c'est bien les organisations syndicales en tant qu'aussi représentantes d'un monde du travail qui refuse cette réforme. Donc très bien, ça fait partie de la bataille, mais ça ne se jouera pas qu'à l'Assemblée. Il faut peser aussi dans la rue, dans nos mobilisations, pour faire reculer. Vous l'avez dit, c'est un gouvernement qui a besoin qu'on parle fort pour nous entendre.

13:50
Présentateur

Dans la rue de main, les organisations de jeunesse, soutenues notamment par la France Insoumise, qu'attendez-vous de la mobilisation des jeunes ? Est-ce que c'est un levier important, là aussi, dans un bras de fer avec le gouvernement ?

14:02
Christine Buisson

On l'a vu, les jeunes rejettent quand même massivement cette réforme, alors qu'on avait tendance à penser que les jeunes, la retraite, c'est loin, ça ne les concerne pas. On le voit, ils sont concernés. C'est une bonne nouvelle pour qu'ils se mobilisent ? C'est bien, c'est bien, parce que ça veut dire aussi, et ça va avec, il faut voir dans quelles conditions vit la jeunesse de ce pays depuis quelques années, entre la période Covid, les réformes successives du baccalauréat, parcours sup, etc. Ce sont des conditions extrêmement difficiles qui changent des choses. On l'a vu, leur rapport au travail n'est pas forcément celui qu'on avait avant.

Ils ont envie de travailler dans de bonnes conditions et qu'un travail qui ait du sens. Moi, je ne suis pas étonnée par ces mobilisations. Après, les conditions de mobilisation sont difficiles. Il y a eu des fortes répressions dans les universités, dans les lycées, au moment des derniers mouvements lycéens. Donc, nous, ils ont participé, les étudiants à l'intersyndical d'hier. On invite évidemment les étudiants, les lycéens, à nous rejoindre dans notre mouvement du 31 et on sera très heureux de leur mobilisation. C'est le cadre qu'ils ont choisi. Ils le font. C'est très bien. C'est le cadre qui est choisi par les jeunes. Ils le font.

Nous, on a notre cadre intersyndical et on les invite à nous rejoindre le 31 et d'ici là, à participer à toutes les actions.

15:11
Présentateur

Vous les invitez à vous rejoindre, mais vous ne dites pas à vos adhérents qu'il faut aller en masse demain manifester aussi pour soutenir les organisations de jeunesse.

15:17
Christine Buisson

Nous, on est dans l'organisation d'un mouvement et puis d'organisation, on s'est mobilisés très fortement hier. On se remobilise de 31 et d'ici là, on a beaucoup d'actions à mener dans les jours qui viennent

15:26
Présentateur

dans toutes les localités de France. Pour rester sur la jeunesse, ce sera ma dernière question. Vous espérez un nouveau mai 68 ? On a beaucoup commenté l'image de l'intersyndical à la Bourse du Travail, là où effectivement, en mai 68, les syndicats avaient appelé à rejoindre le mouvement étudiant. C'est ce que vous espérez, la réédition de mai 68 ?

15:41
Christine Buisson

Alors, la société n'est plus tout à fait la même qu'en mai 68, donc on pense à des formes peut-être un peu différentes. Mais en tout cas, on appelle à un mouvement fort et on appelle... Quand vous avez 90% des actifs qui disent qu'ils sont contre la réforme, nous, on appelle tout le monde à venir manifester avec nous. On espère un mouvement fort qui permettra de faire reculer le gouvernement puisque visiblement, c'est la seule manière de le faire.

16:05
Présentateur

Marie Buisson, vous vous préparez à un mouvement long, forcément ?

