EXTRÊME DROITE, ANTISÉMITISME : LES AMBIGUÏTÉS DE LA MACRONIE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Nous ne baisserons pas les yeux. Nous ne changerons pas d'un iota notre position qui est celle des partisans de la paix. Je pense que clairement les positions de la France insoumise sont bien connues, avec beaucoup d'ambiguïté, avec de l'antisionisme.
Donc en effet, c'est parfois une façon aussi de masquer une forme d'antisémitisme. Et maréchal Pétain a été pendant la Première Guerre mondiale aussi un grand soldat. Une façon aussi de masquer une forme d'antisémitisme.
Moi ça m'a toujours choqué d'entrer dans un hypermarché et de voir qu'il y avait en arrivant un rayon de telle cuisine communautaire et de telle autre à côté. Voilà. Antisémitisme.
Après le déclenchement samedi dernier de la sanglante attaque du Hamas contre Israël, la France Insoumise a publié un communiqué rappelant, je cite, que cette offensive intervenait dans un contexte d'intensification de la politique d'occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ces auteurs déclaraient, avant d'appeler à un cessez-le-feu, "Nous déplorons les morts israéliens et palestiniens. Nos pensées vont à toutes les victimes".
Immédiatement, la première ministre, Elisabeth Borne, a accusé les Insoumis de "renvoyer dos à dos et le Hamas dont je rappelle que c'est une organisation reconnue comme une organisation terroriste par l'Union européenne. On a d'un côté un État démocratique qui est victime d'une attaque terroriste et de l'autre, cet État qui se défend. Pour elle donc, le simple rappel que le conflit israélo-palestinien fait aussi des victimes palestiniennes constitue presque une apologie du terrorisme.
C'est ce qui lui a permis de dénoncer ensuite, je cite encore, les ambiguïtés révoltantes d'une partie de la gauche française. Puis de décréter que ce qu'elle a appelé l'antisionisme de la France insoumise était parfois "une façon aussi de masquer une forme d'antisémitisme". Cette rhétorique n'est pas nouvelle.
Il y a fort longtemps que la droite hexagonale essaie de faire passer toute critique du gouvernement israélien pour de l'antisémitisme. Ce refrain, devenu routinier, répond à un double objectif. Disqualifier toute dénonciation d'un régime colonial dont l'extrême brutalité est pourtant très solidement documentée et installer dans l'opinion, par un complet renversement de la réalité, l'idée que la gauche anticolonialiste et antiraciste serait elle-même antisémite et donc raciste.
Il s'agit, pour le dire autrement, d'un piège tendu à cette gauche qui se trouve ainsi enfermée dans une position défensive et qui est constamment obligée de se justifier lorsqu'elle dénonce le traitement réservé aux Palestiniens. Pendant que la droite, en portant ses accusations, s'exonère très tranquillement de ses propres ambiguïtés, sur lesquelles nous allons revenir. Il n'est donc pas inutile de rappeler ici quelques évidences.
Premièrement, et il faut le dire avec un peu d'insistance, aujourd'hui comme hier, il y a évidemment des antisémites au sein de la gauche française. Ils sont extrêmement minoritaires, mais ils existent, et chez certains, cet antisémitisme se dissimule effectivement sous ce qu'ils présentent comme de l'antisionisme. Pour autant, et il est assez consternant d'avoir à le rappeler, l'immense majorité des gens qui, au sein de cette gauche, critiquent la politique coloniale du gouvernement israélien ne sont évidemment pas antisémites.
Cette critique d'un régime qui se signale régulièrement par son exceptionnelle férocité n'est pas moins légitime que celle de n'importe quel gouvernement adepte de la force. Et bien sûr, le soutien apporté à ces victimes n'est en aucun cas une apologie du terrorisme. Deuxièmement, et surtout, la droite macroniste n'est pas exactement la mieux placée pour distribuer des leçons de maintien et pour dénoncer ce qu'Elisabeth Borne appelle donc "des ambiguïtés révoltantes" derrière lesquelles pourrait se dissimuler une certaine forme d'antisémitisme.
Car le moins qu'on puisse dire est que depuis qu'elle est arrivée au pouvoir en 2017, cette droite s'est elle-même signalée par beaucoup, beaucoup, beaucoup d'ambiguïtés. C'est elle, par exemple, qui a voulu célébrer en 2018 dans le cadre d'un programme de commémoration nationale, La mémoire de Charles Maurras, inventeur de ce qu'il appelait l'"antisémitisme d'État". Ce n'est qu'au tout dernier moment que la ministre de la Culture de l'époque a renoncé à ce projet après avoir réalisé qu'il était peut-être un peu compliqué de rendre un tel hommage à un personnage qui se réjouissait par exemple, en 1940, de la confiscation par l'État français d'un certain nombre de capitaux appartenant à de grands juifs fugitifs, et qui, en 1943, présentait la Seconde Guerre mondiale comme, je cite toujours une guerre juive.
