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interviewLCP (sur YouTube)· 14 octobre 2023 13 min

Sacha Houlié, député Renaissance de la Vienne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Il a milité à gauche dès le lycée, multipliant les actions coups-de-poing à la fac de Poitiers. Aujourd'hui, mon invité ne brandit plus les mégaphones, puisqu'il est président de la commission des lois à l'Assemblée. Générique ...

Bonjour, Sacha Houlié. -Bonjour. -Nos téléspectateurs, depuis 2017, vous ont toujours vu avec un costume-cravate, des lunettes, les cheveux bien coiffés...

J'ai été surpris d'apprendre que vous ne vous reconnaissiez pas dans cette image. "Je n'ai pas le look de ce que je suis." Qu'entendez-vous par là ? -Dans la vie courante, je suis un supporter de football, je suis passionné de cyclisme, de moto, que je regarde à la télé et que je pratique, et j'adore les courses hippiques.

Quand on me voit avec un costume et des lunettes, je n'ai pas le profil de l'emploi. Je fais très sage. On a l'impression que je suis pas d'extraction populaire. -Vous faites référence à vos origines ? -Non, parce qu'en fait, je pense que bien s'habiller, institutionnellement, c'est une reconnaissance.

Les ouvriers, le dimanche, mettaient le costume du dimanche. Par ailleurs, c'est pas le costume qui nous fait oublier ce qu'on défend et ce que nos parents nous ont inculqué. Je suis assez fier de mes origines populaires, même si je n'y fais pas référence. -Lors d'une interview, vous avez parlé d'un besoin de revanche sociale.

Votre engagement politique a été un moyen de prendre cette revanche ? -C'était mon parcours professionnel. Quand je suis arrivé à la fac de droit à Poitiers, des gens m'ont dit que je n'avais rien à faire là.

C'était plus cru encore que ça. J'avais pas les bonnes origines. A l'époque, j'avais un cuir de moto et un casque bariolé.

Ca, pour le coup, je l'ai fait dans mes études. J'ai terminé parmi les premiers à la fac. Major de promo.

Après, je me suis battu pour être avocat et pour, en tant qu'avocat, avoir mes clients à moi en plus de ceux de mon patron. Je l'ai fait professionnellement. Après, politiquement, c'est des combats sur ce que je crois juste, ce qui m'a toujours animé. -Votre mère n'a pas exprimé une vraie fierté, quand son fils a été élu député.

Au contraire. Quelques années après votre élection, elle a eu cette phrase qui m'a choqué. -Ca renvoie à ce que c'est, la politique.

Il y a toujours un côté polémiste, il y a toujours quelque chose qui fait qu'il faudrait faire des coups politique. Et donc, oui, c'est le côté "combines" qui colle à la vie politique, alors qu'au fond, il y a plein de gens qui pourraient faire autre chose, mais qui ont décidé de s'engager pour les autres. C'est vrai que pour ma maman, qui était institutrice, il y avait le côté de la robe d'avocat, la profession, la noblesse attachée à ce métier, et le côté député, où elle me voit plus souvent sur les marchés qu'à l'Assemblée. -Vous vous êtes engagé très jeune.

A 17 ans, vous avez bloqué votre lycée pour protester contre le CPE, le contrat premier embauche. Plus tard, à la fac de Poitiers, vous avez mené des actions spectaculaires, notamment en 2009. Vous avez lancé l'occupation de l'aéroport de Poitiers.

On voit ça. *-Les voitures du milieu...

La Peugeot 104 avec le ballon jaune. On va à l'aérodrome, on passe par une porte dérobée de manière à occuper l'aérodrome. Le but, c'est de disséminer le message qu'on a posté, qui dénonce la privatisation.

Et là, on rigole, c'est parti. *Brouhaha *... *-SI T'ETAIS UN PEU PLUS GRAND TU VERRAIS L'ETUDIANT -Il est là, le vrai Sacha Houlié, les cheveux en pétard, le mégaphone ? -Il y a un peu de tout ça, mais c'était une façon...

Ce qui est intéressant dans le reportage, c'est qu'il n'y a pas de casse, pas d'agression, pas de confrontation avec les forces de l'ordre. Ca dure pas très longtemps. Au final, le message fonctionne.

