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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 29 août 2023 25 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleTravail & emploiNumérique

Inflation, demande de moratoire, négociations des prix avec les industriels... Le "8h30 franceinfo" d'Alexandre Bompard

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:24OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous à dire aux parents qui se préparent à faire leurs courses pour la rentrée scolaire ?

  • 1:24FerméeRéponse directe

    Les prix ont explosé pour la rentrée scolaire ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Pourquoi ça reste aussi cher dans vos rayons ? La faute à qui ?

  • 4:22RelanceRéponse directe

    En gros, c'est de la mauvaise foi de la part des industriels ?

  • 5:32RelanceRéponse directe

    Ça a l'air beaucoup plus compliqué que ça : les industriels disent que certaines baisses de tarifs n'ont pas été répercutées dans vos rayons.

  • 6:43OuverteRéponse directe

    Qu'allez-vous dire au ministre de l'Économie ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:40InvitéChiffre
    « L'inflation alimentaire, elle est sur deux ans à 20%. »
  • 0:44InvitéChiffre
    « Les français savent très bien, tous ceux qui font leurs courses aujourd'hui, que sur la rentrée scolaire les prix sont autour de 10, 11, 12%. »
  • 0:51InvitéChiffre
    « Chez nous on est arrivé à les limiter à 9,5%. »
  • 1:05InvitéPromesse
    « On a bloqué 50 produits sur les prix de 2022, sur les 50 produits essentiels. »
  • 1:40InvitéChiffre
    « On était à 17,5%, on est à 12,5%. »
  • 1:45InvitéChiffre
    « On est à une inflation alimentaire sur un an de 12,5%. »
  • 1:53InvitéChiffre
    « Et sur deux ans, c'est ça que vivent les Français, l'augmentation est de 20%. »
  • 2:15InvitéChiffre
    « Vous savez qu'il y a 40% de Français aujourd'hui qui sautent régulièrement des repas pour des raisons économiques. »
  • 2:30InvitéChiffre
    « Les protections féminines, les couches, le dentifrice, ce sont des baisses à deux chiffres. »
  • 3:38InvitéChiffre
    « Les cours, en moyenne, ont baissé de 20, 25, 30, 35 %. »
  • 6:39InvitéFait
    « On va gagner un peu de temps. On va aller aux réunions organisées par le ministre et puis on se retrouvera en mars prochain pour les renégociations. »
  • 7:10InvitéPromesse
    « Je vais lui demander un moratoire d'un an sur l'application de la loi des Crozailles. »
  • 14:54InvitéChiffre
    « Plus de 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2023 pour Carrefour. C'est une progression de plus de 8% sur un an. »
  • 18:55InvitéFait
    « On en avait déjà baissé 600, le prix de 600 produits en mai-juin. »
  • 19:55InvitéChiffre
    « Une augmentation très forte des participations qui a atteint 1 000 euros pour la première fois depuis 20 ans chez Carrefour. »
  • 24:00InvitéPromesse
    « J'ai pris un engagement en 2021 de recruter 10 000 jeunes issus des quartiers chaque année. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur11 %
  • Invité 210 %
  • Locuteur non identifié9 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Alexandre Bompard, vous êtes à la tête du groupe Carrefour, 12 000 magasins répartis dans plus de 30 pays, deuxième distributeur en France derrière votre concurrent Leclerc. Vous représentez aujourd'hui une grande partie du secteur de la distribution puisque vous avez été désigné à la tête de la FCD, la Fédération du Commerce et de la Distribution. On est à moins d'une semaine de la rentrée scolaire. Qu'avez-vous à dire aux parents qui se préparent à faire leurs courses, à acheter les fournitures scolaires justement ?

0:30
Invité

D'abord on a des familles inquiètes, on a des familles qui souffrent depuis 18 mois d'une hausse interrompue des prix. L'inflation, il faut bien le comprendre, l'inflation alimentaire, elle est sur deux ans à 20%. Et les français savent très bien, tous ceux qui font leurs courses aujourd'hui, que sur la rentrée scolaire les prix sont autour de 10, 11, 12%. Chez nous on est arrivé à les limiter à 9,5%. Donc ce sont des français inquiets, ce sont des français qui ont changé leur comportement de consommation. Et donc on va essayer nous chez Carrefour, puisque vous me parlez de la rentrée scolaire, on est le premier distributeur au moment de la rentrée scolaire.

