Louise Weiss, pionnière de l’Europe et apôtre de la paix
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poursuit cette série que nous avons décidé de consacrer aux enjeux internationaux, à ces grands personnages qui ont modelé la les doctrines en matière de relation internationale. Il s'agissait là d'un discours inaugural lors de la première session du Parlement européen élu au suffrage universel et c'était la doyenne de l'institution. Alors bien au-delà de ce rôle symbolique, elle fut une pionnière de l'idée européenne, tour à tour infirmière de guerre, journaliste, éditorialiste puis député européenne.
Bonjour Marion Gaillard. Bonjour. Vous êtes historienne spécialiste des relations franco-allemandes et des questions européennes.
On vous no figure de l'Europe, c'est aux éditions le cavalier bleu. Alors tout d'abord peut-être nous présenter Louise Vece. Elle est née en 1893 à Aras et sa biographie mentionne des origines alsaciennes, des origines d'Europe centrale.
Oui, elle est effectivement née dans une famille alsacienne des deux côtés. Famille alsacienne qui a choisi la France en 1871 après l'annexion par l'Allemagne. Famille aisée, riche de la bourgeoisie.
Du côté du père, les industries minières. Du côté de de la mère, une grande famille aussi. Et c'est cette famille maternelle qui a des origines à la fois allemandes, tchèqu et juives.
Donc on peut dire d'une certaine manière que Louis Vej est une femme des frontières. Un peu comme les pères fondateurs de l'Europe. On dit toujours d'eux qu'ils sont des hommes des frontières.
Mais à Louis Ville, c'est un petit peu vrai aussi. Bon, en tant que journaliste, elle choisit très tôt de se tourner vers l'Europe centrale et orientale. Oui, effectivement.
Donc elle alors avant cela, elle fonde en pleine guerre encore en janvier 1918 l'Europe nouvelle qu'elle va consacrer qu'elle qu'elle va dont elle va faire une tribune pour évoquer les différents aspects économiques, sociaux ou diplomatiques de l'Europe qui se forge après la Première Guerre mondiale. Mais elle quitte brièvement l'Europe nouvelle parce qu'elle est en désaccord avec le le cfondateur et financier Yassin Filouse. et elle part là notamment pour le petit parisien faire des reportages à Prague, à Vienne, à Varsovie, à Budapest.
C'est une Europe qu'elle affectionne. Elle a rencontré pendant la guerre notamment Benèche et Mazarik, les les exilés euh de de Tchécoslovaquie qui seront respectivement présidents après. Et donc, elle en rapporte des reportages pour faire connaître un peu au public français cette nouvelle Europe, effectivement, ces jeunes démocraties qui sont en train d'émerger sur les ruines de l'Empire d'Autriche-Hongrie.
Bon, alors dans quelle tradition intellectuelle s'inscrit-elle Louise Vece ? Expliquez-nous. Marion Gillard.
Alors, elle elle l'a fait elle s'est battu, j'allais dire, pour faire des études. Comme beaucoup de femmes des milieux bourgeois. Son père est opposé au fait qu'elle fasse des études.
Il l'avait envoyé dans une école de jeune filles pour devenir une bonne ménagère en Allemagne. Et puis, soutenue par sa mère, elle a quand même choisi l'agrégation et donc elle étudie les lettres. Donc elle est plutôt axée sur la littérature plus que sur les justement la diplomatie, la science politique ou les relations internationales.
Et ça se sent sans doute dans son engagement ensuite parce que en fait c'est un engagement assez intellectuel. Il n'y a pas dans l'Europe nouvelle de d'articles réellement sur des projets concrets d'un européenne comme on a pu en voir dans les siècles précédents, que ce soit avec Dante dans des Monarchias ou avec Emeric Crusé ou Kant par exemple. C'est vraiment une réflexion plutôt philosophico-intellectuelle sur l'Europe mais surtout sur la paix.
Elle est obsédée par la paix. Pourquoi est-elle obsédée par la paix ? Alors les gens obsédés par la guerre, remarqué, ça existe he on a d'ailleurs on a d'ailleurs une liste de personnes obsédées par la guerre.
Mais je veux dire, comment imagine-t-elle pouvoir faire la paix ? À quel prix peut-on faire la paix ? Alors, elle elle son engagement pour la paix vient sans doute du fait qu'elle est d'une famille effectivement de de frontière, si je puis dire.
