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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 20 juin 2023 41 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalCulture, médias & sportImmigration & asile

Pétrole, foot et cinéma : comment l’Arabie saoudite se paye le monde

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 79 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:33OuverteRéponse partielle

    Quel est l'intérêt de l'Arabie Saoudite à candidater pour l'Expo 2030 ?

  • 2:39OuverteRéponse partielle

    Pourquoi l'Arabie Saoudite a-t-elle déclaré la guerre au Yémen ?

  • 3:43RelanceRéponse partielle

    Est-ce que l'Arabie Saoudite est toujours comparable à Daesh selon vous ?

  • 5:36OuverteRéponse directe

    Quelles sont les conséquences du wahhabisme en Arabie Saoudite aujourd'hui ?

  • 6:53OuverteRéponse directe

    L'Arabie Saoudite est-elle une théocratie comme l'Iran ?

  • 10:57OuverteRéponse partielle

    L'Arabie Saoudite peut-elle faire oublier ses manquements aux droits humains par le soft power ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:48PrésentateurChiffre
    « Près de 60% des jeunes ont moins de 30 ans. »
  • 9:43PrésentateurFait
    « La peine de mort est encore largement en vigueur. »
  • 10:39InvitéFait
    « L'Arabie Saoudite se disait prête à accueillir même des délégations LGBT. »
  • 24:26InvitéChiffre
    « Pour faire oublier les 400 000 morts de la guerre au Yémen. »
  • 36:28InvitéFait
    « Le royaume saoudien n'a pas versé pendant 13 ans ses cotisations sociales. »
  • 38:39InvitéChiffre
    « Nicolas Sarkozy nous disait que ça allait rapporter 7 milliards à la France »
  • 40:07InvitéChiffre
    « l'Arabie Saoudite c'est le premier client de la France »
  • 40:20InvitéFait
    « on forme sur le territoire français des soldats saoudiens »
  • 40:37InvitéFait
    « le chef du commando qui a assassiné Jamal Rashoghi »

Temps de parole

  • Présentateur49 %
  • Invité27 %
  • Présentateur 224 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

Reçu à l'Elysée pour un déjeuner avec Emmanuel Macron vendredi dernier, le prince saoudien Mohamed Ben Salman n'était pourtant pas le bienvenu pour tous les acteurs de la société civile française. L'héritier du trône d'Arabie Saoudite d'abord, vu comme un réformateur, un modernisateur progressiste, lors de sa nomination à des postes clés du pouvoir, traîne à présent de nombreuses affaires compromettantes qui ont terni son image. L'Etat français compte pourtant conserver des liens forts avec celui qu'il considère comme un allié incontournable entre investissement et échanges commerciaux, accords culturels, poids géopolitique.

Le soft power saoudien est en effet au sommet, alors même au pays des droits de l'homme. L'argent peut-il encore tout acheter ? Pour en parler, nous sommes en compagnie de Fathia Dazieni. Bonjour. Vous êtes chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'école militaire. Vous êtes spécialiste des monarchies de la péninsule arabique et on vous doit notamment l'Arabie Saoudite en 100 questions aux éditions Talendier. Avec hier pour le prince héritier, depuis le grand palais éphémère à Paris, Mohamed Ben Salman a présenté la candidature de la capitale du royaume pour accueillir l'exposition universelle de 2030.

C'est le dernier point d'orgue de cette visite à Paris, qui est une très longue visite puisqu'il est arrivé le 14 juin dernier et il sera dans la capitale jusqu'au 23 juin prochain. Alors par exemple, sur ce point, quel est l'intérêt de l'Arabie Saoudite de candidater pour accueillir l'exposition universelle en 2030, sachant qu'apparemment il a toutes les chances, ce royaume saoudien, de remporter cette exposition universelle ? Ce serait pour le prince héritier une consécration, puisque tout son objectif politique est de montrer à quel point son pays a été transformé en une poignée d'années quand même, puisqu'il a...

Mohamed Ben Salman a été parachuté par son père, le roi Salman, comme ministre de la Défense, aussitôt que le roi a accédé au trône en janvier 2015. Il était auparavant son directeur de cabinet, quand il était prince héritier et ministre de la Défense, donc le roi Salman. Et donc, voilà, parachuté ministre de la Défense, aussitôt arrivé, il déclare la guerre au Yémen, sans culture stratégique, militaire avérée. Pourquoi ? Quel était le but de cette guerre ? Mohamed Ben Salman est à l'origine un homme d'affaires. Alors, le but, le roi Salman a toujours voulu, effectivement, promouvoir ce fils dont il est le plus proche.