On essaye de les accompagner au mieux, on a bloqué 50 produits sur les prix de 2022, sur les 50 produits essentiels. On a développé notre marque propre Simple pour leur faire des offres très basses, de manière à pouvoir les accompagner dans un moment qui ne sera pas un moment de plaisir, mais un moment d'inquiétude, parce que cette rentrée, elle coûte particulièrement cher.

1:24
Présentateur

Les prix ont explosé, c'est ce que vous venez de dire à l'instant, pour la rentrée scolaire ?

1:28
Invité

Ça va durer, ça ne va pas revenir en arrière de toute façon, c'est un acquis. Si on revient aux prix de grande consommation, et notamment dans le domaine alimentaire, les économistes disent, et ils ont raison de le dire, le pic est derrière. On était à 17,5%, on est à 12,5%. Ça veut dire que la hausse des prix ralentit, mais que les prix continuent d'augmenter. On est à une inflation alimentaire sur un an de 12,5%. C'est un chiffre extravagant, 12,5%. Bien sûr qu'on n'est plus à 17,5%, mais on est à 12,5%. Et sur deux ans, c'est ça que vivent les Français, l'augmentation est de 20%. Qu'est-ce que ça induit quand on a une augmentation de 20% ?

Les comportements des consommateurs ont radicalement changé. Qu'est-ce qui a changé ? Leurs conditions de vie ont changé. Les Français aujourd'hui, ce qu'on a nous dans nos magasins, on reçoit des millions de clients chaque jour, qu'est-ce qu'ils font ? Les portions alimentaires, pour 50% d'entre eux, se réduisent. Vous savez qu'il y a 40% de Français aujourd'hui qui sautent régulièrement des repas pour des raisons économiques. Et ces comportements de privation, ils se développent sur d'autres types de produits. Les produits de soins, les produits d'hygiène.

2:29
Présentateur

Ils font l'impasse sur certains produits.

2:30
Invité

Mais bien sûr, les protections féminines, les couches, le dentifrice, ce sont des baisses à deux chiffres. Donc on est en présence d'un phénomène massif de privation, de déconsommation, comme si l'essentiel n'était plus accessible. C'est ça la réalité de ce qu'on a dans nos magasins. C'est-à-dire que ce n'est plus seulement les petits plaisirs dont on se prive ici ou là, on se prive vraiment de l'essentiel. On se prive de l'essentiel, on se prive de l'alimentaire. Il y a des chiffres extrêmement forts de baisse sur les produits de qualité, sur les fruits et légumes, sur le poisson, sur la viande, qui sont compensés par des protéines végétales.

Et encore une fois, les produits de soins, les produits d'hygiène baissent aussi. C'est l'essentiel qui est touché là. Ce ne sont pas les produits de plaisir, ce n'est pas le petit plus. C'est vraiment la base de ce qui constitue la consommation des classes moyennes.

3:16
Présentateur

Une fois qu'on a fait ce constat, on a envie de savoir pourquoi. Pourquoi ça reste aussi cher dans vos rayons ? La faute à qui ?

3:23
Invité

D'abord, il y a des causes multiples qui sont les crises qu'on a connues. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? C'est vraiment très simple. De temps en temps, on dit qu'on ne comprend pas où est le sujet entre les industriels et les distributeurs. Mais c'est très simple. Les cours, en moyenne, ont baissé de 20, 25, 30, 35 %, que ce soit les cours de matière première, que ce soit les cours énergétiques, etc. La réalité, c'est que les industriels, en dépit de la baisse de ces cours, en dépit de la pression mise par les pouvoirs publics, ont décidé de ne pas renégocier. Ils n'ont pas un peu renégocié. Ils n'ont pas renégocié. Ils veulent du temps.

On était avec Jean-Philippe André tout à l'heure, qui représente l'industrie alimentaire. Ils nous font du temps. Parce qu'on ne peut pas répercuter tout de suite ces baisses. Ces baisses, d'abord, elles ont commencé maintenant, pour certaines, comme vous le savez, il y a neuf mois.

4:13
Présentateur

Les matières premières.

4:13
Invité

Ce n'est pas hier, la baisse des matières premières. C'est il y a neuf mois, un an. Ils ont décidé, c'est leur choix, de ne pas répercuter les baisses. Il y a deux traductions à ça.

4:22
Présentateur

Non, mais vous dites, en gros, c'est de la mauvaise foi de la part des industriels ?

