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interviewBLAST (sur YouTube)· 13 janvier 2022 12 min

ET S'ILS NE POUVAIENT PAS SE PRÉSENTER ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Nous galérons, je crois comme beaucoup de candidats. Vous voyez bien qu’on est dans une situation de blocage. Trouvez-vous normal qu’un candidat représentant des millions de Français ne puisse finalement pas se présenter ?

Ceux qui n’arrivent pas à obtenir les 500 parrainages, c’est qu’ils ont un problème avec la République. Les gens que les sondages promettent d’avoir, 8%, 10%, 12%, 15% des voix et ils ne pourraient pas se présenter ? Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Éric Zemmour doivent pouvoir se présenter.

Parrainer, ce n’est pas soutenir. Mélenchon, Zemmour et Le Pen qui peinent à trouver leurs parrainages pour être candidats et les nouvelles péripéties autour de la primaire de la gauche. C’est le sommaire du numéro 30 d’un Bourbon Sinon Rien.

Et s’ils ne pouvaient pas être candidats, faute de parrainages en nombre suffisant ? Imaginez la présidentielle sans Mélenchon, Zemmour ou Le Pen. Peut-être même sans les trois. 40 % de l’électorat barré d’un trait de plume.

Un déni démocratique dans un pays dont les dernières consultations ont déjà été sinistrées par une abstention record. Un scénario catastrophe ? Écoutez ce qu’en disent les intéressés.

Eh bien nous galérons, je crois comme beaucoup de candidats. Nous galérons parce que le système est totalement grippé et que plutôt que de rendre les parrainages anonymes, ce qui ne changerait rien sur le plan démocratique, mais éviterait précisément que certains utilisent les parrainages pour faire pression sur les uns ou sur les autres, eh bien les gouvernements successifs laissent filer et laissent ce système se gripper. Vous voyez bien qu’on est dans une situation de blocage pour un certain nombre d’entre nous, et c’est mon cas.

À l’heure à laquelle je vous parle, j’approche les 400 signatures mais ce n’est pas 500, et il ne me reste que 50 jours, 54 jours pour parvenir à avoir des promesses qui ensuite se traduiraient en déclarations au Conseil constitutionnel. Je demande aux Français qui regardent votre émission : Trouvez-vous normal qu’un candidat crédité à près de 15% dans les sondages, représentant des millions de Français, ne puisse finalement pas se présenter parce qu’il lui manquerait 500 signatures ? Chaque candidat doit recueillir 500 parrainages émanant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer.

Il y a 42 000 élus locaux et nationaux susceptibles de parrainer les candidats. Mais seulement un gros tiers utilise ce droit. 36 % en 2012, 34 % en 2017.

Et en 2022, la proportion va certainement continuer à baisser. Car les maires subissent la pression des collectivités dont ils dépendent : intercommunalité, département, région. Les lois de décentralisation aidant, les compétences et la politisation de ces dernières se sont accrues.

Une “mauvaise” signature du maire et c’est une subvention ou un investissement qui s’envole. Provoquant la grogne des administrés. Résultat, les édiles se montrent de plus en plus frileux.

Bref, il faudrait moderniser la loi organisant la présidentielle. Introduire, par exemple, un parrainage citoyen en parallèle du parrainage des élus. En janvier 2021, lors d’un toilettage de la loi, la France insoumise avait ainsi proposé un seuil de 150 000 citoyens.

Amendement retoqué lors de la discussion. Les rivalités de partis l’emportent sur les principes républicains. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon comptait-il sur le réservoir des élus communistes, l’allié des précédentes élections présidentielles.

Mais Fabien Roussel refuse toute modification de la loi sur les parrainages et bloque les signatures en faveur de Mélenchon. Ceux qui n’arrivent pas à obtenir les 500 parrainages, c’est qu’ils ont un problème avec la République aussi. C’est qu’ils ont du mal à convaincre.

Donc c’est eux le problème. Je n’ai pas d’inquiétude pour Jean-Luc Mélenchon, à chaque fois il verse sa petite larme en pensant qu’il n’aura pas les parrainages. Il est même allé en demander à Gérard Larcher et à la droite.