Pourtant, il a d'autres fils, dont le ministre de l'énergie, ou un autre fils qui était le premier astronaute prince de la région. Donc, des gens beaucoup plus capés, lettrés, et en plus de ça, avec des compétences politiques. Lui est un novice en politique, mais son ambition et son caractère autoritaire est très proche du tempérament du roi Salman. Et donc, c'est cette proximité et le fait qu'il croit dans l'ambition de son fils et sa capacité à transformer le pays. Alors, c'est très personnalisé, puisque la plupart des journaux insistent sur Mohamed Ben Salman, ses décisions, sa manière d'exercer le pouvoir. Qui est cet homme ?

Il est moins capé que ses frères, et il est présenté comme étant plutôt un moderne, mais, dans le même temps, ce moderne, dès lors qu'il a accédé au pouvoir, a eu un comportement qui l'a largement exposé aux critiques des ONG et de tous ceux qui défendent les droits humains. Alors, c'est un moderne très autoritaire. Disons qu'il modernise de manière très autoritaire son pays. Les personnes issues de la société civile n'ont absolument pas le loisir de pouvoir exprimer une opinion alternative, sous peine d'être emprisonnées.

Donc, il y a une volonté de totalement dépolitiser, très clairement, le contexte politique, et, en même temps, de libéraliser un peu les mœurs, d'offrir une sorte d'hédonisme à cette jeunesse très nombreuse, puisque près de 60% des jeunes ont moins de 30 ans, et donc de légitimer, si vous voulez, sa position vis-à-vis de la jeunesse, sa capacité à montrer au monde que le royaume est capable de sortir un peu de cette perception moyenâgeuse, wahhabite, etc., que tout le monde avait en tête, et, en même temps, effectivement, une pratique extrêmement autoritaire et irracible du pouvoir.

Oui, parce qu'il y a quelques années, l'écrivain Kamel Daoud avait dit que l'Arabie saoudite, c'était un Daesh qui avait réussi. Est-ce qu'il est toujours possible de dire cela, selon vous, ou bien est-ce, aujourd'hui, plus d'actualité, Fatia Daziana ? Oui, ça c'est effectivement des slogans un peu caricaturaux. C'est vrai que l'Arabie saoudite se distinguait essentiellement par son soft power religieux. Aujourd'hui, très clairement, on est à un autre âge, à une autre ère. C'est, si vous voulez, la consécration d'une construction d'une politique culturelle qui est conçue comme la nouvelle centralité du soft power saoudien, aujourd'hui.

Donc, en faisant de l'Arabie un lieu de consécration des arts arabes avec de nombreuses galeries d'art, une biennale, un lieu de production cinématographique du monde arabe, aujourd'hui, la vitalité culturelle est très forte et l'accent est mis là-dessus, bien sûr. Et on a fait taire toute expression contestataire et les religieux aussi sont sommés d'avoir une rhétorique assez lisse, d'ouverture tolérante. Ça veut dire, justement, que sur le plan religieux, parce qu'on a toujours présenté le royaume comme une théocratie, une théocratie très dure, est-ce que les choses ont évolué depuis ce moment où Kamel Daoud prononçait cette formule de Daesh qui a réussi ? En fait, c'est une erreur.

Alors, le royaume d'Arabie Saoudite effectivement est régi par la loi islamique, la Sharira, bien sûr, mais ça n'est pas une théocratie au sens, par exemple, iranien du terme où les religieux sont au-dessus du politique. Pas du tout. Les Al-Saoud ont toujours été dominants sur le plan de la gestion du royaume et lorsque les Al-Saoud se satisfaisaient, bien sûr, du partage du pouvoir avec les religieux, c'est parce que, bien sûr, il y a eu cette alliance au départ du religieux et du politique pour la construction de l'Arabie Saoudite des trois différents États saoudiens et notamment du royaume moderne par Ibn Saoud.

C'est vrai qu'aujourd'hui, on parle du quatrième État al-Saoud avec cet affranchissement, effectivement, et ceci dit, l'establishment religieux est toujours soumis aux politiques comme il l'a toujours été, sauf qu'auparavant, il y avait une sorte de partage du pouvoir, les religieux étaient dans le... tout ce qui était, évidemment, juridique, éducation et société. Aujourd'hui, le pouvoir politique contrôle l'ensemble de ces secteurs. Donc, on a aujourd'hui une monarchie plus absolue que jamais contrôlée par un homme. Et alors, le wahhabisme, quelles sont aujourd'hui les conséquences de ce dogme ?

