Sécheresse : "Il faut être lucide et courageux car les solutions, on les a", plaide Emma Haziza
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:19OuverteRéponse partielle
Pensez-vous que l'on va encore regarder ailleurs face à la crise climatique ?
- 2:31RelanceRéponse directe
Vous dites que la France se réchauffe 20% plus vite que le reste du monde, pouvez-vous préciser ?
- 3:32OuverteRéponse directe
Comment recevez-vous les records de température de 2023 ?
- 3:58RelanceRéponse directe
Ces discours alarmistes ne finissent-ils pas par provoquer de l'immobilisme ?
- 5:35OuverteRéponse directe
Vous êtes d'accord avec François Gémen sur la communication climatique ?
- 7:00RelanceRéponse directe
Vous parliez de communication, qu'en est-il des alertes répétées ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 15:51Invité politiqueChiffre
« Une bassine c'est à peu près 260 piscines olympiques. »
- 21:17Invité politiqueFait
« Nous avons été capables de modifier l'axe de la Terre de 80 cm vers l'Est. »
- 22:17InvitéFait
« La question de l'écologie n'est pas quelque chose qui va rapporter des voix. »
Temps de parole
- Invité politique45 %
- Invité29 %
- Présentateur9 %
- Présentateur 29 %
- Auditeur7 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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8h24 France Inter Léa Salamé, Nicolas Demorand Le 7-10 Et plateau ce matin sur le climat alors que la sécheresse s'installe en Méditerranée que le Brésil fait face à des températures records et que pour le dire simplement tous les indicateurs sont au rouge vif Vos questions amis auditeurs, amis auditrices au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter Pour en parler, Emma Aziza, hydrologue, experte en adaptation climatique et François Gémen, professeur à HEC, chercheur en gouvernance du climat et co-auteur du sixième rapport du GIEC Bonjour à tous les deux Bonjour Et bienvenue à ce micro On se souvient avec Léa d'une matinale en août 2018, il y a six ans quand Nicolas Hulot démissionnait en direct Il disait déjà que la planète était au bord du gouffre qu'on regardait ailleurs et qu'il ne le supportait plus Six ans plus tard, le secrétaire général de l'ONU dit lui aussi en présentant le rapport de l'Organisation Météorologique Mondiale que la planète est au bord du gouffre que la pollution par les combustibles fossiles provoque un chaos climatique sans précédent Pensez-vous, Emma Aziza, que là aussi, là encore, on va regarder ailleurs
Et bien oui, à partir du moment où nos cerveaux se refroidissent l'hiver et qu'on est très très loin d'une canicule on a tendance à oublier, notamment en France que nous sommes le pays qui se réchauffe le plus rapidement dans le monde 20% plus vite que le reste du monde Pourquoi ?
Ce n'est pas rien, tout simplement parce que nous sommes la porte d'entrée de l'océan Atlantique en direction de l'Europe Tant que nous avons des masses de pluie très importantes ce qui est d'ailleurs le cas cette année et bien nous sommes plutôt riches en eau nous sommes un pays à la base tempéré sauf que, et bien depuis 2017, il y a une bascule cette bascule, elle s'explique par une augmentation des températures on a l'impression d'avoir toujours les mêmes titres de journaux chaque mois chaque année, record historique de température mensuelle, annuelle et bien tout ça, à un moment donné, ça ne s'est pas vu entre 2000 et 2015 et à partir de 2016, il y a une bascule 2017, 10 mois sans pluie et à partir de là, et bien en réalité l'accélération et la transformation du pays va être très rapide on passe de situations dépressionnaires qui amènent de l'eau à des situations anticycloniques où on perd notre eau et donc ça signifie aujourd'hui qu'on est vulnérable parce que sans eau, il n'y a pas d'économie
