André Chassaigne : l’adieu aux bancs de l’Assemblée
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:49OuverteRéponse directe
De toutes ces années, quel est le meilleur souvenir à l'Assemblée ?
- 3:36FerméeRéponse directe
Donc c'était une victoire déjà à l'époque de l'opposition ?
- 3:43FerméeRéponse partielle
Ça a fini par lasser ?
- 4:15OuverteRéponse partielle
Mais vous l'aimez, cette Assemblée, aujourd'hui, ce qu'elle est devenue ?
- 4:40OuverteRéponse directe
Et vos collègues députés ?
- 5:06RelanceRéponse partielle
Il n'y a plus de respect aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:39InvitéFait
« Dans l'hémicycle, vous avez bataillé et obtenu la revalorisation des retraites agricoles. »
- 1:45InvitéFait
« Pour beaucoup d'entre eux, c'est tout simplement la possibilité de vivre au-dessus du seuil de pauvreté. »
- 2:27InvitéChiffre
« Vous échouez de quelques voix à la présidence de l'Assemblée nationale en juillet dernier. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« où à une voix près, ma motion de rejet a été votée et le texte est tombé à l'eau »
- 4:04Invité politiqueFait
« quand on a la chance de faire passer des amendements qui ont du sens, voire des propositions de loi qu'on fait adopter à l'unanimité »
- 7:26Invité politiqueChiffre
« Le scrutin a fait que j'ai été battu de 13 voix. »
- 9:57Invité politiqueChiffre
« Donc je suis à la veille de mes 75 ans »
- 11:22Invité politiqueFait
« je vais retrouver un poste de maire adjoint »
- 11:24Invité politiqueFait
« m'occuper du patrimoine, de l'église qui est classée Monument Historique »
- 11:28Invité politiqueChiffre
« du collège que j'ai dirigé pendant 21 ans et qui a été fermé il y a deux ans »
Temps de parole
- Invité politique61 %
- Présentateur23 %
- Invité10 %
- Présentateur 23 %
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Bonsoir à vous André Chassaigne, merci d'être mon invité, Franck Parler, dans un instant, dans quelques jours, vous allez retrouver votre village de Saint-Amant, Roche-Savine, dans le Puy-de-Dôme, vous laissez votre siège à votre suppléant après 23 ans de mandat, vous faites partie des Rocoteman à l'Assemblée, vous allez nous dire pourquoi dans un instant, mais d'abord vos plus belles passes d'armes dans l'hémicycle, sous la plume de Marion Becker.
Si on vous invite, André Chassaigne, c'est parce que vous avez choisi de quitter l'Assemblée.
Avant de donner la parole à monsieur le président Chassaigne, qui s'apprête à quitter son mandat de député, et posera donc sa dernière question au gouvernement, je souhaite saluer son parcours exceptionnel au service des Français. Et vous avez pu mesurer votre cote de popularité, si vous en doutiez.
Madame la Présidente, je vous remercie pour cet hommage, mais je me dis que si l'élection au Père Choir s'était faite à l'applaudimètre, peut-être que j'aurai eu de la chance.
Le 31 mars, vous laisserez votre siège de député, après plus de 22 ans de mandat, pour vous consacrer à votre village, Saint-Amand-Roche-Tavine, 500 habitants, dont vous venez d'être élu adjoint au maire. Vous ne pouvez pas cumuler, vous avez choisi vos terres, André Chassaigne, là où vous avez été élu maire, puis conseiller général et député. À l'Assemblée, vous avez incarné un communisme rural. Vous, le fils d'ouvrier Michelin, entrez aux jeunesses communistes à l'âge de 16 ans. Votre combat de député, ce sont les territoires. Dans l'hémicycle, vous avez bataillé et obtenu la revalorisation des retraites agricoles.
Pour beaucoup d'entre eux, c'est tout simplement la possibilité de vivre au-dessus du seuil de pauvreté. De votre vie parlementaire, passée uniquement dans l'opposition, vous laissez une voix intransigeante. Nous sommes ici pour porter une parole sans concession. Mais jamais, je dis bien jamais, nos débats, nos arguments ne doivent dériver avec des insultes. Une faconde inimitable.
Madame la ministre, vous nous sortez un lapin de la poche et vous nous prenez pour des perdres de l'année.
Mais surtout une voix singulière et respectée. Vous échouez de quelques voix à la présidence de l'Assemblée nationale en juillet dernier. Vous avez fait le choix, André Chassaigne, de passer la main à la nouvelle génération, dans cette Assemblée dans laquelle, dites-vous, vous vous reconnaissez de moins en moins.
Et bienvenue sur ce plateau, André Chassaigne. Grand plaisir de vous avoir en direct. Alors, de toutes ces années, quel est le meilleur souvenir à l'Assemblée ?