Qu'est-ce qui distingue, de ce point de vue-là, l'Arabie Saoudite, par exemple, de l'Iran, qui est donc une autre puissance qui cherche à avoir le leadership ? Eh bien, écoutez, l'establishment religieux est plus que jamais soumis à l'autorité politique, puisque, voilà, ce sont des fonctionnaires qui mettent en œuvre la nouvelle volonté politique du royaume qui est de se présenter comme un royaume plus tolérant, avec, évidemment, combattre l'extrémisme, le traditionnalisme, etc. Mais c'est un establishment qui est toujours soumis aux politiques. Donc, ça ne change pas grand-chose.

Il n'empêche que Mohamed Ben Salman, tout puissant qu'il est, a quand même besoin de cette loyauté et de la soumission de cet establishment. Alors, ça, c'est donc le désir, aujourd'hui, de communication, mais il n'en reste pas moins que la peine de mort est encore largement en vigueur, que les femmes ont conquis un peu plus de droits, mais, malgré tout, sont bien loin de l'égalité. Les minorités gays sont très loin d'avoir la possibilité de vivre comme elles l'entendent. Donc, il y a encore tous ces gros points noirs qui font que l'Arabie Saoudite est encore un pays qui bafoue les droits humains. Comme l'ensemble des pays de cette région.

Je veux dire, vous avez effectivement des pays qui communiquent mieux et qui présentent comme ça une facette universaliste comme les Émirats Arabes Unis. Mais on a vu, lors du Mondial au Qatar, que les mêmes problématiques étaient soulevées. Mais il y a une volonté. enfin, dernièrement, j'ai vu que l'Arabie Saoudite se disait prête à accueillir même des délégations LGBT, etc. Donc, il y a une volonté quand même d'essayer de s'adapter. Mais, bien entendu, les organisations des droits de l'homme sont aujourd'hui vent debout. Elles sont dans leur rôle. En termes de soft power, le Royaume Saoudien a misé, disiez-vous, sur la culture.

La culture, c'est par exemple Aloula, un site qui a été largement promu. Peut-être quelques mots justement sur cette opération qui est à la fois une opération de mise en valeur du patrimoine culturel et puis également une opération de communication. Oui, alors bon, comme vous l'avez dit en début d'émission, le prince héritier est essentiellement venu pour obtenir effectivement cette... Enfin, pour défendre la candidature à l'Expo Universelle 2030 et donc mettre en avant tout ce qui s'est produit dans le Royaume. Alors, Aloula, la France, constitue l'un des partenaires essentiels pour la mise en valeur de ce site archéologique nabatéen, etc.

Il y a une équipe de recherche du CNRS qui travaille depuis une vingtaine d'années sur ce projet. C'est vrai que c'est Mohamed Ben Salman qui a un peu décomplexé et qui a réellement ouvert ce site pré-islamique qui était auparavant complètement proscrit et interdit par justement l'establishment religieux qui avait à l'époque donc l'emprise sur ces questions culturelles, sociales, etc.

Donc, il y a cette volonté de mettre en avant le patrimoine l'histoire longue de l'Arabie saoudite parce que vous avez aussi une réinvention du récit national saoudien sous Mohamed Ben Salman avec une volonté de créer un nouveau nationalisme saoudien alors que le nationalisme en tant que tel était totalement proscrit par l'idéologie islamique wahhabite.