Ça fait partie du cinéma à quelques semaines de l’ouverture des parrainages au Conseil constitutionnel. Réponse de Mélenchon à qui je venais de rapporter la réponse de Roussel : Ben écoutez, c’est qu'il doit avoir une sacrée bonne boule de cristal. Je suis très content, une des manières les plus simples pour que j’aie les parrainages, c’est qu’il n’interdise pas aux élus communistes de me parrainer.

Ça serait… Alors c’est, voilà c’est tout. Je voudrais quand même dire que je n’ai pas besoin de ça pour attirer l’attention. Mais je comprends qu’il y ait pensé lui.

Allez, au revoir. Du côté des socialistes, il n’est pas question de changer quoi que ce soit. Quand on aspire à vouloir être président ou présidente de la République, je pense qu’il faut être en capacité déjà de mobiliser 500 élus, sur un peu plus de 35 000 maires, des conseillers régionaux, des conseillers départementaux, le challenge doit pouvoir être relevé, sinon c’est compliqué de vouloir prétendre être président de la République pour l’ensemble des Françaises et des Français.

Moi je suis pour un statu quo. Au sein de la majorité, on fait remarquer que, jusqu’à présent, tous les candidats sérieux qui voulaient se présenter ont pu le faire. À chaque élection présidentielle, certains candidats crient au loup en disant : “Nous n'aurons pas les parrainages”.

Finalement, ils les ont in fine, ce qui prouve que le système n’est pas aussi mal que cela. Les règles sont les mêmes depuis très longtemps. À la République en marche, on explique la frilosité des maires par l’outrance des propos et des comportements des candidats qui peinent à recueillir des signatures.

On ne va pas changer les règles en cours du jeu puisque la campagne de parrainages est lancée depuis plusieurs semaines par certains des candidats, pour satisfaire aux exigences de l’un ou de l’autre. Cela il fallait y penser avant, il fallait y penser avant dans la nature des expressions employées, dans la virulence de certaines d'entre-elles. C’est finalement du côté de l’opposition de droite qu’on se montre le plus ouvert.

On est, je crois, à un mois, un mois et demi de l’obtention des parrainages. On ne peut pas changer la règle juste avant. Mais moi j’avais dit, longtemps avant l’élection présidentielle, que j’étais favorable à ce qu’on ait un système double.

Soit les parrainages actuels par de grands élus locaux, soit un certain nombre de citoyens qui pourraient souhaiter avoir tel ou tel candidat à l’élection présidentielle. Parce qu’on risque de se retrouver dans la situation où des gens auxquels les sondages promettent d’avoir 8%, 10%, 12%, 15% des voix et ils ne pourraient pas se présenter ? Ce n’est pas pour les candidats que c’est dramatique, c’est pour les gens qui voudraient voter pour eux.

Parce qu’à ce moment-là, ils vont avoir l’impression qu’on leur a volé l’élection présidentielle. Malheureusement, on ne nous a pas écoutés il y a un an quand on disait : “Oui à un nombre de parrainages.” Est-ce que c’est 150 000, 200 000, 300 000, 400 000, je ne sais pas.

Enfin quand vous avez 300 000 ou 400 000 citoyens qui veulent avoir un candidat à l’élection présidentielle, on peut quand même penser que c’est un candidat sérieux. Le président du Sénat, Gérard Larcher est sur une ligne approchante. Je considère que Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Éric Zemmour, qui représentent une part significative de l’opinion, doivent pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, et qu’en ces temps de doute sur la démocratie représentative, ce ne serait pas… j’allais dire une bonne manière de conforter la démocratie.

Moi je souhaite que les élus utilisent pleinement leur droit de parrainage, qu’ils le fassent sans crainte, rappelant que, c’est tout à fait exact, parrainer n’est pas soutenir. Oui, mais voilà, la semaine dernière, Geoffroy Didier, le directeur de la communication de la candidate Valérie Pécresse a menacé d’exclusion tous les élus LR qui signeraient en faveur de Zemmour. Du coup, j’ai demandé à Damien Abad ce qu’il en était : Les maires Les Républicains doivent soutenir notre candidate Valérie Pécresse parce que c’est la seule qui peut gagner face à Emmanuel Macron.

Ensuite les maires divers droite ils font ce qu’ils veulent et ils choisissent de parrainer qui ils veulent. Mais je rappelle que parrainer ce n’est pas soutenir. Donc monsieur Geoffroy Didier a raison ?