On va faire le point, mais juste, je reviens sur cette phrase que vous avez dite là, à l'instant c'est-à-dire que la France, de tous les pays du monde, est le pays où la transformation du climat est la plus rapide
20% plus rapide que le reste du monde deux études le mettent en évidence une de l'Organisation Météorologique Mondiale et une autre française, notamment avec Météo France et donc, en fait, si on suivait les événements chaque année c'était facile de le voir parce qu'on a vu une transformation extrêmement rapide vous allez en Haute-Garonne, à Toulouse avant, vous aviez de la brume et du brouillard tous les matins, ça n'existe pas on perd aujourd'hui notre rosée on voit très bien qu'il y a quelque chose qui se déroule on est en train de planter des oliviers à peau les Hauts-de-France ont des records de vente de piscines donc on voit bien qu'il se passe quelque chose mais tant que ça reste agréable et tant qu'on n'est pas sur des situations comme le vit le Brésil aujourd'hui on ne s'en rend pas compte mais là où il y a un signaux faible c'est notre économie qui, elle, par contre ne peut absolument pas se passer d'eau
Ce rapport, François Gemmène de l'ONU montre que les records ont été battus en 2023 voire, dans certains cas, pulvérisés s'agissant des niveaux de gaz à effet de serre des températures de surface, du contenu thermique et de l'acidification des océans de l'élévation du niveau de la mer 2023 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde comment recevez-vous cela ? Est-ce que vous aussi, vous avez un peu marre comme Emma Aziza de voir les titres de journaux qui annoncent la catastrophe toutes les semaines ou tous les deux mois et rien ?
Disons que je suis un peu inquiet qu'on le voit toujours comme quelque chose d'exceptionnel alors qu'en réalité les records de température par exemple c'est mécanique comme le changement climatique est un problème d'accumulation comme la plupart des gaz à effet de serre ont une durée de vie très longue dans l'atmosphère tant qu'on continue à émettre des gaz à effet de serre mécaniquement nous continuons à battre des records de température il faut dire que tant que nous n'aurons pas atteint la neutralité carbone au niveau mondial donc tant qu'on ne sera pas capable de retirer de l'atmosphère autant de gaz à effet de serre qu'on y envoie nous sommes condamnés à battre des records de température continuellement mais on les voit sans cesse un peu comme des alertes exceptionnelles comme des signaux d'alarme je pense qu'il faut vraiment intégrer le caractère structurel du phénomène intégrer le besoin Emma Aziza l'a rappelé de l'adaptation d'adapter nos territoires notre économie et je pense en fait au risque d'être un peu provocateur que ces discours alarmistes et que ces rapports continuels en fait finissent par provoquer une certaine forme d'immobilisme et de lassitude je pense que de plus en plus de gens aujourd'hui se disent qu'il n'y a rien à faire et le problème de ces signaux d'alarme c'est qu'ils mettent sans cesse l'accent sur le problème sans proposer aucune solution sans montrer qu'il y a des issues possibles et donc je crois qu'il faut absolument renverser la table de la communication sur ce sujet on n'arrête pas de dire aux gens les risques qu'il y a les risques qui vont se produire s'ils n'agissent pas on ne leur montre jamais les intérêts et les bénéfices qu'ils peuvent retirer à agir et donc de ce fait aujourd'hui l'action contre le changement climatique est perçue comme une contrainte plutôt que comme un projet et donc ça suscite évidemment des réactions d'hostilité qu'on voit très bien en politique Vous êtes d'accord avec ça Emma Aziza ?