Mais ce que l'on comprend mal en fait c'est la conjugaison à la fois de tous ces efforts pour normaliser le royaume et un certain nombre de crimes qui ont été perpétrés par Mohamed Ben Salman par exemple l'assassinat du journaliste Khashoggi qui a été fait dans des circonstances particulièrement atroces mais à la limite peu importe l'atrocité dès lors qu'il y a meurtre pourquoi avoir perpétré ce meurtre alors que Mohamed Ben Salman cherchait justement à gagner en respectabilité la question se pose aussi pour le déclenchement de cette guerre au Yémen qui est un désastre humanitaire terrible donc la réponse que j'oserais émettre c'est dû justement au côté novice politique de ce prince quand il arrive comme ça parachuté au pouvoir avec d'immenses prérogatives il avait une culture politique internationale très faible c'est vrai qu'au début de sa entre guillemets mandature à partir surtout de 2016 lorsqu'il expose sa volonté de transformer le royaume par sa vision 20-30 et puis ensuite en 2017 lorsqu'il y a cette révolution de palais et qu'il s'impose au détriment de son cousin qui était l'ancien ministre de l'intérieur et qui était une personnalité très compétente très politique lorsqu'il s'impose donc à la tête de l'état saoudien il est encore si vous voulez sous l'influence de son mentor et voisin émirati aujourd'hui le président de la fédération des émirats arabes unis Mohamed Benzaïed qui lui a une culture politique internationale militaire très importante et donc il était un peu sous l'influence de son mentor et évidemment son mentor était beaucoup plus discret et beaucoup plus comment dire compétent et la laisser comme ça se surexposer et c'est effectivement à multiplier les erreurs et aujourd'hui il semblerait qu'il ait acquis quand même de l'expérience et qu'il se rende compte justement des contradictions et des erreurs stratégiques qu'il a faites avec cette brutalité qu'il le caractérise et en même temps cette volonté de changer et de moderniser son pays en offrant tout un panel d'activités culturelles de divertissement et de se mettre la jeunesse de son côté donc il y a effectivement une double facette du personnage qui est difficilement compréhensible mais alors sur le volet par exemple de la guerre au Yémen quelle prise de conscience dans ces conditions alors sans l'avouer explicitement très clairement le constat est que c'est un échec militaire patent et que aujourd'hui tout est fait pour s'extraire de cette guerre il est prêt les négociations s'apparentent quasi à une capitulation les rebelles hautistes ont une emprise sur le pays aujourd'hui sur le Yémen qu'ils n'avaient absolument pas au début de la guerre donc très clairement aujourd'hui il veut absolument s'extraire de cette guerre on a vu que par l'entremise de la Chine il a normalisé ses relations avec l'Iran et donc il y a une volonté vraiment de désescalade parce qu'il se rend compte que justement sa vision 20-30 ne va absolument pas de pair avec un environnement extrêmement conflictuel et donc ça visiblement il l'a compris et c'est d'ailleurs ce que dit Emmanuel Macron puisque pour justifier la visite de Mohamed Ben Salman en France le président explique nous soutenons le royaume car il est en train d'évoluer dans le bon sens il faut l'aider dans son élan de modernisation et d'ouverture sur le monde nous allons évoquer cet élan voir dans quelle mesure celui-ci est réel avec vous Fatiha Dasyeni je rappelle que vous avez publié l'Arabie Saoudite en 100 questions aux éditions Talandier et vous serez rejointe par la journaliste Audrey Lebel qui publie nos amis saoudiens aux éditions Grasset il est 8h sur France Culture

17:46
Invité

7h 9h

17:47
Présentateur

les matins de France Culture Guillaume Erner Mohamed Ben Salman est donc en visite en France avec un déploiement tout azimut dans le domaine du cinéma du sport des investissements commerciaux pour faire valoir l'influence de l'Arabie Saoudite en France en Europe et dans le monde nous sommes en compagnie de Fatiha Dasyeni vous êtes chercheuse à l'Institut de Recherche Stratégique de l'école militaire vous avez notamment publié l'Arabie Saoudite en 100 questions aux éditions Talandier et nous recevons la journaliste Audrey Lebel bonjour bonjour vous avez publié nos amis saoudiens aux éditions Grasset Audrey Lebel et vous insistez beaucoup sur la manière dont l'Arabie Saoudite utilise des communicants fait du lobbying en France pour asseoir son pouvoir qu'est-ce que ça veut dire comment cela se traduit-il ?

18:45
Invité

cela se traduit par des agences de communication telles qu'Avas ou Publicis qui ont contribué à redorer l'image du royaume qui ont passé des contrats avec l'Arabie Saoudite pour d'une part permettre à MBS de retrouver une respectabilité sur la scène internationale et pour conquérir un peu les esprits au cours de cette enquête j'ai rencontré pas mal de personnes qui m'ont dit dont François Léotard ancien ministre de la défense aujourd'hui les guerres sont aussi des guerres d'influence des guerres d'influence sur les esprits et cela l'Arabie Saoudite l'a très bien compris donc en se procurant les services de communicants tels que Avas et Publicis ce ne sont pas les seuls il y a d'autres agences de communication en France qui ont Richard Rathias c'est associé

19:40
Présentateur

semble-t-il si j'en crois

19:42
Invité

oui oui Richard Rathias qui a organisé ce qui se veut l'équivalent du forum de Davos c'est le forum du désert où en 2017 MBS a présenté sa vision 2030 devant tout un parterre de puissants devant toute la finance internationale c'est effectivement un français qui a permis cet événement et en France ça se traduit aussi beaucoup dans le domaine de la culture à l'Institut du Monde Arabe il y a eu notamment en 2019 quasiment un an jour pour jour après l'assassinat de Jamal Rashogi donc ce journaliste qui a été tué et découpé en morceaux dans le consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul une donc à Lima une exposition consacrée à Aloula qui est un site touristique qui est présenté comme la petite soeur de Petra et qui est magnifique il y a des richesses archéologiques et donc à l'Institut du Monde Arabe une exposition entièrement financée par l'Arabie Saoudite s'est ouverte pour présenter les richesses de ce lieu touristique

20:49
Présentateur

et alors ça se poursuit dans le domaine du football c'est particulièrement éclatant comment ça se traduit là aussi ?