Ah, le meilleur souvenir, ça devait être en 2008, je crois, quand je suis monté à la tribune pour défendre une motion de rejet sur un texte de loi qui consistait à autoriser la culture des OGM sur le territoire français. À l'époque, les discours duraient beaucoup plus longtemps, je crois que j'avais dû parler à peu près une heure. Et je ne m'attendais absolument pas à ça dans une majorité de droite, avec un texte qui était porté par cette majorité, bien sûr, où à une voix près, ma motion de rejet a été votée et le texte est tombé à l'eau et on n'a pas eu de culture OGM sur le territoire français.
Donc c'était une victoire déjà à l'époque de l'opposition ?
C'était une victoire d'opposition.
Parce que vous avez passé 23 ans à l'Assemblée dans l'opposition.
Oui.
Ça a fini par lasser ?
C'est pas que ça a fini par lasser, mais quelquefois, on se compare à ces critiques littéraires qui ont le jugement sur tout, sur le poème qui a été écrit, sur un roman, et on se dit, est-ce qu'on est soi-même à même de produire ? Et c'est pour cette raison que, quand on a la chance de faire passer des amendements qui ont du sens, voire des propositions de loi qu'on fait adopter à l'unanimité, on a une forme de fierté... Des retraites agricoles ? Voilà. On a le sentiment de servir à quelqu'un.
Mais vous l'aimez, cette Assemblée, aujourd'hui, ce qu'elle est devenue ? Même avec ces trois blocs que tout oppose, sans majorité ?
D'abord, ce que j'aime dans l'Assemblée, c'est le personnel de l'Assemblée. C'est la dame qui fait mon bureau, chambre, le matin. C'est les serveurs du restaurant, c'est les chauffeurs, les huissiers, les déménageurs qui équipent nos lieux de vie. Et ça, pour moi, c'est ce qui me manquera le plus. Les personnes avec qui je discute, je m'arrête, on dit bonjour.
Et vos collègues députés ?
Bien sûr, les collègues députés, mais c'est différent. J'ai vécu une période où ça avait plus de sens pour moi. J'étais un député de l'opposition, je bataillais sur les textes de loi, je mettais la main dans le cambouis en essayant d'agir sur la mécanique pour essayer de faire bouger des textes de loi. Ça se faisait dans une forme de respect mutuel.
Il n'y a plus de respect aujourd'hui ?
C'est différent.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on est souvent dans la radicalité du propos. Une forme d'exacerbation du discours. À mon époque, il y a 20 ans, on parlait pour l'hémicycle, on parlait pour les députés qui étaient devant nous. On travaillait nos textes, on faisait des figures de style, on essayait d'avoir un talent oratoire. Et puis aussi, on parlait pour le compte-rendu écrit. Or, aujourd'hui...
On parle pour qui ? Celui qui est derrière Twitter. On parle pour les réseaux sociaux.
Eh bien, évidemment.
La faute à qui ?
La faute, c'est la société d'aujourd'hui, c'est la civilisation d'aujourd'hui.
Certains groupes n'ont pas plus de responsabilité que d'autres ?
Disons qu'il y a certains groupes qui ont été en avance sur d'autres par rapport à ça. Vous savez, moi, si je fais une bonne intervention, elle va être gardée 30 000 fois, 40 000, 50 000 fois. Et la plupart des députés, beaucoup plus jeunes que moi, dès qu'ils font une intervention qui est calibrée, ça passe sur les réseaux sociaux...
Et quand vous parlez de radicalité, vous pensez à la France insoumise ?
Entre autres. Mais c'est vrai que la France insoumise est venue avec une approche, une conception de la politique qui n'est pas forcément la mienne. Il considère qu'aujourd'hui, c'est essentiellement une fonction tribunicienne où on doit frapper les esprits, on doit frapper l'opinion, alors que je pense que c'est un seul pied, c'est la fonction tribunicienne. Il faut aussi être des fabricants de la loi. C'est-à-dire, c'est ce que je disais, fabriquer la loi.
Sur les insoumis, vous n'avez pas toujours été tendre avec Jean-Luc Mélenchon, vous l'avez toujours assumé, vous avez toujours défendu un candidat communiste autonome de la gauche à la présidentielle. Il fait du mal à la gauche aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon ?
Je ne veux pas trop venir sur ce sujet, parce que souvent, d'ailleurs, les médias m'ont été ouverts pour que je dise du mal de Jean-Luc Mélenchon. Il peut faire du bien à la gauche aussi, c'est une question. Je pense qu'il assume un choix qu'il a fait. Est-ce que ce serait le meilleur des rassembleurs pour la gauche, pour que la gauche soit majoritaire ? Je ne le pense pas.
Il n'y a pas un peu d'amertume aussi quand on voit que vous avez presque été au perchoir, à quelques voix près ?
Non, aucune amertume. Vraiment, aucune amertume. J'ai eu la fierté d'être désigné par les quatre groupes de gauche du Nouf Front Populaire pour porter le Nouf Front Populaire dans cette élection. Le scrutin a fait que j'ai été battu de 13 voix. Pas une fois, d'ailleurs, dans mon esprit, je pouvais imaginer qu'un communiste devienne président de l'Assemblée nationale.