Et puis aussi, comme vous l'avez mentionné en introduction, elle a été infirmière, elle a soigné des blessés, elle était jeune, elle avait à peine 21 ans. Donc, il y a un trauma. Ensuite, elle veut favoriser le dialogue.
C'est ce que je disais. C'est-à-dire que elle veut faire de l'Europe nouvelle un espace de dialogue de formation de d'é lecteurs au questions internationales. Mais elle va plus loin parce que elle veut faire elle dit "Je veux être journaliste pour faire la guerre à la guerre et c'est le but de l'Europe nouvelle." Mais ensuite, en 1930, elle va aller plus loin puisqu'elle crée la nouvelle école de la paix euh dans laquelle elle invite aussi euh des gens à faire des conférences pour expliquer les relations internationales.
Et il y a cette idée de comprendre les relations internationales et la prévention des conflits, ce qu'on va retrouver plus tard dans la création. Là, elle cofonde aussi dans les années 70 l'Institut français de polémologie qui est la science de la prévention des de la compréhension des conflits. Avec Gaston Boutou, voilà, exactement.
Sociologue français, spécialiste de la guerre justement. Mais elle elle axe beaucoup les choses, je crois, sur le dialogue et interculturel. Elle pense l'Europe comme une entité culturelle et donc cette nouvelle Europe pour elle, c'est une Europe où les pays pourraient dialoguer notamment au sein de la société des nations dans laquelle elle place beaucoup d'espoir.
Bon alors quelle a été l'influence de sa formation intellectuelle justement peut-être pour parachever ce portrait Marion ? Oui, ben c'est c'est c'est le fait que précisément je crois qu'elle n'a vraiment elle n'a pas euh de formation spécifique. C'est c'est une pionnière, c'est une précurseur de l'Europe et à ce titre, elle a un un rôle dans la géopolitique mais c'est pas quelqu'un qui a pensé techniquement l'Europe.
Et ça, on le retrouve avec sa formation qui est une formation assez large de littérature. Elle est partie à Oxford, donc elle a connu aussi pour une femme du début du 20e siècle les voyages. Mais c'est il y a d'autres femmes ou hommes qui ont fait ça, mais c'est quand même encore marginal dans la société de s'intéresser beaucoup à ce qui se passe ailleurs.
Donc c'est voilà, je crois plutôt une fibre qui vient de sa curiosité intellectuelle à travers la littérature plutôt que quelque chose de très technique sur la science de la paix finalement. Bon, elles font de une revue l'Europe nouvelle. Alors, quelle est l'ambition de cette revue ?
Alors, c'est elle le dit hein, d'en faire un forum euh de discussion, une tribune dans lequelle elle accueille énormément de euh du gratin, on dirait aujourd'hui euh de de l'époque. Elle s'est s'entourer, trouver les contacts et donc elle publie des articles de Benèche, je le disais, de de Mazaric pour les Tèqus, mais aussi d'Aristine Brillant. Elle est proche de Léon Bloom et puis elle publie aussi un article par exemple de Benito Mussolini avant qu'il ne devienne le dictateur fasciste qu' a qu' a été.
Donc elle connaît beaucoup de monde et elle veut en faire cet espace d'échange intellectuel encore une fois entre les grands de l'Europe du début du 20e siècle. Et alors pourquoi défendait-elle justement cet espace- là sur le plan donc médiatique ? Un espace médiatique européen ?
C'est une idée assez nouvelle. Bon, on voit quand même que c'était une pionnière Louise V. Oui, c'était une pionnière.
C'est ce que je c'est ce que je disais. Euh parce que encore une fois, elle est en lien avec ses pays d'Europe centrale notamment et elle a envie de le faire de faire connaître. C'est vrai que encore aujourd'hui, on pourrait dire en France, en Europe occidentale, on connaît très mal l'Europe médiane.
Euh l'inverse n'est pas toujours vrai, mais nous on la connaît assez mal. Et là, c'était aussi le cas à l'époque. Donc, elle a elle a cette vocation.
Je crois que ce qui caractérise Lis, c'est la pédagogie, cette envie de pédagogie. de porter la bonne parole, de prêcher et on on l'entend quelque part encore dans son ton dans le fameux discours du 17 juillet 79 que vous nous avez passer en introduction. Il y a ce côté apôtre de la paix.