20:55
Invité

on l'a vu avec Karim Benzema qui vient de signer un contrat de 200 millions d'euros pour rejoindre un club saoudien ça se traduit effectivement dans le domaine du sport déjà en 2020 l'Arabie Saoudite avait décroché le Paris-Dakar ce qui est une vitrine énorme pour l'Arabie Saoudite ce type d'événements internationaux ce type d'événements sportifs c'est vraiment une grande possibilité pour l'Arabie Saoudite de montrer ce qu'elle veut montrer même si tout ça ça reste quand même beaucoup de la poudre aux yeux et c'est utilisé de manière politique le directeur de la course David Castera à l'époque disait moi je ne fais pas de politique alors qu'il était interrogé sur le bien fondé de donner à l'Arabie Saoudite le Paris-Dakar sauf que c'est politique c'est fondamentalement politique le cinéma le cinéma on ne va pas faire la liste mais le cinéma

21:55
Présentateur

c'est déjà presque plus étonnant j'ai envie de dire c'est inhabituel

22:01
Invité

ça fait partie de la stratégie de MBS de montrer que le royaume s'ouvre que le royaume se modernise ce qui est un fait ce qui est une réalité mais il faut quand même encore une fois le nuancer donc ça se traduit dans le cinéma par notamment l'organisation du festival international du film Adjeda où on a pu compter sur la présence de personnalités françaises non négligeables telles que Thierry Frémaux le délégué général du festival de Cannes telles que Catherine Deneuve qui est l'égérie du cinéma français telles que Jack Lang qui est l'ancien ministre de la culture et l'actuel directeur de Lima il y a des formations aussi qui ont été réalisées en France auprès d'étudiants saoudiens notamment il y a eu des partenariats entre des écoles françaises et saoudiennes et alors on peut montrer n'importe quel film ?

non on ne peut pas montrer n'importe quel film il faut quand même faire attention à ne pas froisser les croyants à respecter les mœurs mais là dessus ça a considérablement évolué oui c'est un fait

23:08
Présentateur

c'est aussi la nouvelle industrie du cinéma arabe aujourd'hui l'Arabie Saoudite où tous les films se produisent par les financements saoudiens et c'est un petit peu en train de voler la place à l'Egypte qui était donc il y a effectivement cet aspect international comme vous l'avez très bien dit mais il y a cette volonté de s'inscrire quand même dans le paysage culturel arabe c'est très important et c'est vrai que de ce point de vue là c'est étonnant c'est devenu en 2-3 ans un festival de référence oui parce que

23:44
Invité

moi ce que j'ai appris au cours de cette enquête c'est que l'Arabie Saoudite n'avait jamais été au festival de Cannes avant 2018 la première fois qu'il y a un pavillon saoudien c'est en 2018 et pourtant cette année l'édition 2023 le film qui fait l'ouverture du festival de Cannes celui de Maïwen est en partie financé par l'Arabie Saoudite donc on voit l'évolution et la stratégie qui fonctionne de ce point de vue là

24:09
Présentateur

l'Arabie Saoudite va financer beaucoup de films

24:12
Invité

l'Arabie Saoudite est certainement vouée à financer beaucoup de films ça fait partie encore une fois de sa stratégie de soft power pour faire oublier les 400 000 morts de la guerre au Yémen pour faire oublier les manquements aux droits de l'homme c'est un levier extrêmement important pour MBS

24:32
Présentateur

je vais vous poser justement une question candide est-ce que ça fonctionne est-ce qu'on peut au travers donc de manifestations sportives d'achat de joueurs de foot ou de financement de films faire oublier les pages extrêmement noires de la politique menée par le royaume saoudien ?