4:25
Invité

Non, mais il y a vraiment deux façons de le voir. D'abord, il y a eu plein de rapports qui ont été faits. Franchement, on est rarement privilégié à la grande distribution quand il y a des rapports indépendants. Les rapports, que ce soit celui de l'inspection des finances, de l'INSEE, j'ai vu que la DGCCRF allait encore se pencher sur la question. On dit tous la même chose. Les industriels mondiaux, les grandes multinationales mondiales, elles ne sont pas installées en France. Elles sont à Cincinnati. Elles sont à l'autre bout du monde. Elles ont augmenté leurs marges. Elles ne les ont pas protégées, d'ailleurs. Elles ne les ont pas reconstituées. Elles les ont augmentées.

Et la traduction de ça, c'est ce qui se passe tous les jours dans les magasins. Ce sont les Français qui votent. Qu'est-ce qu'ils votent, les Français ? Ils votent marque distributeur versus marque nationale. Songez, si vous me laissez juste prolonger, que l'écart chez nous, cet été, on a beaucoup misé sur les marques distributeurs, entre les marques distributeurs et les marques nationales, c'est de 12 points. Ça veut dire que les marques nationales baissent de 5 points, 7 points, pardon, quand nos marques augmentent de 5 points. Sur un panier de 100 produits, ça veut dire que vous avez enlevé 7 produits de marque nationale, vous avez augmenté 5 produits de marque distributeur.

Les Français ont choisi, les Français ont compris que les industriels et les marques nationales n'étaient pas à leur côté.

5:32
Présentateur

Sauf que ça a l'air beaucoup plus compliqué que ça. Si on écoute les industriels, certains disent que certaines baisses de tarifs qu'ils ont proposées jusqu'ici n'ont pas été répercutées dans vos rayons. Et donc, vous, distributeurs, vous faites des marges sur les baisses qu'ils ont concédées.

5:48
Invité

C'est malheureusement...

5:49
Présentateur

Il y a plusieurs exemples. Le sieur, les huiles, Danone qui met le véritable prix maintenant sur les yaourts.

5:54
Invité

C'est malheureusement totalement faux. C'est totalement faux parce qu'on est dans un univers, vous le savez, de la grande distribution. On est ultra concurrentiel. Il y a 8-10 enseignes. Vous avez cité Leclerc, il y a Termarché, il y a les disconteurs, il y a plein d'acteurs. On a une politique très agressive de prix. C'est notre métier. Notre métier, c'est d'avoir une politique volontariste de prix pour acquérir le plus grand nombre de clients. Quand le prix baisse, je peux vous dire que moi et mes petits camarades, on baisse immédiatement parce que c'est notre intérêt à nous aussi.

Donc ce qui se passe, c'est que les industriels ont choisi, c'est un choix, j'allais dire économique, de ne pas accompagner les baisses de cours de matières premières en se disant, au fond, la renégociation, elle aura lieu comme elle devait avoir lieu en mars prochain. On va gagner un peu de temps. On va aller aux réunions organisées par le ministre et puis on se retrouvera en mars prochain pour les renégociations. Vous allez voir Bruno Le Maire demain à Bercy. Il va vous réunir, vous. Ensuite, il verra les industriels après-demain. Qu'est-ce que vous allez lui dire au ministre de l'Économie ? D'abord, je vais lui dire ça. Je vais dire que c'est un tsunami de consommation pour les Français.

De déconsommation. De déconsommation. Et que quand l'essentiel n'est plus accessible, quand on se prive de produits essentiels, il faut agir vite. Première chose. Deuxième chose, je vais lui faire une proposition parce que le reste est dans sa main. Ce sont les mesures fiscales. Ça, c'est dans sa main. Je vais lui demander un moratoire d'un an sur l'application de la loi des Crozailles. La loi des Crozailles, c'est une loi qui a été votée cette année, qui nous conduit à devoir limiter les promotions que nous faisons dans la droguerie, pour les produits d'hygiène, pour les produits de soins à 34%. Aujourd'hui, je peux vendre une lessive à 50-60% de promotion.

Dès l'application de la loi de Crozailles, je serai obligé de me limiter à 34%. Or, il faut comprendre qu'un Français ou deux Français sur dix, aujourd'hui, se privent de ces produits de soins et d'hygiène. Et en fait, cette loi-là, elle ne bénéficie qu'à trois grandes multinationales mondiales, parce qu'en fait, cette industrie-là, c'est... On peut les citer, d'ailleurs. C'est Procter & Gamble, c'est Henkel, c'est Unilever. Donc, eux vont augmenter leur marge. Et les Français, socialement, sont dans une situation qui est une situation de privation. Donc, je vais lui demander, à tout le moins, un moratoire d'un an sur l'application de cette loi.