Oui je suis d'accord sur nos émissions le problème c'est que si par exemple on parle du cycle de l'eau la manière dont aujourd'hui il est déstabilisé ce n'est pas que lié au changement climatique l'effondrement de la biodiversité ce n'est pas qu'une question de changement climatique c'est la couche qui vient exacerber le tout tant qu'on ne comprendra pas qu'il faut redonner sa place par exemple au cycle de l'eau dans nos villes il n'y a absolument plus d'espace pour que l'eau puisse s'infiltrer en verticalité tant qu'on aura des sols agricoles compactés où il n'y a plus de microbiote où il n'y a plus de qualité de ces sols qu'on perd nos sols et bien en réalité tout ça ce n'est pas dur le changement climatique le changement climatique il vient et en fin de compte c'est la couche supplémentaire qui exacerbe le tout et qui nous montre à quel point on est vulnérable et on ne regarde pas moi je crois qu'aujourd'hui la question ce n'est pas tant de se dire est-ce qu'on fait peur ou on ne fait pas peur c'est de se dire la réalité elle est là soyons lucides et soyons courageux parce que les solutions on les a la nature est très résiliente lorsque vous restaurez les cycles par contre il va falloir regarder la fenêtre et l'image globale c'est-à-dire on ne peut pas se contenter de regarder un élément il faut regarder le tout l'enchevêtrement on est sur des territoires complexes agir sur un élément va avoir des conséquences sur un autre et donc quand on regarde le tout et bien on se rend compte que oui il y a des solutions la seule solution qu'on n'a pas c'est celle de les mettre en oeuvre
on va venir aux solutions dans un instant mais vous dites je reviens sur ce que vous disiez François Gémen sur la communication et sur ces alertes de ces rapports alarmistes tous les mois ou tous les 6 mois il y a les rapports alarmistes et puis il y a ces urgents de l'AFP des agences qui sortent quand on voit que la température ressentie au Brésil il y a 3 jours était de plus de 62 degrés comment on reçoit quelque chose comme ça bon c'est la température ressentie ça veut dire qu'il faisait que 42 degrés en vrai
et ce qui fait que la température ressentie est de 62 degrés c'est qu'il y a une humidité très forte dans l'atmosphère et malheureusement plus la température va monter plus l'humidité de l'atmosphère va augmenter pour chaque degré supplémentaire qu'on prend on prend 7% d'humidité supplémentaire dans l'atmosphère donc là encore on est malheureusement sur les records de température sur quelque chose d'assez mécanique qui évidemment peut inquiéter qui évidemment peut alarmer et qui évidemment pose des conséquences assez lourdes notamment en termes de santé publique mais je crois vraiment qu'il faut intégrer le caractère structurel de cela et comme je le disais il faut absolument présenter aujourd'hui
c'est-à-dire qu'il faut se préparer comme disait Christophe Béchoux le ministre de la transition écologique au fait que la France elle aura plus 4 degrés à la fin
bien entendu et ce scénario de plus 4 degrés qu'on voit encore comme un scénario catastrophiste voire défaitiste je suis désolé de le dire mais c'est encore un scénario relativement médian qui correspond globalement à l'hausse de température en France d'ici 2100 si tous les gouvernements aujourd'hui respectent à peu près les engagements qu'ils ont pris dans le cadre des négociations internationales donc c'est ce qui se passera si Trump n'est pas réélu en novembre c'est la trajectoire Emma Aziza
je crois qu'effectivement il va falloir avoir plusieurs coups d'avance comme aux échecs c'est-à-dire qu'il y a la question de l'adaptation l'adaptation ça prend du temps moi je le vois je travaille sur ces questions-là depuis 15 ans sur le risque d'inondation qui était le seul sujet en France durant des années parce qu'on avait eu 2002, 2003, 2005 entre l'héros et le Gard on avait eu des victimes et donc on a eu des politiques très actives sur ces sujets-là ça prend du temps il faut aller maison par maison entreprise par entreprise aider les gens leur permettre de comprendre à leur échelle la hauteur d'eau qui peut arriver et puis ensuite les aider à se transformer aller chercher des financements tout ça c'est une quantité d'énergie colossale aujourd'hui il faut la mettre maintenant sur la question des sécheresses le risque de retrait gonflement d'argile coûte plus cher que le risque d'inondation et surtout sur un autre risque qu'on ne regarde pas encore c'est le risque de manque d'eau on l'a vu en France plus de 1300 communes ont manqué d'eau mais c'est surtout l'eau d'ailleurs qui commence à manquer et là on ne se rend pas compte de notre dépendance