24:52
Invité

alors oui et non puisqu'on rappelle à chaque fois qu'il y a tous ces manquements encore une fois aux droits de l'homme les exécutions de condamnés à mort le nombre d'opposants politiques qui a drastiquement augmenté depuis l'arrivée de MBS l'assassinat évidemment de Jamal Rashogi là où ça fonctionne c'est que quand même et c'est notamment pour ça aussi que l'Arabie Saoudite est en France à Paris cette semaine elle vient pour faire du lobby pour décrocher l'organisation de l'exposition universelle de 2030 à ce titre d'ailleurs Jack Lang a soutenu soutien cette candidature en ayant expliqué que c'était une grande portée symbolique et emblématique un choix intelligent et visionnaire et ce mot visionnaire ça fait vraiment partie des éléments de langage des communicants qui nous ont présenté MBS comme un un prince héritier visionnaire révolutionnaire alors qu'à l'époque dans le même temps il avait au Ritz-Carlton emprisonné les plus hauts dignitaires saoudiens ce qu'on n'avait jamais vu il faut nous rappeler

25:55
Présentateur

cette opération main propre je mets les choses enfin je mets ces mots entre guillemets qui a été menée en 2017 une opération tout à fait étonnante elle consistait en quoi en quelques mots

26:06
Invité

elle a enfermé pendant plusieurs mois donc au Ritz-Carlton donc c'était une prison dorée c'était une prison dorée oui oui clairement où il y aurait eu même des violences où certains certains prisonniers auraient été battus c'était il y avait des princes qui étaient emprisonnés il y avait des ministres qui étaient emprisonnés je crois qu'il y avait à peu près 200 aux dignitaires on n'avait jamais vu ça en Arabie Saoudite

26:33
Présentateur

c'était une volonté surtout pour Mohamed Ben Salman de se légitimer et de mettre au pas l'élite politique qui jusqu'à présent gérait le pouvoir sous le roi Abdallah c'est clairement une marque punitive et une volonté de dire désormais je suis le maître des horloges et donc mettre au pas toute cette oligarchie marchande des princes très capés et c'est comme ça qu'il prend le pouvoir et qu'il dit voyez de quoi je suis capable auprès de mes pères donc c'est très dissuasif par rapport à toute vérité de contestation donc ça ça a été une volonté mais calculée de s'imposer parce qu'il était à cette époque extrêmement contesté et oui ça veut dire qu'il ne s'imposait pas naturellement non non du tout personne n'imaginait que Mohamed Ben Salman puisse devenir un jour le prince héritier mais alors pourquoi son père qui aujourd'hui règne sur le royaume l'a-t-il laissé faire pourquoi il règne de moins en moins c'est vrai c'est une personne assez âgée et il a très clairement délégué le pouvoir à son fils qui est devenu d'ailleurs au mois de septembre dernier premier ministre du royaume alors que le premier ministre en titre est toujours le roi en fonction comme je le disais au début de l'émission c'est deux tempéraments extrêmement proches le roi Salman était réputé être le prince de sa génération le plus autoritaire c'était un peu l'arbitre le pivot de la famille celui qui avait même instauré des prisons princières si je puis me permettre et c'était celui qui avait le contrôle sur la famille et il estime que ce fils là est le plus capable effectivement de transformer fondamentalement le royaume comme lui avait transformé la capitale Riyad en mégalopole aujourd'hui ce qui est vrai c'est que Mohamed Ben Salman indépendamment des problèmes qu'il a rencontré dans sa communication et dans son image internationale a réussi à revenir au centre du jeu pour un certain nombre de pays à conclure des accords notamment avec la Turquie avec le Qatar c'était particulièrement spectaculaire quelques mots à ce sujet comment a-t-il réussi justement à conclure ces accords dans quel but ?