Fils d'ouvrier chez Michelin et chère de l'être ?
Pour moi, ça aurait été un espèce de coup de tonnerre dans notre République. Je ne dis pas que j'aurais mal fait. Mais ce que je veux dire, c'est vrai que ça aurait été une révolution dans le palais Bourbon.
– Alors, on vous appelle Dédé, honnêtement, que ce soit d'ailleurs ici, au palais Bourbon ou dans le puits de Dôme. Mais un jour, en 2024, juste après la dissolution, il a fallu repartir en campagne. Personne ne l'avait prévue. Cette campagne, elle était plus difficile. Pardon, Dédé, mais cette fois, je vais voter RN. Vous l'avez entendue, cette phrase ?
– Oui, des électeurs de ma circonscription me l'ont dit les yeux dans les yeux. Dédé, tu es sans doute le meilleur député qu'on n'a jamais eu. On a toujours voté pour toi, mais cette fois, on ne votera pas pour toi. Le fait qu'il me dise ça, bien sûr, c'est une forme de brutalité, mais ce n'était peut-être pas le plus grave pour moi. C'est que quand j'ai discuté ensuite avec des maires de nos petits villages, ils me disaient, les électeurs qui, justement, avaient fait le choix du Rassemblement national et d'une candidate que personne ne connaissait, qui n'avait quasiment jamais mis les pieds dans la circonscription…
– Que vous avez battu à l'arraché au deuxième tour.
– Voilà, et il me disait, les électeurs viennent voter des étoiles dans les yeux. C'est-à-dire, ce n'était pas seulement un vote de rejet, voire de simple xénophobie ou de tout ce qu'on peut imaginer. – Un vote d'adhésion, qui fait rêver finalement, qui change la vie peut-être. – C'était un vote d'adhésion, ce qui veut dire que l'erreur peut-être, c'est de ne pas avoir davantage conduit la bataille idéologique et de ne pas avoir anticipé ce qui était en fait un vote d'adhésion.
– C'est pour ça que vous retournez dans votre village aussi, pour les retrouver, vos électeurs, pour préparer le terrain aussi à votre suppléant qui va vous remplacer.
– Bien sûr, ce qui est important, c'est la transmission. J'ai vu tellement de responsables politiques d'un certain âge considérés qu'après eux, c'était la terre brûlée. Vous savez, moi j'applique, je vais vous faire sourire, j'applique le droit canon. C'est-à-dire, le droit canon, le droit du Vatican, c'est qu'à 75 ans, un curé ne doit plus avoir la charge d'une paroisse. Donc je suis à la veille de mes 75 ans, donc je pense que c'est bien de laisser la place aux jeunes.
– Justement, alors il n'est pas vraiment beaucoup plus jeune que vous, Stéphane Peu, j'entends, qui va reprendre les rênes du groupe communiste à l'Assemblée. Vous êtes une cheville ouvrière de ce groupe, il y a toujours eu un groupe communiste, et c'est vraiment grâce à André Chassin. Qu'est-ce que vous lui dites ? Qu'est-ce qu'il faut faire pour que, justement, ce groupe perdure ?
– Maintenir l'équilibre, maintenir l'équilibre entre les députés qui sont les députés communistes du groupe, avec un député GRS aussi, Emmanuel Morel, et les huit députés des territoires dits d'outre-mer. Maintenir l'équilibre. Considérer qu'on mène des combats communs, ça se fait dans le respect mutuel, on peut avoir des divergences d'appréciation, mais vous savez, il y a autant de sensibilité dans les députés des territoires d'outre-mer qu'il y a aussi pas mal de sensibilité diverse parmi les députés communistes. Donc tout ça, ça exige d'avoir de l'écoute, d'être attentif à respecter les uns et les autres.
– Vous allez continuer à la suivre, la politique nationale, André Chassin, c'est ma dernière question, qu'est-ce que vous retient à votre combat demain ?
– Mon combat, ça va être de revenir dans mon petit village d'abord.
J'ai été adjoint au maire à 27 ans,
je vais retrouver un poste de maire adjoint, m'occuper du patrimoine, de l'église qui est classée Monument Historique, du collège que j'ai dirigé pendant 21 ans et qui a été fermé il y a deux ans.
– Loin du fracas de Paris donc, et des réseaux sociaux, j'ai bien compris.
– Et puis imaginons quand on arrive, les volcans, la montagne, le grand air.
– Donc vous êtes un homme heureux.
– Je suis un homme heureux.
– Merci infiniment, André Chassaigne. Et bon vent. Il vous reste quelques jours, vous quittez le Palais Bourbon le 31 mars. Merci à vous.
– Le 31 mars à minuit, et j'aurai un rendez-vous avec Aminis à 17h30 le 31 mars.
– J'imagine le pot de départ. Merci. – Sous-titrage Société Radio-Canada