On peut avoir un militantisme qui est joyeux et qui peut être un peu spectaculaire, mais qui, au fond, est pacifique. C'est presque la marque de fabrique du militantisme à Poitiers, avec Stéphane Séjourné, avec d'autres, où il n'y a jamais eu de violence. -Ces images, elles peuvent faire penser à Sainte-Soline, contre les bassines de Sainte-Soline. -Pas du tout. -Il n'y a pas de violence. -Voilà, c'est l'essentiel. -Aujourd'hui, vous auriez 18 ans, vous seriez allé à Sainte-Soline ? -Non.

Je pense qu'il y a trop de violence, trop d'affrontements, trop d'idéologie autour de tout ça. Là, on sent qu'on défend nos idées, avec un message politique assez fort sur les moyens des universités, les moyens des étudiants, sur la façon d'assurer un service public accessible, mais en revanche, il y a un peu de ruse, un peu de malice. On contourne les forces de l'ordre.

On casse rien. On n'insulte personne. C'est essentiel. -Cette période de militantisme au PS et à l'UNEF, elle a été décisive pour votre engagement.

C'est à ce moment que s'est constituée "la bande de Poitiers". On va voir cette bande en images. Il y avait vous, mais aussi Pierre Person, Stéphane Séjourné, Guillaume Chiche, Aurélien Taché...

C'est une partie de la bande. Tous ceux-là, vous avez quitté le PS pour rejoindre Emmanuel Macron et vous avez tous occupé des postes importants, des responsabilités. Comment expliquez-vous ce destin commun qui est quand même assez hors du commun ? -Je l'explique pas.

On a tous travaillé pour ça, on s'est engagés politiquement, on a suivi des parcours différents les uns des autres. C'est une photo au congrès du PS à Poitiers en 2015. Maintenant, on n'est pas tous d'accord.

Il y a des gens encore au PS, des gens avec qui on est en désaccord, mais on était un groupe d'amis, et on se respecte. -Vous dites que c'est la loi Macron qui a fait office de révélation pour vous. La loi Macron votée en 2015 sous François Hollande.

Révélation de quoi ? -En tant que jeune avocat, déjà. Il y avait des dispositions pour les jeunes avocats pour libérer la place, pour donner à chacun sa chance en fonction de ses compétences, puis le fait de vouloir travailler avec tout le monde, de pouvoir ouvrir les chakras, mais même les esprits des uns et des autres, et j'ai trouvé ça assez intéressant.

Je l'ai donc soutenu. Ca a ferraillé, à l'époque, au Parti Socialiste, chez les jeunes. -En 2017, vous avez pris une place importante, puisque vous avez créé Les Jeunes avec Macron.

Ca vous a valu, après votre élection, d'être un peu catalogué comme faisant partie de la garde rapprochée d'Emmanuel Macron. Pourtant, vous vous êtes opposé à lui, à certaines décisions qu'il a prises. Le premier quinquennat vous a déçu ? -Non.

Pour l'essentiel, j'ai soutenu le président. Il y a quelques mesures où j'ai eu une voix dissonante. Ce n'était pas les mesures qui étaient les plus importantes.

Mais sur TousAntiCovid, des dispositions sur la police, il y avait des choses où j'avais des opinions qui étaient un peu différentes et je les ai fait valoir. C'est une façon de ne jamais renier ses convictions et de se défendre. -Vous claquez la porte des instances dirigeantes... -Il y avait le fonctionnement du parti... -On vous a senti désenchanté, presque. -Vous savez, la politique, c'est quand même assez dur.

On vous demande à chaque fois de faire des efforts, de travailler énormément et de faire des compromis. Parfois, il y en a qui sont plus difficiles que d'autres. C'est une façon de marquer les désaccords.

Après, comme vice-président de l'Assemblée, comme rapporteur de textes... -Le plus jeune vice-président de l'histoire de la Ve. -J'ai toujours servi pour le mieux. -Vous avez reconnu avoir fait preuve d'immaturité au début du premier mandat.

On vous a surnommé "le sale môme". Vous avez changé, par rapport à ça ? -Avoir du caractère, c'est important.