Et je vais écrire au président de groupe, en leur disant, écoutez, vous avez pris cette loi dans un contexte qui a beaucoup changé. La privation de consommation, elle est là. Je vous demande un moratoire d'un an pour l'application de cette loi, afin qu'on donne un tout petit peu d'air aux Français sur leur consommation. Ça veut dire des promotions plus importantes et plus fréquentes, si vous obtenez satisfaction ? Ça veut dire ce qu'on fait aujourd'hui, c'est-à-dire la liberté des promotions sur ces produits d'hygiène, de soins et de droguerie. Alexandre Bonpart, le PDG de Carrefour et l'invité de France Info, vous restez avec nous.

Vous êtes avec nous dans une minute, juste après le fil info avec Maureen Suignard.

8:41
Locuteur non identifié

La France Insoumise va saisir le Conseil d'État sur l'ABAIA. C'est ce que va proposer le coordinateur de la France Insoumise, Manuel Bonpart, à son groupe parlementaire. Après la déclaration du ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal veut interdire dans les établissements scolaires cette longue robe portée par certaines femmes et jeunes filles musulmanes. Pour Bruxelles, la décision d'expulser l'ambassadeur français au Niger est une nouvelle provocation de la part des putschistes. L'UE exprime son plein soutien à celui qui reste en poste. Paris décide de ne pas obéir à la jeinte au pouvoir et ne reconnaît pas son autorité après un mois du coup d'État.

Une convocation au ministère des Sports. Les dirigeants de l'athlétisme français ont rendez-vous aujourd'hui avec Amélie Oudea Castera après un mondial au bilan catastrophique. Une seule médaille d'argent pour les Bleus. Sur France Info, la ministre promet une réunion constructive, franche et utile à un an des Jeux Olympiques. La terre qui tremble au sud-est de Bagnères-de-Luchon, Haute-Garonne, un séisme de 4,6 enregistré hier soir. Les pompiers précisent qu'il n'a pas fait de dégâts ou de victimes.

9:47
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braquia. Toujours avec Alexandre Beaupart, le PTG du groupe Carrefour. Vous allez voir Bruno Le Maire demain à Bercy. Il réunit tous les distributeurs. Jeudi, ce sera le tour des industriels. Vous nous dites, en gros, les négociations annuelles qui ont lieu de décembre à mars, c'est insuffisant, il faut pouvoir se reparler. Est-ce qu'il faut changer ce système des négociations une fois par an ?

10:12
Invité

Vous le disiez en introduction, nous on est présents dans 30 pays. Dans les 29 autres pays, je négocie toute l'année. Mon métier, c'est de négocier les prix toute l'année. Donc je m'adapte aux évolutions de cours et à différents éléments. En France, on a sanctuarisé ce moment de la négociation annuelle. Ça se traduit par ce qui se passe cette année. Le 1er mars, on a fixé les prix. Et en réalité, on ne renégociera pas parce que les industriels n'y sont pas obligés jusqu'au 1er mars prochain. Mais il faut que ce soit clair parce que l'inflation, elle est partout dans le monde, dans d'autres pays. Est-ce que c'est cette exception française qui rajoute à ce phénomène d'inflation ?

Oui, c'est un élément additionnel parce qu'elle a figé les prix sur une situation qui est celle des négociations autour de décembre, janvier. Dans les autres pays où il n'y a pas cette négociation annuelle, les prix ont déjà baissé. On commence à voir des baisses, cette fois-ci beaucoup plus significatives parce qu'on discute en permanence avec les industriels. Et par ailleurs, ça c'est le propre d'une négociation permanente, la relation est beaucoup plus apaisée. Il n'y a pas cette espèce de moment un tout petit peu tendu, paroxystique des négociations annuelles où tout le monde se met derrière ses bureaux en se disant « Oh là là, c'est la négociation annuelle ».

On négocie toute la journée. Et en fait, ça se passe beaucoup mieux. Le seul endroit au monde où nous avons des difficultés avec les industriels, c'est la France. Et ce système-là, il contribue. Ce système de la négociation annuelle, il contribue.

11:34
Présentateur

Mais alors à Bruno Le Maire, demain, vous allez lui dire aussi qu'il faut changer ce système ?