16:09
Christine Buisson

Nous, on y est prêt. On y est prêt et on est déterminé à rester sur cette demande de retrait du recul de l'âge de départ à la retraite. La longueur du mouvement, elle dépendra de la capacité d'entendre ou pas entendre. Je pense qu'encore une fois, nous, on y est prêt parce qu'on sait pourquoi on se bat. On sait que cette réforme est injuste, qu'elle va pénaliser les plus pauvres, ceux qui travaillent le plus longtemps dans les métiers les plus durs. Elle va pénaliser les femmes très fortement. Aujourd'hui, vous savez qu'une infirmière, elle a 7 ans d'espérance de vie en moins que la moyenne des femmes.

Les aides-soignantes, les infirmières, elles sont aujourd'hui entre 20 et 30 % à être en incapacité à l'âge de la retraite. Et ce que propose le gouvernement, c'est de les faire travailler 2 ans de plus. Mais c'est mauvais pour elles et c'est mauvais pour nous, cette réforme. Donc nous, on est prêt à tout et ce sont les salariés qui vont déterminer le niveau de mobilisation et leur engagement. La journée d'hier nous prouve qu'ils sont prêts à s'engager et nous, on sera évidemment à l'initiative de ce mouvement-là.

17:09
Présentateur

Et juste avant le fil info, Marie Buisson, est-ce que la CGT est prête à revenir sur la table des discussions avec le gouvernement, sachant que la CGT n'a pas toujours joué le jeu des négociations ?

17:20
Christine Buisson

On a assisté, on a assisté, mais là, ce n'était pas des négociations, ce sont des concertations. C'est-à-dire, on échange, on nous dit ce que le gouvernement va faire, on écoute, on dit qu'on n'est pas d'accord et puis après, il présente son texte, celui qu'il avait prévu au départ. Donc, nous, s'il y a des négociations, on va aux négociations. La CGT a toujours été aux négociations et parfois avec des gains pour les salariés et travailleurs du pays plutôt important.

17:46
Présentateur

Et en attendant, ce sont ces journées d'action. Il y en aura d'autres après le 31 janvier, si je vous écoute. Bien sûr. Marie Buisson, vous restez avec nous. C'est le Fil Info à 8h50 et c'est avec Mathilde Romagnon.

17:56
Invité

C'est bien Olivier Faure qui est élu à la tête du PS. Le Parti Socialiste l'a confirmé ce matin. Après plusieurs heures de confusion, les deux candidats au second tour, Olivier Faure et Nicolas Maillard-Rossignol, revendiquaient tous deux la victoire hier soir. Le premier secrétaire sortant a récolté près de 51% des voix. Plus d'un million de manifestants hier partout en France contre la réforme des retraites selon les autorités. Plus de 200 cortèges sur tout le territoire. Plus des deux tiers des enseignants étaient en grève selon les syndicats. Près de la moitié des agents de la SNCF.

Le rejet de cette réforme est énorme, affirme ce matin sur France Info Marie Buisson, secrétaire générale de la Fédération éducation de la CGT. Réunion aujourd'hui des pays soutenant militairement l'Ukraine sur la base américaine de Rammstein en Allemagne. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky attend des décisions fortes pour aider son pays dans la guerre contre la Russie, notamment des livraisons de chars. Le football est début aujourd'hui des 16e de finale de la Coupe de France avec le choc ce soir. Marseille-Rennes, c'est à partir de 21h10. France Info

19:08
Présentateur

Toujours avec Marie Buisson, vous êtes enseignante avant d'être syndicaliste. Justement hier, le monde enseignant s'est beaucoup mobilisé contre la réforme des retraites avec des taux de grévistes de plus de 40%, autour de 40%. Ça veut dire que c'est plus qu'il y a un an au moment de la protestation contre le protocole sanitaire. Comment vous expliquez cette mobilisation particulièrement des enseignants ?

19:34
Christine Buisson

Comme le reste du monde du travail, ils ne veulent pas faire deux ans de plus au travail. Voir ce que c'est d'enseigner, ce ne sont pas des métiers toujours faciles ou simples, c'est fatigant, ça tire sur le physique, sur le mental. Et donc, il y a un rejet fort, il y avait autour de 60 à 70% de grévistes hier dans l'éducation.