Quelques mois plus tard, c'est Emmanuel Macron qui a voulu honorer la mémoire de celui qu'il appelait alors le grand soldat Pétain. Je ne fais aucun raccourci, mais je n'occulte aucune page de l'histoire. Et maréchal Pétain a été pendant la Première Guerre mondiale aussi un grand soldat.
Voilà, c'est une réalité de notre pays. Avant de comprendre, avec un petit temps de décalage, qu'il était peut-être un peu difficile de rendre un tel hommage à un complice actif de l'extermination des juifs d'Europe par les nazis. À ce moment-là, Elisabeth Borne était ministre des Transports et il est bien sûr possible qu'elle ait pensé qu'il y avait dans le projet du chef de l'État une ambiguïté révoltante.
Mais elle s'est abstenue de le dire publiquement. À la même époque, l'éditocrate d'extrême-droite Éric Zemmour, qui ne s'était pas encore lancé en politique, faisait le tour des rédactions pour expliquer que le même Pétain avait, je cite, "sauvé les juifs français". Cela lui a valu d'être poursuivi pour contestation de crimes contre l'humanité et il a été relaxé en appel, mais le 5 septembre dernier, la Cour de cassation a cassé ce jugement et ordonné un nouveau procès.
Dans l'intervalle cependant, il avait reçu, après avoir été agressé dans la rue, un coup de fil de soutien d'Emmanuel Macron, président de la République française, qui avait absolument tenu à lui apporter son soutien. Et c'était une très gentille attention, mais curieusement, quand le domicile du maire de Saint-Brevin, cloué au pilori par le parti d'Éric Zemmour, a été incendié, le chef de l'État n'a pas trouvé le temps de l'appeler pour le soutenir. Continuons un peu.
En 2020, c'est le ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron, Gérald Darmanin, qui s'en est pris au rayon de produits cachers et halals des grandes surfaces. Moi ça m'a toujours choqué d'entrer dans un hypermarché et de voir qu'il y avait en arrivant un rayon de telle cuisine communautaire et de telle autre à côté. Voilà, en tout cas moi c'est mon opinion, c'est comme ça que ça commence le communautarisme.
L'année d'après, en 2021, le même Gérald Darmanin a publié un livre consacré au séparatisme islamiste dans lequel il se laissait aller à quelques considérations un peu surprenantes sur, je cite, "les difficultés touchant d'après lui à la présence en France de dizaines de milliers de juifs à l'époque napoléonienne. Difficulté due, toujours selon lui, au fait que certains, parmi eux, pratiquaient l'usure et faisaient naître troubles et réclamations. Dans le même livre, Darmanin citait aussi une lettre de l'Empereur à son propre ministre de l'Intérieur dans laquelle Napoléon écrivait : Notre but est de concilier la croyance des juifs avec les devoirs des Français et de les rendre citoyens utiles, étant résolu de porter remède au mal auquel beaucoup d’entre eux se livrent au détriment de nos sujets.
Pour Darmanin, il y avait dans ses mots "une lutte pour l'intégration avant l'heure". L'historien Pierre Birnbaum avait alors corrigé assez sévèrement la copie du ministre en rappelant notamment que si certains juifs pratiquaient sans doute l'usure à l'époque napoléonienne, ils étaient loin d'être les seuls et qu'il y avait évidemment bien davantage d'usuriers non-juifs. Et en soulignant surtout qu'en fait de lutte pour l'intégration avant l'heure, les mesures prises par Napoléon avaient mis un terme de manière scandaleuse à l'émancipation des juifs sous la Révolution.
Mais personne au sein du gouvernement ne s'était ému des approximations quelque peu gênantes de Gérald Darmanin. Décidément, ces gens qui se montrent si prompts à lancer contre la gauche des accusations d'antisémitisme laissent passer beaucoup de choses au sein de leur propre camp. Lundi dernier, le 8 octobre, le ministre israélien de la Défense a ordonné un siège complet de Gaza.
Il a déclaré qu'Israël ne livrerait plus d'électricité, plus de nourriture et plus de gaz aux habitants de cette prison à ciel ouvert. Il a conclu "Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence". Cette déclaration, qui annonce de nouvelles violences d'une ampleur sans doute inédite, constitue une violation flagrante de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, qui stipule que les peines collectives, de même que toute mesure d'intimidation ou de terrorisme, sont interdites.
Il n'est pas douteux que des voix s'élèveront à gauche pour condamner cette cruauté. On ne peut qu'espérer que la Première ministre, qui est restée sans réagir quand le chef de l'État présentait un complice actif des nazis comme un grand soldat, ou quand l'un de ses ministres écrivait des inepties sur les juifs, s'abstiendra cette fois-ci de leur intenter un nouveau procès en antisémitisme. Merci d'avoir suivi cette chronique et à la semaine prochaine.
Élisabeth Borne