alors justement l'hiver 2023 avait été particulièrement sec en France comment jugez-vous l'hiver 2024 on en sort et les perspectives pour l'été qui arrive
alors on n'est absolument pas du tout dans la même configuration l'année dernière à la même époque on avait 80% de nos nappes qui étaient dans un état extrêmement bas et qui laissaient augurer effectivement un été très compliqué là on voit très bien qu'on a changé de situation on a même eu trop d'eau dans les Hauts-de-France on a tout de même les Pyrénées-Orientales qui restent un cas particulier mais par contre je crois qu'il faut qu'on regarde quand on est dans une situation on est dans le hors normes dans le jamais vu puisque ce sont des températures qu'on n'a jamais eues on a très peu de marge de recul et celle que l'on a et bien c'est par exemple celle de l'année 2018 elle ressemble beaucoup à cette année 2018 c'est janvier où il va y avoir plus de pluie sur le bassin parisien qu'en janvier 1910 lors de la grande crue de la Seine on va avoir une très importante crue de la Seine mais moins de dommages ce qui veut dire qu'on gère tout de même beaucoup mieux on va avoir un printemps très pluvieux et trois semaines de canicule au mois de juillet vont suffire pour refaire basculer la France dans un état de sécheresse historique ça signifie qu'on a des sécheresses éclaires qui s'installent en France c'est quelque chose que l'on voit partout c'est-à-dire même s'il a beaucoup plu en hiver
on peut avoir une sécheresse cet été exactement
vous mettez la France sur un grill à partir du moment il fait 40 degrés dès le mois de juin et donc il y a un phénomène d'évaporation d'évapotranspiration à partir du moment en ce moment où on se parle hier c'était l'équinoxe et bien nous commençons le printemps c'est-à-dire nous avons une vidange des nappes qui naturellement existe parce que le printemps naît lorsqu'il se serre dans les nappes phréatiques ce vert que vous voyez et bien ça signifie que la moindre goutte d'eau qui arrivera à partir de maintenant ne sera plus efficace et ne rejoindra plus jamais les nappes comprendre ça c'est comprendre aussi qu'il va falloir les préserver ces nappes et donc arrêter les solutions court-termistes qui les vident lorsque c'est encore possible avant, derrière de servir finalement parce que c'est une logique ou c'est un socle une nappe phréatique qui va servir à la fertilité des sols qui va servir à avoir de l'eau dans nos cours d'eau qui va servir aux vivants si vous enlevez ça le vivant s'effondre et je crois qu'on n'a pas encore compris qu'on est dans ce vivant
alors allons-y sur les solutions quelles sont les solutions face à cela vous allez nous les dire Emma Aziza puisque vous êtes hydrologue quelles sont les solutions pour préserver les nappes mais au niveau plus macro si j'ose dire François Gemmène quelles sont les solutions puisque vous avez vous votre mantra c'est de dire allez voyons le verre à moitié plein et voyons ce qu'on peut faire au lieu de déplorer déplorer déplorer déplorer
je crois qu'il ne faut rien minimiser de la gravité de la situation et tout le monde est conscient de la gravité tout le monde est conscient de l'urgence mais en même temps qu'on dit ça il faut aussi je pense mettre l'accent sur les solutions et dire qu'il est possible de réussir cette transition à tous les niveaux au niveau du climat mais aussi au niveau des ressources en eau et certainement au niveau de l'adaptation on le voit aujourd'hui les chiffres d'émissions de gaz à effet de serre de la France ont baissé de 4,8% l'an dernier alors c'est quand même un résultat encourageant il y a bien entendu une partie que j'estime à peu près à la moitié qui est conjoncturelle qui est liée à la hausse des prix de l'énergie à l'hiver particulièrement doux mais c'est pareil dans les autres pays le Royaume-Uni a baissé de 5,7% l'an dernier en Chine on n'a pas encore les résultats pour 2023 mais en 2022 les émissions avaient aussi baissé on a parfois tendance à se focaliser exclusivement sur le problème et donc de ce fait le discours sur l'action écologique et sur l'écologie est un discours permanent de contraintes d'efforts supplémentaires à réalisés de coups supplémentaires à supporter et de déplorations et de déplorations c'est-à-dire qu'on joue sans cesse sur la colère l'indignation la peur je pense qu'il faut aussi redonner du volontarisme à tout ça et se dire que nous allons pouvoir y arriver comment ?