11:37
Invité

Oui, mais moi, je pense qu'il faut régler l'urgence. L'urgence, là, c'est d'éviter qu'entre septembre et mars, on se dise « Bon, au fond, l'inflation va un petit peu baisser, on est à 12,5, elle sera à 9,10, mais on sera toujours à 20% sur deux ans. » Il faut traiter l'urgence. Et c'est pour ça que l'urgence, c'est « Faisons vite un moratoire sur cette mauvaise loi en ce moment qui conduirait à limiter des promotions sur des produits sur lesquels les Français se privent déjà ». Alors, il faut que ce soit clair là encore. Si jamais on faisait un moratoire sur cette loi, à quel moment vous serez capable de faire baisser les prix ? C'est une question de jour ? Non.

Si on a un moratoire sur la loi, on continuera à faire ce qu'on fait en ce moment. On continuera à faire des promotions massives sur le dentifrice, sur les lessives, sur les couches, sur les protections féminines. À partir du début de l'année prochaine, si la loi s'applique, là, on s'arrêtera. On s'arrêtera de faire des promotions. On les limitera à 34%. On a parlé des marques distributeurs. Ça semble être le phénomène. Il faudrait qu'on s'arrête quelques instants là-dessus parce que c'est le phénomène de ce début d'année. Les grandes marques chutent de 7,3% depuis un an. Vos marques de distributeurs augmentent énormément. Vous y gagnez énormément.

D'abord, nous, on a beaucoup investi là-dedans. C'était un des éléments clés de mon projet à l'arrivée chez Carrefour. Reprendre la main sur nos marques distributeurs, redevenir le leader sur les marques distributeurs. Et j'avais fixé un objectif ambitieux. À l'époque, ça représentait 20% le chiffre d'affaires. Et j'avais dit à 2026, il faut qu'on soit à 40% le chiffre d'affaires. Mais c'est du chiffre d'affaires pour vous. Mais est-ce que vous rendez du pouvoir d'achat aux Français à travers des marques distributeurs ? Alors, qu'est-ce qu'elles ont comme particularité, ces marques distributeurs ? D'abord, ce sont des produits... Les prix sont bien moins chers.

L'écart de prix entre une marque distributeur et une marque nationale, c'est pour ça que ça marche aussi bien. Il est de 30%. Ce sont des produits qui, en général, en moyenne, quelquefois c'est supérieur à ça, sont 30% moins chers. Quelquefois, c'est supérieur à ça. Avant de venir, je discutais avec un de mes vendeurs et je regardais sur la lessive Unkel, par exemple, le chat, qu'on connaît tous. Le prix aujourd'hui d'Unkel est à 6,5 le litre. Chez nous, il est à 3 euros le litre sur la même lessive. Donc, vous voyez, l'écart peut être à 50-55%. Donc, d'abord, c'est moins cher. Pour des produits équivalents ? Exactement équivalents.

Ensuite, nous, on a beaucoup investi sur la qualité de ces marques distributeurs. C'est des produits de qualité sur lesquels on y a engagé notre raison d'être, qui est la transition alimentaire pour tous. Donc, on a supprimé des tonnes de sucre, des tonnes de sel, des substances controversées. Ça, c'est de la mission de Carrefour.

14:03
Présentateur

Mais alors, du coup, on a envie de vous demander pourquoi vous vous plaignez ce matin ? Puisque, en fait, vous y gagnez. Cette inflation des grandes marques, des prix des grandes marques, en fait, elle vous favorise ? Elle favorise vos marques distributeurs ?

14:12
Invité

Mais je ne me plains pas, je me désespère pour les Français. Parce que les Français, eux, ils aiment les marques distributeurs de plus en plus. Mais ils aiment aussi leurs marques nationales. Moi, je ne suis pas l'ennemi des marques nationales. Ce sont mes partenaires. Et les Français, ils les aiment, les marques nationales. Ils ne rejettent pas toutes les marques nationales. Ce sont les marques auxquelles ils sont habitués. Et quand ils voient ces prix avec un écart de 30-40% par rapport aux marques distributeurs, les Français ne peuvent pas les acheter. Donc, je ne me plains pas. Je me désespère pour mes clients.

Et j'espère que les industriels vont se rendre compte très vite que la baisse des volumes qu'ils connaissent et que nous ne connaissons pas sur les marques distributeurs, c'est un problème majeur pour eux. Mais c'est surtout un problème majeur pour les Français. Il faut qu'ils jouent un tout petit peu le jeu des consommateurs finaux. Plus de 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2023 pour Carrefour. C'est une progression de plus de 8% sur un an. On a l'impression que l'inflation, finalement, ça a aussi du bon pour vous en termes de résultats.

