Visite d’État au Vietnam : les mots du Président Emmanuel Macron en ouverture du dîner d’État.
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Emmanuel MacronPromesse
« le partenariat stratégique global que vous avez décidé et qui désormais nous lie depuis l'automne dernier, est le seul qui soit à la mesure de cette ambition. »
- 6:00Emmanuel MacronFait
« Ni le Vietnam ni la France n'ont envie de dépendre d'une autre grande puissance. »
- 8:00Emmanuel MacronChiffre
« la création en 2013 du Centre international interdisciplinaire pour la science et l'éducation. »
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Monsieur le Président, Madame, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, ami et artisan de la relation franco-vietnamienne, chers amis. Monsieur le Président, Votre Excellence Lương Cường, Madame, merci infiniment pour votre accueil. Alors le discours est en effet sous sa version écrite en vietnamien.
Je vais essayer de faire un peu différemment en français. Non pas que, je vous rassure, je vais dire autre chose, mais ce sera peut-être mieux pour chacun. En tout cas, Monsieur le Président, Madame, je voulais avec mon épouse, vous remercier pour votre accueil, celui de Monsieur le Secrétaire général, le Président de l'Assemblée nationale et de l'ensemble des autorités qui, avec ma délégation, a été admirable et où nous sentons en effet un lien singulier dans cette ville, entre les fleuves qui enjambent le fleuve Rouge par d'innombrables ponts et comme autant de passerelles.
Il y a au fond dans cette relation quelque chose qui n'est, et plusieurs dans cette salle sont d'éminents experts, et je me garderai bien d'essayer de qualifier la relation qui est la nôtre devant eux, mais il n'y a ni les poncifs d'une relation qui serait déjà écrite et tressée par les évidences, ni non plus les blocages d'une relation impossible. Il y a une amitié à regarder en face et beaucoup de choses à réinventer. D'abord, notre relation est une passerelle entre le passé, le présent et les défis communs que nous avons devant nous.
Et en cette année de célébration du 50ᵉ anniversaire de la réunification, du 80ᵉ anniversaire de la proclamation de l'indépendance du Vietnam par le président Hồ Chí Minh, je tiens à souligner cette reconnaissance commune de notre histoire partagée. Une histoire avec ses hauts et ses bas, pour reprendre votre expression, qui s'inscrit et qui s'écrit dans un dialogue aussi nécessaire que exigeant. Et je veux remercier tout particulièrement nos deux vétérans qui sont avec nous ce soir et qui, je l'imagine, se remémorent en ces instants des moments qui ont quelque chose d'irréconciliables mais qu'ils partagent avec nous ce soir.
Les ponts qui rapprochent nos pays, ce sont ensuite ceux que jette la communauté franco-vietnamienne, une formidable communauté qui, par delà les mers et les continents, fait l'heureuse synthèse de nos cultures, approfondit cette amitié indéfectible qui unit nos peuples, ce sont des vies de bâtisseurs et de passeurs, hier, ici à Hanoï, Alexandre Yersin avec l'école de médecine, Victor Tardieu avec l'Ecole des Beaux-Arts dont émergèrent des artistes comme Lê Phổ, Mai-Thu, Vũ Cao Đàm. À ce travail s'ajoute celui de Raymond Aubrac et son épouse Lucie aussi, bien sûr, la confiance avec le Président Hồ Chí Minh dès 1946, le travail incessant de dialogue entre Hanoï, Paris et Washington pour faciliter les négociations de paix au tournant des années 1970. C'est aussi un engagement contemporain et beaucoup ici le noue.
Nos universitaires, notre école française, je salue les dirigeants et représentants, nos musées ici largement représentés, celles et ceux qui, de la médecine à la science, à la culture, font vivre cette relation unique. Mais cet engagement contemporain, en effet, engagement d'artistes, d'écrivains francophones et aussi celui de chercheurs, et à ce titre, je voudrais saluer ce soir le travail des professeurs [INAUDIBLE] et Jean Trần Thanh Vân qui sont à nos côtés. Où sont-ils ?