par exemple en mettant en lumière ce qui fonctionne qui dit aujourd'hui que les émissions de l'industrie ou du bâtiment ont considérablement baissé en France ce sont des secteurs qui sont parmi les plus gros postes d'émissions de l'économie et dont les émissions baissent là où les émissions ne baissent pas encore c'est sur les transports c'est pour ça qu'on a créé l'alliance pour la décarbonation de la route pour mettre ensemble tous les acteurs de la route et dire qu'il était possible de mettre en place des solutions et de faire aussi baisser les émissions de ce secteur sur l'adaptation il y a plein de choses à faire en termes d'aménagement du territoire en termes de notre rapport à l'usage de l'eau potentiellement sur ce qui concerne la tarification on a tendance aussi sans cesse à opposer les solutions les unes aux autres à opposer la technologie au changement d'usage et de mode de consommation alors qu'il va falloir combiner les deux et aussi voir comment potentiellement la technologie peut faire évoluer les usages on le voit sur les compteurs électriques il y a certainement moyen aussi sur l'eau de faire évoluer les usages et notre rapport à la consommation
Emma Aziza vous êtes d'accord ?
Alors le problème c'est que on devient de plus en plus éco-citoyen et on consomme de moins en moins d'eau en France et ça devient un problème parce qu'en réalité l'eau paye l'eau aujourd'hui c'est-à-dire que la facture d'eau que vous avez c'est simplement lié à la quantité d'eau que vous consommez et ça n'arrange pas tout le monde lorsque vous baissez de 10% votre consommation vous baissez également la facture d'eau et donc on est face à un vrai problème que ce soit les géants privés ou publics du secteur qui se retrouvent avec moins de financement notamment pour gérer toutes ces conduites qui nous permettent d'avoir de l'eau magique dans notre robinet donc je crois qu'aujourd'hui bien entendu qu'il faut travailler sur ces usages il faut revoir le modèle il faut arrêter derrière de se baser sur une logique où notre consommation va nous rapporter des financements donc aujourd'hui on doit simplement comprendre que ce prix de l'eau il n'est effectivement pas cher du tout qu'il va falloir le transformer on n'a juste pas le choix mais il va falloir aussi aller très très vite prendre des très grandes décisions les économies d'eau on sait très très bien comment faire pour baisser jusqu'à 50 à 80% d'utilisation d'eau à l'échelle de notre maison les réducteurs de débit les douches etc tout ça c'est facile c'est juste que ce n'est pas déployé massivement il faudrait même les offrir ces solutions il faudrait les obliger ça c'est à l'échelle domestique mais ensuite il y a d'autres usages
pour les agriculteurs pour les agriculteurs on le sait dans les pyrénées orientales c'est une catastrophe ils demandent le stockage d'eau alors maintenant c'est le terme qui est pris pour ne pas dire méga-bassines mais quelle est votre position sur ça ?
le problème des méga-bassines il est très simple c'est que vous allez prélever de l'eau dans une nappe qui à la base alimente une rivière et donc vous allez déconnecter la nappe de la rivière ça c'est la première chose deuxièmement cette eau une bassine c'est à peu près 260 piscines olympiques vous allez mettre de l'eau croupissante c'est-à-dire une eau qui va croupir or la France s'est construite et a tout fait pour chasser l'eau des villes pour faire en sorte de mettre l'eau le plus loin possible parce que l'eau est signe de maladie également on a en tête l'historique du choléra en France et donc en fait aujourd'hui mettre de l'eau croupissante c'est des risques de développement de salmonelle de développement de cyanobactéries des développements algaires ce sont des systèmes qui ne fonctionnent pas parce qu'il y a tellement de déploiements d'algues qu'il faut parfois envoyer des plongeurs pour aller décolmater les systèmes d'irrigation donc on voit que c'est une solution court-termiste qui a été choisie par un monde agricole qui n'a pas eu trop de choix parce que la bascule a été trop violente
Alors quel est l'autre choix pour un agriculteur des Pyrénées-Orientales qui n'a plus d'eau pour irriguer ces cultures ?