Si vous avez une inflation, comme au premier semestre, dans le domaine alimentaire, qui est autour de 16-17%, c'est une bonne nouvelle pour personne. Mais vos marges augmentent ? Non, évidemment, les revenus augmentent. Le chiffre d'affaires augmente. Et vos marges ? Mais les coûts explosent. Tous mes coûts explosent. Moi aussi, j'ai des coûts. J'ai des coûts d'ouverture de magasin, j'ai des coûts de distribution, j'ai des coûts de personnel. Tous mes coûts explosent. Mais vos marges aussi, elles augmentent. Pourquoi mes marges se portent bien ? Parce qu'on a fait un extraordinaire travail, je crois qu'il nous est un peu reconnu, de transformation de l'entreprise.

On fait chaque année des plans d'économie aussi d'un milliard d'euros. Et on gagne des clients. On a gagné 400 000 clients au premier semestre. Donc, on est dans une dynamique de gain de clients. Quand vous avez une dynamique de gain de clients et quand vous faites des plans d'économie d'un milliard, vos marges, qui restent beaucoup plus faibles que celles des industriels, ça c'est évidemment connu de tous, vos marges progressent un petit peu. Ça, c'est la bonne tenue de l'entreprise. Mais vous savez, l'inflation, dans notre secteur, c'est une mauvaise nouvelle. D'ailleurs, il y a des acteurs qui se portent très mal.

Parce que quand vous avez une inflation pareille, c'est très difficile à gérer. Vos coûts explosent, comme pour les industriels d'ailleurs.

16:07
Présentateur

Alexandre Bonpoir, Total a confirmé hier sa volonté de bloquer les prix de son carburant à 1,99€ par litre dans ses stations-services en France. Et ce, jusqu'à la fin de l'année 2023. Vous, quel geste vous êtes prêt à faire ?

16:19
Invité

Nous, on ne fait pas de grandes annonces sur l'essence depuis le début. Parce qu'en fait, on vend quasiment l'essence, toujours. Parce que là aussi, c'est concurrentiel avec nos camarades de Leclerc, avec Total aussi. On vend quasiment à prix coûtant ou à 1 centime de marge. Donc, les grandes annonces, je me mets à 1,99€, etc. On ne les fait pas. Mais depuis le début, nos clients le savent. Et d'ailleurs, on gagne des parts de marché là-dessus.

16:39
Présentateur

Mais c'est un problème de communication. Alors, parce que quand on entend Leclerc, par exemple, qui annonce cet été tous les week-ends à prix coûtant...

16:45
Invité

Ce n'est pas le choix qu'on a fait, nous. Ce n'est pas le choix commercial d'annonce qu'on a fait, nous. On se concentre sur l'alimentaire et on reste très bas sur l'essence parce que c'est un produit d'appel important pour nos clients. Alexandre Bonpart, le PDG de Carrefour, est l'invité de France Info. Vous restez avec nous. On revient dans un instant, juste après le fil info. Maureen Swignard.

17:02
Locuteur non identifié

Un suspect mis en examen pour homicide volontaire à Nîmes est placé en détention provisoire. Un jeune homme de 20 ans soupçonné d'avoir tué un autre homme de 18 ans mercredi dernier. La police soupçonne qu'il s'agit d'un règlement de compte sur fonds de trafic de drogue. Les industriels, en dépit de la baisse des cours, ont décidé de ne pas renégocier l'accusation sur France Info du PDG de Carrefour. L'inflation ralentit, mais reste importante, surtout pour l'alimentaire. Les industriels et les distributeurs ont rendez-vous avec le ministre de l'Economie cette semaine. Après plusieurs années d'expérimentation, la RATP généralise la mesure en région parisienne.

Dès vendredi, il sera possible, après 22h, de demander aux conducteurs de bus de s'arrêter où l'on veut sur la ligne. Une mesure qui est prévue, notamment pour les femmes, pour limiter les trajets à pied dans la rue la nuit. La Fédération espagnole de football demande la démission immédiate de Luis Rubiales. Le président du foot espagnol a embrassé de force une joueuse de l'équipe nationale. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté hier à Madrid pour dénoncer une agression. France Info

18:09
Présentateur

Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia. Toujours avec le PDG du groupe Carrefour, Alexandre Bompard. Alors, en attendant que les industriels acceptent de baisser les prix, puisque vous dites qu'ils ne répondent pas à vos demandes, qu'avez-vous prévu de faire, vous, dans les mois, les semaines, les mois à venir, pour pouvoir faciliter l'accès à vos produits aux Français ?

