120124-Discours-de-Clémentine-Autain-Besançon-9mn28-flv
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:44Invité politiqueChiffre
« Vous savez que dans les trois fonctions publiques, 800 000 personnes sont aujourd'hui employées en CDD. »
- 7:32Invité politiquePromesse
« Nous devons le passer à 1 700 euros. »
- 7:48Invité politiqueChiffre
« 10 points de produits intérieurs bruts sont passés en 20 ans directement de la poche des salariés à la poche des actionnaires. »
Temps de parole
- Clémentine Autain100 %
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Vous ne pouvez pas savoir ce que ça a mis du baume au cœur de vous voir toutes et tous. C'est une manière de mesurer nos forces, ça donne beaucoup, beaucoup d'enthousiasme. Et moi, si je suis si fière et si enthousiaste d'être dans cette campagne, c'est parce que nous sommes rassemblés là où nous étions divisés en 2007 et parce que nous sommes les seuls, je dis bien les seuls, à porter une voix à gauche résolument hostile à l'austérité, claironnée et entreprise partout. Nous portons la voix d'une gauche digne de ce nom qui affirme un refus et qui renoue avec le principe espérance.
Et je crois qu'il faut vraiment qu'on mesure la responsabilité qui est la nôtre dans un moment qui est un moment de crise paroxystique, de crise démocratique, économique, sociale, écologique. Nous avons à faire vivre une tradition qui est celle du combat pour l'émancipation humaine. Nous avons à faire vivre un état d'esprit qui est celui de la résistance, de la résistance à l'ordre des choses existantes, de la résistance à l'idéologie dominante aussi. Et nous avons à faire vivre une pratique. Cette pratique, c'est celle de la mobilisation populaire.
Alors nous sommes là, debout, parce que nous pensons donc à cette mobilisation, que nos forces, c'est précisément le levier du changement social et écologique. Et que nous sommes là, debout, et nous tiendrons, bon. Car je le dis franchement, pour s'en prendre au monde de la finance, qui écrase nos vies et nos désirs, il faut beaucoup, beaucoup plus qu'une phrase dans des discours de meetings électoraux. Il faut, ce qu'il faut, c'est assumer un affrontement politique. Et dans cette salle et au-delà, ce que nous sommes en train de construire avec le Front de Gauche, c'est la possibilité de cet affrontement politique. Et nous y sommes prêts.
Alors pour cela, il ne suffit pas évidemment de fédérer uniquement les forces que nous représentons, militantes, organisées. Nous avons à fédérer le peuple. Vous savez, cet acteur dont on nous reparle en ce moment et qui est particulièrement méprisé et maltraité, très fortement, à longueur de colonne. Eh bien, ce que nous, nous avons à faire, c'est à fédérer ce peuple. Et je pense qu'il y a un élément potentiellement fédérateur et unificateur, c'est la précarité, qui est une des marques de fabrique du néolibéralisme, l'un des marqueurs des mutations du monde du travail. Aujourd'hui, les notions de précarité et de prolétariat s'imbriquent.
Il y a un néologisme qui a été créé il n'y a pas longtemps, qui s'appelait le précariat. Nous sommes dans cette période. Autrefois, la classe ouvrière, au XIXe et au XXe siècle, elle s'était confondue avec la montée du salariat. Eh bien, aujourd'hui, c'est l'installation d'un chômage massif, structurel, et de la précarité comme forme normée du contrat de travail, avec l'explosion des CDD, de l'intérim, des temps partiels imposés, qui, au fond, a changé la donne. Et cette précarité, elle touche essentiellement les femmes, elle touche les jeunes, elle touche les non qualifiés et les travailleurs étrangers.
Et ainsi, avec ces mutations-là, on se rend compte que, au fond, le visage du monde ouvrier aujourd'hui, c'est celui des travailleurs sans papier qui sont exploités dans le bâtiment, c'est celui des caissières de supermarché qui travaillent parfois en famille monoparentale, à des temps partiels, très flexibles, c'est celui des jeunes de la restauration rapide qui sont parfois étudiants et qui ne peuvent pas faire autrement que de bosser au McDo pour payer leurs études, c'est aussi celui des intellos précaires, qui sont tout à fait nouveaux. Et tout ce monde-là, il est invisible.
Et cette invisibilité, chers amis, chers camarades, je le dis franchement, elle est aussi frappante que signifiant. Elle dit quelque chose de ce monde dans lequel nous vivons. Eh bien, nous, ce que nous voulons, c'est que leur voix compte et que tout cela puisse retrouver la dignité. Ce monde, leur monde, qui est notre monde, c'est celui du stress, c'est celui de la pression, c'est le monde des travailleurs pauvres, quand même incroyable, on vit dans un monde où travailler ne suffit pas pour vivre dans la dignité, c'est celui du mépris des savoir-faire, de la perspective aussi d'avoir des retraites au rabais.