Ensuite, il faut imaginer ce que c'est, être élu à 28 ans, avec toute la charge que ça représente, y compris quand on est vice-président de l'Assemblée. On a pu faire des erreurs. -Mais lesquelles ? -Le fait qu'on était un peu en mode bulldozer.

On voulait prendre la place, exister politiquement, on voulait défendre nos idées...

On a pu être impolis à l'égard de certains ministres. C'est la vie. Le but, 1, c'est de savoir, 2, de savoir ce qu'on n'a pas bien fait et de pas le reproduire. -Depuis 2022, on vous a vu sur la taxation des superprofits, sur le report de l'âge légal de la retraite, sur la régularisation des sans-papiers avec cette tribune qui a été cosignée avec plusieurs responsables de la NUPES.

Vous continuez de porter une voix de gauche au sein de la majorité, mais différemment. Vous avez changé de méthode. -Je m'assure que les idées qu'on défend deviennent majoritaires.

Au départ, on prenait des objets politiques, qu'on défendait, et peu importe quelle était l'issue, le but était d'abord de pouvoir défendre ce qu'on pensait juste. Là, le but est de faire progresser les idées. -De peser réellement ? -La taxe sur les superprofits, elle est dans la loi de finances 2023.

Elle finance le bouclier tarifaire. On a payé moins cher notre électricité, par rapport aux voisins, car on l'a inscrite dans la loi. La régularisation des travailleurs dans les métiers en tension, lors de sa promulgation, j'espère qu'elle pourra l'être aussi.

Le but est de gagner des choses pour transformer la vie des gens. Ca prend plus de temps, mais c'est plus efficace. -Dans cette stratégie, il y a ce poste que vous occupez, président de la commission des lois, ça aussi, c'est une leçon tirée du premier mandat ? -Oui, aussi, car d'abord, j'ai travaillé sur plein de sujets à la commission des lois, sur des choses anonymes, comme le droit des contrats, mais ça protège les plus faibles lors des contrats d'adhésion, c'est-à-dire quand ils vont acheter un téléphone ou souscrire un contrat d'assurance.

J'avais fait des choses sur les collectivités, pour les relations entre les mairies et les intercommunalités, et j'ai repris, après la vice-présidence un bâton de pèlerin en travaillant le fond, des idées... -La commission des lois, c'est un outil, pour vous ? -Tout le chemin accompli pendant le premier mandat en travaillant sujet par sujet, un peu dans l'ombre, avec pugnacité, ça a permis de construire la présidence de la commission des lois et de connaître les sujets pour être efficace. -Ugo Bernalicis dit de vous : "C'est le moins pire "des macronistes." C'est un compliment ? -Je pense.

En tout cas, je le lis comme ça. Je le remercie pour le commentaire. Je pourrais lui dire que c'est le moins pire des mélenchonistes, mais il y en a d'autres avec lesquels je m'entends.

Ca montre aussi qu'on essaye parfois de mettre son étiquette dans sa poche pour avancer. -On passe au quiz. Vous allez devoir compléter des phrases que je vais commencer.

On va commencer par parler de foot. Vous êtes un grand fan de l'Olympique de Marseille. On y va. -Euh...

C'est bruyant...

Et c'est...

Il manque presque les fumigènes. -Il paraît que vous en avez déjà craqué dans les tribunes ? -Deux fois, oui. -Avant ou après votre élection ? -Il y a prescription.

C'était entre 2014 et 2015. La saison 2014-2015. -On continue. "Quand on me compare à Harry Potter..." -Ca me fait plaisir.

Ca veut dire qu'il y a quelque chose d'un peu magique. Il y a quelque chose d'un peu magique dans la politique, parce que le fait de pouvoir changer le destin des gens, ça s'apparente à de la magie. -"Faire de la politique, c'est renoncer à..." -Euh...

C'est beaucoup renoncer à sa vie privée. C'est assez pesant pour ma famille, qui lit des choses sur les réseaux, et pour ma femme, qui aimerait bien qu'on ait plus de temps à nous. -Merci beaucoup, Sacha Houlié, d'être venu. -Merci.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...