Euh voilà donc ça une sorte d'évangélisatrice de la paix. Euh quel rôle donne-t-elle à l'éducation ? Parce que c'était là aussi un rôle très important selon elle.
Oui, complètement. Alors, c'est ce que je vous disais, elle a fondé donc l'école nouvelle pour la paix en 1930. Euh elle veut y donner des conférences mais ça va plus loin puisque elle veut attribuer des bourses.
Elle attribue cette école des bourses aux étudiants euh des écoles normales d'instituteurs pour qu'ils puissent sillonner l'Europe, partir voyager parce que dit-elle pour par le voyage ils vont appréhender la culture de l'autre et seront eux-mêmes à leur tour des apôtres de la paix. Et ce qui m'a intéressé là-dedans, c'est aussi les ponts qu'on peut faire avec Stéphan Sweig par exemple euh qui parle beaucoup d'éducation et de voyage dans son fameux livre Souvenir d'un monde d'hier euh souvenir d'un européen qui est son dernier livre. Mais j'ai découvert aussi une conférence absolument incroyable de Stéphan Fight qui date de 1932, donc les mêmes la même époque qui s'appelle la désintoxication morale de l'Europe dans lequel il dit d'une part il faut arrêter d'enseigner l'histoire politique aux enfants parce que l'histoire politique c'est l'histoire des guerres.
Il faut leur enseigner l'histoire culturelle qui unit l'Europe 1932 et il faut qu'il voyage parce qu'au-delà de la connaissance il faut qu'il fasse l'expérience réelle du voyage et de la connaissance de l'autre. Donc on retrouve bien les thématiques de Louis Vej. Donc je pense c'est aussi une thématique de l'intelligencia de l'époque.
D'accord. Sur la question des femmes. Alors sur la question des femmes, bah une fois qu'elle finit par elle abandonne le combat en 19334, elle comprend que elle ne pourra pas que la peine sera pas préservée.
Il y a l'échec de de la conférence sur le désarmement, la mort la mort de brillant, l'arrivée d'Hitler au pouvoir et donc elle jette l'éponge sur l'Europe et elle se lance dans le féminisme en créant la femme nouvelle. Tout est nouveau avec Louis V, l'Europe nouvelle, la nouvelle école de la paix, la femme nouvelle. Mais c'est un féminisme politique pour les droits de le droit de vote et pas du tout un féminisme de société puisque au contraire, elle a une vision nataliste et familialiste et elle s'opposera ensuite à Simon Vey sur la question de l'avortement.
Bon, elle devient membre du RPF après la guerre. Voilà. Voilà.
Alors, ce qui est paradoxal avec Louis B, c'est qu'elle est une pionnière dans les années 20, mais qu'on ne la retrouve absolument pas dans les milieux européiste du début des années 50 et de la fin des années 40. Elle ne participe absolument pas à la création des communautés et notamment pour cette raison sans doute, c'est que elle a adhéré au rassemblement du peuple français, c'est-à-dire le parti gauliste qui s'oppose à la construction européenne qui a voté contre tous les traités européens des années 50. Donc elle est un peu écartée de ce milieu-là euh à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale et elle le retrouve finalement en acceptant de se retrouver sur la liste RPR menée par Jacques Chirac en 1979, lequel RPR s'était opposé à l'élection du Parlement européen au suffrage universel et au système monétaire européen.
Donc parcours un peu étrange que celui de Louise un peu paradoxal. Bon, aujourd'hui, on peut terminer là-dessus. Marion Gaillard, la tour principale du Parlement européen porte son nom.
Oui. Donc, malgré ce parcours un peu chaotique, je crois que son rôle de pionnière et à force en tant que femme a été reconnu par les institutions européennes en lui attribuant le son en attribuant son nom au bâtiment principal du Parlement européen qui est un bâtiment en verre pour symboliser la transparence de la démocratie. ce qui plairait sans doute à Louis B.
Merci beaucoup Marion Gaillard. Je rappelle votre livre figure de l'Europe, c'est aux éditions du cavalier bleu. Dans quelques instants, comment changer le plomb en or ?
Et bien c'est avec Science et c'est avec Alexandra Delbo.