19:55
Présentateur

Ça, ce sont les chiffres de la CGT et ceux de l'éducation, ce sont ceux que j'ai donnés. 35% dans le secondaire, 42% dans le primaire.

20:02
Christine Buisson

La CGT et des autres syndicats de l'éducation, il y a des fortes mobilisations. Je crois que vous êtes sur des métiers où le recrutement se fait à bac plus 5. Donc, comment vous faites pour avoir vos annuités et pour avoir une carrière complète ? En fait, l'âge moyen pour avoir un master, c'est autour de 23-24 ans. Donc, la moyenne, c'est beaucoup plus. Et donc, tant qu'on ne prend pas en compte les années des études.

20:29
Présentateur

Ça fait 66 ans, donc, avec les 43 années.

20:30
Christine Buisson

Exactement, il y a aujourd'hui 20% des enseignants qui partent avec une décote. Et une décote assez forte, donc qui sont dans des conditions précarisées au moment de leur retraite.

20:39
Présentateur

Est-ce que vous estimez ou reconnaissez que des moyens ont quand même été mis sur la table pour essayer d'améliorer les conditions de travail des enseignants ? Par exemple, sur les salaires, aucun enseignant en dessous de 2 000 euros net en début de carrière.

20:50
Christine Buisson

Oui, alors ça, c'était le minimum d'arriver à ce montant-là. Après, ça pénalise beaucoup le milieu et fin de carrière, je vous le dis, parce que c'est mon cas. Les augmentations de salaire, on ne les a pas vues, à part le relèvement du point d'indice. Donc, nous, on demande un dégel du point d'indice. En fait, avec le gel du point d'indice, on perd en pouvoir d'achat très régulièrement depuis 20 ans. C'est inacceptable.

21:15
Présentateur

3,5%, c'est la dernière augmentation du point d'indice.

21:18
Christine Buisson

Oui, alors que l'inflation, c'est à 6%, plus pour les produits alimentaires, etc. Donc, effectivement, non, ça ne va pas. Et puis, les dernières réformes, enfin, tout ce qui s'est passé ces dernières années dans l'éducation, ne vont pas dans le sens de rendre plus faciles les conditions de travail. Y compris, par exemple, le dédoublement des classes dans les zones prioritaires. Si, en soi, c'est un bon choix. Le problème, c'est que si vous prenez les moyens pour dédoubler les CPCE1 sur les CE2, CM1, CM2, du coup, ça n'aide pas beaucoup parce que vous avez des demi-effectifs en CPCE1. Et la question des effectifs, elle est très importante.

Vous avez aujourd'hui, en région parisienne et dans plein d'autres villes, des classes de seconde à 30, 35, 37 élèves par classe. Comment voulez-vous que ce soit possible d'apprendre dans ces conditions et pour les enseignants et pour les élèves, d'ailleurs ?

22:09
Présentateur

Quel regard vous portez sur les premiers éléments de la réforme de la sixième qu'a annoncé le ministre Papendiaï ? Il propose notamment que des enseignants de CM2 viennent donner une heure de cours de soutien, en quelque sorte, en mathématiques, chaque semaine en sixième, pour créer aussi du lien entre le CM2 et la sixième.

22:27
Christine Buisson

C'est infaisable, à mon avis, tout simplement, parce que d'abord, les professeurs de CM2, ils ont déjà un travail à plein temps, donc qui les occupe bien et qui les fatigue bien. Et puis, en plus, comment on fait ? Ils les connaissent ? Ah bon ? Les profs de CM2, ils vont aller dans... On va mettre tous les élèves de CM2 dans la même sixième ? Non, ils ne les connaîtront pas. Ces élèves, ils ont des profs de français, d'histoire géo, de maths. Il y a besoin d'heures en plus de soutien ? Eh bien, donnons-les, donnons les moyens, en enlevant des heures de cours en face-à-face, parce que, je rappelle que 18 heures de cours, ce sont 18 heures bien pleines déjà, plus les préparations.