Alors les Pyrénées-Orientales c'est une situation extrêmement particulière qui ressemble à l'Espagne parce qu'on arrive devant le mur là il n'y a plus d'eau dans les nappes il n'y a plus d'eau dans les rivières il n'y a plus d'eau dans les manteaux neigeux donc on voit il n'y a même plus de tramontagne donc on perd notre vent qui nous amenait justement ces cycles de l'eau donc on voit très bien qu'effectivement il va falloir restaurer à la parcelle de gérer la vapeur d'eau et de la restaurer dans le sol il va falloir retravailler ce microbiote du sol mais je crois que dans les Pyrénées-Orientales si nous n'avons pas de dessanisation d'eau de mer nous n'aurons que très peu de solutions pour permettre l'habitabilité sur la durée
On passe au standard inter Patrice nous y attend bonjour et bienvenue
Oui bonjour à tous tout arrive ça fait 30 ans que j'essaye de contacter France Inter alors je voulais vous faire un constat et vous poser une question et la question viendra du constat en fait le constat c'est que notre économie est basée sur un PIB qui doit toujours croître de plus en plus donc ça ça veut dire toujours plus d'extractivisme de productivisme de consumérisme et de corruption en fait de la nature et de l'humain et là dessus la liste est longue donc ça je suis vraiment effrayé parce que je suis à la retraite et ce que je constate aujourd'hui est absolument effrayant pour moi alors dans les années 60 ça c'est le constat
donc la question
alors attendez dans les années 60 ma famille était nourrie par un jardin de 250 mètres carrés et c'était gratuit fruits et légumes il suffisait de semer on avait un poulailler on avait un clapier et c'était gratuit et Emma Aziza sait que la nature opère avec une économie de moyens remarquable donc la terre s'amendait naturellement il y avait des saisons il y avait un terroir et puis point barre voilà donc à l'heure actuelle on veut toujours plus là ma question c'est que pour moi vu ce que je constate au jour le jour c'est à dire un effondrement on l'a sous les yeux donc c'est effrayant pour moi l'optimisme de François Gemmel est en fait ne me convient pas du tout parce qu'il a l'air de se satisfaire des baisses d'émissions qui sont en cours mais il n'y a pas le PIB qui doit toujours croître toujours plus d'énergie j'ai envie de poser une question toujours plus d'énergie pourquoi faire ?
d'accord la voilà la question merci Patrice donc la croissance du PIB fondée sur la destruction de l'environnement c'était le coeur de l'intervention et votre optimisme BA dit l'auditeur François Gemmel Patrice
Patrice ne vous méprenez pas ce n'est pas de l'optimisme BA je suis j'ai été auteur pour le 6ème rapport du GIEC donc je sais la gravité de ce qui se passe je sais que nous n'avons pas encore atteint le pic mondial des émissions de gaz à effet de serre mais non moi c'est quoi la solution ?