il a très clairement engagé un processus de désescalade régionale à partir du sommet d'Allah Ola la réconciliation avec le Qatar en janvier 2021 il faut rappeler à quel point le Qatar et l'Arabie saoudite ils avaient le quartet arabe cet ensemble de 4 pays arabes qui avaient imposé comme ça un dictat au Qatar parce qu'ils ne partageaient pas sa politique régionale donc un embargo unilatéral a été décrété le 6 juin 2017 qui a duré 3 ans et demi et c'est l'Arabie saoudite qui a décidé d'y mettre fin en imposant ce sommet de la réconciliation qui a pris du temps quand même parce que les émirats arabes unis viennent de rétablir leur relation diplomatique avec le Qatar mais vraiment ça a été annoncé hier donc échange d'ambassadeurs ça s'est normalisé petit à petit mais cette prise de conscience du prince héritier elle vient aussi avec l'arrivée de Joe Biden qui avait lors de sa campagne électorale qualifié le royaume de royaume Paria à cause justement de l'assassinat du journaliste saoudien qui travaillait au Washington Post donc ça c'est quelque chose qui a vraiment contribué à fortement détériorer les relations entre l'Arabie saoudite et les Etats-Unis et donc l'Arabie saoudite comme son voisin émirati ont considéré que les Etats-Unis n'étaient plus l'allié fiable qu'il était comme garant de la sécurité de cette région en ne répondant pas aux provocations et aux attaques fomentées par l'Iran même si l'Iran n'a jamais reconnu qu'elle était à l'origine des frappes sur les installations pétrolières en Arabie en 2019 et sur des tankers au large des côtes émiraties et puis bien sûr dans l'aide logistique aux autistes qui des rebelles autistes de ce groupe d'ailleurs qualifié de rebelles au Yémen qui menaient la guerre ou dont l'Arabie saoudite et qui attaquaient le territoire saoudien régulièrement entre 2017 et jusqu'à très récemment donc voilà pour le constat et depuis effectivement les saoudiens comme les émiraties ont multiplié les partenariats stratégiques avec particulièrement les grandes puissances asiatiques bien sûr la Chine qui est devenue le premier partenaire commercial dans la région depuis 2015 et d'autres puissances asiatiques comme l'Indonésie l'Inde bien sûr des puissances africaines l'Afrique du Sud l'Amérique latine et le rapprochement avec Israël qui là aussi était particulièrement inattendu il était inattendu sauf qu'effectivement la convergence de vues pour contenir l'Iran faisait qu'ils se sont rapprochés essentiellement sur cette question les émirats arabes unis et le Bahreïm ont signé les accords Abraham l'Arabie saoudite n'a pas officialisé normalisé ses relations avec Israël mais a des relations commerciales des agences de renseignement c'est un secret de polychinelle donc qui se sont considérablement rapprochés et aujourd'hui l'Arabie saoudite fait office de médiateur par exemple dans cette tragédie au Soudan donc il y a très clairement un changement radical ce qui veut dire que finalement notre regard notre regard d'européen de français sur l'Arabie saoudite qui est disons plutôt critique n'est peut-être pas celui qui prévaut dans d'autres pays ou dans d'autres continents je pense par exemple les Etats-Unis ont été quand même beaucoup plus loin je ne pensais pas du tout aux Etats-Unis je pensais notamment à ce qui se passe en Asie à ce qui s'est passé par exemple pendant la coupe du monde du Qatar où on a pu se rendre compte que ce qui nous passait pour une évidence en France notamment le fait de dénoncer la manière dont les droits humains étaient bafoués au Qatar n'était pas du tout quelque chose qui prévalait ailleurs en Asie dans le monde arabe non c'est vrai que l'essentiel des observations dans le monde c'était la très très bonne préparation de ce mondial la parfaite organisation l'ambiance bonne enfant et puis surtout il s'est avéré dans les stades notamment à chaque fois que l'équipe du Maroc qui a été quand même très loin dans cette compétition la question palestinienne était loin d'avoir été oubliée par la population arabe et que là pour le coup le Qatar évidemment qui faisait une opération marketing considérable avait une petite revanche à prendre par rapport aux voisins notamment émiratis qui avaient normalisé leur relation avec Israël donc c'était quand même aussi un pied de nez entre voisins Audrey Lebel dès lors la phrase d'Emmanuel Macron que j'ai citée tout à l'heure nous soutenons le royaume car il est en train d'évoluer dans le bon sens il faut l'aider dans son élan de modernisation et d'ouverture sur le monde comment l'interpréter on en voit les conséquences avec cette visite mais c'est peut-être le signe que cette politique de communication a en partie réussi

34:51
Invité

c'est le signe que ça a en partie réussi oui et d'ailleurs ce qu'il faut préciser c'est que certaines personnes qui travaillaient chez Havas ou chez Publicis donc ces communicants ont ensuite été les hommes de l'ombre de l'Elysée et de Matignon parmi les communicants proches notamment d'Emmanuel Macron ou de Jean Castex quand il était premier ministre il y a une femme c'était l'ancienne directrice générale d'Havas Mayada Boulos qui avant d'arriver à Matignon s'occupait de la communication du royaume saoudien elle avait notamment organisé au musée des arts décoratifs lors de la venue de MBS au printemps 2018 une soirée pour enfin en son honneur et une soirée pour fêter les contrats qui avaient été passés dans le domaine de la culture Emmanuel Macron ça a été le premier chef d'état occidental à se rendre en Arabie saoudite en décembre 2021 MBS quand il est venu à Paris en juillet 2022 c'était le premier pays aussi en Occident où il se rendait depuis l'assassinat de Jamal Rajoghi donc Macron a réhabilité MBS et tout ça ça s'est fait au détriment des citoyens français parce que tout ce que je révèle dans le livre c'est que il y a notamment nos amis saoudiens il y a un exemple précis actuellement la quasi-totalité des salariés français de l'ambassade d'Arabie saoudite et comme pris en otage elle ne peut pas partir à la retraite parce que le royaume saoudien n'a pas versé pendant 13 ans ses cotisations sociales ce qui est pourtant une obligation l'URSSAF a été mis au courant de ces faits aujourd'hui les salariés qui ont tous à peu près 80 ans ne peuvent pas partir à la retraite parce qu'il y aurait un tel manque à gagner que pourtant c'est