Et à tout cela, nous voulons leur dire, nous, le Front de Gauche, dans cette campagne, que nous pensons et que nous voulons que le CDI redevienne la norme du contrat de travail. Et la mise en pratique, elle suppose qu'on balaye d'abord à la porte de l'État, parce que l'État, pour l'instant, ne donne pas l'exemple. Vous savez que dans les trois fonctions publiques, 800 000 personnes sont aujourd'hui employées en CDD. Nous proposons qu'ils basculent toutes et tous en CDI.
Nous devons inventer dans le même temps, et c'est ce que nous proposons, la sécurisation des parcours professionnels, pour permettre un filet de sécurité tout au long de la vie en termes de revenus et pour permettre également qu'il y ait une continuité dans le statut de travailleurs et des travailleuses. Ça, ça veut dire élargir le socle des droits humains, et c'est dans cet état d'esprit que nous sommes, et c'est y compris l'une des conditions pour faire vivre la liberté. La liberté nous est vendue souvent comme étant ce qu'on va avoir avec le libéralisme, mais malheureusement, le libéralisme, aujourd'hui, il détricote les libertés individuelles et collectives.
Alors, j'entends ici et là opposer l'intérêt de ces catégories précaires, dont je viens de parler, à ceux qui sont dans l'emploi stable. Le lien est en réalité extrêmement ténu, parce que la masse des ouvriers et des employés qui sont en CDI, en réalité, ils subissent de plein fouet les méfaits d'un chômage de masse et d'une précarité galopante. Pour eux, les images des précaires à la télévision, ce n'est pas un autre monde qui sera ailleurs. Ce sont des images qui les touchent, ce sont des images qui les atteignent, qui atteignent souvent un membre de leur entourage. Parce qu'aujourd'hui, la précarité est devenue un horizon pour tous. C'est une menace.
Et c'est le prétexte, c'est le prétexte au recul des bas salaires et à la détérioration des conditions de travail dans les entreprises. Et la peur, la peur de perdre son emploi, son statut, paralyse les salariés. Et depuis plus de 5 ans, non, pas plus de 5 ans, enfin depuis un moment que la droite est au pouvoir, trop longtemps, mon Dieu, la droite oppose les catégories les unes aux autres. Elle oppose le public au privé, elle oppose les prétendus privilégiés des classes moyennes aux chômeurs. Et le MEDEF a beau jeu d'avancer que les salariés sont super plan-plan. Vous savez, ils ne veulent pas être mobiles, ils veulent rester à leur place.
Mais je crois qu'il faut vraiment qu'on leur rappelle que, contrairement à une idée reçue, le néolibéralisme n'est pas du tout l'ami de l'initiative, ni individuel, ni collective. Parce que la peur, au fond, elle mine la créativité et la mobilité. L'insécurité conforte le repli et la peur. Et l'angoisse de se retrouver sans un emploi, sans emploi finalement, ça fait que des salariés restent là où ils sont, même s'ils sont malheureux et donc moins performants. Et donc c'est un tout autre cercle vertueux que nous devons enclencher en disant et fort que nous sommes ici, toutes et tous, déterminés à combattre ce qu'est la souffrance au travail qui mine la société contemporaine.
Et à tous ces travailleurs, nous leur disons qu'il faut ici et maintenant augmenter le SMIC. Nous devons le passer à 1 700 euros. Et cette proposition, elle dit quelque chose de simple. C'est une question du partage de la plus-value. 10 points de produits intérieurs bruts sont passés en 20 ans directement de la poche des salariés à la poche des actionnaires. C'est un rapte. Et ce rapte-là, nous disons toutes et tous ici, haut et fort, que ça suffit et que maintenant, si on veut partager les richesses, il faut augmenter les bas salaires. L'unité du peuple dont je parlais tout à l'heure, elle ne tient pas à sa souffrance. Je ne crois pas. Je pense qu'elle se nourrit plutôt de son espérance.
Est-ce que c'est justement ce que nous sommes en train de lever, c'est cette espérance ? J'ai beaucoup aimé un slogan des indignés espagnols. Il disait « Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes ». Je trouve ça magnifique et ça nous dit ce que nous avons à faire. Nous devons répondre à cette exigence d'un avenir qui ne s'appréhende pas dans le cadre mortifère de la rigueur. Et c'est possible. Nous pouvons lancer un autre cercle vertueux. Nous pouvons proposer et nous proposons une relance par l'activité. Alors en avril prochain, autour de la candidature de Jean-Luc, et je suis super fière de faire sa campagne. Je trouve qu'il donne une énergie très forte. Ouais, je sais.
On n'aime pas la personnalisation, mais on aime quand même bien Jean-Luc. Et moi, je voudrais lui dire merci, merci de ton énergie. Vraiment, elle est contaminante. Elle me fait grand plaisir. Et je crois que c'est une des raisons pour lesquelles il y a beaucoup de monde dans cette salle. Donc en avril prochain, si on s'y met tous, je crois que nos rêves rentreront dans les urnes et avec un putain de fracas. Merci.
Merci. Merci.
Clémentine Autain