Qu'ils se lèvent, pour qu'on puisse applaudir. Cher Jean, cher [INAUDIBLE], merci infiniment. Chercheurs éminents au CNRS, l'une et l'autre n'ont cessé depuis plus de 50 ans de travailler pour aider le Vietnam en protégeant les orphelins, en renforçant l'éducation des jeunes Vietnamiens, en aidant leur pays natal à prendre pleinement sa place sur la scène scientifique internationale avec la création en 2013 du Centre international interdisciplinaire pour la science et l'éducation.
Permettez-moi ce soir de vous dire toute notre gratitude et notre reconnaissance. Aujourd'hui, votre pays s'engage dans une nouvelle ère de développement. Des monts et des eaux du Sud que chantait autrefois Lý Thường Kiệt, au delta du fleuve Rouge, le Vietnam connaît une transformation rapide et extraordinaire, accroissant de fait son poids géopolitique dans les équilibres de la région et dans l'appréhension des défis globaux.
Et nous sommes là, Monsieur le Président, pour vous dire que, sur le plan stratégique, sur le plan militaire, sur le plan économique et industriel, qu'il s'agisse de nos avions, de nos capacités ferroviaires, de nos capacités agroalimentaires, de notre culture, de notre cinéma, de nos écrivains, de nos scientifiques, nous avons tant de choses à faire ensemble. Parce que ni le Vietnam ni la France n'ont envie de dépendre d'une autre grande puissance. Parce que ni le Vietnam ni la France n'ont envie d'être les victimes d'un monde chaotique où les règles internationales et nos droits peuvent être du jour au lendemain contestés, où la loi du plus fort semble revenir et où l'imprévisibilité semble redevenir la règle.
Ni le Vietnam ni la France n'ont envie d'avoir d'autre chemin que celui qu'ils se donnent. Et à ce titre, le partenariat stratégique global que vous avez décidé et qui désormais nous lie depuis l'automne dernier, est le seul qui soit à la mesure de cette ambition. C'est cela qui nous lie très profondément, qui nous ressemble, et c'est cela que j'irai plaider demain à l'Université franco-vietnamienne des sciences et techniques de Hanoï, USTH C'est cela, je le sais aussi, que l'ensemble des femmes et des hommes qui sont ici et qui, parfois, sont les fruits de l'histoire, quelquefois la plus tragique ou du hasard, et qui font vivre cette relation, voulez vous dire ce soir.
Monsieur le Président, Madame, il existe dans la poésie vietnamienne le Lục bát, ce mètre élégant de six et de huit pieds qui veut que chaque vers existe par celui qui l'a précédé et invente celui qui vient. Il en va ainsi du lien entre nos deux pays. Chaque nouvelle ligne de notre histoire partagée puise sa force dans ce qui la précède et dessine les contours de demain.
Ce sont ces vers nouveaux que nous sommes en train aujourd'hui d'écrire. Et je voulais vous dire que nous voulons avoir confiance en vous et nous voulons mériter la confiance que vous placer en nous. Et c'est cette histoire de confiance que nous avons aujourd'hui à bâtir.
Chacune et chacun dans cette salle y a sa part. Soyez convaincus, Monsieur le Président, Madame, que nous prendrons la nôtre. Je vais maintenant vous proposer, Mesdames et Messieurs, Monsieur le président, Madame, de lever à notre tour notre verre pour un toast et vous souhaiter tous mes vœux de santé, de prospérité, et je lève ce verre à l'histoire qui nous lie, à ceux qui l'ont fait vivre, au présent qui nous réunit aujourd'hui, et à l'avenir que nous bâtirons ensemble, indépendants et amis, parce que nous nous sommes choisis.
Vive le Vietnam, vive la France, et vive notre amitié !
Emmanuel Macron