23:02
Présentateur

Marie Buisson, secrétaire générale de la Fédération de l'éducation de la CGT, est candidate à la succession de Philippe Martinez. Il y a un congrès de la CGT, fin mars, Philippe Martinez passera la main. Est-ce que vous vous considérez dans ce congrès comme la favorite ? En tout cas, pour l'instant, vous êtes la seule candidate.

23:19
Christine Buisson

Alors, ce n'est pas tout à fait comme ça que ça marche. Je ne suis pas candidate, j'ai été proposée, et cette proposition a été validée par un vote dans nos instances de direction, et un vote très majoritaire. Donc, effectivement, vous le savez, la CGT ne fonctionne pas comme un parti politique. On n'a pas trois projets, deux projets qui s'affrontent, et puis un vote qui ferait qu'il y a une partie qui gagnerait sur l'autre partie. Nous, c'est différent. On a un texte, un texte d'orientation qui est déjà envoyé à nos militants, et qui vont le discuter, l'amender, et puis le voter en congrès. Ça constituera notre feuille de route pour les trois années entre les deux congrès.

Et donc, on élira une direction qui va... Le rôle de la direction de la CGT, c'est de porter ces propositions qui ont été votées majoritairement. Et ce n'est pas une équipe contre une autre, c'est un texte qui essaie de regrouper bien l'ensemble des propositions et des besoins des travailleurs et des travailleuses de ce pays. Et puis ensuite, c'est porté par la direction élue qui porte cette orientation majoritaire.

24:16
Présentateur

Alors, je repose ma question. Vous êtes la seule candidate validée à ce stade. Ceux qui ont fait montre d'une velléité pour l'instant d'être candidat, leur candidature n'a pas été validée. Est-ce que, du coup, vous considérez comme favorite ?

24:28
Christine Buisson

Alors, ce n'est pas une question de favorite. C'est une question de... Il y a un congrès, un congrès qui se tiendra fin mars et qui déterminera la direction collective, ce qui, moi, m'importe beaucoup parce que ce sont des directions collectives.

24:40
Présentateur

Qu'est-ce qui s'oppose encore à ce que vous succédiez à Philippe Martinez à la tête de la CGT ?

24:44
Christine Buisson

On a des débats. Heureusement, avant le congrès, le congrès n'est pas fait, sinon ça ne servirait pas à grand-chose de le faire. Donc, on a un congrès qui sera un lieu de débat, de réflexion collective. Et c'est à ce moment-là que sera déterminé qui va diriger la CGT. Mais j'insiste, on a une direction, aujourd'hui, à 60, qui se réunit tous les 15 jours et qui anime le travail quotidien de la CGT, qui la rend visible, qui porte les dossiers. Vous imaginez la complexité du monde du travail, des problèmes qui sont posés. Heureusement que c'est un collectif parce que sinon, on ne s'en sortirait pas.

25:18
Présentateur

Il y a votre parcours militant, évidemment. Ce qu'on retient aussi, c'est que la CGT n'a jamais été dirigée par une femme. Jamais, en un peu plus d'un siècle. C'est une anomalie ?

25:27
Christine Buisson

C'est une anomalie, non. Quand vous regardez le monde autour de vous, le paysage militant, politique, parfois même journalistique, enfin partout, dans tous les métiers, l'accession des femmes aux responsabilités et une difficulté qui est liée à notre culture, à notre société. Donc oui, c'est un événement.

25:43
Présentateur

Ce serait en tout cas un symbole fort.

25:44
Christine Buisson

Effectivement, on est des syndicalistes. On ne peut pas se permettre seulement d'avoir des textes. On a besoin de mettre en œuvre ce qu'on dit. On se bat pour l'égalité partout, et y compris à la CGT.

25:54
Présentateur

Marie Buisson, favorite, donc je prends le mot à mon compte, à la succession de Philippe Martinez à la tête de la CGT. Réponse, en tout cas, dans deux mois. Et en attendant, ce mouvement qui continue contre la réforme des retraites. Merci beaucoup. Merci.