36:46
Présentateur

a priori un royaume solvable

36:47
Invité

c'est a priori un royaume solvable mais elle a en France en tout cas pas mal d'ardoises notamment à la PHP et dans d'autres secteurs le royaume saoudien c'est pas un très bon payeur malgré ce qu'on croit

37:00
Présentateur

le propos d'Emmanuel Macron alors c'est bien souvent ce que l'on dit lorsqu'on est face à un pays autoritaire ou une dictature on dit voilà le fait de le couper du monde va freiner le processus de modernisation et d'ouverture qu'est-ce que vous en pensez Audrey Lebel ? C'est-à-dire c'est strictement de la com où il y a quand même des choses alors tout est interprétable en signe de politique de communication mais il y a peut-être aussi des faits

37:28
Invité

mais les français ont toujours parce que les privilèges dont bénéficie l'Arabie Saoudite les passe-droits dont il bénéficie en France à la décharge d'Emmanuel Macron ça ne date pas seulement d'Emmanuel Macron c'était déjà le cas sous François Hollande sous Nicolas Sarkozy et même sous François Mitterrand les français de ce que certains de mes interlocuteurs m'ont expliqué c'est qu'à partir de l'arrivée de Barack Obama à Washington où les relations se tendent entre Riyad et Washington les français se disent on va pouvoir être les outsiders des américains on va essayer de se placer c'est une occasion pour nous d'essayer de décrocher des contrats dans d'autres domaines que l'armement d'essayer d'être vraiment un partenaire stratégique commercial extrêmement important sauf que tout ça à chaque fois c'est encore une fois c'est un peu des mirages on fait espérer des contrats mirobolants à la France mais le contrat MIXA par exemple dans les années 2000 qui consistait à la surveillance des frontières du Royaume saoudien Nicolas Sarkozy nous disait que ça allait rapporter 7 milliards à la France il n'a jamais eu lieu ça ne s'est jamais concrétisé

38:44
Présentateur

on n'a jamais rien réussi à leur vendre Fatiha Dasyeni il ne faut pas pousser quand même non c'est vrai que la France pour l'Arabie Saoudite ou les Émirats arabes a priori en matière d'armement ça se porte bien non mais la France a toujours été un petit peu cette carte à jouer pour diversifier les relations au sein même de l'Occident en fait mais sinon tout se passe très clairement en Asie pour les pays du Golfe le pivot vers l'Asie il a été fait il y a 10 ans cela ne veut pas dire bien sûr que l'Occident ne compte plus mais aujourd'hui il y a très clairement cette réflexion qui est faite de effectivement une perte de vitesse quand même du entre guillemets camp occidental sachant que dans le Golfe on fait le distinguo entre les Etats-Unis et les pays européens et c'est pour ça que la France bénéficie un petit peu de cette de cette sympathie auprès des pays du Golfe Un mot de conclusion Audrey Lebel

39:53
Invité

Moi je serais plus plus critique à l'égard de ce que rapportent à la France à l'Etat français et aux contribuables les contrats avec l'Arabie Saoudite parce que certes dans le domaine de l'armement l'Arabie Saoudite c'est le premier client de la France c'est surtout dans le domaine maritime qu'on a vendu et qu'on vend beaucoup d'armement pas seulement des armements mais aussi des munitions aussi des formations on forme sur le territoire français des soldats saoudiens on a formé notamment à Saint-Cyr le général Ahmed Alassiri qui était le chef de l'opération tempête décisive lancée au Yémen en 2015 et qui s'est révélé être soupçonné d'être aussi le chef du commando qui a assassiné Jamal Rashoghi comme je l'ai dit ça se fait au détriment des citoyens français et hormis le domaine de l'armement il n'y a pas tellement de grands contrats qui véritablement rapportent à l'état français

40:54
Présentateur

enfin il y a quand même se positionne dans la transition énergétique la culture le tourisme il y a d'autres niches aussi merci Fathia Dazi Eni je renvoie à l'Arabie Saoudite en sans question le livre que vous avez publié aux éditions Talandier Audrey Lebel nos amis saoudiens aux éditions Grasset dans quelques secondes le point sur l'actualité Merci