18:32
Invité

D'abord, on a fait beaucoup, nous et d'ailleurs nos concurrents. On a multiplié les dispositifs anti-inflation depuis un an et demi. Aujourd'hui, j'annonce ce matin qu'on baisse le prix de 500 nouveaux produits, à la fois des produits de marques nationales, avec quelques industriels qui ont joué le jeu, et pour les autres, on comprime encore plus nos marges, et des marques distributeurs. Donc, 500 produits vont voir leur prix baisser dans moyenne 10%. On en avait déjà baissé 600, le prix de 600 produits en mai-juin. Donc, on continue cette politique de baisse régulière massive de prix, autour de 10%, pour être le plus proche possible des attentes des consommateurs.

Et donc, 500 nouveaux produits qui s'ajoutent aux 600 que nous avions baissé en mai-juin dernier. C'est un nouvel exemple, et je sais que mes concurrents aussi développent d'autres marques, de manière à être le plus proche, à être le plus efficace possible pour répondre aux attentes et à la crainte et aux inquiétudes des consommateurs. Le combat des syndicats en cette rentrée, c'est bien sûr le pouvoir d'achat. Ils réclament de nouvelles hausses de salaire. Ils vont d'ailleurs se mobiliser le 13 octobre prochain. Qu'est-ce que vous faites, vous, chez Carrefour ? Est-ce que vous êtes prêts à encore augmenter les salaires en cette rentrée ?

On a un dialogue social qui a très bien fonctionné, je crois, depuis le début de l'inflation. On a eu des hausses régulières. Cette année, on est à 5,75% de hausses. Mais vous pourriez aller plus loin ? On est à 5,75% de hausses sur l'année. Ce qui s'ajoute à, parce qu'on va mieux, une augmentation très forte des participations qui a atteint 1 000 euros pour la première fois depuis 20 ans chez Carrefour. Et puis, à des primes qu'on a pu verser à différents moments. Donc, on a un dialogue social qui fonctionne bien. On a des augmentations régulières. Elles étaient de 7,5% l'année dernière. Elles sont de 5,75% cette année.

Et on va continuer à faire ça pour accompagner, nous aussi, on a 80 000 collaborateurs dans nos magasins. On a 150 000 personnes qui travaillent sous enseigne Carrefour en France pour accompagner le plus possible le pouvoir d'achat de nos salariés.

20:21
Présentateur

Alexandre, on parle lors de la dernière Assemblée générale en juin. C'est votre salaire qui a été dénoncé par les syndicats et par une grosse partie des actionnaires, ce qui est assez rare pour un groupe comme Carrefour. Plus de 9 millions d'euros pour l'année dernière, selon la CGT. Est-ce que vous considérez que vous les méritez ?

20:36
Invité

Non, ce n'est pas le bon chiffre, mais moi, je considère toujours que les discussions sur ma rémunération sont légitimes. Ce n'est pas un tabou. Comme vous le savez, c'est une rémunération qui est fixée par le Conseil d'administration. 80% est lié à l'atteinte d'objectifs quantitatifs, financiers, quantitatifs aussi sur la RSE, qui est un axe très fort de développement. Et donc, il y a ensuite une rémunération globale.

20:58
Présentateur

Les syndicats disent que vous ne les méritez pas parce que vous avez une politique sociale qui est très, très dure.

21:02
Invité

C'est la position de la CGT. Mais encore une fois, c'est un débat avec lequel moi, je suis à l'aise. Je comprends qu'on en parle, je comprends qu'on en débatte. Elle est fixée par le Conseil d'administration sur la base de critères qui sont des critères très précis et d'atteinte d'objectifs. Quelquefois, je les atteins. Quelquefois, je ne les atteins pas. Il s'est passé beaucoup de choses cet été dans le secteur de la grande distribution, notamment les très gros soucis du groupe Casino, avec le rachat par Daniel Kretinsky. Est-ce que le secteur des hypermarchés reste un secteur d'avenir ? D'abord, qu'est-ce que ça dit, ce qui s'est passé, ces difficultés ?

Ça dit à la fois l'intensité de la concurrence dans notre secteur. Ça dit la pression sur les marches. C'est un secteur à petite marge, la grande distribution. Ça dit les transformations gigantesques qu'il faut faire. Mais dans dix ans, je continuerai à aller faire mes courses dans un hypermarché ? Ce que vous ferez dans dix ans, c'est que vous serez de plus en plus, et c'est ça que nous faisons chez Carrefour depuis cinq ans, dans un modèle très omnicanal, pardon, où vous combinez la distribution physique, des hypermarchés, mais aussi chez nous, vous le savez, des Carrefour Market, des petits magasins de proximité, City, Contact, etc., et puis du e-commerce.