la solution c'est de s'indigner de se lamenter de ne rien faire je crois qu'aujourd'hui on a une obligation morale de volontarisme et de jeter absolument toutes nos forces dans la bataille et je crois qu'aujourd'hui nous avons plutôt que de nous lamenter sur les effets je dirais malheureusement mécaniques d'autres émissions de gaz à effet de serre et plus globalement de la destruction des écosystèmes je pense que nous avons une responsabilité morale vis-à-vis de ceux qui prennent dans la figure de plein fouet ces impacts nous avons une responsabilité d'essayer d'encourager ceux qui veulent aller de l'avant vous parliez des indicateurs économiques je suis absolument d'accord avec vous pour dire que nous avons un problème aujourd'hui d'indicateurs quantitatifs et d'une vision de la croissance comme strictement quantitatifs mais là aussi nous avançons qui parle de la nouvelle directive sur la responsabilité sociale des entreprises qui était votée par l'Union Européenne et qui prévoit que désormais les entreprises doivent tenir non seulement une comptabilité financière mais également une comptabilité de leur impact social et environnemental et qu'on jugera désormais les entreprises et potentiellement qu'on alignera aussi la rémunération de leurs dirigeants sur l'impact social et environnemental de l'entreprise c'est quand même aussi une avancée majeure donc la question c'est de savoir est-ce qu'on se flagelle et est-ce qu'on passe notre vie à nous indigner sur les réseaux sociaux en disant rien ne va ou est-ce qu'on essaie d'avancer et de jeter toutes nos forces dans la bataille c'est ça la question un mot pour répondre à Patrice
moi je crois que derrière tous nos PIB si je regarde juste le prisme de l'eau et bien s'écoule de l'eau et c'est intéressant je suis totalement d'accord il y a une logique extractiviste aujourd'hui si je regarde uniquement au niveau des nappes d'eau fossiles et bien nous avons tellement prélevé d'eau dans le monde entier que nous avons été capables de modifier l'axe de la Terre de 80 cm vers l'Est c'est tout de même assez significatif que la Terre ne tourne plus très rond parce que ce modèle extractiviste ne pense jamais au fait que l'on retire des masses en profondeur que l'on va mettre en surface et qu'ils vont totalement déstabiliser le milieu je crois qu'il a raison quand il parle effectivement de cette agriculture vivrière qui se perd nous perdons notre résilience alimentaire je le vois en ce moment avec le Maroc on développe massivement l'arboriculture à l'export parce que ça rapporte beaucoup au pays on a vidé les nappes à cause de ça et les petits paysans locaux qui jusque là étaient autonomes et bien finalement on n'a aujourd'hui plus rien et on coupe l'eau même jusqu'au tourisme où il n'y a plus d'eau dans les douches on doit se poser des questions
Question de Thomas sur l'application avec les guerres le retour du populisme la complexité géopolitique voyez-vous un chemin pour que la lutte contre le réchauffement climatique soit la grande priorité pour les peuples et donc les politiques François Gemmène ?
Politiquement je ne vois pas de chemin pour le moment on sait malheureusement que la question de l'écologie n'est pas quelque chose qui va rapporter des voix hélas et je le déplore et j'en sais quelque chose et aujourd'hui beaucoup de politiques ont bien compris s'ils commencent à parler d'écologie ils allaient donner une vision un peu contraignante voire punitive et donc on en parle plus galère et donc on recule effectivement par contre là où je vois une voix peut-être plus porteuse d'espoir c'est via l'économie je vois aujourd'hui que l'économie décarbonée devient de plus en plus rentable les énergies renouvelables notamment deviennent de plus en plus rentables et il y a de plus en plus d'entreprises qui font un virage et qui prennent des décisions parfois courageuses alors on n'y est pas encore mais malgré tout il y a quelque chose qui se passe et je suis plus optimiste quant à la réaction du monde économique qu'à celle du monde politique j'ai l'impression on attend beaucoup de nos gouvernements sans vraiment leur donner jamais le mandat d'agir
et vous Emma, Aziza politique, écologie, économie
alors sur le plan économique moi ce que je déplore c'est qu'effectivement on a le sentiment que les grands groupes les industriels tout le monde a fait son empreinte carbone on est totalement faire c'est-à-dire qu'on sait vraiment où on en est on essaye derrière de diminuer mais on regarde qu'un bout de la lorgnette et c'est ça qui me dérange c'est qu'aujourd'hui la nouvelle grande tendance des systèmes de RSE responsabilité sociale et environnementale des entreprises c'est maintenant d'aller sur la biodiversité ce qui est assez intéressant avec l'eau c'est que vous répondez au problème de la biodiversité et en même temps au cycle du carbone tant qu'on ne comprendra pas que pour prélever deux molécules de carbone dans l'atmosphère et être un puits de carbone il faut 12 molécules d'eau tant qu'on ne comprendra pas que s'il y a des sécheresses et s'il n'y a plus d'eau dans les sols il n'y aura aucun puits de carbone et tant qu'on ne travaillera pas de manière systémique et globale en fin de compte on ne réglera qu'une partie de la fièvre que l'on a actuellement
Merci à tous les deux Emma, Ziza François Gémen d'avoir été à notre micro ce matin