Non je considère que Gérard Larcher a raison. On a compris, les menaces d’exclusion de la part de Geoffroy Didier ne sont là que pour l’affichage. Car Valérie Pécresse a tout intérêt à ce qu’Éric Zemmour soit candidat.

En prenant des électeurs à Marine le Pen, il abaisse le seuil d’accès au second tour de l’élection. Pour le dire autrement, sans Zemmour, Pécresse n’a aucune chance de se retrouver face à Emmanuel Macron. Marine Le Pen l’a bien compris.

Écoutez comment elle présente la candidature de l’ancien journaliste : Il dit : “Si je n’ai pas mes parrainages alors Marine Le Pen sera au second tour et ça ne sera pas Valérie Pécresse. Donc, il faut que Valérie Pécresse me donne mes parrainages.” Non mais pardon, mais ça veut dire que Valérie Pécresse est son actionnaire majoritaire donc.

Le jeu démocratique est l’instrument privilégié de la résolution des conflits au sein de la société. Si l’on interdit à tel ou à tel candidat d’y accéder, alors il ne lui restera que la rue pour s'exprimer. Avec tous les dangers que comporte ce genre de démonstration.

Personne ne peut le souhaiter. Ça devient de plus en plus compliqué de comprendre ce qu’il se passe chez les socialistes et leurs alliés. Aux dernières nouvelles, le candidat en déroute Arnaud Montebourg devrait se rallier à la candidate présumée Christiane Taubira.

Cette dernière a annoncé, comme je vous le racontais lundi dans la Guerre du trône, qu’elle acceptait de se soumettre à la Primaire populaire. Anne Hidalgo, elle, s’est officiellement retirée de cette initiative, puisque Yannick Jadot ne veut pas y participer. Vous suivez toujours ?

La Primaire populaire, c’est un vote en ligne organisé du 27 au 30 janvier. À ce jour, 110 000 personnes se sont inscrites sur la plateforme. On est très loin, mais alors très loin, de la primaire citoyenne de 2011 qui avait réuni 2,8 millions de votants, ou celle de 2017 qui en avait rassemblé 2 millions.

Samedi, les organisateurs doivent communiquer la liste des candidats qu’ils ont retenus. Des candidats qui n’ont rien sollicité du tout, à l’exception, donc, de Taubira. Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo seront, de toute évidence, sur la liste.

Comme on s’y perd, j’ai demandé à Valérie Rabault de m’éclairer. Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur la candidature d’Anne Hidalgo, la candidature de madame Taubira, la Primaire populaire, on n’y comprend plus rien. Oui bah écoutez, moi non plus.

Sur la Primaire populaire non plus. Moi je soutiens Anne Hidalgo, c’est tout ce que je peux vous dire, voilà. Ça, c’était mardi matin.

Mais le soir, lors d’une réunion du bureau national du PS, c’est le coup de théâtre. Alors que la candidate Anne Hidalgo avait publiquement renoncé à sa proposition d’une primaire entre les candidats se réclamant de la gauche, le Premier secrétaire Olivier Faure exhorte ses troupes à participer à la Primaire populaire. Le patron du PS redoute en effet que cette consultation n’affaiblisse davantage Anne Hidalgo.

Car, selon lui, des militants insoumis se seraient discrètement inscrits en nombre pour plébisciter Jean-Luc Mélenchon. Du coup, c’est panique à bord. Mais comment gérer ce nouveau revirement ?

Ce matin, sur France Inter, Anne Hidalgo affirmait qu’elle irait jusqu’au bout de sa candidature. Est-ce que vous vous soumettrez au vote de la primaire ? Est-ce que ce vote qui ne sera pas précédé de débats, etc, et auquel tous les autres ont dit qu’ils ne se soumettraient pas, est-ce que je m’y soumettrai ?

Écoutez, ce sera une indication très intéressante de ce que veulent les citoyens, mais moi ma campagne, ma candidature, mes propositions sont là, je les déroule. On attend avec gourmandise la suite. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas cet ersatz de consultation qui remettra la gauche en selle.

Surtout à 80 jours du premier tour. Si vous avez apprécié cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.

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À lundi prochain pour La Guerre du trône, ma chronique sur l’élection présidentielle. Et à jeudi pour un nouveau Bourbon Sinon Rien.

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