Et donc, nous, on est en train de faire une transformation massive pour construire un modèle dans lequel on combine de la distribution physique et de la distribution digitale, où on investit massivement. et c'est ça qui nous permet de gagner des nouveaux clients, d'augmenter nos parts de marché, de trouver de la dynamique et de faire des opérations d'acquisition. C'est comme ça que nous avons fait l'acquisition de notre confrère Cora au début de l'été. C'est la plus grande opération faite en France par Carrefour depuis 20 ans, ce qui nous permet de nous renforcer, de revenir sur Leclerc, et de continuer notre développement.

Mais il y a quelques années, on a annoncé la mort de ces très, très grandes surfaces à la périphérie des villes. Pour vous, ce n'est pas du tout terminé ? Alors, moi, je n'y ai jamais cru. Les hypermarchés ne sont pas morts. Et d'ailleurs, on le voit bien à travers cette crise. Ils sont une réponse extrêmement forte, extrêmement adaptée aux attentes des clients. La variété de l'offre, les prix les plus bas. Mais en revanche, ils ont besoin et ils avaient besoin de se transformer massivement. C'est ce qu'on fait. On a réduit leur taille. On a introduit de nouvelles catégories de produits. On les a rendus beaucoup plus centrés sur des produits locaux. On les a modifiés.

On les a reliés au e-commerce. C'est à la fois des centres de retrait de produits. C'est des centres qui permettent la livraison aussi à domicile. Bref, ce n'est pas l'hypermarché d'hier. L'hypermarché d'hier, lui, il est mort. Mais l'hypermarché de demain, il a un formidable avenir.

23:15
Présentateur

Alexandre Bompard, pendant les émeutes, il y a deux mois, plusieurs commerces ont été pillés, dont plusieurs de vos magasins. À combien vous avez estimé vos pertes ?

23:23
Invité

Vous savez, on est le premier employeur dans les quartiers. On a une surreprésentation de nos magasins dans les quartiers, d'ailleurs. On a des centaines de magasins qui sont dans les quartiers de la politique de la ville. Et ça a été un choc, évidemment, pour le pays. Mais ça a été un choc terrible pour les équipes de Carrefour. Quand vous travaillez tous les jours dans les quartiers, depuis 30 ans, et que vous avez vos magasins saccagés, épillés, il y a eu un petit moment de désespoir. Mais ça ne vous détourne pas, justement, d'investir dans ces quartiers ? Eh bien, pas du tout. Parce que je crois que notre mission, notre vocation, c'est de continuer à investir.

Et investir, ça veut dire ouvrir des magasins. Ça veut dire recruter des jeunes issus des quartiers. Moi, j'ai pris un engagement en 2021 de recruter 10 000 jeunes issus des quartiers chaque année. Et je le réitérerai avec encore plus d'énergie l'année prochaine. Parce qu'il faut qu'on le fasse. Et il faut aussi, et ça, c'est la magie de notre secteur, et chez Carrefour en particulier, que l'ascenseur social fonctionne. Il faut à la fois qu'on recrute des jeunes et qu'on leur donne envie de nos métiers. Et on a 300 métiers chez Carrefour. Et qu'ensuite, on dise à ces jeunes, vous n'avez pas besoin de partir du quartier.

Dans le quartier, il y a plein, dans nos magasins, dans nos entrepôts, il y a plein de métiers que vous pouvez faire. Et donc, il faut que cet ascenseur social, il fonctionne. Donc moi, je m'inscris en faux sur tous ceux qui disent, bon ben, c'est l'échec de la politique de la ville, c'est l'échec du rôle des associations, c'est l'échec des entreprises qui investissent dans les quartiers. Investissons encore plus dans les quartiers. Il y a une réponse régalienne. Ça, ce n'est pas ma responsabilité. Mais ma responsabilité, moi, chef d'entreprise, c'est d'investir.

Et je peux vous dire que les équipes qui travaillent dans les magasins sont contentes que j'en retienne ce discours-là parce qu'on est attaché à nos quartiers. C'est là que nous sommes le plus représentés. Alexandre Bampard, PDG de Carrefour, merci d'avoir été l'invité du 8.30 France Info ce matin.